NUMÉRO 88 REVUE MENSUELLE OCTOBRE-NOVEMBRE 2003

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Violence et séduction Tu escritura…
 
Bernard, Hervé Violence et séduction
 
Bègue, Jean-Pierre La vérité si je mens
 
Bègue, Jean-Pierre Forum des associations parisiennes
 
Bernard-Cros, Sophie Violence et séduction
 
Cohen, Rut Diana Los nuevos niños
 
Cohen, Rut Diana Niños Indigo
 
Courbarien, Elisabeth Violence et séduction
 
Delaunay, Brigitte Violence et séduction
 
Health I. G. News En pocas líneas…
 
Ilzert, Laetitia Violence et séduction
 
Laborde, Juan Carlos Seducción y violencia
 
Laburthe-Tolra, Michèle Violence et séduction comme déni du don
 
Maleville, Georges de Frustration, masochisme et perversion sexuelle
 
Pajak, Cyrille L'inconscient
 
Ruty, Paul Groupe clinique d'avril 2003
 
Signès Fertig, Véronique Violence et séduction


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Mme D. était venue me consulter, envoyée par son médecin psychosomaticien. Elle souffrait d'insomnies.

Elle était belle, d'âge indéfini, un regard particulièrement intéressant et profond.

Sa demande : ne plus se réveiller en sursaut, assiégée par des préoccupations. Elle se disait être coupable. De quoi ? Pour qui, en fonction de qui ?

Elle parlait facilement, mais d'un seul thème, de son couple, et de lui, de lui, de lui. Donc elle parlait d'elle et de ses projections sur lui.

Nous avons convenu de travailler la reprise de ses projections sur cet homme qui, à travers le temps, n'était qu'un écran vide sur lequel elle avait projeté une passion imaginaire et douloureuse.

Elle racontait qu'elle voyait se déchaîner devant eux (lui et son mari) des violences horrifiantes et tout cela simplement pour remplacer le désir sexuel inachevé. Violence comme forme de séduction, comme expression d'une position alternative.

Rien ne restait après qu'un goût amer de culpabilité et, en plus, l'évidence de ne pas se sentir désirée la rendait encore plus agressive. Elle s'interrogeait dans certains moments de lucidité si sa passion déguisée en guerre n'avait pas fini par faire peur à son conjoint. Les premiers jours de cet amour avaient été d'incroyables séductions.

Il la suivait partout, il l'appelait dans des pays lointains où elle voyageait sans cesse. Le désir les étouffait, mais rien ne pouvait être comme l'idéalisation de cette passion qui allait rester perdue et inassouvie dans des panoramas de rêves.

À cette époque-là, elle avait tout laissé pour le suivre et la routine avait remplacé le tout d'un rêve par une réalité monotone, froide et protocolaire.

Oui, il avait eu peur, parce qu'elle pleurait beaucoup, criait, partait.

Il y a eu pour les deux des fantasmes d'autres amours, fantasmes d'infidélité qu'elle n'a pas pu assumer dans le réel. Elle revenait vers lui après avoir effleuré ses lèvres comme si l'approche était possible. Mais malheureusement rien n'était plus possible, car en réalité jamais rien n'avait été possible. Ils avaient rêvé tous les deux.

C'était elle ma patiente, pas lui, l'homme qui dormait à côté d'elle d'un sommeil profond. Elle ne dormait pas, son désir la brûlait. Les après midis d'hiver… longues et solitaires avec le « beau dormant » qui ne pouvait pas échapper à ses obsessions. Bientôt la violence avait remplacé la séduction. Une violence qui aurait pu être meurtrière, si elle n'avait pas réussi à symboliser.

Un jour c'est lui qui est parti et c'est elle qui a pleuré sur ce fantasme inachevé.

C'est un cas douloureux. Jamais ils ne se sont revus. Le danger de la violence est plus présent que jamais. Aujourd'hui tout est mort mais terriblement vivant.

Une analyse difficile l'amène à goûter des moments d'inscription dans le temps. Nous ne pouvons pas aller plus loin avec un corps désirant dont l'objet du désir est inaccessible. Par ailleurs, elle ne veut pas regarder ailleurs. Et le temps passe aujourd'hui pendant que, avant avec lui, ils ont vécu en dehors du temps. Maintenant elle vieillit, de lui nous ne savons plus rien.

Parfois j'ai osé postuler chez elle un délire mélancolique. Mais pourquoi ne pas parler simplement de l'accompagnement de quelqu'un qui n'a jamais accepté la frustration.

Somatise-t-elle ? Oui, malade relativement imaginaire, car elle arrive à se faire souffrir. Pas trop, car l'espoir de la réalisation de cet amour est son garde fou. Même les deuils de sa vie ont été niés avec lui.

Il la retrouvait dans ses bras, forte, très fort en lui disant : « Ne me quitte pas ». Elle répondait : « Je veux que tu sois mon amant ». Il répondait : « Plus tard, je suis fatigué ». « Fatigué de quoi ? », répondait-elle en mettant en évidence les espaces de rien faire qu'il avait.

Je ne pouvais que reconnaître dans cet amour une position sadomasochiste trop archaïque pour pouvoir être travaillée. Il aurait fallu une analyse individuelle approfondie de chacun.

Même une thérapie de couple aurait été difficile, car inacceptable pour les conjoints qui ne voulaient pas sortir de leurs projections réciproques et devenir mortels.

En tout cas, ils se sont aimés le mieux possible.

***

Je suis dans un café d'un quartier inconnu, inhabituel, comme ce thème qui me passionne et je sais qu'il y a autant à dire que je me vis dans la violence de choisir, car choisir certains cas, c'est abandonner les autres.

Donc je me pose humblement la question de fonder mon choix selon le critère de séduction, c'est-à-dire si je vais être séduit par le cas.

***

Cas Mishima : traité merveilleusement par Gregorio Margnon, Mishima qui était né au Japon d'une famille plutôt défavorisée.

Maigre, fragile, d'un caractère fermé, il a décidé, avançant en âge, de se construire un corps pour être un beau cadavre.

Il se suicida à 38 ans.

Écrivain de talent il faisait au moins deux versions de ses écrits, selon le type de public.

Mais qui était-il entre ses versions ? Le simple « tout public » ou l'être complexe, torturé cherchant la beauté dans des passions, dans les limites de la mort.

Des thèmes comme celui de ce couple qui, une nuit de lune, fait l'amour sur la rive d'un fleuve en même temps qu'avec une lame de rasoir elle le fait saigner pour bien augmenter la saveur du coït ?

Je ne veux pas aller plus loin avec Mishima qui, jour après jour et grâce à des efforts physiques remarquables, devient beau, musclé et fort pour séduire en tant que cadavre. Et, il l'a fait. Il a séduit et violenté aussi bien les lecteurs que les analystes.

***

J'ai l'impression que le thème « violence et séduction » ne s'ouvre pas de lui-même, mais que le thème fait le choix à ma place.

En moi apparaissaient des images qui en les contemplant m'amène vers des films qui m'ont marquée à jamais.

Je ne les traiterai pas tous, mais pour les amoureux du cinéma une petite énonciation pourra vous faire explorer dans les arcanes de films d'anthologie presque oubliés et intéressant à voir en relation avec notre thème.

***

Manon : film français de 1952. Un amour qui détruit jusqu'à l'épuisement. À l'origine, le thème de Manon est repris de l'original de l'abbé Prévost.

Robert des Grieux en version moderne, est interprété par Michel Auclair. C'est un garçon tout beau, jeune, pur et fascinant. Manon Lescaut, dans la même version, danse le rock, exploite et est exploitée par son frère, personnage indéfinissable. Des Grieux va de pire en pire. Manon lui fait vivre les humiliations et l'oblige à faire l'amour dans le bordel où elle gagne sa vie d'ambitieuse fille facile.

