maijuin1997
LA LETTRE

DE

S.O.S. PSYCHOLOGUE


                                             
NUMÉRO : 34REVUE MENSUELLEMAI-JUIN 1997



Au sommaire de ce numéro :

A u t e u r T  i  t  r  e     d  e    l  '   a  r  t  i  c   l  e
E. Graciela Pioton-Cimetti Le bonheur selon moi
E. Graciela Pioton-Cimetti La felicidad en mi opinión
María-Luz de Diego La felicidad
Florence Boisse Une vie de désirs
Michel Gallet Propos vagabonds sur le bonheur
Brigitte Delaunay Ce que je suis
Corinne Voirol Le bonheur
Corinne Voirol Y aurait-il quelque chose à changer ?
Hervé Bernard Le bonheur
Florence Boisse Réunion de groupe du 24/04/1997 : un rêve




               

Le bonheur selon moi


       La conception du bonheur est en accord avec les aspirations fondamentales de chacun de nous. Parmi ces dispositions, il en est qui sont inhérentes à la nature humaine et par là presque générales. Ainsi pouvons-nous établir des éléments généraux du bonheur. Toutefois, bien qu'ils soient une minorité, il est des individus en qui d'autres penchants, d'autres goûts prédominent, forment leur caractère propre et déterminent pour eux des facteurs particuliers de la félicité.

       Il est possible de dire que le bonheur consiste à satisfaire l'instinct de conservation et l'amour-propre. Sans doute, c'est bien à cela qu'il se réduit, mais en fait, il prend bien des nuances. Et s'exprimer ainsi serait donner une forme rude et capable d'induire en erreur à ce qui admet parfois d'infinies délicatesses.

       Encore faut-il préciser que la nécessité de la sécurité et d'une certaine tranquillité d'esprit, l'amour de la liberté et le désir non moins impérieux d'aimer et d'être aimé forment le fond presque universel de l'âme humaine en ajoutant peut-être le désir de s'estimer soi-même. Cette aspiration est d'ailleurs en rapport étroit avec le besoin de sympathie.

***

       Pour sa part, Franklin pense que « Pour le bonheur, il faut tenir peu d'espace et changer peu de place ».

       Doit-on admettre que tenir peu d'espace puisse s'interpréter ainsi : vivre isolé, sans ami, sans relations ?

       S'il fallait vivre avec des êtres malveillants ou méprisables ou avec d'autres dont la mentalité demeure incompréhensible, l'isolement serait préférable. Il semble aussi que l'être retiré dans sa tour d'ivoire goûte, plutôt que le bonheur, une satisfaction de la conscience qui n'est pas toujours sans une certaine amertume.

       La tranquillité ne comporte que rarement cet élément de paix joyeuse : la liberté semble vaine ou mensongère. Dans ces conditions, quelles joies pourraient remplacer les joies profondes et toujours renouvelées de la sympathie et de l'affection ?

       Si ce sont joies égoïstes et médiocres, le bonheur est lui-même médiocre et ainsi peu enviable, et peut-être est-il assez rare qu'il se trouve dans un tel état d'isolement.

       Il faut mentionner les plaisirs délicats de la culture intellectuelle, du sens artistique et les joies parfois austères de la vertu. Mais ces plaisirs et ces joies ne sont malheureusement qu'à la portée d'un petit nombre. Et ce bonheur, s'il est digne, est encore exceptionnel.

***

       Pour toutes ces raisons, « tenir peu d'espace » semble vouloir faire appartenir un individu à un groupe restreint, dans un rang social dont la situation serait modeste, ce qui n'exclut nullement la personnalité ou la richesse de sentiments.

       L'acceptation d'une situation modeste et l'uniformité dans la vie extérieure ne s'opposent pas au bonheur dont la conception répondrait aux aspirations générales de l'être humain.

       En effet, un rôle important occasionne presque toujours des soucis, ce qui, évidemment, est incompatible avec l'état de calme, de tranquillité d'esprit. Une condition en vue, qui confère une certaine responsabilité, demande souvent des talents ou des facultés dont tous ne sont pas également doués. Elle peut donner à l'homme le sentiment de l'insuffisance de ses moyens et le rendre malheureux. L'homme sincère ne peut être fier de lui si le souci de son intérêt, le désir de conserver une situation importante le courbe et le contraint, l'abaisse jusqu'à la feinte, la dissimulation, l'affectation.

       Au contraire, une situation modeste, au sein de la société, contribue à l'épanouissement. Le plus souvent, l'effacement assure la liberté. Une condition humble ne diminue pas nécessairement la richesse du sentiment, source inépuisable de bonheur. Le cœur humain aspire à se vouer et se dévouer au bonheur des êtres chers, à se consacrer à une tâche, à une idée noble et généreuse. Ce dévouement est possible, même dans les conditions les plus modestes.

       Il y a lieu de se demander si l'uniformité de l'existence est un facteur essentiel et un élément suffisant du bonheur.

       Si les exigences de la vie ont condamné un être bien né et doué des plus beaux mérites à rester dans un milieu grossier et malveillant, il lui vaudra mieux chercher sa place et ne se fixer que dans un cercle où il sera sûr de ne rencontrer ni âpreté, ni chocs pénibles. Même une différence d'éducation crée aussi des rapports difficiles. Lorsqu'une personne a été déclassée, il semble bien légitime qu'elle essaie de retrouver sa sphère. Le changement peut être imposé à certains par leur profession ou par une nécessité dont ils ne sont pas maîtres. Est-ce à dire qu'ils sont condamnés à une existence sans joie ? Tout dépend de la force de leurs sentiments. Ceux qui éprouvent l'invincible désir de se trouver avec ceux qu'ils aiment souffriront sans cesse d'une séparation. Il n'en est pas de même des personnes qui ont une telle intensité de sentiments que l'absence ne saurait les attrister. Même éloignés de ceux qu'elles aiment, elles restent, elles vivent par la pensée en communion avec eux.

       Le changement ne détruit pas le bonheur lorsqu'il est nécessaire à l'accomplissement d'une haute mission librement consentie. Pour cette raison, l'uniformité de la vie ne paraît pas forcément une solution indispensable du bonheur.

       L'élément le plus certain du bonheur réside dans la délicatesse et la valeur des sentiments et ainsi donc les changements n'auront point de prise sur soi.

