NUMÉRO 111 REVUE BIMESTRIELLE février-mars 2007

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela L'indifférence
 
Bernard, Hervé Indifférence
 
Bouket, Gaël L'indifférence
 
Delagneau, Philippe L'indifférence
 
Ercole, Jeanine L'indifférence
 
Giosa, Alejandro Indiferencia
 
Labraidh, Seonaidh Indiferencia
 
Manrique, Carla La indiferencia
 
Recher, Aurélien L'indifférence
 
Ruty, Paul Indifférence, papillon et boomerang
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de janvier 2007
 
Thomas, Claudine L'indifférence


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L'indifférence serait-elle la recherche d'un repos funeste ou d'une toute entière indépendance ? Serait-elle une défense, dans les limites du pathologique, pour s'épargner la souffrance ou une façon sans limite d'occulter la vérité d'un soi qui ne peut être qu'en soi-même dans les profondeurs d'un corps habité ?

Peut-il vivre, l'indifférent ? Peut-il aimer ? Non ! Il reste sur un trottoir en voyant passer la vie, évitant les engagements et en mettant une volonté trouble pour la résolution, sans souffrance apparente, des menaces qui viennent des autres, de l'environnement et de son être intérieur qui n'a pas de place pour se manifester, car cerclé, mourant d'ennui. Chateaubriand disait : « Je bâille ma vie ». Ce n'est pas par hasard, dans une société où l'indifférence est maîtresse de l'action, que le tableau préféré des Français est « L'indifférent » de Watteau au Louvre : un homme qui se tient debout, arrogant, suprême et faux.

L'indifférent séduit, porteur ignorant de sa pathologie narcissique. Pourquoi cette séduction que dégage l'indifférent ?

Elle est un écran vide. De l'autre côté, l'autre essaie sans cesse de pénétrer cette carapace en croyant, par projection, qu'il pourra convertir cette coquille vide dont il ignore la qualité, en être vivant et aimant. C'est sur l'indifférent que nous faisons la plus grande quantité et qualité de projections. Mais l'autre ne fera jamais ce que nous voulons, ce que nous croyons le mieux pour lui ou pour nous. Il n'est qu'un capricieux égocentrique, capable d'une douceur mielleuse ou d'une dureté pour faire son vouloir.

Résidu enfantin du pervers polymorphe ? La question s'ouvre. Mon expérience clinique m'amène à constater qu'il peut l'être. Libre en soi selon lui, enraciné dans ses pulsions les plus archaïques. Ses idéaux ne vont pas plus loin que la satisfaction de ses désirs de dominer.

La première théorie de Freud au sujet de la séduction émet des vérités anthropologiques qui s'avèrent vraiment universelles. Le vide de l'indifférent, réduit, séduit, absorbe. Les aspects plus profonds, plus constants, universels et transitionnels résultent de mécanismes inter réactionnels entrant dans le jeu de la séduction. Il faudra nous attacher à comprendre la place tenue par la théorie de la séduction dans le narcissisme. Le maternel est le féminin au sein de la théorie sur la séduction : essayer sans doute de découvrir chez le patient un vécu plus primitif du sujet afin d'en déduire un sens utilisable pour l'analyste. Un niveau d'écoute serait de relier le présent, le fait actuel au vécu affectif plus ancien.

Le cas de Monsieur X, patient qui me touche beaucoup, décrit son père comme manquant de consistance, sa mère, un être évanescent. Cela lui fera dire en analyse : « Ah, si seulement je pouvais en tant que fils me faire une image de ma mère… » Je ne sais pas quoi mettre dans mon travail avec lui : blessure narcissique ou narcissisation excessive d'un groupe de famille qui lui a gonflé son imaginaire au point de faire de lui un menteur compulsif, étant donné que le personnage n'existe pas dans le réel. Sur cette personnalité se sont greffés les idéaux et les frustrations de chacun des membres de la famille. Voici une blessure narcissique par projection.

Cessera-t-il de mentir un jour, au moins dans l'analyse ? Mais l'unique chose qui l'intéresse c'est de conserver son image et d'occulter son histoire. Il séduit les femmes et après il part, car il lui est impossible de tenir le mensonge.

Mon patient aime, dans la profondeur de lui-même, une femme qui représente pour lui son idéal. Évidemment, la femme unique, inatteignable, sûre d'elle-même, disant toujours la vérité.

Il ne sait pas danser, il ne fait pas de sport, il protège son corps de l'extérieur selon la tradition de l'image qui lui a été inculquée. Il reproduit l'évanescence de sa mère. Il rend un culte à cette image. Il est identifié à cette image.

Il organise le monde pour que chacun soit complice de cette protection de l'image.

Mon avis, aujourd'hui dans cette analyse : je vois sans cesse le passage entre comportement enfantin pervers polymorphe et quelqu'un dont l'image peut se briser irrémédiablement à cause d'une maladie, d'une ride qui apparaît.

