NUMÉRO 60 REVUE MENSUELLE AVRIL-MAI 2000

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
E. Graciela Pioton-Cimetti L'estime de soi La autoestima
 
E. Graciela Pioton-Cimetti Deuil et image de soi Duelo y autoestima
 
E. Graciela Pioton-Cimetti Programme archétypique
et découverte du soi
Programa arquetípico y
descubrimiento del « si mismo »
 
Hervé Bernard L'estime de soi
 
Elisabeth Courbarien Aimer ou estimer ?
 
Alejandro Giosa La intuición
 
Alejandro Giosa La paz interior
 
Chantal Godard Le deuil
 
Health I. G. News El asma
 
Juan Carlos Laborde Sentimientos, autoestima
y condición humana
 
Jacqueline de Pierrefeu La marioneta
 
Paul Ruty Retrouver l'estime de soi a JET
 
Léna Tomatis Apprendre
 
E. Graciela Pioton-Cimetti La rubrique "cinéma" Para ir al cine
 
E. Graciela Pioton-Cimetti Journées associatives du XVIIe à Paris
 
La rubrique "courrier des lecteurs"



Madame C. s'était présentée avec une demande d'interprétation d'un rêve. Elle était chez elle, la poussière envahissait toute l'ambiance, principalement un tapis beige. Il y avait des araignées menaçantes dont une lui avait sauté sur le visage. Elle descendit à l'étage inférieur chez des amis et la même ambiance de poussière et de désordre régnait chez eux.

Le docteur Roland Cahen, dans les années 86, quelques jours après son rêve, lui avait dit : « Il faut faire le ménage autour de vous. »

Le jour suivant, elle se trouvait, chez des amis, dans une maison de campagne, qui voulaient se débarrasser de vieilles machines. Il y avait une usine de transformation près du lieu, à Maurepas. Ils sont donc allés déposer les machines.

Avec des sensations de confusion, elle voyait tomber, dans un immense trou, tout type d'objets. Des vêtements, du linge, des jouets. Soudain, son attention était retenue par une petite voiture en bois qui n'arrivait pas à tomber. Elle s'en approcha et la poussa. À ce moment-là, elle découvrit trop tard qu'il s'agissait d'un objet identique à celui avec lequel elle jouait dans son enfance. Trop tard, hélas, pour la retenir ! Émue, elle voyait glisser vers le tas d'ordures un immense appareillage en fer qui, à la manière d'une araignée énorme, prenait des tas d'objets hétéroclites pour les conduire à la transformation.

Prise par la force de la synchronicité, elle est venue me voir pour, selon elle, faire le ménage autour d'elle.

Évidemment, la relation avec sa mère avait été bonne, mais catastrophique. Sa mère avait été trop faible. Pas de caractère, pas de désir, pas d'amour. Une femme étrange, silencieuse, même pas mélancolique.

Elle, fille unique, avait vécu impuissante dans la contemplation de cette mère très belle, mais distante et incapable de lui manifester son amour.

Elle était devenue une enfant mélancolique, repliée sur elle-même. Elle ne s'était jamais sentie aimée.
- Au présent, elle reconnaissait ne jamais savoir choisir.
- Sa vie ? Un jeu de rôles. Son unique existence réelle ? La maternité. Ses couples ? Des échecs à répétition avec des hommes qui, l'ayant fait rêver un instant, l'amènent après dans des chemins de manipulation effrayants.
- Deux grands amours de jeunesse… Elle admirait les menteurs, car elle vivait par procuration avec des êtres capables d'être pervers… pendant qu'elle reculait chaque jour un peu plus. Sa préoccupation ? Ne pas ressembler à sa mère. Mais l'ennemi était là, dans son identification à elle.

Par où pouvions-nous commencer le ménage ?

Je demande : « Qui êtes vous ? » Question assez large, je reconnais, mais fort nécessaire dans ces cas-là où l'estime de soi est un thème inabordable en direct.

Elle répond : « Rien, une création ».
- De qui ?
- Je ne sais pas.
- Par quoi voudriez-vous commencer à vous débarrasser pour faire le ménage ?
- Je ne sais pas. De tout, de tous, de rien. J'ai peur de manquer.
- De quoi ?
- D'argent. Il y a deux ans, quand mon troisième mari m'abandonne, j'ai vu dans le métro le soir où comme toutes les soirs je prenais le métro pour aller chez quelqu'un pour ne jamais être seule une femme très bien habillée et encore jolie entourée de sacs plastiques bien caractéristiques des clochards. J'ai pensé à moi, un jour, dans le futur. Elle était très communicative, de parole facile.

***

Le premier à partir, ce fut son grand-père à quatre ans. Après était venue la solitude.
- Ma mère était devenue sourde à la mort de son père.
- Mais peut-être ne l'était-elle pas. Je commence à me méfier des apparences, mais c'est trop tard maintenant ! Dans tous les cas, je vis dans une boule. Les événements arrivent trop lentement à faire écho dans ma solitude. En plus, je déteste tout. Peut-être devrais-je vous dire que j'ai fait le ménage des hommes. Tous les hommes. Ils ne sont rien , moins que rien. J'ai besoin d'être accompagnée. J'ai peur. Nuit après nuit, je revis l'enfer de mon enfance. Je disais à mes amies. Je ne me souviens même pas lesquelles, car je n'ai gardé aucune relation, que je n'avais même pas le droit à ma douleur. Je disais que ma mère disait à ses amies : « pauvre de moi que ma fille est malade. »
- Je crois que je dois faire le ménage de mon passé, car je n'ai ni présent ni futur.

***

Quelle estime de soi pouvait-elle avoir dans une telle complexité ?

Elle était là portée par ses symptômes, rien d'important en apparence, mais tous signifiant une grande fatigue d'exister sans se percevoir comme existant. La haine contre elle était importante, aussi bien la haine qu'elle avait pour son dernier mari, celui qui l'avait abandonné.

Cette histoire, c'était l'unique qui comptait pour elle. C'était en lui qu'elle avait fait confiance pour la première fois après la mort de son père à 34 ans. Elle aurait pu avec lui se découvrir à elle-même et cicatriser ses blessures narcissiques avec lui. Cette relation avait été sans doute une tentative de guérison, mais sa trahison impensable l'avait fait sombrer encore plus.

Je ne sais pas aujourd'hui où nous en sommes ensemble dans le ménage, mais nous le faisons avec une discipline féroce, car nous croyons qu'il n'y a pas de tunnel sans issue.

Objectivement parlant, elle a beaucoup de qualités, mais encore elle n'a pas pu accoucher d'elle-même.

J'espère avoir une vie aussi longue que la sienne pour l'accompagner à sortir du tunnel. Alors, elle pourra se reconnaître à elle-même et compatir avec la petite fille souffrante qui n'a pas pu voir la lumière et qui l'habite et demande protection.

***

Estime de soi ? Parfois je pense que cette image n'est qu'une utopie. Il vaudra mieux simplement s'accepter dans sa situation réelle et faire avec. Il faudra pour elle s'inscrire dans le temps, qu'elle habite son corps, qu'elle arrête de flâner entre les fantasmes de ses morts.

Pourrons-nous faire le deuil de sa naissance, qui n'a pas encore eu lieu ?

Profondément et archaïquement, elle se débat encore dans le ventre d'une mère qui n'a pas su, peut-être, la porter.

Les moments de paix ne sont que dans les avions, en voyage, entre deux destinées : le départ vers l'illusion et le retour vers la répétition destructive. Toujours dans cette ambiance métaphorique du ventre maternel, avec des moteurs qui ronronnent. Alors que, dehors, c'est la mort ! Mais où sont donc pour elle le dehors et le dedans ? Et je réponds à l'intérieur d'elle-même. Ici, maintenant, entièrement.

En réfléchissant, je me rends compte que l'estime de soi est un thème fondamental dans les tragédies grecques.