***

       Le bonheur se trouve dans la liberté de faire ce qui plaît, de suivre son caprice ou d'agir à sa fantaisie sans subir aucun joug !

       Aller de plaisir en plaisir, s'offrir à toutes les expériences : telle est d'ailleurs la leçon que Gide donna aux jeunes lecteurs de ses Nourritures terrestres après l'avoir péniblement conçue pour lui-même en s'accordant le droit de se révolter contre une atroce tyrannie maternelle.

       Par contre, le devoir apparaît comme une contrainte, une obligation, une corvée, une punition. Il prend l'apparence concrète du licol, de la laisse, de la prison, des collèges, ces « geôles de jeunesse captive » pour Montaigne. Il éveille les images abstraites de discipline militaire, de règlement, de peine afflictive.

***

       À première vue, la liberté ouvre les champs de la joie ; le devoir nous enferme dans la fatigue, l'ennui, la douleur. Mais le problème n'est peut-être pas aussi simple !

       Tout plaisir a sa jeunesse, son âge mûr, puis sa décrépitude, et le cycle est parfois d'une étonnante brièveté et d'une grande lassitude… Une vie sans obligations décompose l'âme. La soumission à une règle la fortifie.

       Celui qui commence par ne voir son bonheur que dans la liberté regrettera sur le tard de n'avoir pas cherché le bonheur dans la soumission à quelque grande règle qui puisse donner à l'arbre périssable l'immortalité de la forêt…

***

       C'est l'anonymat, un instant de silence où il n'y a pas de demandes. Tout est paisible si j'arrive à ne pas tout voir, c'est-à-dire si j'arrive à faire une sélection des impressions qui veulent me posséder. Oui, je ne suis pas dans un taxi qui roule avec difficulté, mais dans un métro qui arrive ponctuellement et m'assure une arrivée à l'heure convenue. Sauf exception, panne, grève inattendue, je suis en sécurité et, de plus, j'ai un chauffeur qui n'osera pas me parler, qui ne sait pas qui je suis. Oui, j'aime la foule anonyme, mobile, changeante ! Dans cette situation, mon identité se renforce et je suis une entre tous sans histoire. Parfois, je ferme les yeux pour ne pas trop avoir la tentation de connaître l'autre en face de moi, car j'ai un soupçon : il a les yeux verts comme la mer, un maquillage digne de Cléopâtre, mais une fixité dépressive dans le cœur du regard.

       Il m'arrive d'écouter avec plaisir les musiciens sans ressources sur les quais du métro. Si la concurrence sur le marché du travail est féroce, elle l'est aussi parmi ces gens qui n'ont que ces qualités pour se mettre en valeur et manger et dormir, si possible dans un lit. J'ai eu le plaisir d'écouter Vivaldi à Trocadéro et Mozart à Charles de Gaulle. Ceci est un visage au milieu d'autres de mon bonheur, mais si merveilleux !

       Je n'aime pas conduire une voiture, car j'aime être conduite. Je suis beaucoup plus dans mes réflexions, dans mes observations. Il m'arrive qu'en conduisant j'oublie où je veux aller. Une image forte m'étonne, me fascine et je veux absolument la travailler. Je ne crois pas être un danger au volant. Tout au contraire, car je suis gentille et pas du tout impatiente. Mais quand une réflexion de valeur m'accapare, je suis la voiture qui est devant moi.

       J'ai connu des instants de bonheur insoupçonnés avec cette habitude. Nous étions à Feldberg avec ma fille en vacances de neige et j'avais une réunion à Belfort à 21 heures. Nous parlions avec ma fille et, sans nous en rendre compte, nous nous sommes retrouvées en Allemagne comme des touristes partant à l'aventure.

       Mais ce n'est pas moi seulement qui suit les voitures qui me précèdent. Une nuit avec un de mes chers collaborateurs, Jean-Marc, nous sommes partis du 16e arrondissement pour Châtenay-Malabry et nous sommes arrivés deux heures plus tard. Il s'était laissé emporter par la vivacité de la conversation et les idées, lui aussi et il avait suivi la voiture devant la sienne. Je crois qu'elle est allée à Créteil ou à Pontoise, mais surtout pas à Châtenay-Malabry !

***

       Y avait-il là de la magie ? Oui. C'est pourquoi il me faut des ambiances bien protégées, car le bonheur qui apporte la dialectique avec l'autre, ou entre ma conscience et mon inconscient n'a pas d'égal. Où est la différence ?

       Le bonheur n'est pas un état permanent, car les états de conscience ne sont pas permanents. Un regard complice croisé avec un inconnu fait bonheur. Aider quelqu'un qui a perdu son chemin fait bonheur. Aimer tes yeux quand tu es heureux fait bonheur. Manger quand j'ai faim fait bonheur. Savoir que nous allons nous revoir dans quelques minutes me fait bonheur. Retrouver mes patients, mes amis, ma famille me fait bonheur.

       Réussir, convaincre, communiquer, informer, former fait bonheur et beaucoup plus s'il s'agit de transmettre quelque chose qui peut changer le cours d'une vie dans la déroute. Combien de passion et de force il nous faut dans la vie pour aider et combien de bonheur vrai nous retirons du fait d'avoir été capables de soulager l'autre d'une difficulté ?

       Le bonheur est si simple que théoriser est bien difficile.

       Sur le plan matériel, le bonheur, à mon avis, c'est posséder assez pour ne pas se priver de plaisirs simples : confort, cadre chaleureux, espaces partagés avec les plantes, les être vivants, une bonne table, vêtements pas serrés, parfums sobres, des livres aux quatre coins de la maison à ouvrir selon l'état d'âme, musique sans excès, et un lit grand comme le paradis avec des draps blancs en lin.

       Sur le plan spirituel, il me faut Dieu, toi et la recherche permanente de la vérité. Je ne suis pas contente si je ne cherche pas et comme je n'aime pas être triste, je cherche et celui qui cherche trouve.

       Sur le plan intellectuel, pour mon bonheur, je déteste le savoir livresque. Je ne veux pas être une encyclopédie pure et dure, mais plutôt un commentateur autorisé de l'encyclopédie.

       Le savoir ? Ça va un moment ! Sinon il devient avidité. J'apprends un peu partout. Naturellement, j'ai un savoir scientifique et bien méthodique qui me permet d'accéder par la réflexion à la connaissance, mais, au-delà, je ne trouve pas de plaisir intellectuel. J'ai besoin de créer et, à ce moment-là, je suis en dehors du temps et le bonheur pénètre mon âme et surtout celui des autres autour de moi.

