mars 1997
LA LETTRE

DE

S.O.S. PSYCHOLOGUE


                                             
NUMÉRO : 32REVUE MENSUELLEMARS 1997


Au sommaire de ce numéro :

A u t e u r T  i  t  r  e     d  e    l  '   a  r  t  i  c   l  e
E. Graciela Pioton-Cimetti Communication au-delà de l'espace
E. Graciela Pioton-Cimetti Comunicación más allá del espacio
Florence Boisse Le pacte
Hervé Bernard Communication au-delà de l'espace
Georges de Maleville Et l'émetteur




               

Communication au-delà de l'espace


       Ce n'est pas moi qui ai suggéré le thème. Il a été choisi par un de nos collaborateurs, peut-être à cause de son désir de comprendre la possibilité de communiquer avec quelqu'un qu'il apprécie beaucoup, mais qui doit partir pour des raisons professionnelles.

       Enfin il ne s'agit, du point de vue phénoménologique, que d'une pulsion qui comme telle représente l'attraction d'une image. Comme dit Ludwig Klages dans son livre Transvaluation de la psychanalyse : « L'image de l'eau attire l'assoiffé, et telle sera la pulsion de la soif ». Chez mon confrère, l'image de la personne partie serait à l'origine de la pulsion de communiquer avec elle au-delà de l'espace

       La pulsion est quelque chose qui, venant de l'arrière, tend vers quelque chose qui réside en avant.

       Les pulsions sont détectables dans le discours à travers les expressions comme « je suis amené à... », « je suis poussé à... », « je suis attiré vers... », « l'envie me prend de... », « je suis entraîné à... ». Dans le cas d'un acte spontané l'énergie est de toute évidence la force de la pulsion.

       Je m'arrête là, car je crois que c'est la tâche du protagoniste d'interroger son inconscient. Dans la formulation « communication au-delà de l'espace », j'ai la tentation d'écouter la résonance d'un impossible, d'une résignation, à la limite d'un deuil non fait dans le passé. Enfin, j'écoute un trait mélancolique. Où ira donc ainsi la pulsion ? Sûrement déstabiliser le moi qui n'a d'autre alternative que de se contenter de l'affect, faute de pouvoir retenir l'objet. Ici, commence la pédagogie fatale de la réalité. La réalité détrône de force les idoles.

       Le désespoir vient du fait de ne pas vouloir se dessaisir de son idole. C'est-à-dire faire le deuil de l'objet et trouver dans le réel d'autres formes de communication moins mélancoliquement figées.

       Pour tout cela, il faudra aussi faire bouger la chaîne de signifiants, car, dans ce cas, elle est immobilisée par le signifiant numéro1. L'objet vers lequel va la pulsion est-il dangereux ? Quel type d'attraction est en train d'orienter notre collaborateur vers un objet inatteignable ? Je pose la question, mais je ne peux pas aller plus loin, car c'est au protagoniste d'assumer son désir.

       Le mode d'organisation dynamique, topologique et économique du désir définit les organisations normales, pathologiques et créatrices de la personnalité. Il serait intéressant de suivre le développement créateur des modèles de représentations chez notre collaborateur.

       L'analyse des rêves sera importante à connaître, car la motion pulsionnelle de désir qui se tient au coeur du rêve est foncièrement le « désir refoulé ». Dans cette dimension de la compréhension le sujet poursuit, poussé par le désir, la dialectique de l'« être » et de l'« avoir ». Dans ce cas l'obstacle est la distance spatiale entre soi et l'autre qui semble amener la question à d'autres formes de communication, au-delà de l'espace.

*
*       *

       Comme d'habitude, je reviens vers moi : « L'absence marque la présence ». Cette phrase de Lacan m'a tant marquée qu'elle fait partie de mon quotidien. C'est comme réciter un mantra ou faire une prière.

