NUMÉRO 89 REVUE MENSUELLE DÉCEMBRE 2003

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela La solitude
 
Bernard, Hervé La solitude
 
Courbarien, Elisabeth La solitudine
 
Delaunay, Brigitte La solitude
 
Giosa, Alejandro Soledad
 
Health I. G. News Dimes y Diretes del mercado
 
Laborde, Juan Carlos La soledad
 
Laburthe-Tolra, Michèle La solitude comme perte de sens
 
Pizzala, Mathilde La solitude
 
Ruty, Paul Séance d'analyse de rêves de décembre 2003


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« La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps, mortelle quand elle est trop longue, quoique nécessaire » (Vauvenargues)

Il est rare qu'un homme chargé d'expérience et qui a beaucoup médité ne cherche pas à faire connaître ses conclusions, à léguer une règle de vie valable pour ses amis, ses descendants, les générations futures. À plus forte raison s'il fait profession d'écrire, d'enseigner, de philosopher.

C'est ainsi que Vigny fait dire au docteur Noir dans Stello : « Seul et libre, accomplis ta mission »

Certes, il n'est pas facile de connaître sa mission, moins facile encore de l'accomplir, car la vie est une souffrance, un fardeau. Mais l'abandonner serait lâche. Même au moment où on se sent mourir, il faut penser aux autres, rédiger son message, le cacheter dans une bouteille et le lancer à la mer. Advienne que pourra !

« Qu'importe oubli, morsure, injustice insensée,

Glaces et tourbillons de notre traversée ?

Sur la pierre des morts croît l'arbre de grandeur. » (La Bouteille à la mer)

Nul ne sait si le message du marin mourant éveillera des échos au fond d'une autre conscience que la sienne. Dans l'immensité de l'espace et du temps, l'homme n'est qu'une fourmi. Qu'importe ! Comme le loup, il fera énergiquement sa « longue et lourde tâche » dans la voie où le sort a voulu l'appeler, puis il souffrira la mort sans récriminer.

Ainsi, ni chrétienne, ni saint-simonienne dans son essence, la mission des hommes relève à la fois du pessimisme de l'une et de l'optimisme de l'autre doctrine, mais elle a sa propre teinte d'esthétisme : il est beau d'agir stoïquement.

***

Il nous apparaît aujourd'hui que chaque homme ayant sa fonction dans la communauté devrait se sentir épaulé par tous les autres et travailler dans une chaude ferveur. Mais chacun se trouve seul, tragiquement seul, comme Moïse parmi les « six cent mille Hébreux » qu'il guide. Chacun vit dans son petit univers spirituel où personne ne peut lui venir en aide.

Solitude de l'homme, solitude de l'aristocrate, solitude du soldat, solitude du poète, solitude de l'écrivain… Plus l'homme est grand, plus il est noble, plus il est héroïque, plus il a du génie, plus il se sent amoureux et plus il se trouve seul.

« Les parias de la société sont les poètes, les hommes d'âme, de cœur, les hommes supérieurs et honorables », écrivait Vigny à un ami le 30 mars 1831.

Ne les plaignons pas trop cependant ! Car la solitude procure la paix nécessaire à l'élaboration d'une œuvre. Loin de la ville, loin du progrès économique, elle permet d'atteindre à la grandeur en découvrant la beauté. N'oublions pas enfin que la solitude procure, dans la mesure du possible, l'indispensable liberté.

***

Inutile de souligner que la conception individualiste s'oppose à la conception socialiste qui se répandra au cours du XIXe siècle. Elle s'oppose même à la vocation chrétienne d'humilité et de charité.

Obligé au travail social, entraîné à la recherche de la justice, à l'observance de la solidarité, le commun des mortels ne peut retenir de cette ordonnance qu'une étroite leçon, mais il faut convenir qu'elle ne manque pas de noblesse.

***

La solitude c'est la vie sans l'autre, mieux dit, la vie avec l'autre dans son silence impénétrable. Inutile de décoder le silence, car il est plein de la négation à communiquer. L'enfer, c'est l'autre, bien sûr. Le paysage est sordide, répétitif, ennuyeux et bien décourageant. L'enfer de la solitude de parler tout seul avec l'impression de se diriger dans un auditorium composé de nombreux correspondants sans visage. Impression d'informer au sujet de thèmes divers.

Quelqu'un citait le tsar Paul II qui disait que les autres n'existaient que quand ils les autorisaient à parler. Une fois le débit du discours achevé l'informateur arrêtait d'exister.

