juillet1997
LA LETTRE

DE

S.O.S. PSYCHOLOGUE


NUMÉRO : 35 REVUE MENSUELLE JUILLET 1997



Au sommaire de ce numéro :

A u t e u r T  i  t  r  e     d  e    l  '   a  r  t  i  c   l  e
E. Graciela Pioton-Cimetti L'approche du mal-être
E. Graciela Pioton-Cimetti La aproximación al malestar
Florence Boisse Les fleurs du mal (-être)
Hervé Bernard Le mal-être
Georges de Maleville Mal-être et série noire
Le groupe clinique de SOS Réunion de groupe du 29/05/1997 : quelques rêves




               

L'approche du mal-être


       De tous côtés retentissent des cris d'alarme en faveur de la « personne humaine ». Peut-être sommes-nous dans une période de transition au cours de laquelle il va falloir trouver un équilibre entre les individus par la solution des problèmes sociaux.

       Une véritable désagrégation s'est produite dans la plupart des nations. Et l'homme s'est découvert seul, « mort en sursis » vivant à « huis clos ».

       Le mal-être a de multiples formes : causes physiologiques (maladie incurable, blessure qui laisse estropié, altération d'un organe), causes économiques (dettes, chute dans la misère, chômage), causes sociales (difficulté de « sortir » de sa classe pour s'élever vers une classe supérieure ou bien l'inverse), causes psychologiques (solitude, gêne due à la pitié dont les autres vous accablent, sentiment d'insuffisance ou de déclin), causes métaphysiques (déséquilibre entre le goût de l'absolu et la relativité de tout ce qu'on atteint, inquiétude quant à la mort), causes intellectuelles (absurdité de l'univers, absurdité du phénomène vital qui conduit à souhaiter le néant, complexification technologique et cognitive).

***

       La séparation des classes ne date pas d'aujourd'hui : patriciens, plébéiens, colons, esclaves, dans la Cité antique ; nobles et roturiers sous l'Ancien Régime ; riches et pauvres dans les sociétés modernes.

       Déjà, César fait état de l'inquiétude des Gaulois qui craignaient que le ciel leur tombât sur la tête. Buffon relate l'inquiétude de l'homme primitif, venu sur terre alors que les grandes convulsions géologiques s'achevaient à peine… Mais l'homme moderne éprouve une inquiétude plus complexe : inquiétude métaphysique analysée par Pascal ; inquiétude romantique traitée par Rousseau, Chateaubriand ; inquiétude religieuse et morale évoquée par Baudelaire et ses épigones ; angoisse existentielle présentée sous de multiples formes par Sartre…

       Jamais la césure entre hommes due à la spécialisation du travail n'a été aussi poussée.

       La séparation due à l'éducation, primaire pour les uns, secondaire pour les autres, n'a pas disparu, malgré les efforts d'Édouard Herriot et de Paul Langevin pour créer l'école unique.

       Le cloisonnement économique (employeurs et employés) ; social (riches et pauvres) ; culturel (primaire et secondaire) et religieux a pour conséquence le repliement de l'individu sur sa propre misère. De multiples efforts ont été tentés pour sortir les hommes de cette conscience de leur misère. Même si l'on parvenait à établir une société parfaitement équilibrée aux points de vue politique, économique, financier, même si l'on pouvait établir un parfait équilibre entre le travail et le loisir, arriverait-on, par là même, à supprimer l'ennui où Pascal voyait le caractère essentiel de la condition humaine ? Pour ne plus s'ennuyer quand il est seul, immobile dans une chambre, il faudrait que l'homme fût débarrassé de ce lourd privilège qu'est la pensée.

***

       Un individu peut avoir une intelligence médiocre ou éclairée, des sentiments vulgaires ou délicats. Il a de la vie et du devoir une conception qui varie selon sa propre façon de comprendre et de sentir. L'influence qu'il est capable d'exercer sur autrui diffère alors en fonction de sa mentalité et de cette conception.

       La désapprobation, les critiques, le blâme, le délaissement sont pénibles. Et chacun de nous le comprend trop bien. C'est encore une aspiration bien légitime que de désirer un certain crédit. Ceux qui ne souffriraient pas de l'hostilité des autres seraient des êtres d'exception. Chacun de nous porte en lui un invincible désir d'être reconnu et approuvé par ceux qui l'entourent, d'être compris d'eux, de les voir partager ses sentiments, de les sentir en sympathie avec lui.

       Or cette disposition, qui est un des éléments de notre nature, peut dégénérer en véritable faiblesse, devenir une crainte constante, une désapprobation, une peur de la critique, un blâme. Certains se soumettent à l'opinion, sans véritable originalité, animés de sentiments dépourvus de grandeur, car ils veulent garder, par-dessus tout, leur tranquillité en acceptant ce qui se fait dans leur milieu et en conformant leur conduite à celle des autres. Mais en serait-il ainsi s'ils avaient quelque valeur, s'ils jugeaient ce qui se pratique autour d'eux, s'ils avaient le courage de protester contre une idée fausse, un abus, contre une conduite motivée par des intérêts mesquins ?

       L'individu, qui est faible, craintif, inerte, prudent, limitera les manifestations apparentes de sentiments sous la forme d'un silence prudent et d'une extrême réserve. Cette attitude tend à effacer l'être véritable, du moins à atténuer sa véritable personnalité, à la contenir dans les limites du reçu, du convenu.

