NUMÉRO 112 REVUE BIMESTRIELLE avril-mai 2007

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Fidélité, infidélité
  Fidélité, infidélité (suite)
 
Bernard, Hervé Fidélité
 
Bouket, Gaël Fidélité, infidélité
 
Delagneau, Philippe Fidélité - Infidélité
 
Ercole, Jeanine La fidélité - l'infidélité : c'est tout l'art du pile ou face
 
Giosa, Alejandro La fidelidad
 
Labraidh, Seonaidh Imperfecciones
  Fidelidad-Infidelidad
 
Manrique, Carla La fidelidad e Infidelidad
 
Neulat, Laura Fidélité
 
Recher, Aurélien Fidélité-infidélité
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de novembre 2006
 
Thomas, Claudine Fidélité - Infidélité


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Je ne saurais pas dire ce qu'est l'infidélité. Peut-être une définition dans un dictionnaire… Pour moi, ce n'est que le contraire de la fidélité et dans ce sens, je pense rendre un témoignage direct : j'étais fidèle, je suis fidèle, je serai fidèle. Mon chemin vers l'accomplissement de la fidélité est devant moi. Il est tout droit. C'est un chemin qui s'élargit au fur et à mesure que j'avance à mon pas. Oui, je sens que ça ne pourrait pas être autrement. Au commencement, je pensais qu'il s'agissait en moi d'une structure soumise et obéissante. Aujourd'hui, je crois que le noyau dur de mes convictions se consolide jour à jour par l'expérience du vécu. Oui, je suis fidèle à l'amour. Je suis fidèle aux autres et je suis fidèle à moi-même. Et vraiment le chemin de la paix s'élargit et se fusionne avec le chemin de la fidélité. Je suis fidèle à la vérité. Pas une vérité arbitraire, mais une confrontation permanente aux événements. Je suis fidèle à la terre et je sens mes pieds s'enraciner dans la profondeur de cette force vitale qui m'alimente. Je suis fidèle à mon Dieu et mes cheveux, comme des bras tendus vers le haut, essaient d'attraper l'absolu de l'Amour éternel. J'ai fait des enfants de la chair, j'ai fait des enfants de l'esprit et personne ne pourra dire : « elle m'a trahi, elle m'a abandonné ». Quelle fidélité structurelle m'a été donnée pour accueillir sans réserve tant de regards désespérés. Je suis fidèle à l'action comme remède contre la passivité qui est la forme d'infidélité à la loi cosmique. C'est une preuve.

La fidélité est aussi liberté. M'endormir le cœur plein de paix, sans conflit parce qu'il n'y a pas de culpabilité, mais accueil conscient de mon devoir profond de ne pas me laisser emporter par les attirances sans les comprendre.

***

J'ai beaucoup marché dans la vie en écoutant parler l'infidèle, sa souffrance profonde, sa jalousie envers l'autre dont il soupçonne l'infidélité, car il est capable de l'être.

Maintenant, je reviens sur le couple, car c'est à ce niveau que le critère de fidélité et d'infidélité semble être le plus important. J'ai connu dans mes longues années de travail professionnel et d'être humain des moments affolants où les soupçons d'infidélité étaient plus terribles que le constat d'infidélité.

Je me souviens d'un cas : Madame X (je vois que je ne suis pas capable de nommer mes cas d'une autre manière qu'avec un X). Elle est venue vers moi à trente ans. Elle s'était mariée à vingt ans. Elle avait été un enfant avec un bon étayage familial dans un couple de parents qui s'aimaient. Des paroles telles qu' « infidélité »  et « trahison » n'avaient pas martelé ses oreilles. Disons avec une certaine distance péjorative qu'elle croyait que « le poisson rouge pouvait vivre hors de l'eau ». La semaine suivant son mariage, elle avait découvert son mari embrassant une veuve qui habitait la maison d'à côté. Il a dit la consoler. Elle l'a cru. Des histoires de ce type et successives sont arrivées pendant dix ans. Un jour, sa voiture étant en panne, elle a pris celle de son mari dans le garage. A l'intérieur, des préservatifs, des lettres destinées à une certaine Marie-Rose, différentes adresses d'appartements, un carnet de chèque au nom de son mari et sa maîtresse. Cette femme s'est confrontée sans aucune défense à une réalité qui la dépassait. Mais elle n'était ni faible ni peureuse. Elle a gonflé les préservatifs et en a rempli la voiture. Elle a trouvé des ampoules de testostérone qu'elle a cassé contre le volant. Elle a sorti la troisième voiture et attendu dehors que son mari parte. Quand il est parti, elle l'a suivi et a percuté l'arrière de sa voiture avec la Mercédès dure et solide comme un tank. Elle n'a pas eu d'accident, mais sa vie était devenue un enfer. En moins d'un mois, elle a perdu 15 kilos. Elle passait ses journées entre son travail et l'exploration des adresses qu'elle avait gardées de son mari. Il avait offert à sa maîtresse quatre appartements.

Quel a été le déclencheur dans cette histoire de couple après dix ans de mariage et deux enfants ? Un jour d'été précédent l'histoire de la voiture et revenant de la piscine, elle a vu les bras et les épaules de son mari griffés. Elle n'avait pas bâti de défense pour supporter la souffrance de l'infidélité. Elle avait fait une bonne carrière, constitué un foyer. Elle n'arrivait même pas à divorcer. C'est à cause de ces quinze kilos que son généraliste m'a demandé de la recevoir en thérapie d'urgence. Au préalable, je lui ai fait passer, par les psychologues de mon équipe, le test de Roschard et le T.A.T. Elle était complètement décompensée et l'unique repère dans le réel qui l'empêchait de sombrer dans la folie était ses deux enfants. Mais que faire avec elle ? Il fallait travailler ce jour-là contre la folie en état de crise et essayer de forger une nouvelle structure à partir de l'effondrement. Heureusement, l'étayage enfantin et préadolescent était excellent, mais quelque chose manquait : le principe du réel. Le foyer parental l'avait tellement amené vers la réussite dans le travail et les études qu'elle croyait que « le poisson rouge pouvait vivre hors de l'eau ». Le défaut d'étayage était dans la peur de ses parents et de ses grands-parents. Je ne croyais pas réellement pouvoir vaincre la virulence de la réaction psychotique. L'unique personne qui pouvait la soutenir était son père. Malheureusement, il est décédé à ce moment-là. Elle a cherché à trouver le sens de l'infidélité elle-même et est allé en explorer les sources. Elle ne pouvait pas se passer de cet amour qu'elle avait pour son mari. Elle avait tellement souffert qu'elle ne concevait même pas la vengeance, mais elle était assez intelligente pour essayer de cicatriser et comprendre cette énorme blessure narcissique. Elle était morte et insensible dans tous les bras des amants qu'elle pouvait trouver dans un moment, dans l'exploration. Un jour, elle est partie définitivement, mais sans jamais pouvoir oublier.