       La moitié de mes êtres aimés habitent loin, en Argentine. Paradoxalement, je communique plus et mieux avec eux qu'avec ceux qui sont ici. Je crois même que la qualité de la communication est en relation inverse de la distance. Dernièrement, je me sens furieuse par la privation de contact avec ces êtres aimés. Mais objectivement furieuse, car les événements de l'année dernière m'ont empêchée de me ressourcer affectivement selon ma modalité. J'ai besoin de câlins, de protection, j'adore m'abandonner dans la contemplation de voir mes enfants et mes petits-enfants jouer, vivre, travailler et aimer autour de moi. En plus, mon corps a besoin de se régénérer périodiquement dans les étés de mon pays, à la mer, à la piscine, à la campagne avec les odeurs des eucalyptus. Il y a vingt ans que je suis en France et rituellement chaque Noël nous nous réunissons pour rire et Dieu sait combien le rire est la vie !

       Cette année notre communication tient au-delà de l'espace. Et je vois s'accroître notre possibilité de bien nous aimer dans la distance. Naturellement, je me réveille dans la nuit avec la sensation d'être sur ma plage de sable doré, dans ce lieu traditionnel où nous nous réunissons, non pas pour « nous faire voir », mais « pour nous voir ».

       Vers les années 1900, mes grands parents maternels ont découvert avec six autres familles ce lieu de rêve, une petite ville sur la mer, mais bien différente des autres. Les générations passant, nous nous retrouvons là tous âges confondus. « Les hommes disparaissent, les institutions restent ». J'ai l'impression d'une grande institution familiale. Nous partageons tout. Cela me manque, mais il ne s'agit pas d'un vide mélancolique, sinon d'un désir frustré dans le réel. Où va-t-elle donc la pulsion ? Dans mon cas, elle va alimenter la création, et je laisse le désir aller de la pulsion vers le fantasme pour se réaliser simplement dans un poème et si j'avais le temps, sans doute dans la peinture.

       Comme je le disais dans un numéro précédent, il me faudra plusieurs vies : une pour écrire, une autre pour décrire et, au moins, une autre pour peindre.

*
*       *

       Il y a des expériences dans ma vie dont je ne peux nier l'originalité.

       Étant éloignée d'Argentine je me réveille à quatre heures du matin et j'appelledirectement chez moi. Mon quatrième enfant répond au téléphone et je lui demande : « Gabriela, qu'est-ce que tu as bu ? » Elle me répond : « Ne te soucie pas, maman, j'appelle l'assistance publique, je dois boire beaucoup de lait ». Comment pouvais-je savoir, à 12 000 km, qu'elle s'était trompée de bouteille d'eau minérale et avait bu l'herbicide dissous dans l'eau d'une bouteille
identique ?

       Nous avons commandé le billet d'avion pour notre troisième enfant pour venir en France. Il devait aller le chercher le lendemain après-midi. Soudain je dis : « Je viens de voir Mario -- mon fils -- sortir triste de l'agence et sans billet ». Nous avons appelé immédiatement Air France à ce sujet. Par erreur, la commande n'avait pas été passée et l'avion devait partir deux jours après.

       J'étais à Haïti. Je me promenais dans la voiture de mon hôte à Port-au-Prince. J'eus soudain la vision de la maison de campagne de mon oncle maternel, l'entourage était gai, mais je vis un chien -- un de ceux qui sont, en général, nombreux dans les maisons de campagne -- rentrer dans la maison la queue entre les pattes et l'air attristé. Quelques mètres après, je croisais un curieux cortège funèbre à la haïtienne précédé par une énorme croix en bois. J'arrivai à la maison. J'appelai chez moi à Buenos Aires. Mon oncle venait de décéder une demi-heure avant mon appel.

       Ainsi pourrais-je citer de très nombreux exemples parfois effrayants, car quand les communications à distance arrivent, c'est sans doute parce que, entre l'autre qui émet et moi qui reçoit, les canaux de communication sont ouverts. La communication au-delà de l'espace est vraie. Par ailleurs, toute énergie est matérielle et, comme telle, organise finalement des scénarii en substance très logiques.

       C'est peut-être trop de parler des messages passés pendant les rêves. J'ai déjà expliqué à plusieurs reprises la fonction prémonitoire des rêves, parfois bien évidente, sa fonction compensatrice, etc. Je ne veux pas y revenir, mais je sais que ma petite fille a reçu ses cadeaux de Noël ce matin, car j'ai rêvé d'elle. Elle habite à plus de 20 000 km d'avion de chez moi, à Rio Grande, dans la province de la Terre de Feu.