***

       Pour s'élever, il faut savoir participer, s'engager et « ainsi devient-on homme d'une patrie, d'un métier, d'une civilisation, d'une religion », comme le mentionne Saint-Exupéry dans Pilote de guerre.

       Comment ne pas devenir amer si nous nous jugeons le soir avec scrupule alors que, durant la journée, nous avons agi sans scrupules ?

       En effet, c'est au cours de l'action qu'il faudrait se montrer exigeant avec soi-même, non dans le confessionnal ou dans la chambre avant de s'endormir. Mais l'homme est pris par les nécessités de l'action, il lutte, il se défend, il gagne sa vie, il se débat comme il peut dans les accommodements, les arrangements, les compromis de l'empirisme quotidien. Lorsqu'il abandonne cette attitude du travailleur pour prendre celle du janséniste pascalien, du calviniste, du chrétien, du sage, du yogi, quelle amertume ! Entre les réalités et l'idéal, entre le relatif et l'absolu, la différence est si grande qu'il faut beaucoup de bon sens pour l'accepter sans écœurement.

       Est-ce à dire que le mal-être a toujours son origine dans l'examen de soi-même ? Certes, non.

       « J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre », a écrit Pascal. Il savait bien, pour en avoir fait l'expérience, que la grande cause du mal-être, pour celui que Dieu n'a pas visité, est d'ordre métaphysique. Qu'adviendra-t-il de nous après la mort ? d'où venons-nous ? où allons-nous ? L'homme désire connaître et il ne peut connaître ; il désire être heureux et il ne peut être heureux puisque la mort le menace à tout instant.

       Pour le sartrien, le mal-être a une autre cause métaphysique : l'homme est seul, tragiquement seul dans l'univers et, son essence n'étant pas préétablie, il lui faut se définir en existant, en choisissant à chaque minute sa voie puisqu'il est libre, libre jusqu'à la « nausée ».

       Enfin, une dernière voie mène au mal-être certains de nos contemporains : le développement trop rapide du machinisme éveille la peur, peur de la « bombe », peur de la mécanisation, peur de l'automatisation. L'homme ne se sent plus adapté à l'habitat qu'il s'est bâti.

       Lorsque l'homme ne peut plus tolérer les autres, il se contente de les supprimer. C'est lorsqu'il ne se tolère plus qu'il se suicide et supprime le monde avec lui.

***

       Acceptons la pression sociale dans la mesure où elle est indispensable. Mais sachons retrouver notre liberté dans la mesure où nos poumons, notre cœur et notre esprit l'exigent. La médecine est parfois nécessaire pour soigner notre cœur ou nos poumons. Toutefois, nous ne respirons à l'aise, nous ne sentons notre pouls tranquille que lorsque les médecins nous ont libérés.

       C'est alors que nous pourrons peut-être prétendre au bien-être…

***

L'approche du mal-être de ne pas être

       Approcher le mal de ne pas être, dirais-je plutôt. Ressentir le manque comme un vide et non comme un lieu rempli d'énergie bloquée, capable si nous le laissons s'exprimer de devenir source de plénitude et de contact avec le réel.

       Le plaisir se manifeste toujours, mais, dans ce cas, ce peut être une addiction à la souffrance, comme une manière névrotique pour se protéger de la vraie souffrance de l'être vivant dans son temps si précaire et relatif qu'il fait peur.

       Être, c'est bien plus difficile que ne pas être, car pour aller vers la vérité, il faut acquérir une discipline de vie et avoir envie de changer.

       L'énergie est brutalement pompée par la fausse souffrance et le fantasme du manque. Nous le remarquons bien dans les discours obsessionnels où les affects sont dissociés des représentations :

       « Je n'avance pas, j'ai un encéphalogramme plat, je n'arrive pas à penser, je ne sais plus où j'en suis, tout effort de penser ou d'agir me fatigue… »

       De l'extérieur, l'obsessionnel accroché à sa souffrance avance. Nous ne pouvons pas trouver de platitude dans son discours. Il s'arrange souvent pour ne pas être à ses séances, car il résiste à la discipline et à l'investissement psychique et émotionnel que lui demande le rythme analytique, de peur de faire « craquer » sa névrose. Le rythme analytique cherche à casser la reconstruction défensive du discours névrotique.

       En principe, la personne dépendant de sa souffrance, principalement obsessionnelle, n'agit pas, mais réagit. Il n'est pas libre. La moindre contrainte entraîne une décompensation de ses défenses et soudain, il devient un enfant perdu dans un monde hostile où chacun est plus fort, plus intelligent, plus malin.

       Il se méfie de tout et de tous. Il n'est jamais content de rien, car il est toujours aux aguets, c'est-à-dire qu'il souffre. Si on exige quelque chose de lui, il s'en inquiète. Mais sa dépendance à la souffrance est si grande qu'il n'arrive pas à répondre simplement aux propositions qui lui sont faites, ce qui lui permettrait de lutter contre le symptôme.

       Il aime le pouvoir. Or qu'en ferait-il s'il l'avait ? Son pouvoir est toujours médiocre. Mais une fois qu'il est en possession de quelque chose, l'objet acquis n'a plus de valeur, car il s'agit d'un bien à lui et tout ce qui lui appartient n'a pas de valeur.

       Il n'est pas nécessairement un sadomasochiste. Ce ne sera jamais un pervers, car il se trouve sur le trottoir opposé, celui de la névrose. Le névrosé rêve d'être pervers, de se délivrer de tout. Il rêve de liberté. Mais quelle liberté ? Et pour en faire quoi ? Pour avoir plus de temps pour entretenir sa souffrance ?