       Savoir apprécier l'instant est la clé du bonheur. Nous gaspillons beaucoup notre temps à chercher les erreurs et en ne tenant pas compte des vérités.

***

       Par ailleurs, je crois que le bonheur est un état qui se gagne par l'évolution. Avons-nous oublié nos tristesses adolescentes ? Que pouvait-il nous manquer à cette époque-là, quand nous avions toute la vie devant nous ? La conscience objective seulement. Mais elle n'est pas donnée, il nous faut y accéder !

       Le bonheur est un état de confiance en soi-même et dans les autres. Si nous nous méfions de nous-mêmes, pouvons-nous faire confiance aux autres ?

       Il y a deux positions. La pessimiste : il m'est arrivé un problème ou je suis un être à problèmes. Ou, alors, l'optimiste : il m'est arrivé, au milieu de tous mes problèmes difficiles, un événement heureux ou je me sortirai d'affaire.

       Le juste milieu ? Ce n'est qu'une appréhension du réel dans sa juste mesure…

***

       Il ne cesse pas de pleuvoir depuis dix jours. Cela ne m'a pas rendue triste, car j'étais contente pour les plantes.

***

       Dimanche 11 mai à 17 heures. Je suis malheureuse, confuse. Je fais un bilan de l'irresponsabilité des autres, de leur égoïsme et je suis frustrée, impuissante… Je m'abandonne complètement à ma douleur et soudain, je me considère comme étant, pour moitié, la cause de l'inconscience des autres. Je n'ai pas su leur mettre de limites, les réprimander.

       Le malheur a disparu. Je m'étais mis en état de présence. J'ai abandonné le transfert de responsabilité et je me suis vue plus faible que convenable. Après avoir constaté ma responsabilité, la douleur existentielle et la désillusion ont presque disparu.

       J'ai alors écouté en moi « Jamais plus » et la paix est venue comme une libération. À 19 h 30, j'ai eu un instant de plein bonheur en regardant les dessins des nuages en plomb sur un horizon qui voulait être bleu et qui gagnait du terrain.

***

       Alors, j'aurais pu t'aimer si j'avais pensé que tu pouvais comprendre la valeur d'un ciel bleu qui veut vaincre la densité grise d'un ciel attristé, mais toi ?

       Tu étais à voir la partie noire du ciel et je n'ai pas pu t'aimer, car nous ne pouvions pas partager la valeur symbolique de cette lutte féroce entre l'ombre et la lumière.

       Introspection, évolution possible, compréhension de la présence dans l'instant pour faire bonheur.

       Et j'ai su te détester passionnément et j'ai gardé pour moi le secret de ma joie.

       Je deviens trop pulsionnelle, irritable. Le sens du temps me conduit à goûter de façon fébrile les instants de bonheur et je me résigne à ne pas partager avec toi le sens… Peut-être demain ! Aujourd'hui, je te déteste.

***

       Des instants suprêmes. Quand je peux écouter mon corps respirer dans un « lâcher prise » avec le sens de la symétrie et dans une pesanteur recherchée.

       Il faut que nous trouvions le temps ensemble pour partager, au moins, certaines dimensions du bonheur…


Fait à Paris, le 12 juin 1997
avec rage et sans pitié
et il pleut encore,
car l'ombre a gagné sur la lumière.

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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La felicidad en mi opinión


       Es el anonimato, un instante de silencio en el que no hay exigencias. Todo está tranquilo si consigo no ver todo, es decir si logro hacer una selección de las impresiones que quieren poseerme. Sí, no estoy en un taxi que rueda con dificultad sino en un metro que llega puntualmente y que me garantiza la llegada a la hora convenida. Salvo una excepción, una avería, una huelga inesperada, estoy segura y además tengo un conductor que no osará hablarme, que no sabe quién soy. Sí, amo la multitud anónima, móvil, cambiante. En esta situación mi identidad se refuerza y soy uno más entre todos, sin historia. A veces cierro los ojos para no tener demasiado la tentación de conocer al otro que está frente a mí, puesto que sospecho que : tiene los ojos azules como el mar, un maquillaje digno de Cleopatra, pero una fijeza depresiva en el centro de la mirada.

       A veces escucho con gusto a los músicos sin recursos que tocan en el metro. Si la competencia en el mercado de trabajo es feroz, ella lo es también entre estas personas que no tienen sino sus cualidades para ponerse de relieve y comer y dormir, si es posible, en una cama. Tuve el gusto de escuchar la música de Vivaldi en Trocadero y a Mozart en Charles de Gaulle. Este es un rostro entre otros de mi felicidad. Pero es tan maravilloso!

       No me gusta manejar carro puesto que prefiero ser conducida. Permanezco más en mis reflexiones, en mis observaciones. Me sucede que conduciendo olvide a dónde quiero ir. Una imagen fuerte me sorprende, me fascina y deseo absolutamente trabajar en ella. No creo ser un peligro al volante. Todo lo contrario puesto que soy amable y nada impaciente. Pero cuando una reflexión valiosa se apodera de mí sigo al carro que se encuentra enfrente.

       Conocí instantes de felicidad insospechados con esta costumbre. Estabamos de vacaciones con mi hija en Feldberg y tenía una reunión en Belfort a las nueve de la noche. Hablábamos con mi hija y nos encontramos en Alemania como turistas yendo a la aventura.

       Pero no solamente yo sigo los carros de enfrente. Una noche íbamos con uno de mis queridos colaboradores, Jean-Marc, desde el barrio 16 hasta Châtenay Malabry y llegamos dos horas más tarde. Habiéndose dejado llevar por la vivacidad de la conversación él también siguió el carro de enfrente. Yo creo que fuimos a Creteil o a Pontoise, pero de ninguna manera a Châtenay Malabry.

       Había magia en esto? Sí. Es por eso que necesito ambientes muy protegidos pues la felicidad que aporta la dialéctica con el otro o entre mi conciencia y mi inconsciente no tiene igual. En dónde está la diferencia?

       La felicidad no es un estado permanente pues los estados de conciencia no son permanentes. Una mirada cómplice cruzada con un desconocido hace feliz. Ayudar a alguien que ha perdido su camino hace feliz. Amar tus ojos cuando eres dichoso me hace feliz. Comer cuando tengo hambre me hace feliz. Saber que vamos a vernos de nuevo dentro de algunos minutos me hace feliz. Encontrarme con mis pacientes, mis amigos, mi familia me hace feliz.