       L'explication psychologique est simple si nous tenons à la théorie de la communication de Ruersch et Bateson. Dans tous les cas mentionnés, le système de communication n'a pas été parasité, le feed back a été adéquat et l'ouverture des sujets en communication était excellente.

       Parfois la distance permet le nettoyage des canaux de communication, car cette dernière n'est pas parasitée par des feed backs troublés dans les circuits de rétroalimentation entre les participants. Ainsi la distance diminue les dangers de parasitage par de fausses interprétations.

       Le thème avait l'air de toucher la parapsychologie ou les sciences occultes. Mais il n'en est rien, car nous sommes sur le terrain de la phénoménologie pure. Elle intervient de prime abord dans la compréhension psychologique, c'est tout.

*
*       *

       Et par rapport à toi, il fait beau ces derniers jours. Tout est paisible, l'hiver semble céder le pas à un printemps qui veut désespérément se faire ressentir. Vers 10 heures, nous étions encore séparés et chacun a eu sa crise de nostalgie. Nous nous sommes rencontrés comme affaiblis par je ne sais pas quoi. Qui d'entre nous a commencé à exprimer le symptôme et qu'y avait-il derrière ? Je ne sais pas, mais je crois de plus en plus que nous partageons un seul inconscient -- tous sans exception -- et que nous nous abreuvons dans ses sources étranges et que nous produisons des symptômes au-delà de l'espace.


Fait à Paris, le 14/02/1997

Je viens de voir
des arômes fleuris,
mais je ne sais pas
si c'était dans mes rêves...
ou dans les tiens.

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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Comunicación más allá del espacio


       Yo no elegí el tema, lo trajo uno de nuestros colaboradores tal vez motivado por su deseo de saber si podría comunicar en la distancia con alguien querido que deberá ausentarse a un país lejano por su trabajo.

       Desde el punto de vista fenomenológico se trata de una pulsión que como tal representa la atracción despertada por la imagen del otro ausente. Ludwig Klages, en su libro Reconsideración del psicoanálisis dice que « la imagen del agua aviva la sed del sediento y constituye la pulsión de beber ». El caso de nuestro colega la imagen de la que partirá originaría su pulsión de comunicar con ella más allá del espacio.

       La pulsión es una fuerza cuyo origen está atrás y que tiende hacia algo que está adelante.

       Las pulsiones son detectables en el discurso a través de expresiones tales como : « me siento conducido a... », « me siento empujado a... », « estoy tentado de... », « me embarga el deseo de... », « estoy arrastrado por... ». En el caso de incidentes espontáneos, tales como sin pensar tomar un teléfono para llamar a alguien o cambiar de ruta en pleno viaje la energía desplegada está en la fuerza de la pulsión.

       Paro aquí mis consideraciones porque creo que es tarea del protagonista, nuestro colaborador que trajo el tema, interrogar su inconsciente. Por mi parte escucho en el título conociendo a mi colega, la resonancia de un imposible, resignación también de un duelo no hecho en su pasado, une angustia de pérdida, un trazo melancólico... Cuál será el destino de la pulsión en su caso? Desestabilizar el yo. El objeto perdido estaba cargado de energía libidinal. Su pérdida hace regresar al yo la energía que en él estuvo invertida. La libido vuelve al yo, lo sobrecarga, lo desestabiliza. Es aquí que comienza la pedagogía fatal de la realidad, que se ocupa de destronar, a la fuerza, los ídolos.

       La desesperación desestabilizante proviene del hecho de no querer desinvestir el ídolo, es decir hacer el duelo del objeto espacialmente perdido tratando de encontrar en la realidad formas de comunicación menos melancólicamente fijadas.

       En ése caso la cadena de significantes se mueve desplazando el principal significante n°1 que representa el objeto perdido del duelo jamás hecho. ¿Porqué el sujeto desea aún en el presente un objeto de amor inalcanzable al menos espacialmente? Yo simplemente pregunto, sólo el protagonista podrá responder porqué él puede interrogar su inconsciente y asumir su deseo.

       Las modalidades de organización del deseo: dinámica, topológica y económica definen las organizaciones, normales, patológicas y creadoras de la personalidad. En éste caso sería interesante seguir el desarrollo creador de los modelos de representaciones.

