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LA LETTRE DE

S.O.S. PSYCHOLOGUE

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NUMÉRO : 44 REVUE MENSUELLE JUIN 1998

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LA PENSÉE DU MOIS : La répression est névrotique, la contention est morale (Carl Gustav Jung, Ma vie)

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
E. Graciela Pioton-Cimetti Réflexions sur l'audace Osar
 
Hervé Bernard L'audace
 
Florence Boisse L'audace…
 
Mathilde Pizzala La petite vague audacieuse
 
Elisabeth Courbarien De l'audace
 
Health I. G. News Le cancer au XXIe siècle El niño olvidado (editorial)



Réflexions sur l'audace


***

(première partie)

***



Voltaire nous explique que « le succès fut toujours un enfant de l'audace ». L'audace, cette disposition qui porte à des actions extraordinaires, au mépris des obstacles et des dangers.

C'est un mouvement de l'âme qui peut avoir pour corollaire naturel le droit du plus habile et du plus intelligent.

***

Le droit naturel est le premier des droits, le plus ancien. À quoi se réduit-il ? Au stuggle for life, la lutte pour la vie, la sélection naturelle. Autrement dit : au droit du plus fort, du mieux adapté et du moins blessé psychologiquement.

Dans la forêt vierge, les végétaux luttent pour le soleil et le géant triomphe par la force, la liane par la ruse. Dans la jungle, la force triomphe sous la forme du fauve ou de l'éléphant, la ruse sous la forme du serpent ou du scorpion. Dans le monde marin, la force triomphe sous la forme du requin. Dans le monde humain, la force triomphe sous la forme masculine de Samson, la ruse sous la forme féminine de Dalila.

Le droit social dans les sociétés s'est-il contenté de ce droit naturel ? Non, puisque les sociétés sont faites pour protéger les moins puissants et provoquer l'entraide.

Cependant, le chef de clan ou de tribu est d'ordinaire le plus fort. Il perd sa primauté quand vient la faiblesse due à l'âge, à la maladie, à l'accident. C'est en fonction de la force que s'établit le droit du vainqueur sur le vaincu dont il fait son esclave et dont il use à son gré.

***

Or le droit du plus fort est un fait, mais ce n'est pas un véritable droit justifiable par la conscience morale.

Et dans la mesure où il est possible d'admettre le droit de la ruse, il est tout aussi naturel d'accepter le droit du plus intelligent. Celui-ci pouvant maîtriser le plus rusé aussi bien que le plus fort.

C'est l'intelligence qui a créé la monnaie, moyen d'échange supérieur au troc. Elle a donné de la valeur à des métaux, dits précieux, à du papier, dit billet de banque. Mais cette puissance que procure indirectement l'argent est-elle un bien ?

Ce qu'il y a de curieux, c'est que le droit de l'argent a subi les coups les plus durs. Il n'existe qu'un droit, le plus ancien, pour lequel on ait conservé du respect, c'est le droit du plus fort. Telle est l'antique et toujours respectable loi : que le plus fort gagne. Il sera accepté, alors que, dans un duel, si le plus fort est vaincu par la ruse, il y aura indignation.

Le droit du plus fort n'est pas forcément le meilleur. En effet, ce n'est pas parce qu'une nation est plus puissante que sa voisine qu'elle agit bien en l'envahissant. Ce n'est pas parce que vous êtes le plus fort, le plus habile, le plus intelligent que vous agissez bien. Il faut fonder le droit sur le bien et non sur la puissance. En quoi consiste donc ce bien qui doit fonder le droit sur l'individu, le droit de la nation, le droit des hommes ? Est-ce la charité ? la justice ?

***

Oser
(deuxième partie)

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Il faut de l'audace pour accepter de naître, de partir tel un astronaute dans l'espace en laissant la terre sublime, le sein maternel où nous avons tous connu la tendre douceur sans contrainte.

Naturellement, il y a des passages par le ventre maternel difficiles, mais, au-delà de toute contrainte, embryon ou fœtus que nous étions, nous avons tous connu la joie d'un monde de tiédeur et de paix, d'alimentation facile et de flottement. À cette époque, il ne nous fallait, pour oser, que vouloir naître.

***

Il faut de l'audace pour accepter de respirer à pleins poumons, pour ressentir sur la peau vierge la froideur des espaces en dehors de maman, pour accepter les grands bruits du monde, pour ne pas vitupérer sur notre destin parfois de prématurés.

***

Il faut de l'audace pour aborder le sein maternel, pour ouvrir les mains et caresser ce doux morceau de soie vivante d'où émane le lait de la vie. Il nous a fallu de la vraie audace pour essayer nos petites dents sur les mamelons pulpeux.

***

Et après, après, il nous a fallu avoir beaucoup d'audace pour dépasser le sevrage, pour laisser maman partir vers son univers d'adultes, et après, après, il nous a fallu avoir plus que de l'audace, du courage sincère pour apprendre à jouer, à lire, à travailler à l'école.

***

Mais après, après… Il nous a fallu avoir beaucoup d'audace pour ne pas mourir d'amour, pour ne pas crier la souffrance essentielle du monde enfantin et accepter celui des adultes, toujours si étrangement peuplé de joie et d'effroi.

***

Après, il nous faudra oser mourir…pour naître.

***

Considérations sur la vie
(troisième partie)

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Que la souffrance naisse par la socialisation, j'en suis sûre. Que les peines arrivent quand les conflits entre le ça (le pulsionnel) et le surmoi (la pression du il faut) sont insurmontables, j'en suis sûre.

Mais je ne suis pas sûre du tout que l'audace naisse directement de la frustration d'un « devoir être adapté ». Je crois qu'un bon étayage de la part de nos parents et proches nous prépare à une vie dont nous pourrons oser exister.

Pas de surprotection, mais un bon étayage. Pas de mensonges protecteurs, mais un bon étayage.