Le film finit par la mort de Manon dans le désert africain. Ils ont embarqué à Marseille, lui, ayant tué le frère de Manon, elle, apprenant son amour inavoué pour Robert. Ils vont partir dans un bateau qui amenait des juifs clandestins vers la Palestine.

Une bande de nomades à chameau tire à mort sur le groupe. Manon blessée est conduite vers une oasis par Robert, mais ils n'arrivent pas. Il l'enterre dans le sable pour empêcher les vautours de la dévorer et il se laisse mourir sur le corps mort de sa Manon bien aimée qui enfin n'est qu'à lui.

***

Vous souvenez-vous du beau polonais marié avec la sœur de Vivien Leigh dans le film « Un tramway nommé désir » ?

Il criait, il cassait, il dénonçait, il aimait, il rendait folle celle qui déjà l'était. Mensonge, violence, désir, séduction dans les cris, dans les tee shirts serrés, dans les lèvres méprisantes de Marlon Brando. Violences et séduction dans les attitudes de Vivien Leigh. La pièce ne pouvait être que de Tenessee William, un violent souffrant de sa condition et de sa différence.

***

Vous souvenez-vous de « Soudain l'été dernier » ? Une fois de plus avec Tenessee William et ces deux femmes qui ont été utilisées par Sébastien l'absent, le mystérieux Sébastien pour séduire des hommes à son profit. À la fin, nous comprenons la folie de la mère de Sébastien qui veut donner de son fils disparu une image noble et dépouillée de perversion pendant que sa femme Liz Taylor menaçant de souffrir d'une lobotomie récupère la mémoire et voit Sébastien être détruit par ses victimes, les jeunes garçons dont il semble avoir abusé.

***

Vous souvenez-vous de « Dogville », quand la protagoniste en échappant à la violence du père et son groupe arrive à cette ville où elle doit souffrir des humiliations inouïes et la perverse séduction de ce jeune homme sensé être son protecteur ?

Miracle de mise au jour, elle reviendra à la loi du père, elle assumera sa propre violence, elle mettra en équilibre séduction et violence. Elle ne sera que son propre et seul protecteur.

Par ailleurs ce film vu en tant que sociologue est l'expression brutale et conforme de la société d'aujourd'hui.

***

Séduite par le thème, par la richesse je dois me faire violence afin de me taire.

Je voudrais seulement ajouter qu'en toute violence, il y a de la séduction, car elle n'est qu'un appel parfois désespéré pour se faire remarquer, pour exister et dans la séduction il y a la violence comme une forme de destruction d'obstacles et barrières qui nous amènent à créer une relation d'objet.

Mon cœur bat très fort. En évoquant ma patiente, en évoquant les films, je comprends la dimension cachée de la lune. Par petites doses, violence et séduction portent bonheur, rendent possible la communication, font bouger le désir qui, engendré par la pulsion et en passant par le fantasme, permet la gratification et la mise en paix de l'homme par rapport à son équilibre libidinal qui engendre un équilibre cosmique.

***

Demandez-vous à une plante carnivore la raison de sa beauté ?


Les films :
· 1948, Manon, de Henri-Georges Clouzot, avec Cécile Aubry et Michel Auclair
· 1951, Un tramway nommé désir, de Elia Kazan, avec Marlon Brando et Vivien Leigh
· 1958, La chatte sur un toit brûlant, de Richard Brooks, avec Elisabeth Taylor et Paul Newman
· 1959, Soudain l'été dernier, de Joseph L. Mankiewicz, avec Montgomery Clift, Liz Taylor et Katharine Hepburn
· 2002, Dogville, de Lars von Trier, avec Nicole Kidman
À voir également sur le même thème :
· 1958 et actuellement, au théâtre Marigny, Hedda Gabler, de Henrik Ibsen, selon une mise en scène de Roman Polanski, avec Emmanuelle Seigner
Fait à Paris le 27 octobre 2003
entre deux métros,
un café et une salle d'attente,
le même jour et avec passion.
Il fait froid,
je ne sais pas qui tu es,
mais ta présence m'apaise même dans la violence
qui est ton péché mignon,
car ton amour me séduit et coule avec générosité
comme le torrent de montagne.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Violence et séduction : ces deux mots résonnent à plus d'un titre à mes oreilles.

La violence et la séduction apparaissent comme des phénomènes antinomiques, dissonants, dysharmonique, car la séduction, cherchant à emmener l'autre dans un voyage commun, implique la notion de lien, de rapprochement vers l'autre dont le mouvement ultime serait un état fusionnel, sans violence. Cette opposition est illustrée dans l'exemple du viol, qui est un acte d'amour sans chercher à séduire l'autre, ni sans son consentement.

Mais ces deux mots me semblent aussi très bien représenter notre civilisation actuelle, comme des archétypes qui sous tendent inconsciemment le comportement des individus dans toute la trame sociale de leurs activités : la violence est de plus en plus présente dans la rue, avec l'exemple médiatisé du phénomène des banlieues, dans le quotidien avec son lot d'incivilités, dans le couple sous la forme d'une agressivité qui s'étale malheureusement au grand jour ou dans une incommunication qui fonctionne comme une violence en négatif, dans le monde du travail dont la chômage et la nécessité d'une meilleure productivité sont des sous produits.

La séduction peut être au service de la violence dans la manipulation. Séduire l'autre pour se l'approprier et en faire l'objet de ses tendances perverses et psychopathiques, simplement pour assouvir ses penchants les plus bas, les plus mesquins, les plus primaires, selon une construction et dans un but parfaitement définis, ou bien en fonction d'une humeur variable et sans but précis. Mais si la manipulation est habituellement perçu comme un processus tout à fait conscient, elle est plus insidieusement présente comme un mécanisme en partie inconscient dont la seule partie visible qui a pu passer la barrière de la censure est soit difficilement reconnaissable comme tel par son auteur, soit transformée en justification moralement plus acceptable pour la conscience. Mais dans ce dernier cas, elle peut à l'extrême être le résultat, plus pardonnable moralement, de mécanismes de défense qui utilisent des penchants pervers pour une meilleure cause, celle de se défendre vis-à-vis de l'autre perçu comme agressif, envahissant, et non avec une visée gratuite de « détruire » l'autre. Le plus difficile dans ces histoires courantes au quotidien, c'est de démêler violence offensive et violence défensive, ainsi que leurs articulations avec les comportements de séduction, tout en évitant, bien sûr, de faire des projections sur l'autre, c'est-à-dire de ne pas voir sa propre utilisation de la violence et de la séduction.

Mais « pourquoi cette association entre violence et séduction ? », si elle semble si immorale, si improductive (la violence ne finit-elle pas par être renvoyée vers son auteur ?), si éloignée de l'amour et de la recherche de la paix et du bonheur.

Freud pose à la base de sa théorie psychanalytique que la répétition névrotique (répétition psychologiquement morbide d'un processus qui aboutit à un effet contraire de celui recherché par les désirs profonds d'un individu) fonctionne en particulier en raison de bénéfices secondaires qui compensent plus ou moins bien l'impression générale de malaise qui baigne ce processus inadéquat vis-à-vis du désir inconscient. : « quelque chose d'impénétrable fonctionne mal, mais des compensations gratifiantes parviennent à réduire, voire à faire oublier la première impression, désagréable ». Mais un bénéfice primaire positif n'est-il pas plus fondamental, plus utile à l'être qu'un ou plusieurs bénéfices secondaires, qui apparaissent bien « mesquins » au grand jour ?

