NUMÉRO 171 REVUE BIMESTRIELLE juin-juillet 2017

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Les détails Detalles
  Dialogue de sociologues Dialogo de sociólogos
 
Bernard, Hervé Les détails
 
Baleani, Eduardo Los detalles
 
Cohen, Rut Juntos
  Edad media
 
Delagneau, Philippe Les détails
 
Giosa, Alejandro Los detalles
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mars 2017
 
Thomas, Claudine Les détails


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Ne rougissons pas de nous spécialiser, d'accumuler un savoir, de nous livrer à une activité politique ou idéologique.

***

À ce niveau, le détail nécessaire exige du courage.

***

Voilà peut-être ce qui nous manque le plus aujourd'hui. Le métier nous sépare ; l'idéologie nous divise ; la politique nous oppose.

***

Sachons retrouver le sens de l'urbanité, de l'amitié, de la courtoisie, afin de nous sentir membres de la grande famille humaine.

Prenons exemple sur Goethe « Tout comprendre pour tout aimer »

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Je ne suis pas écrivain, je prends des notes. Je parlais la semaine dernière avec une nouvelle amie, écrivain. Elle évoquait le temps que prend chaque jour la correction d'un texte et j'ai bien compris que ce qui m'a manqué, a toujours été le temps. Mes livres, je les ai produits en un temps record et je n'ai jamais pu les relire. Le détail manquait, c'est de dire ce que je viens de dire : je ne suis pas écrivain, je prends des notes.

Ma formation de sociologue est dominante en moi. J'ai appris de Wright Mils l'habitude de prendre des notes comme des instantanés qui donnent sens à l'existence.

Et dans le même sens je peux dire que je ne suis pas peintre, mais je fais des esquisses. Et aussi je n'étais pas danseuse, mais la danse danse en moi.

Les détails fondamentaux de ces vocatives inassouvis ont été mon éducation et le temps, mais je garde le conservatisme de l'ethnologue et de l'anthropologue. Et des voyages lointains à la recherche du paradis perdu m'ont permis de prendre des notes et de parler quatre langues et d'être lue pour avoir un monde de patients d'origines et de cultures différentes. Je comprends, je m'adapte, je vis avec l'autre et je suis toujours dans l'empathie, mais pas dans l'identification.

L'observateur de détails en moi m'a ouvert le chemin de la découverte de l'autre.

Mes conférences sur le thème « L'ombre dans les religions comparées » ont été enrichies par le fait que je prends des notes. Je comprends en direct comme observateur objectif.

Je commence un nouveau cahier pour prendre des notes.

Les détails à tenir compte dans ma vision du thème sont les thèmes qui guident mon exploration permanente dans ma prise de notes.

Ma vie est un voyage permanent et mes raisons pour voyager sont les suivantes en face de ma profession et de ma vie :

  • L'aventure (de la découverte à la compréhension de l'autre),
  • Grandir en sagesse et capacité de synthèse,
  • Unir : mettre ensemble les éléments qui appartiennent à une même famille (dans les rêves, j'observe que l'expression de Lévi-Strauss « famille de rêves » est un détail à tenir compte pour un travail d'interprétation du complexe subjectif du patient,
  • Sourire et accueil avec respect et douceur de l'autre dans sa vérité sans juger,
  • Explorer les possibilités du chemin à parcourir possible dans une analyse aussi bien que dans un entretien d'orientation,
  • Echapper à la maya, à l'imaginaire. C'est un détail essentiel pour ne pas se tromper dans la chute d'une illusion,
  • Partager : Donner aux patients les outils pour le libérer de ses fantasmes dévorateurs,
  • Reposer : détail important pour revenir à l'action avec fraîcheur
  • Changer soi-même pour être modèle pour autoriser à accompagner l'autre à la recherche de son soi-même
  • Liberté : cela ne s'acquiert que dans la paix et l'assurance de soi-même humblement.

Durkheim disait que l'analyse est le chemin initiatique où on amène l'autre au seuil de son mystère.

Voici mes notes sur le thème.

Fait à Paris le 26 juin
Et j'aime ce thème !
Il fait bien chaud,
détail de luxe dans un Paris mystérieux et indéfinissable.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Message d'Eduardo à Graciela :

Il me serait agréable que nos commentaires soient publiés dans ta revue. Cela me touche beaucoup d'être reconnu par une personne aussi intelligente que toi. Je t'envoie mes réflexions sur le thème que tu proposes et je t'embrasse bien fort.

