février 1997
LA LETTRE

DE

S.O.S. PSYCHOLOGUE


                                             
NUMÉRO : 31REVUE MENSUELLEFÉVRIER 1997


Au sommaire de ce numéro :

A u t e u r T  i  t  r  e     d  e    l  '   a  r  t  i  c   l  e
E. Graciela Pioton-Cimetti Générations : alliances et conflits
María-Luz de Diego Las relaciones familiares
Hervé Bernard Investigation analytique sur le mot "génération"
Florence Boisse La famille
Michel Gallet Générations unies : une voie vers sa propre unité
Elisabeth Courbarien La société : une macro-sarl ?
E. Graciela Pioton-Cimetti Adieu année vécue : introspection et bilan (fin)
Florence Boisse L'appel des mots
Michel Gallet Bref bilan : pourquoi préférer l'étable au grenier
María-Luz de Diego
et
E. Graciela Pioton-Cimetti
À lire




               

Générations : alliances et conflits


       16 janvier 1997. Le temps passe, les générations se succèdent, mais le fauteuil est toujours le même. Il a été occupé successivement par ma grand-mère, puis par ma mère. Maintenant, c'est moi qui l'occupe. J'appartiens à la deuxième des quatre générations toujours vivantes. J'ai déjà commencé à avoir des petits enfants. J'espère que ma mère vivra longtemps, car je ne suis pas encore préparée à devenir le chef de file, le fauteuil est un peu grand pour moi...


       Objectivement, je perçois les différences au sujet des conflits et des alliances entre la génération de ma mère, la mienne et celle de mes quatre enfants.

       Par rapport à la quatrième génération, celle de mes petits enfants, je ne sais rien encore, mais j'ai l'impression que les enfants d'aujourd'hui naissent de mères plus âgées. Elles sont plus conscientes du désir de maternité. Elles sont plus informées. Les petits, quant à eux, ont des jouets plus performants. Un monde d'observateurs les accompagne : pédiatres, psychologues, etc. Il se trouve de plus en plus de publications pour orienter l'observation des comportements et développer les tendances naturelles de l'enfant. Tout cela n'évitera pas l'émergence des conflits générationnels, car ils ont existé, ils existent et ils existeront. C'est dans l'ordre de la condition humaine. Freud n'a pas été le premier à observer que, pour devenir adulte, il fallait détruire le père symboliquement, mais c'est lui qui a formulé cette dévoration comme voie de règlement du problème de la castration.

       Chaque conflit et chaque alliance sont nécessaires pour éviter la fossilisation et la fixation de l'ordre social dans le groupe primaire et, plus tard, dans les groupes secondaires.

       Personnellement, ce concept de « sacrifice et castration » me semble excessif même dans son acceptation symbolique. J'aimerais que soit prise en compte une formulation de l'ordre de la « transition », car aujourd'hui, tout du moins au niveau spéculatif, nous avons dépassé la représentation de la horde primitive. La dévoration du père par ses fils, dans la plupart des niveaux de la société, prend la forme d'une lutte pour le pouvoir. Au niveau familial, les étapes d'identification projective et de différenciation de l'individu semblent se réaliser plus rapidement. L'adolescent, toujours en apparence, se libère vers 18 ans du joug familial après avoir vécu de façon plus ou moins virulente la révolte de modèles parentaux. Cette accélération n'est pas claire, car l'adolescent n'a pas pu élaborer la crise de révolte, ni la séparation du foyer. Dans certains cas, l'adolescent devient un faux adulte et un déraciné.

       La notion de conflit est une notion dynamique concernant l'affrontement entre désir et défense. Le conflit en soi n'est pas pathogène. Il est, au contraire, une force de changement au niveau individuel et social. Encore faut-il que le moi individuel soit en situation d'assumer ses fonctions d'adaptation et de synthèse.

       L'opposition des buts entre le moi et le ça d'une part, et entre le moi et le monde d'autre part, sont des motifs d'angoisse. Le conflit aboutit donc à la création de défenses, car le moi a, parmi ses tâches, celle de faire face aux menaces qui éveillent l'angoisse. Dans un premier temps, les défenses permettent d'échapper au conflit, mais, si elles perdurent en dehors d'une situation adaptée, elles sont finalement dommageables, car elles finissent par fixer les modes de réaction. Elles dévorent, à leur tour, d'importantes quantités d'énergie.

       Dans la révolte de l'adolescent, tous les mécanismes de défense semblent être mis en place. Si ces derniers fonctionnent alternativement, c'est-à-dire dynamiquement et sans prédominance de l'un sur les autres, le moi peut reconduire l'ensemble et faciliter le fait que la communication troublée se rétablisse sans aller plus loin. Par exemple, le déni du perçu risque de se transformer en négation complète s'il persiste trop longtemps. Il en est de même pour le refoulement d'une représentation désagréable qui peut nous poursuivre tant que nous n'y avons pas fait face.

       Je crois que c'est à cette époque de l'adolescence que le caractère se constitue avec des formations réactionnelles qui s'avèrent être à l'origine de la plupart des conflits générationnels. Pendant cette période se crée un contre-investissement des sentiments opposés aux tendances initiales : l'amour devient haine ; la propreté est remplacée par la souillure.

       L'affectivité passe par un éventail d'expressions complexes et excessives : versement de larmes, joie, colère, haine avec ses corollaires : culpabilité et dépression. Les parents bien aimés deviennent des tortionnaires. Parfois, ils sont méprisés, car ils ont laissé la place divine pour devenir des êtres « un peu plus mauvais que les autres ».

       La révolte est-elle nécessaire ? Je n'ai pas la réponse, mais il est probable qu'elle soit nécessaire pour donner lieu, a posteriori, à des alliances générationnelles. Quelle peut-être la meilleure attitude des parents ? Il faudrait comprendre qu'il s'agit d'un passage que les enfants ont besoin d'expérimenter à partir d'une nouvelle conception de leur existence et attendre leur retour, car ils reviendront.

       Certains adultes proches de la maturité, d'autres proches de la vieillesse constatent la joie infinie que représente le temps partagé avec leurs parents, leurs grands-parents et leurs enfants. Un moment de leur vie ensemble sur la terre. Les choses changent donc. Hélas ! l'illumination ne peut pas être partagée avec les descendants, car ils ne sont pas encore arrivés à la perception du réel irréductible, cet « ici et maintenant », coup de grâce qui ne reviendra jamais !

       L'homme est le sujet de son histoire et il est forcément inséré dans une généalogie. Accepter cette insertion, c'est devenir adulte.

