NUMÉRO 170 REVUE BIMESTRIELLE avril-mai 2017

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Vivre ensemble Vivir juntos
 
Bernard, Hervé Vivre ensemble
 
Delagneau, Philippe Vivre ensemble
 
Giosa, Alejandro Vivir juntos
 
Laborde, Juan Carlos Vivir juntos
 
Manrique, Carla Aprender a vivir
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mai 2016
 
Thomas, Claudine Vivre ensemble


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Le monde est définitivement pluriel. Cherchons-nous seulement à vivre les uns à côté des autres ou voulons-nous vraiment faire société ensemble? La diversité culturelle ne recouvre-t-elle pas des diversités sociales, des inégalités ?

Chacun éprouve à sa manière la pluralité du monde qui l'entoure. Et il est en effet difficile de voir l'autre tel qu'il se voit lui-même, tant le métissage imprègne son quotidien. Le « choc de la rencontre » peut être parfois douloureux ; la peur peut produire de la violence. La tentation est grande de dresser des murs, de redessiner des frontières et de vivre entre soi en rejetant l'autre.

Afin que l'ouverture à l'autre reste possible, chacun est amené à cheminer, à faire le deuil de l'imaginaire de ses origines.

D'où la nécessité de rechercher le dialogue.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Avec qui et comment vivre ensemble s'il n'est déjà pas simple de vivre seul ?

***

Moi j'observe sans autre ambition que de répondre à cette question énorme. Est-il possible de vivre ensemble ? Personnellement, je pourrais supporter de vivre avec l'autre que j'aime et que j'aimerai toute ma vie. En revanche impossible de vivre avec un caractériel permanent avec qui la vie devient une prise de pouvoir permanent, même en faisant l'amour.

Douceur et tolérance sont les uniques voies possibles pour vivre ensemble. Même en faisant la guerre nous pouvons être élégants !

***

Une fois, en parlant calmement de politique avec mon mari, nos conceptions étaient si opposées qu'il ne m'entendait plus. Les échanges tournaient à la guerre. C'était une nuit d'hiver, il y a douze ans, mais il y avait du chauffage. Donc, pour me faire entendre, j'ai rempli une casserole avec de l'eau froide et je l'ai versé sur lui. Le temps de se sécher, il avait compris et il n'était plus sourd.

***

C'était une discussion autour du vivre ensemble social, c'est-à-dire une partie du thème d'aujourd'hui. En tant que sociologue, je crois que la coexistence raciale est largement plus possible que la coexistence religieuse. Au fond de chaque grande division et destruction à travers l'histoire, nous voyons la motivation qui domine, c'est la prise de territoire d'une religion sur une autre. Luther était une excuse pour que les catholiques se battent avec les protestants. Par ailleurs l'anglicanisme ressemble au catholicisme, sauf que la transsubstantiation de l'Hostie dans la communion catholique n'a pas lieu dans l'anglicanisme, parce que la présence du Christ est une réalité spirituelle et symbolique.

Et je passe car si nous parlons de religions comparées, il ne s'agirait que de guerres. Donc il n'est pas convenable de vivre ensemble.

Il serait intéressant de citer la parabole de Freud, quand il parle des hérissons qui avaient froid. Donc ils se sont rapprochés, mais tellement qu'ils se sont blessés avec les épines. La conclusion est la « bonne distance », ni trop loin pour s'ignorer, ni trop proches pour se faire mal. C'est pour cela que nous devons suivre toujours avec respect et réalisme la bonne distance à l'analyse.

***

Maintenant je voudrais parler de mon vécu au sujet du vivre ensemble.

Dans le temps, mes quatre enfants étaient à la maison, mes parents, mes oncles et mes tantes aussi. Noël se célébrait chez moi systématiquement pour mon grand plaisir. À cette époque nous avions un aquarium à la maison, chacun de nous avait son petit poisson préféré. Après ces soirées inoubliables et que les enfants étaient au lit, fatigués de plaisir, je restais seule en face de l'aquarium, dans un silence béni des dieux, à regarder mon petit poisson rouge, avec amour et une certaine souffrance en face de l'éphémère. Comme lui, fragile et beau, le spectacle de ces soirées d'amour devient pour moi l'unique expérience sublime de vivre ensemble. Maintenant tous sont partis dans le monde et au ciel. Mais je peux dire qu'un jour j'aimais vivre ensemble. Maintenant je dirais que vivre ensemble est possible de façon ponctuelle et transitoire.

***

Comme il faut grandir pour nous rendre compte que nous ne sommes jamais seuls ! Dieu est avec nous ! Il y a aussi le maître en moi, qui se développe par le travail quotidien sur moi-même, en me rendant responsable du rappel qui m'est donné. Maintenant je peux dire comme selon une prière des Complies :
« Maintenant, ô Maître souverain,
Tu peux laisser ton serviteur s'en aller
En paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
Que tu préparais à la face des peuples :
Lumière qui se révèle aux nations
Et donne gloire à ton peuple Israël. »

Fait à Paris le 29 mai 2017
Je ne suis pas si seule que ça,
seulement je suis devenue aujourd'hui plus sélective.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



L'homme est un être physique, psychique, mais également social. Tout être humain possède une double dimension psychologique et sociale.