L'homme est, de manière générale, un être de répétition (et c'est malheureux quand il n'est que cela), qui a souvent du mal à affirmer son identité à côté de l'uniformisation ambiante, de son instinct grégaire rassurant de faire comme l'autre, malgré une société de plus en plus marquée par l'individualisme, prônant la diversité, avide de proposer une personnalisation à destination du « client ». Il est difficile de ne pas céder aux us et coutumes de notre entourage, sous la pression quotidienne de la rue, du travail, de la famille, des médias où violence et séduction se banalisent. Affirmer ses valeurs morales et humaines peut même apparaître comme réactionnaire, obsolète, non tendance, comme contraire à l'air du temps et de la mode.

Mais n'existe-t-il pas des règles universelles, transculturelles et atemporelles tels les dix commandements dans la religion chrétienne ou les droits de l'homme qui bannissent hors de l'action de l'homme en recherche de plus d'humanité, de réalisation personnelle… la violence articulée ou même non articulée à la séduction, comme instruments de son pouvoir ou d'assouvissements de ses instincts ?

La violence, c'est le dépassement des frontières qui garantissent le respect de l'autre dans sa dimension physique, psychologique, morale, sensuelle et sexuelle, pour des bénéfices conscients ou inconscients, à visée interne (pour réduire son angoisse) ou à but externe (pour obtenir le bénéfice de l'autre). Elle doit être démasquée et anticipée quand elle se cache derrière un comportement de séduction, naturelle ou simulé, conscient ou inconscient.

Il me revient une maxime d'Isaac Asimov, fameux écrivain de science fiction, qui racontait dans un contexte futuriste, presque onirique des histoires humaines bien actuelles « la violence est le dernier refuge de l'incompétence ».

Il faut être au moins deux pour ne pas céder à cette association perverse et destructrice de la violence et de la séduction, l'auteur et la victime, mais les témoins peuvent également ne pas devenir complices dans le silence ou la fuite, car il faut au moins autant d'énergie pour démêler les liens tissés par une violence au service de la séduction qu'il en a fallu à l'auteur pour cette construction aliénante. Et c'est sans compter avec les blessures psychologiques et morales qui ne pourront jamais être oubliées, mais dont la souffrance peut être atténuée avec le temps et la volonté.

Hervé Bernard



Pour Lacan, le mensonge, dans le contexte qui est le sien, à savoir l'analyse, se définit comme inexactitude, inadéquation, erreur ou tromperie.

Pour lui, parler c'est mentir, car les mots (les signifiants) sont inadéquats pour rendre compte de notre vécu puisqu'ils instaurent des relations médiates par opposition aux relations immédiates sans distance de soi à soi, de soi aux autres ou de soi aux objets qui seraient la véritable connaissance de l'en soi.

Avec l'accès au langage (au symbolique), le sujet se perd, car il n'y a pas adéquation entre le sujet énonciateur et le sujet de l'énoncé, entre le je qui dit et le je qui est dit.

Lacan assimile cette inadéquation à un mensonge généralisé.

De ce constat découle l'idée que la vérité ne peut être que dite à demi, elle échappe à notre intention de la dire toute, parce que les signifiants sont impropres à traduire la totalité d'un être, d'un sentiment ou la réalité d'un objet.

Il n'y a que dans la mort où se rejoignent le je énonciateur et le je sujet de l'énoncé. C'est dans ce moment ultime que l'être a une relation de soi à soi et qu'il pourrait prononcer sa vérité « je suis mort ».

Pour Lacan, le mensonge est la condition même du dévoilement de la Vérité.

Pour illustrer cette assertion je prendrai 2 exemples : le lapsus et l'acte manqué.

Le lapsus, qu'il soit oral ou écrit, constitue une erreur, car ce que je voulais dire consciemment et volontairement était un mensonge par rapport au lapsus qui lui est bien l'expression d'une vérité inconsciente ou préconsciente. Nous avons l'exemple célèbre de ce Président de séance qui déclare la session fermée au lieu de la dire ouverte traduisant par ce lapsus son embarras et son désir que cette séance soit terminée avant même d'avoir commencé.

De la même manière, l'acte manqué qui me surprend est un acte réussi du point de vue de la vérité du désir ; il se substitue au mensonge que je m'apprêtais à commettre.

L'anecdote de ce jeune homme qui perd les alliances la veille de son mariage témoigne inconsciemment de son refus de l'union qui se prépare et montre combien sa décision était contraire à son désir le plus profond.

D'autre part, le désir a toujours à voir avec l'autre or parler à l'autre, c'est différer le désir dans des mots ou bien ne pas le dire et donc aussi parfois ne plus pouvoir le dire surtout quand ce désir se révèle contraire à la morale.

Il y a donc des choses indicibles pour le sujet. Ces choses indicibles peuvent être refoulées dans l'inconscient ; le refoulement constituant un mensonge (je ne peux pas m'avouer la vérité) va maintenir dans l'inconscient le désir réprouvé et ne laisser apparaître à sa place dans la conscience que des éléments anodins, inexacts donc propres à tromper, mais entretenant pourtant des liens associatifs avec la représentation refoulée.

Freud, parlant à son interlocuteur, veut citer le nom du peintre des fresques d'Orvieto, il n'y parvient pas et il ne peut trouver que Botticelli et Boltraffio : « non ce n'est pas ça » se dit Freud.

Le fait de dire « ce n'est pas ça » montre que la conscience peut comparer, selon des processus que nous ignorons, les noms avec le nom recherché puisqu'il y a ce jugement. Si le nom oublié était complètement effacé, Freud ne pourrait pas formuler cette négation.

Quant aux éléments retrouvés, ils participent au mensonge puisqu'ils ne permettent pas de traduire le désir refoulé, mais ils en constituent la piste pour y parvenir.

En ne pouvant se rappeler le nom de Signorelli, Freud refoule son désir de mort, ce qui a pu faire dire à Lacan que Freud avait cédé sur son désir, n'avait pas pu le dire.

Il n'y a donc de vérité, dans le cadre de l'analyse, que, parce qu'il y a mensonge et aussi, parce qu'il y a négation ou dénégation, le « non c'est pas ça » est une condition pour atteindre la vérité dont l'essence est de se cacher ou d'être cachée.

Quant au désir, on peut dire qu'il n'y a de désir que refoulé donc caché et que le refoulement est la condition même de son existence.

Le désir refoulé serait plus vrai, plus fondamental pour nous que tous nos désirs conscients, car beaucoup plus intense, actif et inquiétant dans la mesure où c'est lui qui gouverne nos actions et les dires qui nous surprennent, qui crée et assure la répétition du symptôme douloureux au moment opportun dans notre vie.

Cette formule bien paradoxale « la vérité si je mens » s'applique tout particulièrement à la situation psychanalytique dans laquelle les mensonges sont les pierres qui jalonnent la quête de la vérité.

Jean-Pierre Bègue



Les 10 et 11 octobre se tenait une grande manifestation organisée par la Mairie de Paris : le forum des Associations parisiennes.

Installé sur le parvis de l'Hôtel de Ville un salon sous toile abritait les associations désireuses de se faire connaître auprès des autres associations et des visiteurs nombreux à se presser autour des stands.
Hervé Bernard, Jean-Pierre Bègue et Graciela Pioton-Cimetti, présidente de SOS Psychologue
L'association était représentée par E. Graciela Pioton-Cimetti, la présidente, Hervé Bernard, le secrétaire général, et Jean-Pierre Bègue qui se sont relayés tout au long de la première journée pour mettre à disposition des plaquettes de SOS Psychologue et pour répondre aux questions des personnes intéressées.

Une demi-journée a été consacrée à un travail de réflexion sous la forme d'ateliers à thème dans les salles de conférence de l'Hôtel de Ville.

Chaque atelier, par l'intermédiaire de son rapporteur, a pu faire part de son travail et de ses conclusions au niveau de l'ensemble des participants dans la grande salle de la Mairie de Paris.

M. Delanoe, maire de Paris, a prononcé une allocution au cours de laquelle il a rendu hommage aux 150 000 associations de la ville (créées depuis cent ans) dont l'action contribue à rendre de multiples services aux parisiens.