Eduardo

Réponse de Graciela à Eduardo :

Notre communication sera plus riche si nous sommes en contact la main dans la main, la pensée avec la pensée et l'action avec l'action, comme lorsque nous étions ensemble étudiants en sociologie.

Tu étais déjà fort et lucide alors que moi j'étais étonnée de la vie en observatrice intelligente, mais pas mûre. Il me manquait mille détails et, en plus, nous n'avions pas l'expérience internationale d'aujourd'hui.

Voici trente-neuf ans que je suis en France et je prends des notes tout le temps comme Right Mils.

Il faudra beaucoup échanger. Je te propose d'observer l'hémisphère sud et j'observerai l'hémisphère nord et ensuite nous échangerons nos expériences.

Comme sociologues, nous ne pouvons pas nous taire aujourd'hui. J'aimerais peut-être ouvrir une rubrique à notre niveau pour communiquer aux autres.

Les cinq années d'observation exigées pour traiter un thème se sont passées depuis la fin de notre carrière.

Donc nous avons le droit de penser et communiquer de façon neutre.

À nous, cher ami et compagnon dans les multiples batailles dont nous étions des observateurs participants.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



« Le diable se niche dans les détails », « c'est un point de détail », « détaillant » versus « grossiste », « le menu par le détail », « ne pas faire le détail », « revue de détail ». Toutes ces expressions courantes de notre langage au quotidien traitent du détail, mais avec des sens opposés, soit il s'agit de quelque chose sans aucune importance, soit un détail est un élément qui peut s'avérer fondamental quelque chose de plus important, pour notre avenir proche, voire lointain.

Alors faut-il accorder ou non une importance au détail ? Ou bien faut-il séparer les détails qui ont de l'importance de ceux qui ne le sont pas ? Je pencherais plutôt vers la seconde proposition, qui évite un choix binaire au profit d'une posture plus ouverte, mais nécessitant un travail d'analyse, car je reste fidèle à la voie du milieu, qui est la voie de la sagesse proposée par Bouddha.

Dans la vie, nous devons accorder une importance particulière à ce qui relève de nos besoins vitaux, s'alimenter, boire, se protéger des intempéries et de l'environnement (accidents, ennemis, personne ayant un intérêt différent de soi,..), mais aussi aux projets de vie que nous nous donnons et qui nous permettent de rêver, de construire notre cadre de vie, notre foyer, notre environnement proche, nos directions de vie, ce qui nous offre la possibilité de donner un sens à notre existence, de pouvoir répondre à l'éventuelle question de notre « mission » sur Terre.

Dans tout projet, il est souvent conseillé de partir du plus élevé avant d'analyser ce qui est au niveau du détail. Cela peut être un plan général pour construire une maison, une direction générale pour effectuer un travail d'organisation ou de rangement, le développement d'une activité, la rédaction d'un article, la détermination d'un chemin pour aller d'un point A à un point B. Ensuite il faut passer par les étapes intermédiaires, puis définir les tâches élémentaires jusqu'au niveau de granularité le plus fin que vous permettent votre temps et votre énergie. Un architecte sait bien qu'une maison mal conçue peut s'écrouler parce qu'on aura enlevé ou dégradé quelques éléments de base. En revanche une maison bien conçue sera bien plus résiliente à des actions de « destruction ».

Notre expérience et celle de nos maîtres nous enseignent qu'un grain de sable peut enrayer une grande machine pour peu qu'il soit au mauvais endroit et au mauvais moment. C'est pourquoi il est nécessaire de porter toute l'attention nécessaire à tous les détails qui concourent à la réussite de notre projet global. Cela nécessite un travail d'analyse, d'organisation et de discipline. Car si la plus grande partie des détails risque de n'avoir aucune influence sur le résultat final, quelques-uns peuvent s'avérer essentiels pour parvenir à l'objectif final. Mais comme nous ne sommes pas sûrs de pouvoir les déterminer au départ, nous devons les mettre tous au même niveau. Si cette posture peut vous paraître extrême ou exagérée, l'apprentissage avec le temps peut nous amener à desserrer notre maîtrise du suivi des événements et de laisser de côté certains détails, soit parce que nous sommes convaincus de leur innocuité pour notre projet, soit parce que nous avons pleinement intégré dans notre comportement la prise en compte de ces détails, ce qui est préférable.