       A considerar también el análisis de los sueños dado que la motion pulsional del deseo que está en el corazón del tema del sueño es fundamentalmente el deseo reprimido. En ésta dimensión de la comprensión el sujeto persigue, empujado por el deseo, la dialéctica del ser y del tener. El caso de nuestro colaborador el obstáculo es la distancia, la cuál lo empuja a la búsqueda de nuevas formas de comunicación a descubrir.

*
*       *

       Como siempre vuelvo la mirada hacia mi... « La ausencia marca la presencia ». Esta frase de Lacan me ha marcado tanto que forma parte de mi cotidiano, tal como la oración.

       La mitad de mis seres queridos están lejos, en Argentina. Paradójicamente comunico más y mejor con ellos que con los que están aquí y me rodean físicamente. Yo creo que la calidad de la comunicación está en relación inversa a la distancia. Actualmente estoy furiosa por la privación física de mis queridos ausentes, pero objetivamente furiosa porque los hechos vividos el último año en Argentina me impidieron recargarme según mi modalidad porque necesito paz, calma, ritmo lento, mimos y protección... Adoro abandonarme a la contemplación de mis mayores y de mis menores: hijos y nietos. Me fascina verlos, según sus diferentes edades, jugar, vivir, trabajar y amar en torno mío. Por otra parte mi cuerpo tiene necesidad de regenerse periódicamente aprovechando los veranos radiantes de Argentina: el mar, la pileta, las caminatas, el campo, la música, los olores de los eucaliptus, el agua fría del océano Atlántico... Hace 20 años casi que estoy en Paris y ritualmente, cada Navidad nos reunimos todos allá para « reír » ¡Y Dios sabe cómo la risa es vida!

       Este año nuestra comunicación se sostiene más allá del espacio y es increíble ver crecer el amor a causa, en parte, de la distancia forzada. ¡Naturalmente que me despierto durante la noche con la sensación de estar estirada sobre mi playa de arena dorada, seca y limpia!... Es un lugar tradicional, de ésos en los que uno se reúne no para « hacerse ver » sino « para verse ».

       Hacia el año 1900 mis abuelos maternos descubrieron junto con otras cinco familias Miramar, lugar de sueño. Una pequeña ciudad de campo pero junto al mar « bien diferente de otras ». Las generaciones han pasado y siguen pasando. Personalmente me da la impresión de una gran casa de familia. Esa vida me falta. No se trata de un vacío melancólico sino de una frustración real de mi deseo de vivir. ¿Hacia dónde se dirige en este caso la pulsión? Para mi a alimentar la creatividad. Yo dejo al deseo vehiculizar la pulsión hacia el fantasma que aceptado me permitirá expresarme en la creación, puede ser un poema, un dibujo, una pintura.

       Como expresé en uno número anterior, el n° 26, titulado « el espacio interior » en el artículo « Duelo y creación », donde en forma de poemas busco... decir:

¡Debería tener muchas vidas para realizarme
una para amarte y, al menos, otras tres
una para describir, otra para escribir
y la última para pintar!

*
*       *

       En el texto francés cuento experiencias de mi vida que prueban que la comunicación más allá del espacio es verdadera y posible.

       Incluso para los hispanohablantes la lectura de los ejemplos en francés es fácil de comprender. Por eso no me detengo a traducirlos.

       ¿Podría citar, sin duda muchos pero lo importante es el ¿porqué la comunicación a distancia entre dos personas, por ejemplo, se presenta generalmente en forma de flash? Porque tanto el que envía como el que recibe tienen sus canales abiertos. La comunicación es verdadera. Toda energía es material y como tal organiza escenarios en sustancia bien lógicos. Ejemplo: cuando sin compartir la presencia física deseamos ardientemente ayudar al otro en un problema de salud que lo aqueja, en un examen, etc.

       La explicación psicológica es sencilla. Si seguimos a Ruersch y Bateson en su teoría de la comunicación. En lo que respecta a los casos mencionados en el artículo en francés yo pude recibir porque el sistema de comunicación no tenía « ruidos parásitos ». La retroalimentación fue adecuada así como también el grado de apertura de los sujetos comunicantes.

       La distancia anula los peligros de la interpretación de los contenidos de los mensajes.

