NUMÉRO 114 REVUE BIMESTRIELLE août-septembre 2007

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Existe-t-il la vie après la mort ?
 
Bernard, Hervé Y a-t-il une vie après la mort ?
 
Bègue, Jean-Pierre Témoignage de ma recherche sur la vie après la vie
 
Bouket, Gaël Y a-t-il une vie après la mort ?
 
Courbarien, Elisabeth Homme de peu de foi : pourquoi as-tu douté ?
 
Delagneau, Philippe La vie après la mort
 
Ercole, Jeanine Y a-t-il une vie après la mort ?
 
Giosa, Alejandro La vida y su continuación después de la muerte
 
Labraidh, Seonaidh ¿Existe la vida después de la muerte?
 
Laburthe-Tolra, Michèle Y a-t-il une vie après la mort ?
 
Manrique, Carla ¿Existe la vida después de la muerte?
 
Recher, Aurélien Péché d'innocence
 
Ruty, Paul Y a-t-il une vie après la mort ?
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mai 2003
 
Thomas, Claudine Y a-t-il une vie après la mort ?


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« Les morts sont les invisibles,
Mais ils ne sont pas les absents »
(Victor Hugo)

L'être de l'homme est toujours pris entre deux limites :

D'une part, la naissance ou plus exactement la conception ; d'autre part, la mort.

La naissance et la mort ne sont pas la vie. L'une commence la vie, l'autre la termine.

La mort ravit le corps physique de l'homme. De quelle manière la mort ravit-elle ce corps physique ? C'est la terre, ce sont les éléments qui reprennent l'homme terrestre. Ce sont ses propres éléments, s'il y a sépulture, et l'élément du feu s'il y a crémation.

À l'instant de la mort, l'homme cesse d'être seulement à l'endroit où se trouve son corps. Son existence commence à s'étendre jusqu'aux confins de l'espace cosmique. L'homme devient un avec l'univers que, jusqu'à présent, il n'avait pu que contempler. À ce moment, le monde qui s'étend hors de son corps devient son expérience subjective.

Sur ce problème essentiel pour l'humanité, bien des philosophes ou des écrivains ont formulé des opinions contradictoires.

L'homme est ignorant. Il ignore sa destinée comme dit Voltaire : « Que suis-je, où suis-je, où vais-je et d'où suis-je tiré ? » ou Alfred de Vigny : « Tout sera révélé dès que l'homme saura de quels lieux il arrive et dans quels il ira ».

Il existe une crainte, une appréhension angoissante de ce qui suit la mort, comme le souligne, à sa manière, Nietzsche : « La barque est prête ; elle vogue là-bas, peut-être vers le grand néant. Mais qui veut s'embarquer vers ce peut-être ? »

Et même si, dans notre égoïsme, nous pouvions marcher les yeux fixés sur un étroit bonheur, enveloppés d'un halo de rêve, et ignorer ceux qui souffrent, la douloureuse lucidité de notre intelligence nous dirait qu'un jour, peut-être proche, tout doit prendre fin pour nous. Alors se mêlerait à nos joies un goût de cendres, jusqu'au moment où, renonçant à toute fierté, nous laisserons échapper les plaintes déchirantes que nous arracheront les affres de la mort.

Malgré son caractère tragique, il est plus facile de s'y résigner si l'on songe qu'elle frappe tous les êtres.

Or Bernardin de Saint-Pierre rappelle que ceux qui ont la foi ne redoutent pas la mort : « Il y a un Dieu, mon fils : toute la nature l'annonce et je n'ai pas besoin de vous le prouver. Sans doute, il y a quelque part un lieu où la vertu reçoit sa récompense. Virginie maintenant est heureuse. »

***

Je cherche une feuille blanche pour écrire afin d'essayer, comme toujours, d'étaler ma vérité. Je sais bien qu'elle est relative, mais elle est à moi comme mon histoire, comme ton histoire est à toi, comme notre histoire est à nous. Il n'y a que tes cahiers d'allemand. Je les ouvre au hasard et je tombe directement sur « Kummer : le chagrin » et immédiatement « sich Kummer machen um (+ acc) : se chagriner de … ». Eh bien, ton message est arrivé ; à moi aussi tu me manques et je me laisse souffrir avec sagesse, parce que sinon je n'aurais jamais pu découvrir le trésor de la félicité cachée dans la souffrance et, dans cette ouverture unique, le point le plus grand de vulnérabilité qui, en réalité, ne peut être que le lien de notre plus grande force.

La souffrance nous enseigne la compassion pour comprendre et aider les autres.

Je n'ai même pas à me poser la question au sujet de la vie après la vie. L'homme chevauche entre deux natures le temps (nous) et l'éternité. L'éternité et le temps n'existent comme possibles que dans l'instant. Je n'ai pas de passé, il n'existe plus, je n'ai pas d'avenir, il n'est pas arrivé. En revanche j'ai mon présent dynamique insaisissable si ce n'est par le fait d'être présente, agissante, vigilante, unifiée.

J'allume la TV, Arte pour ne pas trop réfléchir à cette affaire. Il y a un festival de musique dans un château au Danemark, et la phrase arrive en synchronicité : « Ce qui est important n'est pas le concert mais d'être ensemble ». Tu as raison : nous sommes ensemble et nous nous sommes « concertés » dans l'éternité pour ne pas nous poser d'autres questions que celle « d'être ensemble » où que nous soyons, comme nous sommes.

Je sais que je suis très difficile à comprendre quand j'écris avec passion, qu'il est difficile de m'attraper dans une contradiction, qu'il est difficile de s'identifier à moi. Mais tu avais trouvé le secret de l'affaire de l'objet d'observation « en état d'expérimentation en laboratoire » : « Je change, sans pour cela perdre ma structure affirmée, selon les événements internes ou externes auxquels je suis exposée. Les variables imposées à l'objet d'observation, c'est-à-dire moi, changent et produisent des réponses différentes, mais l'identité de l'objet d'observation ne varie pas. Il est égal à lui-même, mais capable de métaboliser les variables introduites sans cesser d'être. »

Qui suis-je mon amour ?

Un revenant de cette éternité où nos âmes ont été créées pour toujours ?

Ou celle qui danse d'étoile en étoile en créant des univers de ballets presque impossibles pour une chorégraphie de facture humaine ?

Ou un de ces peintres anonymes de la chapelle Sixtine ?

Ou le poète qui s'attarde dans ses images pour ne pas assumer la souffrance de les vivre ?

Ou l'intellectuelle pure et dure pour qui aucune hypothèse n'est assez prouvée pour intégrer un système hypothétique déductible ?

Écrit très tard, à trois heures du matin le 15 août 2007

***

Je ne crois pas à la mort mais à la continuité dans la permanence.

Une amie sociologue, l'une des premières kibboutznite argentine en Israël, professeur de l'université hébreux de Montcoupus, avait écrit sur le mur de mon cabinet : « Shalom » et « la mort n'existe pas ». Qu'à-t-elle voulu dire ?

Facile de croire à l'éternité, car nous aurons le temps du pardon de la part d'un Dieu qui va plus bas que nos misères. Facile de croire en la réincarnation qui pourrait ici bas nous rendre plus conscient pour mieux revenir.

Cependant faire d'ici l'éternité, c'est à mon avis la solution, mais plus complexe.

Je site : « en ces temps de vacances, que cela te permette de revoir le Périgord par les yeux de ton beau- père que tu n'as hélas jamais connu ». C'est avec ces mots-là que mon beau-frère Guy m'a envoyé le petit guide sur la Roche Gageac avec des reproductions de trois tableaux de Lucien de Maleville, le peintre du Périgord, mon beau père, appelé par la famille « Papalou ».

Et je me répète, je ne crois pas à la mort, mais à la continuité dans la permanence. Ces tableaux ne me donnent pas l'impression d'être finis, mais d'être une ouverture vers l'éternité.

Il y a quelques années pendant un de mes voyages au Japon, un maître shintoïste m'a dit que la mort et le sommeil sont des jumeaux. À cette époque, il y a plus de vingt ans déjà, je ne connaissais de Lucien de Maleville que sa photo et quelques tableaux, surtout aperçus chez Régine, la sœur aînée de mon mari. En revanche, j'avais rêvé de lui. Il faut dire qu'il y a vingt ans, je n'avais pas abandonné mon désir de peindre. Hélas ma vie pressionnelle et familiale m'ont empêchée de le faire. Oui, j'ai pu un peu écrire pour compenser, en ce qui concerne la peinture, j'ai essayé de faire de moi-même mon tableau qui ne sera jamais fini. Pour le faire, mes modèles ont été des hommes remarquables vivants ou morts à travers ses livres et mes études. Je reviens à mon rêve avec mon beau père. J'étais dans sa maison, il était à ma droite, sur un balcon qui donnait sur le salon. Devant nous, à l'infini, une perspective symétrique et parfaite. En bas, au centre, il y avait un canapé, il me disait : « tu vois, c'est de ce point là central unique qu'il te faudra peindre ». J'ai toujours fait ainsi.

À la droite de la scène, également à l'intérieur de la maison, je voyais un chemin montant, très difficile, en pierre friable et Georges, mon mari, arpentait péniblement ce chemin avec une cane. Ce chemin était-il un calvaire prémonitoire ? Non, mais la représentation en dehors du temps et de l'espace des possibles contingences de la vie et de nos destinées.