***

       J'ai beaucoup de patients obsessionnels à tel point que je préfère ne pas citer de cas particuliers.

       Pourquoi tant d'obsessionnels ? Peut-être parce que mes traits dominants semblent ceux d'une obsessionnelle ! Oui, j'étais une perfectionniste. Mais j'ai « craqué » comme je l'ai dit dans une lettre précédente.

       Seule la discipline a été préservée dans cette histoire. Je n'ai jamais été dépendante à la souffrance. Ma discipline, en principe irréductible, m'a conduite vers un chemin de recherche qui me comble.

       Si je pouvais dire à ces « braves gens » que le manque n'est qu'un trop plein d'énergie et que nous ne pouvons pas rater le tournant, je serais satisfaite d'être écoutée, mais ils ne m'écoutent pas !

       Le trait le plus dur du dépendant à la souffrance, c'est son impossibilité même massive de reconnaître le plaisir une fois qu'il a été vécu, car il a besoin d'émotions très fortes pour se reconnaître en tant qu'être existant. Dès qu'il a vécu l'émotion, il devient las et perdu, parce que admettre la jouissance et s'en souvenir, ce serait accepter la non souffrance.

       Enfin, c'est à vous de réfléchir !

***

       Il pleut sur Paris pour ne pas changer. Je suis loin de savoir qui je suis, mais, près de toi, nous partageons le bien être de vouloir nous approcher du non être pour l'abandonner derrière nous. En tout cas, il y a des fleurs jaunes et des herbes sauvages qui ont poussé ensemble.

       Je ne peux pas supporter de voir les fleurs entourées de mauvaises herbes. Les parasites n'ont pas le droit d'exister dans ce jardin soigné. Non. Nous arracherons ces étranges plantes nuisibles qui dévorent leur sève… Bien sûr que je ne t'arracherai pas de mon cœur, car tu ne m'as jamais empêché d'avancer dans la bataille pour gagner ma force et ma liberté. Moi non plus d'ailleurs.

       Parfois, nous sommes tristes un instant, car nous n'avons pas assez de temps pour contempler et réfléchir ensemble. Seulement, c'est de la vraie souffrance qu'apporte la privation de l'autre ! C'est savoir qu'un jour nous ne serons plus ensemble ici-bas.

       Peut-être partirons-nous un jour de printemps dans des années bien différentes. Celui d'entre nous qui restera prendra soin de la mémoire de l'autre. Notre séparation sera une souffrance de privation réelle.

       Que te dire de plus dans cette nuit de printemps où il pleut encore ? Aimons-nous ici, maintenant et entièrement…


Fait à Paris, le 15 juin 1997
et il pleut encore.

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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La aproximación al malestar


       De todas partes repercuten gritos de alarma en favor de la «persona humana». Acaso estamos en un periodo de transición durante el cual será necesario encontrar un equilibrio entre los individuos a través de la solución de los problemas sociales.

       Una verdadera desintegración se produjo en la mayoría de las naciones. Y el hombre se descubrió solo, «muerto en suspenso», viviendo a «puerta cerrada».

       El malestar tiene múltiples fuentes: causas psicológicas (enfermedad incurable, herida que deja lisiado, alteración de un órgano), causas económicas (deudas, caída en la miseria, desempleo), causas sociales (dificultad en «salir» de su clase para ascender a una clase superior o bien lo contrario), causas psicológicas (soledad, malestar debido a la lástima con la que los demás nos agobian, sentimiento de insuficiencia o de decadencia), causas metafísicas (desequilibrio entre el gusto por lo absoluto y la relatividad de todo lo que se alcanza, inquietud en cuanto a la muerte), causas intelectuales (lo absurdo del universo, lo absurdo del fenómeno vital que conduce a desear la nada).

***

       La separación de clases no es cosa de hoy: patricios, plebeyos, colonos, esclavos, en la Cité antigua; nobles y pecheros en el Antiguo Régimen; ricos y pobres en las sociedades modernas.

       Ya Cesar tiene en cuenta la inquietud de los Galos que temían que el cielo les cayera en la cabeza. Bufón tiene en cuenta la inquietud del hombre primitivo llegado a la tierra cuando las grandes convulsiones geológicas apenas se terminaban… Pero el hombre moderno siente una inquietud más compleja: inquietud metafísica analizada por Pascal; inquietud romántica analizada por Rousseau, Chateaubriand; inquietud religiosa y moral evocada por Baudelaire y sus epígonos; angustia existencial presentada bajo múltiples formas por Sartre…

       Nunca la separación debida a la especialización del trabajo fue llevada tan lejos.

       La separación debida a la educación, primaria para los unos, secundaria para los otros, no desapareció a pesar de los esfuerzos de Édouard Herriot y de Paul Langevin para crear la escuela única.

       La separación económica (empleadores y empleados); social (ricos y pobres); cultural (primaria y secundaria) y religiosa tiene como consecuencia el recogimiento del individuo sobre su propia desgracia. Múltiples esfuerzos se han realizado para sacar a los hombres de esta consciencia de su desgracia. Incluso si se llegara a erigir una sociedad perfectamente equilibrada desde el punto de vista político, económico, financiero ; incluso si se pudiera establecer un perfecto equilibrio entre el trabajo y el ocio ¿conseguiríamos suprimir, de este mismo modo, el aburrimiento que Pascal veía como el carácter esencial de la condición humana? Para no aburrirse ya cuando está solo, inmóvil en una habitación, sería necesario que el hombre se quitara de encima ese pesado privilegio que es el pensamiento.