Aujourd'hui, vingt ans après, elle n'a ni pardonné ni oublié. Elle ne veut plus aimer. Elle est attirée par les hommes, mais sans le moindre passage à l'acte : ce serait trop dangereux de s'exposer à aimer. Sa vie par ailleurs est normale et satisfaisante. Elle est marquée par l'infidélité. Elle se pose toujours la question : « Qu'est-ce que je n'ai pas fait pour garder cet homme ? », mais de toute manière, la puissance de ses fantasmes inconscients, naturellement, est si forte que c'est ce traître qui n'a jamais pu l'oublier. Je ne peux pas lui donner une image crédible de la confiance. Tant pis pour elle. Elle ne se dessèche pas parce qu'elle a fait de façon fonctionnelle une régression à une époque antérieure à celle où elle a connu son mari, très jeune adolescente, même pas quinze ans. Donc elle attend à cinquante, qu'un jour, il y ait un éveil dans son cœur par un idéal d'homme, l'homme idéal fidèle. Dans cet étayage où il n'y avait ni le concept ni l'ombre de l'infidélité, quelque chose de très dur et fort s'est constitué. Car elle est très responsable et très fidèle à elle-même. Ce qui lui fait dire « je suis une femme déçue par ignorance » ou « la chair est faible ». Mais de quelle chair parle-t-elle si elle n'a jamais été emportée par des situations confuses qui auraient pu bouleverser son sens de l'honnêteté ?

Je suis habituée à souffrir en empathie accueillante la douleur de mes patients. Je sais qu'elle aurait pu tuer son mari. Mais si quelque chose est bien clair aujourd'hui entre nous c'est qu'il ne vaut pas la peine de se salir les mains pour un infidèle. Ils sont punis tous seuls. Lui, je ne le connais pas, mais il est devenu une ombre et ce n'est pas celui qu'elle avait aimé. Les signes de la guérison chez elle c'est que lui, lui fait de la peine, lui, pèlerin de ses incertitudes, jouet de ses pulsions.

Je suis désolée, car je parle de mes cas les plus difficiles. J'aimerais dire « l'infidélité n'existe pas ». Cela m'amène à me questionner : comment peut-on trouver un point de fidélité dans l'infidélité ? La question n'a pas de réponse pour le moment et c'est là que je dois explorer. L'infidélité serait-elle une pulsion charnelle, karmique ou étrique ? Je crois que les trois niveaux sont réunis pour l'accomplissement de l'acte de la fuite par rapport à soi-même qu'est l'infidélité. Il faudrait beaucoup questionner, pas la victime, mais le bourreau. C'est cette brèche-là que je travaille aujourd'hui. Il y aura deux points, l'irrémédiable et, après bilan et analyse, le remédiable. Comme toujours optimiste, je me dis « on trouvera le chemin ».

Fait à Paris le 28 avril
toujours avec beaucoup de passion
et le plus profond désir de l'analyste de voir
une nouvelle confiance naître dans ce printemps propice.

***

Toujours mes cas les moins faciles, mais pourquoi ne pas décliner une histoire vraie de fidélité indubitablement vécue pendant des siècles dans l'éternité de la vérité et sur cette terre où la chronologie règne et ne fait que se manifester l'horrible terrifiant ? Y aurait-il un certain plaisir morbide dans cette sélection de l'information ?

***

En première personne du singulier et première du pluriel, je dis que nous étions et nous sommes et nous serons les protagonistes d'une histoire d'amour de couple riche en fidélité, en partage. Tu seras toujours avec moi, moi je serai toujours avec toi, maintenant je prends ton flambeau je défends ta mémoire.

Je ne t'idolâtre pas après ta mort, non, nous nous sommes aimés honnêtement en reconnaissant réciproquement « nos lacunes ». Toi et tes souffrances physiques, mais surtout morales qui t'ont privé de la plénitude bien méritée, moi dans mes silences de poète, de peintre et de sculpteur d'âmes. Mais c'est à partir et grâce à nos lacunes que nous nous sommes rencontrés et aimés.

Je n'ai jamais su de toi que ce que tu voulais dire ou plutôt ce que tu t'autorisais à dire. En revanche, tu savais tout de moi : je suis sûre de t'avoir tout dit avec authenticité sans juger au préalable si je pouvais le dire ou non.

Tu n'étais jaloux de rien, tu n'aurais pas pu l'être, car je suis née fidèle par nature et tu avais tellement souffert de l'infidélité que peut-être j'ai éveillé ton amour pour moi avec ma droiture. Comment concevoir l'aventure ou une vie ailleurs si nous représentions l'un pour l'autre et réciproquement : l'aventure, l'étonnement, la paix, les passions de la chair et de l'esprit ?

Oui, tu savais tout, moi je ne savais rien de toi, mais je percevais tout par les sens. Chaque voyage, tu le préparais : lectures, livres, cartes … Moi, aux antipodes, je ne voulais rien savoir, mais je retenais l'émotion de chaque paysage, les couleurs, les odeurs, souviens-toi : le bleu du ciel de Jéricho en décembre, le bleu du Marmara à 16 heures 30 au mois de juillet, le bleu de la mer rouge à 10 heures du matin en janvier, le bleu de l'Atlantique sud au mois de mars à 14 heures, le bleu du ciel du Win duc en Afrique du Sud au mois d'octobre avec ses nuages presque immobiles, le bleu mystérieux des ciels changeants de l'Irlande au mois de juillet, le bleu permanent du ciel d'Egypte en avril. Inutile de continuer. Je pourrais en expliquer les différences. Ma palette de peintre frustrée est d'une acuité surprenante. J'ai du sacrifier mes vocations à l'exercice de ma profession. Ni écrivain, ni poète, ni peintre, ni danseuse… Et tu savais tout cela. Ta grande main prenait la mienne avec une douceur magique et nous traversions le monde ensemble selon ce que nous étions chacun de nous.

Notre fidélité sans limite consistait en notre respect de l'autre dans son individualité, dans sa différence. Nous nous sommes laissés être, la main dans la main. Ta main d'ours, de sauvage Cro-Magnon prenait ma petite, petite main de femme avec la douceur et la compréhension de nous être rencontrés un jour d'été dans notre subjectivité nue, vrai miracle. Tu étais toi, moi j'étais moi et ensemble nous étions plus que deux dans une réalité totale, probable, mais difficile à percevoir si la grâce de notre conscience éveillée n'avait pas été là.


