NUMÉRO 124 REVUE BIMESTRIELLE avril-mai 2009

Choisissez la couleur du fond d'écran :

Revenir en mode de visualisation classique

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Grandir
 
Bernard, Hervé Grandir
 
Bouket, Gaël Grandir
 
Delagneau, Philippe Grandir
 
Giosa, Alejandro Crecer o crecer
 
Labhraidh, Seonaidh
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Creciendo de adulto a niño
 
Recher, Aurélien Grandir
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de juin 2002
 
Thomas, Claudine Grandir


Envoyer à un(e) ami(e)
    envoyer à un(e) ami(e)    
   Imprimer/Imprimir
    imprimer    
   Vos réactions sur ces articles
    vos réactions sur ces articles    


Grandir ? Une utopie, si nous n'avons pas la volonté de devenir adulte, de nous confronter aux bonheurs de la jeunesse, aussi bien qu'aux fantasmes liés à la peur de vieillir et à la solitude qui l'accompagne pour n'avoir pas assez compris le bénéfice de vivre tel que nous sommes dans le réel du temps.

Je ne parle pas d'abandonner l'instinct ludique qui fait de l'homme un être vivant, tous âges confondus, le ludique est rafraîchissant, mais vouloir rester toujours dans l'adolescence ou dans la petite enfance est tragique.

J'ai vu défiler devant moi des vieux « enfants » et des enfants « vieux ». Je sais de quoi je parle.

Dans les premières années de ma vie en France, j'ai vu de jeunes « éternels », qui n'acceptent pas le passage du temps, mais qui ont l'air de momies. Le scénario est parfois tragique. Aujourd'hui avec le botox et les soins exagérés de certains spécialistes de la gérontologie, ou de soi-disant « dermatologues », bien réputés, les résultats de scénarii catastrophes me surprennent et m'attristent1.

Saurons-nous un jour accepter que vieillir dans le corps c'est gagner en sagesse ? Non, ils ne le comprennent plus. Parce que dans cette société, si bien développée, la vieillesse est une marque du démon et pas celle de Dieu.

Donc, transformons-nous en cobayes d'expérimentation pour nous prouver que nous pouvons physiquement gagner la guerre de la vieillesse !

Le spectacle m'horrifie. Les gens vous demandent une éternité sur terre et jamais, sauf certaines personnes exceptionnellement, que j'aime : l'éternité bien gagnée par une évolution consciente sur terre. Je n'ai rien d'autre à ajouter, je suis un témoin de la faiblesse humaine. Et je dis : « acceptez vos vides, vos faiblesses, portez votre canne sans vous sentir diminué ».

Il y a un lieu que peut-être vous ne connaissez pas : être en paix avec soi-même, être fort dans les épreuves et ne pas penser à la répétition.

Oui, c'est vrai, nos ancêtres sont morts, peut-être avec plus de rides, mais certainement avec plus d'amour et moins de solitude.

Vous n'avez pas connu ma grand-tante, qui disait : « Chaque âge de la vie a son charme ». Et, en l'écoutant à nouveau aujourd'hui, je crois qu'elle avait raison, car en grandissant sans avoir peur de vieillir, mon âme goûte la coupe de la vie avec les saveurs de l'éternité sans pour cela me sentir menacée par la vieillesse ni par la mort, qui est, par ailleurs, la plus grande expérience de l'être vivant.

Et aux jeunes qui parfois nous jugent en considérant que nous ne sommes pas toujours à la hauteur de l'image qu'ils se font de nous, projetant sur nous le mythe du héros, répondez : « Je ne veux pas être un savant grignoté par un vouloir de sagesse emprunté sans effort par une jeunesse qui imagine que nous devons avoir toujours l'air solennel et hautain. Je préfère expérimenter l'être ludique qui en dehors du temps peut vivre dans la nuit en cherchant les clés, comme le maître zen qui cherche les clés de sa maison, non pas à côté de la maison, mais là où il y avait de la lumière. À la fin de cette histoire, le maître zen, se rendant compte de son erreur, en revenant de la montagne bien éclairée par la lumière de la lune, rit tant et si fort, qu'il réveilla tout le village !

« Acceptez de grandir ».