*
*       *

       Monsieur N., 53 ans, père de trois enfants et récemment grand-père, considère que le vrai rapprochement entre lui et ses enfants s'est effectué après qu'ils ont eu leurs propres enfants. À ce moment-là, ils ont compris ce que peut être un père. Auparavant, les trois garçons avaient fait leur révolte respective selon leur personnalité. L'aîné était parti vivre avec un compagnon de la faculté de médecine avec lequel il partageait ses études. Le deuxième restait submergé dans le silence de sa chambre pendant des heures en attendant peut-être un appel. Le troisième avait pris le chemin de l'éloignement. Il vivait dans un campus universitaire avec sa petite amie. Les trois avaient fait de brillantes études universitaires. Les liens familiaux plus stables de ces enfants étaient les grands-parents maternels. Alliance de générations qui, sans doute, rétablissait un peu l'équilibre perdu.

       Je lui demande : « Quel a été l'événement qui a provoqué la rupture ? »

       « Aucun en particulier, me dit-il. Sauf mon absence quotidienne. Pendant les différentes époques de la vie de nos enfants, j'ai travaillé beaucoup. L'hôpital occupait une grande partie de mon temps, tout aussi bien que les groupes d'études, la recherche et les congrès. Il y avait les vacances et nous en profitions ensemble quand ils étaient petits. Devenus adolescents, j'étais, comme toujours, disponible à cette époque de l'année, mais eux ne l'étaient plus. Nous arrivions à les entrevoir sur la plage à des horaires incroyables. Ils allaient danser très tard et dormir quand nous partions sur la plage.
J'étais agacé. Nous avons discuté violemment avec l'aîné. Les trois se sont concertés pour quitter le lieu de vacances dix jours avant la fin du séjour. Les relations se sont dégradées. Il y avait une violence à peine voilée. Enfin, ils sont partis et nous sommes restés en paix avec ma femme, leur mère. »

       Madame R., 50 ans, 2 filles. « J'étais veuve, dit-elle, et je me suis remariée. La première est partie vivre chez son fiancé et la seconde nous faisait des scènes de jalousie invraisemblables. La séparation n'est pas terminée. Nous nous voyons souvent, mais une gêne non verbalisable subsiste entre nous. »

       Mille histoires de ce genre se répètent ; elles ne constituent, en fait, qu'une seule histoire.

*
*       *

       Le problème de ma propre révolte a-t-il eu lieu ? et si oui, comment ? quand ?

       À vrai dire et, en apparence, jamais. Mais je commençais à détester ma mère, car elle avait l'air d'être ailleurs et son comportement me mettait en manque. À 14 ans, j'ai eu déjà dans l'idée de partir, mais, à cette époque-là, les adolescents ne prenaient pas la décision, comme aujourd'hui, d'aller vivre séparés. Nous restions dans le silence, la réflexion et l'hésitation. Les choses se sont bien présentées et j'ai pu me marier à la fin de mes études secondaires pour aller vivre très loin de Buenos Aires, dans la province de Córdoba. Mon père venait régulièrement. Il m'avait même ramené ma bicyclette. Je ne répondais pas aux lettres de ma famille.

       Dix-huit mois après mon mariage, je mis au monde un garçon. Mes parents étaient au courant, mais je n'avais pas donné la date exacte de la possible naissance pour ne pas être dérangée dans ma tour d'ivoire. Je voulais être une femme libre, une mère libre. Malgré tout cela, j'ai communiqué à mes parents la naissance et le jour suivant, alors que j'étais encore en clinique, j'ai vu débarquer ma mère, plus belle que jamais, avec son élégance habituelle et je suis tombée dans le réel de notre alliance. Nous étions des mères. Sa présence avait comblé mes manques qui n'avaient jamais été verbalisés.

*
*       *

       Dans mon cas et avec mes enfants, le modèle s'était renversé. En réponse à leur révolte que je ressentais implicitement, c'est moi qui suis partie. Je me suis révoltée contre mon rôle de mère excessive. Je voulais marquer que c'était moi qui coupais le cordon ombilical. Toutefois, je crois être vraiment insérée dans ma généalogie. Je me souviens des alliances avec mes grands-parents et de l'intérêt que j'ai eu à connaître l'histoire de mes ancêtres. Un jour, j'ai découvert l'importance d'être vivante en même temps que les autres générations quittent ce monde et que les nouvelles arrivent.

       Mon histoire ancestrale me plaît et je transmets à mes enfants mon appétit insatiable d'aller plus loin dans la recherche d'informations. Je déteste les hommes qui prétendent être d'une génération spontanée, sans aucune attache familiale.

*
*       *

       J'ai rêvé le 18 janvier dernier qu'un maître me disait : « Il y a trois temps : le temps absolu, le temps relatif et le temps irréversible ». Je me suis sûrement endormie avec la thème des générations et la peine de ne pas pouvoir retenir ma mère, ma tante, de ne pas pouvoir arrêter le temps et de crier pour une immortalité ici-bas. Je suis lasse de voir partir les êtres aimés. J'aurais voulu tous les rassembler autour de moi. Je sais bien que je me suis endormie avec quelques larmes qui tombaient sur mon livre de chevet.

       Avant ce rêve, certaines conduites m'avaient laissé présager l'émergence d'un archétype : comportements agités, confus et angoissés. Les affects se sont présentés presque massivement : douleur, amour, nostalgie, insatisfaction indéfinissable et, enfin, l'image du maître du temps, c'est-à-dire cette partie essentielle de nous-même qui sait.

       À la suite de ce rêve, j'ai eu un réveil paisible. La question que je me suis posée est : « Que signifie, aujourd'hui, cette image dans ta vie ? ».

       Le temps absolu, c'est le temps essentiel, l'instant qui fait l'éternité. Si le message de mon maître inconscient est bien interprété, je n'ai pas de peine à me faire, car il existe et nous nous retrouverons tous ensemble, les générations passées et à venir, dans un espace sans limite, dans un temps en dehors de toute chronologie.

       Le temps relatif, c'est le temps du moi « en situation existentielle ». Parfois, il y a des temps courts. Par exemple, le temps d'aimer. D'autres temps sont plus longs, comme le temps de l'oubli.

       Quant au temps irréversible, il s'agit du temps du corps. Rien à ajouter à ce niveau. L'alliance géniale consiste à accepter que nous sommes là, toutes générations confondues, sans nous arrêter à plaider pour pouvoir crier notre droit à être écoutés dans l' « ici et maintenant » de notre corps condamné à une séparation qui nous trouble, car nous sommes mortels.

*
*       *

       Les autres thèmes n'ont pas eu un tel impact en moi. Me mettre en face de ce thème m'a demandé de vaincre de sévères résistances. Je n'avais pas envie de parler de tout cela. Il y a eu trop de conflits générationnels dans mon histoire personnelle. J'ai pu constater le passage de conflits très archaïques d'une génération à l'autre.