En revanche, parfois, la blessure narcissique de ne pas être son discours, son agir, me met en face de sa vraie souffrance. Sorti momentanément de son identification, il tombe dans sa réalité : ce père absent, cette mère évanescente qui était à l'origine de son image devenue une prison identificatoire.

Toute contradiction est vécue par lui comme blessure injustifiée. J'aimerais le soigner. Quelqu'un en moi dit : « c'est peut-être trop tard ». Mais je suis sûre qu'il n'est jamais trop tard. Le modèle de cette femme inatteignable, c'est son seul lien avec le réel de la situation. J'ai une grande peine pour lui. Mon travail se réduit à l'accompagner et à dialoguer avec cette image fausse. Maintenant, quand il chute dans sa souffrance, dans sa blessure, je l'accompagne, car c'est par la blessure que je crois, la considérant comme une brèche, pénétrer sa suprême indifférence. La brèche s'ouvre quand il dit en pleine souffrance : « Je me sens désemparé ». En lui, il y a une composante obsessionnelle qui nous permet de tenir un cadre analytique discipliné.

Il me faudra parler aussi de sa sexualité. Je me référerais à une observation clinique très particulière de séduction, d'ordre essentiellement narcissique. Il serait sans aucun doute fort peu pertinent de la considérer comme aventure avant tout sexuelle. Il séduit les femmes de façon remarquable. Parfois, il se présente comme le solitaire désespéré et sans destin, parfois comme le gigolo exigeant, parfois comme un homme de raison. Mais avec chaque femme, peu après un comportement fortement mâle et puissant, il rentre dans le non intérêt de l'objet séduit, car ce qui est à lui ne l'intéresse plus lorsqu'il l'a possédé.

C'est-à-dire, ce qui est à lui ne vaut rien. Il n'accepte aucune responsabilité. C'est l'autre qui se dénaturalise devant ses yeux. Et son pèlerinage continue.

Ses grands-parents avaient fait de lui un rêve de grands-parents (père manquant, mère coquette évanescente de grande famille, mais capricieuse) : il a été idéalisé par ce couple vieillissant dans lequel il était le seul espoir de réalisation des rêves frustrés. Sa grand-mère, jeune femme d'une grande famille parisienne, habituée à la grande vie et au monde, s'était mariée avec un militaire de la guerre 1914-1918 et avait fini par vivre dans un petit village dans les montagnes vers l'est de la France. Pas de retour en arrière. Le grand-père ne parlait que de sa guerre. Ils ont fini leur vie ensemble il y a trente ans alors que mon patient était jeune, il n'avait que trente six ans, elle habitant le premier étage, lui le rez-de-chaussée. L'unique contact, l'unique rapport entre les deux était défini par la présence de ce petit enfant, adolescent, jeune homme, qui est aujourd'hui mon patient.

Peut-on imaginer un passage à l'acte avec une femme inatteignable s'il est incapable de plonger dans une passion qu'on pourrait trouver selon son cas comme irrémédiablement dangereuse ? Je reconnais dans cet amour, la présence d'un petit être pur, un enfant qui était malmené par les rêves des autres.

Mais c'est mon cas le plus difficile. Je comprends l'étiologie, mais le matériel est pauvre. Il est appauvri par les faux de l'histoire. Parfois, je suggère, mais cette structure est tellement forte, tellement immuable que je me limite à transmettre le message, simplement, une goutte d'eau dans un désert de sable. Voici le personnage : il ne danse pas, il ne fait pas de sport, il soigne son corps de l'extérieur, c'est un vide, un abîme, je peux l'accompagner, il n'est qu'un modèle compensatoire de la frustration des autres.

Il veut des rendez-vous extrapolés. C'est là où la séduction fonctionne avec moi ou peut-être c'est par responsabilité professionnelle que je dis presque toujours « Oui, je suis disponible ».

Je me surprends en moi-même, car il y a quinze jours, dans un groupe clinique, il m'a été demandé de présenter un cas. Je n'y voyais pas d'inconvénient, mais je ne voyais pas un cas qui pouvait m'interloquer. Maintenant je sais pourquoi. Si le thème de l'indifférence n'avait pas été proposé, je n'aurais pas pensé à lui. Mais je l'ai entendu dire, c'était lui, en citant Chateaubriand il y a plus de vingt ans : « Je bâille ma vie ».

Fait à Paris le 3 mars 2007, passionnément.
Je ne sais pas où nous irons ensemble,
mais nous sommes dans la voie et peut-être à travers une névrose de transfert
nous pourrons lui dévoiler l'inconnu qui est en lui
et mérite de prendre sa place et l'aider à habiter un corps
et mourir un jour dans la paix d'un être accompli.
Que Dieu nous protège.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



L'indifférence se cache dans bien des méandres de notre humanité. Par exemple, quand nous nous exposons avec innocence à autrui, avec notre tendance naturelle à être sensible à l'intérêt que nous portent les autres, à tort ou à raison : l'autre peut parfois nous considérer derrière une apparence contraire avec une grande indifférence.

