NUMÉRO 172 REVUE BIMESTRIELLE août-septembre-octobre 2017

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Le petit matin El alba
 
Bernard, Hervé Le petit matin
 
Cohen, Rut El alba
 
Delagneau, Philippe Le petit matin
 
Giosa, Alejandro El alba
 
Laborde, Juan Carlos El alba
 
Manrique, Carla El triste amanecer
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
Thomas, Claudine Le petit matin


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Voici l'opinion de M. Robert Oppenheimer :

« Ce qu'il y a de nouveau, c'est qu'en une seule génération notre connaissance de la nature ait pu intégrer, refondre et dépasser toutes les connaissances accumulées jusque-là. »

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Le petit matin d'un jour pas comme les autres… Remémoration d'un cycle qui se ferme, celui des vacances. Alors dans mon cœur, un pas de deux et danser entre le passé et le futur, mon présent où je suis, observatrice de moi-même et observatrice des circonstances précises dont je suis la protagoniste…

***

C'est le petit matin d'un jour pas comme les autres… Une profonde nostalgie m'assiège sans tristesse, mais avec la stupeur de reconnaître la fugacité… Oui, dans tous les sens.

C'était le 20 septembre. Je partais à Barcelone pour rejoindre la meilleure amie de ma vie, depuis notre enfance partagée avec les parents. Une relation particulière, car nous avons vécu si proches, même dans la distance, elle en Argentine et moi en France, que nous connaissons nos vies sans avoir besoin de les raconter.

Inutile de faire semblant. Si allusion il y a eu au sujet de nos parents, il ne s'agissait que de citer des anecdotes les concernant et des circonstances partagées dans nos vies avec eux. Je sais qu'elle me lira et dans un certain sens je lui dédicace cet article, qu'elle lira sans doute comme elle le fait régulièrement avec mes livres et mes écrits.

***

Je ne saurai jamais si mes enfants me lisent. J'ai l'impression de n'avoir été qu'une étoile filante dans cette vie, sans les déranger, ni exiger de faire attention à moi… C'est difficile aujourd'hui d'écrire en français, car je suis en train de vivre dans une langue qui n'est même pas ma langue d'origine. Car je ne peux exprimer que des sentiments et des douleurs de la distance…

***

Le 30 septembre je suis partie en Catalogne, en plein référendum pour l'indépendance. J'allais rencontrer Martha dans notre hôtel. Toujours l'inquiétude et la joie de voir l'autre en espérant qu'elle soit bien. Elle était bien…

***

Au petit matin suivant nous devions prendre le ferry de Barcelone à Tanger, car elle voulait faire une longue traversée de la Méditerranée, mais pas une croisière… Le soleil brillait, la mer et le ciel étaient bleus… Trente-deux heures de promenade maritime sur une nouvelle ligne italienne excellente.

Pendant le séjour au Maroc, dans les villes impériales j'avais promis à Martha de lui faire connaître cette culture pour qu'elle comprenne mieux l'Andalousie et la transculturation.

Chaque petit matin, un départ avec un guide spécialisé parlant espagnol… Nous avons eu pour notre plaisir le meilleur, dans tous les sens du terme.

Je suis tombée amoureuse d'une ville bleue… Je ne parle pas ici d'histoire, mais de sentiments, elle s'appelle Chefchaouen… Aujourd'hui je verserais des larmes si je savais pleurer… Une envie folle de disparaître et de ne jamais revenir. Commencer une vie, effacer le passé… N'avoir que l'espoir d'un bonheur où je ne devrais plus me défendre… Revenir à la tendre innocence de mon adolescence, quand je ne savais rien de la vie. Même pas de l'amour, ni de la maternité, ni de la mort, ni du deuil… Cette ville bleue, sans aucune prétention… Qui pourrait aller me chercher dans un tel endroit ? Rien que le néant et l'abandon de la souffrance, qui ne soit pas consciente.

Pouvoir méditer dans une ruelle avec des chats solitaires.

Il y a eu un autre endroit où j'aurais voulu rester : les ruines romaines de Volubilis, près de Fez. Même l'orgueil de cet ancestral différent, ce peuple avec le culte de la santé et de la vie _ mens sana in corpore sano _, avec ses thermes, et toujours la largeur d'esprit pour accueillir les dieux des peuples conquis.

Oui, les romains sont mon passé. Peut-être est-ce une façon de me réincarner !

Et j'arrête avec ce thème, qui m'émeut trop…

***

Nous sommes repartis vers l'Andalousie le petit matin et me suis trouvée à Séville le 12 octobre, jour de la découverte de l'Amérique, en 1492. J'étais fière de la synchronicité qui me permettait de fêter ce jour où Pinzón, le contremaître de Colomb avait crié « Terre » !