       Cuando el tema me fue propuesto creí que íbamos a tocar la parapsicología ó tal vez las ciencias llamadas ocultas. Ignoro aún cómo mis colaboradores abordarán el tema -- porque salvo errores teóricos -- cada una declina su artículo según sus conocimientos, inclinaciones y vivencias, pero no fue así: me encontré en un plano concreto, el de la fenomenología que asiste en primer lugar la comprensión psicológica.

       Eso es todo.

*
*       *

       Con respecto a vos el tiempo está lindo estos días. Hay paz y el invierno cede el paso, prematuramente a una primavera caprichosa y desesperada, queriéndo imponerse.

       Los almendros florecieron ya en el sur de Francia.

       Anoche estábamos separados, cada uno en su ámbito de trabajo y reflexión. Hacia las 10 me sentí inquieta, mi corazón latió muy fuerte.

       Cuando nos encontramos constatamos haber vivido la misma experiencia y a la misma hora.

       Nuestro caso no tiene nada de particular porque el afecto es una condición sine qua non de la comunicación a distancia. Creo que todos compartimos un solo inconsciente. Lacan, Jung, sin haberse concertado están de acuerdo. Ahora bien de ésa fuente original nos alimentamos todos al punto de poder compartir un síntoma en la distancia. Pienso tan fuerte en vos que una flor roja puede estar abriéndose en tu jardín ahora y aunque sea todavía invierno...


Hecho en Paris, el 14/02/1997

Vi aromos florecidos,
pero no se si fue
en mis sueños o en los tuyos.

E. GRACIELA PIOTON-CIMETTI


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Le pacte


       J'estime ne pas avoir une grande intuition. En tout cas, je ne la laisse pas s'exprimer.

       Les raisons en sont simples : j'ai décidé de ne plus me faire peur avec le « non-contrôlé » ; une belle et terrifiante nuit de mes dix ans, j'ai fait un pacte. Auparavant je me sentais prise dans un marasme de courants qui me dépassaient, qui n'entraient pas dans ma conception du temps, du concret, de l'objectivité.

       Tandis qu'à l'école on m'apprenait à structurer ma pensée, à faire un plan, à effectuer une thèse-antithèse-synthèse, je vivais sur un autre plan des angoisses non conjoncturelles, des découvertes non objectives, des peurs inexpliquées, des interrogations existentielles dont l'esprit cartésien peut se moquer, mais dont la conscience connaît l'importance.

       Toute la scolarité consiste à établir des normes là où l'imagination, la vie même aspirent à percer de façon anarchique.

       Je ne peux pas, à présent, raisonner autrement que par hypothèses : à la demande de la société, je me suis construit un bon petit esprit informatisé avec un système de ramifications binaires : possible / pas possible ; vrai / faux ; réaliste / irréaliste.

       Mon cerveau gauche, scientifiquement dédié au raisonnement cartésien est probablement hypertrophié aux dépens de mon cerveau droit, infantilisé puisqu'il n'a pas mûri. La masculinisation de mon cerveau -- les références intellectuelles sont traditionnellement, et surtout socialement, dédicacées à l'homme -- ne m'a pas encore métamorphosé le visage, ni le corps. Du moins, pas encore.

       Pas encore parce que, d'une part je ne peux échapper à mon déterminisme sexuel embryonnaire et pubertaire et d'autre part, ma parcelle atrophiée possède une force que je n'aurais pas soupçonnée. Sans doute s'exprime-t-elle dans mes rêves où j'exerce bien moins de contrôle : des rêves prémonitoires, communications hors espaces et hors du temps s'imposent à moi alors que j'étais fermement décidée à ne pas laisser prise à de telles manifestations.

       Mon pacte de jeunesse s'arrêtait à la volonté de ne plus vivre la peur liée à des événements inexplicables. Mais il ne concernait pas le champ de l'imaginaire, de ma vie onirique, de mon espace intérieur. Ce pacte, sorte de compromis entre la société et moi, me permettant de me créer une structuration efficace, m'autorisait encore à laisser percer quelques émanations de l'inconscient, inconscient personnel ou inconscient collectif.

       Ce puits de courants, d'échanges, de communications hors du temps, hors espace, telle la lave active du centre terrestre commun à toutes les civilisations, pays, contrées, semble contribuer à nourrir cette partie de nous qui échappe à la structuration cartésienne : rêves, symboles transposés de génération en génération, de civilisation en civilisation.