***

Je connais beaucoup d'audacieux qui font de leur vie des parcours réussis. Ils n'ont pas eu d'assises narcissiques primaires défaillantes.

***

Madame X me raconte que sa mère et sa grand-mère avaient toujours eu la plus grande peur pour elle. Elle ne pouvait rien faire comme les autres petites filles de son âge. Fille unique d'une mère qui était la seule survivante de trois filles. La grand-mère de madame X avait tellement couvé sa fille que celle-ci vivait depuis sa deuxième année – époque durant laquelle elle perdit ses deux sœurs atteintes d'une méningite tuberculeuse – comme si une catastrophe allait lui arriver à chaque instant. Très tôt, elle avait été obligée de se taire devant tout ce qui pouvait l'intéresser ou la faire souffrir.

Si elle exprimait le désir de faire un voyage, la famille entière se mobilisait pour lui faire plaisir. Si un mal de tête lui arrivait, elle préférait ne rien dire, mais occulter la question, car le mal de tête pouvait entraîner d'innombrables entretiens avec les médecins. Elle ne pouvait pas être enrhumée, ni même pleurer.

***

Ma patiente, femme très intelligente et excellente professionnelle n'a pas pu réussir sa vie sentimentale, ni son évolution émotionnelle. C'est une femme possédant de bonnes relations avec son père. C'est ce qui lui a permis de réussir, en apparence… Par contre, sa vie de couple est un échec et la vie quotidienne ne représente pour elle qu'un calvaire. Peur de tout. Peur de la nuit qui la rend incapable de rester seule dans un appartement. Sa peur est actuellement le dernier maillon de la peur d'avoir vu sa grand-mère craignant perdre l'unique fille qui lui restait.

La mère de ma patiente est actuellement atteinte d'une maladie très grave de l'âme qui s'appelle le silence. Le temps passant, son espace vital s'est réduit de plus en plus dès sa naissance.

Cette patiente fut prise en charge par sa grand-mère qui voulait protéger sa propre fille des souffrances possibles et des peurs que la maternité pouvait infliger.

Madame X était donc très attentivement protégée par la grand-mère afin de ne pas troubler le monde de sa propre fille. La grand-mère l'avait gentiment éloignée du réel.

Un jour, comme c'est de l'ordre du normal, la grand-mère est tombée malade et est morte peu de temps après. L'adolescente, qui est ma patiente maintenant, fut chargée d'accompagner et de soigner sa grand-mère pendant sa maladie, car sa mère qui avait été traitée comme un objet à protéger n'avait pas conscience de la mort possible de sa mère. La jeune fille de treize ans ne pouvait pas faire autrement qu'accepter. Pendant ce temps, les parents voyageaient continuellement. Ils vivaient dans une immense maison dont l'aspect était lugubre.

C'est son père qui lui communiqua les secrets de la vie, la sexualité et la procréation. Il ne pouvait malheureusement pas remplacer pour l'éducation de cette fille les femmes absentes dans une relation pulsionnelle et pathogène.

***

Elle a peur des hommes, peur de conduire une voiture, peur de l'eau, peur de la peur.

***

Elle est très loin de se considérer guérie. Elle a un besoin maladif de protection dont personne n'est capable de lui apporter, car elle n'autorise personne à l'aimer. Elle a tellement peur d'être abandonnée !

L'audace n'est qu'un mot pour elle. Elle recule devant toute solution possible qui pourrait engendrer un changement. Faire un choix serait pour elle oser exister, mais elle ne veut rien savoir d'un changement de sa routine, de son errance permanente à la recherche de la protection.

Les choses se sont aggravées après le départ de son mari qui l'avait abandonnée. Si elle avait peur de tout, elle lui avait, au moins, fait confiance. Quand il est parti de son monde, elle est tombée en ruine et, depuis lors, elle est plus appelée par la mort que par la vie.

Elle se prive de contacts sexuels qui risqueraient de la faire aimer une personne. Elle se méfie par système et son contact avec le réel se fait par procuration. Elle vit à travers les autres.

Le cas s'empire, car elle n'arrive pas à achever ses projets. Elle ne se donne pas le droit de réussir.

Elle cherche des solutions sans vouloir les trouver réellement. Elle a une névrose d'échecs dont elle ne veut pas se séparer, car l'échec est devenu sa raison d'exister, son compagnon, son amant.

***

Elle vient régulièrement en analyse. Elle croit toujours au miracle, mais elle sait que son cas est difficile.

Je lui ai souvent dit : « Acceptez la vie. Ce serait votre première grande audace, votre premier choix libre. » Elle est restée paralysée, tournant en rond dans un silence. Le même silence que sa mère. Incapable d'exprimer ses propres désirs, acceptant la frustration permanente comme forme de mort. Son amant étant l'échec et non son karma.

***

Elle croit avoir raté sa vie, chose qui n'est pas complètement vrai.

Ses rêves ne sont pas mauvais, mais il existe trop de confusions pour oser vivre. En revanche, si elle était capable de tuer symboliquement sa grand-mère qui l'a détruite autant que sa mère, elle pourrait sans doute donner un sens à son existence et se faire dans un couple satisfaisant une vie nouvelle. Hélas ! elle n'est pas préparée à faire confiance.

Je sens, au moins, qu'elle me fait confiance. Elle ose faire confiance à son analyste.

***

C'est un exemple douloureux de mauvais étayages tout au long d'une vie. Par ailleurs, bien que son intelligence soit remarquable, sa peur lui retire toute lucidité.
Le temps est presque inquiétant,
le soleil n'ose pas pénétrer les nuages avec franchise.
Quelqu'un m'offre une ouverture encore plus large
vers le monde et la communication.
Aurai-je l'audace de me laisser convaincre
de sortir de mon espace protégé ?