Il est pour moi compliqué de décliner ce thème, car je ne crois pas à l'existence de limites tangibles entre ces deux formes de vie différentes : l'ici bas et l'au-delà. Je dirais comme pour l'eau : état solide, état liquide, état gazeux, de la même façon que j'ai pu parler au sujet d'un précédent article au sujet de l'amour d'amour étrique, amour karmique, amour charnel. Je ne te vois pas face à moi charnellement, car tu es invisible, mais je te perçois parfaitement. Mes sens sont éveillés à ton style de manifestation. Mes doigts perçoivent même la texture de ton costume blanc, sa température, mes yeux regardent tes yeux, ma peau touche la tienne. Je ne peux pas dire que tu es mort, mais que tu es ici autrement. Je te dirais plus : maintenant tu es devenu cosmique. Je peux te parler de tout et tu me comprends et tu me réponds.

Je t'ai réellement peu connu de ton vivant et ce n'est que maintenant que j'arrive à dialoguer avec toi avec la confiance de recevoir des réponses : de ton vivant, je n'aurais pas osé interroger tes silences. Car j'ai pu me vivre comme étant envahissante. Par ailleurs, j'espère que ton évolution dans cette autre nature te permettra de mettre fin à tes peurs de solitaire, bâties par la plus vieille pâtissière qu'est l'illusion, la maya.

Maintenant je suis sûre que tu avais raison d'être secret. Ta vie a été sans doute pleine de souffrance dans ce chemin montant de ton calvaire. Ta mission aujourd'hui, car je suis sûre aussi que ta mission se continue, est d'être juste et de donner ce à Dieu ce qui est à Dieu et de donner à César ce qui est à César. Enfin, à toi de résoudre les situations que tu as laissées derrière toi. Aujourd'hui, je peux faire mieux pour toi que quand tu étais là, car je t'accompagne en pleine liberté et conscience de mon devoir. Je sais que tu es là, invisible, mais pas absent. Par ailleurs, nous nous retrouvons presque chaque nuit pendant le sommeil, comme disait le shintoïste. Je crois que si je rêve de toi c'est parce que tu es là. Pendant le rêve, tu deviens visible.

Nous sommes aujourd'hui le 30 août le jour de Sainte Rose de Lima Pérou. Quand elle est morte, une pluie de rose est tombée du ciel sur les rues de Lima. Quand tu es parti, une pluie de pétales blancs est tombée sur mon âme pour qu'elle puisse se libérer de l'horreur du silence, dans une solitude qui devait être comprise pour ne pas être destructrice. Par ailleurs ce ne sont pas des morts, ceux qui sont dans les cimetières, mais tous ceux dont l'âme s'est endormie pour ne pas se confronter à la responsabilité de la recherche d'une vérité transcendante qui donne la vie.

Fait à Paris le 21 septembre 2007
et je crois qu'il y a un état solide, un état liquide et un état gazeux.
Le temps passe, les saisons se succèdent,
il y a les fleurs du printemps et les fleurs de l'hiver.
Je crois à la continuité dans la permanence
et à l'éternité ici bas dans l'instant
qui est l'unique pont possible pour goûter l'éternité
et l'au-delà avant la naissance ou après la naissance.
Dieu nous a permis de coexister ici-bas,
et nous coexisterons sans doute dans cet au-delà
dans lequel où tu m'as précédée pour te faciliter un moment de joie, où
je t'ai reconnu et ignoré en essayant de soulager les souffrances de ton calvaire.

***

«Volverán las obscuras golondrinas de tu balcón sus nidos a colgar y otra vez con el ala en sus cristales jugando llamarán, pero aquellas que aprendieron nuestros nombres tu hermosura y mi dicha contemplar aquellas que aprendieron nuestros nombres esas no volverán. Volverán del amor a tus oídos las palabras ardientes a soñar. Tu corazón de un profundo sueño tal vez despertará pero mudo y absorto y de rodillas como yo te he querido así no te querrán.» (Gustavo Adolfo Becquer)

Oui, il s'agit d'un poème en espagnol qui parle de nous. Je ne le traduirai pas, je n'écris mes articles qu'en français et je n'ai pas le temps de les traduire en espagnol, je laisse donc pour une fois au lecteur français le soin de se débrouiller. Je crois que vous pourrez le comprendre. Je vous donne une piste : « golondrina » = « hirondelle »

Par ailleurs, si j'écris ce soir, c'est pour te rendre hommage : tu es parti au paradis sans faire aucun bruit. Je n'ai même pas pu croire à ta mort, mais c'était l'heure et le jour et tu t'es endormi dans mes bras, comme moi dans l'éternité et sur terre je l'avais fait auparavant dans tes bras jamais fermés. C'était un jour comme les autres, sans confusion, sans conflit. Merci, tu es parti comme tu avais vécu, dans un silence plein de respect et, je le sais très bien, comme le disait mon père bien aimé, nous mourons quand nous sommes fatigués de vivre. À ton départ, j'ai essayé de te donner la paix que tu avais bien méritée et j'ai fait de moi le mieux possible pour te dire tendrement : « Pars sans regret, je m'occupe de toi ! » Ce n'était pas important ce que les autres ont pu penser de nous, je sais seulement que tu m'as aimée depuis l'éternité. Et que dire de mon amour ? Un jour et mille fois je t'ai dit : « Nous aurions dû nous connaître quand nous avions vingt ans », tu m'as répondu : « Tu ne m'aurais pas vu ! » Peut-être, mais chaque soir quand nous rentrions de nos cabinets, tu me disais en plaisantant un peu en apparence : « Un seul être nous manque et le monde est dépeuplé ». Tu avais raison, un seul être me manque, toi, mais le monde n'est pas dépeuplé, car tu es avec moi et avec les autres qui ont besoin de moi, ta présence se multiplie jusqu'à l'éternité. La vie après la mort est une sublime vérité que j'admire, je crois et je suis fidèle à cet autre monde que je ne connais pas encore et que je n'ai aucune envie de découvrir rapidement, car l'éternité est ici, dans ce non oubli, ni de toi ni des mes ancêtres ni de mes amours partis.

L'éternité est ici chaque fois que je donne mon amour, ma science et ma conscience pour ouvrir aux autres le chemin de la vérité éternelle.

Humblement avec amour et confiance le 25 septembre de 2007.
Nous n'avons pas eu d'été cette année
et je crois que tu n'as pas voulu me déranger avec la canicule,
mais je suis confuse comme tout animal fidèle, dévouée et loyale que je suis.
Ta femme d'amour.
Fait à Paris le 25 septembre 2007,
et Neruda a dit : « Es tan corto el amor y tan largo el olvido! »
(C'est si court l'amour et si long l'oubli !).

***

« L'harmonie intérieur » de Georges de Maleville
Chapitre 2 : « L'état intérieur de l'homme »
(extraits de son livre)

Nous demandons donc qu'on admette cette division septénaire au moins comme un postulat dont chacun pourra constater le bien fondé en s'examinant lui-même.

Nous poserons donc que l'homme, tout homme, est composé, à l'intérieur d'un sac de peau, de 7 parties différentes que nous appellerons « centres ». Ces « centres » ont des sièges bien précis, mais ils diffusent sur l'être tout entier et leur action s'étend donc sur l'ensemble de la personne.

Ce sont :

1. Le centre moteur, siège des mouvements volontaires du corps humains ;

2. Le centre émotif ;

3 Le centre formateur, c'est-à-dire intellectuel, dont le siège est dans la tête. (L'intellect récupère les impressions pour les classer et c'est à partir de cette classification qu'il nous dirige. Il travaille sur les souvenirs emmagasinés dans la mémoire. Il interprète donc le présent par le passé. Et s'il est éventuellement transformateur de matériaux mémorisés, il n'est pas à proprement parler créateur, puisqu'il ne peut rien créer ex nihilo).

Cette digression sur le centre intellectuel, ne nous paraît pas inutile, car ce centre est tout puissant chez les « occidentaux » et il est important de tracer tout de suite les limites ses moyens ;

4. Le centre instinctif qui gouverne les mouvements réflexes du corps et les fonctions organiques de l'homme. C'est lui qui coordonne le travail de la merveilleuse usine qu'est un corps vivant ;

5. Le centre sexuel ;

6. Le centre émotif supérieur ;

7. Le centre intellectuel supérieur. Nous reparlerons dans un instant de ces deux derniers centres dont l'existence n'est pas évidente pour l'homme qui n'a pas cherché à s'étudier.

Il est à remarquer que les centres 1, 2, 4 et 5 nous sont communs avec les animaux supérieurs. Les autres centres sont propres à l'homme.

[…]

Les centres fonctionnent donc continûment, mais certains d'entre eux peuvent mourir avant la mort physique. C'est là une affirmation qui peut surprendre, bien qu'il s'agisse d'une constatation d'évidence dont on tire rarement la conclusion logique :

Le centre sexuel, il est inutile d'y insister a une durée d'activité bien inférieure à celle de la vie physique, du moins en tant qu'organe de communication externe.