Fait à Paris, le 3 mai 2000
Et il pleut, comme toujours…
Le printemps s'efface sans s'affirmer
Quel est le sens d'un printemps sourd
Qui n'arrive pas à sortir de la brume ?
Doctora E. Graciela PIOTON-CIMETTI



Ce que j'avais perdu à ta mort, maman, c'était l'image de moi. Elle me permettait de te chérir.

J'avais perdu l'amour de moi-même que tu rendais possible.

Voici mes réflexions sur notre deuil.

C'est une nuit encore froide. Le feu de bois dans la cheminée m'emporte vers le souvenir de notre foyer d'amour.

J'ai tant aimé ton corps, ton odeur, la douceur de tes mains sur mes cheveux.

Aujourd'hui, je commence à te vivre autrement, à l'intérieur de moi.

Après avoir fait de ma douleur mon objet pulsionnel, je commence à ressentir enfin le report de l'affect sur l'ensemble de moi.

Combien de choses j'aimerais brûler ce soir.

Toutes les photos.

Elles ne sont que du passé.

J'aimerais te brûler, ma mère chérie et tu ne seras alors qu'à moi.

Personne ne pourra plus jamais te conduire vers les jardins de l'horreur.

Je n'aurai plus de souvenirs.

Tu n'auras plus de souvenirs.

Nous n'aurons plus de souvenirs.

Tu seras donc mon calme.

Mon plaisir dans le silence.

Où je te trouverai ainsi, mais délivrée de ton corps.

Ce corps que j'ai tant aimé.

Ma première charmante demeure.

Le lieu de ton calvaire.

Repose ma mère chérie dans la tendre lumière du foyer.

L'amour de Dieu nous brûle ensemble et pour l'éternité.

Fait à Paris, le 3 mai 2000
avec sérénité
Doctora E. Graciela PIOTON-CIMETTI



Une fois que l'anima et l'animus sont intégrés dans la conscience, et que sont évités les dangers de la confrontation avec l'âme, de nouveaux archétypes émergent de l'inconscient qui déterminent dans l'homme une nouvelle mentalité et de nouvelles attitudes. L'inconscient possède une « capacité potentielle de direction », il ne possède pas de but, mais un savoir latent.

« Quand la conscience participe activement et vit chaque degré du processus, ou tout au moins le pressent, alors la prochaine image se situe au degré supérieur obtenu de cette manière, en établissant la direction qui indique un objectif. »

L'indication directionnelle s'établit une fois que la problématique du conflit a été prise en compte par la conscience vaincue et intégrée. Avec l'animus et l'anima, l'inconscient présente de nouvelles figures. De nouvelles images symboliques apparaissent, qui représentent le soi-même, le noyau le plus intime de la psyché. Dans le cas de la femme, il apparaît personnifié comme une figure féminine supérieure : une prêtresse, une sorcière, une prostituée initiatrice, une mère ou une déesse de la nature. Ce sont des représentations actualisées de la Grande Mère. Dans le cas de l'homme, il se présente comme initiateur et gardien – un « gourou » hindou, un vieux sage, l'esprit de la nature, etc. Un de nos patients a rêvé d'un prestidigitateur, sans bras, qui réalisait une série de tours.

Dans le processus d'individuation de l'homme, c'est l'objectivation du « principe spirituel », chez la femme, c'est la « vérité objective de la nature ». Chez l'homme, le sens spirituel s'illumine et, chez la femme, c'est le sens matériel qui en fait de même. Tous deux sont restés occultes au plus profond de l'être à cause des impératifs déterminés par le sexe et par la nature. Ce n'est pas par l'image de l'animus ou de l'anima que nous entrons en relation avec le sexe opposé, mais par la base de notre être propre. Pour l'homme, le masculin ; pour la femme, le féminin, jusqu'au point d'arriver à l'image primitive libre, selon laquelle elle a été formée.

En simplifiant, l'homme se spiritualise en devenant matière – principe spirituel, sagesse ancienne – ; et la femme devient matière spiritualisée. Tous deux possèdent, depuis les temps primitifs, une grande variété de manifestations « numineuses » ou « obscures » : parmi les premières, des sorciers, des mages, des chefs, etc. ; parmi les seconds, la mère, l'église, la déesse de la fécondité, etc. Ces figures archétypiques de l'inconscient sont appelés par Jung « personnalités mannes ».

La rencontre de l'homme avec ces archétypes entraîne un grave danger. Il pourrait s'identifier avec ces images numineuses et celles-ci, par mauvaise différenciation ou conscientisation, pourraient le posséder et le transformer en personne délirante. Ce fut le cas de Nietzsche avec Zarathoustra.

"La « manne » est – selon Jacobi – ce qui est doté d'une action extraordinaire. Être en sa possession signifie une action sur les autres, mais comporte le danger de ce que celui qui possède la « manne » devienne présomptueux et dominateur."

La conscientisation de ces archétypes détermine la première perception de l'individualité.

« La conscientisation des autres contenus archétypiques de la personnalité humaine signifie pour l'homme une seconde et véritable émancipation du père et pour la femme de la mère. »

Les forces activées en l'homme par la connaissance se trouvent alors à sa disposition, parce qu'elles se sont différenciées.

La formation de la personnalité, l'écoulement inconscient dans la conscience et la diminution de la force qui la conduit ont déterminé un état d'altération, de déséquilibre, qui tend à un nouvel équilibre plus satisfaisant, où auront disparu les inhibitions. Cet équilibre a été créé par l'inconscient en utilisant son activité instinctive et autonome.

Nous arrivons au soi-même, au « selbst » comme préfère l'appeler Jung. La psyché collective a été vaincue et les deux processus psychiques – conscient et inconscient – confrontés et unis en un point commun, comme résultat de la confrontation en question, déterminent le bout du chemin. Une fois intégré le « selbst » – point d'union des contraires –, l'homme est « complet ». Il devient un « tout entier ». Comme résultat, la conception de la vie apparaît transformée, modifiée par le transfert de l'ancien centre psychique. Il s'agit, enfin, d'articuler le processus avec la conscience, en essayant de le comprendre, de le vivre et surtout de le maintenir.

L'intégration ne signifie pas l'indifférence, ni la libération de toutes les peines, mais vivre le réel, posséder une plus grande clarté pour comprendre objectivement, se débarrasser de l'autocommisération, confronter les faits subjectifs et objectifs avec une sensibilité appropriée, reconnaître nos propres défauts et ceux des autres, donner à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, et vivre en appréciant le clair et l'obscur, l'utile et l'inutile. Les conflits forment partie de la vie. Là où l'homme les fuit, là où il refuse de les confronter, le fantasme de la maladie psychique est proche.

« La contention correspond à une décision morale, en ce que la répression est une tendance franchement immorale à se défaire des réalités désagréables.

La névrose est toujours un substitut de la souffrance légitime. L'individu sain, au milieu de ses peines, aime la joie simple de savoir qu'elles passeront – rien n'est permanent – ; le névrosé méconnaît l'espérance, il vit la joie avec un sentiment pesant qui l'accable, il se croit proche du précipice, il ne perçoit pas ce qui est, parce que sa réalité est mesquine, parce qu'il est attaché à son inconscient par les chaînes de sa névrose. S'il pleut, parce qu'il pleut, s'il fait beau, parce qu'il fait beau…

Certains prétendent vivre les gloires d'un passé qui n'a encore rien de parfait, pour eux il possède la vertu d'être débarrassé de la peur. Il ne faut pas avoir peur du passé. On ne l'expérimente que dans le présent ou l'avenir. Il y en a d'autres qui attribuent leur inertie actuelle à un passé dépressif et terrifiant. Au fond, tous auront en commun leur éloignement de la dimension réelle, leur délocalisation affective.

Conscient et inconscient se complètent dans le "selbst". Celui-ci est une dimension supérieure au "moi conscient." "Il est la totalité". »

« Le "moi" individualisé se perçoit comme "soi-même", comme objet supérieur et inconnu.