L'homme se ressent comme individu et dialogue avec son environnement en utilisant son psychisme, constitué d'une part consciente et d'une part inconsciente. Mais l'homme ne peut pas vivre sans aucun rapport avec les autres qui l'entourent, car il est tout d'abord et de manière universelle le produit initial d'un couple d'humains qui vont l'élever et l'éduquer. Ensuite il interagit avec les autres humains qui constituent une société qui s'est développée progressivement depuis les débuts de l'Histoire pour mieux satisfaire entre autres les besoins élémentaires de la vie, manger, boire, se protéger.

Sans les autres, la famille, les proches et les différents membres d'une société, un individu ne peut pas ou ne peut guère vivre ou survivre.

Même dans le cas d'un ermite, qui a choisi de vivre seul pour sauver sa communauté ou la société humaine, son action n'est-elle pas guidée par le besoin d'aider et d'accompagner les autres par la prière et l'exercice d'une vie faite de règles, d'abstinence, d'abnégation et de renoncement, pour mieux les accompagner même dans la distance, pour mieux les sauver ? Sans l'existence des autres sa mission ne vaut rien ou pas grand-chose, elle perd tout son sens.

Si un homme décide un jour de vivre en reclus ou en ermite, de toute manière la première partie de sa vie se déroulera au milieu de ses semblables, de ses parents, de sa famille, de ses proches, de ses amis et de toutes les autres personnes qu'il croisera ou côtoiera.

Vivre ensemble est une nécessité pour tous, au moins pour une part importante de l'existence.

Apprendre à vivre ensemble, c'est à la fois développer des armes pour atteindre ses objectifs, mais aussi des défenses pour être capable de se préserver de la domination, de la malveillance ou simplement de l'influence des autres. Chacun cherchant bien sûr à affirmer son identité. C'est aussi développer des relations qui permettent de préserver la capacité d'échanger avec celui ou celle dont on cherche à obtenir, dans le meilleur sens du terme, quelque chose qu'on ne possède pas et nécessaire pour vivre, survivre, respecter ses contrats ou plus largement développer ses projets de vie.

Comme il est impossible de prévoir toutes les situations, tous les profils de personnes que nous pouvons être amenés à devoir gérer, il semble nécessaire ou tout à fait sensé d'adopter un certain nombre de règles, une ligne de conduite, de se donner un système de valeurs cohérent ou satisfaisant à notre idée du bien ou plutôt à l'idée du bien construit par la société, pour assurer la meilleure chance à ses membres de vivre ensemble. Ce schéma de développement, qui nous apparaît, sans doute inconsciemment, comme un allant de soi culturel, structure fortement le psychisme de chacun.

Mais l'expérience de vivre ensemble se heurte souvent aux conséquences des aléas de notre propre comportement. Nous ne maîtrisons jamais parfaitement nos émotions ou tout simplement nous avons des difficultés à déterminer les limites à ne pas dépasser vis-à-vis de l'autre, surtout quand nous sommes emportés par un élan, mais aussi aux vicissitudes des réactions des autres qui ne peuvent pas toujours être anticipées.

Vivre ensemble exige une bonne connaissance de soi, autant dans notre quotidien que dans des situations plus exceptionnelles où notre moi est plus fortement sollicité ou notre avenir est directement concerné. Par effet de miroir, bien se connaître permet de mieux connaître les autres, autant nos proches que ceux avec qui nous échangeons dans notre quotidien. Si un certain nombre de repères, acquis progressivement et en général avec assurance, s'avèrent bien utiles pour devenir un être raisonnablement intégré dans son environnement social, il est peut-être moins aisé de reconnaître ses propres zones d'ombre, d'accepter de les connaître, de faire la démarche de mieux comprendre les erreurs ou les points bloquants, d'élaborer des stratégies de comportement plus adaptés et de les apprendre pour les intégrer dans son propre schéma psychologique.

La meilleure stratégie dans l'approche interpersonnelle, qui m'a été enseignée, est de toujours trouver avec chacun la bonne distance. Cette maxime peut s'appliquer à tous les niveaux relationnels que nous pouvons expérimenter et vivre, un conjoint, un enfant, un collègue, un supérieur hiérarchique, un ami, un inconnu… Elle est tout à fait en phase avec la voie de la sagesse proposée par Bouddha. Elle nécessite une réflexion et une mise en œuvre spécifique pour chaque relation, car trouver la bonne distance avec l'autre nécessite des repères, un schéma intérieur, une sensibilité, une discipline particulière qui ne vont pas de soi. Elle nous responsabilise quand nous souhaitons réduire la distance à l'autre ou quand nous la laissons augmenter, souvent sans nous en rendre compte.

Hervé Bernard



Comme à mon habitude, je m'isole dans une intimité requise à l'émergence d'une conscience plus éveillée qui accroît mes sensations et affine mon sentiment.

Cette sensation alimente mon imaginaire, j'observe en moi la résonnance de cette pensée « vivre ensemble ». Elle évoque la proposition d'un voyage nuptial, quels beaux paysages.