       Tener éxito, convencer, comunicar, informar, formar hace feliz y mucho más si se trata de transmitir algo que puede cambiar el curso de una vida derrotada. Cuánta pasión y fuerza necesitamos en la vida para ayudar y cuánta felicidad verdadera sacamos del hecho de haber sido capaces de aliviar al otro de una dificultad?

       La felicidad es tan simple que teorizar sobre elle es muy difícil. En el plano material, en mi opinión, es poseer lo suficiente para no privarse de placeres simples : confort, un marco caluroso, espacios compartidos con las plantas, los seres vivientes, una buena mesa, vestidos amplios, perfumes sobrios, libros en los cuatro rincones para abrirlos según el estado de ánimo, música sin exceso, y una cama grande como el paraíso con sábanas blancas de lino.

       En el plano espiritual necesito a Dios, a ti y la búsqueda permanente de la verdad. No estoy contenta si no busco y como no me gusta estar triste busco y el que busca encuentra.

       En el plano intelectual, en lo que respecta a la felicidad, detesto el saber libresco. No quiero ser una enciclopedia pura y dura sino más bien un comentador autorizado de la enciclopedia.

       El saber está bien un momento, después se vuelve avidez. Aprendo un poco en todas partes. Naturalmente tengo un saber científico y muy metódico que me permite tener acceso, a través de la reflexión, al conocimiento. Pero más allá de esto no encuentro placer intelectual. Necesito crear y en ese momento me encuentro fuera del tiempo y la felicidad penetra en mi alma y sobre todo en la de los que están a mi alrededor.

       Saber apreciar el instante es la clave de la felicidad. Desperdiciamos mucho tiempo buscando los errores y pasando por encima de la verdad.

***

       Por otro lado, creo que la felicidad es un estado que se gana con la evolución. Es que hemos olvidado nuestras tristezas adolescentes? Qué podía faltarnos en aquella época cuando teníamos toda la vida por delante? La conciencia objetiva solamente. Pero ella no nos es dada, hay que llegar a ella.

       La felicidad es un estado de confianza, en sí mismo y en los otros. Si desconfiamos de nosotros mismos, podemos confiar en los otros?

       Existen dos posiciones, la pesimista: me sucedió un problema o soy un ser problemático? O la optimista: en medio de todo me sucedió un evento feliz o saldré de este apuro.

       El justo medio no es sino una aprehensión de lo real en su justa medida.


Hecho en París, el 23 de mayo de 1997

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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La felicidad


       ¿Qué es la felicidad? ¿A qué llamamos felicidad? Quizá, lo que más amamos los hombres sin saberlo es la vida. Es posible que nos tengamos que encontrar en peligro o acercarnos a la muerte para medir la absoluta importancia de la vida, y con esta actitud cuánto desperdiciamos.

       A veces nuestra felicidad la hacemos depender de los deseos, cuando en realidad bastaría con alegrarnos si se cumpliesen y, si no buscar otra alternativa. Tendríamos que transformar los deseos en estímulos y convertir el desear en un juego sin que lo importante sea ganar o perder sino jugar. Porque ocurre a menudo que sólo cuando perdemos algo lo valoramos de verdad.

       Los verdaderos valores del don que es la vida y que están a nuestro alcance, como la salud, la libertad, la belleza, la alegría, el amor, no los aprovechamos suficientemente, concentrados en lo accesorio y su falsa prioridad: dinero, fama, triunfo, posición social. A veces, anhelando estos deseos se espera una nueva primavera, nuevas perspectivas, se va aplazando uno mismo, convencido de que lo deseado llegará más tarde. La vida, según Séneca, es como una escuela de gladiadores, en ella se convive y se pelea. Cada día llega acompañado de su sonrisa o su lágrima. Hay cielos nublados pero también hay tardes soleadas y mañanas luminosas.

       Ortega dijo, que la forma soberana de vivir es convivir. Por eso hay semejantes, amigos que no llaman, una convivencia cuidada es la cima del universo.

       Si, es cierto que pocas cosas funcionan en la vida real tal como uno querría. La gente no es lo que creemos, incluso es mejor, y nosotros muchas veces, somos mucho menos dignos de elogio de lo que pensamos. Y en éste pulso con nuestra historia, a veces no nos resulta un asunto apasionante.

       Al fin, como la vida nos ha sido dada quizá, solo se merezca dándola al amor, a la generosidad, a la fecundidad o a otra vida.


MARÍA-LUZ DE DIEGO


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Une vie de désirs


       Comment traiter un tel sujet sans tomber dans des réflexions banales autour de la relativité du concept ? Comment éviter de philosopher et de discourir en citant telle ou telle docte référence pour conclure sous forme de point d'interrogation ?

       Je ne sais même pas ce qu'est le bonheur pour moi. Je pourrais dire que le bonheur consiste à atteindre mes buts, et je me garderais bien d'en tirer une loi universelle.

       Car la psychologie nous l'a appris : les objectifs que l'on se fixe consciemment ne répondent pas toujours à nos aspirations profondes.

       Combien d'individus à qui, selon la pensée commune, « la vie a tout apporté », se retrouvent, au détour d'une rencontre ou d'une découverte, déçus de leurs décisions, qui ont gouverné toute leur vie et qui étaient si confortables, soit parce qu'elles sont inscrites dans la lignée familiale, soit parce qu'elles sont en écho à des obligations dictées par un Surmoi aveugle !

***

       Je serais tentée d'énoncer que le bonheur, c'est la présence perpétuelle de désirs : désirer l'autre, sa présence, son propre bonheur, désirer s'accomplir dans ses activités, désirer échanger, enfanter, vivre, désirer mourir au moment propice d'une fin de vie nourrie de désirs assouvis.

       L'action, la décision, voire le fameux « volontarisme », viennent alors naturellement.

       On pourrait ainsi traduire que le bonheur est l'inverse de la dépression, qui peut être conçue comme un état durable d'absence de désirs : « je n'ai plus envie de rien » entend-on souvent, en général. Rien, pas même de passer à l'acte et d'attenter à ses jours, sauf dans les cas très graves de cette maladie.