C'est dans la communication que la solitude se perçoit le plus, quand le regard de l'autre s'intériorise à la recherche en lui de son désir intérieur : manger, lire, dormir…

Monopole de l'autorité, cruauté sans borne. Acceptation de la place de l'autre comme un objet peuplant un espace non dérangeant.

Fait à Paris, le …
Une nuit dans le silence fait la solitude,
Et j'en oublie même les mots pour en parler.
Mais je n'ai pas fini.
Je reviendrai à parler et, cette fois, avec ma solitude
pour créer avec elle des paroles nouvelles
que personne n'aura besoin de décoder.
Béni soit le silence.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La solitude, c'est un sentiment universel, que chacun a éprouvé au moins une fois dans sa vie.

La solitude, c'est comme un mal frappé du mauvais œil qui entraîne comme par réflexe un comportement de fuite : au niveau social, thème rarement abordé, souvent tabou dans les médias, au niveau personnel, pensée régulièrement refoulée, car elle risque d'amener une cohorte d'autres pensées négatives.

La solitude, c'est se retrouver seul malgré soi, alors que les autres ont une famille, des proches, des amis, des collègues de travail avec qui passer le temps, c'est un sentiment de frustration par rapport à la situation des autres, vraie ou ressentie comme telle.

La solitude, c'est ce sentiment douloureux de ne pas être écouté, encore moins compris, par les autres qui nous entourent au quotidien, tous ces autres qui semblent passer, l'air occupé, sans un regard conscient vers soi.

La solitude, c'est cette impression d'une barrière infranchissable, qu'aucune activité humaine ne semble pouvoir supprimer, comme un sentiment d'abandon.

La solitude, c'est avoir envie de parler, de communiquer ce qu'on ressent, ce qu'on aime, ce qu'on désire, sans pouvoir le transmettre à une oreille attentive et attentionnée, qu'elle soit absente physiquement ou psychologiquement.

La solitude, c'est aussi tout simplement une caractéristique de la condition humaine, où l'homme doit toujours faire ses choix de vie, seul, avec sa propre conscience, avant de s'associer à d'autres pour la réalisation de ses projets. Faire sa vie avec un compagnon ou une compagne, avant d'être un choix à deux, c'est le choix de s'associer à l'autre, à cet autre en particulier, pour faire un bout de chemin ensemble, le plus longtemps possible.

La solitude, c'est penser que l'on est toujours seul dans l'univers, alors qu'il est possible de faire mille choses agréables et enrichissantes avec d'autres choisis non au hasard, mais en fonction de ses affinités et de ses besoins personnels. C'est comme un sentiment de déprime insurmontable, de tristesse insondable, mais dont l'origine nous échappe, comme dans une situation bloquée, sans savoir à qui demander de l'aide.

La solitude, c'est un état transitoire de conscience d'un aspect de soi-même, celui d'être une entité individuelle de l'univers, pareille à aucune autre, différente de tous les autres êtres du monde.

La solitude peut être ressentie comme une sensation de la réalité reflétant son propre état d'être individualisé, mais aussi comme une pensée parasite alimentée par les projections des autres de leur propre solitude. Le sentiment de solitude devient comme une balle de ping pong que plusieurs personnes se renvoient naturellement ou avec perversité, la plupart du temps inconsciemment. Comme dans une relation sado-masochiste, qui fonctionnerait presque comme une machine perpétuelle, pour peu qu'aucun élément extérieur ne vienne perturber ce cycle infernal.

Mais, quand un sentiment, comme celui de la solitude, est affrontée de face, analysée calmement et confrontée avec rigueur et honnêteté à la réalité, il peut devenir moins dramatique et moins permanent, et perdre ainsi son énergie destructrice.

La solitude, c'est cette nécessité de quitter le brouhaha de nos vies quotidiennes et souvent urbaines perdues dans le cycle sans fin de la productivité et de la consommation pour se ressourcer, pour retrouver qui je suis afin de planter ou consolider les repères de notre prochaine feuille de route.

La solitude, c'est aussi confronter des moments de joie ou de bonheur avec des souvenirs personnels issus de l'enfance ou de l'inconscient comme dans un fonctionnement naturel de notre machine psychologique, qui cherche à faire circuler l'énergie, gage d'un sentiment de force, de plénitude dans notre quête du bonheur.

La solitude est une des conditions premières de notre existence, la contrepartie de notre naissance au monde et de l'accès à l'âge adulte. La solitude n'est ni négative, ni positive, mais un aspect de notre individualité qu'il nous appartient d'utiliser au mieux au service de la réalisation de nos projets de vie. Soit comme un état permettant le ressourcement, ou de se mettre en harmonie avec sa conscience, soit comme une possibilité de se défendre contre l'adversité passagère ou continue, quand la situation devient critique ou tendue.