Avec sens du réel, ce simple témoignage d'un amour vécu
en dehors du temps et de l'espace parce que tu étais moi, parce
que j'étais toi et sans doute parce qu'au prochain jour de
notre rencontre dans l'éternité bien méritée, cette histoire
inachevée se continuera.

***

Je suis fidèle à mes amis, ce sont les mêmes depuis ma naissance, l'école, l'université, jamais de différends ne nous ont éloignés.

Les autres amis, ceux qui sont aujourd'hui dans mon processus de vie, sont arrivés par affinités sélectives.

L'amitié est mon bastion, ma forteresse, je n'abandonne pas mes amis et ils ne m'abandonnent pas. Quel sublime sentiment d'exister ils m'apportent !

Fait à Paris face au constat d'une vérité que j'honore.
Et il fait chaud et c'est le printemps dépassé
et je pense à Lévi-Strauss et à ses mythes extrêmes,
les mythes chauds, les mythes froids. Œdipe, chaud jusqu'au pourrissement,
Perceval, froid jusqu'à l'annihilation. Pourquoi cette association ?
L'amitié n'est pas un mythe, mais on peut la vivre plus facilement que
les passions excessives comme des thèmes privilégiés du printemps et de l'automne.
Fin.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Au sujet du point de fidélité dans l'infidélité dont j'ai parlé au début de mon article, je viens de trouver une première esquisse de réponse.

Nous pouvons de mille manières vouloir échapper au complexe maternel. Cependant, il nous serait nécessaire une totale régression dont je considère moi-même la réussite comme improbable.

Comme le disait Monsieur Humbert dans les années 89 au sujet du complexe maternel : « Nous ne finissons jamais avec la mère. »

Barrière infranchissable ?

À nous tous de porter la question et de nous questionner personnellement au sujet de cette fidélité inconsciente dont aucun passage à l'acte en opposition ou addiction à la mère ne peut nous garantir d'une vraie libération de la mère fusse-t-elle symbolique, imaginaire ou réelle.

Fait à Paris le 13 mai 2007 à dix heures du soir.
Il fait indéfinissable dehors, mais ma sortie du tunnel est moins loin.
La non résolution de mon complexe maternel m'amène
à la répétition de ses comportements de façon plus subtile.
Elle est là, mais aujourd'hui je la vois
donc je pourrai m'en sortir et me « désidentifier » d'elle.
Je cherche ma suprême libération.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La fidélité est-elle une qualité louée par la morale ou un simple trait de caractère dont le destin bienfaisant ou malfaisant dépend de la force morale de l'auteur ?

L'imagerie populaire cloue volontiers au pilori l'infidèle, homme ou femme mariée, qui trompe son conjoint. La justice condamne toujours l'adultère quand il est établi en flagrant délit. Même si le relâchement des mœurs dans la lignée de la liberté sexuelle après guerre (la seconde guerre mondiale) ne place pas au même plan l'infidélité et d'autres délits, comme le vol, le délit d'initié ou toute autre délit portant atteinte à autrui et devant être réparé par des dommages et intérêt. Si la machine judiciaire tente de réparer le mal fait à l'autre, ce compagnon pourtant « choisi pour la vie », par une peine ou une amende, qu'est-ce qui peut guérir la blessure psychologique résultant d'un contrat de confiance brisé ?

La fidélité ou son contraire, l'infidélité, joue avant tout dans le registre psychologique. Les institutions, comme la justice et la religion, pour canaliser l'énergie des êtres, ont « inventé » des points de repère puissants pour éviter un va-et-vient trop instable entre ces deux pôles d'une dialectique relationnelle, au gré de la fragilité de nos esprits et de la force de nos pulsions. La fidélité est un contrat moral entre deux êtres, mais avant tout avec soi-même, avec les règles que l'on se donne explicitement ou inconsciemment dans la gestion de nos relations avec les autres.

Mais que sont donc véritablement la fidélité et l'infidélité ? À l'extrême, est-ce simplement un écart de chronologie entre deux situations psychologique différentes, voire opposées, qui font qu'une relation se défait selon un timing différent entre les partenaires ?

La fidélité, comme tout ce qui existe, possède la qualité universelle d'éphémérité, selon laquelle être fidèle pour l'éternité pourrait être considéré logiquement un non sens. Les êtres, les situations, les projets évoluent, avec comme corollaire les relations interpersonnelles. Une relation particulière fondée sur la fidélité ne finit-elle pas par s'atténuer naturellement au point de rendre finalement chaque partenaire libre et disponible pour une autre relation au delà de l'habitude ou de la peur de la solitude… Certes il existe des exemples, mais combien rares, de couples dont la force de la relation reste intact malgré les conséquences du temps et des événements de la vie. Mais pour la grande majorité d'entre nous, nous vivons des relations avec les autres qui évoluent avec le temps et dont il finit par ne rester que peu de choses par rapport à la pulsion initiale…

Mais au-delà de ce panorama de la fidélité, entre fidélité à vie et séparation ou abandon dans la douleur d'au moins un des partenaires, quel contrat moral ai-je contracté avec moi-même ? En quoi me suis-je trompé vis-à-vis de moi-même pensant vendre à l'autre une relation pour la vie, voire l'éternité, alors que la simple vérité des faits, événements toutefois bien normaux de la vie ou accidents imprévisibles, montre les limites d'un contrat que nous sommes incapables de garantir dans la durée, ni de proposer de solution de secours pour compenser la perte de l'autre (et pourquoi pas aider à son travail de deuil).

Tout finalement semble converger vers la connaissance de soi-même et de la force de ses projets de vie, en particulier la manière de les mettre en œuvre (avec qui, selon quel contrat moral, avec quelles limites ?). Qui est capable de se dire à lui-même dans l'euphorie d'une relation naissante, accaparé voire aveuglé par une passion qui envahit tous les recoins de l'esprit parmi la pensée et sa logique, les sentiments, la sensation, l'intuition qu'une relation va dépasser les limites de notre propre esprit, de nos propres forces.

À moins peut-être de se sentir l'élu de Dieu, le héros indomptable et à la force surhumaine des mythologies, finalement d'être autre qu'un humain. Une relation possède toujours finalement une part d'aventure, d'imprévu à moins d'être « béni des dieux » ou protégé par un ange gardien « puissant ». Il est alors préférable de s'engager dans une relation en mettant également en avant les limitations de sa propre humanité, comme pour le meilleur et pour le pire, sans quoi la fidélité peut devenir un casse-tête, pour soi, mais aussi pour l'autre.

Hervé Bernard



Être fidèle à ce qui est juste, en tout lieu, en tout temps. Tendre à l'être : laisser émerger la situation, la contempler, la comprendre, se laisser être dit, être agi.