L'homme est un être social qui ne peut pas vivre bien longtemps coupé de ses semblables, que cela soit au plan physique à travers les bien matériels que lui procurent la société, ou au plan psychologique par les sentiments procurés par les liens tissés avec les autres à travers le cheminement de son désir, de ses désirs. Comme la vie peut engender un sentiment de puissance ou tout simplement la fierté, le surdimensionnement de l'égo constituant un exemple de risque d'une dérive pathologique à éviter !

On imagine sans difficulté la possibilité que parmi les nombreux admirateurs d'un trait de caractère ou d'un talent qui nous rend admirable par rapport au commun des mortels, il n'y en ait pas quelques uns qui profitent de notre cécité psychologique pour mélanger pseudo admiration et indifférence. Et jusqu'à quel point cette situation ne correspondrait-elle pas à la réalité ? Une majorité des cas ?

L'âme humaine ne serait-elle pas foncièrement égoïste, toute repliée dans les dimensions bien dériosires de sa propre bulle, tout juste capable de voir l'autre pour lui soutirer quelque chose, dans son propre intérêt dans un jeu d'indifférence bien caché ?

Et si nous regardions notre propre indifférence pour mieux appréhender, contourner et ne pas accepter celle des autres !

Bien sûr, nous avons des devoirs envers nous-mêmes, notre famille, notre travail, nos amis… qui nous obligent selon une discipline bien huilée ou un réflexe bien ancré dans notre profil psychologique à maintenir notre attention et notre conscience sans distraction vers les actions et les êtres auxquels nous sommes liés comme dans une sorte de contrat écrit ou implicite.

Et il est tellement plus facile, alors que notre conscience nous interpelle vers un appel d'aide ou tout simplement d'attention vers une personne qui demande, qui peut-être d'ailleurs parfaitement inconsciente pour elle, de se détourner de cette personne pour mieux continuer dans notre direction initiale. N'avons-nous pas des œillères, de temps en temps ? Pourtant la vie nous offre une multitude d'exemple de croisements de vies et de destins souvent préparés, prévus, mais également et peut-être le plus souvent dus aux hasards de l'ici et maintenant.

La vie est ainsi faite que tout n'est pas prévisible et qu'il convient d'adapter notre manière de voir le monde, de voir les autres. Si la morale et l'éducation nous commandent d'aider son prochain, de se pencher vers l'autre dans le besoin, la loi de la vie nous montre tôt ou tard le bien-fondé de se plier à la nécessité de l'écoute des autres notamment quand ils nous sont inconnus.

Mais parfois il semble bien courageux de faire un premier pas vers cet autre apparemment ou ponctuellement dans une situation « inférieure » à la nôtre, alors que nous convergeons de manière grégaire dans un comportement égoïste tourné vers un intérêt personnel et immédiat, selon une pulsion freudienne toute primaire.

Pourtant, à bien y regarder, la vie fonctionne fondamentalement sur l'échange et cette loi éclaire notre regard vers les autres que nous croisons sur un mode harmonieux !

Hervé Bernard



L'indifférence, l'autisme absolu, accompli, total : rien ne l'atteint ou tout le traverse comme on veut, statique, sans développement possible, un mort vivant, ou même juste un mort mort. Être indifférent à quelque chose c'est y être mort. Je me place sur mon terrain : y a-t-il une indifférence à la musique ? La littérature décrit « l'amusie », cas rarissime touchant la capacité à associer deux sons entre eux. La musique, c'est rythme et hauteur de son, intensité et timbre, même parfois espace, l'amusie, si elle altère la capacité à profiter de Mozart, ne peut sans doute pas altérer tous ces paramètres. L'indifférence ne peut être totale, même les sourds peuvent être musiciens.

Génétiquement, l'être humain n'est pas indifférent, ou plutôt épi génétiquement, chacune des cellules de notre corps interagit avec l'environnement, elle s'en nourrit. Les gènes régulateurs agissent sur le code génétique à chaque instant.

Et même ces autistes, si asociaux pour certains, si indifférents à nous, ne peuvent faire autrement que de recevoir ce que nous disons, faisons. Il s'agit d'avantage d'une intolérance au changement donc tout sauf de l'indifférence.

J'ai bien peur de croire en ce constat : l'indifférence n'existe pas. Peut-être le mépris, peut-être le manque d'intérêt, l'ennui : la méconnaissance de son propre fonctionnement à coup sûr, inévitablement. On ne peut mesurer tout ce qui nous constitue et nous change à chaque instant, de la diète forcée de mon arrière grand-père un 4 mars 1902 à l'enroulement complexe d'un filament d'ADN qui fait se côtoyer deux ennemis jurés. Je ne peux pas être conscient de tout ça, mais je ne peux pas y être indifférent.