Mais il n'est pas le seul à « mourir précocement ». Il en est de même, très fréquemment, du centre émotif : la sécheresse de cœur, l'égocentrisme total de certains vieillards qui ne s'intéressent plus qu'à eux-mêmes et que rien n'émeut plus, même pas la perspective de leur propre mort, est une constatation que chacun peut faire : ces personnes sont mortes intérieurement, leur centre émotif est en léthargie.

Quant aux centres intéressant la vie physique : le centre instinctif et surtout le centre moteur, ils commencent dès l'âge de 25 ans, même chez une personne en excellente santé, une très lente nécrose dont les manifestations sont parfois très tardives, et la mort physique survient quand le muscle du cœur, qui assure l'irrigation de l'ensemble, s'arrête à son tour.

Chez la plupart des êtres humains adultes qui nous entourent, il y a donc des parties mortes, des centres en léthargies : ils portent en eux un cadavre partiel. Cette constatation qui n'est pas agréable est nécessaire et elle est très importante, car elle démontre le fonctionnement indépendant des centres de l'homme, ce qui est capital.

D'autre part, si les « centres » de l'homme peuvent mourir précocement certains d'entre eux meurent presque toujours prématurément. Le tragique de la destinée humaine provient en grande partie de cette situation.

[…]

Mais si l'homme était exclusivement construit selon le septénaire dont nous avons parlé il y aurait très peu d'espoir pour lui d'assurer son équilibre et son développement harmonieux. […] Mais il a été autre chose et il le demeure encore à son insu. C'est un constatation bouleversante que de rencontrer chez tel ou tel maître spirituel, chez un homme réellement évolué et unifié intérieurement, le même regard que celui du petit enfant, intense, sans violence, transparent, le regard de celui qui accueille tout ce qu'il voit et qui intérieurement « sait ». Dans les deux cas, il s'agit du regard de l'essence, spontané chez l'enfant, retrouvé à la suite d'efforts héroïques par l'homme qui est parvenu à l'unification de lui-même.

Entre temps l'essence, elle, a vécu de sa vie propre à l'intérieur de l'homme, mais sans moyen d'expression.

Qu'est-ce donc que l'essence, si nous essayons d'en donner une approche intellectuelle ?

On peut la comparer au second élément du ternaire de Platon dont nous avons parlé précédemment ou aussi du « double » de l'ancienne religion égyptienne. C'est que l'homme, l'individu-homme, apporte réellement en naissant, dès sa conception, indépendamment du corps dans lequel il va prendre forme et des influences somatiques, psychologiques ou sociales qu'il va recevoir à travers ce corps.

Et, comme le souligne également Platon (rejoignant pour cela une sagesse immémoriale), elle est à la fois personnelle et universelle, propre à un individu déterminé et pour partie commune aux autres : elle est temporelle et cependant transhumaine, car sa durée est indépendante de la vie du corps physique. Et celui qui nous aura suivi jusqu'ici ne s'en étonnera pas. Sa vie propre est en rapport avec le fonctionnement des centres supérieurs de l'homme.

Mais, de même que ces derniers centres sont, la plupart du temps, ignorés de l'homme qui les porte en lui, l'essence demeure également occultée chez la plupart des hommes qui n'en soupçonnent même pas l'existence. Elle demeure à l'état « d'implant », cachée dans les profondeurs de l'être.

Tel est le drame majeur de l'existence humaine, sa destinée tragique.

L'essence de l'homme est connaissance : elle sait ce qu'elle veut, elle sait pourquoi un homme existe et ce qu'il est venu réellement faire en habitant un corps. Mais en vertu d'une loi inexorable sur laquelle nous n'avons pas à nous étendre et qu'il appartient à chacun de découvrir, elle ne peut pas s'exprimer elle-même et a besoin de la personnalité (corps physique compris) pour s'exprimer et pour agir. C'est ainsi et nous n'y pouvons rien. »

Publié à Paris en 2006.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Les termes de vie et de mort résonnent à mon oreille comme porteurs d'une dissonance angoissante, comme si ces deux situations étaient fondamentalement antinomiques et inconciliables.

Mais si la vie et la mort n'étaient que deux pôles, deux points d'horizon, deux images idéales entre lesquelles nous avons tout l'espace pour élaborer, penser, agir, construire, c'est-à-dire exister avec comme seule référence essentielle, l'ici et maintenant.

La vie est mouvement, éphémérité, lutte contre l'environnement, intérieur et extérieur. La vie est source d'elle-même à travers le phénomène universel de la reproduction et celui non moins général de transmission de la pensée, du savoir ou de la culture. Comme si la vie était éternelle, tout au moins une donnée intemporelle. La vie apparaît comme quelque chose d'indéfinissable, de l'ordre de l'énergie, d'une dynamique dont les lois sont insaisissables mais déclinables à l'infini. Comme à l'instar des théories de l'évolution, la vie trouve toujours la meilleure forme, celle la plus adaptée à son environnement, pour se perpétuer, en se transformant : le serpent n'est-il pas le symbole de la vie ?

La mort, personne ne peut prétendre la connaître, car aucun individu reconnu comme mort, par exemple déclaré mort cliniquement, n'est revenu à la vie, sous la forme où il était connu vivant. La mort est donc une terra tout particulièrement incognita, qui ne pourra jamais, par définition, être visitée et racontée. Pourtant l'histoire nous parle de personnes ressuscitées, l'ésotérisme affirme l'existence possible du dialogue avec les morts : quelle preuve avons-nous vraiment d'un lien entre ces exemples et la mort, ne sont-ils pas tout simplement d'autres formes de vie, d'autres états rares, peu visités, car difficilement accessibles du phénomène, décidément universel, de la vie ?

A contrario, si nous acceptons le concept de mort, doit-on faire une différence entre mort clinique et mort psychologique ? Le médecin, l'homme de la rue, ne connaissent que la première. Mais que penser d'une personne, dans le coma, ou bien gravement atteinte d'une maladie relevant de la psychiatre lourde, ou encore tout simplement très dépressive et incapable de conduire sa vie dans quelque direction que ce soit ? Où se trouve la vie dans ces situations pourtant très différentes où notre réflexion oscille entre vie et mort ?

Finalement la vie et la mort ne seraient pas si aisément dissociables. Tout se passe comme si la vie trouvait toujours au niveau d'un individu le moyen de dépasser la mort physique.

La descendance est une forme bien répandue de continuation de la vie d'une personne à travers l'éducation, la culture et l'amour donnés à ses enfants, qui peut être sans fin, au gré de la survivance de la civilisation. La pensée, comme la musique, semble résonner à mon oreille comme une énergie sonore capable de traverser le temps et l'espace sans jamais s'épuiser, un peu comme une information numérique, quelle que soit la qualité du support analogique, qui finit toujours par subir les outrages du temps.

La vie est une énergie universelle et inépuisable qu'il faut apprendre à capter, canaliser, dompter, pour parvenir à « surfer » sur la vague de son projet de vie, celui qui permet à un être humain de se réaliser pleinement dans cette tranche de vie physique, mais dont les effets peuvent largement dépasser les limites physiques et temporelles de cette vie.

Hervé Bernard



J'ai eu l'occasion de fréquenter, à Paris, pendant environ une année les séances publiques de voyance animées par des médiums clairvoyants ou clairaudients. Avant le début de la réunion quelques personnes parmi le public déposaient la photo d'un être cher ou un objet personnel sur le bureau du médium avec l'espoir d'obtenir une voyance.

J'ai été surpris de constater que ce qui était dit par le médium à partir de ce matériel en le touchant ou en le regardant correspondait assez bien à ce que la personne dans l'assemblée savait ou pressentait lorsqu'il s'agissait d'un proche ou lorsqu'il s'agissait d'elle-même. Parfois le médium avait un flash ou entendait une voix qui lui donnait une information pour quelqu'un dans la salle, généralement la personne à qui le message était destiné se reconnaissait et se manifestait pour confirmer que c'était bien à son intention. À d'autres moments, il pouvait s'agir d'un décédé qui se manifestait par le truchement du médium en donnant son prénom, une date, un nom de lieu ou un conseil sous la forme d'une image symbolique. Mais ce qui m'a le plus impressionné au cours de ces séances c'est la faculté que certains médiums avaient de dire, en passant les doigts sur une photo, si la personne était vivante, malade ou décédée. Je me souviens en particulier d'une séance où le médium confronté à la photo d'une personne décédée avait ressenti en des endroits précis de son corps la souffrance de cette personne. J'avoue que j'étais extrêmement dubitatif et sceptique devant ces manifestations, mais bien décidé à poursuivre mon cheminement dans ce monde étrange.

Un jour, j'ai emmené un de mes amis pour assister à une séance de lecture d'aura, l'aura étant la lumière colorée qui entoure notre corps, seules quelques personnes ont la capacité de la voir. En revanche, elle peut être photographiée avec un appareil et un film spécifique. L'aura, semble-t-il, par ses couleurs reflète notre personnalité, notre caractère et intègre les événements traumatiques ayant pu nous affecter. Autrement dit, il est possible d'en faire une lecture et même de voir par l'altération de la couleur le commencement d'une maladie à un endroit précis du corps. Mon ami fut choisi par le médium qui lui révéla par la lecture de son aura les moments importants de sa vie ainsi que les grands traits de son caractère. À la fin, il ajouta un détail qui me parut important, il voyait dans son aura qu'il avait eu une fracture du bras, ce que l'intéressé confirma.