M. Delanoe a également mis l'accent sur la volonté de la municipalité de construire un partenariat fort avec l'ensemble des associations dans le dialogue et la transparence.

Une réception dans les salons de l'Hôtel de Ville permit aux participants d'apprécier le cocktail offert et de poursuivre de façon plus informelle cette matinée de réflexion.

Jean-Pierre Bègue



Ces deux mots accolés me font penser à une relation où ils furent inclus, mais dans un ordre inversé.

Séduction, puis violence > perversion narcissique

Qu'est-ce que cela ?

Une de mes amies en fut victime. Ses parents se séparèrent avant sa naissance et le bébé naquit, très prématurément. Le médecin la prit entre ses bras et dit : « Maintenant qu'elle est là, on ne va pas la tuer. »

Docteur Amour, aimant toute vie, si fragile soit-elle.

Le bébé grandit, devint une petite fille, Ana. Une enfant qui analysait tout, se sensibilisait, et désirait comprendre le monde qui l'entoure.

Je reviens à ce terme : perversité narcissique.

Face à face se tiennent un dévoreur, le pervers, et la victime, qui…, naturellement, comme toute personne normalement constituée. La victime est non consentante, elle ne peut imaginer qu'une telle cruauté puisse exister. Une cruauté qui lui donnait la frousse, inconsciemment, et l'empêchait de dormir la nuit. « Mon cœur était en alerte, me racontait Ana, quelqu'un voulait me tuer. Le danger était là, impalpable, et la lumière me sécurisait. Au matin, je disais à ma mère que je me sentais fatiguée, que je n'avais pas l'impression d'avoir dormi, d'être reposée. Elle haussait les épaules, agacée, et lançait : tu dors comme tout le monde ! Non, moi je savais que mes plus beaux réveils avaient lieu chez mes grand-parents, à la campagne, et que mon premier plaisir était d'entendre le gazouillement des oiseaux, au dehors. »

Ana interrogeait sa tante, à propos de l'enfance de sa sœur aînée, Tekla : « Ta mère était une envieuse, une insatisfaite. » Certes, quels yeux elle faisait, Tekla, alors qu'elle convoitait un appartement plus grand, plus beau, plus tout, en somme ! Elle l'obtint, ayant enjôlé quelqu'un de haut placé. Certes, elle l'avait mérité son petit palais, mais un palais, comme chacun sait, pour être brillant, cela demande à être payé en espèces sonnantes et trébuchantes. Tekla avait eu les yeux plus gros que le ventre.


Ana voyait le bon côté des choses : « il est meublé avec goût, tu vas pouvoir inviter des amis à prendre le thé ! » Mais Tekla restait mentalement dans le noir total, et au cœur un dégoût devait se fabriquer puisqu'elle disait : « Non… ». Les points de suspension comptent : opérationnellement les pervers les utilisent afin de créer un malaise chez l'interlocuteur qui aura beau se demander verbalement ce que cela signifie, il n'obtiendra aucune réponse franche et honnête de la part du pervers. La franchise et l'honnêteté sont des états incompatibles chez les pervers, ils en sont dénués.

Tekla évoquait sa propre enfance : « À l'école, j'avais une cour. » Maintenant, Ana pouffe de rire : « Rien que ça ! Une cour, comme la reine au milieu de ses sujets. Et elle a le culot de se déclarer athée ! Remarque, Dieu ne peut pas croire à une puissance supérieure à lui-même. »

Tekla, tyran. Tekla, ou l'exemple à suivre méprisant les autres, leurs vêtements, leur carrière. Les autres sont bêtes. Et s'ils ne pensaient pas comme elle, ils méritaient d'être oubliés.

Les pervers sont des killers. Ils ont des intentions infernales, proches de celles de Satan. Détruire, tel est leur but.

Ana, après bien des brûlures d'estomac, des douleurs ressenties dans la nuque, dans le dos, et un sentiment général d'affaiblissement, tomba malade. Son corps n'en pouvait plus de cette lutte pour survivre dans cette atmosphère qui ne lui convenait pas. Ana ne savait pas encore à qui elle avait affaire. « Je mettais ces douleurs sur le compte de la croissance, puis après la puberté, les examens en préparation. En fait, c'est au système immunitaire qu'elle s'attaquait, mes propres défenses. »

Une mère castratrice, voilà ce qu'est Tekla. Une mère qui a eu peur en voyant sa fille devenir femme, et qui sous couvert de lui donner de bons conseils, cherche à retenir les élans d'une adolescente de 19 ans : « Attends donc. Ce jeune homme n'est pas prêt à vivre cela… » et d'inventer toutes sortes de choses qu'Ana prend pour des vérités.

Plus tard, Ana devint femme dans les bras d'un autre jeune homme. Le couple dura plusieurs mois. Tekla ne montrait aucun signe d'appréciation envers le jeune homme, elle disait : « Oh, tu n'es pas heureuse avec lui… ». Ana avait à se débattre, à apprendre, à comprendre les relations homme-femme et elle croyait pouvoir s'appuyer sur les bons conseils de celle qui l'avait mise au monde. Elle eut des doutes en lisant des magazines féminins, traitant de psychologie. Elle vit de plus en plus clair, et ce, jusqu'à sa rencontre avec une talentueuse psychologue. Celle-ci avait compris beaucoup de choses, ayant vu Tekla qui accompagnait Ana, alors que des problèmes d'arthrose l'empêchait de marcher normalement.

Les pervers n'ont pas de force intérieure. Le danger vient de leur force physique qu'ils peuvent déployer dans l'espace, sur les objets (papiers, porte, etc.) ou les humains.

Ana me raconta, il y a trois ans de cela :

« Un jour où, bouillonnant de rage, n'en pouvant plus, mon être se rebellait contre elle, car elle me sortait par tous les pores de la peau, je la traitais d'« idiote ! » alors que les termes « horreur incarnée » aurait mieux convenu, ma mère se rua sur moi, un rictus de haine contractant ses mâchoires, et me griffa au bras, en émettant un bruit de bête.

J'aurais du prévoir, mais non, choquée, bouleversée, ayant lu dans ses yeux une telle preuve d'un non amour envers moi, et ressentant une vive douleur, je tamponnai mon bras blessé avec de l'alcool. Nous étions invitées à un déjeuner chez une amie de Tekla, j'aurais pu esquiver mon bras, mais j'avais trop peur du retour, trop peur de parler. » Ana vivait encore chez sa mère à cette époque.

Enfin, elle se résolut à rompre cette relation, et trouva en chez-elle, après plusieurs semaines de silence. Elle avait dit calmement un soir, ayant pris sa décision : « Tu m'as pourri la vie ».

Elle avait libéré son cœur, elle retrouvait une estime d'elle-même, après bien des saccages imposés et créés toujours sournoisement par sa mère. Celle-ci n'avait plus de proie, plus de marionnette à manipuler.

Les deux tantes d'Ana vinrent l'aider à transporter les cartons, et lui promirent leur appui moral en cas de difficultés relationnelles avec leur aînée. Une violente scène où les tons montèrent éclata entre les trois sœurs, et enfin les deux tantes versèrent des larmes trop longtemps contenues, en disant, à l'adresse de Tekla : « On ne te reverra plus, tu es trop méchante ! »

Tekla n'avait pas assisté à sa défaite : elle s'était repliée dans sa chambre, repassant des vêtements. Une narcissique ne doit-elle pas soigner son image ?