Quelque part, la vie m'attend autrement,
mais je n'ose pas laisser mon habitude
de reculer les échéances…
Question à voir.
Pour aujourd'hui, je rêve d'oser rêver…

Fait à Paris, le 6 juin 1998

E. Graciela Pioton-Cimetti





Se necesita audacia para aceptar nacer, salir como un astronauta en el espacio dejando la tierra sublime, el seno materno en el que todos conocimos la dulce ternura sin ambages.

Naturalmente, hay pasajes difíciles por el vientre materno, pero, más allá de todo apremio, embrión o feto que éramos, todos hemos conocido la alegría de un mundo de tibieza y de paz, de alimentación fácil y de flotamiento. En esa época, sólo necesitábamos querer nacer para osar.

***

Se necesita audacia para aceptar respirar a pleno pulmón, para sentir sobre la piel virgen el frío del espacio fuera de mamá, para aceptar los grandes ruidos del mundo, para no vituperar contra nuestro destino a veces de prematuros.

***

Se necesita audacia para abordar el pecho materno, para abrir las manos y acariciar ese dulce pedazo de seda viva del que mana la leche de la vida. ¡Necesitamos una verdadera audacia para estrenar nuestros dientecillos en los pezones pulposos!

***

Y después, después, necesitamos tener mucha audacia para soportar el destete, para dejar partir mamá hacia su universo de adultos, y después, después, necesitamos tener más que audacia, valor sincero para aprender a jugar, a leer, a estudiar en la escuela.

***

Pero después, después… Necesitamos tener mucha audacia para no morir de amor, para no gritar el sufrimiento esencial del mundo infantil y aceptar el mundo de los adultos siempre tan extrañamente poblado de alegría y de horror.

***

Después tendremos que osar morir…para nacer.
El tiempo es casi inquietante,
el sol no llega a atravesar las nubes grises francamente.
Alguien, frente a mi, me ofrece una oportunidad todavía más grande
de extender mi trabajo hacia el mundo y la comunicación.
¿Tendré la audacia de dejarme convencer
de salir de mi espacio protegido?

En alguna parte, la vida me está esperando de otra manera,
pero carezco de la osadía necesaria
para aceptar los desafíos…
Cuestión para pensar.
Por hoy, me contento de osar soñar el sueño…

Hecho en Paris, el 6 de junio de 1998

E. Graciela Pioton-Cimetti





L'audace porte à dépasser ses propres valeurs et repères moraux, mais sans passer outre pour autant les valeurs habituellement reconnues dans la société. Il s'agit d'élargir son champ d'action et de conscience au-delà des limites que notre moi avait construit à l'aide des instances sumoïques – c'est la partie de notre être qui interdit au nom de principes que nous avons intégrés depuis longtemps, et les parents y ont leur part de responsabilités, mais que nous ne voyons pas agir. Le surmoi agit dans l'inconscient : un sujet agit par réflexe pour élaborer une action, pour suivre ou s'interdire d'un désir, sans savoir pourquoi il le fait. Le champ de conscience qui s'élargit entre le moi et le surmoi devient un vaste chantier d'expérimentations, de luttes, de conflits, de découvertes sur soi-même et ses possibilités.

Dans cette entreprise, la lucidité et le lâcher-prise sont essentiels : d'abord se laisser agir dans une direction inhabituelle, mais qui n'est pas taxé d'immoralité ; puis contempler et laisser venir ce que la nouvelle situation apporte en termes de sensations, de sentiments, de réactions négatives, positives ou nuancées ouvrant au dialogue. Si vous affirmez votre moi avec conscience et confiance en vous, les autres reculent pour adopter une attitude d'écoute et de réception à moins d'avoir à faire à des personnalités rigides ou inhibées. L'énergie que vous avez mobilisée va étendre votre territoire mais aussi resserrer des liens avec votre proches. Votre réseau social se développe, ce qui élargit le champ d'action de votre moi. Tout dépend de la manière dont est canalisée cette énergie. Laissez là agir toute seule, elle trouvera le meilleur chemin tant qu'elle ne rencontrera pas d'obstacles. À vous ensuite de les identifier pour éventuellement les vaincre en les travaillant différemment.

Il arrive que l'audace soit récompensée et reconnue. Cette personne appelle plus ou moins consciemment à faire le ménage chez elle, à faire bouger les objets, les habitudes pour découvrir une nouvelle vie. On rejoint en quelque sorte le mythe du prince Charmant qui vient pour changer radicalement la situation en passant de l'ombre à la lumière en faisant exister dans la réalité les rêves les plus fous.

L'audace est au service du ça et de ses productions inconscientes, les fantasmes, qui vont être repris dans le champ de réalité pour être élaborer en fantasmes conscients réalisables dans le réel dans la mesure où le surmoi n'y appose son veto incontournable. Là, la conscience est essentielle pour déjouer tous les pièges du mental qui recherchent pour la stabilité du moi un état d'équilibre calme. Et où le trouver, sinon par les recettes longuement remâchées, dans le train-train du quotidien ou dans les habitudes prises depuis des semaines, des mois, des années, depuis l'enfance. Il faut aussi se détourner du piège de la culpabilité qui fait croire qu'on enfreint une loi, donc qu'on est passible d'une faute. Mais souvent la faute s'avère imaginaire vis-à-vis de parents dont les images, souvent inconscientes, sont devenus des despotes. Nous agissons parfois à travers des modèles de mère ou de père terriblement destructeurs dont nous avons été incapables de nous différencier, même s'ils ne correspondent pas aux parents réels que nous avons connu. C'est pour quoi l'exercice de l'audace, malgré tous les affects positifs qu'elle suscite, se heurte rapidement à des résistances, ce sont des contre investissements que le moi met en place soit pour asseoir des stratégies défensives, soit pour proposer un autre objet peut-être moins désirable mais plus dans « l'esprit du parti du moi ». C'est alors à la conscience de juger et de choisir la voie de l'audace ou la voie de la sagesse, mais aussi de la répétition avec parfois sa composante névrotique. On répète les mêmes actions pour éviter d'accéder à son désir profond.