À partir de ce moment, je fis l'hypothèse que peut-être ce qui nous arrivait, ce que nous pensions s'inscrivait non seulement dans notre esprit, mais aussi sur nous et que nos objets familiers s'imprégnaient eux aussi de notre personnalité, de nos pensées, des problèmes qui nous agitent, ce qui pouvait expliquer que des personnes sensitives puissent capter ces informations en les voyant ou en les entendant.

Quelques mois plus tard, j'eus l'occasion de consulter en privé une médium que j'avais rencontrée aux séances publiques. Cette personne me révéla qu'elle voyait dans l'au-delà un homme d'un certain âge avec une barbe, cet homme qui s'était occupé d'enfants et qui était vraisemblablement un homme instruit me guidait et me protégeait. La médium poursuivit en me disant qu'elle voyait aussi des travaux sur mon lieu de travail, qu'elle entendait parler une langue étrangère et que très probablement j'allais changer de situation pour partir à l'étranger. Or à cette époque, je réunissais des documents et des photos sur Alfred Binet dans le but de lui consacrer un espace au Musée de Meudon, espace destiné à rendre hommage au travail qu'il avait fait sur l'évaluation de l'intelligence chez l'enfant. D'autre part, le Centre Médico Psycho, dans lequel j'exerçais, faisait l'objet d'une rénovation, je passais donc tous les jours à proximité des échafaudages et chez moi je m'entraînais de façon intensive à l'anglais en vue d'un voyage aux États-Unis. J'en ai déduit que cet homme dans l'au-delà n'était que l'image qui était dans mon esprit, tout comme les travaux et la langue étrangère. La médium avait donc capté les images visuelles et auditives qui étaient enregistrées sur moi ou en moi et elle avait été capable de les restituer, ce qui constitue, il faut bien le reconnaître, une réelle performance.

Je me donnai donc comme explication qu'il n'y avait pas lieu de faire appel à l'au-delà, que les médiums captaient en fait ce qui s'est enregistré sur la personne à son insu ainsi que ses préoccupations les plus intenses. De la même façon, le fait de penser à un disparu c'est le faire apparaître dans notre esprit avec tous les événements marquants de sa vie, ce qui le rendrait accessible à la personne sensitive.

Peu de temps après, j'ai rencontré une jeune femme, documentaliste, très éloignée des préoccupations spirituelles qui m'a raconté une histoire qui a suscité toute ma curiosité et mon intérêt. Un jour, ayant été invitée pour la première fois dans un cocktail, elle avait pris un verre d'alcool croyant prendre un jus de fruit, elle l'avait bu en partie d'un trait, mais comme elle ne buvait jamais d'alcool, elle eut une réaction des plus surprenantes, elle tomba par terre et se sentit sortir de son corps, son âme rattachée au corps par un mince fil s'éloignait du lieu dans lequel elle se trouvait, elle éprouva alors une angoisse terrible à l'idée qu'elle ne pourrait pas réintégrer son corps. Finalement après quelques minutes, elle retrouva ses esprits et son état normal bien que très affectée par cet événement dont elle se garda de parler à ses proches. J'ai immédiatement pensé que ce qui lui était arrivé témoignait de la dualité de l'âme et du corps, que l'âme pouvait se séparer du corps bien que dans son cas il n'y ait pas eu rupture du lien les unissant pendant cette sortie. Peut-être qu'au moment de la mort, c'est le même processus avec cette fois rupture du lien pour permettre à l'âme de se dégager de son enveloppe charnelle.

J'ai également eu l'opportunité de participer à une séance de spiritisme en utilisant un verre retourné sur le pied duquel les participants posent le doigt afin de permettre une canalisation de l'énergie ou du fluide nécessaire pour le faire se déplacer en direction des lettres et des chiffres disposés sur la table. Le verre était doué d'une force surprenante, tous mes efforts pour le dévier sont restés vains et je dois bien admettre que les réponses aux questions m'ont paru pertinentes, une des participantes ayant demandé quel était le prénom de sa grand-mère a obtenu la bonne réponse et en a été fortement impressionnée. J'aurais aimé refaire cette expérience en bandant les yeux des participants et en modifiant la disposition des lettres et des chiffres une fois que tous les participants aient été privés de la vision. Un observateur, voire même 2 observateurs auraient alors pu constater si les réponses données par le verre étaient encore cohérentes dans la transcription avec l'alphabet, c'est à dire si les mots étaient correctement orthographiés et s'ils formaient bien des phrases ayant un sens. Si tel avait été le cas, je crois que j'aurais été convaincu de l'existence d'entités dans l'au-delà. Malheureusement j'ai perdu de vue les personnes de ce groupe trop rapidement et je n'ai jamais pu faire cette expérience qui me paraissait propre à confirmer ou à infirmer l'hypothèse d'une vie après la vie.

Pour moi la question de l'au-delà reste donc entière, d'autant plus que psychologiquement j'ai le sentiment que ce désir de survivance ou d'éternité correspond à un mécanisme de défense du moi lié à l'instinct de survie, le moi ne veut pas mourir alors il s'invente des histoires, des paradis auxquels il veut croire, des réincarnations multiples ou une résurrection à la fin des temps. Toutefois, il faut bien constater que ce mécanisme n'est pas à l'œuvre chez tous, un grand nombre de personnes pensent n'avoir qu'une seule vie limitée dans le temps et acceptent de disparaître totalement dans le néant ou plus exactement de rejoindre le grand tout.

Pour ma part, cette vie bien remplie avec ses bons moments et son cortège de désagréments ou de malheurs me suffit largement, je n'éprouve nullement le désir de poursuivre ailleurs sous une autre forme cette vie présente, cette position personnelle ne m'empêchant pas de continuer mes recherches de preuves ni de comprendre le désir d'éternité des autres que ce soit dans la croyance religieuse ou dans d'autres croyances. Je respecte d'autant plus ce désir qu'il constitue à mes yeux un formidable outil thérapeutique pour supporter les tourments et les épreuves de cette vie en donnant l'espoir d'un ailleurs de paix et de sérénité dans l'éternité.

Jean-Pierre Bègue



Existerait-il une vie après la mort ? Existerait-il une vie avant la vie ? En tout cas l'intuition d'une continuité.

Puisqu'il n'existe pas de conscience sans corps, comment peut-on aborder une quelconque vie en dehors de la vie ? Il y a un paradoxe. Où s'il ne s'agit pas d'un paradoxe à résoudre ma réponse est « non, si la mort est la mort, la seule vie possible après elle est la vie des autres et au mieux le souvenir de ma personne en eux, peut-être des œuvres qui me survivraient, des influences qui se perpétueraient, mais de moi vivant, rien ne peut subsister puisque je suis mort. » Cela me paraît rationnel. Mais il existe l'intuition d'une continuité et elle ne se rassasie pas de cela, je dois porter la question un peu plus loin.

Il y a cet homme mourant qui dit à sa fille au moment de partir : « Pour toi c'est trop tard… ». Il n'a pas simplement dit : « C'est trop tard… » mais bien « Pour toi », pas pour quelqu'un d'autre. Et puisqu'on ne parle jamais que de soi-même, que voulait dire cette image dans sa vie ? Je pense qu'il s'agissait de sa paternité, il était trop tard dans ce qu'il pouvait faire pour elle. Mais il y avait en lui un espoir, pour lui aussi l'intuition d'une continuité. Que veut dire cette image aujourd'hui dans ma vie ? Pourquoi les perspectives d'avenir d'un homme sur son lit de mort me touchent-elles autant ? Je pourrais bien sentir son combat en moi. C'est là que son intuition de continuité et la mienne se rejoignent et engendrent une réalité très concrète. Ma vie de père commence là où s'est arrêtée la sienne. Ce lien très fort qui nous unit est difficile à expliquer, surtout que je n'ai pas connu cet homme. Mais qu'elle importance d'y avoir une explication intellectuelle rationnelle si ce lien crée une dynamique en moi ? C'est une réalité psychique consciente. Cela me paraît suffisant pour l`instant.

Aujourd'hui, je ne veux ni ne peux statuer sur ce que je vais vivre lorsque mon cœur aura cessé de battre. Demain est déjà suffisamment difficile à appréhender, je ne sais même pas dans quel état intérieur je serai dans cinq minutes. Ce que je sais, c'est que je vis, ici, maintenant, ce dimanche 30 septembre à 23 heures et 5 minutes, à Villandry, assis dans mon canapé orange, que cet instant présent ne se soucie ni du lieu ni de l'espace, IL EST : me voilà déjà à 23 heures et 7 minutes à genoux sur mon tapis jaune, mais je vis et décris toujours le même instant présent, immuable, éternel. Lorsque je l'écoute, il se révèle petit à petit, il semble d'une profondeur insondable et porter en lui tous les mystères de l`existence. Parfois, attentif, disponible à l'instant, conscient de mon corps, les informations viennent, toujours inattendues. C'est certainement ainsi qu'un jour les vérités relatives à la vie après ma mort viendront composer mon être.

Existerait-il une vie après la mort ? Existerait-il une vie avant la vie ? En tout cas l'intuition d'une continuité.