Je viens de donner un cours de piano et j'expliquais qu'il y a dans un premier temps le travail technique, l'exploration du morceau : on le cherche, on l'apprivoise, on l'apprend. Et puis, le concert arrive, on est sur scène et il faut tout oublier : nous sommes là, face au public, il faut en pénétrer chacun de ses membres, il n'y a plus que ça qui compte, quitte à transformer tout ce que l'on avait prévu. Là, il y a cette attitude si spécifique : on est ouvert, attentif à cette sensation presque solide. On les emmène avec nous et on donne tout ce qui est en nous, pour quelques minutes, dans un partage sublime.

Et si notre corps était notre instrument de musique ? Il l'est. Chaque geste, chaque respiration est une note, un don, un partage. Et il s'agit de jouer juste, pas technique, pas cette démonstration pleine d'orgueil, mais trouver l'attitude généreuse, consciente d'elle-même, celle qui fait qu'une seconde de Mozart nous paraît une éternité de bien-être, que la suivante nous place au cœur d'un tourbillon où tout se mêle : il n'y a plus de passé, plus de futur, plus d'espace ou de limite. On est rempli, débordant de vie, semble-t-il pour toujours.

Et puis, on ne sait pourquoi, on est tenté d'oublier et l'infidélité nous guette. On avait pourtant tout reçu On avait la preuve évidente, matérielle qu'il y a un absolu qui nous unit, nous élève.

Et le couple ? Je crois, aujourd'hui, que la rigueur et la responsabilité qui émanent de la fidélité ne doivent être appliquées qu'à soi, uniquement, strictement. Être vigilant à la fidélité de l'autre, c'est entrer dans une jalousie dévastatrice, nous devenons alors infidèle à nous-même en tant qu'être confiant et aimant.

Pour moi, l'infidélité est inenvisageable, au-delà de toute considération morale : nous avons fait le choix, dans le couple, d'assurer l'éducation d'un futur adulte équilibré et libre. S'il faut pouvoir garantir son développement affectif, psychique, la fidélité du couple parental, comme matérialisation de la fidélité au sein de son foyer, porte une valeur que je veux qu'il puisse voir à l'œuvre et à partir de laquelle il pourra se construire une personnalité forte et sereine. Il observera alors aussi la confiance dans la fidélité de l'autre puisque fidélité et confiance sont interdépendantes dans l'harmonie, comme un don et un contre don.

Pour sa forme la plus évidente et archaïque, il s'agit de fidélité sexuelle, mais comme dans chaque concept, la fidélité comporte des formes plus subtiles, infiltrées dans chacun des échange du couple. Tendre à une fidélité et une confiance en l'autre pure me semble être le chemin, presque la quête, tant la finesse de leurs déclinaisons peut être grande, d'une vie de couple pleine et riche, d'une vie de famille accomplie.

Fait à Paris, le 12 mai 2007
j'ai confiance,
l'amour nous porte et la fidélité nous ajuste
à cet amour toujours en pleine expansion.
Gaël Bouket



La fidélité est un domaine qui semble bien mystérieux. À l'inverse, l'infidélité apparaît, paradoxalement, plus accessible, vécue et interprétée immédiatement comme une trahison.

Il en est de même si nous essayons de définir ce qu'est la santé. Ce sujet n'est pratiquement pas abordé par la médecine traditionnelle. Nous trouvons des encyclopédies entières qui décrivent en détails les maladies qui affectent le vivant, mais quasiment rien sur la santé en tant que telle.

Pourquoi ces paradoxes. Comme si la santé, la fidélité ne pouvaient être appréhendées ou définies principalement par leurs contraires, ou n'avaient pas d'existence réelle. Il y a là quelque chose d'étrange.

On aura alors tendance à dire que je suis fidèle à telle ou telle « chose », parce qu'elle n'est pas en contradiction avec une certaine morale personnelle ou collective. Mais rien sur la fidélité en tant que telle, une fidélité libérée de son fantôme, l'infidélité.

La fidélité ne peut pas non plus être appréhendée en relation avec d'autres influences que nous recevons et interprétons à notre manière durant toute notre vie.

Je parle des croyances, des préjugés, des idéaux d'une morale sociale et religieuse, d'un conditionnement qui, reçus dès la petite enfance sans être questionnés, emprisonnent les individus dans des comportements stéréotypés souvent mensongers. La fidélité apparente n'est alors que le reflet d'autres sentiments tels que l'intérêt, l'avidité, la peur ou encore l'orgueil, elle n'est en définitive que la manifestation extérieure d'une impossibilité que nous avons à nous libérer de ces carcans.

Par ailleurs, comment la fidélité peut elle s'exprimée dans nos propres contradictions ? Chaque jour, nous pouvons constater que je n'ai finalement pas fait ce que j'ai dit la veille ou l'instant d'avant, que je pense une chose et son contraire sans savoir pourquoi, que je prends une décision que je vais annuler aussitôt ou regretter par la suite. Les exemples ne manquent pas.

Nous vivons ainsi, la plupart du temps, emprisonnés dans ces carcans de certitudes peut être justes, mais mortes, ballottés au grès de nos contradictions. La fidélité apparaît dès lors comme quelque chose d'accidentelle, de subite.

Mais, ne sommes-nous que cela ? D'ou viennent ces éclairs de conscience et surtout pourquoi en suis-je impressionné, pourquoi la plupart du temps laissent-t'elles le souvenir et le goût d'un moment unique, et intense ? La aussi, les témoignages sérieux de telles expériences ne manquent pas.

Peut être pouvons-nous trouver quelques éléments de réponse dans les « doctrines de sagesse » qui suggèrent plus ou moins qu'il existe en l'homme, enkysté dans sa personne un véritable « Maître », relié à « quelque-chose » d'infiniment grand.

Débarrassé de nos émotions négatives, de nos contradictions, sous l'influence d'une autre énergie participative et bienveillante, un Être (à l'image de Dieu selon cette sagesse ancestrale) jusque là inconnu de moi-même émerge de ma personne.

Je ne serais donc pas cette personnalité que je connais. Il y aurait aussi quelqu'un en moi qui participe discrètement, silencieusement à ma vie, quelqu'un que je ne connais pas. Et cette sagesse, nous propose d'aller à sa rencontre.

Le retour aux sources, la reconquête de cet Être, ne seraient-t'ils pas les conditions d'une fidélité retrouvée, une fidélité qui appelle à servir, qui murmure « viens, suis moi, aie confiance »

Qu'il nous suffise de la désirer ardemment, elle est le guide, la compagne du pèlerin qui chemine à la recherche de l'Amour Éternel. L'amour, cet Amour est sur le chemin qu'elle emprunte. Là réside peut-être le mystère qui répond au paradoxe.