La nuit est pleine d'étoiles qui brillent bien longtemps après la délivrance du certificat médical de mort clinique. « L'éternité est devant vous, ne la gaspillez pas, l'éternité c'est aujourd'hui ».

Enfin : Grandir, c'est accepter la vie et ses cycles : naître, grandir, se reproduire, vieillir et mourir.

Mais comme, je dis à mes élèves : « L'homme ne peut rien faire, tout arrive, mais il peut faire de lui le mieux possible pour que les choses arrivent autrement : il peut être conscient ».

Si vous avez besoin de stimulants pour vous soulager de la peur de vieillir, prenez-les, ils changent la dynamique de l'action, mais pas l'engagement dans l'accomplissement du vouloir aimer. Il n'est pas nécessaire d'en dire plus pour être compris.

Arrêtez de devenir des chercheurs de jeunesse éternelle. Ce n'est pas sur terre que vous la trouverez, mais pourquoi ne pas voir le fait irrémédiable que nous sommes ici, pendant un temps limité, pour évoluer, mais pas pour dépérir.

Enfin, grandir, c'est arrêter avec les mensonges et prendre soin de son essence… Qu'est-ce que notre essence ? Allons la chercher au-delà de nos misères et alors un rayon de lumière inattendu brillera au-dessus de nos déserts.

Fait à Paris le 28 mai 2009,
consciente de ce que je dis
en sachant que tu partages avec moi ce désir inassouvi
de vivre sur terre en grandissant comme tu l'as fait, comme je le fais,
pendant que dans mon corps, sur terre, le désir et la passion brûlent à la recherche de l'objet.
J'ai grandi, j'aime, je désire, je goûte l'éternité dans l'instant même où je te parle.
Jamais nous n'étions aussi proches qu'aujourd'hui, serais-tu l'unique à vouloir grandir avec moi ?
Nous avons eu une discussion avec un de mes jeunes élèves au sujet du romantisme.
Nous serons toi et moi romantiques, ici et dans l'éternité.
Nous ne bâillons pas notre vie, comme disait Chateaubriand,
nous sommes toujours en train de donner un toucher de couleur à notre condition humaine,
accrochés à la possession des biens matériels,
mais loin du vouloir de l'être intérieur.
J'écris ce texte pour ceux qui pourront nous entendre et comprendre !
Je veux être, je peux être… je suis !


1  J'ai une patiente, qui récemment a souhaité se faire opérer du nez, pour corriger ce qu'elle considérait comme un défaut esthétique. Nous ne jugeons pas bien sûr du bien fondé de cette intervention, car nous accompagnons simplement la démarche de cette personne dans son développement psychologique. À la suite d'une erreur médicale, est apparue une nécrose qui complique singulièrement la bonne réussite médicale de l'opération, la correction du défaut esthétique, sans aucune séquelle pour la patiente. Pendant ce temps, le médecin rejetant la faute sur l'infirmière, qui n'avait pas d'expérience du bloc opératoire, tente de réparer les dommages physiques…
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La nature même de la vie met le mot « grandir » au centre de notre destinée. Me viennent, en vrac, différentes réflexions issues du quotidien ou venant de plus loin.

Aucun humain, aucun animal, aucune entité non vivante1 ne peuvent exister sans grandir. La vie, les éléments même non vivants, notre environnement nous montrent qu'il semble exister une loi qui peut être décrite par : naître, grandir, s'épanouir, apprendre ou transmettre aux autres, puis tôt ou tard mourir. J'aurais envie de ré agencer en : naître, grandir, réaliser, grandir, apprendre ou transmettre aux autres, grandir, puis tôt ou tard mourir, grandir. Même dans la mort, dans l'au-delà, dans l'esprit de ceux qui restent plus longtemps, dans la phylo-ontogénèse subsiste, ce que j'aurais envie d'appeler, pour reprendre la psychologie de Jung, l'archétype de la croissance, qui n'est peut-être qu'une loi fondamentale de la vie.

Alors faut-il laisser faire dame nature et se laisser grandir de manière complètement désintéressée, indifférente ou absente ou au contraire comprendre ce phénomène complexe et vivant et tenter de grandir intelligemment, de manière harmonieuse pour atteindre la plus grande ou la mieux développée de sa taille « adulte » ?