Fini à Villandry, accroupi,
le 1er octobre à 0 heures et 33 minutes.
Gaël Bouket



Mais, la vie éternelle, c'est dès aujourd'hui !

Ayant reçu en héritage instinctivo-éducatif « la foi du charbonnier » ce qui pour un esprit obscur comme le mien est une sorte chance, j'ai bénéficié dans le lot de la croyance inéluctable en une vie après la mort. Irrévocablement. Une bonne fée avait du se pencher sur mon berceau pour former ce souhait-là.

Par la suite sont venues semer le doute dans mon esprit les conditions d'admission aux meilleures places, déformation estudiantine oblige, et là, j'avoue, s'en est suivi une période de trouble où je me suis imposé un perfectionnisme qui me conduisait direct dans un véritable enfer intérieur et ce, sans même avoir expérimenté la tentation.

M'étant autorisée à cultiver le lâcher-prise après l'épuisant perfectionnisme de cette première période, qu'allait-il me rester pour que je puisse briguer a minima un accessit ?

L'humilité du non abaissement volontaire décrit par Simone Weil n'était certes pas au rendez-vous. Je n'avais encore rien compris. Ce n'était pas trop dramatique, je me suis rappelé que Dieu était tout Amour, je me suis pelotonnée entre ses bras et je lui ai demandé de m'aimer comme j'étais. Puisqu'il était mon Père. C'était le chemin le plus direct. Il n'avait plus qu'à me pardonner. Un papa aime ses enfants bien plus encore que ce qu'ils imaginent !

Vous ne diriez pas qu'avec une telle foi mâtinée d'un orgueil à sa mesure, je me suis livrée à un questionnement plus profond. Eh bien si, malgré tout ! Peut-être parce que j'ai douté de cet Amour qui nous est donné ou, parce que la coupe n'est pas passée suffisamment loin de moi pour que je sois épargnée.

Pourquoi certains croient-ils et d'autres non ? Pourquoi ceux qui croient ont-ils autant d'épreuves dans leur vie que ceux-là qui ne croient pas ou disent ne pas croire ? Et ceux qui prétendent haut et fort ne croire en rien, pourquoi ne se comportent-ils finalement guère plus mal que ceux qui clament leur foi ? Qu'est-ce qui les retient d'agir de façon plus amorale que les autres ?

Pourquoi sommes-nous sur terre ? Quel est notre rôle ? Avons-nous ici une mission et si oui, quelle est-elle ? Jusqu'où pouvons-nous nous reposer sur un déterminisme qui saura nous indiquer la voie à suivre ? La non-intégration de l'idée de la mort nous berce d'une illusoire immortalité alors que nous n'avons pas le temps de nous gâcher la vie.

À quel moment devons-nous faire des choix et comment être inspirés pour que ce soient de « bons choix » ? Qu'est-ce qu'un « bon choix » ?

À toutes ces questions, j'ai opté pour une réponse globale. Si j'agis en ayant comme préoccupation l'amour, je ne peux pas me tromper.

Entendons-nous bien lorsque je parle d'amour, il n'est pas là question d'un attachement temporel déterminé, mais d'une vision d'un amour collectif. Cet amour-là est un amour pour mon prochain et, au-delà, pour la part du divin en lui qui sommeille ou se révèle selon des fortunes diverses.

Si je m'attache à agir au nom de cet amour-là, il y a moins de risques que je me fourvoie. Je ne vais pas privilégier tel être humain et lui donner raison si les conséquences de ses agissements peuvent avoir des répercussions négatives insurmontables sur d'autres personnes. En revanche si j'ai l'opportunité d'éclairer une personne qui souffre pour lui permettre de prendre conscience et de cheminer vers le « plus jamais ça », je me sens en paix avec ma conscience.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Et vice versa. Avec ta juste part d'égoïsme existentiel et sans vaine culpabilité ou fausse humilité sacrificielle !

Je ne suis pas là pour cautionner le sacrifice que certains font de leur vie si ce choix sacrificiel n'a pas été libre et conscient. À ma mesure je peux les aider à prendre conscience de l'emprise que d'autres personnes exercent sur leur vie ce qui n'est pas conforme à ma vision du respect de l'homme ou parfois de l'abus de pouvoir qu'eux-mêmes exercent sur d'autres. Quelquefois les deux sont imbriqués et pas toujours conscient ! Ni l'une ni l'autre de ces façons de vivre la relation à l'autre ne sont équilibrées et épanouissantes. Ce ne sont pas des relations d'amour, mais des relations de pouvoir. Des rapports de force exempts de bons sentiments. La manipulation ou la domination ne sont pas dans ma propre conception du respect et de l'amour de l'autre.

Il faudra souvent en revenir aux fondamentaux : qu'est-ce qui me permet de construire cette relation d'amour vrai à l'autre sans me renier moi-même ? Comment de façon pratique cela se décline-t-il ?

Bien sûr, il y a parfois des cas d'exceptions où le guide éclairé saura, dans l'intérêt de la personne, lui montrer la voie à suivre. Cela n'est pas une pure manipulation dans le sens négatif du terme, car elle est dictée par un mouvement d'amour : éviter à celle dont le degré de conscience, la force où l'éthique ne seraient pas suffisants de s'égarer dans une direction fausse. Un peu comme un catalyseur accélère une réaction en connaissant les résultats de l'expérience.

Parfois ce ne sont pas des personnes, mais des facteurs intrinsèques qui vont détourner l'homme d'un comportement adapté. Il y a de lourds héritages inconscients dont il nous faut triompher pour mieux comprendre ce qui pousse vers une destruction. Le schéma de répétition, le secret de famille, le non-dit, un deuil non achevé font encore trop de ravages !

À quoi reconnaît-on une direction « bonne » ou de « bons choix » ? Bien souvent à l'écoute de la voix de notre conscience. Si nous cherchons à la réduire au silence c'est que nous ne sommes probablement pas dans la lumière. Lorsque nous sommes dans la bonne direction, lorsque nous prononçons les mots justes pour accompagner un humain qui souffre, notre voix intérieure ne se manifeste pas pour dénoncer que cela la dérange.

A contrario lorsque nous sommes en proie au doute, à la confusion, à l'égarement, elle nous poursuit jusque dans notre sommeil pour nous envoyer les messages de mise en garde.

Ce qui est extraordinaire c'est que quoi qu'il en soit, nous avons au-delà de tout, la faculté d'exercer notre libre-arbitre. De croquer notre morceau de pomme ! De suivre le chemin de la lumière ou de plonger nos pas dans l'obscurité. Et même de croire que quelques pas dans l'ombre nous rendrons plus humains, plus tolérants et moins orgueilleux.

Alors si cela ne doit être que quelques pas ne nous laissons pas surprendre comme les vierges folles à avoir laissé le feu s'éteindre. Le feu c'est la vie, la survie de l'espèce, le triomphe sur les ténèbres, sur l'obscurité et sur la mort.

Gardons-nous bien de juger celui qui trébuche et efforçons-nous de pardonner à ceux qui nous blessent, car notre propre jugement ou rancune nous pèseraient plus durablement encore !

La foi en l'éternité de la vie nous donne la force de supporter dès aujourd'hui et d'endurer tout ce qu'il nous faut endurer, avec de grandes joies au-delà de nos difficultés et renoncements. Notre objectif n'est-il pas en réalité de créer et vivre en nous-mêmes, dès ici et dès à présent, notre vie éternelle ?

Elisabeth Courbarien



Je ne sais pas. C'est une première réponse. Je peux croire, supposer et même espérer, mais je n'ai aucune certitude reposant sur une expérience concrète d'un passage de la vie à la mort.

Lorsque le Christ ressuscité portait ainsi le témoignage d'une vie éternelle, « d'une vie après la vie », je n'y étais pas et puisque j'écris cet article, je suis bien vivant dans ce corps, « ici bas » avec vous. Je ne suis pas encore « mort » et je n'ai aucun souvenir ou expérience d'une vie antérieure.

Je n'y étais pas, mais ce témoignage me ramène toujours à la même question fondamentale : « Et si c'était vrai ?»

Cette vie, cette mort ont-elles finalement un sens, un sens qui rendrait impuissante la fatalité elle-même. Peut-on vivre la vie et la mort autrement que comme une réalité, que je subis ?

D'autres témoignages que nous ne pouvons pas complètement ignorés nous sont parvenus à travers le temps, ont imprégné notre humanité, des témoignages évoquant tous une même et autre réalité, pour nous pas évidente, absente pour ainsi dire de notre vie au quotidien.

Ce qui est étrange, c'est ce silence, la question que je ne porte plus, à laquelle j'ai sans doute un jour répondu il y a bien longtemps une fois pour toute.

Prisonnier de mes occupations dont je ne sais me détacher, identifié à elles, se pourrait-il que je sois finalement et malgré les apparences, un automate réagissant aux situations diverses de son existence, une personne solitaire, de passage sur cette terre par le plus grand des hasards ?

Pourquoi pas après tout…

Mais si c'était vrai, s'il nous avait été vraiment donné comme le suggère l'enseignement du Christ « un jardin à cultiver » un jardin qui subsiste à notre mort, quelle erreur de jugement de notre part, quelle grave erreur existentielle !