       Si alliances il y a eu, elles n'ont été que partielles. Je ne me souviens pas d'avoir trouvé de la cohérence dans les discours teintés de rancune de mes ancêtres encore vivants. « Si mes aïeux étaient restés en Italie, on aurait pu...Si ton grand-père n'avait pas été si faible...Si ton père avait eu le courage de se taire vis-à-vis du Gouvernement, nous n'aurions pas perdu ceci ou cela... ».

       Enfin personnellement, j'éprouve des difficultés à m'insérer dans ma généalogie. En outre, mon père et ma mère avaient de féroces discussions lorsqu'ils faisaient des comparaisons avec leurs ancêtres respectifs.

       J'ai le courage de dire la vérité. J'assume le fait de ne pas avoir assez élaboré ma révolte. L'ambiance, chez nous, était très protocolaire. Les choses se disaient à demi-voix. Pour moi, l'expérience des conflits la plus dure a été intergénérationnelle et intragénérationnelle. Ils ont ravagé mes deux générations précédentes. J'ai pu contempler la guerre impitoyable et le rôle, quelquefois néfaste, des « pièces rapportées ». Enfin, j'ai pu voir aussi se faire des alliances beaucoup plus tard quand la mort de la grand-mère approchait. Mais, en substance, l'écho des conflits me parvient encore, car les survivants de la génération précédant la mienne n'ont pas fini avec leurs histoires.

       Pour mes enfants, ce n'est pas encore la préhistoire familiale, car ils ont reçu l'héritage des histoires racontées, mais ils ont été également les témoins directs de guerres intestines au sein du groupe. Heureusement, mes petits enfants seront presque protégés, car à partir de la génération de mes enfants se sont formées des alliances.

       Combien d'impressions désagréables ai-je dû refouler et combien les retours du refoulé m'angoissent encore ! Eh bien, c'est une affaire à travailler. Je ne devrai pas prendre parti, car je crains de transmettre ma position à mes enfants et à mes petits enfants. Laissons les nouvelles générations corriger les histoires ancestrales.

       Pour ma part, j'accepte : je suis encore une révoltée. C'est une affaire à suivre avec sagesse ! De toute façon, ta présence aimée me rassure. Nous décrétons l'existence de cet « ici et maintenant » qui nous permet d'être toi et moi vivants ensemble dans l'éternité de notre amour.

*
*       *

       Sauf exception, l'homme se trouve dans une extrême solitude sans se rendre compte que pour mieux exister, il faut être inséré dans une généalogie.

       La jeunesse est portée à mépriser l'expérience de ses aînés. Sous l'impulsion d'une sensibilité qui devient exigeante, l'adolescent se trouve pris entre ses besoins, ses élans, et la morale, les convenances qui le retiennent. En dépit de tous les interdits, il éprouve le désir de s'affirmer. Et comment s'affirmerait-il, sinon contre ceux qui le brident, l'étouffent, le paralysent ? Il ne trouve pas de mots assez forts pour les dénoncer. On s'insurge donc contre ses parents, contre ses maîtres, contre la règle, contre la loi civile, morale ou religieuse.

       Ils conseillent de travailler pour préparer l'avenir ? on jouira de sa jeunesse en se disant : « Après moi le déluge ! ».
       Ils recommandent l'ordre ? on aimera le désordre.
       La préservation des traditions ? on se fera révolutionnaire.
       La fidélité à Dieu ? on mutilera un crucifix.
       Le respect des traditions familiales ? avec Gide, on s'écriera : « Familles, je vous hais ! ».

*
*       *

       Enfin, pour conclure avec ce thème, il est utile de rappeler ces réflexions :

        « Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé. » (Renan)
        « Puisque tout doit mourir, commençons par aimer les morts Ignorer les morts, c'est rester à jamais enfant. » (Michelet)
        « Presque tout ce que l'on sait aujourd'hui ne se trouvait pas dans vos livres lorsque vous fréquentiez l'école. » (Robert Oppenheimer, l'Arbre de la Science)


Fait à Paris, le 20/01/1997

Il fait froid, mais pas chez nous.

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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Las relaciones familiares


       Tradicionalmente el C.I. había sido considerado un dato genético que no podía ser modificado por la experiencia, pero Daniel Goleman con sus investigaciones ha cambiado esta afirmación al tener en cuenta el papel que desempeñan los sentimientos en la vida mental. Las emociones que no se tenían en cuenta, se habian convertido en el terreno inexplorado de la psicología científica, pero ahora se recuperan con la idea de la inteligencia emocional.

       Lo importante es preguntarnos: ¿Que factores son importantes para triunfar en la vida, si vemos que personas con un C.I. elevado no saben qué hacer, mientras que otras con un bajo C.I. poseen el arte de saber vivir? Esta diferencia radica con frecuencia en el conjunto de habilidades que llamamos inteligencia emocional, habilidades entre las que destacan el autocontrol, el entusiasmo, la perseverancia y la capacidad para motivarse a uno mismo. Y todas estas capacidades se pueden enseñar a los niños, brindándoles así la oportunidad de sacar el mejor rendimiento posible al potencial intelectual que les haya correspondido en la loteria genética.

       Todos tenemos dos mentes, una que piensa y otra que siente. La mente emocional es más rápida que la mente racional y se pone en funcionamiento sin detenerse ni un instante a considerar lo que esta haciendo. Es un tipo de conocimiento impulsivo, a veces ilógico. Al interactuar estas dos formas de conocimiento se construye nuestra vida mental. Habitualmente, existe un equilibrio entre la mente racional y la mente emocional, operan en estrecha colaboración entrelazando sus distintas formas de conocimiento para guiarnos adecuadamente a través del mundo. Esta dicotomía entre lo emocional y lo racional se asemeja a la distinción popular existente entre el «el corazón» y «la cabeza».

       El aprendizaje de las habilidades emocionales comienza en la misma cuna, desde entonces se puede pronosticar la actitud básica del bebé hacia la vida. Si el niño ha obtenido de sus padres la suficiente aprobación y aliento, su actitud será positiva y serán personas que confiarán en superar los retos que la vida les pueda presentar.

       La vida familiar es la primera escuela de aprendizaje emocional, es el crisol doméstico en el que aprendemos a sentirnos a nosotros mismos y en donde conocemos la forma en que los demás reaccionan ante nuestros sentimientos. Este aprendizaje emocional no sólo opera a través de lo que los padres dicen y hacen directamente a sus hijos, sino que también se manifiesta en los modelos que les ofrecen para manejar sus propios sentimientos. Los padres con su conducta generan la confianza, la curiosidad, el placer de aprender y el conocimiento de los limites. El éxito escolar depende de una multitud de factores emocionales que se configuran antes incluso de que el niño inicie el proceso de escolarización. La forma en que los padres tratan a sus hijos, ya sea la disciplina, la indiferencia o la cordialidad tiene consecuencias profundas y duraderas sobre la vida emocional del niño. Por tanto, la forma en que una pareja expresa sus propios sentimientos constituye una verdadera enseñanza, ya que los niños son muy permeables y captan perfectamente los intercambios emocionales más útiles entre los miembros de la familia.