Mais revenant à mon expérience directe du « vivre ensemble » le paysage s'assombrit. Cette contradiction provoque un questionnement. Qu'est ce que le vivre ensemble ? Qu'est ce qui manque à mon expérience pour un « vivre ensemble » autrement, peut être plus réel. Qu'est ce qui peut provoquer en nous dans nos sociétés modernes une vision acceptable, voir illusoire du « vivre ensemble » ?

Je vois notre humanité comme un petit enfant, un adolescent pas encore éduqué (ou soi-disant éduqué), un être n'ayant pas encore la capacité de distinguer et comprendre sa situation personnelle au sein d'une communauté, d'un collectif, d'une humanité.

C'est étrange comme ce thème m'amène une nouvelle fois de façon totalement inconsciente à l'origine, au thème de l'éducation. Ce n'est pas par hasard. Je suis convaincu que l'on ne peut pas vouloir aimer et transmettre sincèrement sans éprouver une aversion au moins instinctive de ce que l'on nomme aujourd'hui « l'éducation ».

Une éducation parcellaire qui régente, planifie, organise, construit un « vivre ensemble » devant répondre avant tout aux besoins et aux intérêts d'un marché économique et financier, un « vivre ensemble » politiquement organisé pour assurer une cohésion sociale fragilisée par les inégalités, les injustices patentes et récurrentes, une politique ayant pour conséquence finalement de maintenir le marcheur sur un chemin d'évolution conventionnel, agencé, suggéré et signalé par avance.

Je suis encore choqué aujourd'hui ou encore ému de constater la pauvreté d'un système éducatif dépourvu dans l'enseignement général de matières qui abordent l'homme et l'humanité dans tous ses aspects.

Quel est ce « vivre ensemble » d'hommes, de femmes et d'enfants privés d'un savoir et d'une connaissance qui les concernent ?

La religion, la philosophie, la psychologie, la physique, la cosmogonie, l'instruction civique et sociale, ne devraient pas seulement être une affaire pour quelques initiés. Nous naissons dans un monde complexe, nous sommes complexes et multiples, chacun de ces domaines nous renvoie à nous même.

Il se pourrait qu'il y ait un autre chemin d'un « vivre ensemble ». Un philosophe et psychologue empirique citait dans un de ses textes :

« L'école [ésotérique] doit débuter en enseignant à l'homme : comment respirer, comment manger, comment se déplacer et comment bien mourir. Cela doit faire partie d'un programme éducatif. Il faut ajouter à ce programme l'enseignement indiquant comment prendre conscience de la présence du « Moi » et comment établir la conscience. »

Éveiller sa conscience, affuter son sentiment, sa pensée, sa sensibilité, trouver un sens en chaque chose, une compréhension qui libère l'homme des contraintes artificielles créées par et pour l'homme insuffisamment ou non conscientes.

Si cette conscience supérieure existe, si ce « Moi », cette entité véritable existe parce qu'elle aura été préalablement reconnue, alimentée et respectée, quelles pourraient être aujourd'hui dans la vie de tous les jours les manifestations d'un véritable « vivre ensemble » conscient ?

Écrit à Chessy, le 29 mai 2017
Philippe Delagneau



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SOS Psychologue



Je parlerai ici du couple et, aujourd'hui, je dirai qu'il est essentiel avant tout dans notre vie d'apprendre à se connaître soi-même, aussi bien homme que femme.

Deux êtres qui se rencontrent et possèdent déjà une bonne connaissance d'eux-mêmes sont plus à même de créer un lien fort, car ils sont capables de discerner ce qui les concerne ou pas, d'éviter bien des désillusions, de s'éclairer mutuellement et ainsi d'être dans la continuité du lien.

En effet, lorsqu'un homme et une femme décident de s'unir, cela veut dire : être capable d'aimer, de respecter, de partager, d'écouter, d'être tolérant, compréhensif, de pardonner, de communiquer et bien sûr de regarder dans la même direction afin de fonder les bases les plus solides d'une vie de couple unifiée et harmonieuse. C'est un engagement et il nous appartient de le respecter, nous en sommes responsables.

Quand une relation s'inscrit dans la vraie vie où il n'y a pas de trahison, de mensonge, de manipulation, de négativité, de plainte, que chacun est responsable, elle donne un goût d'éternité.

Au-delà de la rencontre, créer et instaurer une relation dans la durée serait non seulement une des étapes de la vie d'un couple, mais serait également pour chacun la révélation de ses propres capacités à vivre avec l'autre.

Les découvertes ne vont pas se vivre sans douleurs, sans déchirement parfois. Selon l'évolution de chacun, de leur capacité à lâcher prise. De toute façon les chemins seront difficiles et semés d'embûches.

Vivre à deux en se respectant soi-même, en respectant l'autre, c'est rester ouvert à l'évolution et aux changements. Quoi de plus merveilleux qu'une relation de couple dans laquelle chacun trouve un espace pour grandir et se sentir reconnu.

Fait à Chessy, le 28 Mai 2017
Claudine Thomas