NUMÉRO 79 REVUE MENSUELLE AOÛT 2002

Choisissez la couleur du fond d'écran :

Revenir en mode de visualisation classique

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Le couple La pareja
 
Bernard, Hervé Le couple
 
Cohen, Rut Diana La pareja
 
Giosa, Alejandro La pareja
 
Health I. G. News Dirofilariosis
 
Mercurio, Norberto La pareja


Envoyer à un(e) ami(e)
    envoyer à un(e) ami(e)    
   Imprimer/Imprimir
    imprimer    
   Vos réactions sur ces articles
    vos réactions sur ces articles    


Comme d'habitude dans notre groupe de travail, une fois par an les thèmes de l'année sont choisis, ils sont proposés et la votation leur donnent le droit d'existence, c'est ainsi que « l'oubli » est devenu un sujet aussi bien que « comment pardonner aux parents ? » et après « le couple ». Tout était bien, mais la question c'est quand et comment, après, se confronter à la réalité de la page blanche qui semble devenir muette quand nous sommes en face du développement thématique.

À ce moment-là, les promoteurs du thème sont en général les premiers à disparaître de la scène. Pourquoi ? Il y a bien des raisons et beaucoup de censure et en plus le fait que cette lettre a pour but de ne pas faire des exposés théoriques, car nous voulons motiver les lecteurs à se poser des questions. Notre public, ce ne sont pas les savants. Ce sont les vivants qui ne peuvent pas toujours trouver les mots pour comprendre en eux-mêmes que l'expérience existentielle et les souffrances qui en découlent sont des vécus aussi, bien connus par les spécialistes. Difficile est notre tâche ! Essayer d'éliminer les citations, les renvois à des phrases toutes faites à partir de contextes qui bien ou mal sont structurés et conceptuellement précis, mais non pas des produits de l'expérience directe des acteurs intéressés.

La personne qui va nous lire n'est qu'un inconnu qui cherche une résonance, une réponse à une question qui en lui est peut-être mal saisie et donc logiquement inaccessible à sa réflexion, à son sentiment, à sa perception et à son intuition.

Un autre problème c'est le temps, car se laisser écrire c'est une aventure qui est bien loin de la recherche dans une riche bibliographie des extraits que des autres ont eu le courage de dire. Se laisser écrire est un acte de liberté, d'acceptation de ce que nous avons compris et de ce qui nous manque à comprendre. Se laisser écrire est un acte de courage que l'homme ne peut aborder qu'à partir de ce qu'il est, de son degré de conscience et de son background existentiel.

Je ne voudrais pas trahir notre engagement à ce sujet.

Aujourd'hui, moi-même découragée, j'ose ouvrir ma bibliothèque secrète, celle que je n'ai pas exposé aux yeux des passagers de mon habitat professionnel, celle où j'accumule mes intérêts, celle qui s'enrichit par une sélection d'ouvrages qui guident mon évolution intérieure, ma pratique de l'inconscient, ma passion de la recherche. En quelques minutes, cinq ou six livres se sont accumulés près de moi. J'avais choisi en tant que professeur universitaire et didacticienne avisée, mais, sans prudence, les livres nécessaires pour un cours magistral.

Soudain je ressentis une lourde tristesse. Qu'est-ce que j'avais appris de la vie pour réagir de la sorte ? Je me répétais de façon mécaniquement professorale, mais en dehors du sens voulu, en dehors de mon processus d'hominisation, d'individuation et de conscientisation.

Je regardais les titres des livres choisis. Le premier « Le couple, sa vie et sa mort » dont le thème pour moi capital est les mariages mixtes, le second « Uncoupling ». Après cet étrange passage par la nuit, j'avais heureusement choisi les livres de Francesco Alberoni, dans leur totalité.

L'élection était au commencement complexe, douloureux et presque mélancolique. Alberoni, en revanche, me faisait plonger dans la puissance de l'amour, de l'érotisme, de la finesse et de la résurrection des sentiments.

C'est bien vrai que je me pose des questions sur les aléas des couples mixtes et sur le processus de séparation que « Uncoupling » propose, car si le couple est éternel, les partenaires ne le sont nécessairement pas pour toujours. Cependant mon élection sur Alberoni m'approchait de ce que je conçois comme étant la dimension à explorer toujours vivante et dynamique du couple dans son essence et sa raison d'être.

Par rapport à mon couple intérieur animus-anima, elle va bien, elle est en bonne santé. L'autre bien aimé dans le réel n'est pas pour moi une béquille, mais une individualité bien définie et dont je reconnais la différence, et je sais bien que je l'aime dans son originalité.

Vers 21 heures, je remis correctement les ouvrages dans leur position initiale et je me suis dit : ce n'est pas la peine, libère toi, sors de ta prison conceptuelle, laisse-toi bercer par la vie, laisse venir en toi le sens et accouche ; demain il sera trop tard, le thème sera parti et tu n'auras pas donné sens à la transmission étrique que tu désires.