Fait à Paris, le 2 mars 2007, chaque seconde compte, puissé-je rendre à chacune sa valeur. Tout va bien. Le TP doit être accompli, il le sera.
Je vois pourtant quelque chose en moi qui ne bouge pas, c'est justement ce qui voit en moi, qui observe tous les changements.
Ce regard est-il immuable ?
Gaël Bouket



Qu'est ce que l'indifférence, l'indifférence envers qui, envers quoi ? Dans quelle partie de moi-même se loge-t-elle ? Se peut-il seulement que ne je ne sois pas indifférent ?

Nous sentons « quelque part » qu'il y a au-delà de l'indifférence, « quelque chose » de grand que nous n'arrivons pas à comprendre, à expliquer, encore moins à atteindre. Si par hasard ces questions survenaient, nous aurions tôt fait de trouver quelques justifications « justes » et retourner à nos occupations quotidiennes, sans questionnement, mais aussi sans réponse. Car les questions et les réponses honnêtes dérangent, la vérité ou tout au moins son approche est vécue, interprétée comme quelque chose d'hostile, représentant un danger qu'il nous faut éviter.

Si nous arrêtions quelques instant le tourbillon de notre vie et poursuivions par hasard notre investigation, nous pourrions faire les constations suivantes :

Il nous est intolérable d'imaginer un seul instant que nous pourrions être indifférent à l'égard d'autrui ou des grands projets économiques, politiques, environnementaux, humains de notre planète. Ne sommes-nous pas informés en permanence par la télévision ou les journaux des grands sujets d'actualité, n'avons-nous pas une opinion bien fondée sur toute chose et en toute circonstance ? Par ailleurs, ne manifestons-nous pas notre intérêt et notre citoyenneté lors des manifestations organisées à notre intention ou lors des échéances électorales ?

Et comme nous avons une tendance « égocentrique » à nous projeter dans le monde, n'étant pas par inclinaison indifférent à nous même, l'indifférence concerne plutôt les autres. Au pire, notre indifférence serait parfaitement justifiée.

Mais qu'en est-il dans notre quotidien, c'est-à-dire dans la vie de tous les jours, au jour le jour ?

Je me souviens d'une personne insensible à toute forme de précarité qui refusa nettement à un « Sans abris » la petite pièce qu'il demandait. Et la justification « juste » qui s'en suivait tout naturellement : « Il n'a qu'à travailler », car elle, bien évidemment travaillait. Que connaissait-elle de la vie de cette personne et même qu'en avait-elle à connaître ?

Et de l'entendre encore dire « Les cartes sont distribuées par avance, le monde, la société, les individus ne méritent pas que je m'en préoccupe ou que je fasse des efforts pour eux. »

On voit ici par cet exemple, que l'indifférence repose au moins en partie sur des considérations négatives, des jugements des plus nocifs qui ont pour principale conséquence de nous maintenir prisonnier, enfermés dans une attitude de replis, passifs devant les événements de la vie.

Mais comment, pratiquement pouvons-nous agir. Et puis, est-ce que je ne risque pas de disparaître dans ce « ventre » affamé par l'indifférence ?

N'ayons pas peur. Je peux apporter ma contribution sans disparaître. C'est dans ma possibilité (aussi minime soit-elle à mon sens), une possibilité qui d'ailleurs ne m'appartient pas exclusivement.

Suis-je absolument certain que toutes mes acquisitions et le produit de mes efforts ne dépendent en fait que de moi et de moi seul, et puisqu'il en serait ainsi, le reste, les autres, me seraient totalement indifférents ? Est ce que j'en suis honnêtement, réellement, profondément convaincu ?

Ne serait-ce pas plutôt cette attitude « égocentrique » qui m'empêche de me tourner vers les autres et les voir « différents » avec une sensibilité, des besoins quotidiens à satisfaire, peut être psychologiques et moraux ? Et si je n'agis pas selon ma possibilité, ne suis-je pas devenu aussi une « chose » insensible, tel ce « Sans abri » qui sous la rigueur des hivers perd peu à peu la sensibilité de son corps ? Ne serions-nous pas lui et moi des éclopés, des êtres déformés ?

Que pouvons-nous faire si nous le souhaitons. Le jugement nous l'avons vu rend indifférent et interdit (par nature) tout mouvement, toute ouverture vers l'autre et au-delà. Il conduit l'humanité à une situation figée, contradictoire et conflictuelle.

Il nous faut absolument vouloir nous libérer de notre passivité et du jugement qui l'accompagne. Mais comment ? Seule l'action désintéressée au quotidien peut nous aider, un sourire, un geste amical, une petite pièce, un conseil, une attitude, un regard, un travail. Il faut vouloir essayer et constater comment l'action nous nourrit à son tour.

Je me rappelle un après midi pluvieux en Irlande, assis à une table et buvant un alcool en compagnie d'une personne qui était alors pour moi mon « Maître spirituel » même si nous n'avions pas réellement de relation « d'Enseignant » à « Enseigné» C'était en juillet 1990.