       En las relaciones familiares, las actuaciones que tienen consecuencias más negativas para los niños son: ignorar los sentimientos de los hijos, la actitud «laissez faire» y el menospreciar y no respetar los sentimientos del niño.

       El impacto en los hijos de los progenitores emocionalmente competentes es extraordinario. Los hijos de padres emocionalmente diestros, comparados con los hijos de aquellos otros que tienen un pobre manejo de sus sentimientos, se relacionan mejor, experimentan menos tensiones en la relación con sus padres y también se muestran más afectivos con ellos. Estos niños también canalizan mejor sus emociones, saben calmarse adecuadamente a si mismos y sufren menos altibajos emocionales que los demás. A nivel social estos niños son más populares, más queridos por sus compañeros y sus maestros suelen considerarles como socialmente más dotados.

       Todas las relaciones entre padres e hijos se desarrollan en un contexto emocional y la reiteración de ese tipo de mensajes a lo largo de los años acaba determinando el modelo de actitud y de las capacidades emocionales del niño. Así, por ejemplo, la agresividad se transmite de generación en generación, convirtiendo la vida familiar en una escuela de violencia.


MARÍA-LUZ DE DIEGO


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Investigation analytique
sur le mot "génération"


       Je suis issu d'un père et d'une mère comme chacun d'entre nous. Cette vérité bien banale, qui transcende le temps et l'espace, m'apparaît pourtant comme fondamentale, quand je pense au mot génération.

       Rapidement cette réflexion mobilise en moi des sentiments contradictoires, du ressentiment à l'égard de mes parents, pour ce qu'ils n'ont pas su me donner, et des élans affectifs plus positifs quand je laisse venir du fond de moi-même. Cette ambivalence m'apparaît comme fondatrice de ma relation à mes parents, quand je remonte le passé de ma vie auprès d'eux. Faut-il y voir une résurgence et des séquelles d'un complexe d'Oedipe non complètement résolu ?

       En tant que garçon je suis supposé avoir éprouvé de la haine pour mon père afin de préserver mon amour pour ma mère. Freud complète cette situation triangulaire avec une situation inversée, où l'amour pour mon père côtoie des sentiments hostiles à l'égard de ma mère, perçue cette fois comme rivale. La psychanalyse nous enseigne, et la situation analytique nous le confirme, que ces deux formes opposées du complexe d'Oedipe coexistent à des degrés divers en chaque individu : la première est dite forme positive, la seconde forme est dite négative.

       Mais le complexe d'Oedipe ne serait-il pas la reviviscence de notions psychiques et affectives plus archaïques, plus profondes de l'être humain ? Le théâtre humain, où chacun joue son rôle, est aussi plus fondamentalement le résultat d'une autre scène, celle de la réalité psychique*, où de manière presque perpétuelle (peut-être depuis la nuit des temps) luttent les pulsions de vie et les pulsions de mort. Freud, toujours fidèle à une conception de la psychologie fondée sur le conflit, a tenté de repérer la nature des différents dualismes dans les processus à l'oeuvre dans le psychisme : les pulsions n'échappent pas à la règle.

       La pulsion, qui est un processus dynamique faisant tendre l'organisme vers un but, peut prendre une infinité de formes, entre le désir issu de l'espace intérieur et les objets du monde réel, par lesquels elle va pouvoir se satisfaire. C'est en raison de sa nature de liaison entre la pensée et la réalité, que Freud a situé la pulsion à la frontière entre le psychique et le somatique, ouvrant ainsi une nouvelle voie explicative de l'homme différente de la médecine qui, depuis Descartes, n'a cessé de le réduire à son corps matériel.

       Pulsion sexuelle, pulsion de destruction, pulsion d'emprise, pulsion créatrice : tous ces termes désignent de manière savante les actes qui constellent notre quotidien, les uns après les autres, ou bien certains en englobant d'autres.

       La pulsion sexuelle peut être l'amour de toute une vie pour sa compagne ou son compagnon.

       La pulsion de destruction peut émerger à l'occasion de contrariétés, qui déclenchent de manière mécanique des réactions hostiles à l'égard de la source de cette situation, mais aussi, bien souvent, à l'égard de tout ce qui peut passer dans les environs, une personne ou un objet. La pulsion de destruction obéit alors à un besoin de décharge sur tout objet dont le choix a peu de place pour s'exprimer.

       La même nuit est peuplée, dans nos rêves, de pulsions qui agissent à nu, toute énergie dehors, mais qui nous apparaissent sous une forme déguisée à la conscience, au réveil, après avoir subi le travail de la censure.

       Pourquoi placer le mot alliance avant conflit ? Il me semble que l'accès à l'autonomie s'accompagne souvent d'une période conflictuelle. L'opposition est constructive dans la mesure où elle permet à l'individu de s'affirmer pour construire ses valeurs propres. Le conflit peut être une guerre ouverte -- malheureusement, notre société en est trop souvent le témoin, entre difficultés de la communication et dégradation de la cellule familiale au contact, par exemple, du chômage -- ou bien une série de tensions discrètes, mais réelles, remplies de toute cette énergie qui a été le lien familial pendant tant d'années.

       L'accès à l'autonomie par le travail, la position sociale, les relations avec les amis, la création d'une famille avec un partenaire puis avec des enfants, est sans cesse source de nouvelles valeurs, de nouveaux repères, qui repoussent peu à peu ceux de l'enfance, étayés au contact de nos parents. Nous avons à coeur de poursuivre notre réussite naissante, d'aller le plus loin possible : mieux gagner sa vie, être mieux reconnu socialement, mieux vivre avec sa famille, fournir une meilleure éducation à ses enfants. Pourquoi, à ce moment-là, ne pas profiter de l'expérience de nos parents ? L'alliance peut naître tout naturellement d'une communauté d'esprit, celui de « donner culture » qui fut naguère le lot de nos parents avant de devenir maintenant notre propre motivation.

       La vie est un balancier, soumis à la loi de donner et recevoir, de l'infiniment petit à l'infiniment grand de notre espace-temps. Conflit et alliance entre les générations ne seraient donc que des formes particulières de cette loi universelle. Oublier ce rythme serait s'opposer à la vie, donc à ce qui nous fait aimer et être !



*  Le psychisme, pour Freud, présente une structure intérieure aussi résistante que l'espace matériel consistant en désirs inconscients et en fantasmes associés, pouvant avoir une valeur pathogène, notamment dans le développement des névroses.


