NUMÉRO 73 REVUE MENSUELLE DÉCEMBRE 2001

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
 
Bernard, Hervé Les somatisations
 
Cohen, Rut Diana Tos y sonrisa
 
Giosa, Alejandro Las somatizaciones
 
Health I. G. News Qu'est-ce que l'anthrax ? Rinitis alérgica en asma: ARIA
 
Ruty, Paul Plein le dos !


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Les somatisations sont un concept clé de la médecine psychosomatique, qui attribue un rôle prépondérant aux processus psychologiques dans l'expression d'une pathologie. Cette idée est largement passée dans le langage de l'homme de la rue pour souligner qu'un trouble physique, une douleur, une paralysie ou un dysfonctionnement, a presque exclusivement une origine psychologique.

Si différents modèles se sont développés et ont été confrontés à l'expérience pour tenter d'établir ce qui était du côté d'un modèle théorique pertinent, par rapport au domaine du fantasme et du préjugé, et, ainsi, enrichir les connaissances de la médecine et de la psychologie, tentons d'emprunter cette idée au cœur de la médecine psychosomatique pour l'appliquer dans notre vie quotidienne !

Notre espace psychique est le champ de forces certes puissantes, mais qui obéissent à des lois, comme les corps dans l'espace physique suivent inexorablement les lois de la mécanique, et de la physique en général. La particularité de ces forces est qu'elles sont invisibles et en grande partie inconscientes, ce qui garantit un certain équilibre au niveau de notre conscience et un relatif bien-être au niveau de notre vécu.

En quoi l'idée de somatisation peut nous aider dans notre vie au quotidien ?

Nous avons tous appris et intégré comme une donnée indiscutable et universelle, que, lorsque nous ressentons une douleur physique, c'est que notre corps est en danger ou attaqué dans son intégrité. Nous ressentons une douleur quand nous sommes malades et que notre corps a besoin de repos et de soins appropriés. A tel point que nombre de personnes vont voir le médecin à la moindre alerte somatique, tandis que d'autres attendent une étape plus avancée dans le processus psychologique.

S'il n'est pas possible d'établir de lois universelles, c'est parce que chacun possède une constitution plus ou moins solide et a appris à établir toute une cartographie plus ou moins explicite où il situe une frontière entre bonne santé et maladie, en relation avec les points forts et les points faibles de sa constitution, et à la lumière de sa propre expérience, et aussi parfois à partir de ces lectures. Nous finissons ainsi par faire la différence entre une fatigue passagère et une baisse plus forte d'énergie annonciatrice d'une grippe.

De même, pourquoi ne pouvons nous pas envisager nos maux physiques comme des messages nous annonçant que quelque chose fonctionne mal au niveau psychique, et qu'en fonction des caractéristiques du message, sa force, son caractère de répétition ou de singularité, sa persistance, il signale un malaise intérieur passager ou une difficulté plus profonde liée à notre équation interne ou à notre environnement social ?

Selon cette perspective s'ouvre tout un champ d'expérience et de connaissance où chaque repère va jalonner une nouvelle frontière entre santé psychique et psychopathologie au sens large.

La psychanalyse nous enseigne que la forme du message contient les éléments qui vont nous permettre de le décrypter, alors qu'une approche directe sans aucun travail psychique nous fait apparaître telle douleur comme sans aucun lien avec le reste de notre existence. La force de la psychanalyse, c'est qu'au delà d'être une théorie de la psyché et une méthode thérapeutique utilisée depuis environ un siècle pour le traitement des névroses, ou tout au moins pour réduire leurs symptômes à un niveau acceptable, elle propose une méthode puissance d'investigation du fonctionnement de notre propre psychisme.

Même si nous ne suivons pas une psychothérapie psychanalytique, nous pouvons réaliser sur nous-mêmes un travail psychique propre à mieux connaître notre fonctionnement interne, dans ses ratés, ses ralentis, ses blocages, plus généralement dans ses dysfonctionnements.

Bien sûr, cet effort demande une certaine dose de volonté, de la rigueur et de la motivation, bien étayés par des satisfactions personnelles reconnues à leur juste valeur.

Pour nous exercer nous pouvons commencer par des messages « faibles », dont on sent bien qu'ils expriment une mauvaise appréciation de la réalité, certes temporaire, mais suffisamment forte et longue pour qu'elle nous impose un arrêt dans le cours de notre pensée ou de notre action.

D'où me vient cette fatigue dans les yeux, cette difficulté pour se concentrer sur le travail du moment, pour fixer son attention sur l'environnement immédiat ?

La psychanalyse nous apprend que la psyché fonctionne par symboles et associations d'idées, le choix des symboles et les modalités d'associations des pensées oscillant entre les deux pôles de l'universalité et le lien avec le quotidien, spécifique de la personne dans une unité de temps et d'espace.

Prenons un exemple courant !