Je le questionnais naïvement sur des sujets religieux et philosophiques et je me souviens que je lui posais des questions sur Dieu et la réincarnation. Mon questionnement « intellectuel » avait eu pour effet de l'énerver. En guise de réponse, je me souviens parfaitement de la question qu'il m'asséna et que je reçus comme un coup de fouet : « Que fais-tu pour vivre Dieu ?». Je comprends maintenant ce que je ne pouvais comprendre à l'époque. À Jacques, mon éternelle reconnaissance.

Philippe Delagneau



« Si la vie n'a que moi pour but, je suis dans l'idolâtrie. Moi, moi d'abord, crèvent les autres. »
« Autant que de vivre, on a besoin de raison de vivre. »
disait l'abbé Pierre

Or il apparaîtrait que l'indifférent manque de raison de vivre sans doute par incapacité de croire en l'homme ou en quelque chose ; inapte à l'amour il se prive ainsi de percevoir des raisons d'aimer.

J'attribuerais deux sources au concept d'indifférence, l'une innée, l'autre acquise. Pour la première il s'agit d'une disposition de la sensibilité et de l'esprit, antérieure à toute expérience, qui porte l'individu à ne pas se sentir concerné dans quelque milieu ou situation que ce soit. Cette insensibilité à toute altérité s'est construite sur un tempérament qui va de pair avec un Moi narcissique qui refuse et bloque le sujet à ce qui lui est étranger. On peut noter chez lui un manque d'instrument de vie autant que de structures universelles et d'imagination. L'arsenal d'images et de concepts, les notions et les mythes dont l'homme se sert pour façonner sa vie et sa personne, lui manquent. Par cette absence d'altérité, il crée lui-même un vide intérieur ne pouvant appeler toute force nouvelle à le remplir et à ébaucher de nouvelles images, de nouveaux outils de penser et d'action qui feraient de lui un être humanisé et oblatif ; aucun système philosophique ou religieux ne peut pénétrer son espace intérieur ni faire bouger son individualisme tenace. Cet état de l'affectivité représente l'échec de lui même par une impuissance à créer, à agir sur des réalités et voir les problèmes qui se posent : pauvreté intellectuelle, pauvreté des sentiments, vue courte et imagination stérile sans jamais d'éclairage nouveau. Ignorance d'autrui et étroitesse de l'âme sont indissociables. Le cœur ne vibre pas dans une participation quelconque. Ses désirs peuvent être vivaces, mais sur une sexualité souvent difficile, car elle perd sa dimension relationnelle et devient de plus en plus narcissique. Point de remède à cette incapacité qui le ferait s'intéresser à l'autre, à son malheur autant qu'à son bonheur. Le libre arbitre ne joue pas sinon pour des choix en sa faveur.

L'indifférence acquise est due dans bien des cas, à l'absence du père, car c'est lui qui marque la différence et l'individualité sexuée de chacun, et celui-là même aussi qui fonde les bases du sens de l'altérité ; il est le signe de l'autre. La fracture relationnelle avec le père, opérée par les soixanthuitards, ne s'est pas rétablie, mais au contraire accentuée. Ce refus de faire agir cette fonction symbolique a pour conséquence la déstructuration et l'éparpillement généralisé des psychologies. N'oublions pas que le père oblige l'enfant à sortir de l'impasse fusionnelle avec la mère ; de plus, ce père ainsi escamoté ou congédié est une rupture d'équilibre annihilant en grande partie le lien social, nous sommes alors confrontés à des retours du refoulé qui n'engendrent que régression et violence chez beaucoup de jeunes si ce n'est une indifférence caractérisée par l'absence du sens de l'humain et de la vie.

L'une des études les plus approfondie sur l'indifférence acquise, est sans conteste celle qu'Albert Camus a faite dans son roman sous forme de récit : L'Étranger. Dans une première partie, Meursault, (que l'on peut traduire par Meursault) raconte son existence à Alger. Vie tissée sur un canevas d'habitude faite d'indifférence à la limite de l'indifférenciation. Il nous dit que : « Quand j'étais étudiant j'avais beaucoup d'ambition… Mais quand j'ai dû abandonner mes études, j'ai très vite compris que tout cela était sans importance réelle. » Le personnage ne peut se réaliser, il s'est ressenti comme un être incomplet et avorté, donc, une chose ou une autre, quelle importance ? Brimé, brigué, étiolé, il est entré ainsi dans une structure qui n'est pas la sienne et vit en décalage avec lui-même, avec le monde, sans émotion apparente. Tout est vu, observé, de l'extérieur, en total spectateur puisque, pour lui, tout se vaut. Il a souvent l'impression d'être un intrus, d'être de trop, comme un vague sentiment de culpabilité. Le soleil brûlant, étouffant, écrasant et qui l'incommode, est présent dans toutes les scènes et va jouer un rôle important dans son destin. Le soleil est l'image du père et la métaphore du nom du père, selon un concept lacanien. Nous apprenons à la fin du récit qu'il n'a pas connu son père.