Car l'espoir de parvenir à résoudre ses problèmes personnels, quand ils deviennent plus aigus, est une source d'énergie inépuisable pour trouver une route, sa route, sur le chemin de la vie, notamment quand il est nécessaire de trouver des moments et des lieux de solitude pour faire une pause salutaire.

Apprenons à apprivoiser la solitude, pour qu'elle devienne une alliée quand notre corps et notre esprit nous commandent d'y avoir recours. La solitude est un état naturel et étrique, qui fonctionne comme un pôle de ressourcement énergétique en face du sentiment impalpable d'être relié à l'univers tout entier. Car la solitude définitive n'existe pas, sauf si nous nous rendons aveugles, sourds et passifs.

Hervé Bernard



Étrange… toi que nombreux tentent de fuir, tu es celle dont je ne pourrais plus me passer.

Quand la vie m'entraîne et me bouscule, c'est en toi que je viens chercher comment me ressourcer, comment réfléchir et comment répondre aux questions qui me préoccupent.

Crois-tu que c'est dans le bruit et la folie du monde que je parviens à m'étourdir, pour oublier le temps qui passe ?

En fait, ma chère et douce solitude, je ne te tiens pas pour responsable de la peur que les hommes éprouvent face à toi. Ce sont ceux qui n'ont pas encore pu te comprendre qui tentent désespérément de t'esquiver. En s'étourdissant de rencontres plus ou moins futiles, faute de laisser place à leur imagination créatrice.

Moi, je t'aime.

Tu es l'espace de ma profondeur.

De ma paix et ma vie intérieures.

De mon bonheur.

Tant pis si je ne peux le partager qu'avec trop peu d'humains.

Sauf par la plume.

Création qui me transcende.

Car, tu pénètres en ce monde subrepticement.

Inconsciemment.

Innocemment.

Ce que tu lis nous lie. Sans mensonges. Comme en songe.

Mais dans mon univers de rêve, ceux qui se fuient ne connaissent nulle trêve… esseulés dans leurs certitudes ou derrière les barrières quasi insurmontables de leurs peurs.

La solitude n'est pas en dehors de toi-même, mais au-dedans. Elle n'a pas grand-chose à voir avec le fait d'être entourée ou non.

Qu'est-ce qui te fait espérer que, si tu partageais aujourd'hui la vie d'une autre personne, tu échapperais à la solitude dont tu te sens victime ? N'as-tu jamais été la proie d'un profond sentiment de solitude à l'époque où pourtant tu vivais avec cette autre, mais que celle-ci ne semblait pas te comprendre et prêtait encore moins d'attention à tes désirs ?

La solitude n'est-elle pas simplement la souffrance d'être incompris et de ne pas se sentir accepté et aimé comme nous sommes, y compris par nous-mêmes ? Apprendre à corriger tant notre communication avec l'autre qu'avec nous, ne peut-elle pas nous ouvrir la voie d'un apaisement ?

Il nous faudrait accepter que souvent c'est notre propre vacuité, notre égoïsme et l'absence de dialogue intérieur, susceptible de déboucher sur la générosité d'une création, qui est l'essence de notre mal être.

Et si je souffre, ce n'est pas d'être objectivement seule, mais de me sentir seule. Peut-être, parce que je ne me consacre pas l'espace de dialoguer en sincérité avec mon âme… ou avec mon âme sœur.

Quand je pense qu'il n'y a pas si longtemps, l'angoisse abandonnique me taraudait !

Comment puis-je désormais me sentir seule, puisque toi, ma solitude, tu me tiens compagnie ?

Je t'ai tellement apprivoisée depuis ma plus tendre enfance, que je ne crois pas souffrir jamais, sauf à manquer de toi !

Mes premiers souvenirs de nos rencontres, remontent à si loin… « Tu es encore dans les nuages… » entendais-je maman soupirer tendrement, lorsque, haute comme trois pommes, je m'asseyais à même le sol, dos contre un mur, l'esprit vagabond et le sourire aux lèvres, tandis qu'au parterre les autres déshabillaient leurs poupées… ou s'agitaient en des jeux que je ne voulais pas partager.

J'affectionnais par-dessus tout ma balançoire suspendue au pommier, celle qui, après la pluie, était encore plus proche du ciel avec les cordes que l'humidité raccourcit… J'y passais des heures entières. À rêver ma vie. Plus tard, j'aurais cinq enfants. Au moins. Puis ce fut sur la bicyclette bleu ciel, cadeau de mes sept ans, que je me pris à fantasmer, accolée à la grille du jardin qu'il était interdit de franchir, qu'un jour j'aurais l'autorisation de m'élancer sur la route pour aller conquérir le monde.