Mes yeux qui me permettent habituellement de voir, s'évertuent à ne pas remplir leur fonction. Je vois trouble, ma vision est brouillée. Y aurait-il quelque chose que je ne veux pas voir ou qu'il est trop dangereux de voir pour mon équilibre ? Mon travail me fait-il oublier une action plus urgente, ma cécité passagère me signalant de déporter mon regard ailleurs ? La force du malaise renvoie-t-il à un message pertinent ou à de simples fantasmes que ma fatigue actuelle laisse passer au travers des frontières entre l'inconscient et la conscience ?

Mais qu'il est difficile, à ce moment, d'essayer de voir quelque chose d'autre qu'une simple fatigue physique qu'un repos ou une bonne nuit de sommeil balaieront à tout jamais !

De multiples autres exemples peuvent prendre possession plus ou moins longtemps d'une autre partie de notre corps. A chacun d'adapter l'exemple précédent et les questionnements qu'ils ont pu susciter à sa propre expérience !

Au delà de la résolution ponctuelle de ces messages somatiques, nous pouvons nous demander aussi si ce dialogue entre corps et esprit est simplement la résultante mécanique d'une certaine pression physique et sociale lié aux objets et personnes qui nous entourent ou qui nous habitent, ou bien s'il existe une pulsion interne qui nous pousse régulièrement à aller de l'avant, à dépasser notre conservatisme naturel, nos repères habituels.

Dans cette dernière hypothèse, quel objectif recherche cette force pulsionnelle, que veut-elle nous faire accomplir, quel part de programme de vie nous assigne-t-elle ?

Hervé Bernard



Source: Médecins consultants

Le carbunco ou l'anthrax (anthrax, en Anglais), une maladie qui affecte depuis longtemps les animaux d'exploitation agricole, a trois formes de contagion: cutanée, nasale et intestinale, et peut être transformée en une puissante arme biologique qui peut mettre fin à la vie de milliers de personnes. Il serait entre les mains des terroristes aux États-Unis.

L'infection cutanée par la bactérie, qui doit son nom en anglais au mot grec anthracis, qui signifie du charbon, provoque la formation de chancres noirs dans la peau, mais n'est pas spécialement dangereuse.La forme intestinale peut se produire après avoir ingéré de la viande contaminée et provoque une inflammation aiguë du tube digestif, des nausées, une perte de l'appétit, des vomissements, de la fièvre et des douleurs abdominales. La carbuncosis intestinale est mortelle entre 25 et 60 pour cent des cas.

La bactérie peut former des spores qui survivent dans la terre et elles sont avivés en trouvant un milieu chaud et humide, comme les tombes nasales humaines.Les spores peuvent se développer pendant des mois sans provoquer de symptômes. Au moment où apparaît la maladie, semblable à la grippe ou influenza, il est déjà trop tard pour sauver la vie de la victime, comme cela s'est produit avec Robert Stevens, qui est mort la semaine passée dans l'état de Floride. De fait, la carbuncosis pulmonaire est presque toujours mortelle.

Sans un traitement rapide avec des antibiotiques, plus de 80 pour cent des gens deviendraient malades après avoir inhaler les spores de carbunco.Les spores peuvent se disperser au moyen d'un avion de fumigation, un extincteur d'incendies modifié, à travers un appareil d'aérosol de fabrication faite à la maison, ou à travers une enveloppe par courrier. Selon des experts, ce qui est esporas de carbunco ne sont pas difficiles à obtenir.L'association des Médecins des États-Unis (AMA, en anglais) a dit qu'on croit qu'au moins 17 nations possèdent des programmes d'armes biologiques. L'Iraq a admis qu'elle produisait des armes à l'anthrax.Les États-Unis ont clôturé leur propre programme d'armes à bactéries de carbunco il y a des décennies.Une attaque avec cette bactérie ne pourrait pas être déterminée jusqu'à ce que les personnes commencent à être rendues malades, c'est ce qui arrive de manière tragique à Boca Ratón (Floride).

L'AMA a déclaré qu'un aérosol à l'anthrax serait inodore et invisible et aurait la possibilité de voyager sur de nombreux kilomètres, avant d'être dispersé. Les gens dans leurs maisons courent le même risque d'infection.En 1979, dans un laboratoire militaire de l'ex URSS, au moins 79 personnes ont été malades et 68 sont morts de la maladie. Cela s'est produit après une période de 2 à 43 jours après l'exposition aux spores de carbunco, comme selon l'AMA.Le carbunco n'est pas transmis de personne à personne, mais les spores sont tellement petites qu'il est impossible de déterminer si quelqu'un les a inhalées.Le Bureau d'évaluation des technologies du Congrès estime qu'entre 130.000 et trois millions de personnes pourraient mourir si quelqu'un libérait 100 kilos de spores de carbunco sur la ville de Washington.

Health I. G. News



Je rencontre toutes les semaines en prison deux garçons, tout à fait à l'opposé l'un de l'autre. René est très extraverti, souriant, heureux de vivre, se lançant avec enthousiasme dans le travail d'introspection que je l'ai aidé à entreprendre. Il est émerveillé par tout ce qu'il découvre en lui. Jamais rassasié, il en redemande sans cesse. Nous nous rencontrons depuis deux mois. J'aime beaucoup son esprit vif et sa soif de vérité.