Fait à Lagny Sur Marne, le jeudi 18 mai 2007
Philippe Delagneau



C'est très beau un être fidèle, peu importe l'objet de sa fidélité, ce que nous avons à retenir de lui (ou d'elle) c'est sa démarche, ses dispositions intérieures, la perspective dans laquelle s'accomplit son histoire. Avec lui le climat est à l'authenticité. Le mot en lui-même est porteur d'une dimension qui n'est pas donnée à tous et qui, sans doute, répond à un impératif fondé sur des tendances psychiques bien équilibrées et harmonisées.

Tremplin d'une évolution, elle relève d'une foi réunissant l'intelligence et l'amour : réalisation consciente et active rendant capable de suivre le tracé de la flèche lancée initialement. Mise en pratique d'une vérité propre à chacun, conçue et vécue au cœur même d'une tension, elle permet au destin d'échapper à de nombreuses platitudes.

Cependant, nous ne sommes pas fait d'une seule pièce ; Une résolution n'est-elle pas faite pour être souvent reprise ? Je ne sais plus quel auteur a dit : « Il faut avoir la fidélité de ses recommencements. » Oui, et s'exercer inlassablement pour gagner le pari que l'on s'est fait à soi-même.

Il ne faudrait pas croire que l'attachement soit un signe de fidélité, alors qu'il n'en est que l'apparence, comme un besoin de posséder avec sécurité : besoin de posséder telle chose non désirée pour elle-même. L'habitude, c'est à dire la répétition des contacts, joue, ici, un rôle qui rassure. En finalité, c'est le pour soi de ceux qui ont trouvé leur place.

La fidélité et l'infidélité ne sont pas l'apanage de la sexualité ; cependant l'on pense tout de suite au couple et à son vécu, dans cette vaste question ou le corps, entre deux êtres, à son mot à dire. On peut se poser ainsi la question, s'il était judicieux de faire une place à part à l'infidélité sexuelle ? Les désirs sexuels sont les plus capricieux de tous les désirs, les plus difficiles à intégrer dans une discipline libre et volontaire. L'érotisme est une tension non résolue, un dynamisme constant des obstacles à surmonter. L'être humain vit sur le plan de l'image et devenir monogame en acceptant de dévaloriser en soi toutes les images où l'on possèderait un autre être, n'est pas aisé. Un contrôle de ses désirs polygamiques sur son comportement est donc demandé à celui qui veut rester fidèle.

Le côté face de la fidélité c'est la haine, la méchanceté tenace qui n'est l'effet que d'un retournement en son contraire d'un amour encore vivant ; la sagesse populaire sait bien ce qu'elle dit lorsqu'elle déclare : « Il me déteste et veut me faire du mal donc il m'aime encore et ne peut renoncer à moi. » Le temps ne cicatrise pas la plaie de l'amour-propre, le sujet ne peut substituer l'indifférence à un amour vécu antérieurement et auquel il s'est fixé.

Au cours des siècles, deux types de personnage que nous connaissons bien, puisqu'ils font partie de notre culture occidentale, ont illustré ces notions de fidélité amoureuse et d'infidélité : je veux dire Tristan et l'anti-Tristan, don Juan. Ils sont devenus des archétypes selon le langage de Yung. Le libertin face à l'amour absolu qui depuis le XIIème siècle ont inspiré tant d'artistes. Tristan, héros de la légende médiévale du cycle breton, incarne l'amour absolu en lutte avec la société. Il est l'identité même du sentiment amoureux le plus pur, le plus authentique, le plus violent éprouvé pour Iseult. Tous deux sont liés pour toujours par un lien mystérieux qui n'est pas seulement passionnel, mais vital. Le miracle, ou le mystère, ce n'est pas le philtre qu'ils ont bu ensemble, mais leur cœur qui bat à l'unisson pour les emporter vers un même destin. L'amour pour eux est une force inaltérable, leur volonté ne peut s'y opposer et leur raison s'y brise. La fatalité de la passion les met dans une situation coupable, sans issue, de laquelle ils ne peuvent échapper que par la mort qui alors les transfigure.

Comment pourrions nous expliquer sur le plan psychologique, le pourquoi et le comment d'un amour si achevé, si douloureux et merveilleux à la fois ? La projection de l'Ego ne saurait exister sans qu'il soit pleinement développé et cristallisé. Or cette image idéale, quasi divine, que Tristan porte en lui, n'a pu prendre naissance qu'à partir d'une puissance imaginative liée à une forte intelligence d'abstraction. La pureté de son amour dépend ainsi de cette capacité d'abstraction. Tristan, lorsqu'il rencontre Iseult, s'écarte du réel et vit sur le plan de l'image où s'opère la projection de son univers intérieur. Il perçoit Iseult, parce qu'elle est en parfaite correspondance avec son schéma mental et possède pour lui davantage de réalité que la femme dans sa matérialité. Il vit ainsi un amour « adorant » pur, un amour distinct de ses manifestations concrètes qu'il ne convoite pas sexuellement, ce qui n'aurait guère de vérité pour lui. Cette re-création de la femme qu'il aime est tout autre que l'imagination passive qui rêvasse à quelque beauté, c'est une fonction mentale active, créatrice, tendue vers une direction unique, réceptrice, pouvant aller jusqu'au boutisme.

Cet amour absolu a été peint de la plus belle façon par de nombreux écrivains au cours des siècles. À ne commencer que par Dante qui n'a vécu que pour une seule Béatrice. De même Racine dans ses tragédies, où l'amour, la mort, sont si intimement mêlés, qu'il atteint encore aujourd'hui notre sensibilité. Certains drames romantiques (Hernani, Chatterton pour ne citer qu'eux) traite du même sujet de la passion fatale et meurtrière. Jean Cocteau dans une version moderne de Tristan et Iseult, « l'Éternel retour, » nous a laissé un véritable chef d'œuvre cinématographique.

Si la fidélité est un signe de maturité, il n'en est pas de même pour l'infidèle qui possède un instinct inachevé d'adolescent. La peinture critique du libertinage, a été approfondie par Molière, dans sa comédie de mœurs, don Juan, duquel il a suivi la trame initiale. Il a fait de son héros un monstre d'orgueil et de cynisme. Ce personnage est l'infidèle par excellence : il dérange l'ordre, avec lui plus rien n'est à sa place, parce que lui-même n'y est pas sinon en surface. Du point de vue de la morale, son manquement à la parole donnée, son absence de scrupule, sa déloyauté provoquent le drame et le désarroi ; c'est là, sans doute, son trait le plus grave. Le libertinage n'est pas l'apanage d'une classe sociale, mais demeure une marque de décadence où le plaisir de la séduction porte en lui-même ses limites.