       Soulignons que dans certaines dépressions masquées, la forme peut revêtir une réaction inverse de recherche irrépressible de désirs ; on dit plus fréquemment « recherche de plaisirs ».

       La drogue, le donjuanisme, le sadomasochisme, l'alcoolisme parfois, la multiplication des sports à haut risque sont autant de manifestations d'une sorte d'anhédonisme, de quête de sensations, afin de ressentir, de faire naître un désir.

       Au-delà de la simple idée de plaisir, il faut pouvoir mettre un nom dessus : désirer quoi ? Cette question permet lorsqu'elle est réfléchie et ne répond pas seulement au vœu concomitant avec la première cerise de la saison d'orienter ses choix de façon telle qu'on y trouve du bonheur…de l'effort, mais du bonheur.

***

       Je pourrais tout simplement dire que le bonheur, c'est…
       Une page sans soucis, une larme de joie, une fleur dans les cheveux, un mot doux, un sourire…


FLORENCE BOISSE


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Propos vagabonds sur le bonheur


       Qu'est-ce que le bonheur ?

       « Moi je sais, dit la pensée, j'ai longuement réfléchi sur ce sujet, qui est complexe, mais passionnant. J'ai maintenant une idée d'ensemble si bien que je peux brûler au nom de tous et de manière presque définitive. Voici mes conclusions :

***

       — Tais-toi bavarde incorrigible, dit le cœur. Moi seul peut parler de bonheur, car c'est ma spécialité. Pas de bonheur sans amour et l'amour je connais puisque c'est moi qui l'accueille, l'héberge et le nourrit. L'amour partagé, aimer et se sentir aimé, voici le bonheur total. Mais attention le bonheur est fragile. Il demande infiniment de soins et d'attention, c'est pourquoi il faut se mettre au moins par deux pour veiller sur lui.

       — Quel présomptueux, ajoute le sexe.

       — Comment peux-tu affirmer avoir le monopole du bonheur ! Un amour sans le sexe c'est comme un amour par correspondance, c'est-à-dire un amour rêvé et non vécu. À dire vrai, le feu c'est moi et la pensée c'est toi. Tu brilles et toi, cœur, tu brûles parce que j'ai la générosité de laisser monter ma flamme jusqu'à vous. Le bonheur c'est s'occuper de moi et de me faire ce que j'aime, alors je le rends au centuple en m'épanchant jusque dans la plus lointaine des cellules.

***

       — Arrêtez ! s'écrie le corps. Aucun de vous trois n'est suffisamment honnête et lucide pour prétendre formuler la définition du bonheur. Toi pensée, tu peux dire tout et le contraire de tout avec le même aplomb. Toi cœur, souviens-toi des doutes que tu entretiens parfois sur l'état réel de tes sentiments et toi sexe, je n'aurais pas la cruauté de te rappeler tes capacités talentueuses et variées de simulateur.
       En fait, moi seul, le corps, je suis totalement honnête et je vis les choses telles qu'elles sont. Par exemple, si j'ai une cicatrice, j'ai une cicatrice et je ne peux affirmer le contraire. En moi tout se ressent, s'imprime et se voit, y compris les caprices et les dérèglements de vous trois.
       Je suis donc le seul à connaître parfaitement le bonheur et pouvoir en parler sans erreur.
       Le bonheur c'est simple, c'est aussi simple que la fatigue, le frisson, la faim ou le sommeil. Le bonheur, c'est ce qui est bon et respirable. Ce qui est bon, bon comme un pain doré, un bain d'eau fraîche sous un soleil ardent, un baiser pendant une nuit bleue, ou une poignée de main fraternelle. Ce qui est bon, je suis le premier à le reconnaître, car moi je ne réfléchis pas, je ne doute pas et je ne simule pas.
       Le bonheur, c'est aussi ce qui est respirable.
       Respirer librement, respirer largement, respirer des pieds à la tête, respirer à pleins poumons, respirer par tous les pores de la peau, voici le secret du bonheur. Impossible de trouver la vie délicieuse, quand on retient son souffle, quand on étouffe, quand on a le souffle coupé ou si quelqu'un nous pompe l'air. Prendre l'air, à nouveau souffler, c'est retrouver le goût du bonheur.
       Et moi, corps, la respiration, je connais. C'est celui de mes mécanismes dont je suis le plus fier et sur lequel je veille le plus jalousement.

***

       Silence…

       Un ange passe et laisse derrière lui comme une forte intuition qui se murmure à elle-même : « Le corps a raison, le bonheur, c'est le souffle de Dieu et le corps a été conçu pour respirer ce souffle donné en abondance ». Mais diable, que les hommes respirent peu cette abondance, cette source inépuisable !

       Mais le corps a tort de critiquer les trois autres centres. Il suffit, en eux, d'un moindre coincement, du plus petit nœud, par exemple ; une idée fixe dans la pensée, un sentiment négatif dans le cœur ou une frustration dans le sexe et la respiration s'altère et le bonheur n'est plus respiré.

       La respiration est ce don qui affectionne l'unité et la solidarité de tout l'être.

       Suivez le conseil du corps. Aller là, où on respire bien. Le bonheur c'est la vie où on respire. Je vous le dis, ne le cherchez pas au bout de la terre, ni au fond des mers. Le bonheur le plus pur, le plus précieux est au bout du souffle le plus long, au cœur du souffle le plus profond.

       Je vous en conjure, par la grâce du corps, respirez avidement, respirez largement, goulûment dans le vent, le ciel ou l'espace.

       Vivez sans cesse dans le souffle, aimez le, protégez le. Que son haleine devienne votre vraie demeure.

       Vous le savez, un jour, votre corps, comme un vieux serviteur fidèle, vous quitte. Mais auparavant, tendrement, discrètement, il rend son souffle, le dernier, le plus précieux, le plus réussi et le souffle continue. Tissé par vos respirations incessantes, il est devenu votre nouveau corps. Et alors, miracle, merveille, stupéfaction, jubilation, vous respirez, vous respirez toujours librement dans l'infini et là, je vous le dis, parole d'ange, ce n'est plus du bonheur, c'est de l'extase.


MICHEL GALLET

Nota bene :

       Je viens d'achever cet article. Je descends dans la rue et sur une vitrine, je lis cette publicité pour le muguet : Il y a du bonheur dans l'air. Merci Jung, merci la synchronicité… Ce clin d'œil de l'ange m'apporte comme un supplément de bonheur.