Avais-je vraiment besoin de voyager pour me rapprocher de toi, puisque par la pensée tu es présente à mes côtés ?

Et je suis heureuse.

De te sentir si proche.

Jusqu'à te deviner, après toutes ces années de complicité.

Après ce temps de nécessaire « solitude »… tout ce temps où la vie nous a tenues à distance l'une de l'autre.

Quand je suis devenue une grande personne, j'ai cru bon de raisonner, croyant qu'il me fallait devenir raisonnable.

Et je me suis interdite de rêver.

Ou d'y croire.

Et de poursuivre mes vieux rêves.

Puisqu'il me fallait agir, pour me fondre aux yeux des autres dans ce monde-là.

Parce que mes rêves… personne n'y prenait jamais garde.

Les autres n'avaient pas le temps.

Ou pas l'envie.

Il y avait le business.

Et l'argent.

Surtout l'argent.

Mais pas trop de sentiment.

Trop de perte de temps.

Ça ne sert à rien, les sentiments…

Sauf… le sentiment de solitude, qui un jour t'aide à réaliser que tu es unique, parce que tu es un véritable vilain petit canard… tout seul dans ton monde et si différent des autres, que personne ne pourra jamais vraiment te comprendre, tant que tu n'auras pas appris à dire.

Alors, de couacs en timides coin-coin… tu t'arracheras à ton recoin.

Ne serait-ce que pour exprimer que la solitude n'est pas notre ennemie, mais une princesse si riche de sa patience, de sa créativité et de sa fidélité, qu'il serait coupable de ne pas l'apprivoiser. Elle est la porte ouverte vers tous ceux que tu as aimés, ceux que tu aimes et ceux que tu pourrais aimer.

Et alors, réconcilié(e) avec toi, tu ne te sentiras plus jamais seul(e).

Elisabeth Courbarien



Solitude voulue. Solitude forcée. Le thème est difficile à traiter, car chacun et chacune aura des mots différents selon sa vie et ce qu'il ressent.

Voyez d'ailleurs comme il est urgent de créer un mot nouveau qui exprime tout à la fois le féminin et le masculin, car je les cite tous deux au début de ces lignes pour abandonner ensuite la seconde en raison d'une stupide loi grammairienne. Loi qui n'est évidemment pas due au hasard.

La femme, seule, face à l'homme qui profite pleinement seule et davantage du droit naturel et universel au bonheur et à la réussite. Voyez comme elle s'installe vite, la solitude. Une certaine solitude. Il me semble, en effet, qu'il y en ait beaucoup d'autres.

Oui, beaucoup d'autres. Un mot multiple. J'aime la solitude qui me repose après une longue période d'échanges qui me plongent dans l'action. Une certaine limite est passée. L'échange, pour moi, est devenu brouhaha. Je retrouve pour un temps cette solitude qui me plaît où je reprends des forces et bâtis d'autres plans.

Mais tout le monde n'en a pas le goût. Certains et même beaucoup s'en effraient. Dans cette observation, je ne mêle aucun jugement de valeur : chacun son rythme, chacun sa vie. Ils se meuvent peut-être plus à l'aise dans un groupe, dans une ville. Peut-être aussi sont-ils hyperactifs selon l'expression à la mode. Mais mon esprit tolérant ne parvient pas à se convaincre, toutefois, que l'arrêt, le silence ne soient pas parfois nécessaires à tout être.

Mais il y a aussi la vilaine solitude, celle qui nous prive d'action et d'amour. Celle dont on subit la puissance insidieuse et qui vous accable chaque jour un peu plus. Et l'on devient aveugle, on devient immobile. On se fait une fête alors, par instinct de survie, du passage du facteur qui vous apporte un peu d'air et qui vous permet de prononcer trois mots. Et c'est là le danger, c'est que vous ne le sentez pas venir.

Mais il y a des solitudes plus graves encore et mal traitantes. Elles sont définitives. Il y a bien sûr, celles des vieillards qui survivent comme de vieilles mécaniques, abandonnés des leurs, dans l'angoisse d'une vie qui va bientôt partir, avec pour seule présence leurs souvenirs. Il y a également les personnes privées de chaleur, de logis et de nourriture et qu'on retrouve, matin, raides sous un carton. Solitude terrible de ne plus savoir même qui l'on est. Solitude face au néant que l'on est devenu.

La mémoire s'efface et l'être disparaît.