***

       Un individuo puede tener una inteligencia mediocre o brillante, sentimientos vulgares o delicados. El tiene de la vida y del deber una concepción que varía según su manera de comprender y de sentir. La influencia que él es capaz de ejercer difiere con relación a su mentalidad y a esta concepción.

       La desaprobación, las críticas, la censura, el desamparo son penosos. Y cada uno de nosotros lo comprende demasiado bien. Es aún una aspiración legítima la de desear tener un cierto crédito. Aquellos que no sufrieran con la hostilidad de los demás serían seres excepcionales. Cada uno de nosotros lleva en sí un deseo invencible de recibir la aprobación de aquellos que nos rodean, de ser comprendido por ellos, verlos compartir sus sentimientos, de inspirar su simpatía.

       Ahora bien, esta disposición, que es uno de los elementos de nuestra naturaleza, puede transformarse en verdadera debilidad, convertirse en un temor constante, en una desaprobación, un miedo de la crítica, una censura. Algunos se someten a la opinión, sin verdadera originalidad, animados por sentimientos desprovistos de grandeza, puesto que quieren conservar, por encima de todo, su tranquilidad aceptando lo que se hace en su medio y ajustando su comportamiento al de los otros. ¿Pero sería igual si ellos tuvieran algún valor, si enjuiciaran lo que se practica a su alrededor, si tuvieran la valentía de protestar contra una idea falsa, un abuso, contra una conducta motivada por intereses mezquinos?

       El individuo que es débil, temeroso, inerte, prudente, limitará las manifestaciones aparentes de sus sentimientos bajo la forma de un silencio prudente y de una extrema reserva. Esta actitud tiende a borrar al ser verdadero, o al menos a atenuar su verdadera personalidad, a contenerla en los limites de lo admitido, de lo convencional.

***

       Para elevarse hay que saber participar, pertenecer a algo y «así se vuelve uno hombre de una patria, de un oficio, de una civilización, de una religión» como lo menciona Saint-Exupéry en Piloto de guerra.

       ¿Cómo no volverse amargado si nos enjuiciamos en la noche con escrúpulo mientras que, durante el día, hemos actuado sin escrúpulos?

       En efecto, es en el transcurso de la acción que debiéramos mostrarnos exigentes consigo mismos, no en el confesionario o en la habitación antes de dormirse. Pero el hombre está agarrado por la necesidad de la acción, lucha, se defiende, gana su vida, se debate como puede en los acomodamientos, los arreglos, los compromisos del empirismo cotidiano. Cuando abandona esta actitud de trabajador por la de jansenista pascaliano, calvinista, cristiano, sabio, yogi, ¡que amargura! Entre las realidades y lo ideal, entre lo relativo y lo absoluto, la diferencia es tan grande que es necesario mucho buen sentido para aceptarla sin asco.

       ¿Es decir que el malestar se origina siempre en el examen de sí mismo? ¿Desde luego que no?

       «Descubrí que toda la desdicha de los hombres viene de una sola cosa, que es la de no saber permanecer en reposo, en una habitación», escribió Pascal. El sabía muy bien, por haberlo experimentado, que la gran causa del malestar, para aquel al que Dios no ha visitado, es de orden metafísico. ¿Qué será de nosotros después de la muerte? ¿De dónde venimos? ¿A dónde vamos? El hombre desea conocer y no puede conocer; desea ser feliz y no puede ser feliz puesto que la muerte lo amenaza a todo instante.

       Para el sartriano, el malestar tiene otra causa metafísica: el hombre está solo, trágicamente solo en el universo y, como su esencia no está preestablecida, debe definirse existiendo, eligiendo cada minuto su vía puesto que él es libre, libre hasta la «náusea».

       En fin, una última vía conduce al malestar de algunos de nuestros contemporáneos: el desarrollo demasiado rápido del maquinismo despierta el miedo, miedo de la «bomba», miedo de la mecanización, miedo de la automatización. El hombre no se siente ya adaptado al hábitat que se edificó.

       Cuando el hombre no puede ya tolerar a los demás, se satisface con suprimirlos. Y es cuando él no se tolera ya que se suicida y suprime al mundo con él.

***

       Aceptemos el peso social en la medida en que es indispensable. Pero sepamos reencontrar nuestra libertad en la medida en que nuestros pulmones, nuestro corazón y nuestra mente lo exigen. La medicina es a veces necesaria para cuidar nuestro corazón o nuestros pulmones. Sin embargo, no respiramos con comodidad, no sentimos nuestro pulso tranquilo sino cuando los médicos nos han liberado. Es entonces que podremos tal vez aspirar al bienestar.


E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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Les fleurs du mal (-être)


       Ce célèbre recueil laissait entrevoir, avant même que les thérapeutes ou théoriciens psychanalytiques ne l'émettent comme une loi universelle, comment le mal-être peut se révéler à la fois insupportable dans l'ici et maintenant et catalyseur d'un changement favorable si on en cherche le sens intrinsèque. Ces quelques mots, a priori antagonistes, viennent souligner les deux tenants échangeables, complémentaires, d'un balancier vital qui nous transporte tout au long de notre existence : d'un côté, l'image chargée d'espérance des fleurs, créatives, colorées, tournées vers le monde extérieur, odorantes, veloutées ; de l'autre, le mal qui, comportant ou non une valeur morale sous la plume de Charles Baudelaire, n'en est pas moins une représentation du mal-être.