Dans la seconde partie, toujours en prison, il continue son récit en racontant son crime qu'il ne discerne pas très bien ; il a tué un arabe sur la plage : querelle qui ne le concernait que très peu. Lorsqu'il tire le temps s'arrête entre la mer, le sable et le soleil. Tout vacille et il sait alors qu'il a détruit l'équilibre du jour. Quand le juge lui demande pourquoi il a tiré, il répond « c'est à cause du soleil ». Ce soleil torride, aveuglant, inhumain qui dérange ses sentiments, est le déclencheur qui touche le noyau psychotique et la pulsion de mort émerge. Le Moi se détache de la réalité, et va au-delà du refoulé.

Il souhaite qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de son exécution et que ceux-ci l'accueillent avec des cris de haine. C'est la suprême vengeance d'avoir été abandonné : « parce que je n'ai pas pu t'aimer : tu vas me haïr à travers le monde qui me regardera. » Et peut-être aussi par révolte « parce que je me hais moi-même de n'avoir pu vivre dans ma véritable expression. »

Pour Camus, l'homme est avant tout voué à l'échec dans le désespoir et l'absurde qui est le monde de l'impossible et sans réponse : le mythe de Sisyphe en est la parfaite illustration. Dans cette mise en accusation, pour les écrivains de l'après guerre, le désespoir et la culpabilité sont les véritables lignes de force : l'homme est en procès contre lui-même et constate qu'il ne peut réaliser ses buts ; il se ressent comme un être incomplet et avorté et s'accuse alors lui-même d'impuissance.

Jeanine Ercole



Dans le numéro précédent, nous nous étions penchés sur la question de la dépression. J'en étais arrivé à conclure que c'est un événement de ma vie, choquant, qui créé en moi ce malaise et que rien ne semblait plus exister à part cet incident. J'étais identifié à ce choc.

L'indifférence, pour moi, semble correspondre à un vide existentiel. Les évènements agissent sur nous, nous les recevons, mais nous ne semblons pas les ressentir. Je reste indifférent à leurs actions. C'est comme si, à l'intérieur de mon corps, n'existait personne et que les influences nécessaires à mon être, dans le cadre d'une dynamique évolutive, n'étaient pas prises en compte. Il n'existe personne en moi qui réagisse, je ne suis pas réceptif. Comme un corps sans âme.

On pourrait penser que c'est un atout de ne rien ressentir. Mais où est la vie ? Comment apprendre si je ne travaille pas ? Comment comprendre si je ne me trompe pas ?

Rien ne me touche, car je suis sans vie, tel un robot sans sentiment. Chaque expérience n'est pas étudiée ni, après travail, assimilée à mon être. Où irait se loger la leçon de l'expérience puisqu'il n'y a personne. Des cargos de sentiments pourraient se presser en moi que je n'en aurais pas conscience. L'amour, même, pourrait souffler que je n'y prêterais pas attention.

Je n'ai plus goût à rien. Je suis tombé dans un tel état que je ne m'accroche à rien, ni même à ce choc qui fut peut être la cause de mon abandon.

Je ne pense pas que l'homme soit né indifférent. Mais dans certains cas, il a littéralement délaissé la vie au point de ne plus être vivant. Ecore plus loin que la dépression. Il n'y a plus rien qui le heurte ou le questionne. Peut être rira-t-il, mais ce sera un rire sans vie. Lui-même est devenu indifférent à sa propre vie. Où suis-je ? Qui suis-je ? Ces questions ne sont pas manifestées.

Aurélien Recher



Grâce aux « enfants de Don Quichotte », on a beaucoup entendu sur les ondes et vu sur les écrans, les SDF du canal Saint-Martin. Ce qui est frappant dans les propos recueillis par les journalistes, c'est cette sensation horrible qu'ils éprouvent presque tous, l'impression d'être transparents aux yeux des passants.

Et moi, de vous dire :

Non, non, non, monsieur, vous n'êtes pas transparent ! Vous vous trompez lourdement en vous imaginant que je ne vous regarde pas, en vous croisant dans la rue. N'avez-vous pas entendu parler de la vision latérale ? Je vais vous expliquer le mécanisme vulgairement appelé « du coin de l'œil » : Je fixe un point devant moi, mais mon attention se porte sur les franges de mon angle de vision. Cela me donne une allure et une mâchoire crispée, une démarche saccadée, un air buté et un regard halluciné, car il est très difficile de regarder latéralement sans lâcher un instant son objectif de vue. Un moment d'inattention, je vous perds et je cours de grands dangers, il faut bien le dire, car l'arbre que je ne vois plus devant moi, à force de vous fixer latéralement, est un obstacle dangereux pour l'intégrité de mon nez. Mais ce danger n'est rien à côté de ce que je risque si je vous donne l'impression de vous regarder.