Quand et comment faire preuve d'audace. Pourquoi ne pas commencer par les petites actions du quotidien, avant de se lancer dans une grande action sociale, politique, professionnelle qui présente tous les risques de devenir un échec. L'audace réclame certes un élan vital dont nous disposons tous, mais aussi d'un savoir-faire, d'une préparation méticuleuse. D'abord « connais-toi toi-même » dans les petites choses où ton audace, qui élèvera un peu de grisaille à notre environnement quotidien, fera merveille. Jusqu'où je peux ? Jouer avec cette limite juste au-delà de laquelle la surprise, souvent bonne, remplace le résultat prévisionnel d'un plan longuement préparé, mais dont nous connaissons trop les rouages. Justement l'audace c'est d'aller un peu plus que d'habitude pour en tirer les leçons pour la prochaine fois, pour la prochaine audace. Notre société n'est pas encore devenue complètement névrotique pour que l'audace ait encore des champs de bataille à gagner pour soi et pour les autres, au travail, avec les amis, en amour, dans la rue avec un ou une inconnue.

Soyons audacieux comme nous pouvons être joyeux, pour ceux qui ont adopté cette attitude de réflexe face à la vie !

Hervé BERNARD





Brusquement, elle se leva, ne supportant plus l'intolérable et, le front haut, elle déclara très distinctement en donnant un poids à chacun de ses mots : « Madame, je n'ouvrirai pas cette moule. C'est tout à fait anormal : elle va souffrir. »

Une cinquantaine d'yeux ronds se tournèrent vers l'effrontée. Le temps fut suspendu et le professeur de biologie, elle-même, resta silencieuse pendant quelques secondes. Elle se reprit : « Bon… mais non, elle ne souffre pas, c'est un mollusque. » Puis, elle n'insista pas.

Et alors ? Comment le savait-elle ? Quel mollusque lui avait glissé dans le creux de l'oreille : « Oui, dissèque-moi, arrache-moi les entrailles. C'est vrai, nous les mollusques, nous ne souffrons pas puisque nous ne sommes pas des humains ! »

À une époque où était associé le langage à l'homme, il se disait que les nourrissons ne souffraient pas… Alors ils étaient opérés sans autre considération, sans penser à prescrire des antidouleurs post-opératoires.

Quant aux animaux domestiques, leurs crocs et leurs griffes parlaient pour eux et il fallait bien les calmer. Auraient-ils subi le même sort sans défense ?

C'est avec ces raisonnements-là que se commet l'insoutenable, se disait-elle.

Et c'est cette jeune fille de treize ans, qui ne se souvenait pas, durant toute son enfance, être intervenue en classe, même pour répondre à une question. C'est cette jeune fille-là, au milieu de tous les élèves plus âgés qu'elle et à mille lieues de comprendre sa motivation, qui s'éleva pour une moule !

Elle qui se défendait à peine, l'année précédente, alors qu'elle était devenue, à son insu, la rivale de la tête de classe.

Elle qui n'avait pas compris, naïve, qu'il existait sur terre des injustices venant d'individus souffrant à tel point qu'ils avaient besoin de le faire payer à autrui.

Elle n'avait rien dit pendant un an et demi, souffrant en silence, parfois bruyamment lorsqu'elle était seule.

Elle ne s'était pas élevée contre l'injustice flagrante qui la persécutait, observant pétrifiée la manière dont les ravages de la haine et son effet décuplant et insidieux comme une rumeur pouvaient abattre les meilleures intentions d'une âme trop jeune et trop naïve provinciale.

Suffisamment observatrice pour ne pas se laisser détruire de l'intérieur, elle était parvenue à tenir bon. Il faut croire que sa capacité de résistance scolaire avait imposé un certain respect pour lui permettre de repartir sur des bases saines l'année d'après, dans la classe supérieure.

Tranquillisée et, peut-être, en partie aguerrie, mais soupçonnant, dorénavant, les individus de ne pas être toujours bons, elle ne supportait plus l'injustice.

Dans ce cas, sa timidité rougissante s'enfuyait au profit d'un discours succinct, mais sans alternative. Cette moule, elle ne l'ouvrirait pas, dût-elle obtenir la note la plus basse de toute sa vie dans ce qui s'appelle les travaux pratiques. Triste euphémisme pour excuser des expériences pseudo-scientifiques.

C'était une prise de conscience commune qu'elle souhaitait. D'ailleurs, une certaine perplexité s'était installée. Ses amis avaient commencé à hésiter devant leur pauvre moule encore vivante. Pris de remords, ils étaient déstabilisés.

Le professeur, elle-même, avait fini par se faufiler discrètement auprès des élèves disciplinés que cette histoire de moule souffrante n'avait pas émus.

C'est ainsi que, beaucoup plus tard, elle comprit au vu des réactions de ses camarades, qu'elle avait fait preuve d'audace.

Alors, c'était cela l'audace pour elle ? Le sentiment indiscutable de défendre une cause fondamentale pour soi, une force de conviction qui, quelle que soit l'origine de sa déclaration, impose le respect à un moment où il devient intolérable de se taire, alors que son moyen de défense préférentiel est le silence.

Que n'eut-elle pensé à se défendre elle-même ? Or l'audace ne se commande pas.

Florence BOISSE





Il était une fois une jolie plage bordée de sable fin et doré. Seul les petites vaguelettes chuintantes d'écume arrivaient en pataugeant jusqu'au bord, tout doucement, pour ne pas faire peur aux petits enfants qui jouaient. Tout au long de l'année le soleil brillait, c'était la douceur de vivre.