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Ce que je suis


       Ce que je suis, aujourd'hui, n'est rien d'autre que la vie. La vie qui s'écoule de moi comme un long fleuve tranquille, où toute ma démesure s'exprime sans heurt, ni violence.

       C'est l'expression de ma chair, de mon âme. C'est l'admiration béate, l'émerveillement devant la beauté de la nature. Il me vient un nouveau titre : Une grande famille. Est-ce l'annonce d'un nouveau livre ? Ou est-ce l'idée que j'ai du monde, au jour d'aujourd'hui ?

       Au jour d'aujourd'hui, je suis une femme. Une femme comblée par la nature, émerveillée des dons qu'elle lui a donnés et peut exprimer. C'est tout le bonheur que Dieu me souhaite et je l'en remercie.

       Merci, mon Dieu, de ce que vous me donnez.

       Je sens en moi tant de bonheur, de beauté, de plaisir, de richesse nouvelle. Que puis-je demander de mieux que le bien-être que vous me donnez ?


Fait, le 24 avril 1997

BRIGITTE DELAUNAY


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Le bonheur


       À l'âge de 13-14 ans, j'avais une amie que j'appréciais particulièrement. Elle s'appelait Marie-Jeanne. Elle était très jolie, mais très souvent triste.

       Elle vivait seule avec sa mère, qui travaillait toute la journée. Quand elle rentrait de l'école, personne ne l'accueillait et les travaux de la maison l'attendaient. Elle habitait le grenier, un petit deux pièces, mansardé, et très froid l'hiver. Pour se chauffer, il fallait descendre dans le noir de la cave, et remonter des seaux plein de charbon.

       C'est ce que Marie-Jeanne faisait chaque jour, en rentrant de l'école. C'était lourd, et parfois même angoissant. L'atmosphère de la cave n'avait rien de sympathique.

       Elle n'avait, bien sûr, pas de salle de bain, mais un seul et unique évier, ans eau chaude.

       Marie-Jeanne travaillait extrêmement bien à l'école. Elle avait toujours de très bonnes notes : 17, 18 ou 19… J'étais très admirative. Mais le lendemain du bulletin scolaire, elle revenait à l'école en pleurant. Sa mère l'avait disputée et même battue, car elle voulait encore et encore de meilleures notes. Ce n'était jamais assez bien.

       Il fallait que sa fille réussisse, ce que, elle, n'avait pas pu réussir : des études.

       Et moi, j'étais presque gênée de vivre dans tant de confort. Je ne manquais de rien, nous avions toujours chaud, un grand appartement, et je pouvais rentrer de l'école avec un 12 sans aucun problème. C'est alors qu'une question revenait sans cesse en moi.

       Pourquoi ai-je droit au bonheur et pas elle ? Je ne pouvais y répondre.

       Ma vie a continué, celle de Marie-Jeanne aussi. Nous avons vécu nos premières amours en étant toujours très proches toutes les deux. La même situation se représentait et la même question revenait. J'avais besoin de comprendre, besoin de savoir pourquoi.

       Le bonheur ne devait-il pas être fait pour tout le monde ?

       Pourquoi certains naissent-ils dans des conditions désagréables ?

       Pourquoi ai-je eu ces parents-là et pas d'autres ?

       Arrive-t-on sur terre, en toute innocence, ou plutôt avec un certain passé, des acquis, des manques, des vies passées ?

       Et voilà, qu'au fur et à mesure des années, j'ai cherché à comprendre, j'ai cherché des réponses.

       Je pense, vingt-cinq ans après, que tout a une raison d'être. Tout a un sens. La vie de Marie-Jeanne, la mienne et notre rencontre. Je remercie de l'avoir connue et d'avoir été son amie.

       Nous avons été élevée toutes les deux en banlieue parisienne et je vis aujourd'hui dans un tout petit village de 250 habitants. Les kilomètres nous ont éloignées. Nous avions toutes les deux le même rêve, avoir un petit potager et pouvoir jardiner.

       Ce rêve s'est réalisé pour moi et je dois dire que j'apprends beaucoup de la terre.

       J'ai compris à travers mon potager que le bonheur ne tombe pas tout seul, il se sème. Lorsque je sème des carottes, je récolte des carottes.

       Tout ce que nous semons, nous le récoltons un jour ou l'autre. La nature nous donne tout, à condition que nous la respections.

       Avant d'avoir la joie de récolter de beaux légumes, il faut préparer la terre avec beaucoup d'amour et beaucoup de soin. Retirer continuellement les mauvaises herbes, mettre du compost, semer avec la lune, arroser, biner, savoir attendre…

       On peut aussi aller plus vite et mettre des engrais chimiques, mais est-ce respecter la terre ?

       C'est quand même extraordinaire qu'une si petite graine, dans un peu de terre, arrosée par l'eau et chauffée par le soleil, puisse donner de si gros légumes.

       Le jardin, la nature, sont en relation très étroite avec la vie qui nous apporte la force, tandis que la nature nous régénère. Grâce à ce contact, nous nous « ressourçons » et nous sommes heureux.

       Le bonheur, c'est pour moi, de reconnaître que nous faisons partie de cette merveilleuse création, et d'en être reconnaissante.

       C'est comprendre que l'on a en soi tout un potentiel de valeurs et de facultés qu'il faut développer pour notre épanouissement.

       C'est apprendre à désherber nos mauvaises herbes intérieures. Chercher les racines de nos comportements, essayer de comprendre le pourquoi de notre façon d'être.

       C'est travailler sur nos défauts, épanouir nos dons, développer notre créativité, entretenir notre beauté…

       C'est aussi apprendre à nous équilibrer. À chercher continuellement l'équilibre dans tout ce que l'on fait.

       C'est prendre le temps de travailler et de se reposer. C'est apprécier chaque instant. Être présente à tout moment et dans les moindres détails.

       C'est aussi accepter d'être petit. D'avoir besoin des autres. Donner et recevoir en toute humilité et en toute simplicité.

       C'est aussi développer la confiance en Dieu. Avoir confiance en soi-même et faire confiance aux autres.

       Savoir se plier à la volonté d'en Haut en toute liberté.

       C'est aussi apprendre à respecter chaque créature, le genre de chacun d'entre nous, et d'apprécier cette différence.