Grandir, puis profiter du « travail » effectué dans l'insouciance, sans but précis, voire dans la paresse, même si cela semble plus facile pour certains que pour d'autres, ou grandir toujours comme pour repousser les craintes et les effets de la vieillesse, comme un mode de pulsion vitale, qui ne s'éteint qu'au moment de la mort, du départ dans l'au-delà ?

Cette problématique de grandir me paraît essentielle, même si la plupart d'entre nous ou dans la grande majorité des situations nous ne nous la posons pas explicitement ou consciemment. Quel est notre rapport à notre croissance, quels sont nos modes de fonctionnement vis-à-vis de l'activité de grandir, quels sont nos réflexes, voire nos défenses quand nous nous retrouvons face à la nécessité de grandir, lors d'une phase de notre vie, dans un projet, dans une situation, dans le cadre d'une relation ?

Quant l'enfant, quand l'adolescent veut grandir, il sait d'instinct, son corps le lui rappelle rapidement, qu'il est nécessaire de :

– s'alimenter, boire, manger ;

– développer des activités physiques, des activités mentales, dans la mesure de ses capacités ;

– réfléchir à sa propre place vis-à-vis de ses semblables, dans notre univers, pour exercer son corps et son esprit. L'école, l'entourage parental, familial, les copains, les médias nous le « répètent » tout le temps, à l'instar d'une institution culturelle, comme un leitmotiv qui défie le temps, l'espace et dépasse les civilisations…

« Sois grand et fort pour devenir un homme » !

A contrario, ne pas vouloir grandir, quand nous nous refusons à une ligne de développement de nous-mêmes, quand nous arrivons à la croisée des chemins, qui nous commande de faire le bon choix, puis d'avancer, quand nous sentons confusément que maintenant il faut changer de conduite, tourner la page, serait-ce vouloir mourir, végéter dans un état de mort psychique, comme si l'âme avait décidé de ne plus avancer ?

Grandir, « grand dire », dis moi qui tu es, ce que tu veux de moi, quel est cet appel au plus profond de moi, qui me demande doucement, mais fermement dans une insistance qui sonne comme un malaise, comme une action à faire (tout ? ou manifestation de l'orgueil) ce que l'on n'a pas fait. Pose-toi la question et la réponse te viendra dans la nuit, comme un flash ou comme une pensée qui semble avoir été toujours là, comme une illumination ou une révélation dans la lumière du jour.

Grandir, pour chacun de nous, peut revêtir bien des formes très différentes en fonction de notre cheminement de vie, nos projets de vie, notre perception du monde et de nous-mêmes au-delà de notre trame quotidienne. Comme, parfois, nous craignons faire une pause, de peur que tout s'écroule, que tout ce à quoi nous croyons le plus au monde ne se délite pour toujours, tant nous avons fait des efforts pour maintenir cet équilibre précaire, pour faire tenir debout cette construction patiemment élaborée et élevée !

Pourtant ce qui a été fait, existe pour soi et pour les autres pour l'éternité, et ne peut donc pas disparaître, parce que nous nous laisserions aller à nous regarder, à observer et analyser comme dans un miroir le chemin parcouru et notre position actuelle.

À quoi pourrait servir la vie, quelle serait l'utilité de notre propre vie, si maintenant nous ne devions nous arrêter pour profiter des richesses accumulées, pour ne rien faire et nous laisser aller à la paresse, mère de tous les vices, parce que nous aurions décidé que nous avons déjà beaucoup travaillé et qu'après autant de fatigue, nous avons droit à une retraite, complètement passive ? Le repos est certes nécessaire, même indispensable pour reprendre des forces physiques et mentales avant d'entreprendre de nouvelles actions, démarrer ou préparer de nouveaux projets, continuer des projets arrêtés il y a longtemps, parce que la vie en a décidé autrement.

À chacun de trouver son mode d'action et d'être par rapport à son environnement, vis-à-vis de sa propre sensibilité, en fonction de ses propres qualités. Si tu n'as pas de projet, la vie se chargera de t'en proposer un, voire plusieurs, si elle est généreuse. Étudie sa proposition, tu pourrais ne pas être déçu, même si le chemin risque d'être long.

Mais l'être ne se révèle-t-il pas dans l'action avant atteindre l'objectif ?