HERVÉ BERNARD


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La famille


       La notion de famille est, par essence, paradoxale et ambiguë. Quelle que soit la direction prise professionnellement, politiquement, personnellement, il semble bien que le noyau familial ait un impact tel qu'il n'est pas possible de s'en tenir aux termes d'autonomie, d'indépendance, soi-disant définitivement acquises en fin d'adolescence.

       L'épopée humaine est ainsi faite qu'elle nous confronte en permanence -- et cela dès la naissance -- à l'élaboration de la plus juste et ultime limite entre dépendance et indépendance.

       Dépendance de la mère nourricière avec apprentissage des différentes séparations clés des stades de maturation : naissance (séparation de corps), sevrage (séparation de bouche), autonomie sphinctérienne (et notion de don), adieux du fils à sa mère (son ex-future épouse), séparation apparente du père et de sa fille...

       Parallèlement, des liens de dépendance affective sont toujours d'actualité : crainte d'être envahi, peur de subir une pression concernant le choix du conjoint, évitement des obligations familiales puis angoisse relative à la santé des proches, besoin de liberté et de stabilité pour offrir un foyer décent à la génération suivante, acceptation matérielle et surtout morale des legs et des héritages parentaux, prise en charge éventuelle des parents... Tout un cycle de forces opposées jalonne ainsi notre existence.

*
*       *

       Faites le tour de la Terre, allez marcher sur la Lune, essayez de franchir le cap Horn par une mer déchaînée, on vous dira qu'il s'agit, au fond, de représentations symboliques de la Mère universelle.

       Trouvez votre autonomie professionnelle, faites fructifier le bien, gagnez de l'argent et construisez un foyer... autant de revendications à l'égard du père.

       L'avis (la vie) des parents exerce un impact incontournable. Nos voisins font des offrandes au dieu Soleil, à la reine Terre (sacrifices, rituels d'initiation, de passage...). Partez loin en Australie, délaissez votre famille dans le fin fond d'un bourg français ; l'empreinte parentale est telle que la distance ne change rien.

       Considérons de nombreux cas dans lesquels les pressions parentales étaient particulièrement marquées. Alors même que, de par leur choix de vie, ces personnes semblaient autonomes voire trop distantes par rapport à leur famille, elles finissent, de façon directe ou indirecte, par recréer le lien : habitudes de vie, choix professionnel, choix du conjoint, prénom du conjoint, maladies similaires, situations professionnelles... Bientôt un ou plusieurs éléments s'apparentent aux indices de référence de la famille.

       Le courant psychogénéalogique vient mettre l'accent sur ce que, au fond, nous pressentions tous : les parents exercent une telle influence que leur problématique peut se retrouver en échos sur plusieurs générations.

       Les imaginaires familiaux qui s'entrecroisent font naître un complexe à part. C'était la fonction de l'ancien « fou du village » qui détenait les secrets du village, concentré de projections, de désirs refoulés, de l'ombre des villageois.

       Il en est de même pour la famille. Or comment imaginer qu'une coquille, enfermant sa propre problématique et la façon de la résoudre, roule de génération en génération sans que son existence soit nécessairement avouée ou, en tout cas, sans accompagnement de mots permettant une perlaboration ?

       Il semble que chaque génération cherche à délier ce noeud de secret et de culpabilisation tout en respectant le tabou qui s'en dégage. C'est ainsi qu'apparaissent des dissociations de la personnalité en secteur, comportant ce fameux noyau non élaboré ; c'est l'état de choc, le traumatisme puisque l'enfant porteur n'a aucun moyen d'y faire face.

*
*       *

       Les symboles sont parlants : je rêve d'araignée qui tisse sa toile ; ses yeux multiples illustrent les diverses zones d'influence qu'exerce la mère projetée (non réelle).

       Quel que soit le lieu où je vis, surgissent à mon souvenir une injonction, une habitude, une conception de vie, une philosophie préétablies qui vont parasiter une pensée que je supposais personnelle.

       Nous sommes construits, d'après S. Freud, sur un complexe « moi, ça et surmoi ». Notre inconscient est alimenté par des ramifications du surmoi, qui n'est autre, au début de notre enfance, qu'un ensemble d'interdits parentaux.

       Or ce surmoi contribue à élaborer notre personnalité, à préparer le terrain de notre croissance. Le ça lui-même, de nature en partie biologique (pulsions fondamentalement vivantes) pourrait sembler hors d'atteinte de l'éternel débat inné-acquis puisque la partie biologique ne semble pas, a priori, être influencée par l'éducation parentale.

       Si l'inné prend son essence dans le biologique, il repose sur le patrimoine génétique, c'est-à-dire -- c'est là que la science intervient -- sur la famille !

*
*       *

       Si je vais sur la Lune, c'est ma famille que je fais voyager.

       Mais ne nous arrêtons pas en chemin : Si je vais sur la Lune, c'est également ma décision !

       À tout moment, nos décisions, volontés, choix de vie, qu'ils soient ou non en réaction face aux modes de vie familiaux, appartiennent plus à une autre entité qu'à nous-mêmes : ils émanent de notre être. Bien entendu, une connaissance plus fine de nos besoins, désirs, réactions comportementales, attirances, désintérêts, nous permet de mieux nous distancer d'un présupposé « joueur de marionnettes » qui tirerait les ficelles pour le bon déroulement d'un scénario déjà écrit. Certains ont réglé le problème du choix en estimant que chaque enfant, avant même que n'ait lieu la rencontre de deux gamètes responsables de notre naissance, a choisi la famille dans laquelle il vivra, afin de se confronter à une problématique non encore résolue dans une vie antérieure.

*
*       *

       Cette nuit, j'ai escaladé des montagnes pour rejoindre la Lune ; elle m'a dit qu'elle était la Mère universelle.


FLORENCE BOISSE


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Générations unies :
une voie vers sa propre unité


       On parle de la « génération de la guerre », de la « génération de mai 68 », de la « génération Mitterrand » et on entend dire, ce qui par avance fait froid dans le dos, que la prochaine génération sera la « génération éprouvette ». Mais ces appellations, me semble-t-il, correspondent bien plus à des repères pour journalistes ou historiens qu'à des clivages psychologiques réels. Si je me réfère à mon vécu personnel, je ne me sens pas particulièrement marqué par un événement social ou imprégné par telle période historique.

       Quand on parle de conflits de générations, je crois que l'on évoque habituellement surtout les incompréhensions qui séparent les catégories d'âge bien plus que celles résultant d'un vécu social, culturel ou historique différent et successif entre individus.

       Mais, pour ma part, il me semble que le conflit entre générations repose sur un fait autre que la différence d'âge ou de temps historique.

       À l'évocation de cette question, deux mots me viennent spontanément à l'esprit : présence et transparence.