Je me souviens, il y a bien longtemps m'être interrogé sur ce thème de la vie après la mort et avoir lu d'ailleurs un certain nombre d'ouvrages sur le sujet dont il ne me reste plus aujourd'hui le moindre souvenir.

À cette époque était diffusé au cinéma un film dont le titre, seulement le titre, avait attiré mon attention et qui s'intitulait « le retour des morts vivants ».

L'expression « morts vivants » m'intriguait beaucoup, car j'avais l'impression que se cachait là peut être une vérité à laquelle j'étais confronté sans le savoir.

Je pouvais déjà constater que l'homme était capable du meilleur comme du pire. Mais pourquoi ? Pourquoi certains hommes (et femmes) étaient capables du meilleur et d'autres pas, qu'est-ce qui pouvait agir ou ne pas agir en eux à ce moment-là. Je ne me place pas évidemment sous l'angle de la psychologie « classique » qui opère sérieusement à un autre niveau.

Je me posais cette question : « Ne pourrait t'on pas assimiler le pire à la mort, la mort dans un corps bien vivant faite de chair et de sang ? »

Dans le résultat tout au moins, ne serait-ce pas similaire et la mort ne serait-elle pas alors la conséquence du pire ?

Egaré, perdu, mort à cette réalité étrique, ne serais-je pas alors capable du pire ? Le pire ne serait-il pas l'absence du meilleur, la mort l'absence de la vie dans la vie, le mal, l'absence du « Tout Être » ?

Ce questionnement me ramenait invariablement à la réflexion précédente « et s`il m'avait été réellement donné un jardin à cultiver » un jardin que je ne cultive pas, par paresse ou par ignorance, peut importe. Qu'adviendrait-il de moi après ma mort, si je suis déjà mort à ma propre vie « ici bas ». La mort n'a de sens que si la vie à un sens.

Car enfin, pourquoi la vie, pour en faire quoi ?

Dans le film Contact de Robert Zemeckis, la petite fille qui deviendra par la suite une brillante astronome, demanda à son père « si l'univers pouvait abriter d'autres formes de vie ». « Certainement, Elie lui répondit-il, ce serait autrement un beau gâchis d'espace… »

Philippe Delagneau



« Le vent souffle où il veut,
Et l'on entend sa voix
Qui parle sur la ville,
Jouant ses propres jeux,
Ses jeux de liberté.
Le vent souffle où il veut
Pour son œuvre de vie,
Mais nul ne peut savoir
Ni d'où il vient,
Ni où il va ! »
Hymne

Certes, mais Dieu est tout autre…

Il n'est pas possible d'intellectualiser un tel sujet qui n'appartient pas au monde du mental ni à la logique humaine. L'au-delà pour les humains restera toujours un mystère. Et cependant de nombreux peuples de l'antiquité, pour ne pas dire tous les peuples, ont essayé d'élever leur pensé, ou leur imagination, du passager à l'éternel et du visible à l'invisible. Sous des formes les plus diverses l'iconographie a toujours joué un rôle prépondérant et reste introductrice de mondes inconnus, tels ceux des enfers ou du paradis. Elle a souligné l'ambivalence d'une tension entre des forces contraires sur lesquelles se sont échafaudées de nombreuses sociétés. Intimement liée au religieux, il est difficile d'en dégager des notions pour en faire une analyse concrète. Il n'y a pas de science de la vie après la mort. Il faut donc faire silence en soi, renoncer à sa propre logique, et accepter nos seuils. Notre intelligence ne peut appréhender ce sujet qu'en empruntant d'autres chemins ; alors quittons le monde du rationnel avec ses certitudes, passons par-dessus la matérialité de nos instincts, de nos émotions, désencombrons ainsi notre psychisme, tout en sachant qu'on ne percera pas le secret d'un monde inexploré.

Et cependant nous savons que tout est vibration dans l'univers, que rien n'est inerte, que nous sommes une énergie, un trait d'union entre ciel et terre. Mais de quoi sommes-nous porteurs qui puisse perdurer puisque cette énergie ne meurt pas, mais dont la chaleur nous est enlevée à notre dernier sommeil ? La pensée ? Non. Elle disparaît, le cerveau est détruit quelques jours après la mort comme tout ce qu'il y avait de terrestre en nous. Alors que véhiculons-nous qui puisse nous suivre ?

L'âme, le Soi, l'esprit, qui est le souffle, la conscience, sont révélateurs d'une même énergie universelle et sont la manifestation d'une même essence. Cette pensée millénaire repose sur la notion d'une similitude du microcosme et du macrocosme. Cette identité permet au chercheur de vérité de parvenir à une approche de ce que peut être l'au-delà. Ainsi, la prise de conscience de l'existence d'un univers ineffable, est une des premières étapes à laquelle notre réflexion peut prétendre. Cette recherche n'appartient pas au monde de la croyance, c'est une question de foi. L'intuition, l'inspiration, seront mises à contribution, à nous de savoir décoder les signes que notre démarche spirituelle ne manquera pas de provoquer, tout en restant en correspondance avec les valeurs de la terre : sauvegarde pour ne pas glisser dans les pires aberrations imaginatives. Cheminement irrationnel, subjectif, certes, mais qui nous permettra de passer du plan de la pensée à celui de l'esprit. Je n'ai pas dit « des esprits ». Travail personnel qui doit nous libérer des forces négatives du psychisme si nous voulons accéder à un plus juste discernement.

Revenons à notre sujet et posons nous la question : sur quoi notre affirmation « qu'il y a une vie après la mort » peut-elle reposer ?

Abstraction faite des fonctions organiques, le cœur est un réservoir d'énergie qui occupe une position centrale, il est en relation d'analogie avec le soleil, autre source d'énergie à position centrale. En astrologie, le cœur est gouverné par le soleil, principe actif, dont les dissonances avec d'autres planètes entraînent des troubles cardiaques chez un natif. Le symbolisme cardio solaire est riche et nous montre que la pensée mythique rejoint souvent certains points de la pensée scientifique. On peut dire que l'ancienne symbolique cœur-cosmos, dont l'origine remonte à la nuit des temps, n'est pas dénuée de fondement. Le mouvement alternant d'expansion et de contraction caractéristique du muscle cardiaque se manifeste également au niveau du cœur cosmique qu'est le soleil. Mais il a fallu attendre 1976 et avoir le recours d'instruments d'astrophysiques perfectionnés pour que cette affirmation, née essentiellement de l'expérience métaphysique, devienne une réalité scientifique : observation a été faite que la surface solaire se soulève et se rétracte avec une amplitude de quelques kilomètres et cela avec une période remarquablement stable de deux heures quarante minutes. Ces pulsations internes, rappellent la contraction systolique et la dilatation diastolique du muscle cardiaque. Ces données venues plus spécialement de l'Inde, il y a de nombreux siècles, avec une étonnante précision anatomique, avaient été obtenues par les seules ressources de l'esprit à l'exclusion de tous moyens scientifiques objectifs. Tout respire dans l'univers : on connaît des milliers d'étoiles qui présentent des alternances de contraction et de dilatation avec des périodes de plus ou moins grandes régularités.

L'Astre de la nuit, réflecteur de la lumière solaire, mais qui disparaît dès le chant du coq, soumet la terre aux lois universelles cycliques. Principe passif, mais puissance fécondante, son éternel retour assiste à notre devenir de la naissance à la mort. Symbole de ce passage, les défunts sont censés par cette lune éphémère et transitoire, acquérir une nouvelle modalité d'existence dans les sphères célestes.

De quelques côtés que nous nous tournions, tout, dans le cosmos nous suggère une continuation de la vie après la mort. Il y a 2OOO ans, un semeur a déposé dans le champ qu'est la terre, une parole pour éclairer les créatures que nous sommes. Comment l'accueillir ? Serait-ce une question de terreau ?

Mais essayons de faire encore un pas.

Partant toujours du même principe de l'analogie microcosmique, le feu de toutes les mythologies, se retrouve dans le cœur de l'homme. L'iconographie chrétienne s'est inspirée, elle aussi, de ce thème du feu divin qui couve dans le cœur : porteur de lumière, feu d'un amour transcendé dont l'éveil permet à la conscience de vivre une plus juste approche de notre devenir dans les sphères célestes. Pour les chrétiens, notre évolution dans l'au-delà dépendra de notre vécu sur terre. « Vous serez jugés sur l'amour. » est-il dit par Celui qui seul a renversé l'ordre des valeurs pour apporter une espérance à la mesure de chacun. Tout se désagrège, oui, mais n'est-il pas dit aussi dans les écritures que d'ores et déjà nous pouvons vivre « les réalités d'en haut ? » Alors à nous de parier avec Bl. Pascal et les autres qui ont osé, si nous voulons être un jour les gagnants dans un au-delà qui sera devenu réalité !

Jeanine Ercole



Le don de la vie est signifié par la mort. Il est mort dans l'ordre de l'imaginaire : l'autre qui naît n'est en aucune manière prolongement de moi ou projection de mes désirs, il surgit de la différence. Nous constatons que toutes les fois où la vie de l'autre ne peut être éprouvée comme don, elle devient monstrueuse, sans poids, sans relief, elle s'épuise dans un incessant combat où domine l'enfermement, où les névroses s'entendent à condamner l'espérance d'une rencontre vivante.