Fait à Paris, le 18 janvier 2004
Brigitte Delaunay



Solitude de l'enfant qui soutient jusqu'à épuisement l'image dont la mère a besoin au prix de la négation de lui-même.

Solitude du vieillard qui n'est plus que crispation sur l'image idéale de ce qu'il a été.

Solitude du soignant dans les situations d'accompagnement d'êtres en souffrance. Dans une société qui occulte la mort, qui vit sans la mort c'est-à-dire sans limites, ses questions sans réponse le livrent à l'angoisse.

Solitude du mourant quand la mort, la maladie sont niées par l'entourage.

Lorsque personne n'interprète plus les signes de la maladie comme ceux de la santé, de la croissance ou de la vieillesse, lorsque personne ne les rend signifiants, tout se passe comme si la source de vie se tarissait dans le corps. L'homme est alors livré à la toute puissance de ses fantasmes, le corps est vide et vain. Rien à quoi se retenir. Vertige d'une chute sans fin préfigurée dans les dépressions.

La solitude naît là où la volonté se heurte à l'absence du désir de rencontrer l'autre, elle apparaît lorsque l'homme tente de vivre par et pour lui seul. Il s'exclut alors de ce qui le constitue comme sujet, c'est-à-dire comme ouverture à l'autre dans la parole.

Rompre la solitude, la perte de sens, c'est retrouver grâce aux soins d'un témoin sa place, retrouver le chemin de la parole sur le point d'être perdu dans l'épreuve.

Michèle Laburthe-Tolra



« La Solitude ça n'existe pas » a chanté le poète.

C'est quoi la solitude ? Ne pas être accompagné ? Je ne crois pas.

Est-ce un sentiment ? On peut se sentir seul au milieu d'une foule, au sein de sa famille, avec ses amis.

C'est un sentiment qui peut survenir brutalement, par exemple un 31 décembre à minuit, alors qu'on s'amuse avec ses amis et tout à coup, parce que la seule personne à qui on voudrait souhaiter une bonne année n'est pas là. « Un seul être nous manque et… »

Cela peut être aussi un sentiment euphorisant comme être un soir d'été, en haut d'une dune et regarder l'océan, quelle merveille de solitude. Se faire une soirée plateau télé, en jogging, en chaussette et sous sa couette, mais on ne voudrait partager avec personne ces moments.

Tellement de situations où la solitude est ressentie différemment, est-ce un besoin de tendresse ? Est-ce une envie de partage ? Est-ce la peur d'affronter cette vie pas facile ? À deux on est plus forts, ou est-ce que c'est le regard de l'autre qui nous fait exister ?

C'est quoi la solitude ? C'est quoi cette solitude qui m'habite à chaque moment de ma vie, qui est là tapie au fond de moi, qui est totalement indicible, qui m'a été distillée jour après jour depuis que j'ai l'âge de me souvenir.

Tu es la plus vilaine petite fille sur terre. Tu es la plus méchante. Tu es la pire chose qui me soit arrivée. Tu es de trop dans cette famille et ainsi toute une litanie de joyeuses phrases qui sont entrées en moi jour après jour jusqu'au jour où elle m'a dit j'aurais préféré que ce soit toi qui meure plutôt que ton père.

Je ne pouvais en parler et surtout personne ne voulait m'entendre et quand il arrivait qu'une oreille se tende, c'était pour me dire : «  je suis sûre que tu exagères ! Une mère ne peut pas dire ces choses à sa fille ! Elle était en colère ! Arrête d'y penser ! Oublie ! Passe à autre chose »

J'ai grandi avec le sentiment que personne ne pouvait m'aimer puisque j'étais la plus et de trop, celle qui ne faisait pas partie de sa propre famille. Ces mots se sont incrustés en moi, ils se sont dissous dans ma chair… Je suis seule !

Comment ne pas souhaiter devenir amnésique, libérée de ces paroles destructrices et déstructurantes, et comment ne pas se sentir seule aussi lorsqu'on entreprend d'aller sur son chemin de reconstruction. Et bien que nous soyons un très grand nombre à le fréquenter, il n'empêche que chacun d'entre nous est là, seul avec ses démons et ses misères. Aujourd'hui, alors que j'ai mis à jour une grande partie de ces blessures, même si j'ai tissé autour de moi un réseau d'amitié, même si j'ai des enfants, des petits enfants, je n'arrive pas à me libérer complètement de ce sentiment… Je suis seule. Ma solitude ne dépend pas des autres.

Alors la solitude, aimée, rejetée, appelée, refoulée… C'est quoi ?

Mathilde Pizzala



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Paul Ruty