L'attention aux détails qui nous paraissent importants pour réussir notre projet peut inciter le maniaque, le prudent, le méticuleux ou l'obsessionnel à s'occuper de tous les détails. C'est une attitude extrême dans laquelle il ne faut pas verser, car il tend à mobiliser tout notre temps et toute notre énergie pour s'occuper de tout dans les moindres détails au détriment de ce qui est essentiel au regard de nos projets de vie.

Savoir comment traiter des détails doit largement s'appuyer sur notre propre expérience, avec le droit de se tromper et d'apprendre, et aussi au savoir populaire, qui est la plupart du temps une synthèse culturelle et mémorielle de l'expérience accumulée et partagée d'un nombre très important de personnes dans le temps et dans l'espace, qui ont distillé une sorte d'élixir du bien penser et du bien agir dans les différentes situations de la vie.

Hervé Bernard



J'aborde ce thème sur la base de deux expériences qu'il me semble opportun d'évoquer et de partager.

La première est relative à ce que l'on pourrait nommer les « impressions directes ».

Dans une attitude volontaire, nous portons notre attention, toute notre attention dans une direction en particulier. Peu à peu la qualité des impressions reçues change, l'écoute, la vision s'éclaircit, une paix intérieure se fait de plus en plus présente. La pensée se tait, l'émotionnel s'apaise, le corps se détend.

Cette approche est facilitée si notre attention est volontairement dirigée vers le vivant, un arbre, une fleur, un paysage, un visage. Ce qui apparait alors est étrange, d'une nature différente de ce que nous percevions avec notre attention habituelle. L'attention s'élargie, est plus consciente, plus présente, cette nature, cette vie entre en nous et nous entrons en elle.

Nous sommes deux en un, unie dans la trinité d'une autre conscience, reliés et indépendants, une relation directe s'établie, notre vision et nos sensations sont décuplées, affinées. Des détails inaperçus apparaissent, on peut voir et éprouver des éléments invisibles jusqu'alors.

Pourquoi ? Nous avons travaillé la question. J'en suis arrivé aujourd'hui à la conclusion que l'attention dans notre quotidien était sollicitée en permanence et de façon plus ou moins structurée et volontaire vers des « détails », des informations, des événements utiles et inutiles de la vie courante.

Ils rentrent en nous simultanément, n'ont rien à voir ensemble, notre attention est dispersée « des détails de la vie du quotidien ». Ce processus forme un obstacle à la recherche et à l'exploration d'une autre réalité, une réalité intérieure qui ouvre les portes d'un nouveau monde environnant.

Explorer cette possibilité, la recevoir, la ressentir nous permet d'accéder à une dimension plus sensible, plus subtile de l'information, du détail. Une nouvelle saveur encore inconnue s'imprègne en nous pour la vie.

Je vous souhaite cette expérience et une compréhension dont vous pourriez en tirer un bénéfice.

Ma seconde expérience que je relie à ce thème, concerne l'évocation d'un concept «Travailler vite et bien » une proposition de vie.

Il m'a fallu beaucoup de temps, de nombreuses années pour au moins, avoir le sentiment d'en avoir compris un de ses aspects pratiques. Car j'ai bien compris aussi que ce chapitre reste à écrire tant il apparaît clairement lié à ma personnalité et à l'éveil de « Ce que je suis ».

« Vite et bien » était dans ma première compréhension opposable, sans conciliation possible. J'interprétais le vite par de la précipitation, notion inconciliable avec une qualité de travail recherchée.

Récemment, poussé par la nécessité, mais aussi par la recherche, une autre lecture s'est faite jour. Si je ne change pas le rythme de mon faire comment serait ce possible de travailler plus vite et garantir la même qualité de travail ?

Le savoir, l'accessibilité au savoir, développer une ligne du savoir par l'addition d'informations qui vont constituer une matière de plus en plus dense, une accumulation de détails qui révéleront le sujet travaillé dans sa globalité, dans une totalité, dessinant une carte routière plus consciente du « faire »

Agir sur la ligne du savoir, de son intégration à la compréhension pour travailler « vite et bien ».

Quelle matière vais-je travailler, quelles en sont ses propriétés, ses forces et ses faiblesses, comment réagit-elle, quelle méthode ou outils utiliser, comment la travailler ?

Si je travaille chacun de ces thèmes, si je touche à l'une de ces variables en travaillant la méthode, en recherchant un nouvel outil, un conseil, alors pour un résultat de qualité équivalente, j'aurais travaillé plus vite.

Et j'aurai travaillé plus vite « pour la vie », car la matière est une, la différence résidant dans son aspect, sa densité et ses propriétés.