Cette rétention dans la transmission de la vie qui n'est souvent qu'acharnement, refus de se laisser dessaisir de sa propre image fait succomber l'autre naissant à l'état de mort vivant.

La mort, c'est ainsi se condamner à ne plus concevoir que l'image de nous-mêmes dans un épuisant combat où la peur de mourir à soi-même empêche de vivre. Reste vivant celui-là seul qui consent à mourir à soi-même.

Et si les morts ont été non des porteurs de mort, mais de vrais vivants laissant ouverte la parole, les morts alors, à leur tour nous enrichissent et nous nous enrichissons des morts, façon pour les vivants de ne pas s'anéantir dans la mort.

A cette vie qui s'enchevêtre si étroitement à la mort, rendons grâce pour que ces deuils incessants contre l'appauvrissement, le rétrécissement de soi auxquels nous invite la vie ne soient que le reflet de ce mouvement perpétuel et exigeant d'ouverture, d'élargissement, pour qu'à la mort succède la vie.

Michèle Laburthe-Tolra



« Je suis ombre et lumière,
Je suis ciel et terre,
Je suis la vie et la mort en même temps.

Je suis l'inlassable vérité,
Celle que je n'ose pas regarder,
Celle qui fait de moi, l'imperfection de la réalité.

Je suis les étoiles qui guident ton chemin,
Je suis la pluie qui inonde tes yeux,
Je suis le soleil qui éclaire tes pensées.

Je suis Dieu et Dieu est Toi. »

Poème de ma fiancée, Emmanuelle KOIHO

Il n'existe pas de miel plus sucré, pas de désirs aussi soutenus ; son immensité sent la fleur d'oranger. Ici, une feuille mûrit, un arbre vient d'éclore. Je suis plus bas que lui. Que m'a-t-il réservé pour la continuité de mon être ? Je goûte.

Aurais-je appris la transcendance ?

Je n'ai pas peur, là où je suis. Je n'ai pas peur. Ton fils, contemplant sa servitude, est contraint d'y retourner une fois de plus, je n'ai pas encore digéré la pomme qui est restée au travers de ma gorge.

Je suis retourné dans ses entrailles, chaleureuses, et où le temps insatiable me poussera à rejeter. La poésie effleure ces lèvres. Je suis né de ce pépin, de cet amour qui porte tout.

Tout est oublié, tout s'est envolé. Tu m'as laissé dans un monde sans repères. La première chose que j'ai dite ce sont mes larmes, coupable une fois de plus du péché originel. Où va la vie ? Où suis-je dans ce monde où je vis ?

Y a-t-il une échappatoire pour fuir la divine volonté ? Non. Bien sûr que non. Résolu à me tourmenter je me cogne dans ce corps immonde. D'ailleurs, y a-t-il quelqu'un ici ? Où est donc passé celui qui, jadis, avait tout oublié…

Je me perds entre cette jambe, ce bras, ce marteau sans mode d'emploi. Où sont les clous ? Je contemple des paysages de rêves, des passions déchaînées, des rencontres éphémères et des amis sur qui compter.

On me dit qu'il n'y a personne en moi. Foutaise ! Je suis bel et bien là. Je contemple ma colère. Ce que c'est que la beauté ! Je me suis assis à cette place qu'ils avaient réservée pour moi.

Je me souviens maintenant.

Je n'ai pas arraché la mauvaise herbe, je ne veux pas savoir pourquoi. Je dois aimer la torture. As-tu réellement besoin de mon sang ? Pourquoi mourrais-je pour toi ? Cette plante a poussé parmi les autres sans que je ne m'en aperçoive, elle est comme un mensonge si bien gardé. Je suis triste de devoir la perdre. Je ne l'arrose plus comme morte à elle-même. Je te l'apporterai mon Dieu pour que tu saches où est ma foi.

Tu ne m'as jamais abandonné, je ne t'ai jamais reconnu. Je t'ai souvent rejeté et voilà qu'aujourd'hui je cherche ta présence à vouloir m'abandonner.

Ton nom n'a plus vraiment court parmi nous. L'Humanité aura de grandes choses à se confesser le jour où elle entrera dans ton royaume. Je porte des idéaux en te portant au fond de Moi. Je ne sais même plus si tu nous as oubliés. Ton Œuvre est grandissante. Pourras-tu un jour nous réapprendre la pitié ? Je crois de moins en moins ou de plus en plus et mon capitaine à changer d'océan. Il ne nous annonce plus la Terre Promise, il n'a qu'en tête la lumière de ton phare.

Je remplis mon être de toutes les aventures possibles et inimaginables. Imaginables. J'attends la prochaine escale. Notre radeau est composé de doutes et de certitudes. Chacun œuvre à sa tâche et tente de la découvrir.

Nous pleurons seigneur et nous rions aussi. Tu as rappelé beaucoup de nos frères et d'autres ont émergé. Je crois de plus en plus en l'Homme, qu'il ne t'est pas qu'un simple jouet. De ton immense bonté, tu nous as transmis ta profondeur.

L'Éternité…

Quel doux prénom. Cela me semble bien loin maintenant et pourtant, c'est l'instant que tu nous as promis. Je continuerai ce voyage, car seule est la plénitude. Mais dis moi mon Dieu, qu'est ce que l'Amour ?

Je suis mort plusieurs fois en Moi et tu ne m'as jamais oublié. Je suis convaincu qu'au moment suprême tu viendras toi-même me chercher pour me faire goûter aux fruits de ton potager.

Je n'ai pas peur de la mort, j'ai peur de m'évanouir à tout jamais, de cet instant où la faucheuse viendra me réveiller pour me prendre sous son aile. Le réveil peut être brutal ou suave. J'appréhende ce premier rendez-vous. Les mains moites, le cœur battant, l'émotion bien présente, je ne sais si je l'aime au fond.

J'aimerai tant monter sur son char sans avoir à patienter. Ici et maintenant, je rends à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Je te laisse mon corps, ô grand empereur, je te le laisse bien volontiers. Je lui suis reconnaissant de m'avoir épaulé, soutenu pendant cette promenade. Je ne l'ai pas vraiment aimé, pas vraiment détesté non plus. Il est parti, redevenu poussière. Et Moi, que me reste-t-il ?

Je laisse des choses sans concessions, des pas posés sur de la roche, des souffles tendus vers le ciel. Mes bagages sont lourds et légers. Je ne vois personne et tout le monde s'en va. Où va mon âme dans cette espace infini ? Que me reste-t-il après avoir tout abandonné ? La rizière des champs d'oiseaux à perte de vue, l'opéra, la certitude, le coin dans le fond de la classe. Je suis souverain d'un complot qui me dépasse.

Sur le pas de la porte, j'attends le retour de l'Ouvrière. La moisson a débuté, elle n'a jamais commencé et elle n'aura jamais de fin. Jour après jour, des âmes disparaissent, des fantômes s'articulent. Le vent souffle sur des braises et plus rien, vide. Absent, mais conscient de cette vérité qui me dépasse. Où va la vie après la mort ? Je laisse une empreinte sur un rocher déjà formé. Qu'il glisse ou qu'il tombe, peu importe, l'instant l'a marqué d'Éternité. L'Amour donne des ailes aux chevaux les plus abattus.

Je vais présenter mes lettres à notre roi. Il m'ouvrira la porte, j'en suis sûr. Mais que fera-t-il de Moi ?

« Je suis venu me présenter tes œuvres ô mon Roi, toi qui est source de miséricorde »

Je ne sais pas ce qu'il y aura après la mort. Il n'y a que des mots faits de divinité qui puisse exprimer l'attente d'un monde inconnu. Nous restons quelque chose, je le ressens, car nous sommes appelés dans le royaume des Cieux. Tous, sommes appelés. Peut-être reviendrons-nous sur terre pour le salut de nos âmes. Nous devons apprendre beaucoup dans ce monde expérimental, la vie comme la mort, l'Amour comme le péché. La vie d'aventures terrestres est bien trop courte pour que nous la passions à somnoler. « Tu te reposeras au moment de ta mort » disait le sage. Et nous reviendrons si nous n'avons pas assez compris. L'âme ne meurt pas, elle est entretenue d'expérience humaine. Quand j'étais plus jeune, je passai du temps à me poser cette question : qu'est-ce que la vie ? Un jour, une réponse a surgit en moi : la Vie, c'est une rencontre avec soi-même. Peut-être est-ce là, la clé de l'Éternité…

Aurélien Recher



J'aurais préféré que la question me fût posée sous une autre forme ; par exemple « Aurai-je une vie après ma mort ? » La personnification de la question et l'obligation de rendre une réponse subjective m'aurait mis bien plus à l'aise en m'autorisant à déclarer sans aucun état d'âme « Je n'en sais rien ! » Que je crois ou que je ne crois pas ne change rien au problème. Croire n'est pas savoir. Je peux croire à ma survie de toutes mes forces. Cela n'ajoute rien au doute existentiel, que dis-je, existentiel ! C'est au doute essentiel qu'il faut plutôt dire ! Je ne saurai la vérité qu'une fois mort, et encore. Seulement, si je survis effectivement. Parce que si je ne survis pas, je ne pourrai même pas savoir que j'avais tort de croire. Je crois ou je ne crois pas, c'est ainsi que se pose de façon relativement simple, le dilemme ou cas de conscience.