Non, non, non, monsieur, vous n'êtes pas transparent ! Je vous observe au contraire attentivement, mais je ne voudrais pas que vous en ayez l'impression. Dieu sait ce qui se passerait si je vous fixais dans les yeux. En un éclair, vous sauriez que je vous ai remarqué et ce serait ma perte. Si je vous donne une pièce, que dis-je, si je vous donne seulement un regard, vous avez alors, le droit de me dire merci et soudain, quelle horreur, je vous suis redevable ! Je vous connais, monsieur, vous allez me dire qu'un merci, ça pèse beaucoup plus qu'un coup d'œil et que je vous dois aide, assistance, respect, amitié même et que sais-je encore ! Ça, je ne veux pas, je ne veux pas dépendre de vous. Je sais comment vous êtes, c'est bien connu, on vous donne le bout du petit doigt et c'est tout le bras qui y passe.

Non, non, non, monsieur, vous n'êtes pas transparent ! J'ai bien trop peur de l'ascendant que vous pourriez prendre sur moi pour vous quitter un seul instant de notre croisement, du regard, du regard latéral, je m'entends. Le danger que vous représentez pour moi, c'est votre différence. Si je vous regarde directement, je risque d'être obligé de voir que vous n'êtes pas si différent que vous paraissez. Imaginez le danger alors… Tant que vous êtes différent, je peux vous repousser dans l'arrière-plan de ma conscience. Vous n'êtes pas des miens. Vous appartenez à la tribu voisine avec laquelle la mienne est en guerre depuis la nuit des temps, parce que depuis la nuit des temps, nos ancêtres se sont disputé les mêmes territoires de chasse. On croit comme ça que je suis indifférent ! Mais non, mais non, je prends les précautions élémentaires pour me protéger, c'est tout ! L'indifférence dont vous m'accusez, voyez-vous, c'est la culture de la différence, ni plus, ni moins.

Non, non, non, monsieur, vous n'êtes pas transparent et je ne suis pas indifférent ! Mais j'ai peur, peur de l'inconnu, peur de la rencontre, peur de l'engagement, peur d'avoir à changer quelque chose en moi à votre contact. Mais c'est que j'y tiens à ce que je suis, à ce que je représente. On ne galvaude pas tout l'acquit d'une vie, comme ça, sur un coup de dé, sur un coup d'œil mal placé !

Mais, est-il possible que vous ne soyez pas le seul pseudo-transparent au monde ? Dois-je me méfier d'autres que des SDF du canal Saint Martin ou des individus douteux qui font la manche dans le métro ? Mais si, mais si, il y en a d'autres ! Beaucoup d'autres ! Les malades par exemple. Les grands malades, je m'entends, le rhume ou l'état grippal, ça, je supporte bien. Mais, les handicapés, les aveugles, les paralysés, les détenus dans les prisons et que sais-je encore. Je ne vais tout de même pas faire de différences entre tous ces pseudo-transparents et m'intéresser à leur sort, au risque de m'y perdre. J'allais oublier les plus importants, ceux des banlieues et puis aussi les noirs et puis les juifs et puis les francs-maçons et puis les beurs et puis les homosexuels et puis les Chinois. Les Chinois, tiens ! Je me souviens que, dans mon enfance, on me mettait très fort en garde contre les Chinois avec la devinette classique : « Si tu claques des doigts et qu'ainsi, mille Chinois meurent, hésiteras-tu à claquer des doigts ? » Eh non, bien sûr, qu'ai-je à faire du sort de mille Chinois dont je n'entendrai jamais parler !

Mais les temps ont changé, hélas ! Le soi-disant progrès scientifique a découvert l'effet papillon. Vous connaissez l'effet papillon ? Facile ! Un battement d'aile de papillon dans le bois de Meudon peut déclencher un cyclone au Brésil, ce qui mettrait en péril notre approvisionnement en café au cours actuel de la bourse. C'est grave, il faut y penser et modérer peut-être nos visions un peu trop latérales. Mille Chinois qui vous reviennent dans la gueule, sans qu'on ne s'y attende, ça peut faire mal ! Les Australiens appellent ça l'effet boomerang !

Devant l'apparente ressemblance des mots « différence » et « indifférence », je me suis penché sur le petit Larousse et le petit Robert pour y découvrir une origine étymologique commune. Eh bien non, pas la moindre allusion ! Etonnant, non ? Je m'inscris donc en faux contre les définitions des dictionnaires et j'en reste définitivement à la mienne :

« L'indifférence, c'est la peur de la différence ! »

Paul Ruty



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SOS Psychologue



C'est difficile. Je reporte toujours le moment d'écrire, je commence puis j'arrête.

Je décide enfin...

Qu'est ce que l'indifférence ?

Quelqu'un qui n'a aucun attachement, qui n'est touché par rien.