       Qu'il se traduise par une revendication récurrente, une ironie omniprésente, une critique exacerbée de tous les systèmes en place, la perte de l'espérance, une tristesse muette, un sourire figé, une douleur morale profonde entaillant les entrailles, le mal-être, s'il est conçu comme un symptôme, peut être terrassé. Espoir !

       Mais comment passer du mal à ses fleurs ? Comment transformer cette angoisse, cette peur majeure, cette douleur envahissante en une instance utile, une création, un futur bien-être ?

       Baudelaire avait trouvé la solution dans l'alcool, apaisant, facteur de détente nerveuse, favorisant une certaine forme d'activité neuronale qui ne se révèle pas habituellement.

       D'autres ont recours à la boulimie : on se « fait plaisir » puis on s'extirpe de l'abîme avec du chocolat, des douceurs régressives quand ce ne sont pas des conserves entières avalées à même la boîte.

       Les biologistes diront que le moment de satiété ressenti provoque une libération d'hormones de registre euphorique. Cependant, tout alcoolique, tout boulimique, est conscient du mal-être de tout autre nature qui s'en suivra, une heure, vingt-quatre heures plus tard. Mais c'est la juste punition physique pour s'être fait plaisir « sauvagement ». Une punition physique bien douce comparativement à celle de « l'esprit ».

       On a ainsi osé se faire plaisir, retourner à un état régressif d'avidité orale, de dégustation du bon lait : nostalgie d'une réponse immédiate de la « bonne mère » idéalisée.

       Comment, dans ce cas, se détacher d'un tel pouvoir calmant ? Il s'agit déjà d'un compromis, d'un aménagement, d'une cohabitation avec son angoisse. On accepte « ses nouveaux ministres » (les conséquences), pourvu qu'un plaisir potentiel en émane, plaisir oral et archaïque en l'occurrence. Cette angoisse est traitée comme un boulet dont on s'occupe en le nourrissant. Fait-elle encore partie de nous ? En tout cas, elle nous est utile, car elle s'ouvre comme une brèche que l'on sait remplir, donc maîtriser, et c'est bien rassurant !

       Mais il y a une autre angoisse, profonde, vive, la faille après le récif, le couperet qui nous atteint brusquement, une bourrasque qui nous assomme. Les « nourritures terrestres » ne semblent alors d'aucune utilité pour nous extraire de la chute.

       Il ne s'agit plus de remplir un trou, un vide, il faut à présent tenter de se retenir aux parois supposées d'un trou noir. Le raisonnement n'est plus accessible. L'état de choc est tel qu'il ne permet pas la mise en mots ; une transe kafkaïenne nous électrise en survoltage !

       C'est la représentation de la mort. Cette seconde partie de notre vie que nous n'avons pas appris à appréhender puisqu'elle s'oppose aux valeurs innées ou acquises ici-bas : volontarisme, instinct grégaire, idée du bonheur, désirs…

       Alors nous cherchons nos béquilles : philosophiques, psychologiques, religieuses, politiques… Mais, au fond, nous savons que nous sommes seuls, accompagnés (bien ou mal) de nos croyances salvatrices, mais ô combien perturbées par notre rationalisme.

       Les récentes élections portent en elles cette image du mal-être : entre hystérie forcée où l'on danse (version club Méd) à l'annonce du « gagnant » et faux désintérêt révélant un espoir bafoué ; un même cri d'angoisse est lancé à travers les ondes médiatiques.

       Il reste, sur le plan psychologique, à se raccrocher à l'interprétation. Ce fameux « pourquoi » – auquel les psychologues français croient encore malgré les critiques anglo-saxons qui privilégient le « comment » – est peut-être un moyen de compréhension, donc de mise à distance voire de détachement de soi par rapport à son angoisse ; notre personnalité, mise à l'abri des carcans édifiés par une névrose, peut alors se déployer.

       Un véritable combat est entrepris : les deux adversaires de l'être se font face.

       À ma gauche, le mal-être qui alimente un scénario dans lequel on s'est installé parce qu'on le connaît bien : ce sont des individus qui « se trouvent bien » dans le malheur, car ils savent combattre, se défendre, baisser la tête pour mieux foncer ; ce sont ces jeunes rejetés par leurs parents qui, toute leur vie, tentent de prouver à leur entourage (et en particulier à la société) qu'ils avaient raison de les repousser ; enfin ce sont ces individus qui ne savent pas gérer le bonheur émergeant et qui détruisent en un jour tous les efforts d'une vie…

       À ma droite : le bien-être, c'est-à-dire l'envie de créer ou de profiter de ce qu'on a, le désir d'aimer l'autre sans attenter à sa liberté, la capacité à apprécier les efforts et le repos, la prise de conscience des racines d'une angoisse et de sa perte d'influence, le besoin réel et le désir profond de quitter cette angoisse, la constatation objective des difficultés de la vie en sachant qu'elles sont surmontables, la confiance en soi révélée, humble et vraie…

       Alors une odeur de roses fraîches émerge de notre jardin intérieur.


FLORENCE BOISSE


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Le mal-être


       Pourquoi le mot mal-être résonne-t-il de manière si familière à notre époque ?