Pourtant, dans ce joli paradis, une petite vague n'était pas heureuse, elle s'ennuyait et tout l'énervait : le soleil était trop chaud, le ciel trop bleu, le sable trop fin, les enfants trop bruyants. Enfin, rien ne semblait trouver grâce à ses yeux. Elle décida de partir à la première occasion et de ne jamais revenir. Je veux vivre, disait-elle, je veux connaître d'autres choses, d'autres pays, un autre soleil, etc.

Un jour, pendant qu'elle faisait la planche le ciel devint noir, le vent se leva. Tout à coup, il y eut un énorme bruit ; tout se mit à trembler et la petite vague s'inquiéta, que se passait-il ? Jamais elle n'avait connu une pareille tempête. La pluie se mit à tomber très fort, et d'énormes vagues arrivèrent sur cette plage si calme d'habitude. D'un seul coup, la voilà ballottée de tous les côtés, et, en un éclair, elle se retrouva au large sur le dos d'un énorme rouleau. La mer était si déchaînée qu'elle but plusieurs fois la tasse. Pour une vague, c'était un comble.

Pendant qu'elle essayait de ne pas sombrer, elle pensa : « et si c'était le moment de partir ? » Elle se mit à réfléchir à tout allure et elle décida que c'était le bon moment.

Quand tout se calma, elle se laissa voguer au gré de l'océan. C'était formidable. Elle passait son temps à faire des loopings avec les dauphins, elle accompagnait les voiliers et quand elle croisait un courant différent, hop ! elle filait dans une autre direction. Elle aimait surtout se retrouver sur des rivages inconnus.

Par endroit, elle caracolait avec les surfeurs, à d'autres elle prenait son temps auprès des pédalos ou encore elle suivait les barques de pêcheurs. Et puis, un autre courant passait par là, et elle repartait dans une nouvelle direction.

Les mois passaient et notre petite vague continuait de changer de courant au gré de son plaisir et des courants. Un jour qu'elle se reposait sur le dos d'une grosse vague, le ciel devint soudain tout noir. Elle sentit, sous elle, l'océan se gonfler, gronder, se creuser. Elle se rappelait d'un seul coup ce qui lui était déjà arrivé et elle se mit sur ses gardes. Pendant un moment elle se sentit aspirée dans les profondeurs et l'instant d'après, la voilà catapultée au sommet des grosses vagues, la minute suivante elle est projetée sur une masse de glace qui surgit de la brume. Elle avait du mal à reprendre son souffle. Son seul problème était de ne pas se faire happer par les énormes tourbillons qu'elle voyait tout près.

Elle réussit à s'en sortir et se mit aussitôt en quête d'un autre courant qui l'emmènerait vers des cieux plus cléments. Elle avait sommeil, elle était fatiguée et elle se mit à penser très fort à la jolie petite plage qu'elle avait quittée quelques années auparavant, elle se promit que si elle s'en sortait elle ferait tout pour y retourner, mais, quand le calme revint, notre petite vague oublia, elle trouva un beau courant tout chaud, tout doux et se laissa porter. Elle arriva dans le sud de l'Angleterre, se reposa quelques jours puis rattrapa un autre courant pour remonter vers le nord de l'Europe et alla tourner autour des énormes plates-formes pétrolières. Elle aimait voir les hélicoptères qui décollaient et atterrissaient au gré des arrivées et des départs de tous ceux qui travaillaient sur ces énormes monstres d'acier.

De ce côté du monde, les courants étaient froids et la petite vague se mit à rechercher un courant plus chaud ; hélas, tous les courants qu'elle croisait l'emportaient vers le Grand Nord. Encore une fois elle repensa à sa petite plage, et encore une fois, pendant qu'elle se battait pour ne pas s'aplatir sur les icebergs elle se promit d'y retourner, mais, encore une fois, dès qu'elle fut sortie de cet enfer elle oublia.

En fait, quand il n'y avait pas de tempête, elle avait une vie superbe, elle découvrait des paysages magnifiques, des îles bordées de sable blanc, d'autres où elle n'a jamais pu aborder, car il n'y avait que de grandes falaises, d'autres encore toutes entourées de corail. Dans celles-là, elle accompagnait les poissons de toutes les couleurs et les plongeurs qui venaient les photographier.

Une nuit, alors qu'elle se reposait au bord d'une jolie plage de sable fin, elle se sentit bousculée par d'énormes tortues. Que se passait-il ? Il en venait de partout. Une vieille vague qui passait sa retraite dans ce joli coin lui explique que c'était le seul endroit du monde où les tortues géantes venaient pour pondre leurs oeufs en les enterrant sur la plage.

Si tu restes un peu avec moi, lui dit la vieille vague, tu verras des milliers de petites tortues sortir du sable pour se précipiter dans la mer. Malheureusement, beaucoup de celles-ci n'arriveraient jamais, car les frégates, les crabes et les Bernard l'ermite les attaquaient et les mangeaient. Cette île s'appelait Tromelin et se trouvait tout près de Madagascar. Notre petite vague écoutait et trouvait que la vie était bien cruelle pour toutes les petites tortues, mais, c'était la loi de la nature.

Une nouvelle fois, elle pensa à sa jolie plage et cette fois, dans la minute qui suivit, elle dit au revoir à la vieille vague, trouva un courant qui la ramenait chez elle et, finalement, le soleil, le beau temps, le sable fin et les petits enfants qui jouent c'est bien agréable, et puis, elle allait leur raconter tous ces voyages, toutes les choses qu'elle avait apprises et elle pourrait veiller sur eux.

Ainsi se termine l'histoire de la petite vague audacieuse qui s'ennuyait sur sa jolie plage…

Fait à Paris, au mois de mai 1994
Mathilde PIZZALA





Le simple énoncé du thème évoque à chaque fois l'histoire, véridique ou légendaire, de cet étudiant remettant au jour de l'épreuve de philosophie du baccalauréat, sa copie vierge quand il lui était suggéré de disserter sur le sujet. Je dois préciser que mon âme conformiste et mon aversion du risque m'amenait naturellement à être choquée et à considérer comme tout à fait saugrenue cette audacieuse attitude…

Je pourrais donc en conclure, hâtivement, que l'audace et moi ne faisons pas bon ménage.