Au lendemain de sa liberté, Ana eut la joie de constater qu'elle n'avait plus mal au dos. Pour elle, la vie va commencer. Elle est doublement orpheline de géniteurs physiques, elle s'accouche maintenant d'elle-même. Elle travaille à scinder tout ce qui a pu la détruire de ce qui l'a construite. Elle ne désire pas entrer en contact, pour le moment, avec Tekla, car elle ne pourra pas changer la nature de sa mère. Elle garde en elle les mots d'un homme qu'elle a beaucoup aimé, et qui avait compris, bien avant elle, sa situation :

« Tu manques de confiance en toi. Ne t'inquiète pas, tu trouveras. C'est fou ce que tu me regardes ! » Il lui avait souri, et avait prononcé d'une voix tendre : « Il faut que tu sois amoureuse ».

Ou. Elle prononce ce mot, et elle rit, car l'amour est salvateur, elle l'a expérimenté ! Elle me dit que maintenant elle sait pourquoi elle aime autant caresser des yeux les beaux immeubles des siècles passés : elle est consciente du défi qu'ils représentent de la victoire qu'ils symbolisent. Issus d'une idée, esquissés, créés, épanouis sous le soleil.

Ana a lu les vilains petits canards, écrit par Boris Cyrulnik, paru aux éditions Odile Jacob.

Cette épreuve lui appris à se protéger, et à devenir plus sûre d'elle.

Ana va s'épanouissant sous le soleil.

Sophie Bernard-Cros



En quoi l'exercice pouvait-il bien me concerner ? Si une phrase pouvait décrire mon rapport à cette opposition de mots, elle se résumerait à peu de chose près comme ceci : «Jusqu'à quel point faudrait-il que je me fasse violence pour avoir recours à l'artifice de la séduction ? »

Décidément, ce thème ne m'inspirait pas. Ou si peu. Et de fort loin.

Enfin, à y mieux songer, peut-être ai-je, une fois ou deux dans ma vie, eu recours à un procédé qui s'apparente à celui-là.

Il était une fois, mais il y a fort longtemps – quasiment prescription donc ! –, une relation que les événements de la vie n'avait pas rendue possible. Alors, après avoir ruminé et fantasmé dans mon coin et recoin toutes les façons de bousculer le cours des choses, sans ne négliger aucune des opportunités, j'ai fini par recourir au seul moyen qui me restait : l'écriture.

Oui, je me suis fait, après une violence inouïe contre moi-même, surmontant mes barrières, mes doutes et mon manque de confiance pathologiques, l'immense bonheur de séduire un homme par la seule arme à ma disposition : la plume. L'encre d'un ancrage.

Fallait-il qu'elle soit bien laide, allez-vous penser pour ne pas avoir trouvé d'autres moyens de s'en approcher ou de l'émouvoir !

Hélas, l'âme n'est pas l'arme de séduction par excellence !

Que je sois ou non parvenue à mes fins n'est pas la question…, car le triomphe fut encore plus dans la victoire sur mes peurs que dans l'entreprise de séduction en elle-même.

Devant la détresse ou l'hébétude dans laquelle aurait pu me plonger le silence, j'ai trouvé en cette voie ma propre rédemption.

L'acte de création m'impose de mobiliser une violence intérieure afin de libérer pulsions et tensions en une expression dont l'intention avouée – consciente ou non – s'apparente à une manœuvre de séduction.

Comment faites-vous donc pour ne pas en être vous-mêmes victimes ? Mais, c'est proprement scandaleux ! Dois-je vous voler dans les plumes pour vous faire comprendre que résister à mon charme au lieu d'y succomber est formellement interdit ! Se put-il que ma plume ne fût plus fatale ?

Ainsi, votre refus de vous laisser séduire génère en moi ce déferlement de violence verbale dont je vous tiens pour seul responsable.

N'est-ce pas ainsi que souvent, dans la vraie vie, dérivent nos envies de séduire qui n'ont pas été couronnées du succès si âprement mérité ?

Combien faut-il de maturité, de recul et de grandeur d'âme pour tolérer d'essuyer un refus ? Pour accepter que, toi, tu ne sois pas en phase avec mon élan ? Pour tolérer de te laisser du temps, parce que mon acte de rébellion, ma violence non réprimée, devant ton geste d'hésitation ne feront qu'envenimer la relation, rendant toute tentative ultérieure impossible !

Combien de fois un amoureux repoussé n'a-t-il pas, contraint de tourner casaque avec la morsure cuisante de son échec, vociféré des paroles blessantes, en un ultime réflexe salvateur de son ego ?

Pourquoi n'ayant pas cherché délibérément à plaire, mais refusant de me faire complice d'un jeu que je n'avais pas choisi, ai-je pu me sentir blessé(e) par ces propos teintés de mépris ?

Dans d'autres circonstances, importuné(e) par quelque personne à tendance masochiste, pourquoi me suis-je adonné(e) non sans un certaine jouissance à mon exercice favori du « Fiche-moi la paix… »

Il y a ceux qui feignent ou qui ont l'intelligence de comprendre qu'il ne s'agit là que d'un jeu, avec toute la superficialité de l'apparence. Il y a ceux qui confondent la séduction avec les sentiments et qui, par conséquence, vivent toute malheureuse expérience comme une blessure narcissique.

Celui qui s'enhardit et se fait violence pour aller vers la personne qui l'attire n'est pas toujours prêt à essuyer un refus. Et… la violence appelant la violence, si je ne peux pas la retourner contre moi, je vais la diriger contre l'autre, contre cet objet de mon désir qui m'a fait l'affront de sa réponse négative.

Dommage de ne pas avoir en cet instant préservé intact le potentiel de séduction futur, car même insensible sur l'instant au charme de la personne, dans le temps, celui de la déclaration aurait pu faire son office, car elle se voulait de toute façon flatteuse.

Tout n'est parfois qu'une question de tempo… et si maintenant je te réponds « non » sans équivoque, voire avec une fermeté sans appel, qu'est-ce qui t'incite à croire que celle-ci n'est pas révisable un jour, parce que la vie n'est pas aussi figée qu'elle en a l'air ?

Et si, aujourd'hui, je ne suis pas ou ne souhaite pas être ouverte à ton discours, n'est-ce pas parce que d'autres paramètres : indisponibilité affective ou effective de l'un ou de l'autre, doivent entrer en considération ?

Je serai définitivement reconnaissante envers ceux qui auront compris qu'avoir été victime d'une passagère lubie n'a rien de dévalorisant. C'est avec un souvenir ému que je me remémore la réaction si digne de cette personne faisant face à ma lâcheté puérile d'adolescente pétrie de trouille… il y aura bientôt trente ans !

Probablement aucun des protagonistes n'a-t-il été tout à fait maître de ses agissements en de telles circonstances et bien ignorant des enjeux sous-jacents, mais chacun a épargné à l'autre l'inutile blessure de la violence verbale ou de celle du geste.

Comment ne pas penser, en ces temps troublés, à toutes les personnes victimes de violences conjugales ?

– instant de recueillement –

Quand donc cesserons-nous, de confondre amour-propre et amour ?

De croire que parvenir à séduire, c'est accéder au bonheur d'être aimé ?

De nous sentir blessés d'un rejet instantané, alors que nous n'offrons pas à l'autre l'opportunité de nous apprivoiser ?

Pour que la séduction redevienne un jeu, il faudra paradoxalement laisser du temps au temps…

Dans notre « vieux » couple la séduction n'est que l'une des facettes dont nous pouvons à loisir et plaisir user, pour que la flamme (femme ?) demeure !

Toutefois n'oublions jamais que la séduction reste une arme : « l'arme de la séduction » et qu'elle n'est pas sans danger ni violence potentielle, si nous ne l'utilisons pas dans le but d'être sincèrement agréable à l'autre, mais dans celui d'une seule satisfaction égocentrique.

Elisabeth Courbarien



Je dois vous dire que tout au long de ce monologue, je resterai tout à fait subjective en ce qui concerne le chapitre de la séduction. Pourquoi ? J'ai à ce propos beaucoup de répugnance. Plus encore, j'avoue en avoir une considérable ignorance. Pourtant, pour parler de quelque chose, il faut en avoir quelque expérience, si menue soit-elle.