       Le mal-être est comme une blessure au fond de soi, une difficulté à vivre au quotidien, un boulet que l'on tire derrière soi, un malaise indéfinissable qui perturbe le cours des pensées, des émotions. Le mal-être est comme un mur qui barre l'infini du temps et de l'espace, ou bien un brouillard qui réduit notre espace vital à presque rien. Chacun peut ressentir et exprimer à sa manière le mal-être. Par une plainte, des symptômes psychosomatiques, une déprime qui tient au corps, un sentiment de manque intérieur…

       Freud a proposé dans Malaise dans la civilisation une explication psychanalytique à cette angoisse existentielle que la plupart d'entre nous a pu expérimenter certainement, au moins, une fois dans sa vie. Cette difficulté de vivre serait un sentiment inconscient de culpabilité :

– en effet, coexistent en chacun de nous des pulsions de vie, qui nous poussent vers les objets, vers l'action, et des pulsions de mort qui engendre l'agressivité, la violence, la destruction. La vie est une lutte entre pulsions de vie et pulsions de mort, et parce qu'il n'y aurait pas de vie sans mort, les pulsions de mort fondent la vie même ;

– l'être social pour établir des relations avec ses semblables, c'est-à-dire pour tenir une position sociale, doit maîtriser son agressivité, la retenir pour préserver et développer la qualité de ses relations avec autrui. Une partie de cette énergie inhibée serait reprise par le surmoi pour l'utiliser à l'encontre du moi. Le surmoi est cette instance psychique inconsciente, qui joue le rôle de conscience morale, de policier vis-à-vis de ce que l'individu peut faire ou ne pas faire, en fonction des règles sociales et de ses propres règles éthiques ;

– la conséquence de cette dynamique psychique est un sentiment de culpabilité, car rien ne peut échapper à l'inconscient, donc au surmoi, notamment tout mouvement pulsionnel, et la tendance du surmoi est de punir la personne, par exemple à travers des actes manqués, des paroles qui dépassent la pensée ou par une répétition de l'échec.

       Le malaise serait ainsi une angoisse d'origine inconsciente face au surmoi.

       Cette théorie ne prétend peut-être pas cerner toute la vérité, mais en propose une explication factorielle dans certaines situations. D'ailleurs, le but de toute investigation psychanalytique est de retrouver le cheminement psychique singulier d'un individu qui peut motiver un vécu d'affects désagréables : à travers une reconstruction verbale et une mise en sens de fragments apparemment sans lien le sujet peut parvenir à reconnaître une part de sa vérité qui s'articule avec le malaise ressenti. Mais sans doute une partie seulement !

       L'homme de la rue est bien loin de la cure analytique ou même de la psychanalyse. Il est pris dans son quotidien, dans des projets à plus ou moins long terme. Peut-être ressent-il ce malaise en sourdine ou dans des moments de solitude face à lui-même, de frustration momentanée ? Contrairement à un autre que le mal-être accompagne à chaque moment de l'existence.

       Le mal-être peut aussi avoir pour origine la désagrégation ou même la perte des repères qui habituellement permettent la liaison des mouvements pulsionnels, sans lesquels toute action ou pensée, c'est-à-dire tout souffle de vie, deviendrait impossible ou engendrerait angoisse et maladie, psychique ou somatique.

       La vie évolue de manière plus ou moins continue selon une double dimension synchronique (à un certain moment à travers un système ordonné d'éléments) et diachronique (à travers l'enchaînement de systèmes de pensées, d'attitudes, de conduites). Ces deux axes se développent à partir de repères tant internes qu'externes.

       À l'extérieur c'est le cadre familial, les amis, les collègues de travail, le groupe socioculturel ou même le voisinage de l'habitation. C'est aussi la ville où on vit, l'ambiance au quotidien, le rythme semaine/week-end, travail/vacances, tout ce qui peut être vu, senti, touché, reconnu et qui fait partie de notre vie.

       En soi de manière plus subtile, plus à notre insu, ce sont les représentations, les modèles, les fantasmes à partir desquels nous entrons en communication avec le monde extérieur.

       La science a montré, par exemple, que la vision ne consistait pas seulement en capteurs sensibles aux variations des rayons lumineux. L'image formée dans l'œil, puis transmise au cerveau, va être confrontée à tout un ensemble d'informations visuelles déjà mémorisées à partir desquelles nous allons reconnaître l'objet qui s'offre à notre regard. Nous ne voyons jamais avec un œil neuf, mais à partir de tout ce nous avons pris du monde depuis notre enfance par la vision. Il en est de même pour la plupart des fonctions psychiques : cognitives, mentales, affectives. Nous disposons à l'intérieur de notre psyché de très nombreux repères.

       La vie est échange, dynamique, évolution. Et nos repères sont également affectés par ce phénomène universel. Si certains repères remontent à l'enfance, à la lignée familiale, à l'histoire de notre pays, d'autres sont acquis dans un passé plus récent. Nous serions plus aptes à nous adapter à l'évolution de ces derniers.

       Existeraient-ils des seuils au-delà desquels des changements trop importants, trop rapides de certains de nos repères produiraient le mal-être ou le renforceraient s'il existe en chacun à l'état latent ? L'expérience personnelle ou celle d'autrui en donne de nombreux exemples : la réaction vis-à-vis de la perte d'un proche avec le temps de deuil nécessaire pour retrouver les repères d'avant (au moins certains), la perte d'un travail suivi d'une période d'inquiétude, de doute pour retrouver un nouveau poste…

       Et si trop de repères changeaient, comme peuvent en témoigner l'évolution des valeurs (quand ce n'est pas carrément la perte), les mutations socio-économiques, la mondialisation de l'économie et de la culture ? Si nos facultés d'adaptation devenaient saturées ?

