NUMÉRO 98 REVUE MENSUELLE février 2005

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela La nuit est si triste !
 
Bernard, Hervé Couple et société
 
Bègue, Jean-Pierre Couple et société
 
Ercole, Jeanine Couple et société
 
Giosa, Alejandro Pareja, orgullo y sociedad
 
Laborde, Juan Carlos La pareja y la sociedad
 
Marnique, Carla Parejas en sociedad
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de janvier 2005
 
Viaris, Agnès de Couple et société
 
Villagra, A. Liliana Acerca de la pareja
  La tristeza
  ¿Qué nos asusta del "diferente"?


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Dans la plupart des circonstances, l'opinion publique porte un jugement sur notre conduite. Quelquefois pour la louer, mais peut-être plus souvent encore pour la blâmer. Or d'une manière générale, cette sanction ne nous laisse pas indifférente. Ce peut être un encouragement ou une contrainte.

Si la majorité se plie volontiers à la manière d'agir de leur entourage, de leur époque et de leur milieu, d'autres, au contraire, ne paraissent pas avoir la souplesse de caractère et d'esprit nécessaire pour s'adapter ainsi et, sans tenir compte de l'opinion, ils résistent à ces sortes de règles venues de l'extérieur, s'en tiennent à leurs idées et à la conduite qu'ils ont choisie. Ils gardent leur personnalité !

En présence de la diversité de ces attitudes, nous pouvons nous demander quelle est la plus prudente, la plus habile, la plus raisonnable et la plus digne aussi.

***

Dans la société, il y a lieu de se conformer aux manières d'agir du milieu auquel nous appartenons. L'adaptation semble, bien souvent, justifiée ou même nécessaire.

Pour éviter d'exciter les moqueries, de susciter les critiques ou de blesser les autres dans leurs sentiments. Et, dans une certaine mesure, il est prudent de ne pas déchaîner contre soi d'inimitiés profondes. Il peut y avoir aussi une obligation absolue à conformer ses façons d'agir à ce qu'exigent des chefs, des supérieurs.

Toutefois, il peut y avoir des circonstances où il est inutile de faire comme les autres. C'est le cas pour les modes passagères, les futilités ou certaines distractions auxquelles on ne trouve aucun plaisir ou même la pratique de certains sports.

Il y a lieu, parfois, de résister aux modes, aux usages et à certaines façons d'agir par un légitime souci d'hygiène ou de santé, par goût. Ce peut être, en effet, une affaire d'opinions ou de goûts personnels dans le domaine des Sciences, des Lettres, des Arts, de conceptions en matière politique, sociale, philosophique… Ce peut être aussi une question d'opinions personnelles, de convictions.

***

En bien des circonstances, et surtout en ce qui regarde les convictions profondes, il semble plus digne d'avoir le courage de ses opinions et de s'élever contre ce qui est admis ou moralement imposé, même si l'on doit être atteint dans ses intérêts, même si l'on doit encourir le blâme de son entourage, et si l'on doit souffrir de sa réprobation.

***

Enfin, « pour bâtir un couple, il faut être quatre : un homme plus sa part de féminité, une femme plus sa part de virilité » comme nous le rappelle Bernard Werber dans son ouvrage L'empire des Anges.

***

« Pour le bonheur, il faut tenir peu d'espace et changer peu de place » (Franklin)

« Dans un couple, l'un au moins doit être fidèle, de préférence l'autre » (Marcel Achard)

« Le but de la société n'est-il pas de procurer à chacun le bien-être ? » (Honoré de Balzac)