Michel est très introverti, timide, dépressif ; il souffre à l'avance à la pensée de la lourde peine de prison qui, il le sait bien, l'attend, après qu'il sera passé en jugement aux Assises, d'ici quelques mois. Je le suis depuis plus d'un an et les rencontres avec lui sont très laborieuses. Il a peu à dire du poids énorme qui encombre sa conscience, ne répondant que par oui ou par non aux questions que je lui pose. Chaque fin de séance me retrouve épuisé et j'ai tendance, plus ou moins consciemment, à écourter ces séances quand je me sens à bout de salive. Michel est tellement lourd à porter !

Tous deux suivent des cours à l'école de la prison et un changement d'horaire de cours ne correspondant plus avec mes jours de visite m'a empêché de voir Michel deux semaines de suite. Michel et René sont dans la même division, dans des cellules voisines ; c'est-à-dire qu'ils se rencontrent en promenade et suivent quelques cours en commun. René a bien senti la détresse de Michel et son grand cœur l'a poussé à le prendre sous sa protection.

Je suis venu voir René un certain lundi. Toujours enthousiaste malgré la perspective de passer en jugement le lendemain ! Je lui ai donné un tee-shirt publicitaire à l'effigie du footballeur de l'équipe de France, Bixente Lizarazu, car il est basque comme lui et très fier de l'être. Il était heureux comme tout. Je n'ai pas pu voir Michel qui était en cours ce jour-là.

Le lendemain mardi, je viens voir Michel. Je le trouve un peu agité, parlant plus que d'habitude. Il me dit avoir écrit une lettre qu'il me destinait, retraçant son enfance, mais qu'il l'a détruite la veille au soir. Je réalise que cette destruction correspond à un mouvement de jalousie. Et à une vengeance aussi, car la veille, j'ai vu René et pas lui, j'ai offert un tee-shirt à René et pas à lui. Je réalise que pour Michel, René est très impressionnant avec sa force vitale, sa bonne humeur et son air de réussir dans tout ce qu'il entreprend. René est gentil, trop gentil. Bien sûr, Paul le préfère, ça crève les yeux, c'est son chouchou !

Il y a aussi chez lui, la haine qui gronde contre son épouse. Elle profite de son incarcération pour tenter de le léser dans la procédure de divorce et monter les enfants contre lui. Il se sent abandonné. Voilà bien six mois qu'il n'a pas vu ses fils.

Ce jour-là, René est passé devant le tribunal. Je reviens donc le voir le jeudi, car je sais que ces périodes qui entourent l'épreuve du tribunal sont très difficiles à vivre. René a pris 5 ans.

Il m'apprend que Michel a fait une tentative de suicide dans la nuit qui a suivi ma visite.

J'ai ressenti une légère douleur au niveau des reins en me couchant ce soir-là. Rien de bien méchant, cela m'arrive de temps en temps et passe, parfois en quelques jours, sinon en quelques heures. Mais le lendemain, la douleur est toujours là, insistante, mais à peine plus vive. Michel est à l'hôpital pénitentiaire en soins intensifs et je n'ai pas le droit de le voir. Je sais seulement qu'il est encore vivant. Impossible de lui rendre visite tant qu'il est aux soins intensifs, ni le samedi, ni encore le dimanche.

Le dimanche, la douleur s'est accentuée, j'ai une barre incandescente au niveau des reins, mes jambes sont en flanelle. Le lundi, je me traîne avec peine à l'hôpital pénitentiaire pensant voir René, mais il vient d'en sortir. Il est retourné dans sa cellule. Il est donc sauvé ! Mais il me faut revenir le mardi pour le rencontrer. Je ne peux plus marcher sans une canne ; la demi-heure de voiture pour aller à la prison puis pour en revenir est un vrai calvaire. Les soins du kiné sont sans effet. Mais, je peux enfin revoir René. Je comprends que son suicide, il le préparait depuis très longtemps, en cachant soigneusement dans sa cellule une partie des médicaments que le psychiatre lui avait prescrits et quelques autres « échangés » avec des camarades de détention. Il a avalé le mardi soir, de l'ordre d'une centaine de comprimés (exomyl, stillnox, sobitex) de quoi se rendre inconscient pendant qu'il se pendait, mais il s'est « raté » : il avait perdu connaissance avant d'avoir fini d'avaler sa « prescription ».

Mes douleurs se calment peu à peu. Quinze jours après la tentative de suicide de René, mon dos est encore sensible, mais je retrouve enfin un peu de mobilité.

J'ai eu du mal à réaliser qu'il y avait là tous les symptômes d'une somatisation…

Ne dit-on pas que derrière la somatisation, se cache toujours la culpabilité !

Bien sûr que je me sens coupable ! J'aurais pu !.. J'aurais dû ! Si j'avais dit ! Si j'avais fait !

Je suppose que loin, jadis, dans mon enfance ou dans mon adolescence, un traumatisme, un travail de deuil mal fait a enkysté en moi une culpabilité secrète que le suicide de René vient de ramener au grand jour.

À moi donc maintenant de redécouvrir ce vieux traumatisme, ce vieux deuil !

Paul Ruty