       En premier lieu, présence à moi-même et au stade d'évolution que je traverse.

       Il est bien connu que sur le chemin de sa construction personnelle, en quête de sa plénitude ontologique, l'homme traverse des étapes d'évolution successives autour d'un processus de deuil et de renaissance. Mourir à une étape et naître à la suivante ; il est ainsi conduit à vivre successivement divers attachements : attachement à la mère, à la nourriture, aux objets, au couple parental, aux compagnons de jeux, aux diverses idéologies et philosophies, au partenaire idéal, à la réussite professionnelle, au plaisir culturel, à la reconnaissance sociale. Puis, c'est le retour sur soi, le travail intérieur, le besoin de service et de restitution, la connaissance de soi, la recherche du détachement juste, la longue quête spirituelle, l'ouverture au divin.

       Le danger sur ce chemin est de manquer une étape avec le risque qu'elle demande ensuite incessamment son dû ou de rester exagérément accroché à l'une d'entre elles et à la plénitude qu'elle apporte avec le risque de rester bloqué dans son processus d'évolution.

       Sur ce chemin, je suis moi-même, comme chacun, à un certain niveau de ma construction personnelle et je me sens de la génération de tous ceux, quel que soit leur âge, qui vivent ce même niveau de recherche et de réalisation.

       C'est cela qui détermine, pour moi, mon sentiment d'appartenance à une même génération qui s'assimile à une même famille d'esprit.

       Et naturellement, je m'entoure de ceux qui vivent le même niveau de recherche que le mien et je me sens moins proche de ceux qui ont un niveau de recherche différent du mien.

       Mais cette présence à moi-même et à mon vécu actuel, n'est pas exclusive d'un sentiment de transparence.

       Car le risque, lorsqu'on vit une phase d'évolution de son aventure humaine, c'est de s'enfermer en elle, d'ignorer toutes les autres ou de les juger comme étrangères à soi. Et c'est là, à mon avis, où peut naître le risque d'un conflit entre générations.

       Or les stades d'évolution se succèdent non pas en s'effaçant, mais en s'enrichissant mutuellement. Ainsi celui qui suit n'efface pas le précédent, mais vient l'enrichir d'un accomplissement nouveau.

       Le sentiment de transparence me permet de rester en contact, de comprendre et de m'enrichir encore avec tous ceux qui vivent un niveau d'évolution que j'ai, certes, traversé, mais qui reste néanmoins inscrit en moi et qui fait partie de mon histoire.

       Il y a là aussi, le cas échéant, l'occasion de la manifestation d'une aide ou tout au moins d'une solidarité.

       Le sentiment me permet aussi d'entrevoir avec sympathie, avec espoir, comme une ligne d'horizon, comme un temps à venir, tous ceux qui vivent un stade d'évolution et de maturité plus avancée que le mien, mais qui est déjà inscrit en moi en filigrane, comme un potentiel, un état d'enfantement futur. Ces gens-là m'ouvrent la voie, me montrent le chemin.

       Dans cette perspective, il n'y a plus conflits de générations, mais bien alliance à partir de l'alliance en soi, de ses propres générations intérieures, celles déjà vécues, en cours ou à venir.

       Il y a une vérité qui me paraît aussi unir toutes les générations au-delà des différences.

       « On met beaucoup de temps à devenir jeune ». J'aime cette idée à travers laquelle ma jeunesse d'hier inconsciente et spontanée rejoint ma jeunesse de demain consciente, libre et mesurée.

       Elle me paraît être le grand principe unificateur des générations puisqu'elle indique pour toutes une même orientation.

       Ainsi, je ne ressens aucunement un conflit entre générations et toutes les personnes que je rencontre ne peuvent plus m'être étrangères, car elles m'aident et m'apportent d'une manière ou d'une autre. En effet, ou bien elles me rappellent un stade de mon évolution déjà acquis et intégré et par leur contact, l'éclairent et le confortent, ou bien elles m'aident par leur exemple, leurs difficultés, leurs réussites et leurs échanges à vivre mieux et à réussir mon étape actuelle de construction personnelle, ou bien elles m'informent et me désignent les écueils à éviter par leurs exemples et leurs contre-exemples au regard des stades futurs d'évolution qui m'attendent et qu'il me faudra traverser un jour.

       Cette conscience plus large, appréhendant toutes les générations, sans aucune exclusion, c'est pour moi et en moi la voie de la réconciliation, de l'harmonie et du perpétuel enrichissement. C'est aussi la véritable alliance entre mon vécu du moment et la vision globale de l'ensemble de mon chemin de vie.


MICHEL GALLET


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La société : une macro-sarl ?


       Ce thème est aujourd'hui au coeur du débat social qui secoue la France, je veux bien entendu parler de celui des retraites des générations futures (mise en place ou non de fonds de pension ?)

       Autrefois, la cellule familiale avait une réalité physique, elle trouvait sa cohésion au sein d'un même foyer autour duquel, souvent, plusieurs générations cohabitaient. Peu à peu, les progrès économiques ont contribué à l'éclatement de ces modèles de tribus. D'un lieu identique de résidence, les générations se sont mises à habiter à quelques pâtés de maisons, quelques kilomètres et, pour finir, avec la nécessité, le diktat économique de trouver une activité (développement du secteur tertiaire aidant), l'installation dans une ville plus ou moins proche, les moyens de transport et plus encore les moyens de communications se substituant, tant bien que mal, à l'ancienne proximité physique.

       Au premier abord, cette constatation nous conduit à pousser un grand soupir de soulagement, car qui dit éloignement, dit finalement absence et oubli -- fuite ? -- des conflits. Pas de conflit donc, mais plus guère d'alliances.

       Mais le conflit, dont tout un chacun a su allègrement se délester, va resurgir sous une autre forme : qui va payer ?

       Ici, ce sont les aînés qui financent jusqu'à des âges fort avancés les jeunes adultes qui avec ou sans travail ont souvent des difficultés pour faire face à leurs besoins. Est-ce là une expression d'alliance ? Peut-être. De maintien dans la dépendance, sûrement.

       Parfois, un éloignement géographique plus faible permet aux jeunes grands-mères -- plus tout à fait jeunes d'ailleurs, mais drôlement dynamiques -- de jouer les nounous auprès de leurs petits enfants, perpétuant de la sorte ce qui se concevait naturellement auparavant.

       Pris entre deux feux, ces adultes d'un âge mûr doivent aussi faire face aux frais de pension prohibitifs des maisons de retraite qui abritent désormais nos anciens.

       Dans le passé, les alliances entre générations s'exprimaient dans leur maintien à domicile. Il faut dire que nous n'en finissons pas de mourir, alors qu'avant nos aïeux avaient la décence de tirer leur révérence quand leurs enfants avaient encore la force physique de les prendre en charge.