Ainsi Dieu était parti vers l'Amérique et l'histoire, vous la connaissez, un chapitre majeur dans l'histoire du monde. Amérique central et Amérique du sud sont des mondes protégés par leur étrange innocence des peuples jeunes. Et je reviens sur ce voyage où Martha a pu relier le vécu au Maroc avec la culture mauresque de l'Andalousie.

***

En parlant des histoires de voyage et des rencontres inattendues, je voudrais faire honneur à mon voyage en Argentine de cette année : un petit matin, nous nous sommes rencontrés sur la plage de Miramar, avec mon premier amour adolescent. Incroyable, après presque toute une vie, lui avec ses quatre enfants et moi, avec également quatre enfants.

Je n'avais que quatorze ans et lui pas plus de seize ans. Je ne sais pas comment était le désir dans notre adolescence à peine commencée, mais nous nous sommes reconnus, et ce fut un miracle, comme avec Martha. Nous n'avions rien à nous raconter de nos vies, car nous étions les architectes de nos splendides vies, chacun dans sa destinée. Nous savions tout de notre adolescence partagée.

Simplement des questions et des réponses sur le passé :

· « Te souviens-tu de la lune sur la mer, quand le soir nous nagions ensemble ? »

· « Eh, oui, je me souviens. Te souviens-tu des chemins dans la campagne avec les chevaux au galop ? »

Tous ces souvenirs partagés, ces questionnements, me font aujourd'hui me souvenir des dialogues d'un film appelé « Hiroshima, mon amour », dont les leitmotivs étaient :

· « Te souviens-tu de Hiroshima ? »

· « Te souviens-tu de Nevers ? »

Pourquoi les gens ne nous oublient pas ? Parce que nous ne les oublions pas non plus. Il y a une mémoire secondaire sélective, qui accroche un détail minime et ouvre un panorama clair des événements qui se sont passés dans les temps et qui sont des signifiants majeurs. Le centre émotionnel réagit ainsi et permet de donner une valeur affective à cette perception qui s'accompagne d'un sentiment du vécu, agréable ou désagréable.

Fait à Paris
et dans le monde de la sensibilité
le 21 octobre 2017
et je viens d'arriver de ce profond vécu de mon âme.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Au petit matin, tout semble renaître, comme dans le silence après une tempête, comme après un long voyage, avant que ne viennent nous assaillir nos tracasseries du moment, nos angoisses existentielles ou la pression du quotidien du jour.

La nuit semble agir comme une remise à zéro de nos énergies internes négatives et positives, afin d'écrire aussi librement que possible une nouvelle page de notre vie.

Quel bonheur de pouvoir savourer ce moment précieux et toujours trop court, de le prolonger autant que possible, comme pour disposer de suffisamment de temps pour se ressourcer, pour emmagasiner un maximum d'énergie, qui nous seront nécessaires pour accomplir nos tâches durant toute la journée et pour affronter l'adversité, la difficulté physique et psychique, souvent alliée.

Le petit matin, structuré par le cycle de rotation de notre planète, comme pour paraphraser le grand cycle de la vie, balancé entre les pulsions de vie et les pulsions de mort, agit comme un régénérateur de notre énergie propre, nous obligeant à couper pendant la nuit, quand notre sommeil nous emmène profondément loin des tensions de notre journée précédente.

Bien malheureux celui qui souffre d'insomnie ou de grandes difficultés à s'endormir, ou bien peine à profiter d'une nuit suffisamment longue et réparatrice. Il semble comme incapable de profiter des capacités de régénération naturelles et instinctives de son être pour trouver la source de vie et l'énergie cosmique dont nous sommes issus, que notre esprit et notre corps réclament mécaniquement et passionnément.

Après une longue période de souffrance, de confusion, d'errance, de dépression, peut poindre, d'abord timidement, puis plus clairement, pour peu que notre être a accepté son éventualité et s'y est préparé, une lueur nouvelle, qui interpelle, qui émerge de notre quotidien et de notre trame de vie, qu'il nous appartient de reconnaître afin de mieux se faire guider par elle.

Certes, au début, nous n'y accordons pas ou peu d'importance, pensant qu'il s'agit d'une trop bonne période de notre horoscope, qui ne peut pas durer bien longtemps. Mais un certain nombre d'indices, des événements qui nous interpellent, nous obligent à mieux ouvrir les yeux de notre conscience, à interroger notre réflexion et nos sentiments afin de reconnaître qu'il se passe quelque chose de nouveau, qui pourrait être de l'ordre de la renaissance, qu'une nouvelle ère démarre dans notre chemin de vie.