À peu près un tiers des cas ne souffrent pas de névrose déterminable cliniquement, mais de manque de sens et de raison de vivre. »

Nous estimons, pour notre part, que ces cas sont la majorité. Il suffit de se contempler et de contempler ceux qui nous entourent.

Cette comparaison est exprimée dans l'idée chrétienne du baptême. Par ce sacrement, l'homme s'extrait de son identité archaïque dans le monde en se convertissant en homme supérieur, spirituel, doté d'une fin déterminée. L'individuation tire l'homme du contexte archaïque en l'élevant au-dessus de ses limites spirituelles.

L'image archétypique du « selbst » est exprimée par ce qu'on appelle les « symboles de conjonction ». Ces symboles et archétypes sont porteurs de la fonction transcendante. Le symbole de conjonction apparaît quand l'intrapsychisme dans le cours de l'évolution spirituelle est expérimenté comme réel, effectif, et psychologiquement analogue à celle du monde extérieur.

Quand se présente le symbole, sous n'importe quelle forme, l'équilibre est établi. Une représentation symbolique fréquente qui remonte au paléolithique et qui est très connue en Orient est les cercles magiques appelés mandalas. Il n'est pas nécessaire qu'ils soient ronds – bien que ce soit le plus souvent le cas –, mais qu'ils soient symétriquement disposés par rapport à un centre.

Les mandalas sont des symboles religieux très anciens. Dans le yoga tantrique, ils sont utilisés comme instruments de contemplation.

Pour qu'un mandala soit valable, comme symbole du « selbst », il doit être symétrique, point très important. C'est un produit spontané, sans modèle ni aucune autre influence. La finalité des mandalas est de réunir des couleurs et des formes en une unité organique équilibrée.

Les mandalas peuvent se présenter à n'importe quelle étape de l'évolution psychique de l'individu.

« Dans le sens de la tendance à l'autoréalisation psychique, ils sont demandés par un désordre, comme facteurs compensateurs. Leur structure est mathématique. C'est la contre-figure de la protoordonnance de toute la psyché. »

En d'autres termes, leur figure n'exprime pas toujours de l'ordre, mais ils en produisent aussi. La contemplation méditative du mandala en Orient a pour finalité l'implantation de l'ordre psychique pour celui qui médite.

Les mandalas orientaux symbolisent le « Tao », la voie, le chemin central. Le Tao en question est, pour l'occidental, la réconciliation des contraires, le conscient et l'inconscient.

L'image se constitue autour du centre et a pour fin d'éviter le débordement de la personnalité vers l'extérieur. Le mandala se forme autour du centre mandalique : la « fleur d'or », afin d'éviter que l'intérêt soit attiré par ce qui est extérieur. Le mouvement circulaire symbolise la ségrégation des contenus de part et d'autre, la fixation et la concentration de ceux-ci au centre : les contenus sont attirés et repoussés de manière centripète et centrifuge.

Le Tao signifie beaucoup de choses. Pour Wilhelm : Dieu, le sens, le chemin, la méthode.

Selon Jung :

« Si nous concevons le "Tao" comme méthode ou chemin conscient qui réunit ce qui est séparé, alors, sans aucun doute, nous nous approchons du contenu psychologique du concept. »

Personnellement, nous considérons le « selbst » comme la totalité qui résulte de la synthèse déterminée par la transposition des contenus dans le processus dialectique entre le conscient et l'inconscient. Nous ajouterons finalement trois schémas mandaliques, dont l'un fut dessiné par un de nos patients et les deux autres par un dessinateur sous les directives d'un autre patient.

La totalité ou union des contraires se trouve symbolisée dans les images représentatives de la "conjunctio" ou par l'hermaphrodite. À ce propos, Jung souligne justement que l'androgynie du Christ est l' « unique » concession du christianisme au problème des contraires.

Dans Psychologie et alchimie, il affirme :

« Ce dont nous pouvons convenir aujourd'hui quant au symbole mandalique est qu'il représente un fait psychique autonome, caractérisé par une phénoménologie toujours répétée et universellement identique. Il apparaît comme une espèce de noyau atomique, dont nous ne savons rien de la structure la plus intime et de la signification ultime. »

Jung caractérise le centre comme « selbst » après avoir pesé soigneusement les données empiriques et historiques. Il propose deux interprétations sur leur signification, obtenues par la spéculation, afin de ne pas s'évader des limites empiriques, sans se prononcer sur aucune d'entre elles, ni exprimer laquelle il considère comme la plus probable.

La première, matérialiste, affirme que le centre n'est pas autre chose que le point où la psyché se rend inconnaissable, parce que, ici, se fondent le corps et la psyché ; la seconde, spiritualiste, affirme que le « selbst » n'est pas autre chose que l'esprit qui vivifie l'âme et le corps, surgissant dans le temps et dans l'espace.

« Les images de "but" qui possèdent une validité dogmatique sont celles qui se présentent à la conscience et montrent ainsi à l'inconscient une image reflétée où elle continue à se reconnaître et donc à s'articuler avec la conscience. »

Jung dit du symbole du mandala que son motif a toujours existé. Nous en concluons qu'il s'agit d'un type existant « a priori », d'un archétype inhérent à l'inconscient collectif et qui se soustrait à la sphère individuelle.

« Toute vie est, en dernière instance, la réalisation d'un tout, "selbst", et c'est la raison pour laquelle on peut la caractériser comme "individuation".

Par l'observation des parallèles historiques, on infère que les symboles de mandalas ne sont pas des curiosités ethniques, mais des "régularités". »

Le processus de transformation dans la psychologie de Jung est analogue aux « initiations » artificiellement créées à toutes les époques, sauf qu'autrefois on travaillait avec des symboles traditionnels et aujourd'hui avec des symboles spontanés.

Pour exemple, nous avons les voies de l'initiation religieuse comme les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola ou les formes bouddhiques et tantriques, chacune avec sa marque particulière d'espace, de temps et de culture.

Jung a recherché inlassablement des parallèles entre l'alchimie et la philosophie hermétique médiévale. La « fonction transcendante » – formation de symboles – est un objet fondamental de la philosophie du Moyen Âge et s'est exprimée dans le symbolisme alchimique. Simplement, par immaturité, elle n'est pas parvenue à se cristalliser en formulation psychologique.

L'alchimie s'exprime comme les contenus psychiques en langage figuré et allégorique. Elle cherche l' « or », mais pas l'or commun, l' « or philosophique » et elle le désigne de multiples manières : élixir de vie, teinture rouge, pierre philosophale, etc. L'Orient, pour sa part, poursuit la même quête, en appelant l'objet de sa recherche « corps de diamant », « fleur d'or », etc.

L'or apparaît collectivement comme l'image de l'esprit prisonnier des ténèbres. De la masse confuse, primitive, matière du processus alchimique, surgit de diverses manières – division, distillation, combinaison, etc. – la résurrection du corps.

L'alchimie n'est, en réalité, que la continuation médiévale de la gnose, un ensemble d'hérésies chrétiennes qui ont fleuri à l'époque des Pères de l'Église. Pour la gnose, sous n'importe laquelle de ses différentes formes, l'homme est une particule de lumière éternelle, immergée dans les recoins de la matière. Ensuite il sera racheté. Le christianisme apaise ces besoins, à travers le rachat par la Foi. L'alchimie cherchait aussi la Rédemption en réveillant l'âme universelle qui, selon elle, dormait dans la matière. Le yoga, quant à lui, parvient à la libération de l'âme dans le « nirvana » – où il n'y a plus de contraires –, non pas comme l'alchimie, par des processus chimiques, mais par des exercices physiques et psychiques.

« Au plan psychologique, l'image de Dieu est un complexe de représentations de nature archétypique et elle représente une certaine quantité de libido projetée. »

L'image paternelle a été le facteur à l'origine des principales religions existantes : le père terrible, l'Ancien Testament ; le père aimant, le Nouveau Testament. L'image maternelle et les représentations animales ou théomorphiques ont été des facteurs importants.