1 Une rivière, un volcan, une montagne, une maison, une ville…
Hervé Bernard



Je me prends au dépourvu pour écrire cet article et le temps est compté, la fin me prendra aussi par surprise. Et ce sera pourtant la fin, peut-être au milieu d'une phrase, d'un mot. C'est un hasard s'il y en a, mais je fais immédiatement l'analogie entre cette situation précaire et le thème proposé : il s'agit de bâtir un édifice équilibré qui peut être interrompu d'une seconde à l'autre, sans retour possible. Il n'y a pas alors de réelle projection possible dans le futur et il n'est également pas possible de se satisfaire définitivement de ce qui est déjà accompli. Il s'agit alors qu'à chaque étape, on puisse observer un tout cohérent, mais auquel on puisse toujours ajouter une seconde. Par prudence, j'inclus ici : « Fait à Paris, le 15 mai 2009, dans une salle d'attente où mon écrit peut être interrompu et sur lequel je ne souhaite pourtant pas revenir. »

Il y a quelques années nous avions posé la question à Georges de Maleville sur ce qu'il pensait de la résurrection, il avait répondu : « ce serait trop facile ». C'est un peu ce que je souhaite vivre à cet instant, il ne sera plus possible de corriger et je ne demande aucune indulgence, je suis responsable de chaque ligne. Rien ne peut être repoussé à plus tard. J'entends les pas. Trop court ? Ou juste l'essentiel ?

Gaël Bouket



Je sors d'un travail très éprouvant, révélateur de ma position humaine en tant que facteur d'évolution pour les autres.

Être grand, c'est quand je serai capable de percevoir le drame d'une situation réelle et pour le reste le renvoyer à ses origines sans pitié.

Être grand, c'est quand je serai capable de transmettre l'essentiel et rien de plus de ce qui est demandé.

Être grand, c'est quand je pourrai être parlé, sans bavardage ni démonstration.

Être grand, c'est quand je pourrai être agi, et me dire avec fierté, « J'ai fait ce que je devais faire, demain est un autre jour. »

Alors, je serai le plus heureux des hommes.

Paris 75016, le 26 mai 2009
Philippe Delagneau



INTRODUCTION

Ce petit livre est un exposé synthétique des principes qui peuvent guider, selon l'enseignement de la quatrième voie, l'homme dans son évolution intérieure. Mais son évolution vers quoi ? Dans la connaissance de soi-même et des facultés réelles de l'être humain qui ne sont pas toutes évidentes. Leur découverte progressive permet leur mise en œuvre et habilite donc l'homme à atteindre des états supérieurs de conscience qui ne sont dits supérieurs que, parce que l'homme ne les connaît pas alors qu'ils constituent l'état normal d'un homme adulte développé.

C'est la connaissance expérimentale qui libère l'homme dans cet Enseignement, alors que c'est l'ignorance de lui-même qui le retient dans un état frustré, impuissant et de plus en plus angoissé à l'approche de la mort.

C'est ce qu'on a appelé la Quatrième Voie, par opposition aux voies traditionnelles que sont la Voie du « fakir », celle du « moine » et celle du « Yogi ». Quelques explications à ce sujet ne seront pas inutiles.

Le « fakir » est un homme qui recherche la plénitude en travaillant exclusivement sur son corps, parfois par des efforts héroïques. Il existe des Voies tout à fait efficaces dans ce domaine (par exemple le Bushido). Le fakir connaît des recettes qui, selon ce qu'on lui a appris, vont lui permettre d'atteindre la liberté intérieure à laquelle il aspire par rapport à sa condition d'être humain.

Mais dans la quatrième voie, la méthode est différente : il n'y a pas de recette à suivre. La découverte de celles-ci et de leur efficacité est expérimentale.

La voie du moine est basée sur l'émotion. Le « moine » a une certaine vision de la transcendance qui lui a été communiquée par d'autres hommes en lesquels il a confiance. Il a une conception du destin de l'homme, ici-bas et dans l'au-delà. Cette conception est basée sur la Foi, et sur l'admiration qu'il porte à d'autres êtres plus croyants que lui qui lui servent de modèles.

Dans la quatrième voie, la notion de confiance est secondaire. Basée sur l'émotion, elle peut disparaître sous l'effet d'une émotion contraire. Surtout, un système basé sur la confiance peut entretenir chez le chercheur beaucoup d'illusions non seulement sur autrui, mais surtout sur soi-même. L'émotion conduit parfois au meilleur, mais le chemin est très étroit, et il conduit bien plus souvent à la pire désillusion.