Sauf qu'aux dires de certains proches, il semblerait qu'il n'en soit rien, que transparaisse une assurance, que ma spontanéité, volontiers affichée, laisserait présager une absolue maîtrise, une confiance et même, en certaines circonstances, une forme d'audace !

Vu de l'intérieur, je peux vous garantir qu'il n'en est rien. Si j'ai quelquefois fait montre de cette caractéristique, cela fut au prix d'un effort surhumain sur moi-même qui fut rendu uniquement possible, parce que souvent figurait à la clef le sort de ceux que j'aime ou dont je m'étais prise d'affection. Aller chaque fois au devant de l'autre relevant pour moi d'un acte héroïque qui me ferait l'assimiler à de l'audace ; ce qui me conduit tout naturellement à réfléchir à quelle définition en donner.

Tout bien considéré, je dirais qu'il s'agit d'un acte qui demande à son protagoniste le dépassement de lui-même.

Peut-on aller jusqu'à parler d'audace, en plus de foi, quand il faut à ce paralytique s'extraire de sa couche ? Ne sommes-nous pas tous, à des degrés divers, paralysés dans nos actions sous l'effet d'inhibitions variées ?

L'audace sera pour l'un, timide à l'extrême, dans le simple geste d'en faire concession. Pour cet autre, elle pourra le conduire à agir au risque de mettre en péril sa propre existence ; le vécu intérieur frôlant parfois plus le chaos dans la première situation, lors de cet aveu en apparence si anodin, que dans la seconde qui serait qualifiée d'audacieuse par une majorité de spectateurs.

Ce qualificatif d'audacieux ne sera pourtant pas appliqué dans le premier cas, alors que le jour où cette même personne s'inscrira dans une aventure professionnelle hors des sentiers battus, ils seront plus d'un à louer son courage, sa témérité, son audace !

Eh bien, pour en avoir été témoin, je peux jurer que pour lui l'audace ne se trouve pas plus dans cette expédition, que dans l'exceptionnel l'effort qu'il avait dû déployer pour parler de lui-même.

Quant à toi, ne te souviens-tu pas de cette légère violence dont tu avais fait preuve pour oser adresser à cette femme, créature quelque part idéalisée, un compliment où tu n'apparaîtrais ni gauche, ni banal, ni ridicule, mais qui lui permettrait de prendre conscience un jour peut-être du simple intérêt que déjà tu lui portais ?

Comment se fait-il qu'en cet instant où tu la flattais sur l'élégance de son couvre-chef, tu n'aies pas ressenti ou deviné les affres de sa lutte intérieure ? Elle répondit dans un vague sourire qu'il s'agissait là d'un cadeau de sa moitié, cette fameuse moitié qui méritait le qualificatif de « quart » puisqu'elle savait désormais devoir le partager.

N'était-ce pas là, dans cette capacité à donner le change, alors qu'elle venait de refouler ses larmes un nombre incalculable de fois au cours des heures qui venaient, elles, de librement s'écouler, le véritable dépassement de soi, une certaine manifestation de son audace ?

Disons qu'en l'occurrence il s'agissait plutôt d'un acte de courage, le courage se prouvant par « réaction », l'audace impliquant et sous-entendant une « action » plus volontaire, témoignages de cette véritable bataille contre nous-mêmes, nos barrières, nos défenses, nos limites, nos peurs.

Louons donc cette audace, qui nous conduit à repousser chaque fois ces frontières, qui nous permet avec le recul, de constater et d'apprécier le chemin parcouru, les obstacles franchis, le territoire conquis…

Ne banalisons pas les effets bénéfiques que nous obtenons en apprenant à faire bon usage de celle-ci, en capitalisant les efforts menés grâce à elle dans tous les domaines, professionnels, familiaux, amoureux, amicaux, parce que petite audace après petite audace, nous aurons un jour l'audace absolue, l'audace suprême, l'audace extrême, l'audace d'être nous-mêmes !

Elisabeth Courbarien





El lanzamiento de esta tercera edición 1998 de Health I.G. News, se produce en el marco del comentario generalizado en Latinoamérica sobre los efectos producidos por fenómenos naturales devastadores: terremotos, sequías, inundaciones. Cuando se habla de "El Niño", se disparan conversaciones sobre meteorología. Prueba cabal de que existe otro "Niño", olvidado…

Desde Ginebra aún retumba el eco de una estadística alarmante: "En 1997 murieron 10 millones de niños menores de 5 años". El último Informe Mundial de la OMS -cuyos principales puntos reproducimos en este número- proyecta para el año 2025 que el 97% de las 5 millones de defunciones esperadas en dicha franja "corresponderán al mundo en desarrollo y la mayoría de ellas producidas por enfermedades infecciosas como neumonía y diarrea, combinadas con desnutrición". El anuncio sobre una reducción del 50% en la mortalidad de los más indefensos dentro de tres décadas, se opaca ante la presunción de que pasado un cuarto de siglo, en el tercer milenio, continuarán existiendo decesos por afecciones prevenibles.

Las preguntas siguen siendo las mismas: ¿qué relación existe entre los programas diseñados a escala global y la realidad económica de cada país?, ¿qué distancia hay entre las frías estadísticas y la carencia de un plato de comida?, ¿cuáles son los efectos reales de las "recomendaciones" en general ante las "decisiones" en particular?, ¿cuándo se establecerán lazos uniformes que manifiesten la firme vinculación entre la Educación y la Salud? mientras tanto, el dinero se transforma en narcotráfico, alcohol, prostitución, abuso, explotación en una oscilación interminable donde la violencia es fundamentada por "poderes sin rostro" y visibles candidatos que se excusan de comentarios recorriendo las calles con olor a urna. Y por los cielos surcan misiles con ojivas nucleares desde la India y Pakistán, paradójicamente como en un juego de niños, en una compulsa para demostrar quien es el más fuerte. En este escenario, los Derechos del Niño saben más a tinta que al oxígeno que los infantes deberían respirar tranquilamente balanceándose en una hamaca.