Les degrés du yoga sont déterminés et exigent de la force et de la concentration psychique. Le dernier degré suppose un homme libéré des objets et correspond à la naissance de Bouddha : symbole de l'existence spirituelle éternelle. Jung dit, dans Le secret de la fleur d'or, que sa psychologie est expérimentale, réelle, compréhensive. C'est une réalité globale et, pour cela, une réalité vivante.

Cette aventure spirituelle de la quête du soi-même est l'un des objectifs des yogis, dans leur recherche de la libération.

Il est extraordinairement difficile ou impossible pour un occidental d'utiliser ces méthodes qui exigent de se couper de la vie. De plus, laisser de côté les conquêtes scientifiques de l'Occident équivaut, pour nous, dit Jung, à scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Le même Jung a décrit une méthode permettant aux Occidentaux d'atteindre le centre intérieur et d'établir un contact avec le mystère vivant de l'inconscient, par eux-mêmes et sans l'aide de quiconque. En réalité, Jung l'utilisa sur lui-même. Comme le dit justement Sarró, ce fut l'"édition princeps" de ses études psychologiques. Cette méthode demande de consacrer au soi-même une attention constante, sans laisser de côté les obligations quotidiennes. C'est un peu comme essayer de vivre à deux niveaux différents. Effectuer ses tâches journalières, mais rester à l'affût des indices, des rêves et des réussites extérieures – principe de synchronicité –, pour symboliser ses intentions et la direction du cours de la vie. Jung l'appelle "attention active". Le moment venu, il faut laisser parler l'inconscient sans en craindre les conséquences.

« Il y a deux raisons principales pour lesquelles l'homme perd contact avec le centre régulateur de son âme. L'une d'elles est qu'une tendance instinctive particulière unique ou une image émotive peut l'amener à une unilatéralité qui lui fasse perdre l'équilibre. C'est ce qui se passe avec les animaux. Par exemple, un cerf sexuellement excité oubliera complètement sa faim et sa sécurité. Cette unilatéralité ou perte d'équilibre était particulièrement crainte des peuples primitifs qui l'appelaient "perte de l'âme". Une autre menace vient de l'habitude excessive de dormir debout qui, sous forme secrète, tourne précisément autour de complexes déterminés. En réalité, le fait de dormir debout vient précisément de ce qu'il met en contact une personne avec ses complexes ; en même temps, il menace la concentration et la continuité de la conscience.

Le second obstacle est exactement l'opposé et il se doit à une consolidation excessive de la conscience du "moi". Bien qu'une conscience disciplinée soit nécessaire pour la réalisation d'activités civilisées – nous savons ce qui se produit si un garde-fou se laisse emporter par le rêve éveillé –, cela comporte le désavantage grave de pouvoir bloquer la réception d'impulsions et de messages qui proviennent du centre. »

Dès lors, l'approche au Soi ne manque pas d'inconvénients et peut revenir à porter une charge bien lourde. Aux patients qui ont besoin de cette approche, nous exprimons en toute clarté qu'il s'agit d'un travail difficile, coûteux et prolongé, dont les résultats sont incertains pendant longtemps. De plus, au contraire d'une intervention chirurgicale où on prête son corps pour que les chirurgiens effectuent l'opération dans la salle prévue à cet effet sans avoir à intervenir, ici, il doit participer de toute son âme au travail qui sera essentiellement le sien. L'analyste agira, seul, comme un guide et uniquement dans les moments de crise où se produisent généralement les symbolisations, il l'aidera à porter sa croix, comme Simon de Cyrène le fit avec Jésus.

« Saint Christophe, patron des voyageurs, est un symbole approprié de cette expérience. Selon la légende, il ressentait de l'orgueil pour sa grande force physique et il était seulement prêt à servir le plus puissant. Tout d'abord, il servit un roi, mais quand il vit que ce roi avait peur du diable, il l'abandonna pour servir le diable. Ensuite, il découvrit un jour que le diable avait peur du crucifix et, de cette manière, il décida de servir le Christ pour peu qu'il puisse le rencontrer. Il suivit le conseil d'un prêtre qui lui dit d'attendre le Christ sur un gué. Dans les années qui suivirent, il rencontra beaucoup de gens d'un rivage à l'autre. Mais, dans une sombre nuit de tourmente, un petit enfant l'appela en lui disant qu'il voulait traverser la rivière. Avec une grande facilité, il prit l'enfant et le mit sur ses épaules. Il marcha plus doucement à chaque pas, parce que cette charge devenait de plus en plus pesante. Quand il arriva à la moitié de la rivière, "il eut le sentiment de transporter tout l'univers". Il se rendit compte qu'il transportait le Christ sur ses épaules et le Christ lui pardonna ses péchés et lui donna la vie éternelle. Cet enfant miraculeux est un symbole du Soi qui, littéralement, "déprime" l'être humain commun, même si c'est la seule chose qui ait le pouvoir de le racheter. »

Le Soi possède une caractéristique sociale, en montrant une tendance à produire de petits groupes de cinq à dix personnes et en créant entre celles-ci des liens sentimentaux nettement définis et des sentiments de relation avec tout le monde. On peut avoir l'assurance que, dans ces petits groupes, il n'y aura pas d'infidélités, ni de trahisons, ni d'envies, ni de jalousies, et que toutes les forces des projections négatives ne rompront pas leur unité.

On parvient à ce résultat après une étape d'individualité et de solitude. C'est ce qu'observait Toynbee – l'historien anglais qui fut si marqué par les idées jungiennes – chez tous les grands de l'histoire qui influencèrent ensuite son évolution. Il appela ce phénomène "retraite et retour".

Doctora E. Graciela PIOTON-CIMETTI



L'estime de soi est à l'honneur en France depuis un ouvrage paru récemment de deux psychiatres, Christophe André et François Lelord « L'estime de soi ». L'estime de soi peut paraître un concept mystérieux pour nombre d'entre nous plus friands de mots plus attirants, plus matérialisables, voire une notion philosophique ancienne, donc obsolète ou encore une relique d'une morale à apprendre dans un livre d'histoire. Pourtant il contient en un mot ce qui différencie une personne qui réussit dans la vie d'une autre qui s'épuise inexorablement psychiquement, puis physiquement dans une répétition d'échecs parsemés de zones claires qui ne peuvent masquer un tableau globalement négatif.

Ces deux auteurs font reposer l'estime de soi sur trois piliers :

  • l'amour de soi ;
  • la vision de soi ;
  • la confiance en soi.

    L'amour de soi naît et puise sa force dans une bonne image de soi acquise dans l'enfance. Bien sûr, les parents et l'entourage ont un rôle primordial dans ce processus psychique. Quand les parents renvoient à l'enfant une image positive baignée d'amour de lui-même, celui-ci va pouvoir intégrer cette image qui servira à la fois de support pour élaborer et réaliser des projets et de moyen de défense face aux attaques négatives ultérieures.

    Par exemple, l'épreuve de l'échec, inhérente à toute expérience humaine adulte, un contretemps imprévu dans la réalisation d'une action peuvent ruiner l'effort effectué depuis longtemps, dans une spirale négative destructrice, alors que la temporisation d'un jour meilleur aurait permis de surfer à nouveau sur la vague du succès. L'amour de soi ne se mesurerait-il pas à notre capacité de frustration face à l'adversité, notre capacité à retenir le plaisir afin de le faire accoucher naturellement plus tard.

    Combien notre vision de soi est biaisée par d'innombrables prismes déformants que nous ne reconnaissons pas ou que nous ne voulons pas reconnaître comme tels ? Que Freud le théorise derrière le concept de projection ou Jung revisite le concept de l'ombre, il s'agit du refus de reconnaître cette part sombre de nous-même en la déplaçant sur l'autre ou en canalisant l'énergie négative qu'elle suscite sur un objet extérieur. Parfois cette énergie peut également être retournée contre soi dans une modalité masochiste de recherche de punition.