Ce n'est pas l'orgueil qui me rend ignorante, comme on serait tenté de le croire, mais simplement parce qu'il n'est pas dans ma nature de chercher à plaire. Ce qui, soit dit en passant, n'est pas le moindre des handicaps. La route doit être plus facile, armé d'un tel atout, si l'on sait s'en servir avec méthode.

La séduction. Ce mot.

À le voir agité, à l'entendre nommé, je suis toujours prise de dégoût, de mépris. Je vois la fausseté d'un visage, vicieux et vicié, le sourire joli, docile et laid, les gestes ralentis, le discours contrefait dans un corps désirable.

Ce que je vois est l'artifice, le mensonge et finalement la dérision. Le détournement d'une vérité qui, crue et nue, est déjà difficile à penser, aussi difficile à saisir que notre existence dans l'univers entier. Mais quel entier ?

Aussi pourquoi nous rendre les choses plus rudes encore ? L'artifice, le mensonge.

Mais pourquoi ? Car tout se sait un jour. Et pendant ce temps, nous perdons des siècles et des siècles.

Se peut-il que le succès d'un jour gagné par de petits mensonges suffise à l'être humain ? Et les petits congénères de ce petit être vont-ils encore se faire passer pour victimes d'un faussaire alors qu'une nouvelle fois ils ont fermé les yeux en toute connaissance de cause ?

La séduction pour le pouvoir. Voilà ma subjectivité du jour. Le pouvoir, que sera-t-il ? Dans la majeure partie des cas, ce ne sera pas pour guider, pour rendre libre. Non ce sera la violence. La violence agressive, la séduction doucereuse, les deux mamelles de l'être tyrannique et malade. Mais ce dernier, s'il refuse le divan – car de nos jours, le remède est toujours possible – en entraîne d'autres dans sa chute quotidienne, d'autres mis en chaîne qui ne peuvent se défendre et qui n'ont en revanche nulle envie de tomber. C'est la violence terrible qui surveille, qui écrase, qui déchire, qui fait mal. La violence dangereusement contenue chez un être contraint. La violence est un mot fleuve. Elle s'inspire de tant de choses. Elle s'inspire de la séduction. Elle en est malheureusement souvent le petit enfant.

Fait à Paris, le 6 novembre 2003
Brigitte Delaunay



La violence et la séduction peuvent, au premier abord, nous apparaître comme des termes antagonistes. Alors que la violence vise à faire mal physiquement et psychiquement à autrui et révèle un caractère impulsif, dangereux, le second terme évoque l'attirance, le plaisir qui chemine peu à peu pour une autre personne et l'envie de lui faire du bien. Compte tenu de ces représentations, comment faire le lien entre ces deux termes ? Comment une personne peut-elle être attirée par un individu violent, brutal avec elle ou avec les autres ? Et pourtant ces situations existent. Pour exemples, certains d'entre nous développent ce qu'on appelle le syndrome de Stockholm à l'égard de leurs bourreaux. D'autres, plus nombreux, sont fascinés par les comportements et la personnalité des tueurs en série. Pourquoi cet intérêt ?

Afin de mieux comprendre cette fascination envers ce type de manifestations violentes, je dois éclaircir le concept de violence et m'intéresser aux significations que revêt l'acte violent pour son auteur et pour le sujet charmé.

Trop souvent connoté négativement, le mot violence est un mot qui est détourné de sa signification première positive. Ce terme souffre donc d'acceptations, de représentations différentes. En effet, étymologiquement parlant, ce mot vient du latin violentia. La racine « vis » évoque la notion de vigueur, d'énergie, de force, de vie. Il s'agit d'une réaction au rejet, à l'abandon. Par erreur, on relie l'étymologie de ce terme au latin violare qui signifie « violer, violenter ».

Il faut donc préciser que dans cette lettre le concept de la violence sera envisagé dans son sens commun, c'est à dire dans son aspect brutal, abusif, maltraitant au sens où Bergeret la définit. Il oppose la violence « agie » à l'agressivité, la violence témoignant de la non intégration de celle-ci. Elle serait le passage en acte de l'agressivité.

De plus, nous devons préciser que la violence n'est pas un concept psychopathologique, mais un concept social qui résulte de la transgression d'une norme. L'agressivité est de façon plus directe un concept psychopathologique.

La violence est à l'origine de l'humanité. Il faut noter qu'elle n'était guère meilleure autrefois qu'aujourd'hui. Pour exemple, on peut se rappeler que l'Angleterre du XIIIème siècle a vu plus de meurtres par jour que les États-Unis actuels. La violence demeure, nous ne l'avons pas inventée. Seuls les moyens de la violence changent.

Les formes de violence sont nombreuses et il faut préciser que toutes les formes de séduction (sectes, camp de rééducation) sont des violences. En effet, une idéologie est d'autant plus attirante et séduisante qu'elle prétend répondre à toutes les questions dans la mesure où le besoin d'un cadre, d'une orientation cohérente, est aussi vital qu'intense pour tout être humain. Le sujet serait conquis, car il trouverait en la personne du gourou les réponses aux questions qu'il se pose. La dynamique des sectes s'inscrit presque toujours dans un scénario de catastrophe (fin du monde, cataclysmes divers¼). L'anticipation d'une catastrophe, comme la fin du monde, par exemple, est capitale pour le bon fonctionnement du groupe « Les méchants seront anéantis; nous, les bons, nous survivrons ! » Des modes de fonctionnements archaïques comme le clivage remplacent petit à petit l'accès à l'ambivalence. La collusion, c'est à dire l'imbrication logique de l'inconscient du gourou et de celui de l'adepte provoquerait une attirance.

Selon le concept de la thérapie de la collusion, le comportement d'un individu est certes, déterminé essentiellement par son histoire personnelle antérieure, mais dans sa manifestation, il est aussi essentiellement déterminé par le comportement amplificateur ou affaiblissant du partenaire (théorie de la communication). Le partenaire est, dans son comportement, amplificateur ou affaiblissant, motivé par son histoire personnelle (aspect de la thérapie familiale). Les partenaires souffrant des mêmes troubles se confortent mutuellement dans leur comportement pathologique et s'installent dans un arrangement inconscient, une collusion. Ce concept permet de comprendre le comportement des femmes battues qui choisissent inconsciemment le même type de partenaire, c'est à dire des hommes violents. Pourquoi ces femmes se sont-elles choisies des partenaires qui ont sur elles une influence pathogène ? Elles font cela, bien que consciemment, elles aient eu l'intention de faire le contraire, par le choix du partenaire, pour venir à bout l'un avec l'autre du trouble qui existait déjà en eux auparavant. La théorie apportée par la thérapie conjugale est la suivante, le partenaire dominant du couple ferait naître la maladie du patient et ferait porter par lui ses propres troubles névrotiques. Il y faudrait chercher jusqu'à quel point le patient provoque et renforce lui-même le comportement pathogène de son partenaire et rejette sur lui le rôle pathogène. Le couple doit donc être considéré comme un système où il faut envisager le conflit comme un trouble névrotique commun à l'un et à l'autre. La collusion est un jeu commun inavoué, gardé secret, entre deux ou plusieurs partenaires sur la base d'un conflit profond de même nature qui n'a pas été résolu. Le conflit fondamental non résolu est exprimé dans des rôles différents qui font naître l'impression que l'un des partenaires est exactement le contraire de l'autre alors qu'il ne s'agit là que de variantes polarisées du même comportement. Le fait d'être unis par un conflit profond de même nature favorise la recherche de guérison du Moi chez l'un par un processus progressif (surcompensation), chez l'autre par un processus régressif.