       À présent, je souhaite m'y ressourcer.

       Je m'aperçois de plus en plus que la logique n'est qu'un outil d'organisation, de réalisation, mais qu'elle n'intervient que pour une infime partie dans les grands événements de ce monde et de l'être humain. Tout au moins cette sacro-sainte logique cartésienne, inscrite dans une chronologie expansive et pourtant si restrictive.

       Je regrette presque ce manque d'éducation à l'écoute des phénomènes ressentis, hors du champ d'interprétations habituelles.

       Ce terme d'éducation vient signer l'idée d'un tuteur -- on ne change pas facilement ses réflexes intellectuels ! --, un tuteur qui doit, peu à peu, devenir intérieur, c'est-à-dire le centre de référence en cas de doute.

       Tout comme la logique du coeur -- terme populaire -- que S. Freud et bien d'autres ont tenté de formaliser -- étape oedipienne --, il existe des réseaux de communication de sympathie, d'antipathie, qui nous échappent.

       On peut, bien entendu, estimer, comme de nombreux neurologues il y a une dizaine d'années, que tout ce qui n'est pas expliqué de manière scientifique, ici et maintenant, le sera un jour ou l'autre ; c'est une question de recherche et de temps.

       Il n'y a pas lieu de remettre en cause cette recherche ; elle permet d'aller toujours plus loin. Cependant, elle n'est pas la panacée et n'écoute pas la réalité des phénomènes « au-delà de l'espace », qui se réalisent parfois à notre insu, que nous vivons au jour le jour...

       En attendant plus amples informations, il nous reste à gérer cet état de faits...et quel piment !


FLORENCE BOISSE


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Communication au-delà de l'espace


       Le mot « communication » est dans l'air du temps. La fréquence de son utilisation dans les médias, dans les messages publicitaires de tout bord ou même dans le discours de l'homme de la rue témoigne de son image positive, comme si ce mot et toutes les images et concepts qui lui sont associés étaient puissamment investis tant au niveau individuel que social par une énergie pulsionnelle. Le mot et le son qui le fait vibrer agissent comme des attracteurs de notre intention, de notre énergie psychique, de notre libido comme dirait Freud.

       Les acteurs économiques ne sont pas en reste, quand ils utilisent également ce mot pour mettre en avant leurs projets : les « autoroutes de l'information » pour développer les réseaux de communication de demain, le « multimédia » pour enrichir la communication interactive... L'objectif de cette dynamique est de réduire la distance spatiale, mais aussi temporelle entre les individus : communiquer plus loin et plus rapidement presque en appuyant simplement sur un bouton. Mais devant cette débauche de progrès, nous sentons-nous plus heureux, plus épanouis, mieux dans notre peau ?

       L'observation de mon entourage ou même de l'environnement que je traverse au quotidien, me suggère que la réponse ne peut pas être positive, tout du moins globalement. Certes, la morosité ambiante, la plus grande difficulté des relations interpersonnelles -- couples divorcés, grands-parents oubliés dans une maison de retraite, amis négligés, enfants incompris -- et la dégradation du contexte économique peuvent expliquer cette incapacité à accéder à un équilibre de vie. Mais plus de moyens de communication ne pourront redonner un emploi à un chômeur, faire se parler à nouveau un père et un fils en froid, faire voir la vie en rose au dépressif qui s'ignore et qui est toujours fatigué. Dépression masquée ?

       La communication est aussi le langage de l'âme. C'est une autre dimension, différente de l'échange strictement verbal entre deux personnes, notamment quand elles communiquent derrière leur masque social. L'être humain ne peut vivre uniquement à partir d'échanges d'informations avec son environnement social. Il a besoin de se sentir relié aux personnes qu'il côtoie en famille, au travail, dans la rue. Que cela se passe grâce aux règles sociales préétablies, comme la politesse, les usages, le respect de l'autre ; ou au travers de marques affectives plus personnalisées, en fonction du développement de la relation psychoaffective avec l'autre. Cette communication se constitue à partir de notre capacité à nous placer avec l'autre : ressentir les mêmes émotions, être à l'écoute de ce qu'il dit, tenter de comprendre ce qu'il veut exprimer, avoir le désir de lui venir en aide. Toutes ces qualités ne viennent pas ex nihilo du fin fond de notre être si nous ne les avons pas cultivé au gré de nos expériences quotidiennes.