       Le bonheur, c'est à la fois tellement de choses et pourtant un simple sourire, une douce parole, un regard profond, une simple fleur peut nous émerveiller et nous rendre heureux.

       Le plus important, c'est de chercher à comprendre le sens profond de ce que nous vivons.

       Lorsque l'on cherche, on trouve, et lorsque l'on trouve, on comprend, et lorsque l'on comprend, on est simplement heureux.

       Merci à la vie.


CORINNE VOIROL


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Y aurait-il quelque chose à changer ?


       Le soleil s'est couché.

       Les étoiles scintillent dans le ciel. Les fleurs se sont fermées. L'odeur du soir se fait sentir. Les oiseaux se sont arrêtés de chanter. Mes enfants dorment calmement.

       Je suis seule, dans ma chambre, heureuse et reconnaissante de ma journée.

       Que de mouvements faits depuis ce matin !

       Le calme du soir fait du bien. C'est le temps de prendre son temps, de penser, de remercier, de prier, de faire le bilan de la journée.

       Merci. Ô merci, d'avoir le temps de vivre…

       Il existe des lois dans cette création.

       Des lois merveilleusement bien faites, des lois qui agissent inéluctablement pour chacun d'entre nous, dans le monde entier, dans l'univers. Ces lois viennent de Très-Haut, et pour que l'homme puisse être heureux, il doit vivre pleinement ces lois, c'est-à-dire les insérer dans sa vie de tous les jours.

       Parmi elles, existe la loi du mouvement.

       Initialement, tout prit forme par le mouvement, c'est pourquoi l'incessant changement, constitue la santé, la conservation et l'épanouissement de l'homme.

       L'homme ne peut se contenter de rester le même.

       Il doit continuellement se transformer, se changer, évoluer… Et cela n'a de cesse.

       C'est tellement beau de voir un enfant grandir.

       Tout bouge en lui, tout se modifie, son corps, son visage, ses expressions, sa démarche, son langage, son caractère, ses jeux, etc. Il y a toujours quelque chose à changer, quelque chose à améliorer en nous, ne serait ce que nos défauts, nos faiblesses…

       Revoir notre langage, ouvrir plus grand nos yeux, changer nos pensées, remettre en cause certaines habitudes de vie.

       Nous avons tout à gagner à partir du moment où notre changement est positif, constructif, dans le sens d'une plus grande connaissance de soi même, d'une plus grande conscience et d'un élargissement de notre vision de la vie.

       Ce qui est beau, c'est que chacun emprunte un chemin différent, comme la beauté de chaque fleur.

       En ce moment, mon jardin est rempli de jonquilles et de tulipes.

       J'aime les contempler le matin, sous la fraîcheur le midi, sous le soleil et le soir dans la nuit qui s'installe.

       Elles n'ont jamais la même forme, elles s'adaptent, elles sont en continuelle transformation, elles s'ouvrent, elles se ferment, tout doucement, en douceur, sans faire de bruit… Et à n'importe quel moment de la journée, elles sont toujours belles…

       Peut-être, que nous aussi, avec un peu de volonté, de temps, de patience, de courage, d'efforts, nous pourrions, à chaque instant de vie, embellir toujours plus notre intérieur.


CORINNE VOIROL


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Le bonheur


       Le bonheur est un mot rarement entendu dans notre quotidien, ne trouvez-vous pas, dans la vie professionnel, en famille, à la télévision, dans les journaux ? Est-ce à dire que la chose est rare ? Pourtant, d'après la définition communément admise, il est ce que chacun désire par-dessus tout, puisque le bonheur est désiré pour lui-même, et non en vue d'une autre chose. Alors ? Ce mot serait-il devenu oublié, inconvenant, presque tabou à une époque qui rime plutôt avec vitesse, difficultés économiques, dégradation du lien social, misère. Bref, un temps de déclin, peut-être une période de crise annonciatrice de changements vers une nouvelle ère de bonheur !

       En cherchant bien dans mon quotidien très proche, je découvre que je viens de visionner une vidéo qu'on vient de me prêter, Le bonheur est dans le pré. Un film qui sent bon la nature, les sentiments vrais, le parler authentique, bref un ensemble de valeurs qui ont fondé et perpétué la grandeur d'une culture depuis des siècles, la nôtre. Même si les objets utilisés dans le film pour illustrer, mettre en scène ces valeurs, prennent des formes culturelles particulières dans un coin de campagne du sud-ouest de la France.

       Quelle est cette mécanique du bonheur si difficile à comprendre et à maîtriser ? Dans un article, j'évoquais une mécanique du changement comme démarche possible pour vaincre plus aisément les résistances qui restreignent, et ferment même l'accès à plus de liberté, à la réalisation de nos désirs : opérer par petite touche et observer l'évolution qu'engendre la nouvelle situation en soi et dans l'environnement extérieur chez l'autre. De cette observation, si nous parvenons à ne pas nous laisser envahir par des sentiments et pensées parasites, négatives ou positives, peut jaillir un quantum de bonheur, léger et éphémère, mais marquant bien son passage par la pureté de la sensation qu'il dégage.

       Ce moment, nous le reconnaissons tous très bien, car nous en avons gardé une trace mnésique dans notre psychisme et dans notre corps. Il faut avoir le courage ou l'« inconscience » de repousser la pression du temps : le passé qui nous assaille de regrets, de chagrins, de deuils non faits, de sentiments de culpabilité pour des fautes réelles ou imaginaires, du manque de l'objet perdu ; le futur qui intime de réussir, de réaliser toutes les tâches imposées par notre position sociale (aller au travail, élever sa famille, maintenir un lien social…).

       « Plonger dans l'instant présent, dans l'ici et maintenant, se fondre dans un temps sans épaisseur, et pourtant si plein, si rond, qu'il se suffit à lui-même ».

       Peut-être le plus difficile est-il d'essayer, ne serait ce qu'une fois, ou plutôt de se laisser s'abandonner à un tel instant ?

       L'occasion d'une telle tranche de vie, éphémère, mais dense, est à portée de soi, pour qui sait « voir » et « entendre » :

       Notre psychisme et notre corps ont faim de ces instants d'éternité. Et nous savons qu'un seul de ces instants peuvent bouleverser une vie, comme dans une métanoïa ou comme dans un coup de foudre.