Que signifie cet insatiable appétit de conquête qui est aussi la marque d'une volonté de puissance ? Après quoi courent ces individus qui passent par-dessus les lois de la conscience, le dédain de la règle morale, pour assouvir leurs inlassables désirs ? Que cherchent-ils auprès de ces femmes crédules et naïves qu'elles soient paysannes ou femmes du monde ? Nous pouvons le comprendre si nous admettons la différence entre le plan de la sensation qui joue un rôle épisodique et le plan de l'image mentale qui est sans cesse présente pour que le « Je » profond se projette en permanence sur l'objet aimé. Pour don Juan et d'autres du même type, la projection s'effectue chaque fois que joue le désir, mais s'évanouit aussitôt le désir passé. Le drame de ce personnage, est qu'il ne possède aucune image idéale intériorisée de la femme qui pourrait correspondre à l'une de ses conquêtes pour s'y attacher. Bien qu'il ait le sens de l'absolu, car nous le possédons tous, il ne trouvera jamais ce après quoi il court de l'une à l'autre. Aucune ne pourra jamais combler son vide intérieur, car ses liaisons sont fondées sur les seules images érotiques.

Dans « Les liaisons dangereuses » Choderlos de Laclos a été plus loin que Molière ; il a fait de son héros et de sa complice de vrais libertins pervers. On peut leur appliquer le mot de Baudelaire : « La conscience dans le mal, l'orgueil du mal est le trait classique du damné. »

Ajoutons que l'adoration de Tristan correspond à une composante masculine, animus. La composante virile aime comme on aimerait le divin dans une contemplation. On peut alors comprendre ce que l'on entend par « amour éternel ».

Le plan de la sensation est d'essence anima, féminine. Aimer érotiquement possède en soi sa fin dès le désir assouvi. Ce ne sont alors qu'amours éphémères dont la quête restera perpétuelle.

Jeanine Ercole



« Dans mes rêves dans la nuit noire, et à la lumière du jour dans mon cœur, j'ai pensé à tout le bien que vous m'aviez fait », dit le jeune Gengis Khan à l'homme qui lui avait sauvé la vie. Il lui est resté fidèle et plus tard, une fois devenu le grand maître de l'Asie Centrale, il lui a montré sa loyauté en le récompensant.

Dans l'immense steppe d'Asie, au XIIème siècle, la fidélité à un chef était une vertu prisée. Un homme faisait preuve d'allégeance à un chef, mais sa loyauté pouvait s'évaporer en vue d'un autre chef plus puissant. Des alliances se forgeaient en permanence et le manque de loyauté pouvait changer la donne. C'est ainsi que des conquêtes pleines d'audace étaient rendues possibles. Pour Gengis Khan, et pour tant d'autres grands chefs, la loyauté était valeur fondamentale, valeur aussi précieuse que l'or : rare, difficile à gagner, facile à perdre.

Orphelin de père, il comprit très tôt que la loyauté se cultivait, et encore très jeune, il investit une année entière à travailler les liens, à créer des loyautés, pour pouvoir s'ériger en chef. « L'Histoire Secrète », narration de la vie du peuple Mongol et de ce grand conquérant, revue et corrigée par Gengis Khan lui-même, permet de voir à quel point cet homme valorisait la loyauté. Sur cette base, il a modifié la société tribale et pastorale dans laquelle il vivait, donnant une place prépondérante à son cercle de fidèles, ce qui lui permit de faire toujours des nouvelles conquêtes.

Une œuvre parallèle dans le temps, le Traité de l'amitié spirituelle (1163), signale que la présence du Christ est déterminante dans l'union de deux âmes ; par son sacrifice, il a donné l'ultime mesure de ce qu'on peut attendre d'un ami. Ainsi, l'amitié est habitée par la notion de fidélité. Cette vertu est exclusive et s'oppose de par son essence même à toutes formes de désunion, d'abandon, et surtout d'indiscrétion. La discrétion suppose de savoir garder des secrets, des confidences, qui, on le voit, deviennent une composante majeure de la fidélité.

Aujourd'hui, les politiques forgent des alliances, se battent, recherchent sans cesse des alliés, des relations fidèles. Des amitiés se nouent sur cette base et aussi se trahissent. On est fidèle à un idéal, toute sa vie, un certain temps, et un historien est fidèle ou non à la réalité. Malgré les multiples relations auxquelles ce mot s'applique, on parle aujourd'hui surtout de fidélité dans le couple, comme si la variété du mot et des fidélités possibles avaient été éclipsées par la seule relation amoureuse.

Phénomène d'époque ? Une rapide recherche sur Internet concernant le mot « fidélité » va nous livrer des dizaines de pages, presque toutes en relation au couple. Le Larousse nous rappelle qu'est fidèle celui qui remplit ses engagements, et, comme ce mot a évoqué en moi la loyauté et non pas la fidélité dans le couple, je suis allée voir The Concise English dictionary (je pense en anglais) où on définit la fidélité comme de la loyauté, comme la conformité à la vérité.

Ce rappel de l'anglais sur la signification de ce mot, m'a incitée à vouloir l'inscrire dans le cadre de la relation thérapeutique, dans la dyade patient-thérapeute. Peut-on prétendre dire du nouveau sur cette relation ? Oui, mais seulement si on accepte de ne pas faire une grande découverte ! On pourrait dire qu'il s'agit ici d'un espace de réserve dans lequel on s'attend à un engagement qui doit être respecté, à une honnêteté, à un certain silence, c'est-à-dire autant à la fidélité qu'à la loyauté. J'aimerais ici parler de « bonne foi intérieure » du thérapeute, pour paraphraser Riek quand il parle de l'interprétation en analyse (« C'est un peu une forme de courage moral que de refuser les `explications' si tentantes », p329). Cette notion de bonne foi intérieure du thérapeute nous rapproche de la fidélité en tant qu'engagement tenu.

La loyauté du coté du thérapeute se décline aussi sur la dimension de respect de l'engagement avec le patient. L'idée exposée par Frieda Fromm-Reichman que le thérapeute est utile au patient seulement « s'il réussit à intéresser et engager le patient à lutter pour son bien-être pour lui-même » évoque de manière indirecte cette notion de loyauté envers le patient. L'inscription de la pratique clinique dans une cadre de loyauté, fait que le thérapeute doit reconnaître quand il n'arrive pas à faire en sorte que son patient s'engage dans l'entreprise de son bien-être.