    Comment pourrions-nous nous voir nous-mêmes alors que nous sommes toujours aux commandes de nos actions ou de nos pensées ? Jung pensait avec raison que nous avons besoin de l'autre pour nous connaître nous-mêmes. Si son intention était de montrer la nécessité de l'analyse, cette exigence peut être étendu aux personnes proches avec lesquelles nous établissons des relations régulières, en famille, au travail,…

    Mais en complément de l'analyse du regard et des jugements que les autres portent sur nous, il est également possible d'être le témoin objectif de soi-même, à partir d'un travail d'introspection. La plus grande difficulté est d'atteindre l'objectivité. Elle ne peut s'acquérir que par une honnêteté intellectuelle et affective sans faille fondée sur l'ouverture de la pensée à la nouveauté et la recherche perpétuelle d'une dynamique mentale. Le pire ennemi est l'habitude, la paresse qui conduisent inexorablement à la répétition.

    Quelle surprise agréable de constater ou plutôt reconnaître que nous sommes différents de l'image que nous avons de nous-mêmes ? Il suffit alors d'une parole bien envoyée et bien reçue pour que le doute s'installe dans nos préjugés et nous ouvre le champ d'une nouvelle vision de nous. Il suffit ensuite d'un travail de volonté pour en tirer toutes les conséquences et avancer encore plus. Mais pouvons-nous construire sans volonté ?

    Une bonne vision de soi permet de construire une image positive de soi, en reconnaissant nos limites, nos qualités et nos défauts. Nous ne pouvons donner et faire à partir de ce que nous avons, de ce que nous sommes.

    La confiance en soi se construit dans l'action et dans une bonne analyse objective de ce que nous construisons. Elle s'appuie sur l'amour de soi et une bonne vision de soi. La confiance en soi nous donne cette impression sécurisante et mobilisatrice d'énergie qui nous permet d'entreprendre des projets plus ambitieux.

    L'estime de soi n'est pas une donnée a priori, une qualité innée, mais acquise au prix d'un travail permanent sur nous-mêmes. Certains le font avec brio inconsciemment, d'autres, parfois blessés par la vie, ont besoin d'une aide extérieure. De toute manière, ils doivent compter sur leur propre volonté pour acquérir cette force si fondamentale pour réussir dans la vie, l'estime de soi. Et plus une force positive rayonne, plus elle attire d'autres énergies positives.

    À chacun de comprendre où il se situe dans cette démarche d'acquisition de l'estime de soi !

  • Hervé Bernard



    Tout un programme. Mais qu'est ce que « l'estime » ? Comment en établir les contours ? D'où vient que je me sente portée à dire de telle personne « je l'aime » tandis que de telle autre je serais tentée de dire « je l'estime » ? N'y aurait-il pas de ce fait dans « l'estime » une connotation plus dépourvue d'affect ?

    Quelque part mon « je t'aime » (expression qui, dirigée vers moi, se muerait en un « je m'aime ») peut sous-tendre une partie d'irrationnel, comme si son origine était, au moins partiellement, dénuée de fondement, alors que le « je t'estime », ne serait-ce qu'intuitivement, me donne l'effet d'être plus rationnel. L'estime me semble un sentiment construit, élaboré, structuré à partir d'indices, de comportements, de faits. Une analyse simpliste me fait trouver à l'estime ce côté peut-être plus rassurant et auréolé de respect, que l'amour ne requiert pas avec autant de rigueur.

    L'estime est ce que je vais éprouver à l'égard d'un aîné, d'un maître ou encore d'un pionnier. Elle restera attachée à un acte de bravoure, à un geste de dévouement, aux agissements « d'hommes d'honneur ». Elle est empreinte de distance respectueuse autant que gage d'une marque de confiance.

    De quel droit m'autoriserais-je à porter envers moi ce sentiment qui me paraît digne d'êtres d'exception ou dont les comportements seraient qualifiables de tels ? Peut-être ai-je placé trop haut le concept d'estime pour me sentir dépositaire d'une once de celle-ci. Les personnes auxquelles je crois être apparentée – bien qu'il faille, en règle générale, se défier et se garder de toute comparaison – n'ont pas, à mes yeux en tout cas, de mérite qui justifierait que je leur voue une quelconque estime. Comment parviendrai-je dès lors à m'estimer moi-même ! Je trouve presque plus facile d'aimer que d'estimer ! Probablement est-ce dû au fait que l'estime n'a pas été galvaudée autant que ne fut l'aimer. L'amour dans sa richesse et sa palette de nuances, autorise parfois à s'affranchir des exigences rigoureuses d'une estime !

    Il n'est pas indispensable d'estimer pour aimer, exception faite d'une quête d'amour en réciprocité. Alors, comment puis-je être objet digne d'amour pour moi-même, si je n'accède pas à ma propre estime ? Si je ne parviens pas à envisager d'être aimée de moi-même, comment accepterai-je l'idée qu'autrui puisse m'aimer ?

    Est-ce donc ma trop haute définition de l'estime qui m'en éloigne l'appropriation ?

    Pourquoi, là où tant d'autres nantis d'un Ego sur gonflé – voire usurpé – semblent dépourvus de tout complexe, dois-je en toute objectivité apporter à mes réticences intérieures mille et une preuves d'un semblant de mérite ? De quelle obscure modestie ou perception faussée de moi-même me vient cette difficulté à me trouver quelque valeur qui pourrait en « justifier » l'emploi à mes yeux ? Justifier : encore et toujours ! Tiens, je pourrais enfin trouver, que par le courage dont j'ai maintes fois fait montre, je « prétende » à. Et, zou, « rebelote », « Prétendre » : en voilà un bien joli mot d'usurpateur, comme si j'avais besoin de cela pour douter plus encore !

    Si l'estime qu'autrui se portant à lui-même, venant à me paraître, à y bien réfléchir, pas aussi arbitrairement usurpée que je le craignis avant d'y avoir mieux songé, pourquoi diable celle que je devrais éprouver envers moi-même m'est-elle si douloureuse à accepter ? À quoi dois-je l'obligation d'atteindre à « l'inestimable » pour commencer à m'auto-estimer ? L'échelle de critères de méritocratie ne devrait-elle pas souffrir moins de distorsions entre l'indulgence liée à celle dont les autres bénéficient, malgré tout ce que j'ai pu en dire, et celle dont je m'astreins à gravir les redoutables degrés ? Est-ce un travers d'une éducation qui privilégiait l'humilité, au péché par excès contraire ?

    Ne nous leurrons point, c'est bien d'orgueil dont il est question derrière la feinte modestie qui me fait préférer l'esquive plutôt que l'assimilation à ceux qui se targuent et se parent de qualités quand ils se révèlent dans la durée n'être que faussaires, menteurs, finalement peu enviables. Mais où puiser force de tolérance et acceptation authentique et me libérer de l'astreinte de cette quête de perfection, afin d'atteindre à une tangible confiance en moi ?

    Dans un magazine, je viens justement de lire que l'élaboration de l'estime de soi intervenait dans une période dite « d'adolescence tardive ». En cette époque de ma vie, la disparition prématurée de maman m'ayant déjà salement éprouvée, il ne me fut pas permis de développer alors cette assurance avec naturel et plus de simplicité.

    Comme, a posteriori, j'envie ceux à qui le doute d'eux-mêmes fut épargné ! Ils ne connaissent pas leur chance infinie de s'être construits en échappant aux questionnements incessants qui les harcèleraient au moindre trouble ou vécu mâtiné d'un sentiment échec. Bienheureux ceux qui échappèrent au sentiment de culpabilité et de responsabilité dans leur perception des événements. Oui, car moi qui me fais fort de ne pas jalouser autrui en règle générale, j'avoue que s'il m'avait été donné le choix de me construire plus jeune sans être obligée d'en passer par un cheminement d'autant plus douloureux qu'il fut tardif, en particulier à cause des conséquences dont, de ce fait, je ne fus pas seule à souffrir, je l'eus préféré sans conteste.