***

Que pouvons-nous dire qui ne soit : l'infernale monotonie de la vie. Les jours ne se ressemblent pas. Mais les jours de la semaine ! Quand l'agenda ne donne pas le temps d'une réflexion en face de mon incroyable solitude… Parler de « couple et société » aurait été un thème magnifique plus de vingt années en arrière lorsque mes recherches en médecine sociale effaçaient mes états innommés de solitude. Je la percevais déjà cette solitude, mais j'attendais le lendemain pour la combler dans une vie de couple réussie. Solitaire à la naissance, au collège, à la maison et encore et après. Seule, me parlant à moi-même au sujet de tous ceux que je contemplais sans pouvoir trop dire. Les couples ! Il y en avait trois chez moi dans la même maison : mes grands-parents maternels, mon père et ma mère et mon oncle et ma tante. Ma maison : grande demeure que je n'arrive pas à oublier, car, quand j'ai mes blues, je reviens aux origines de ces douleurs que rend tout effort inutile. Je n'ai jamais été reconnue… Toujours exigée, commandée, mal nourrie par rapport à mon infini désir d'être bien aimée.

Mauvais étayage ! Hélas, aujourd'hui, je ne suis pas non plus bien entourée. Deux ans se sont passés depuis ma dernière tentative de construire avec l'autre. Pas de retour ! Pas d'étayage ! Exigée, commandée et les vautours survolent autour de ma tête de rêveuse qui seulement peut croire à l'éternité comme unique façon d'échapper aux pièges. Les couples de ma vie ? Mensonges, exploitation, insécurité, trahison et veuvage. Quoi penser et dire de « couple et société ». Aujourd'hui, aborder ce thème me ferait rentrer dans une grande hypocrisie. Parlons plutôt de couples. Le couple devrait être un lieu de paix, de protection, de sécurité, un espace avec un certain bonheur. En synthèse, je pourrais dire qu'un couple n'est que le lieu de la reconnaissance. C'est-à-dire : moi, je te reconnais dans ton individualité et toi à moi dans mon individualité simplement différente de toi.

La question m'attriste, je perds dans mon silence toute espérance de communication.

Ai-je, dans ma vie, un couple dont la « pyramide » se serait accomplie ? C'est-à-dire :

Non, il y a eu des exigences et des devoirs et responsabilités sans rétributions et par ailleurs, je n'ai jamais rien demandé à l'autre qui ne soit pas un amour tendre et sensible, une disponibilité totale… Car je me suis toujours rendue disponible et cela je ne le regrette pas. Même mes « shoppings », je ne les ai fait qu'avec mes moyens. Je ne pouvais pas être une femme comme il y en a pas mal, je suis devenue excentrique, libre pour choisir mon emploi du temps. Dans les emplois du temps, il n'y avait pas de loisirs qui ne fussent pas ceux de la correcte conservation de mon âme et de mon corps : foi, gymnastique et connaissance, jusqu'au jour où j'ai trouvé en Dieu mon couple essentiel et je n'abandonnais pas sans un certain regret mes rêves de couple idéal dans cette vie dont la beauté est extraordinaire.

Ca y est ! Les blues sont partis, il n'y a plus de nuages.

Pour théoriser, il y a des textes excellents et irremplaçables comme « le couple, sa vie, sa mort ».

Le thème de couples mixtes m'a toujours fasciné, mais plus encore, le type de couple selon les cultures. J'ai beaucoup vécu et comme en Argentine, à mon époque tout était compliqué, mais le rire, la joie, les repas partagés étaient si puissants dans cette société, à cette époque paradigme situationnel de l'oligarchie paternaliste, que les conflits explosaient, volcaniques, mais tout s'arrangeait bien vite entre un baiser et une coupe de vin rouge et de la bonne viande à partager.

Le mari était mon compagnon d'aventures, même en étant très différent de moi. Il y avait aussi les autres hommes chez nous, les vieillards riches qui s'arrangent pour avoir une famille parallèle avec maîtresse et enfants. C'est typiquement l'histoire des renards qui envahissent les poulaillers des moins riches.

Il y avait une histoire exemplaire dans la génération qui a précédé la mienne. Je ne peux donner de noms, parce que tout le monde se connaît.