Plus récemment, Owen Renik dans son livre « Practical Psychoanalysis for Therapists and Patients », revient sur cette dyade et sur l'objectif qu'elle doit servir avant tout, de son point de vue, celui de soulager le patient. Il en va aussi ici de la fidélité du thérapeute envers le patient et envers lui-même, fidélité qui va lui permettre de pouvoir évaluer les changements positifs du patient pour remplir son engagement initial.

Voici les deux angles, celui de la fidélité et celui de la loyauté, qui peuvent apporter un regard complémentaire sur l'engagement du thérapeute envers son patient. Je laisse ainsi à mes collègues le débat sur d'autres formes de fidélité.


Références:
http://www.philosophie-en-france.net/Etudes/amities/amitie-fidelite.htm
Fromm-Reichman, F (1960) Pinciples of Intensive Psychotherapy, the University of Chicago Press.
Man, J. (2004) Gengis Khan, life, death and resurrection, Bantam Books, London.
Renik, O. (2006) Practical Psychoanalysis for Therapists and Patients, San Francisco Press
Riek, T.(1976) Le psychologue soupire, traduit de l'allemand (1935), Denoel, Paris.
Laura Neulat



Je parlerai de l'expérience personnelle que j'ai de l'infidélité.

Pendant une relation qui dura cinq ans, j'ai été infidèle. C'était une période difficile pour moi. Période dans laquelle je ne me retrouvais pas, je ne me trouvais pas et je ne savais pas où aller. Pourtant ma fiancée était là subissant à chaque instant mon insouciance, ma lâcheté. C'était tout ce que je croyais pouvoir lui donner ; je ne savais quoi lui offrir d'autre.

À cette époque, je ne croyais plus à l'amour, ni à la confiance. Pour moi, les femmes étaient là pour répondre à un désir éphémère et spontané. Je ne voyais dans l'acte sexuel qu'un défouloir émotionnel. Pourtant quand je faisais l'amour avec Elle, c'est l'Amour que je faisais.

Je l'ai trompé, c'est vrai, j'en ai pleuré et peut être encore aujourd'hui. J'ai appris à vivre avec. Je l'ai trompé par la passion et je l'ai aussi trompé dans cette relation qui nous unissait, qui établissait notre complicité, dans la compréhension que l'on vivait l'un pour l'autre.

J'ai cassé cette relation, ce lien qui bâtissait entre nous la confiance de l'amour. Petit à petit, un idéal de femme s'est installé en moi, un idéal égotique qui peut être puisé dans l'imaginaire et dans l'avidité. J'espérais une femme qui me suive partout, fasse tout ce que je désirais ou ce à quoi j'aspirais. Une femme qui s'oublie en moi. Mais que reste-t-il d'une relation si elle n'est pas partagée ? Cet idéal ne m'est d'aucune utilité, il m'empoisonne l'existence.

La relation a été coupée par ma faute, je n'ai pas su entretenir l'amour qui la portait. Je ne trouvais pas d'amour en moi. Ce qui est frappant dans cette histoire c'est que je savais que j'étais aimé. Elle me donnait beaucoup et moi je jouais de cet amour. Je me savais en confiance et j'usais, j'abusais de cette situation. Ego démesuré. Je lui ai menti, je l'ai trahie. Le méritait-elle ? L'amour mérite-il qu'on le trahisse ? J'ai joué avec cet amour qui était en nous. J'ai perdu, et l'amour, et la relation qui nous unissait. La fidélité soutient et conforte l'amour qui se trouve entre deux êtres. Je me droguais et je fumais beaucoup à cette période. Ces excédents provoquaient en moi des pulsions sexuelles que je ne savais contrôler. J'ai arrêté maintenant, J'ai travaillé sur moi et je travaillerai encore, si Dieu le veut. Mais cela n'excuse rien. J'étouffais l'amour au lieu de le nourrir.

Notre liaison s'est arrêtée, c'est moi qui y ai mis fin. Je ne supportais plus l'idée de l'avoir trahie et quelque part de la trahir encore. Ici est le remords. Je devais rompre avec ce passé qui me pesait. Je ne sais si je suis pris d'obsession, mais je ne l'ai pas oubliée. Je sens une petite graine au fond de moi qui ne demande qu'à être arrosée. Je prendrai soin d'elle, je lui construirai des supports pour qu'elle puisse se reposer, et même une serre pour la protéger du vent…

Je ne demande pas ton pardon, tu me l'as déjà donné. Ces lignes te sont dédiées, parce que je ne te parlais jamais. J'ai tant de choses à te dire. Te dire combien j'aimais ces moments de rire, de joie, de pleurs et de silence… Je n'avais pas besoin de te parler que tu me comprenais déjà…

Tu as laissé trace en moi, et quelque part je t'aime encore…

Aurélien Recher



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SOS Psychologue



La fidélité, qu'elle soit en amour ou en amitié, est une attitude noble.

Tout d'abord être fidèle à soi-même, à sa propre parole, ses idées, ses actes, engendre le respect de soi et donc le respect des autres.

L'homme peut-il être fidèle ?

Pour certains cela ne représente rien, ils ne se posent pas la question. Pour d'autres, ils en sont persuadés, mais ne le sont pas.

L'homme peut être fidèle à condition qu'il ne soit pas ballotté de tout côté par ses différents centres qui l'animent. Il est important d'être unifié, que notre être soit en harmonie, qu'il y ait un véritable moi en nous, une présence.

Pour moi, la fidélité, l'infidélité, c'est le jour et la nuit, la lumière et l'ombre, ce sont deux mondes différents. La fidélité, c'est à la fois la beauté et la force d'un couple.

J'ai envie d'écrire ici et maintenant ce texte que j'ai lu dernièrement :

« Vous prenez la Parole de Jésus pour éclairer votre existence parfois sinueuse et souvent troublée. Jésus est votre Lumière et votre Salut et malgré les fardeaux et les inquiétudes vous êtes rempli de confiance en sa réelle présence à vos côtés ».

Je ne peux évoquer la fidélité et l'infidélité sans parler de ma meilleure amie qui partage sa vie maintenant depuis 23 ans avec un homme et sans évoquer non plus son ex-mari avec qui elle est restée 3 ans. Ce qu'elle me raconta, me bouleversa.

Elle et son mari se sont rencontrés alors qu'ils faisaient un travail sur eux-mêmes.

Ils avaient chacun leurs problèmes et leurs souffrances, ils n'en étaient pas conscients à l'époque, mais il y avait en eux cette volonté d'avancer ensemble.

Ils ont traversé les obstacles de la vie et entrepris plusieurs choses ensemble, l'un entraînant l'autre ou vice versa.