    Car l'estime de soi autorise à s'affranchir de doutes et d'états d'âmes pour avancer dans l'existence avec la confiance qui prélude à de vrais choix de vie. De ceux qui nous la font aimer, puisque nous nous aimons nous-mêmes.

    Elisabeth Courbarien



    Le deuil est vécu comme une perte, un manque, un vide, un abandon, une injustice Il provoque des émotions intenses… Et, selon la sensibilité et la personnalité de chacun, il est ressenti d'une façon particulière.

    Faire son deuil est un véritable travail qui demande de la patience, de la volonté, de l'énergie, de la persévérance, ainsi qu'une aide extérieure. Dans ce travail, il y a plusieurs étapes à franchir pour enfin pouvoir se replonger dans la vie et l'apprécier à nouveau.

    Il est important de travailler chaque étape, dans l'ordre cité ci-dessous, et de ne passer de l'une à l'autre que lorsque le travail est réalisé avec ses dimensions de compréhension et d'acceptation.

    Première étape : accepter la perte

    Accepter une perte, c'est voir la réalité telle qu'elle est, sans espérer le retour de l'objet perdu. Le travail consiste à enlever les blocages qui nous voilent la situation de perte. Il faut lutter contre la dénégation.

    Deuxième étape : exprimer les douleurs engendrées par la perte

    Les douleurs physiques et morales, l'agressivité, la révolte, la culpabilité doivent se manifester par la parole et rencontrer une écoute bienveillante. Toutes ces réactions sont normales. La personne endeuillée doit exprimer son chagrin, ses sentiments.

    Elle doit parler pour se vider de ce mal-être. Il faut comprendre qu'à ce stade il n'y a pas de coupable, de responsable à chercher, car il n'y a pas eu d' erreur commise seules les circonstances sont en cause.

    Le but est d'arriver à faire émerger et à ressentir pleinement les sentiments, les souvenirs concernant l'objet perdu. Il faut réussir à affronter la douleur, l'expérimenter au plus vite pour l'intégrer à son moi intérieur. C'est alors qu'elle va s'estomper au lieu de revenir ponctuellement à l'ordre du jour pour nous faire violence si nous la laissons vivre et grandir avec son intensité de départ. La douleur ne doit pas, par sa force active, revenir plus tard pour nous détruire sous la forme d'un symptôme, d'une maladie.

    Troisième étape : s'adapter à son environnement, sans l'objet perdu

    Quand la perte est intégrée, les chagrins et les douleurs désamorcés, un travail d'adaptation à une nouvelle vie peut commencer. À partir du moment où les étapes du deuil se déroulent normalement, l'objet perdu reprend sa véritable place avec ses aspects positifs et négatifs : il n'est plus sur un piédestal en tant qu'objet idéalisé.

    Il faut laisser parler la personne endeuillée sur ce que signifie pour elle cette adaptation. Il est nécessaire qu'elle puisse exprimer ses angoisses, ses craintes, ses sentiments sur sa nouvelle vie. L'écoute de l'autre est encore ici primordiale.

    Quatrième étape établir une nouvelle relation avec l'objet perdu

    L'objet perdu ne doit pas être oublié, car nier sa propre tristesse empêche toute cicatrisation. Dans son cœur, la personne endeuillée doit réussir à lui faire une place, mais celle-ci ne doit pas occuper tout l'espace. L'être perdu ne doit plus capter toute l'attention et toutes les pensées, car maintenant, il faut mobiliser 1'énergie dans les différents autres domaines de la vie. La priorité est de réapprendre à aimer la vie, les gens, à affronter à nouveau les événements quotidiens, s'autoriser à se faire plaisir, à sortir, à rire, à vivre, à se faire des relations…

    Cette ultime étape est dépassée quand la personne endeuillée peut évoquer l'objet perdu d'une manière sereine, c'est-à-dire sans éprouver des douleurs intenses. Mais, bien sûr, il restera tout au long de sa vie quelque chose de cette douleur, une cicatrice.

    Le travail de deuil prend fin dès que les 4 étapes ont été parfaitement comprises, travaillées puis dépassées. La personne endeuillée est alors à nouveau capable de se sentir bien dans la vie, de faire face aux problèmes et événements quotidiens, et d'éprouver une tristesse maîtrisée, contenue.

    Après une perte, l'être humain est toujours différent. La souffrance de la perte nous a fait changer mais également grandir spirituellement. Maintenant, l'être perdu peut devenir une source d'énergie et de vitalité pour continuer à vivre.

    Chantal Godard



    Les rives sont la chance du fleuve
    Puisque, l'enserrant,
    Elles l'empêchent de devenir marécage.
    (Jacques de Bourbon-Busset)

    Confier de jeunes délinquants à des militaires, quelle hérésie ! c'est contraire au sens commun ! oui, mais voilà, ça marche et non seulement ça marche mais c'est certainement une des meilleures solutions pour assurer la réinsertion de jeunes paumés.

    Arrivés à la moitié de leur peine (sauf exceptions qu'il serait trop long d'expliquer dans le cadre de cet article) les délinquants deviennent « conditionnables », c'est à dire que s'ils peuvent justifier d'un emploi et d'un logement, le juge de l'application des peines ("JAP"), au vu de leur dossier peut leur accorder une sortie anticipée de la prison sous réserve de rester sous sa tutelle, pendant le reste de leur peine.

    Ce que "JET" (Jeunes en Equipes de Travail) propose, c'est de prendre, en accord avec le "JAP", de jeunes adultes en stages de trois ou quatre mois dans l'un de ses trois centres, pourvu qu'ils soient « conditionnables » au moment où ils finiront leur stage. "JET" leur trouve alors des points de chute et des emplois ou des stages de qualification qui permettent au juge de l'application des peines de leur accorder cette liberté anticipée tant convoitée.

    Pas question de briser la volonté et de transformer les hommes en carpettes comme on peut le voir dans des films américains sur les camps dits de « rééducation ». Bien au contraire, le but est de rendre les garçons responsables, de leur faire prendre en mains leur sort et leur avenir. Ce n'est pas mince affaire car la population intéressée par ces stages est constituée principalement de garçons qui n'ont connu que l'échec dans leur vie, échec scolaire, échec professionnel, avenir bouché, pas de qualifications, analphabétisme quasi total. Estime de soi remplacée par les seuls ersatz que l'on puisse trouver dans les banlieues déshéritées : la « frime » et la violence. Et sous cette carapace prétentieuse et menaçante, un pauvre petit être falot qui a peur de tout.

    Le premier avantage certain et évident, c'est de soustraire le plus tôt possible le jeune délinquant à l'ambiance perverse de la prison pour le transposer dans un lieu ouvert et en plein air.

    ***

    Je suis arrivé à JET sans trop savoir de quoi il s'agissait. Le conseiller d'insertion m'avait dit que c'était bon pour moi. Alors j'ai dit : « Y a qu'à ! ». Mais, il était pas content, le conseiller : « Y a qu'à ! Y a qu'à !… Tu dois être volontaire, il faut signer ». « O.K., j'ai dit, Y a qu'à signer ! ». J'aurais été idiot de refuser : Je sortais plus tôt que prévu de l'enfer, j'allais passer le permis de conduire, faire du sport, qu'il disait. »

    J'ai déchanté en arrivant à Agnetz. D'accord, on était en pleine campagne, dans la forêt, c'était joli, mais les militaires, ils nous ont fait peur. Garde à vous, inspection par l'Amiral…et tout et tout… J'ai pas bien entendu ce que disait le lieutenant, mais je sais qu'il a dit « discipline » au moins 4 fois dans son discours. J'ai aussi entendu « travail ». Il sont fous ces mecs ! On a bien bouffé, ça, ça changeait avec la prison, c'était déjà ça ! Mais le lendemain, ils auraient pu nous laisser nous reposer, c'est fatigant de changer de domicile. Eh bien non, lever à 6 heures et demie, et course à pied avec un sous-off devant nous. Ils vont nous crever, c'est pas possible !