La tierra es testigo de los acontecimientos y el próximo 5 de este mes será el Día Mundial del Medio Ambiente. ¿Quién en realidad debería confeccionar un afiche para la escuela o plantar un árbol con los compañeros de grado? Es probable que el padre mire el dibujo de su hijo en el cuaderno de clases, mientras por un teléfono celular coordina el desecho de residuos tóxicos en algún puerto cercano. "Hay que dar el ejemplo", reza la frase. Sin embargo, son muchos que esperan que sea "otro" el que tome la iniciativa. Por ejemplo, el 31 de mayo, Día Mundial Sin Tabaco, se advirtió sobre los índices preocupantes en cuanto al hábito de fumar en el mundo.

No es ilógico pensar entonces, que cuando el "estilo de vida", apoyado por una importante promoción publicitaria, lleva al hombre a la autodestrucción, el mundo en que vive sea un tópico primordial a tener en cuenta. Y cerca de ese hombre, seguramente, hay un niño acosado por una nube de humo y nicotina. Durante todo el mes que hoy comienza, el tema que dominará a gran parte de los países de nuestra región será el Mundial de Fútbol de Francia. Y, tal como lo anuncia la prensa, cada partido "paralizará" las actividades cotidianas. Cuando el campeón realice su vuelta olímpica, el balón habrá dejado de rodar un buen momento para recordar que la Tierra, nunca deja de girar.

Health I. G. News





L'an 2000 est de plus en plus proche. De nombreuses publications scientifiques, apparemment influencées par l'arrivée du troisième millénaire, sont en train de faire connaître différentes études sur les progrès dans la recherche sur les maladies qui ont marqué ce siècle.

La lutte contre le cancer poursuit sa marche et les améliorations dans la planification et dans le traitement différent dans le monde ; elles sont directement proportionnelles à la générosité et aux stratégies des budgets, tant publics que privés, appliqués par chaque pays.

Dans l'étape actuelle de globalisation, l'Argentine n'échappe pas à la disponibilité des nouveautés d'une industrie pharmaceutique qui ne connaît pas de frontières. Cependant, Health I. G. News prétend souligner la vocation sans limites, mise quotidiennement en pratique par le Dr Abel N. Canónico, président de l'association argentine contre le cancer (ASARCA) ; un organisme privé à but non lucratif qui consacre ses efforts à la lutte scientifique et sociale contre la maladie.

Le Dr. Canónico se souvient de ses débuts comme auxiliaire de travaux pratiques dans les cours de physiologie auprès du prix Nobel Bernardo Houssay dans les années 40. À cette époque, grace à une bourse de la fondation Rockefeller, il réalisait des recherches dans le Minnesota (USA). Il n'oubliera jamais son passage par l'hôpital clinique de Buenos Aires et son travail pour le développement de l'Institut d'oncologie aujourd'hui reconnu, Angel H. Roffo d'Argentine, qu'il dirigea en 1952.

Mais au-delà de ses titres de maître de la médecine argentine (1990) ou de membre actif de l'académie des sciences de New York (1993), le Dr. Abel Canónico souligne deux épisodes de sa vie : avoir créé, au milieu des années 50 une bibliothèque spécialisée d'accès libre _ qu'il maintient toujours à jour _ et avoir organisé le 12e congrès mondial d'oncologie qui se déroula à Buenos Aires en 1978, avec plus de 8 000 participants, dont environ 50 % venaient d'autres pays.

Quelles sont les perspectives du diagnostic et du traitement du cancer au XXIe siècle ?

Il y aura, certainement, des progrès. Ce que je ne crois pas, c'est qu'il soit possible de diminuer l'incidence de la maladie. Il est observé un plus grand nombre de malades atteints de tumeurs. Avec l'augmentation prévisible de la population mondiale, il faut prendre en compte la tendance à une plus grande longévité. Or avec une plus grande longévité, l'incidence du cancer sera supérieure. L'augmentation de la durée de vie entraînera de nouveaux cas.

Quels autres facteurs peuvent souligner la tendance que vous évoquez ?

Les facteurs de la pollution qui augmentent de façon alarmante dans l'environnement. Ajoutés à la croissance démographique, ils indiquent que l'incidence du cancer au niveau international ne diminuera pas malgré l'amélioration des thérapies.

Quels moyens de prévention pourrions nous mettre en œuvre ?

Il existe une prévention primaire et une prévention secondaire. En premier lieu, l'idéal est d'éviter le contact avec les agents responsables de la maladie, c'est-à-dire les agents cancérigènes, divisés en trois catégories :

Physiques : par exemple les rayons ultraviolets. Les personnes qui s'exposent de façon prolongée au soleil peuvent prévenir le cancer de la peau en utilisant un moyen de prévention très accessible : limiter l'exposition au soleil.

Chimiques : Il s'agit d'agents généralement manipulés dans le milieu professionnel ou domestique, des substances telles que la fumée du tabac et des moteurs; l'amiante, l'arsenic, les solvants, le chlorure de vinyle. Il faut utiliser des moyens de protection (gants…) pour éviter le contact direct ou l'inhalation.

Biologiques : la prévention des virus devient difficile. Il faut promouvoir la vaccination lorsque cet outil est à votre disposition. Par exemple; l'hépatite B peut provoquer dans certains cas le cancer du foie.

Et la prévention secondaire ?

La prévention secondaire consiste à diagnostiquer la maladie au plus tôt vite, si possible lorsqu'elle est encore en période cachée. Il faut découvrir la tumeur avant qu'elle ne se développe. En résumé, la prévention secondaire est la détection précoce.