Les détails peuvent être un obstacle à une vision et à une compréhension plus claire des événements tout comme ils peuvent en être un facteur d'évolution. Tout dépend de « Ce que je suis ».

Écrit à Chessy, le 22 juillet 2017
Philippe Delagneau



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SOS Psychologue



Ce thème est l'opportunité pour moi de rendre hommage à mon père.

Il est décédé lorsque j'avais dix ans et demi et cela a été un véritable drame pour moi.

C'était un homme grand et mince, il portait des lunettes. Je ne me rappelle pas de sa voix, mais je sens sa présence en moi. Il était bon et je me souviens qu'il était attentif.

Lorsqu'il m'a emmené à l'école pour la première fois, je n'arrêtais pas de pleurer à tel point qu'il a dû me ramener à la maison.

J'ai partagé avec lui de très bons moments dans le jardin, il aimait jardiner et d'ailleurs il m'avait laissé un petit coin pour que je puisse le cultiver. Je me rappelle que parfois j'entendais le bruit d'un avion, le chant d'un oiseau, et à ce moment-là j'avais envie d'arrêter le temps, comme si je voulais que ces moments soient inscrits en moi, que je puisse les retrouver.

Il adorait que mes cheveux soient longs, pour lui il n'était pas concevable qu'ils soient courts. Pourtant lorsque j'avais six ans je me souviens avoir coupé moi-même mes cheveux pour faire une frange, mais je ne sais plus qu'elle a été sa réaction.

Pour faire plaisir à ma sœur et à moi-même, il préparait parfois un feu d'artifices dans le jardin et je me souviens que d'autres enfants venaient le voir. Une fois, pendant les vacances, il nous a proposé de venir à la pêche avec lui. Bien sûr nous étions ravies et j'ai souvenir que nous nous sommes levées très tôt. Toutefois, la pêche n'a pas été très fructueuse.

C'était un bon père, il aimait nous faire plaisir. Je le vois encore nous installer une balançoire, faire des photos de nous quand nous étions déguisées, préparer les repas.

Malheureusement il y a eu des moments très pénibles, lorsque par exemple, nous étions à table et que ma mère criait et cela revenait souvent. Elle déchargeait sa haine sur lui. Alors il quittait la table et allait se réfugier dans le sous-sol ou dans le jardin. J'allais le retrouver, je me mettais sur ses genoux et nous faisions un câlin. Il n'y avait pas de paroles, mais une certaine complicité, comme si on se comprenait.

Parfois, Il m'arrivait de penser qu'il allait revenir, je créais des scénarios où j'en faisais un héros et puis un jour, j'ai fait un rêve où il revenait, à la gare de la ville où nous habitions à l'époque. J'étais tellement heureuse et je disais : Daddy, Daddy, nous allons être ensemble, nous allons faire du cheval, plein de choses. Je lui ai fait remarquer que j'avais conservé mes cheveux longs comme il aimait. Mais il m'a dit qu'il avait décidé de partir, que c'était comme ça.

Alors ma joie est retombée, je me suis sentie à nouveau abandonnée et je n'ai plus jamais rêvé de lui. Aujourd'hui je pense pouvoir dire qu'il n'était pas heureux et qu'une certaine faiblesse l'habitait. Sans doute n'avait-il plus envie de se battre, il avait fait son choix. Je le respecte, c'est à moi d'être plus forte.

Mon père a été déposé devant la porte de l'hôpital pour se faire opérer, un homme seul, personne ne l'a accompagné.

Nous nous sommes fait un signe de la main et je ne l'ai plus jamais revu, car il est décédé durant son opération.

J'aurais aimé être auprès de toi papa à ce moment-là. Je te demande pardon, car tu es mort dans la solitude d'être aimé, abandonné.

Tous ces détails rassemblés constituent une partie de ma vie. Je me rends compte aujourd'hui que tous ces moments étaient privilégiés et qu'ils ont marqué ma jeunesse et mon présent.

Merci papa pour ces bonheurs que je ne peux oublier. Tu m'as tellement manqué, j'ai vécu cette souffrance dans ma chair, j'ai vécu la solitude, je me suis protégée comme j'ai pu. Oui après toi j'étais seule et abandonnée. Je t'aime profondément et cela personne ne peut nous l'enlever, nous sommes reliés à jamais. À travers ce texte, je te rends hommage et te témoigne tout mon amour. Nous viendrons te lire ce texte où tu reposes dans ce monde éphémère.

Fait à Chessy, le 17 Juillet 2017
Claudine Thomas