La voie y substitue donc une méthode expérimentale tendant à écarter la confiance en l'expérience des autres pour y substituer ce qui est découvert par chacun, sous une direction expérimentale, pour lui-même et par lui-même. Et, sans hasard aucun, les découvertes de chacun concordent, car il s'agit d'une connaissance objective.

Venons-en à la troisième Voie, ou Voie du Yogi. Le « yogi » consacre tous ses efforts à l'étude, généralement comparée, des grandes traditions sacrées pour en extraire la substance dont son intellect se nourrit et il espère, au contact familier avec des enseignements qui ne sont pas totalement humains, parvenir à s'en imprégner et assumer alors la place qui lui revient, ici-bas et il en est persuadé au-delà de cet ici-bas.

La méthode n'est pas fausse, mais, comme elle écarte la collaboration de l'émotion afin de garder la tête claire, elle est mutilante. Rares sont ceux qui la suivent et qui ne sont pas des intellectuels desséchés. Et surtout, les constructions intellectuelles sont sans limites, pour un esprit habitué et délié. Le risque de fuite du réel est immense.

La quatrième voie oppose toujours aux idées même si elles sont justes le choc de l'expérience concrète. Elle considère qu'une idée que le corps refuse est sûrement fausse, car l'homme n'est pas un pur esprit et, parce que ce n'est pas sans raison que nous avons un corps. Celui-ci doit toujours apporter la collaboration de son bon sens à une expérience.

Et c'est pour cela qu'aux trois Voies spécialisées et traditionnelles (elles sont connues depuis toujours), il est proposé de substituer une quatrième, qui les combine partiellement, et qui comporte en permanence un garde-fou fondamental, le sens commun, le « bon sens ».

La quatrième Voie est l'aboutissement harmonieux et finaliste de la réunion de la conscience du corps, de celle de l'émotion et de la conscience de la réflexion. À ce point-là émerge une conscience totalisante qui s'exprime dans un enseignement de psychologie empirique où il est proposé à l'homme d'être présent dans sa totalité aujourd'hui.

Il s'agit d'être, d'acquérir un moi aussi immuable que possible, et de le mettre à l'œuvre dans les situations les plus concrètes.

Il ne faut pas attendre de miracles, et la Voie que nous proposons est faite pour des chercheurs, mais non pour des touristes.

Et c'est ainsi que nous avons tenté, dans ce petit ouvrage, de présenter certaines notions fondamentales de cet Enseignement, en vue de partager notre expérience de plus de trente ans avec des êtres qui, comme nous, se cherchent.

Cet Enseignement n'est pas la seule Voie de connaissance intérieure ; il s'en faut de beaucoup ! Mais il est adapté aux conditions d'existence actuelles, à la vie urbaine et au rythme modernes. Et dans ces limites, il permet véritablement le rétablissement de l'ordre cosmique.

Georges de Maleville



Quand j'étais petit, plus petit, je voulais devenir pilote de chasse. J'aurais bien aimé être ingénieur du son ou encore apprendre l'espagnol ou le latin. J'apprends la psychologie. Mes rêves d'avant sont devenus espoirs déchus de 2009 : j'apprends la psychologie.

Grandir : obsession de petit garçon. Un après-midi de printemps, j'ai dit à mon frère et ma mère, dans la voiture qui nous emmenait à Rouen, une phrase qui définissait tout mon empressement à quitter ma condition d'enfant. Je n'étais pas encore entré au collège et j'avais dit que j'aimerais être au lycée pour pouvoir aller au café avec mes amis, partager un soda sans que nos parents soient là pour nous surveiller.

1999. Mon entrée au lycée a été catastrophique. Je souffrais beaucoup d'aller dans un lycée qui était plus loin de chez moi que le lycée Marcel Sembat, celui de notre secteur d'habitation où tous mes copains de collège allaient. Je me retrouvais à Blaise Pascal, mes parents en avaient décidé, à leur manière, autrement. Le lycée Blaise Pascal était plus renommé. La directrice, et cela fut vérifié par l'expérience, faisait un travail exemplaire dans sa fonction de chef d'établissement. La discipline était respectée et madame Blanche, c'est son nom, gardait en même temps un regard bienveillant sur ses pensionnaires. C'est grâce à elle et par un élément déclencheur qui m'a sanctionné de 2 jours d'exclusion de l'établissement, que je pus intégrer une école hôtelière et découvrir de nouvelles possibilités ; mais ceci est une autre histoire.