Plus de 25 ans de thérapies de couple m'ont-ils donné le savoir ? Et si j'ai acquis le savoir, de quel savoir s'agit-il ?

Jung dit qu'il n'y a pas de maladies, mais des malades. Je crois qu'il n'y a pas de maladies de communication de couple, mais des couples dont le lien est malade.

Je n'ai jamais traité deux couples qui se ressemblaient.

Tant de spécialistes ont écrit sur le couple ! La typologie de couple qui me semble être la plus proche de ma perception cognitive fait référence à trois types de couple stables : normal, névrotique et psychotique.

Dans le couple normal, l'apparence extérieure est positive, le couple est perçu par les autres comme une unité agissante et dynamique. Les conflits sont acceptés et gérés ouvertement, en complicité, comme dirait Neruda « ce n'est pas important de se regarder dans les yeux, mais de regarder dans le même sens ». La sexualité est facile, le feed back bon.

Dans le couple névrotique l'apparence extérieure est négative. Le couple est perçu comme des gens « à problème », dérangeant en soi et pour les autres. Les conflits sont niés ou mal gérés. Domine le transfert de responsabilité sur le conjoint ou le sentiment de culpabilité. Il y a rétraction des liens et les « non dits » abondent. La sexualité est complexe, culpabilisante, urgente. Le feed back est déformé par l'interprétation.

Dans le couple psychotique, l'apparence extérieure est, en général, positive, car il y a des silences, autonomie d'opinion des conjoints et continuité dans le temps. Mais il y a aussi une sensation d'étrangeté. Souvent ils disparaissent dans la vie sociale et n'aiment pas les activités groupales. En apparence, il y a très peu de conflits ou alors ils prennent des allures délirantes, paranoïaques, de temps en temps, quand la pression déborde. Le couple est stable, la communication rigidifiée et appauvrie. La sexualité en tant que pulsion est puissante. Il n'y a presque pas de sentiment de partage dans la jouissance. Au fond chacun n'est que pour soi, le décodage du feed back dans la communication est presque absent sauf dans les crises individuelles de persécution.

Et par rapport à ma trajectoire au sujet de mes expériences de couple, je constate depuis mon enfance que j'étais en couple œdipien avec mon oncle maternel et que mon père n'existait que comme un ami, un compagnon idéal.

La résolution de cette problématique œdipienne n'a pas été traumatique, car ils se sont partagé la position du père. Mon oncle était un rêveur qui voyageait, exerçant sa profession sans trop se frustrer de tout. Mon oncle vivait pendant des mois à la campagne sereinement. Pour lui tout était facile, absolument patriarcal et irresponsable. Son activité principale était rêver et j'ai su l'écouter le faire à haute voix et parler dans des langues différentes et lire « Lady Chatterley's lover » ou la « Gloria » de Don Remiro en même temps.

Enfin, il racontait l'Égypte et Paris et il se délectait en se souvenant des petites italiennes avec des chaussures idéales qui leur permettaient de bouger librement, enfin il rêvait l'Europe. Et moi, il y a 25 ans que je suis en France.

Mon père était un homme d'action et mon ami véritable. Avec lui, nous nous disputions comme des camarades d'école et nous nous sommes tellement aimés qu'aujourd'hui encore et plus que jamais il me visite dans mes rêves, je l'évoque et l'admire. Il voulait que je fasse sa carrière pour me laisser son cabinet. Il aimait son travail, il était passionné et sensible, enfin un homme d'action qui m'empêchait les rêveries et les flottements. Il lisait sur l'histoire, sur la stratégie, il m'a appris à lire à peine sortie de mon berceau. Et moi, depuis mes 13 ans, je suis une femme d'action.

La synthèse entre ces premiers hommes de ma vie c'est ce que je suis aujourd'hui : une femme d'action en Europe.

Bravo pour ma première histoire d'amour. Mon anima ressemble à mon oncle, mon animus à mon père.

Mon oncle parlait français, anglais et italien, mon père allemand.

***

Après, dans ma vie, il y a toujours eu deux couples bien différents, mais deux couples : un père pour les enfants, un ami pour la confidence, pour le partage intellectuel, et dans cette histoire il n'y a pas la place pour l'infidélité, cette situation convient et satisfait mon couple intérieur. Autrement j'aurais été brimée, étiolée, dépendante et esclave et je pense que j'aurais pu être morte ou amère.

Trouver tout à l'intérieur d'un couple serait pour moi l'idéal, car celui-ci serait le « couple idéal ». Mais pourquoi pas si en devenant conscients nous étions déjà capables de « lâcher l'idéal de couple ».

Enfin, je me laisse écrire… Peut-être devrais-je critiquer avant de dire quoi que ce soit ? En fait, je crois, comme dit Graham Greene dans son livre « Vocation d'écrivain », que l'écrivain se doit d'être sincère avec lui-même.

Mon histoire peut servir quelqu'un pour se comprendre et arrêter avec la prison de la culpabilité.

J'ai deux amours ? Non, j'ai eu, depuis le commencement de ma vie, deux interlocuteurs privilégiés.