En passant en revue les quatre fonctions psychologiques définies par Carl Gustav Jung, la réflexion, la sensation, le sentiment et l'intuition, je me rends compte que la quatrième fonction, l'intuition, est pleinement sollicitée quand notre psychisme doit détecter des signaux faibles venant de l'intérieur ou de l'extérieur, imaginer leur origine et leur nature, avant de leur donner un sens précis et d'y répondre par une des perspectives, une posture, un comportement, une feuille de route.

Cette expérience nouvelle où la chance semble commencer à nous sourire, où notre champ de vision et notre espace des possibles semble s'ouvrir, s'apparente à un nouveau petit matin de notre vie, après une longue période grise, monotone, mécanique, sans relief, sans espoir d'un mieux vivre ou d'un meilleur bien-être, sans nouveau projet, avec un certain goût de tristesse ou d'ennui.

Comment réagir face à ce petit matin de la vie, aussi inattendu qu'inespéré que nous pourrions percevoir comme relevant du rêve ou de l'irréalité (bref, nous n'y croyons pas trop, pourquoi notre bonne étoile nous aiderait maintenant ?). Je pense qu'il faut ouvrir son corps et son esprit pour mieux apprécier et profiter de cette énergie nouvelle qui accompagne ce petit matin, nous laisser emporter par cette force puissante et bienveillante, qui ne demande qu'à se développer, à s'exprimer dans tout notre être pour nous protéger des difficultés de la vie.

Si je parle de cette thématique avec assurance et plaisir, c'est qu'il me semble, depuis deux ou trois semaines, qu'un petit matin se lève dans mon horizon de vie. Tout se passe à la croisée de plusieurs chemins : un changement d'activité professionnelle et ce qui semble être la conclusion de toutes les tâches que j'ai dû traiter dans le cadre de la succession de mon père, décédé en 2016.

Après plusieurs mois de recherches de postes tout azimut dans la fébrilité et l'inquiétude, car sans issue jusqu'à récemment et avec la crainte qu'on m'impose un poste qui ne me convienne pas, une proposition m'a été faite récemment, présentée avec hésitation et sous l'angle d'un challenge, car avec une demande de sauver l'entité où je travaillerai. Après quelques minutes de réflexion, j'ai accepté, car cela s'intégrait dans mon souhaite de rejoindre les ressources humaines et mes points forts professionnels que j'ai largement expérimenté dans mon poste actuel, pouvaient tout à fait trouver matière à s'exprimer. Très rapidement j'ai transmis ma demande de mutation qui vient tout juste d'être accepté.

Une nouvelle ère s'ouvre dans mon espace des possibles, étant rassuré sur le plan professionnel, même si la période initiale demande un fort investissement, la volonté de s'adapter à un nouveau job et la nécessité de faire le deuil de mon travail actuel, me permettant de mieux utiliser ce surcroît d'énergie que me procure cette nouvelle situation professionnelle, pour m'occuper pleinement et plus de sérénité ma vie personnelle.

Hervé Bernard



Chaque matin, après mon petit déjeuner et avant de partir à mon travail, je me rends dans le jardin.

Je suis un observateur par amour, j'aime ressentir et constater la puissance et la générosité de la vie, un feuillage qui apparaît soudain, une floraison, une couleur d'automne, de printemps, les haies qui grandissent.

Je porte ce questionnement intérieur : « Qu'est qui est aujourd'hui et qui n'apparaissait pas hier ? » Ce plongeon avec « Dame Nature » me prépare à ma journée de travail.

Le soir, à mon retour, je regarde encore et je cherche les signes d'un changement, d'une évolution qui devra nécessiter une action de ma part.

C'est le petit matin et le petit soir de mon quotidien.

Je me souviens aussi de ces petits matins silencieux où je pouvais entendre dans un silence presque total, le chant des oiseaux qui précède l'apparition du soleil, ces petits matins où j'étais plongé et unifié dans des lectures d'un même auteur qui seront sans que je le sache alors à l'origine d'une possible découverte de « ce que je suis réellement ».

Il existe aussi dans ma vie d'autres petits matins, ceux qui apparaissent dans la journée, des moments de présence avec cette joie de me sentir vivant.

Dans cet instant de plénitude, je remercie alors la vie qui m'a été donnée, la bonne étoile qui me guide.

Le petit matin est aussi pour moi un éveil, l'éveil d'une nouvelle sensation, d'une nouvelle impression, d'une nouvelle vision. Ce sont des manifestations éprouvées à partir d'une conscience et donc d'une sensibilité qui n'existait pas auparavant.