Je suis donc rentré dans ce lycée en septembre 1999 intégrant une seconde à caractère scientifique. Quelle souffrance pour un grand rêveur comme moi ! Déjà je n'avais pu apprendre ni le latin ni l'espagnol au collège, mais en plus j'étais sommé d'apprendre des chiffres, et des chiffres, et des chiffres… À l'époque cependant, je ne savais pas que j'aurais préféré étudié la littérature plutôt que les mathématiques, je ne réalisais pas ce que je désirais. Je ne l'ai compris que plus tard lorsqu'au cours d'une réunion parents-professeurs, mon enseignante de français a fait des éloges de mon travail en sa matière. Je ne me doutais pas personnellement que j'avais compris un texte de Jean-Paul Sartre, Huis clos (ironie du sort), ni saisi aussi bien le sens du film de Ridley Scott Blade Runner. Je me souviens, elle ne se faisait pas de souci pour moi quant à mon avenir. Elle nous avait dit que les plus grands scientifiques étaient aussi de grands littéraires.

Dans cette année pénible qui n'était manifestement pas pour moi, j'écrivais de manière tout à fait libérée lors des interrogations qu'elle nous donnait. J'écrivais comme je le fais maintenant, je me laissais aller à l'écriture simple, vécue intérieurement et je posais sur le cahier, cadré par la structure linéaire, un dessin graphologique qui m'autorisait un 17/20 et un commentaire du genre « Bonne compréhension de texte, le style littéraire reste à travailler ». J'aimais cette prof, elle était jeune, elle était belle, elle vivait sa passion qu'elle essayait de transmettre à des matheux. C'était mon instant de bonheur, l'heure de français. J'oubliais que les 3 heures suivantes étaient destinées à nous décrire un système trigonométrique où les dessins n'avaient de sens que pour celui qui voulait les comprendre.

1999. Intitulé du cours : Informatique et Électronique en Sciences Physique. À tes souhaits ! Le but du cours, de 3 heures consécutives, consistait à créer un circuit électrique avec des diodes et résistances, le tout branché à l'ordinateur qui, au préalable, devait être programmé avec un langage sorti de nulle part et devait faire fonctionner les lampes quand on tapait une certaine formule. Je ne sais pas où j'étais dans cette histoire. C'est d'ailleurs le prof de ce cours, Mr Paris, qui me valut la seule exclusion de ma scolarité.

Je faisais une overdose de chiffres et de discipline. Je n'attendais que le soir pour déserter, quitter le navire. Les trois premières semaines, je pleurais dans mon coin, cherchant un ami chez qui je pourrais trouver de la résonance. Je les voyais tous avec leur calculette à programmer des jeux. Nous ne jouions pas dans la même cour. J'étais seul, tout seul. J'étais seul aussi le premier jour de la maternelle. Et je pleurais, déjà, à 3 ans. Chaque matin qui annonçait un nouveau supplice au lycée, je régressais. Chaque matin, je revivais ma séparation maternelle à la maternelle.

Thèse : je suis lié à ma mère

Antithèse : je ne suis pas lié à ma mère

Synthèse : se libérer de la mère

Ma vie est une histoire qui se construit maintenant

Scénario 1

Thème : histoire d'amour

Introduction : Un petit garçon de trois ans rentre à la maternelle

Problématique : Il est coupable de quitter sa mère, il a peur de la vie sociale. Il pleure, il s'effondre et marque l'activation du trait dépressif

Résolution : Il étouffe, il oublie, voile son innocence pour ne rien voir, ne rien savoir

Conclusion : le petit garçon a trois ans, existe et se construit, fait comme tout le monde

Scénario 2

Thème : histoire d'amour

Introduction : un ado de 15 ans entre au lycée

Problématique : Il est coupable de quitter sa mère, il a peur de la vie sociale. Il pleure, il s'effondre et réactive le trait dépressif