       Cette communication devient de plus en plus rare, en un temps où tout s'accélère, se fonctionnalise, se rationalise, car nous sommes de moins en moins disponibles pour écouter l'autre, parce nous manquons de temps et surtout parce que notre état de réceptivité nous en empêche. Trop de défenses psychiques élevées à la hâte, dans le tumulte de la vie trépidante moderne, nous ont fermés sans aucune sélectivité à des espaces libres de communications. Il reste juste assez d'espace pour communiquer avec ses proches, familiaux, professionnels... Les autres n'existent plus, sinon comme les acteurs d'un film dont l'écran devient de plus en plus lointain et moins intéressant. Rester proche de l'autre, au plan des sentiments, n'a rien à voir avec la distance. On peut être à des milliers de kilomètres de gens qu'on aime, les sentir proches de soi, comme si leur entrée dans la pièce d'à côté ne pouvait pas nous surprendre. Cette relation est une force pour chacun dans son chemin individuel, qui l'accompagne partout où il ira. Cette communication n'a pas besoin de bouton pour fonctionner, car elle est immédiate ; à la vitesse de l'esprit.

       En outre, cette communication n'est pas statique mais éminemment dynamique, comme nous le montrent les rêves prémonitoires et les flashes quand nous voyons la personne quelques secondes ou minutes avant de nous téléphoner.

       Pourquoi oublier cette source de bien-être qui se moque des kilomètres et de la puissance matérielle de notre civilisation ? Je vous invite à en interroger la qualité et l'épanouissement dans votre vie au quotidien.

       « La tristesse qui est dans le coeur de l'homme l'accable, mais une parole aimable le réconforte » (La Bible, Les Proverbes, 12).


HERVÉ BERNARD


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Et l'émetteur...


       La communication de notre Présidente dans le présent numéro illustre par quelques exemples typiques la faculté que possède l'être humain de recevoir des messages à distance dans des circonstances, il est vrai, assez exceptionnelles.

       Elle nous explique les conditions de ce processus qui ne sont ni permanentes ni évidentes pour chacun.

       Pour recevoir la pensée d'autrui, ou bien l'image d'une situation dans laquelle celui-ci se trouve et qu'il veut nous transmettre, il faut d'abord une certaine disponibilité d'esprit. Si le cerveau est préoccupé par le flot des pensées mécaniques auxquelles l'être adhère, si les émotions obsèdent la personne qui s'identifient à elles, il n'y a plus de place pour la réception d'un message dont la communication se fait sans l'usage des sens : l'espace intérieur est déjà plein.

       Mais il faut également, pour percevoir une telle communication inattendue, qui interrompt le flux de la pensée engluée dans l' « ici », un récepteur mental en état de marche. Cette disposition n'est pas évidente ni naturelle. Elle est le fruit d'un dur travail d'analyse et d'observation de soi-même poussé jusqu'à développer une écoute particulière et fine, l'écoute du murmure de la voix de l'autre à mon intention, très loin au-delà de l'espace.

       Il faut avoir un bon récepteur, développé, en état de marche... Mais qu'en est-il de la situation inverse ? Comment puis-je transmettre, moi, une pensée sans mots ?

       Et tout d'abord est-ce possible ? Une personne me dira : « J'ai pensé brusquement à vous tel jour, à telle heure ». À y bien réfléchir, est-ce elle qui a soudain pensé à moi sans raison apparente, ou bien plutôt moi qui, au même moment, ai délibérément pensé à elle et actionné son récepteur psychique ?

       Si l'on parle de communication au-delà de l'espace, il faut nécessairement admettre l'existence d'une relation entre deux êtres, dont l'un est émetteur de pensée dirigée. On pénètre alors dans un monde étrange où le délire vous guette à chaque pas : télépathie, occultisme, voire magie ou sorcellerie.

       Et pourtant les faits sont têtus. Si je reçois la pensée d'autrui sans aucun support, cela signifie également que je peux réciproquement lui transmettre par le même moyen mes propres forces psychiques, en les orientant positivement à son égard.

       La pensée est donc en quelque sorte quasi matérielle. La question mérite en tout cas d'être posée.


GEORGES DE MALEVILLE


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