       Le mal-être serait ce travail psychique qui accompagne la nécessaire adaptation de tout individu au monde dans lequel il est plongé, douleur d'abandonner le passé et angoisse face au futur. La psychologie montre combien notre psychisme se structure progressivement à travers les différentes étapes de notre développement pour accéder à l'autonomie de l'adulte, à la liberté de vivre ses désirs. L'action fait l'homme et il n'est pas d'action sans réflexion structurée qui la prépare et la guide.

       L'homme d'aujourd'hui cherche à recréer des repères plus stables autour de lui, mieux maîtrisables. Mais il serait dommage que cela soit au prix d'oublier de communiquer avec ses semblables, de dégrader le lien social sur lequel s'appuie l'équilibre de toute société.

       Le chemin de l'homme semble, de plus en plus étroit, entre ces deux extrêmes, se couper du monde ou être dirigé par lui malgré sa volonté et son désir. Peut-être est-ce aussi pour cela que l'homme moderne ressent avec plus d'acuité ce mal-être si familier ?


HERVÉ BERNARD


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Mal-être et série noire


       « L' »approche du mal-être »… Le comité de rédaction de notre bulletin a le don de choisir des sujets difficiles. J'aurais bien préféré parler du mal-être lui-même, de la trop fameuse « série noire » où tout s'accumule inexplicablement, les déceptions, les échecs inattendus, les tracasseries administratives, les incompréhensions familiales, la maladie et les subits soucis d'argent. La « série noire », voilà un phénomène bien connu, mais son « approche » ?

       Et pourtant la série noire, où je ressens pleinement mon mal-être, a réellement une « approche », précisément parce que c'est une série. Que se passe-t-il à ce stade préparatoire ? Il est intéressant de tenter de l'observer.

       Au départ du phénomène, je suis bien dans ma peau, satisfait, en harmonie avec mon environnement, voire euphorique. J'ai enfin assuré avec mon entourage une relation harmonieuse que j'imagine stable. C'est la « série rose ». Et peu à peu la situation se dégrade. Je me retrouve au bout de quelque temps dans le « mal-être ». Mais je n'en ai pas perçu l'approche. Tout au plus ai-je constaté, un par un, des événements désagréables isolés sans en percevoir le cumul qui m'accablera ensuite.

       Ma pensée a un temps de retard sur le réel ; elle adhère au passé par quelque chose de visqueux qui m'empêche de constater – à leur mesure modeste – les contrariétés que la vie m'oppose. Je les découvrirai plus tard, accumulées et en bloc : c'est la série noire.

       Mais cette série, quelle qu'en soit la couleur, c'est la vie, et elle ne m'apparaît comme « série » et « accumulation » que parce que je n'ai pas pleinement vécu les petits événements en temps et en heure, lors de leur survenance.

       De là, peut découler une seconde notion de « l'approche de mon mal-être ». Dans l'approche, il y a la notion de proximité. Une situation globale de malaise surgit à ma conscience, et n'y existait pas auparavant. Ce sentiment désagréable est tant proche de ma conscience. Puis-je modifier cette approche et d'abord, est-ce souhaitable ?

       La réponse est évidente et pourtant elle n'est généralement pas perçue par celui qui est plongé dans le mal-être : c'est en « m'approchant » du mal-être que je fais perdre à celui-ci sa consistance. Sous l'oeil de la conscience, la série noire qui a engendré le mal-être ne m'apparaît plus que comme une succession d'événements, que j'ai peut-être appelés par mon inconscience, mais qui n'ont pas de lieu réel entre eux et qui n'atteignent pas véritablement mon être. Bien être ou mal être n'apparaissent plus alors que comme des humeurs, n'affectant pas l'être lui-même.

       Cette recette d'approche est valable pour tous les moments pénibles de l'existence et devrait donc être utilisable même dans le contact avec la mort.


GEORGES DE MALEVILLE


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Réunion de groupe du 29/05/1997 :
quelques rêves



       Mme G. : J'étais habillée en guerrière, dans une forêt de type amazonien. Il y avait un groupe de femmes guerrières. On pouvait se défendre. Je me suis dit : « C'est un drôle d'endroit, moi qui n'aime ni la guerre, ni la violence ! » J'ai alors vu apparaître des chars romains. Il y avait un couple dans chaque char et une femme appartenant à un char m'a prise à partie : « Nous, on vient d'un autre monde où le bonheur existe. Mais toi, tu n'as pas le droit d'y aller ; tu dois continuer ta bataille, ta guerre ». À ce moment, nous nous sommes senties menacées d'extermination ; ce n'était plus seulement une guerre. Un leader de groupe nazi est apparu ; il voulait exterminer le groupe de femmes et tout particulièrement le chef qui ne faisait pas la guerre. Elle était blonde, très féminine ; on la remarquait au fait qu'elle portait une robe (comme elle ne faisait pas la guerre). Nous nous demandions alors ce qu'il fallait faire pour la protéger. La seule solution que nous avons entrevue était de se couper les cheveux et de les teindre en noir. Mais je me suis dit : « C'est bête, je suis déjà brune ». Nous étions toutes très tristes, car nous ne savions pas comment protéger notre chef.