Mais dans notre société, l'homme le plus riche d'Argentine avait pris comme maîtresse une femme aussi de notre « aristocratie » qui était l'épouse d'un diplomate très intelligent. Pas de drame : le mari a vendu sa femme à l'autre et l'histoire n'a pas été plus loin qu'un thème à aborder dans les soirées comme curiosité sans méchanceté.

Naturellement, elle a fait un maximum de « shopping » à partir de sa nouvelle situation que même bien âgée elle continue à être la une dans les petits comités.

Moi-même, je l'ai vue en revenant de Miami l'année dernière monter la première dans notre vol. Naturellement maintenant, elle est veuve, mais entourée selon sa situation par des esclaves toutes classes comprises pour qu'ils soient bien payés.

Ironie de l'histoire : me décider à moi-même d'écrire sur « couple et société » ! Je reviens à la conduite humaine : rien n'est sûr. Le conseil d'une éternelle chercheuse de bonheur, c'est de ne jamais croire qu'un couple est gagné. Le socle peut tomber, nos projections retirées de l'autre peuvent nous mettre soudain en face d'un inconnu. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'un couple pourrait se construire : à partir de la vérité. Deux êtres humains imparfaits confrontés au choix de s'aimer ou se quitter. Je suis restée collée à des amours mortes et à des morts que j'ai aimés, mais trop lucide aujourd'hui, je ne sais plus où je suis… J'ai vu tant de gens abandonner la bataille pour le bonheur en couple sans avoir essayé une thérapie de couple !

Douloureuse expérience ! J'essaye de les sauver. Quand un couple vient vers moi pour divorcer, je considère, en tous les cas, qu'ils doivent résoudre leur problème personnel de communication de couple pour éviter les divorces successifs, pour abandonner la néfaste répétition qui n'apporte que le chaos.

Je ne suis pas trop claire peut-être, mais je ne peux pas mentir ni me mentir : le couple est une construction à deux ou alors il n'existe pas et cela dans toute société dans toute culture.

Si vous n'avez pas le désir de partir vers d'autres projets, allez faire de l'argent, allez chercher de l'or dans le ventre de la baleine, mais cessez de faire semblant : le couple n'est pas seulement un pont de salut. Il est une vérité divine qui ne mérite pas de servir un mensonge.

Souhaitons être des bénis de Dieu, regardons ensemble vers le haut, un peu plus loin que les étoiles et nous trouverons sans doute le destin du couple éternel.

Fait à Paris le 22 février.
Il fait vraiment froid,
mais ce n'est pas le climat qui me rend dure
c'est le temps qui passe sans percevoir
l'immensité de l'instant que fait l'éternité.
L'homme chevauche entre l'éternité et le temps chronologique.
Capter l'instant, lui donner sa valeur,
c'est accéder à « vivre ici l'éternité »,
mais pourquoi pas en couple et toute société comprise ?
Ne pense pas que je ne t'aime pas,
mais je cherche la perfection.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Le couple : une solution de vie en société ? Une solution de vie face à la pression sociale ? Une solution de vie commandée par la société ? Pourquoi cherche-t-on à former un couple ? Autant de questions qui paraissent naturelles et allant de soi, mais qui transversent tant notre vie et notre pensée, qu'elles valent bien de s'y pencher et qu'il ne faut pas hésiter à les revisiter, quitte à choquer nos idées (reçues).

Le couple est une constante universelle de notre culture humaine, sans doute parce que la perpétuation de l'espèce nécessite la réunion d'un homme et d'une femme pour faire des enfants, quoique cette vérité soit maintenant battue en brèche par la procréation artificielle.

Mais au-delà de cette expérience, qui ne demande finalement que quelques courts instants sans que ne soient nécessaires ni contrat, ni sentiment, ni même attirance sensuelle ou sexuelle, qu'est-ce que former un couple ?