Il y avait des disputes ou des tensions parfois; lui partant dans la colère et elle se refermant comme une huître, dans son silence. Mais après la tempête il y avait toujours une ouverture, une discussion où chacun se rendait compte de ses propres erreurs.

Elle était me disait-elle reconnaissante envers lui pour sa fidélité, sa patience et sa tolérance à son égard, car elle restait malgré tout avec certains traumatismes qu'elle avait subis.

Souvent, il l'a surprenait, car elle avait eu l'habitude de se sentir utilisée. Mais lui était différent, il n'avait jamais profité d'elle et il avait toujours fait en sorte de la rassurer.

Cette liberté qu'il lui a donnée, comme elle a eu du mal à l'accepter !

Il n'est pas aisé de passer de la nuit à la lumière, cela se fait progressivement, car bien sûr à l'intérieur de soi c'est encore sombre et pour mon amie, cela n'était pas toujours compréhensible.

Ils ont continué leurs chemins respectifs main dans la main malgré les embûches.

En fait c'est comme si, il lui avait été donné de vivre l'inverse de ce qu'elle avait connu auparavant.

Mon plus beau souhait aujourd'hui, c'est qu'ils leur soient donnés de pouvoir vivre ce que leurs Maîtres ont vécu ensemble avec toute cette intensité et authenticité.

L'infidélité quant à elle, est le non respect de ses engagements, les mensonges, la trahison.

Et je reviens à ma meilleure amie et à ce qu'elle me raconta.

Les trois années qu'elle a passées avec son ex-mari lui parurent si longues et pourtant, ils ont passé si peu de temps ensemble. Il n'était pas souvent là, il passait beaucoup de temps avec ses maîtresses et autres comme elle disait. Elle disait cela, car au bout de quelques mois de mariage, ils recevaient une carte postale d'un garçon destiné à son ex-mari et sur laquelle il était écrit « mon chéri ».

Souvent elle ne le voyait pas pendant une semaine, il lui téléphonait au bout de quelques jours en lui disant des mensonges. Il rentrait toujours tard, souvent ivre et elle devait le traîner sur le lit.

Progressivement elle avait cette sensation de descendre aux enfers, mais elle n'était pas au bout de ses peines.

En effet, à l'époque, son ex-mari connaissait des gens du spectacle. Ils avaient donc leurs entrées à l'Olympia et parfois ils partaient en tournée avec eux. Elle suivait bien sûr. Elle se rendait compte combien elle était crédule et naïve. Elle ne comprenait pas, elle se sentait perdue dans ce monde.

Un jour son ex-mari lui dit « nous sommes invités à Paris ». Ils sont arrivés dans un superbe appartement où il y avait principalement des hommes. Elle a alors été invitée par un danseur de métier et à la fin de la danse, il l'a embrassée sur la bouche. Elle était terriblement mal à l'aise et elle se souvient que cela n'a gêné personne même pas son ex-mari.

Une autre fois, ils étaient invités chez un couple. Ils étaient tous les quatre à dîner autour de la table et le mari de l'autre femme, dit alors à mon amie « j'aimerais faire l'amour avec toi ». Elle est devenue toute rouge m'a-t-elle dit et la femme de cet homme ainsi que son ex-mari sont restés inébranlables.

Son ex-mari était prêt à l'offrir à d'autres hommes à condition bien sûr que cela lui rapporte quelque chose, rien n'était gratuit avec lui.

Une fois, alors qu'il avait invité chez eux un ami, il est allé se coucher. Cet homme resté seul avec elle commença à être entreprenant et elle lui demanda alors de partir. Elle est ensuite allée se coucher auprès de son ex-mari en lui expliquant comment cet homme, son ami, s'était conduit. Ce fut une expérience horrible pour elle.

Je vivais cette horreur en l'écoutant avec tout mon amour amical et bienveillant. Je la voyais évoquer cette terrible souffrance, être là en train de s'expliquer, de se justifier auprès d'un homme, d'un « mari » l'ayant volontairement abusée, mis dans cette situation abjecte.

Puis, il a encore essayé, avec un autre couple de sa connaissance. À la fin du repas, l'homme a emmené mon amie dans une chambre prétextant lui montrer quelque chose. Il a commencé à la déshabiller, mais elle s'est sauvée en courant vers son ex-mari et en lui disant : « Je ne t'ai pas trompé. »

Quelle horreur ! Il était en réalité sans doute très déçu qu'elle n'ait pas accepté son jeu.

Et puis, ses vacances en Bretagne. En chemin son ex-mari avait pris des autos stoppeuses. Pendant qu'il conduisait il tenait la main de l'une d'elles qui était sur la banquette arrière de la voiture.

Une autre fois, ils s'étaient retrouvés en groupe à dîner sur une plage, c'était le soir, et son ex-mari avait déjà séduit une autre fille. Elle les revoit venir vers elle et son ex-mari s'adresser à cette fille en lui disant : « Regarde la gueule de ma femme. » Plus tard dans la soirée, il est parti avec elle.

Un des hommes qui assistait à cette scène demanda à mon amie : « Comment peux-tu supporter ça ? »

Eh oui, comment pouvait-elle supporter cela ? Elle ne le savait pas elle-même. Elle n'osait peut être ne rien dire sachant que son ex-mari était très violent.

Peu de temps après, elle lui a dit vouloir divorcer, mais cela s'est très mal passé. Un peu plus tard elle était enceinte et quand le médecin lui demanda si elle était heureuse elle n'a pas pu répondre. Au bout d'un certain temps, elle a dit « oui » pour clore la conversation.

À l'époque, elle pensait comme d'autres que la naissance de l'enfant arrangerait tout. Sur l'instant son ex-mari était heureux d'avoir un petit garçon, sur l'instant seulement.

Elle se sentait bafouée, perdue, que faisait-elle avec cet homme ? Parfois elle avait la sensation de devenir folle, elle se sentait seule, trahie, il n'y avait pas de couple, il fallait qu'elle parte pour elle et pour sauver son enfant.

Elle en était arrivée à penser que le bonheur n'existait que pour certains et qu'elle ne faisait pas partie de ceux-là.

Elle est donc partie avec son enfant au bout de quelques mois sans en informer son ex-mari auparavant.

Nous pouvons constater combien cet homme était faible, il n'était pas maître de lui-même, il était embarqué de-ci de-là par ses pulsions, ses désirs, il allait où ses pulsions l'emportait. Il lui est arrivé un jour de lui dire avec un bouquet de fleurs : « Je suis un salaud avec toi, je vais changer je te le promets. » Cela n'a pas duré longtemps.

Vous qui êtes dans l'ombre tournez-vous vers la lumière.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 14 Mai 2007
Claudine Thomas