    Les quinze premiers jours ont été terribles, ils nous menaient comme au bagne, travail, sport, chantiers extérieurs, et pendant ce temps, pas de télé. Ils m'ont même supprimé la « fiole ». C'est vrai que j'en ai plus besoin. Depuis que je suis arrivé, je dors comme jamais j'ai dormi. Le soir on est fatigué. Le premier jour, on faisait les marioles, mais au bout de 2 ou 3 jours, on dort déjà avant que la tête soit arrivée sur l'oreiller.

    Et puis, peu à peu, je me suis mis à être content de courir le matin à 6 heures et demie. Je me sentais en forme et heureux d'être en forme. Je n'étais plus en manque de hash. Le sergent qui dirige notre équipe, il avait l'air d'une brute, avec son béret trop petit sur son crâne rasé, mais il est toujours là à côté de nous, il fait tout avec nous, comme nous et puis, finalement, il est sympa. Il est juste. Avec lui, on transige pas, mais il est réglo et toujours prêt à nous expliquer et à nous donner un coup de main. On peut lui parler, il ne répond pas en nous traitant de voyou comme les autres adultes. Je comprends pas pourquoi il est là, je lui ai demandé s`il était puni. Il a rigolé, non, il était même volontaire pour venir :

    « Vous savez, qu'il m'a répondu, (quand, c'est la première fois qu'on te tutoie pas, ça te fait vraiment bizarre !). Vous savez, ça ou le Kosovo.. ! ici, c'est plus fatigant, mais, c'est plus intéressant et c'est moins dangereux ».

    Il m'a dit qu'il avait deux petits garçons. Ils ont de la chance, ces gosses. Ça doit être bien d'avoir un père ! Celui là, finalement, il m'aurait plu. J'aurais peut-être pas fait tant de conneries !

    Ils nous font travailler à l'école. Oh ! pas grand chose, un jour sur 4, mais c'est fou ce que j'apprends. L'école, j'étais allergique, je pouvais pas supporter. J'aimais mieux la rue avec les copains. C'est là que je me suis mis aux « joints », et puis à « dealer ». Ils on fini par me prendre. Le Lieutenant et le Sergent, ils me font la morale : « il faut travailler honnêtement ». Pour le SMIC ? non mais il sont fous ces mecs, le SMIC, je l'ai avec 3 autoradios et quelques grammes de « chit ». Alors, je vais pas me casser la tête. Le sergent, il dit que si je veux retourner en prison, j'ai qu'à continuer comme ça. C'est vrai qu`en prison, j'en ai vu beaucoup des récidivistes. Le plus marrant, c'est que les récidivistes qui sont passés par JET, c'est ceux là qui font le plus de pub. Ils aimeraient bien y retourner. Peut-être, s'ils sont retombés, c'est qu'ils avaient pas eu un sergent comme le mien pour leur faire la morale

    On a droit à une permission au milieu du stage. Il faut qu'on aille préparer la sortie. J'ai rendez-vous avec un employeur. J'ai jamais fait ça, il faut que je me débrouille tout seul ! Le sergent m'a dit que c'était important pour moi de me débrouiller seul. Lui, pendant ce temps, il se la foule pas, il va chez lui. Sa permission, il va la passer les pieds dans des pantoufles. Tout compte fait, il l'a bien mérité, parce que se farcir une bande de salopards comme nous pendant 3 mois, c'est sûrement pas de la tarte ! Il dit toujours qu'on est comme des gamins. Des fois même comme des sales gosses, mais je sais qu'il nous aime bien !

    Vous connaissez le test de Cooper : On te fait courir pendant 12 minutes pile et on mesure la distance parcourue. Ils nous l'ont fait à l'arrivée et à la fin du stage. J'ai couru deux fois plus loin à la fin. Enfin, presque ! J'en reviens pas ! Et puis, à la sortie, l'Amiral est revenu nous dire au revoir. Il s'est arrêté devant moi. Je voyais rien que lui, plein de médailles, des dorures partout et plein d`étoiles sur les manches. Il m'a regardé dans les yeux, longtemps, il m'a serré la main à moi, il m'a souri à moi, il m'a donné mon diplôme à moi. C'est con ! j'étais tout ému, j'ai pas tout à fait compris ce qu'il m'a dit mais j'ai entendu le mot « confiance ». Je sais pas très bien si c'est lui qui a confiance en moi ou si c'est moi qui dois avoir confiance ou les deux. Et puis j'étais ému aussi parce que c'était la première fois que j'avais un diplôme. Oh ! je sais, sur le marché du travail, il ne vaut pas grand chose, ce diplôme, mais pour moi, il est précieux, c'est mon premier et je l'ai gagné tout seul, moi !

    Nordine

    ***

    À la fin d'un stage à Fort-Barraux, le lieutenant chef de stage a accompagné « ses petits » à la gare. Il a serré la main de chacun en lui souhaitant bonne chance. L'un d'eux lui a glissé un papier dans la main. Il l'a ouvert après le départ du train et a lu :

    « Merci, mon lieutenant, de m'avoir fait comprendre que j'étais pas bon à rien ! »

    Il n'y avait pas de signature…

    Paul Ruty



    Qu'y a-t-il de plus fascinant que le fait d'apprendre ? Qu'y a-t-il de plus exaltant que la possibilité de recevoir la connaissance dispensée par nos aînés, par les experts, par les sages ? Qu'y a-t-il de plus réconfortant que l'intégration de ce savoir en vue de le transmettre aux autres, de le partager avec eux ?

    Oui, mais… comment faire pour susciter cette joie d'apprendre à bien parler sa langue maternelle, à s'exprimer dans une ou plusieurs langues étrangères, à travailler aisément à l'école, à communiquer harmonieusement en famille, à jouer d'un instrument de musique, à chanter… ?

    De tous temps, les hommes ont essayé d'aider leurs semblables à acquérir plus de connaissances pour découvrir l'univers. Ils ont cherché à réaliser un programme éducatif susceptible de faire progresser l'humanité et cette préoccupation a hanté pendant longtemps aussi bien l'esprit des législateurs que celui des responsables de l'enseignement. À certaines périodes, au cours de l'histoire, la mise en place de diverses stratégies pédagogiques ont été sérieusement envisagées. Cependant, il faut se résoudre à constater que beaucoup d'entre elles furent, plus ou moins rapidement, vouées à l'oubli sinon à l'échec.

    De telles déconvenues se sont manifestées non pas par manque d'ingéniosité des maîtres comme il est devenu classique de l'affirmer, non plus que par absence d'adhésion des élèves comme d'aucuns le pensent. Il suffit pour s'en persuader de voir quels efforts ont été déployés depuis toujours par de grands pédagogues pour assurer l'enseignement de leurs disciples. Pourtant, leurs novations n'ont guère bénéficié d'une pérennité suffisante pour qu'elles puissent être généralisées.

    Tout laisse entendre que ces instructeurs hors pair furent dotés d'un charisme particulier leur permettant d'agir de façon telle que les enfants se trouvaient irrésistiblement entraînés dans une dynamique spécifique au cours de laquelle ils parvenaient à acquérir l'essentiel. Qui n'a pas eu, au cours de ses études, au moins un pédagogue avec lequel il a "accroché", ne fut-ce qu'un moment ? D'ailleurs, lorsqu'on se plonge dans les divers écrits se rapportant aux maîtres prestigieux, ce qui ressort immédiatement est bien leur manière de "faire" avec l'enfant. Par leur approche psychologique tout autant que pédagogique – l'un n'allant pas sans l'autre – ils ont éveillé son désir d'apprendre, grâce auquel le savoir des hommes s'est transmis à l'occasion de ces moments privilégiés.