       Voilà pour ce qui est des substituts d'expression de ces alliances au sein de nos cellules familiales, pour celles qui, jusque-là, ont su toutefois conserver une certaine cohérence, un sens des valeurs, le respect de leurs aînés et la capacité-volonté à perpétuer cette alliance dans le renouvellement.

       Si, à cette échelle micro-familiale, nous pouvons au premier degré paraître échapper à nos règlements de compte, ceux-ci commencent et risquent de continuer à se rencontrer au fil des années, d'une façon malheureusement plus aiguë, à l'échelle macro-économique.

       Tous les jours déjà, nous croisons dans nos métros ou sur nos trottoirs les laissés pour compte de notre société qui sont les premières victimes visibles de cette disparition de la solidarité intergénérationnelle qui s'exprimait, sans tapage, au coeur de nos villages, où tout le monde connaissait tout le monde, et pas seulement par E-mail, fax, minitel ou téléphone.

       Pour tenter d'analyser les répercussions possibles sur l'ensemble de la société, ne risque-t-on pas d'aboutir, si nous n'en prenons pas conscience et laissons faire, à une véritable révolution ?

       Nos jeunes adultes -- délicate formule devenue à la mode -- doivent patienter parfois jusqu'à 30 ans (c'était encore 25 ans il y a cinq ans) pour décrocher leur premier emploi stable, même en collectionnant les diplômes.

       Quinze années plus tard, les victimes des fusions, absorptions et ratios de rentabilité -- actionnariat oblige -- se retrouvent de façon durable et moralement éprouvante grossir les rangs des ANPE.

       En bref, quinze années de vie active sûre. Il faut bien concéder que cette insécurisation n'est pas sans conséquence sur nos modèles familiaux, ni pour leur création et la mise au monde d'enfants, ni pour leur stabilité.

       Bien sûr, je dresse un tableau noirci et volontairement alarmiste de la situation, mais, derrière, la préoccupation est présente. Surtout en l'absence de solution.

       Quelle capacité auront les générations à venir, même si elles trouvent à travailler quarante années sans discontinuer, de 25 à 65 ans (ce qui, concédez-le, n'est pas dans le sens de l'histoire), pour financer sans rébellion les trente ou quarante années de leurs fringuants retraités centenaires ?

       N'y a-t-il pas là source potentielle de conflits... Ce qui revient à souligner l'importance capitale que revêtiront l'expression de nouvelles formes d'alliances entre générations. Merci pour vos suggestions et votre imagination.


ELISABETH COURBARIEN


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ADIEU ANNÉE VÉCUE :
INSTROSPECTION ET BILAN (fin)


       Nous vous présentons en retard deux articles sur le thème de notre numéro précédent « Adieu année vécue : introspection et bilan ».

       Ce retard est, peut-être, dû à une mise en acte des résistances dont nous avons eu l'écho, en face du thème « introspection et bilan ». Il se peut que notre numéro sur le thème « Retour au quotidien : les résistances » était encore présent à nous tous dans l'air du temps.


E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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L'appel des mots


       Premier temps : annonce du thème.

       Je n'ai rien à dire.

       Deuxième temps : je pense au thème.

       Je n'ai toujours rien à dire.

       Troisième temps : je m'interroge.

       Pourquoi n'ai-je rien à dire ? Quelles sont tes résolutions pour cette année ? Es tu contente de changer d'année ? Qu'as tu décidé de faire en priorité ? Quel est ton bilan pour cette année ?

       Bien avant toutes ces questions, je n'avais pas décidé de me pencher sur un quelconque bilan et j'étais fermement convaincue que le 31 décembre n'était que prétexte à organiser une grande fête.

       Mais, comme souvent, les autres vous confrontent à ce que vous voulez éviter : un bilan, des décisions, donc des engagements, en l'occurrence, devant témoins ! Ce sont les autres qui octroient, pour eux, une valeur symbolique à ce changement de chiffre sur nos calendriers. On ne peut acheter un journal sans être aussitôt envahi par, je cite, « les tops de l'année », « le best of de l'année », « ce qui va changer cette année », « les dix premières entreprises de l'année »... sans parler des milliers de pages noircies par l'astrologie et, plus fréquemment encore, la numérologie (une étude comparative relative à ce sujet serait intéressante !).

       Il n'y a pas de doute : nous avions décidé, telle l'autruche, de noyer notre tête sous les bulles de champagne, mais le réveil est exigé par la société. Alors, bilan !

*
*       *

       Page blanche. C'est bien ce que j'avais envisagé de faire lors de l'annonce du thème : « Adieu, année vécue, introspection et bilan ».

       Puis, je me suis interrogée sur le sens que ces mots recouvraient pour moi pour produire cette défense aussi facile : le déni du problème.

       Tous ces termes évoquent le deuil. Je les ressens comme un couperet.

       Faire un bilan ou une conclusion écarte les nuances, nécessite un style direct, synthétique.

       Dire un simple « adieu » n'engage pas cette phase introspective. Dire adieu me semble facile : écarter ce qui dérange, fuir. Dire adieu le premier avant que l'autre n'y songe... Mais, conclure, c'est faire un choix, juger, hiérarchiser, mettre en avant les trois ou quatre points clés qui ont orienté notre parcours. Écarter certains éléments secondaires sous-entend un certain engagement de notre part.

*
*       *

       Que l'on accorde ou non une crédibilité au langage des tarots marseillais, on peut y relever une valeur symbolique non négligeable : la fameuse arcane représentée par « la grande faucheuse » -- spectaculaire par l'angoisse qu'elle suscite et renforcée par l'aspect théâtral de la scène : un squelette actif qui « fauche » -- suggère pour la plupart des tarologues à la fois le deuil d'un élément de notre vie et le passage à une autre phase. Elle est action ; action forte, car elle imprègne l'imaginaire. Il semble que, sur le plan psychologique, cette référence se retrouve. Le bilan de l'introspection, c'est l'action. À quoi sert la clairvoyance si elle n'entraîne pas une prise de décision ?

       Sortis de ce deuil de l'année, nous pouvons également recourir à l'espoir : l'espoir d'un changement de situation, l'envie de prendre de bonnes résolutions, de relancer la machine, de donner un nouvel essor. Ce nouveau départ se fait à notre insu, presque passivement puisqu'il s'agit d'une modification de chiffre pour le créer.

       La sagesse populaire ou l'inconscient collectif, à l'origine de la mise en place de ces cycles temporels, favorise des prises de conscience et des processus vitaux de régénérescence : comme pour aspirer à une nouvelle détente, on nous demande d'expirer à fond (bilan et adieu) pour permettre une meilleure inspiration des futurs événements.