Une autre forme d'attrait pour la violence se révèle dans le syndrome de Stockholm que développent certains otages pour leur kidnappeur. Dans ce syndrome, l'otage développe de l'amitié et s'identifie aux motivations de son bourreau. Une relation d'amitié et de compréhension s'installe entre eux. Cette réaction pourrait paraître étonnante à beaucoup d'entre nous. Il s'agirait en fait, d'une défense psychologique que met en place la victime, face au traumatisme occasionné par la claustration prolongée. Nous éprouvons tous le besoin quotidien d'un lieu et d'un espace pour discuter de notre perception de la réalité et pour partager quelques préoccupations. Ces échanges nous apportent la satisfaction d'être confirmés dans nos valeurs. Dans une prise d'otage, ces petits moments sont souvent bousculés, sinon absents. Un agresseur qui tient en joue des employés ne parlera ni d'actualité ni de la pluie et du beau temps avec ses victimes ! Cela ne ferait pas sérieux ! Les otages, eux, dans leur panique, ont pourtant besoin de s'en remettre, à quelqu'un, de se relier. Ce besoin est tellement fondamental que, en situation de crise, les otages adopteront les valeurs et les idées du groupe agresseur (même si elles sont hostiles) plutôt que de se retrouver dans un vide culturel. Mieux vaut des idées hostiles qu'un vide total.

De Jack l'Éventreur à Hannibal Lecter, pourquoi les tueurs en série nous fascinent-ils ? D'où nous vient cet intérêt pour la violence poussée à l'extrême ? Il faut noter à ce sujet que la pathologie est l'exagération des phénomènes discrets existants en chacun de nous. Ainsi, le tueur en série tue certaines victimes ce qui est proche de notre comportement, car nous sélectionnons le même type de partenaire amoureux. De ce point de vue, le meurtrier en série obéit à des règles de fonctionnement psychologique de même type que l'homme ordinaire bien que ce dernier réprime ses pulsions agressives, alors qu'il y a une levée d'inhibition chez le tueur en série qui passe à l'acte en supprimant sa victime. La fascination fantasmatique du sang, du sexe, de la violence et de la mort est présente chez tout individu, mais de façon équilibrée chez le sujet ordinaire. Elles sont neutralisées par de nombreux exutoires (sport, voyeurisme tels que cinéma, théâtre, lecture¼) pour la plupart des individus. Chez certains cependant, cette fascination prend des dimensions pathologiques qui les amènent à rechercher un plaisir sexuel sadique à la vue du sang, de la violence ou de la mort. Dans des cas extrêmes ce n'est que la participation active à des actions violentes, sanglantes, meurtrières ou nécromanes qui leur procure le plaisir sexuel ou sadique s'accompagnant parfois de fétichisme avec conservation de reliques de leurs victimes.

Le plus souvent, ces sujets sont des psychopathes qui présentent une perversité de caractère. Le sujet éprouve du plaisir à détruire l'autre. Il s'agit d'un trouble de la relation avec l'objet. Le psychopathe a un narcissisme très développé et vit au grand jour la partie agressive de son anaclitisme, au lieu de l'inhiber ou de la retourner contre lui-même. L'identification à autrui n'est pas possible. Pour ce type de personnalité, le danger vient de l'extérieur. En détruisant la source du danger le sujet se sent mieux. Il faut noter que toutes les formes de destructivité prennent la signification de meurtre. La révolte du psychopathe n'est pas indépendance, mais simple débordement affectif. L'instabilité émotionnelle traduit la faiblesse prégénitale du Moi, la labilité affective et la suggestibilité correspondent à la grande dépendance anaclitique.

La psychanalyse jusqu'à ces derniers temps prenait l'individu comme objet presque exclusif de sa recherche. On se plongeait dans l'histoire de son inconscient. Les conflits apparents entre partenaires n'entraient en ligne de compte que lorsqu'ils pouvaient être vus comme réactivant des conflits anciens intériorisés. Les relations à des partenaires concrets étaient examinés à partir des objets internes, c'est-à-dire à partir des modèles individuels de relation formés dans les expériences précoces et les souvenirs d'un lointain passé. Le sujet se serait trouvé au cours d'un vécu pénible de sa première enfance en relation conflictuelle avec des objets extérieurs, c'est-à-dire des partenaires. Le psychanalyste s'intéressait peu à ce que le partenaire était en réalité, les relations réelles avec l'entourage n'étaient pas considérées comme déterminantes. Il paraissait plutôt nécessaire de porter l'investigation de la relation d'objet sur le terrain des fantasmes, car on partait de ce présupposé : les fantasmes déterminent la conception de la réalité et les actes qui en découlent. Bien des troubles ne peuvent être traités si on ne traite pas en même temps le milieu pathogène.

Laetitia Ilzert



La violence : expression d'un droit à tout dire, tout connaître, tout maîtriser, tout posséder, voire à rendre tout communicable. Bref, d'un droit à la négation de toute différence. La vérité est alors non plus définie dans le champ du langage en fonction du désir de l'autre et de la parole, mais dans la rage et l'aveuglement d'être l'unique, d'être un. La violence fonctionne alors comme une explosion dans l'immédiateté, comme effet illusoire de la séduction.

Dans la séduction, argent, sexe, corps sont évoqués comme des objets partiels. Ils perdent leur qualité de médiation entre les vivants. La jouissance avide de la consommation met obstacle à l'échange, à la joie du partage. L'exhibition des corps se substitue à la différence subjective des êtres.

Dans son désir de séduction manipulatrice, l'homme déserte le lieu où seulement il peut demeurer en vérité, celui de la parole qui révèle et qui le révèle. L'objet n'est plus relié, par l'effet d'une illusion, qu'au seul désir immédiat, la chair perçue comme nue n'est plus habitée par la présence. La sexualité devient duel où les corps s'affrontent et où la différence devient exclusion meurtrière. Est alors évité, comme dans la violence, le regard d'autrui, évitée la parole qui touche au cœur et inscrit l'homme dans son humanité.

Violence, séduction : deux façons de court-circuiter la parole, la médiation. Bref un déni total du don. Mondes sans voix, sans sourire, sans rythme, sans autre.

À la violence et à la séduction où la dimension de l'autre se trouve ainsi irrémédiablement forclose, s'opposent le silence, le respect, autre forme du regard, s'oppose la pudeur qui réintroduit la présence au cœur de la chair, s'oppose l'éducation qui évoque une élévation de soi par la parole, préfigurations de l'entrée de l'homme dans un processus de symbolisation qui lui rend sa dimension d'altérité en lui restituant la parole comme marque du don.

Michèle Laburthe-Tolra



Le masochisme procède toujours du besoin d'attirer l'attention du partenaire.

Pour une raison quelconque, le sujet est dédaigné sexuellement. Il en souffre et ressent vivement cette frustration. La solution consisterait pour le sujet à chercher et trouver un autre partenaire. Mais les circonstances ne le permettent pas, que ce soit vrai ou faux.

Le sujet ressent alors une souffrance lancinante. Pour la surmonter, il imagine d'en inverser la polarité et de prendre son plaisir au dédain qu'il subit. De la sorte l'équilibre est rétabli.

Il est à remarquer que le masochisme ne fonctionne « bien » qu'avec un partenaire de substitution. Avec ce partenaire, les exigences masochistes peuvent être de plus en plus éthérées, distantes de la sexualité proprement dite. À la limite (cas de Sader-Masoch lui-même), le sujet se satisfait d'être « esclave » sans aucune satisfaction érotique « autorisée » ou tout au plus en se satisfaisant d'un auto-érotisme dans les rares circonstances « permises ».

Le sujet aura d'ailleurs tendance à multiplier les exigences à son propre égard, car ce sont autant de manques d'attention que le partenaire dominant lui porte. D'où fausses tentatives de fausse « désobéissance » entraînant une punition supplémentaire, etc.