Quels sont les types de cancer les plus fréquents chez la femme et chez l'homme ?

Chez les femmes, le cancer des organes gynécologiques, en particulier, celui de l'utérus. Par exemple, 7,5 % des femmes qui meurent de cancer à Buenos Aires, succombent à ce type de cancer. Cependant, la statistique générale indique le cancer du sein comme le premier type de cancer de la femme avec une incidence de 25 à 30 %. Les femmes sont également concernées par le cancer du tube digestif et de la peau.

Chez les hommes, le cancer du poumon occupe une place prépondérante avec plus de 25 % des cas. On remarque également les cancers gastro-intestinaux, cutanés et de prostate. Ce dernier est en train d'augmenter à cause de l'augmentation de la durée de vie. Il faut rappeler que le cancer de prostate est plus fréquent dans la population âgée.

ÉDUCATION EN ACTION

L'association argentine contre le cancer (ASARCA) s'est fixée dans ses statuts deux buts : assister et encourager des professionnels et des techniciens consacrés à l'étude et à la recherche sur la maladie et, d'autre part, promouvoir le développement de prise de conscience sociale au sujet de l'importance des moyens prophylactiques que la population doit connaître et pratiquer en plus de la prévention.

« … Je pense que les connaissances de base de l'éducation pour la santé doivent être apprises par les jeunes dans les écoles avant l'âge de 15 ans… » Cette phrase du Dr. Canónico est mise en pratique par l'institution qu'il dirige, au moyen d'un programme de concours annuels pour les élèves des classes de seconde, tant dans les écoles publiques que privées, sur le thème : « Que savez-vous au sujet du cancer ? » Les lauréats reçoivent des diplômes et des bons d'achat de livres et leurs professeurs une mention spéciale.

Mais là ne s'arrête pas le travail. L'activité scientifique est le premier objectif et l'enseignement professionnel joue un rôle important. Pour cette raison, l'ASARCA comprend un département scientifique composé de représentants des différentes branches de l'oncologie, tant clinique que de recherche.

En 1989, grâce au travail de cet organisme, fut créée l'école professionnelle d'infirmières, Helena Larroque de Roffo, au sein de l'Institut d'oncologie Angel H. Roffo. L'enseignement est gratuit et les élèves sont logées dans le foyer des infirmières de l'Institut.

L'un des joyaux de l'association est sa bibliothèque cancérologique privée actualisée, mise à la disposition des scientifiques, professionnels, techniciens, étudiants, infirmières, entre autres. Mise à jour quotidiennement, elle compte plus de 500 ouvrages et 43 revues spécialisées nationales et étrangères qu'elle reçoit régulièrement. S'y trouve annexée une vidéothèque pour faciliter les méthodes pédagogiques. Son service d'information bibliographique offre, de plus, un fichier oncologique et distribue périodiquement un bulletin bibliographique avec les nouvelles acquisitions. En outre, il s'est doté d'un site Internet pour améliorer l'information.

Asociación argentina del cancer (ASARCA)
website : http://www.asarca.org.ar
e-mail : asarca@satlink.com

Conseils pour une détection précoce du cancer

Examen médical relatif au cancer de 20 à 40 ans

Seins : examen pratiqué par le médecin tous les deux ans. Auto examen des seins tous les mois. Une radio (mammographie) peut être conseillée par le médecin selon la catégorie de risque.

Le risque le plus élevé concerne : les personnes avec des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein, les femmes sans enfants ou ayant eu leur premier enfant après l'âge de 30 ans, et les femmes présentant certaines altérations bénignes de la glande.

Utérus : examen gynécologique tous les deux ans. Col de l'utérus : Pap-test, si possible une fois par an, y compris pour les femmes de moins de 20 ans sexuellement actives.

Le risque le plus élevé concerne : les femmes ayant eu leurs premiers rapports sexuels très jeunes, ou ayant eu beaucoup d'enfants.

Testicules : pratiquer un auto examen. Examen médical une fois par an. Ne pas confondre les problèmes causés par des chocs avec des gênes liées à des anomalies pathologiques.

Poumons : ratio du thorax.

Peau : surveillance des grains de beauté ou des verrues.

Examen médical relatif au cancer à partir de 40 ans

Seins : examen pratiqué par le médecin tous les ans. Auto examen des seins tous les mois. Mammographie de 40 à 50 ans tous les deux ans. Mammographie tous les ans à partir de 50 ans.

Le risque le plus élevé concerne : les personnes avec des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein, les femmes sans enfants ou ayant eu leur premier enfant après l'âge de 30 ans, et les femmes présentant certaines altérations bénignes de la glande.

Utérus : examen pelvien tous les ans. Col de l'utérus : Pap-test, si possible une fois par an.

Le risque le plus élevé concerne : les femmes ayant eu leurs premiers rapports sexuels très jeunes, ou beaucoup d'enfants.

Endométrie : analyse de tissu endométrial pendant la ménopause en cas de risque.

Le risque le plus élevé concerne : les femmes stériles, obèses, avec défaut d'ovulation, traitées avec certaines hormones, présentant des pertes de sang anormales.

Colon et rectum : examen digital rectal tous les ans. Analyse de sang dans les selles après 40 ans tous les deux ans. Examen endoscopique (instrumental) tous les trois ans après 40 ans.

Le risque le plus élevé concerne : les personnes avec antécédents personnels ou familiaux de cancer du colon du rectum, ou présentant des polypes dans le colon ou au rectum, avec des colites ulcéreuses.

Prostate : touches rectales tous les deux ans.

Poumons : radio du thorax tous les deux ans, spécialement chez les fumeurs.

En mon nom personnel, je remercie notre correspondant argentin.
La Présidente de S.O.S. Psychologue,
E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI
Health I. G. News




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