Nous devons comprendre que ce que nous manifestons est aussi un résultat d'une émanation, d'une énergie, d'une source qui nous alimente en permanence selon ce que nous sommes, selon notre capacité réelle à recevoir, selon le sérieux et la sincérité réelle de notre posture. Quel est le projet de notre vie, ce que nous souhaitons faire et réaliser dans notre vie et pour notre vie ?

Nous sommes responsables de ce que nous recevons. Responsable ne veut pas dire coupable. Ne nous plaignons pas de nous maintenir éloignés d'une source de vie réelle si celle-ci existe vraiment.

Le philosophe et psychologue Gurdjieff disait : « La vie n'est réelle que lorsque « Je suis » »

Si nos petits matins ressemblent à ceux du présent, alors nous pouvons nous poser la question : Qu'est ce que je n'ai pas fait ou quelles ont été mes erreurs pour que ces matinées se ressemblent ainsi ?

C'est certainement pour nous même, la meilleure attitude responsable que nous pouvons avoir, chercher des réponses afin que si l'aujourd'hui ne me satisfait pas, que demain ne lui ressemble pas.

Je porte témoignage que nous croisons des êtres d'exception ayant entrepris d'abord pour eux même un long chemin d'évolution étrique, des êtres capables aujourd'hui d'accompagner et de transmettre ce qu'ils ont compris.

Ces êtres ne se cachent pas, ils sont là parmi nous, nous ne les voyons pas. C'est la question que nous pouvons aussi nous poser.

Peut être parce que nous ne pouvons pas objectivement les voir, peut être parce que nous ne voulons pas sérieusement les voir, peut être parce que cette possibilité ne nous a jamais été transmise ou n'a jamais été apprise, peut être aussi parce que nous avons été trahi dans des expériences malheureuses, maltraités par des magiciens de l'âme sans Âme.

Mais j'affirme, ces êtres véritables de compassion et de compréhension existent parmi nous, des êtres capables de nous accompagner, de nous guider sur nos chemins d'évolution personnelle et étrique.

Alors avec cette conscience un peu plus éveillée, je vous souhaite ces belles rencontres, je nous souhaite les plus beaux petits matins du monde.

Écrit à Chessy, le 12 octobre 2017
Philippe Delagneau



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RECHERCHE/INVESTIGATION



Que peut représenter le petit matin pour moi ?

Chaque petit matin est différent. Il peut être un moment de paix et de réflexion ou tout simplement un moment de quiétude, car le silence règne encore en maître. Il peut être l'instant d'un rêve ou celui d'un réveil après un agréable rêve et apprécier ce doux moment où l'on replonge dans celui-ci. Ce peut être également l'instant d'un agréable sommeil en toute sérénité.

Ou, au contraire, un moment où l'on sort d'un rêve difficile et où l'on ne veut surtout pas se rendormir pour ne pas pénétrer à nouveau dedans. Ou un moment de peur, de stress que l'on veut éviter à tout prix. Un réveil grognon après une nuit agitée.

Le petit matin c'est aussi l'éveil de la nature, de la beauté, qui nous offre à chaque saison son merveilleux spectacle de couleurs. Quelle belle générosité naturelle, sans calcul. Nous lui devons bien notre respect en retour, cela me semble être la moindre des choses.

Je dirai que lorsque nous sommes en paix d'essayer de la conserver le plus longtemps possible et lorsque le réveil n'est pas agréable de se lever et d'essayer de retrouver la paix en nous soit en étant dans l'action soit en plongeant en nous-mêmes.

Il m'est arrivé souvent, lors de peurs, d'angoisse ou de panique, de sortir dehors, car je ne pouvais pas rester dans la maison. En effet, c'est ce qui en réalité se passait en moi, j'en ai fait le rêve un jour. Dans ce rêve, je disais qu'il fallait sortir, car la maison se rétrécissait et c'était moi qui faisait cela.

Maintenant je dirai que je veux libérer ma maison et enfin l'habiter. Faire sortir l'intrus pour trouver enfin ma place.

Lorsque le ciel ouvre la porte au jour, on commence à entendre les bruits venus de la vie qui s'expriment. Des bruits que nous retrouvons chaque jour et qui nous deviennent familiers.

J'aime à prendre des photos parfois, car le ciel est splendide. Toutes ces couleurs qui nous sont offertes non seulement pour le plaisir des yeux, mais également, lorsque nous sommes en impression directe, comme une véritable nourriture qui nous remplit, car nous sommes, à ce moment là, reliés.

Fait à Chessy, le 8 octobre 2017
Claudine Thomas