*
*       *

       Quatrième temps : tentative de mise en forme du bilan.

       Première solution : je me jette à corps (voire esprit) perdu(s) dans mes difficultés professionnelles, afin d'éviter une dimension plus large... et je me plonge ainsi dans une longue réflexion sur ce que je pourrais / devrais / aurais pu / aurais dû faire cette année. Cela m'éloigne sans doute d'un autre type d'introspection.

       Deuxième solution : j'attends que mes rêves m'aident à faire le bilan. Ils me disent seulement qu'il existe quelque chose à côté de moi que je ne tiens pas à voir. Je suis bien avancée !

       Même mon psychisme dormeur entrave ma quête et fait en sorte d'élever des barrages face aux percées innocentes de mon inconscient. Quand vais-je lui laisser la parole ?

       Le bilan se trouve confronté à deux difficultés :

       Pourtant, je pense avoir appris sur moi-même, sur le fonctionnement de l'autre... Je ne sais plus à quel moment je l'ai réalisé. Était-ce il y a un an, deux ans ? Ai-je uniquement, cette année, reçu confirmation de ce que j'avais pressenti antérieurement ? Je n'arrive pas à me situer dans la nécessité de faire un bilan, un arrêt sur image.

       Au mois de décembre 1996, j'écrivais déjà 1997. Je suis déjà inscrite dans l'avenir sans pouvoir me pencher sur le passé.

       Cinquième temps : mon bilan.

       J'ai de nouveau détourné le problème en raisonnant autour du thème. Je suis passée du déni à l'évitement. Vraisemblablement, je ne suis pas prête.

       Alors, attendons.


FLORENCE BOISSE


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Bref bilan :
pourquoi préférer l'étable au grenier


       Il y a en moi quelque chose qui résiste devant le simple fait de faire un bilan quel qu'il soit. Alors le bilan d'une année n'en parlons pas ! Il me semble qu'il y a là une perte de temps et un effort intellectuel exigeant. Et puis la mémoire sait bien, par elle-même, faire la part entre ce qui est utile de retenir et ce qui est nécessaire de jeter dans l'oubli.

       Pourtant, cette position de principe ne me satisfait pas entièrement. En étant sincère, je dois m'avouer qu'il est utile, très utile, que l'esprit, de temps à autre, se tourne vers lui-même et réfléchisse sur le temps passé, pour faire le point à l'occasion d'échéances, comme celles du calendrier, par exemple.

       Faire le point consiste, sur une certaine durée, à confronter ses attentes avec la réalité. Il est toujours difficile, pour ne pas dire douloureux, de se retourner pour mesurer, après que la vie s'est retirée d'un temps à jamais écoulé, ce qui reste en nous d'insatisfait. Et ce qu'il y a eu de positif ne rend pas forcément plus facile la prise en compte de cette partie en nous non comblée, encore en demande, à l'origine de remords, regrets ou frustrations.

       Mais aujourd'hui, pour faire le bilan de cette année 1996, je ne souhaite pas réfléchir en me lançant dans une espèce de spéculation intellectuelle, qui me conduirait à évaluer, soupeser et en fin de compte, privilégier certaines idées ou certains événements par rapport à d'autres. Non, je souhaite plutôt réfléchir à la manière du miroir qui réfléchit fidèlement le réel.

       En fait, ce que je souhaite, c'est entrer en moi avec douceur et sincérité et laisser venir d'un espace de silence et d'attention, sans rien anticiper, la réponse qui m'est donnée, c'est-à-dire qui se réfléchit dans cet espace disponible, à la question : « Suis-je satisfait de mon année écoulée ? ».

       Spontanément, j'ai une immense envie de dire oui, un oui vrai, vivant, libérateur, un oui qui rassemble toute l'année dans ses multiples aspects heureux et malheureux, un oui qui la résume et la rend féconde pour accueillir l'avenir.

       Et puisque nous venons de vivre la période de Noël, il me semble que ce oui spontané à la vie, rejoint le vrai message de Noël.

       Dans cette vieille étable, sur cette paille tassée, entre des personnages pétris dans leur histoire, il y a la naissance d'une vie innocente, fraîche, offerte, lumineuse.

       Cette histoire et ce symbole représentent aujourd'hui le bilan que j'ai envie de faire pour moi, non pas un bilan qui consiste à engranger des souvenirs à hiérarchiser des valeurs, à trier des événements, à solder des comptes, mais un bilan qui prend la forme d'une réponse jaillissante.

       Dans ma vie, comme dans l'étable de Bethléem, au sein de mon histoire qui a déjà pas mal de rides, sur la paille de mes soucis, mes angoisses, mes pensées mille fois ressassées, il y a une capacité intacte, toujours possible, de renaissance et de renouveau.

       Comme si le temps n'avait pas existé, il y a en moi, comme en tout être, ce don d'un jaillissement, à tout instant possible, d'une énergie fraîche et joyeuse transperçant le cumul des années.

       Cette vie neuve prend la forme, sur les visages, d'un air de jeunesse, et à l'intérieur de soi selon les circonstances d'une joie de vivre soudaine et inexplicable, d'un regain d'espoir, d'un désir subit de perfection, d'une formidable envie de donner, d'aimer et de faire confiance, d'une paix sans cause ou d'une certitude curieusement inébranlable.

       Et le fait que cette naissance de Noël se soit déroulée dans une étable toute simple et ouverte aux quatre vents et non, par exemple, dans une pièce ou un grenier surchargé de meubles et de souvenirs, m'apporte par rapport au sens du bilan et de l'introspection un message supplémentaire. Il m'enseigne que tout bilan personnel, tout travail sur soi-même réussi doit se traduire non pas par une surcharge supplémentaire de la mémoire, non pas par une connaissance plus complexe de soi-même, mais bien plutôt, à l'intérieur de soi, par une nouvelle disponibilité, un sentiment de simplification et d'allégement et une ouverture plus grande à la vie.


MICHEL GALLET


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À lire


Inteligencia emocional par D. Goleman

       Para llegar e evaluar la organización global de la inteligencia, es necesario tener en cuenta las emociones. Sin emociones no hay inteligencia, así lo afirma Daniel Goleman en su libro Inteligencia emocional.

MARÍA-LUZ DE DIEGO

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Le psychisme à l'épreuve des générations, clinique du fantôme par S. Tisseron, M. Torok, N. Rand, C. Nachin, P. Hachet, J-Ct Rouchy ( Éditions Dunod, collection Inconscient et culture).

       Il y a cinquante ans, Nicolas Abraham inaugurait sa « théorie du fantôme ».

       Le livre, à travers des textes de psychiatres, de psychanalystes et d'historiens de la théorie freudienne montrent le rôle joué par le lien social comme étant essentiel à la compréhension du fait psychologique individuel.

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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