       Mme G. vient de subir ce qu'elle appelle « un échec conjugal ». Elle remet beaucoup de choses en question tout en assumant la vie pratique. Elle comprend qu'elle doit continuer à faire face, en gardant ses propres valeurs.

       Ce rêve lui donne l'image d'une possible résolution du conflit qu'elle ressent autour du couple ; c'est le couple idéal qu'elle entrevoit au bout de son propre chemin. Pour l'instant, il semble qu'elle ait besoin de protéger la femme trop douce, qui risque d'être attaquée. Elle est dans le combat : ces femmes guerrières, les Amazones, cette image d'homme négative viennent marquer son agressivité ressentie à l'égard de l'homme. Cependant, le rêve semble également lui indiquer qu'elle possède déjà les qualités requises pour être dans l'idéal de la femme telle qu'elle la conçoit.

       Pour l'instant, elle ressent encore de l'agressivité contre l'homme.

***

       Mme E. : Je fais ce rêve entièrement en anglais ; c'est la première fois que cela m'arrive.

       C'est le jour de la Pentecôte. Je suis avec un maître zen que j'ai réellement connu de 16 à 25 ans. La communication est établie par l'un de mes petits fils : il n'est pas là, mais je le sais ; il est âgé de 5 mois. Je suis dans mon bureau. Le maître me cite une longue liste de gens qui ont des dettes envers moi ; puis il me dit : « ce sont les autres qui vous doivent quelque chose ». Il envoie une image dans mon coeur : « Donner à ceux qui ne le méritent pas, c'est priver de vous ceux qui méritent. Ceux qui ne le méritent pas pompent votre énergie et vont payer les autres ailleurs. Les douleurs de votre corps cesseront si vous comprenez que vous ne devez rien à personne. Ils doivent payer. Arrête ! » Alors je me retrouve debout près de mon mari, sur un tapis rouge et j'aperçois un parasite tout petit.

       Le maître me dit : « Il ne faut pas bouger ; dès qu'il croit que vous ne le voyez pas, il saute. Il pompe votre énergie. Tu as échoué comme maître zen, car tu as vécu un esclavage ». Il fait passer le message que je suis esclave des autres, comme si j'avais une culpabilité inconsciente. Par communication télépathique, il me dit encore : « les parasites ont des aspects misérables. Prends ta place. Ils ont parasité tes plantes comme toi. Vois-tu où est ton vrai corps ?

       Soulignons que l'auteur du rêve souffrait avant ce rêve et depuis un an d'une sciatique très douloureuse, apparue pour la première fois à la suite à une activité faite sous la contrainte. Par ailleurs, Mme E. se souvient d'un rêve effectué 4 ans auparavant : elle donnait du lait aux vaches en Suisse. Elle se tenait dans l'encadrement d'une fenêtre de son intérieur, mais ce n'était pas chez elle qu'elle souhaitait donner, c'était aux autres.

       Il s'agit là encore de donner aux personnes qui en ont besoin véritablement. Le maître qui communique par télépathie, c'est le maître intérieur qui ne nous laisse pas parler. Avant l'interprétation de ce nouveau rêve, Mme E. précise qu'elle a libéré une grande colère ; c'est comme un archétype : il y a d'abord le comportement qui se révèle, puis l'affect (crise de colère) et enfin la représentation de l'archétype sous les traits du maître zen. Il s'agit de récupérer sa liberté. Mme E. réalise ainsi quelle est la nature des parasites dans sa vie professionnelle notamment ; le manque de limites ainsi que la demande immédiate et omniprésente qui entravent le bon déroulement de son activité professionnelle émanent de certaines personnes de son entourage qui ne respectent pas les règles.

       Mme E. comprend ce qu'elle doit mettre en place pour stopper ce phénomène de parasitage.

       À la suite de l'interprétation du rêve et de l'acceptation de la ligne de conduite à suivre, les douleurs ont disparu.

***

       Mme A. : D'emblée, Mme A. précise qu'elle n'aime pas le rêve qu'elle va nous exposer.

       Je rentre dans un appartement connu ; il y a beaucoup de monde que je connais. C'est l'après fête. Deux enfants viennent au devant de moi. L'une a environ 7 ans. L'autre est plus petite. Elle me dit : « Viens m'aider, on va faire des paquets pour la fête des Mères ». Mais la fête est passée. Pourtant je me dis que j'aime faire les paquets des autres ; mais là je n'ai rien. Les petites me disent alors une chose que je savais déjà : de toute façon, les paquets sont vides, il n'y a rien dans les boîtes.

       Il s'agit d'un retour vers le passé : les deux petites filles représentent l'auteur du rêve à deux âges différents.

       Ces paquets vides dans un contexte de fête des Mères viennent souligner le manque, le vide existant alors au sein de la relation mère/fille. Elle explique que c'est elle-même qui a aidé sa mère ; elle lui a servi de mère pendant longtemps. Actuellement, la famille s'est agrandie si bien que les autres ont en quelque sorte pris la place. Sa mère n'est plus la même. Cependant, Mme A. s'est senti devenir adulte trop vite.

       C'est un rêve douloureux, mais libératoire aussi puisqu'il révèle ce qui est caché derrière une apparence « enjolivée » de sa relation avec sa mère, ne permettant pas l'expression des problèmes vécus.


LE GROUPE CLINIQUE DE SOS


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