À la limite, le masochisme s'intellectualise complètement et n'a plus rien à voir en apparence avec le fonctionnement du sexe.

***

Le sadisme, lui, procède toujours du besoin de provoquer la réaction du partenaire. En ce sens il est beaucoup moins intellectuel, et surtout moins auto-érotique que le masochisme.

Pour une raison quelconque, le partenaire ne réagit pas à l'exercice d'une sexualité normale. Ce peut être frigidité de sa part, mais aussi, et beaucoup plus souvent, impuissance du sujet.

Celui-ci imagine alors d'avoir recours à la violence pour provoquer une réaction de son partenaire. Car c'est cette réaction, qui l'intéresse. Pour y parvenir, toutes les formes de violence physique, mais aussi morale, sont imaginables.

Le sujet est satisfait quand il obtient enfin de son partenaire le cri ou les pleurs. Alors il surmonte son échec antérieur et sa sexualité s'épanouit.

***

Relations entre le sado-masochisme et la perversion sexuelle

Les comportements ci-dessus décrits sont évidemment déviants. Mais ils le sont beaucoup moins qu'il n'y paraît si l'ont tient compte de la comédie sado-masochiste. Jamais, absolument jamais, dans une séance de sadisme ou de masochisme telle que décrite ci-dessus, le partenaire actif ne dépassera les limites du jeu érotique telles qu'elles ont été arrêtées d'avance avant le commencement de la séance.

Et même dans ces limites, s'il ressent chez l'autre une souffrance vraie, il s'arrêtera immédiatement pour demander à l'autre s'il accepte.

Car le seul sado-masochisme n'est qu'un jeu, un jeu destiné à stimuler l'érotisme par l'afflux de sensations bizarres. Mais c'est un jeu où chacun des partenaires doit trouver son compte.

C'est ce qui le distinguera fondamentalement de la perversion sexuelle proprement dite dont le prototype est le viol.

Dans le viol, et pour le violeur, seule compte sa propre satisfaction ; c'est un manque d'égoïsme suprême. Que le viol s'accompagne de cruauté vraie est malheureusement inévitable.

Le marquis de Sade, par exemple, avant que d'être un « sadique » est un violeur. C'est cela qui le distingue d'abord. Le viol peut s'accompagner de toutes les formes de perversité morale. Méchanceté, cruauté, chantage, etc.

C'est son côté auto-érotique qui le permet. Du moment qu'un individu ne poursuit, dans le sexe, que son propre intérêt exclusif, tout est moralement possible.

Mais ces formes de perversion mentale, propre à toutes les formes de viol, ne constituent absolument pas la nature du sado-masochisme vrai, qui n'est qu'un moyen de connaître la jouissance avec le concours de l'autre. Et si elles s'y rencontrent parfois, elles lui sont fondamentalement étrangères.

Georges de Maleville



Question d'examen
Imaginez une métaphore, un symbole qui illustrerait votre perception personnelle de l'inconscient. Et commentez.

C'est comme la découverte d'une maison qui ne demande qu'à être habitée. Laissée au hasard et paraissant oubliée, un chemin long, épineux et à peine visible, me mène à elle.

De loin, on pourrait penser qu'elle est vide et pourtant. Je découvre à travers une porte vitrée, un salon chaleureusement meublé d'un bureau, de tableaux, de tapis et d'étagères remplies de livres.

J'aimerais bien entrer, mais cette porte est fermée à clef. Et cette clef, je ne l'ai pas.

Je continue la visite de la maison et je découvre que dans une pièce se trouve un amoncellement d'enveloppes de couleurs très différentes. Sur un mur est inscrit : « La clef est dans l'une de ces enveloppes. À vous de la trouver ».

Combien de temps va t-il me falloir avant de le découvrir ? Je me rends à l'évidence que la recherche va être très difficile, mais poussée par la curiosité, je continue la visite de la maison dans l'espoir d'un autre indice. Je traverse un long couloir mal éclairé et je m'aperçois que des gens sont là et se battent. Dans un coin, une personne les regarde tristement. Je m'approche d'elle et lui demande :

Moi : Que se passe t-il ?

Elle : « Il se passe que nous avons du mal à cohabiter tous ensemble ».

Moi : Mais qui sont tous ces gens, pourquoi se battent-ils ?

Elle : « Tous ces gens, tu vois, s'appellent Impatience, Colère, Mensonge, Peur, Ego, Culpabilité, Envie et j'en oublie. Parfois, ils ne savent pas pourquoi ils se battent, mais aujourd'hui certains d'entre eux veulent ouvrir la porte du salon et d'autres ne veulent pas, c'est la raison de cette dispute dont tu es témoin ».

Moi : Mais toi qui es-tu ?

Elle : «Je suis la Patience et je suis souvent à l'écart comme tu peux le constater ».

Moi : Et tu ne peux pas les aider ?

Elle : « Je les aiderai seulement lorsqu'ils me le demanderont. Pour l'instant ils sont bien trop agités pour entendre quelque chose. Alors j'attends. Mais toi comment t'appelles-tu ? ».

Moi : Clairvoyance.

Elle : « Alors bienvenue, je suis heureuse que tu sois là ».

Moi : Mais dis moi, tout à l'heure j'étais dans une autre pièce remplie d'enveloppes et sur le mur était inscrit « la clef du salon est dans l'une de ces enveloppes ?

Elle : « C'est faux. C'est nous qui l'avons, c'était pour te pousser à venir jusqu'à nous ».

Moi : Mais qu'y a t-il dans ce salon ?

Elle : « La vérité ».

Moi : La vérité sur quoi ?

 Elle : « La vérité sur nous-mêmes ».

L'inconscient détient la clef de ces maux et mots qui nous trahissent si souvent. La vérité sur ce que nous sommes vraiment est cachée là dans les méandres de notre inconscient.

Cependant, il n'est pas si facile de s'y aventurer. La vérité rend libre, mais demande beaucoup d'humilité et de courage.

Découvrir tous ces sentiments qui vivent en nous, les accepter et réussir à les tempérer, voilà le beau travail de toute une vie.

Cyrille Pajak



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Paul Ruty



Si tu rencontres un jour l'amour, si tu as cette chance, donne-lui donc tes tripes, toutes tes tripes, sans retenue aucune. Crie-lui, nuit et jour, que tu l'aimes, combien tu l'aimes et pourquoi tu l'aimes. Et quoiqu'en disent nos mères, grands-mères et autres aïeules, quoiqu'en pensent dans la castration de leurs peurs tes amies, quoique l'amour lui-même t'en conte, donne-lui tout ce que ton cœur contient, tout ce qu'il retient, sans répit, sans souci du lendemain.

Si tu rencontres l'amour, et que tu ne sois pas bien sûre qu'il soit amour, ou qu'il se nie lui-même, ou que tous autour de toi s'évertuent à te prouver le contraire, donne-toi dans l'amour. Donne tout ton être, toute ta force, toute ta fragilité, toute ta vigueur, toute ta sensibilité, ta haine aussi, celle qui croupit au fond de ton être vrai, cette ombre qui te suit dans tes nuits effarouchées, donne-lui tes peurs, tes angoisses, tes amours. N'hésite pas. Aime-le ! Tu l'as nommé amour; c'est tout ce qui compte. C'est toi qui as choisi son nom, toi seule, et jamais personne ne pourra le nommer autrement dans ton coeur.

Si tu as rencontré l'amour et qu'il ne fût pas amour, si tu lui as donné tes tripes, si tu lui as conté ton cœur, le fantôme à qui tu as fait porter le beau rôle de l'amour finira toujours par disparaître et s'en retournera de lui-même au pays des fantômes.

Si tu as rencontré l'amour et que tu as su te donner à lui avec grâce et volupté, l'amour tu porteras en toi pour la vie et l'éternité.

Véronique Signès Fertig