    De tels maîtres existent certes encore à notre époque mais il faut bien avouer que notre société, en pleine mutation, traverse une crise très grave en matière d'enseignement. La pédagogie que l'on sait être l'art de "conduire l'enfant sur le chemin de la vie" est ainsi confrontée à des problèmes difficiles à résoudre et sans solutions immédiates.

    Bien des causes ont été incriminées telles : l'insuffisance du nombre des enseignants, l'inadaptation des bâtiments, les classes peu accueillantes et vétustes, la mauvaise communication des maîtres et des familles ; sans parler des leitmotivs classiques qui vont jusqu'à évoquer l'incompétence des instructeurs ou le mauvais vouloir des élèves bref, tout ce qui alimente régulièrement les critiques touchant au domaine de l'éducation.

    Les réformes ne manquent pas, il est vrai, et un ouvrage ne suffirait pas à contenir les "géniales propositions" des uns et des autres qui, de toutes manières, n'aboutissent à rien. Tout laisse croire que l'on s'amuse avec le bon public qui en réalité finit par ne plus s'intéresser à ces promesses vaines quant aux résultats. Mais notre propos n'est pas de nous étendre sur le passé – il n'est que de lire le chapitre traitant de la question dans Éducation et Dyslexie – non plus que de rapporter les fantaisies qui font la trame de l'actualité pédagogique. Celles-ci ont été l'objet d'un réquisitoire incisif de la part de Maschino dans son excellent ouvrage L'école, usine à chômeurs.

    Est-il cependant nécessaire de marquer une fois de plus notre étonnement face à un amoncellement inextricable de projets sans issue valable, d'essais tous aussi infructueux les uns que les autres, de décisions aberrantes de dernière heure mettant en évidence l'absence de connaissance en la matière de celui qui les a promulguées, fut-il ministre d'État à l'Éducation nationale ? Et ce d'autant plus que tous ceux qui se sont engagés dans cette voie se trouvent enfermés dans un huis clos, véritable labyrinthe d'où personne ne sort.

    Une seule solution siège en partie haute. Elle se situe au niveau de l'écoute et par là, de la communication, de la transmission du message. Nous sommes on ne peut mieux placés pour connaître le bénéfice que chacun en récolterait – en cascade pourrions-nous dire –, s'il s'instituait une pédagogie de l'écoute en faveur non seulement de l'enfant mais aussi de l'adulte dont les besoins de communiquer sont aujourd'hui essentiels. Les enseignants certes pourraient en profiter mais aussi et surtout les élèves qui transformeraient par leur attitude écoutante la vie de leurs maîtres en assurant une participation totale à l'égard de l'enseignement prodigué.

    Il est vrai que les carences actuelles en matière d'éducation laissent à penser que les voies de transmission du savoir sont complètement obstruées. Les enseignants ont devant eux des oreilles sourdes et les élèves se trouvent face à des professeurs démotivés, découragés. Le courant ne passe plus. Comment faire alors pour rétablir le circuit ? Les incidents de parcours sont le plus souvent dus à des réticences provenant des instances supérieures de l'Éducation nationale. Les enseignants sont prêts à utiliser des outils pédagogiques efficaces qui ont déjà fait leurs preuves. Cependant, on constate un blocage au niveau des directeurs de lycée, des inspecteurs d'Académie, des chefs de service de l'Enseignement public.

    Mais tout espoir est loin d'être perdu puisque, de plus en plus, les écoles publiques en France s'équipent d'oreilles électroniques pour assurer un rendement scolaire de qualité. L'heure semble être venue de parler d'écoute en tant que vecteur de langage et de communication. Et qui plus est, le moment est arrivé d'envisager d'intervenir dès le départ de la scolarité c'est-à-dire la maternelle. En redressant les déficiences d'analyse des sons et, par conséquent, en structurant correctement les différents modules linguistiques, en supprimant les blocages psychologiques et en redonnant aux enfants défavorisés la joie d'apprendre, les équipes pédagogiques chargées d'éduquer les petits retrouvent le plaisir d'enseigner. Déjà, plusieurs écoles maternelles ont adopté nos techniques et les résultats sont très encourageants. Nous écouterons, dans ce bulletin, Gérard Fourneau nous parler de sa propre expérience à Chanteloup-les-Vignes.

    De nombreuses pistes s'ouvrent ainsi dans le domaine de l'enseignement public et dans celui de l'enseignement privé. Elles viendront renforcer les investigations faites au sein de notre réseau pour évaluer notre action en matière d'apprentissage. Plusieurs centaines de questionnaires ont été dépouillés par l'équipe de Paris, et l'étude statistique faite à partir de cette analyse sera présentée au cours d'un prochain séminaire dont le déroulement se fera autour du concept d'apprentissage inscrit dans le cour de chacun, enfant ou adulte en quête d'expérience.

    Notre société doit se donner les moyens de faire face à l'évolution scientifique et technique de cette fin de siècle et elle ne pourra assumer cette tâche qu'en éveillant dans chaque être humain le désir d'aller plus loin sur le chemin de la connaissance.

    L'action de notre groupe jouera un rôle important dans ce vaste programme éducatif. Puisse-t-elle permettre de marquer en lettres d'or la nécessité impérative de donner à tout être humain la possibilité d'APPRENDRE.

    Avril 1993 : éditorial
    Léna Tomatis



    « La fidélité »

    Il s'agit d'une version moderne de la princesse de Clèves ;
    La problématique chez tous les personnages est l'estime de soi.

    « Une affaire de goût »

    C'est un film du cinéma français bien réalisé ;
    J'y ai trouvé une bonne cohérence symbolique ;
    La clé pour accéder à la compréhension du film est l'estime de soi.
    par E. Graciela Pioton-Cimetti



    Rappelons que SOS Psychologue figure parmi les urgences de santé de cette mairie aussi bien que dans celles de la mairie du XVIe.

    Notre association était donc présente aux journées « portes ouvertes » de la mairie du XVIIe qui ont eu lieu les vendredi 12 et samedi 13 mai 2000. Elles se sont bien déroulées et je remercie la participation de mes collaborateurs qui ont su par leur savoir et leur présence répondre aux questions des visiteurs.

    Merci à M. Hervé Bernard, Mmes Agnès Courbarien et Chantal Godard.

    Si un commentaire doit être fait au sujet de l'assiduité et de l'intérêt de la fréquentation du stand, je dois insister sur la gêne qu'éprouvent, en général, les visiteurs à poser des questions ou à consulter la documentation psychologique.

    Nous pouvons dire que la réussite n'est que partielle et cela n'est dû qu'à la peur culturelle qui fait de toute consultation psychologique un aveu de folie.

    Notre bénévolat n'en est pas pour autant moins fort, car nous savions depuis le commencement que dans notre pays les préjugés sont à l'ordre du jour, mais pas dans la réalité.

    Pays trop cartésien ou peut être, dans un certain sens, sous-développé ?

    Merci à nos collaborateurs, une fois de plus !

    par E. Graciela Pioton-Cimetti



    Jacques BERNARD
    Résidence Les Miraflores
    4 rue du Bosquet
    06110 Le Cannet
    TéIéphone : 04 93 68 62 66

    La note de S.O.S. PSYCHOLOGUE du 25/3 engage à un échange pour une sorte de Courrier des Lecteurs. Celui-ci peut apporter des exemples concrets d'actions réussies dans la vie courante par une approche plus familière de la science de la psychologie, complexe pour un néophyte.

    Ainsi des situations vécues, présentées simplement, peuvent contribuer à dépasser le stade d'un constat subi des imperfections et des pièges de la société, et constituer un soutien amélioré à la portée de ceux qui en ont besoin. C'est un appui à la foi pour les volontés défaillantes et pour les hésitants pour passer à l'action par l'exemple.

    Aider à voir la vie belle pour qu'elle le soit.

    Un lecteur profane.