De toute manière, mon exposé est sincère. Par ailleurs je voudrais raconter que, après avoir rangé les livres sur le couple j'ai eu un flash étonnant. Les thèmes de tout ce que j'ai écrit dans ma vie ne sont que sur le couple, car l'amour, la passion amoureuse, les sentiments de joie, de partage sont toujours liés au couple et à son produit naturel : les enfants.

Depuis toujours la question a été presque obsessionnelle et je suis sûre que j'ai fait de mon mieux pour construire un couple presque parfait. Aujourd'hui donc, je peux dire par rapport à l'aimé : « je sculpte son âme, il a sculpté mon âme ». Nous sommes en équilibre.

Il est mon confident, mon guide, je peux lui faire confiance. Le temps se dégrade, pas le couple. Le temps ne fait que le transformer et l'enrichir mais pour cela il faut le vivre avec générosité.

C'est tout pour aujourd'hui et peut-être trop. Je demande aux lecteurs de me questionner si je n'ai pas dit clairement.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Malgré les évolutions de notre société, dans son organisation, ses idéaux, ses modalités de fonctionnement, le couple reste un objectif, certes plus ou moins difficile à atteindre, dans le cœur et la psyché de nombre d'entre nous, un mode vie à préserver pour d'autres, ou encore un ensemble de souvenirs bien présents pour ceux ayant perdu leur moitié à l'automne de leur vie.

J'entends par couple, un large spectre de solutions psychosociales, adaptées aux besoins et contraintes de chacun, qui permettent de satisfaire ce besoin de communication et d'échange avec l'autre, même si les termes modernes employés de manière un peu provocateurs n'excluent évidemment pas l'amour qui sous tend de manière fondamentale la relation de couple :

  • le cas le plus répandu et le plus chanté par toutes les cultures, le couple entre un homme et une femme, soucieux le plus souvent de créer famille et descendance ;
  • d'autres formes, de plus en plus institutionnalisées, le couple entre deux hommes ou entre deux femmes. Bien sûr, nous ne sommes pas là pour juger ou pour porter un avis, comme peuvent le faire certaines forces pensantes de notre société, mais pour accepter et comprendre cette solution comme choix de vie, comme toute autre problématique existentielle ;
  • on peut ranger parmi les relations de couple, même si elles doivent être temporaires, au moins dans un cours normal, les relations de couple entre une mère célibataire et son enfant, entre un frère et une sœur, ou même entre une personne et son hobby, son travail… d'autres formes pouvant se décliner à l'infini.

    J'entendrai donc par couple, toute relation entre deux êtres, ou même entre une personne et un objet, fondée sur l'amour et le désir de communication.

    Être, c'est-à-dire être homme (ou femme), c'est penser, et agir – dans cet ordre, mais aussi dans le mouvement d'aller et retour enrichissant et constructif –, et penser c'est communiquer avec soi-même, en puisant en soi parmi les éléments intégrés qui constituent l'expérience ou d'autres plus collectifs comme les fantasmes, les archétypes, nécessaires pour créer l'envie et le désir, qui sont le moteur de l'action.

    On pourra objecter que bien souvent le couple se construit de manière plus ou moins altérée par rapport à ces nobles idéaux de communication, par exemple dans la recherche plus ou moins consciente de fuite de la solitude, pour échapper au travail de deuil consécutif à la rupture d'une relation de couple précédente. Ces écueils à la construction d'une relation durable et satisfaisante au quotidien peuvent être identifiés, à défaut d'être évités, par un travail sur soi, de conscientisation des modes d'approche de l'autre, des conflits infantiles plus ou moins résolus, mis au jour, parfois de manière indirecte et non lisible immédiatement, lors d'échecs d'histoires de couples.

    La vie psychique est toujours à la croisée d'un double mouvement, qui doivent s'enrichir l'un l'autre pour le bien-être de la personne : la mise en relation d'éléments psychiques internes, des souvenirs, des fantasmes, des projets… et la réponse en termes d'action et de pensée à la réalité extérieure. Si l'un ou l'autre prédominent, on pourra par exemple parler de personnalités introverties ou tournées vers l'action. Mais l'un des modes ne doit pas écraser l'autre, sinon on observe une personnalité figée dans une rêverie malheureusement stérile ou bien une personnalité agissant sans réflexion, à moins que ses actes ne soient guidés par l'intuition, qui peut être considérée comme un cas de réflexion inconsciente.

    Former un couple avec une autre personne passe donc nécessairement par une bonne communication avec soi-même, autant pour trouver, choisir l'autre, et construire un projet de vie en commun, que de vivre cette relation de couple au quotidien et dans la durée, c'est-à-dire ajouter pierre par pierre les éléments qui enrichissent et consolident la relation.

    Car nous savons bien qu'une institution ponctuelle comme le mariage ou toute autre forme de contrat conclu dans une unité restreinte de temps, n'est pas la fin du processus de construction de couple, mais est très généralement plus proche du commencement.

  • Hervé Bernard