En revanche, la question objective « Y a-t-il une vie après la mort ? » me paraît beaucoup plus pernicieuse. Et ce qui me gêne le plus dans cette question c'est ce « après » qui figure dans la question, c'est cette façon d'introduire la notion de temps dans le problème. Dans l'univers qui nous entoure, le temps n'est qu'une dimension parmi d'autres. Demander s'il y a une vie après la mort me fait le même effet que cette autre question classique « Qu'y avait-il avant le Big Bang ? » Contrairement à toute logique, il n'y a pas d'avant le Big Bang. La question est stupide puisque, d'après les dernières découvertes scientifiques sur nos origines, le Big Bang est le commencement de tout, y compris et ce n'est pas le moindre paradoxe, le commencement du temps. En l'absence de temps, Il ne peut donc pas y avoir d'avant Big Bang. Il me semble donc, de la même manière qu'il ne peut y avoir d'après la mort.

Si mon raisonnement a quelque valeur, il est bon de se poser la question annexe qui va permettre de tourner en rond un peu plus à la manière du chien qui cherche à tout prix à se mordre la queue. Et la question annexe, c'est « C'est quoi, la mort ? » Peut-on répondre que c'est la fin de la Vie ? J'ai voulu m'abstraire de la croyance. Pas de chance ! Là encore je me heurte au même problème. J'essaie de parler de découvertes scientifiques, mais je n'ignore pas que les scientifiques eux-mêmes pataugent lamentablement et sont loin d'être tous d'accord. Alors, quelle que soit la rigueur de mon raisonnement, je suis bien obligé de recourir à la croyance pour poursuivre et déclarer tout à trac que la Vie sous-tend l'Univers, qu'elle n'est ni avant le Big Bang, ni après la fin du monde ni après la mort, qu'elle est tout simplement. Peut-on imaginer qu'elle a été créée par le Big Bang ? Non, bien sûr, car alors Quoi aurait déclenché le Big Bang ? Elle est, qu'elle se manifeste à travers l'Univers, sous forme cosmique de très, très, très longue période, sous forme minérale de très longue période, sous forme végétale et animale de période beaucoup plus courte et sous forme humaine de façon tellement sensible que nous sommes les seuls dans l'univers à avoir conscience de ce phénomène invraisemblable que nous appelons la mort. Mais la Vie, elle, continue. La mort interrompt mes élucubrations du style « je pense donc je suis » mais elle n'interrompt pas la Vie. C'est tellement paradoxal que pour exprimer cette notion inexprimable, Yaweh a dû avoir recours à une immense faute grammaticale « JE suis celui qui SUIS ! » et le Christ à cette autre énormité : « JE suis LA VIE ! »

Pour compléter les analogies entre Big Bang et mort, il est reconnu que la science peut remonter le temps jusqu'à quelques milliardièmes de secondes du Big Bang, mais en aucun cas l'atteindre. Il y a une limite dite limite de Planck qui ne nous est pas accessible. De même qu'il y a une limite de La Palisse (qui vivait encore une microseconde avant sa mort !). Les expériences dites NDE (near death experiences, expériences près de la mort) font bien état de visions et de sensations extraordinaires qui pourraient laisser penser que la mort a été franchie dans les deux sens, mais comme ces expériences sont rapportées par des gens qui en reviennent, on ne peut pas l'assurer et on n'en aura jamais confirmation. Une microseconde avant la mort… une microseconde après le Big bang… Cela donne à réfléchir !

Si la Vie est, comme je le crois, indépendante du temps, que se passe-t-il, alors, chez celui qui meurt ? L'anéantissement ou l'entrée dans une autre dimension indépendante du temps que nous pourrions appeler Éternité si nous n'avions la mauvaise habitude de considérer que l'éternité, c'est le temps qui se prolonge à l'infini ?

L'Éternité, c'est, au contraire, l'immanence, l'absence de temps. L'Éternité, c'est donc « avant, pendant et après… » en même temps, si j'ose dire. Les NDE en donnent peut-être un aperçu en flash. Croyance ou connaissance ? Je ne saurais plus dire, mais si c'est bien ça, Je suis de toute Éternité et mon passage sur terre est une manifestation tangible de moi-même dans les quatre dimensions de la même façon que l'Univers est une manifestation tangible de la Vie dans les quatre dimensions (et peut-être cinq ou plus, je n'ose m'aventurer plus loin). Et la mort n'est plus qu'un retour au bercail. Le retour à la maison du Père, disent les chrétiens !

Bâtarde, ma démonstration ? J'en conviens volontiers, mais il me semble rejoindre avec elle tous les humanistes et tous les mystiques de toutes les religions qui recherchent dans la méditation cet état de présence infinie où le présent dilaté permet d'avoir tout à la fois, en un éclair éblouissant, un aperçu du Soi, de l'Éternité et de LA VIE.

Qu'on explique ou pas, que l'on croit ou pas et sauf à de très rares exceptions, il y a toujours, de façon plus ou moins consciente, au fond de chacun de nous, la peur de la mort, la peur de l'après. Quand il arrive que l'on me demande que faire pour lutter contre cette peur, quand il m'arrive de chercher moi-même à me rassurer, je ne peux que conseiller d'approfondir et de cultiver la présence au présent…

Ici et Maintenant.

A-t-on besoin d'autre chose…
pour survivre ?
Paul Ruty



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SOS Psychologue



Tout d'abord nous pouvons nous poser les questions suivantes :

Qui sommes nous ? Où allons-nous ? Quel sens donner à notre existence ? Que sommes-nous venus faire sur cette terre ? Pourquoi avons-nous peur de la mort ? Y a-t-il réellement une mort ?

Autant de questions que nous pouvons porter tout au long de notre vie.

À des niveaux supérieurs de la réalité, insaisissables pour l'œil et l'esprit du profane, pour ceux qui vivent dans la mécanicité, il existe une catégorie d'entités spirituelles qui ont le pouvoir de transmettre à l'homme en devenir un véritable savoir, un savoir absolu.

Ces êtres nous pouvons les appeler « Êtres de lumière » avec les moyens dont ils disposent et les missions qu'ils ont à accomplir auprès de nous.

Bien plus que de simples guides, ils sont les initiateurs d'une réalité plus riche que celle dans laquelle nous nous débattons.

Il est clair que le but d'une trajectoire humaine pour ces êtres est une réelle et profonde transformation intérieure. C'est au contact de la lumière que la transformation s'opère. Pour celui qui a suivi ce chemin de Lumière ou même commencé sur ce chemin il est évident qu'il y a une vie après la mort.

S'il nous est donné de rencontrer un « Être de Lumière » celui-ci vit en nous et nous permet de perpétuer cette Lumière.

Nous avons beau savoir que la vie est véritablement précieuse, nous n'arrivons pas toujours à l'apprécier à sa juste valeur, chaque jour est un cadeau de la vie.

L'être qui fait le choix d'éveiller sa conscience est en perpétuelle mutation, il meurt et renaît sans cesse. Il meurt à sa vie passée et renaît à l'instant présent.

Souvent même, la peur d'être confronté au néant total au moment de la mort nous empêche de profiter de l'instant présent.

Vivre sans conscience c'est vivre comme si l'on était mort. On ne peut toucher la vie que dans l'instant présent.

Beaucoup pense que notre existence n'est qu'une durée de vie qui commence à la naissance et s'achève à notre mort. Et nous sommes habités par cette peur d'être réduits à néant.

Si nous avons peur de la mort c'est peut être aussi parce que nous n'avons pas compris que les choses ne meurent pas vraiment et que nous ignorons que nous avons une tâche à accomplir durant notre passage sur terre.

Ce n'est qu'en touchant notre vraie nature que nous pourrons transcender la peur du non être, la peur d'être réduit à néant.

Tout est continuité.

Ce corps qui est le nôtre n'est pas uniquement à nous, il est aussi la continuation de nos parents, grands parents et arrière-grands-parents, de tous nos ancêtres. Nous ne sommes pas limités par ce corps.

Si l'on prend le temps de s'arrêter et de regarder profondément, nous pouvons voir que ceux que l'on aime et qui ne sont plus sur terre se manifestent sous de multiples formes.

Si une personne ne se manifeste pas sous la forme dans laquelle nous avons l'habitude de la voir ou de la percevoir, cela ne veut pas dire qu'elle est non existante, cela ne veut pas dire qu'elle n'est plus là. Nous pouvons toucher sa présence dans d'autres formes de manifestations.

La mort s'est simplement le passage d'un état à un autre.

Après la mort terrestre, l'entité qui vient de quitter son enveloppe charnelle change de dimension, entre dans une sphère où sa dynamique de vie se perpétue.
Rien ne s'arrête, tout continue dans un champ vibratoire et une dimension autres et de l'évolution de notre conscience va dépendre la suite de notre chemin.

En ce qui me concerne, il va de soi qu'après la mort nous continuerons à travailler pour notre propre évolution et donc pour celle de l'humanité toute entière et par là même nous contribuerons à l'Oeuvre de notre Créateur.

Claudine Thomas