Résolution : Il étouffe, il oublie, il ne montre pas aux autres sa souffrance. Il se construit un personnage pour exister

Conclusion : L'ado a 16 ans, se questionne, remarque que le chemin sur lequel il est n'est pas le bon. On lui propose, il accepte un joint, s'évade et se dissocie

Scénario 3

Thème : histoire d'amour

Introduction : Il a 23 ans et entre en analyse

Problématique : l'enfant est maniaco-dépressif, névrosé, dissocié, se parle seul et pense que tous les autres lui en veulent

Résolution : Il transfère, régresse, analyse, dialogue avec lui-même, avec sa mère et revient à lui, intègre les contenus éparpillés, reconstruit une structure et avance dans le monde travaillant sa vigilance

Conclusion : Où est-il ? Où sommes-nous ?

Grandir. Être responsable. Grandir dans un monde qui nous est hostile. Mes parents. Pourquoi m'ont-ils déconseillé d'apprendre le latin. C'est une langue morte soit, mais elle fait parler les mots, les lettres, elle fait partie de notre culture, j'aurais pu peut-être comprendre mieux notre langue ! Pourquoi faire des mathématiques ? Je n'avais pas envie, je n'avais pas le choix non plus, car je ne voulais pas choisir. Parce qu'on ne m'a pas laissé décidé, j'ai voulu tout faire. Je me suis égaré, commençant sans jamais terminer, j'appartenais à tout et ne comprenais rien. J'ai tant voulu grandir, quitter le cocon familial qu'aujourd'hui j'y suis rappelé, malgré moi. Quitter ma mère, la matrice initiale, intégrer le monde social et y revenir pour digérer ce qui a été vu.

Fait à Boulogne et terminé le mardi 19 mai 2009.
La responsabilité est une évidence
à laquelle je ne peux me soustraire.
Aurélien Recher



Pour lire ce fichier PDF, cliquer sur l'icône :

Si vous ne possédez pas le logiciel
Acrobat Reader
indispensable pour sa lecture,
vous pouvez le télécharger sur le site :
Acrobat Reader

SOS Psychologue



Comment grandit-on ?

Il y a les différentes étapes majeures que l'enfant doit traverser pour arriver à l'adolescence puis à l'âge adulte.

Le sevrage, la motricité, la propreté, les relations avec les autres sont les épreuves sur lesquelles l'enfant se construit pour conquérir son autonomie.

Nous pouvons constater sur nous-mêmes comment les difficultés non résolues dans l'éducation provoquent la souffrance.

Pour cela nous devons dénouer les contradictions, réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Nous devons faire en sorte de favoriser la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l'esprit.

Est-il important pour l'être humain de grandir ?

Pour une grande majorité je ne le pense pas et d'ailleurs cette question ne leur vient même pas à l'esprit. Bon nombre préfère se laisser vivre, ne faire aucun effort et alors tous ces êtres se perdent, dérivent sans pouvoir trouver un chemin qui puisse les mener à la lumière.

Il n'y a pas d'harmonie entre l'homme et la vie, nous ne sommes plus vivants, parce que notre conscience d'être en vie s'est rétrécie. Il est absurde de prêcher le respect à des hommes robotisés et sans vie alors que l'homme en vie qui se découvre dans la conscience d'être vivant, respecte spontanément la nature et les autres.

Grandir c'est vouloir prendre sa vie en main, être maître de ses choix. C'est être responsable, assumer ses actes quels qu'ils soient, être présent à soi-même en toute occasion, c'est aussi donner un sens à sa vie. Toutes ces épreuves qui nous sont données tout au long de notre vie ont pour but de nous faire grandir, de devenir adulte.

Qu'est ce que l'homme en devenir ?

Nous pouvons considérer que l'homme en devenir est l'humanité toute entière, une seule et même conscience.

Pour ce faire, nous devons retrouver notre véritable identité, l'homme doit d'abord consentir à se perdre, à perdre l'image qu'il a fabriquée de lui-même et à laquelle il est attaché. Pour cela, nous devons apprendre à vivre dans le présent.

L'homme est-il encore capable de devenir adulte ? C'est une question que nous pouvons nous poser aujourd'hui alors que nous vivons dans une société en pleine décadence.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 25 Mai 2009
Claudine Thomas