       Eh bien, si nous ne croyons pas à une métanoïa ou à un coup de foudre, profitons de ce que la vie nous offre ! Elle ne demande qu'à se frayer un chemin dans notre cœur pour qui ose l'accueillir et la reconnaître dans le réel.


HERVÉ BERNARD


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Réunion de groupe du 24/04/1997 :
un rêve



       Je suis dans un internat de jeunes filles ; je décide d'aller me promener en sachant que je n'ai pas l'autorisation.

       Je me retrouve dans une forêt et me dis : « C'est comme la forêt de Brocéliande1

       Je comprends, comme une évidence, qu'il s'agit du lieu où tout le nouveau testament s'est déroulé et sans doute quelques années auparavant. Je me dis : « C'est le lieu de la préparation. »

       Il s'agit d'une forêt d'aspect « compliqué » (c'est le terme qui me vient dans mon rêve), comme une forêt amazonienne dans un climat breton sur un sol rocheux de Fontainebleau !

       Ce terme « compliqué » revient, en effet, souvent tant les confusions sont nombreuses : confusion de lieux, d'époques, de personnages, d'espèces…

       Durant ma promenade, je dérape souvent, je monte, je descends des chemins broussailleux.

***

       Soudain, j'aperçois des traces de pattes de chien qui, peu à peu, se transforment en empreintes d'être humain. Elles sont comme incrustées dans du plâtre bien blanc déposé sur la roche.

       Je comprends que ces empreintes appartiennent à saint Jean Baptiste ou saint François d'Assise (pendant tout mon rêve, je ne saurai faire la distinction). Je sais alors que le saint en question était un chien à l'origine et que, pour des besoins de crédibilité, on a écrit que c'était un homme.

***

       Je trouve les empreintes de l'homme très belles. Je me dis qu'il s'agit de grands pieds majestueux, fins, élancés. Je marche dans les empreintes.

***

       Je me retrouve alors, tout en risquant de glisser plusieurs fois, devant des ruines. Je me dis qu'il s'agit d'un ancien édifice du temps des Templiers.

       Les trésors de beauté que j'y découvre semblent effectivement provenir de cette époque : je remarque notamment un tableau représentant, je crois, plusieurs personnages, dans de belles couleurs chaudes de rouges, verts, bleus, presque des couleurs de vitrail, mais avec une transparence moins évidente.

       Un cheval sculpté est également présent à la droite du tableau : de taille réelle, il est de couleur feu, superbe, majestueux, lumineux.

       L'ensemble est agrippé par des ronces, elles-mêmes émanant de pierres moussues qui font ressortir la beauté étrange de ces œuvres d'art ; étrange, car non attaquée par le temps.

***

       Derrière le tableau, j'aperçois un couvent envahi par la flore, magnifique aussi, un éclairage à la bougie laisse percevoir des ombres mouvantes sur tous les murs.

       Une nonne apparaît très occupée ; elle porte un petit coffret qui, semble-t-il, est très précieux.

       Je me dis alors qu'il est temps de rentrer. Je monte par un escalier en colimaçon et me prépare à entrer dans ma chambre quand j'aperçois par la fenêtre ma compagne de chambre qui me défend face à un trio de nonnes : elle dit que je me suis absentée peu de temps et que je reviens. La « mère supérieure » n'a pas l'air contente de mon absence, mais semble se satisfaire des explications de ma camarade ; elle repart.

       Je rentre alors dans la chambre. Ma jeune compagne ressemble à l'actrice qui a joué Thérèse2 au cinéma. Elle m'explique qu'avant mon arrivée et celle des sœurs, elle parlait des rapports entre hommes et femmes : elle estime qu'elle est dévouée corps et âme à Dieu. Je lui rétorque que c'est très bien puisque c'est son choix, mais que ce n'est pas le mien.

***

       Brusquement, je me retrouve dans un autre contexte, mais j'ai l'impression que c'est la suite de mon rêve. Je suis au sein d'un B.D.E. (Bureau des Élèves) ; j'y rencontre mon meilleur ami, François et lui demande : « Si tu devais sacrifier des animaux pour faire comprendre aux autres êtres humains leurs erreurs, est-ce que tu le ferais ? » Il me répond « oui ». Je lui rétorque qu'il est policier (et je pense très fort S.S.) en sachant que, pour lui qui porte un tatouage anti-police sur l'avant-bras, c'est une injure suffisante. Ajoutons que, dans la réalité, François adore les animaux, mais qu'il est aussi militant sans concession.

***

       L'interprétation de la première partie du rêve vient spontanément à l'ensemble du groupe _ sauf à l'intéressée pour qui une telle évidence n'était pas apparue : il s'agit d'un rêve de grossesse (l'auteur du rêve est effectivement enceinte). Tout concorde alors : l'aspect archaïque, précurseur3 de la civilisation, le monde animal antérieur à l'arrivée de l'homme, la forêt humide et luxuriante difficile à traverser (analogie avec la procréation), le trésor au bout du chemin (trésor de l'enfantement et du mystère émanant de toute procréation).

       On trouve également de nombreuses figures de l'animus, la force des pieds masculins, le grand cheval majestueux et que nul n'attend, la culture aussi.

       L'aspect ancestral, lignée familiale dans laquelle tout nouveau-né s'inscrit, est également un élément prévalent. Précisons que le principal berceau familial de l'intéressée se trouve en Bretagne (début du rêve) et qu'une partie de son enfance s'est déroulée à Lisieux (milieu du rêve), enfin le B.D.E. est également représentatif de sa vie estudiantine (fin du rêve).

       Des messages de mise en garde concernant la grossesse font également échos avec la réalité (risques de glisser, de déraper, d'être agrippée par les ronces).

       La deuxième partie du rêve, cette rupture de rythme, de cadre, de beauté nous laisse plus perplexes. Après des images presque féeriques, la réalité du quotidien dans ce qu'il a de plus terrible (sacrifice pour une idée !) réapparaît.

       Heureusement, le jugement de l'intéressée reste intact. « Je sens que ce rêve m'a donné un matériel d'interprétation qui reste encore à approfondir ». Le débat reste ouvert.



1. Vaste forêt de Bretagne, Merlin.
2. Sainte Thérèse de Lisieux.
3. Signalons que saint François d'Assise fut fondateur, au 13e siècle, de la congrégation des pauvres et que saint Jean Baptiste fut appelé le Précurseur, le Baptiseur, celui qui précéda l'arrivée du Christ.


FLORENCE BOISSE


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