Une personne dont le cœur est fermé aux sentiments d'affection ou d'amour.

En même temps que j'écris, je réalise que je suis concernée par cette dernière phrase.

« Bien évidemment je ne suis pas indifférente, ce sont les autres qui sont comme ci, comme ça » ; eh bien, si, il y a de l'indifférence en moi, c'est moi-même qui ai construit cette forteresse de par mon vécu.

À force de coups physiques, moraux, de déceptions,de mensonges, de trahisons, on se sent menacé, en danger, rejeté, on a peur, c'est le désarroi. On perd tout : confiance, estime de soi et bien sûr le monde qui nous entoure est négatif à notre encontre.

Même mon corps s'est disloqué, pollué par mon centre émotionnel, manipulé et je n'ai jamais eu la sensation d'être moi dans ce corps. Je me suis toujours vécue comme une handicapée. Cela me rappelle un rêve que j'ai fait un jour où je n'étais plus qu'un tronc, je n'avais ni tête ni membres, mais malgré tout je tenais debout.

***

Un jour une religieuse m'a fait cadeau de ce poème : La poupée

Poupée de plâtre, qui tient debout,
Que l'on pousse, tombe et se casse…
Je n'aime pas ce qui est cassé,
Ni ce qui est détérioré,
J'aime la beauté,
Et j'aime les poupées bien habillées,
Il y a des poupées qui naissent « petite fille »
Et que l'on casse,
À force de mal aimer,
Un bras par ci, une jambe par là,
Mais surtout la tête séparée du corps,
Comme si elle était séparée du cœur,
Si le cœur n'irrigue pas la tête
Et si le sang ne va pas jusqu'au bout des pieds,
La petite fille meurt et devient poupée,
Une jolie poupée bien habillée,
Mais petit à petit,
Elle n'aura plus ni jambe ni bras,
Ni corps, ni cœur, ni tête,
Tout cela sera séparé
Et dans l'armoire bien rangée.
Un jour j'ai ouvert l'armoire,
Et les poupées sont tombées,
Que faire ?
J'étais tellement désemparée,
Celle qui aurait dû les aimer
Chacune comme elles le demandaient
N'avait pas su le faire
Et les poupées s'étaient cassées.
Alors je lui ai demandé
Si je pouvais prendre une poupée.
Je me suis baissée,
Pour ramasser une tête,
Des bras, des jambes, un corps
Et une robe pour l'habiller
Et j'ai réparé la poupée.
En disant au revoir
À celle qui n'avait pas su l'aimer,
J'ai serré très fort contre moi la poupée,
Et dans le soleil, je suis montée,
Avec la poupée sur mon cœur bien serrée
Et j'ai senti que son cœur se réchauffait,
Qu'il devenait lourd,
J'ai senti aussi qu'elle bougeait
Et que la petite fille était re-née
Parce qu'elle était aimée.

***

Et c'est ainsi que je me suis isolée des autres. Parfois j'étais dans le noir accroupie dans un coin de la pièce, je vivais cette souffrance inutile. Je me cachais, je rejetais les autres et je ne voulais surtout pas qu'ils pénètrent dans ma vie, car j'aurais eu la sensation d'être violée. Je cédais facilement ma place aux autres et pour moi c'était je pourrais dire normal, car les autres ne pouvaient pas m'aimer.

De plus, tout ceci m'entraînait également dans un sentiment de supériorité, j'avais une attitude égocentrique. J'étais submergée par des pensées négatives aussi bien à mon égard qu'à l'égard des autres. Je jugeais, je comparais, pas de reconnaissance envers les autres, mais certes du mépris.

Les gens souffrent, se plaignent et moi « qu'ils vivent déjà ce que j'ai vécu et on verra bien », moi, toujours moi et alors qui suis-je pour dire cela ? Qu'est ce que je suis capable de donner ? Et là, je réalise que je ne peux donner que si ça vient de moi et non des autres.

Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai dû faire souffrir plusieurs personnes sans le vouloir bien sûr, mais du fait de mon comportement. Je me souviens avoir entendu quelquefois « tu as un cœur de pierre, rien ne te touche », etc.

Quel gâchis de vie !

Mais je parle de tout cela au passé et pourtant le chemin est loin d'être fini.

Où je me situe aujourd'hui dans tout cela ? Qui suis-je ?

Tout ceci c'est le passé. Je regarde devant et je ressens cette force en moi qui me pousse à me battre contre cet état, mais bien sûr cette force n'est pas permanente et je dois lutter.

Nous pouvons constater ce phénomène grandissant dans notre société où nombreux sont ceux qui ne vivent que pour eux-mêmes sans se soucier des autres. La sécheresse du cœur, l'égocentrisme mènent tous ces êtres à une mort précoce en eux-mêmes.

Sans aimer et être aimé qui peut subsister ?

L'amour est l'unique soleil capable de transfigurer l'humanité.

Claudine Thomas