Notre société de plus en complexe, organisée, hiérarchisée, atomisée, fonctionnelle laisse de moins en moins de place à l'individu, car l'intérêt de la communauté cherche toujours à l'emporter sur l'intérêt personnel, quand notamment les deux parties rentrent en conflit. Comment parvenir à exister, c'est-à-dire à non seulement satisfaire ses besoins vitaux (manger, boire, dormir, se protéger des intempéries…), mais aussi rêver, fantasmer, construire des projets et disposer des ressources (temps, argent, autonomie, liberté…) pour les réaliser ?

L'être humain a toujours hésité, zigzagué, oscillé entre deux pôles de la dynamique humaine : soit suivre l'exemple culturel de ses semblables, comme par exemple se marier, avoir des enfants, suivre les préceptes de sa « religion » ou de ses pairs, soit puiser au plus profond de lui-même à des sources de créativité et d'images inédites pour « inventer » sa propre vie, entre rêve et réalité. La plupart d'entre nous puisent sa source d'inspiration dans ces deux pôles de réflexion et d'action, allant de l'un à l'autre, comme le suggère dans un but thérapeutique la psychanalyse, peut-être au bénéfice d'une plus grande sagesse et d'un meilleur équilibre psychologique, selon la « voie du milieu », au cœur de la pensée orientale bouddhique, qui semble en dehors du temps et des cultures. À trop suivre un chemin unipolaire ne conduit-il pas à la maladie ou à la folie, en fonction de la sensibilité !

Qu'il s'agisse d'imiter ou de créer, la quête de chacun est toujours la rencontre de l'autre, pour communiquer, échanger, poser une question, se décharger de ses peines, demander de l'aide. L'autre, qui est ce soi-même si difficile à analyser, qu'il faut le biais d'une tierce personne, et de bien d'autres pendant une vie entière pour maladroitement et avec lenteur parvenir à établir un début de dialogue avec soi-même ou diverses tranches d'échanges avec soi-même, qui se relient entre eux comme un puzzle vital. Par ailleurs il est pour beaucoup, plus agréable, plus facile, plus vivant de cheminer son parcours de vie accompagné de l'autre, d'un autre, des autres, que « faire sa vie » dans la solitude et le renoncement à l'autre, même si certains peuvent en faire un choix de vie, un sacerdoce ou le subirent sous le joug d'une sensibilité trop forte ou d'un caractère « mariable » avec personne.

Nous voilà donc à la recherche de l'autre, cet autre si précieux pour réaliser nos échanges de vie tout au long de notre parcours sur terre, que cela soit notre parcours professionnel, affectif, familial, humain, didactique à l'intention des autres, de questionnement existentiel, psychologique… Qui peut constituer notre meilleure chance de réussite sur tous ses plans de vie, sachant qu'elle doit permettre une synthèse au quotidien, dans ses moments les plus difficiles comme dans les plus légers ?

Si l'autre est nécessaire pour tous ces aspects de notre vie, pourquoi devrait-il être unique et non réparti entre plusieurs personnes en fonction de notre besoin, de notre sensibilité et de notre humeur ? Ne pourrait-on pas se satisfaire d'une série d'amis, de relations, de proches familiaux, en fonction de nos besoins ? Vous me répondrez que certains font ce choix, malgré eux ou tout à fait volontairement, incapables ou ne désirant pas faire un couple ; mais ne ressentent-ils pas un vide à l'automne de leur vie, à moins qu'ils ne soient mariés à un idéal ou une activité, qui a remplacé l'autre, parfois au profit des autres d'une communauté pour laquelle ils ont donné leur vie.

Mais, dans le cas général, notre besoin d'exister, d'être reconnu, d'être aimé passe par la recherche d'un autre dans une relation plus intime, privilégiée soumise à une sorte de contrat qu'il soit civil, religieux ou simplement moral, explicite ou tacite, entre les parties. Il peut s'agir d'une relation sans sexualité, voire sans sensualité, au plan intellectuel et sensible par exemple.

L'autre devient alors le partenaire principal de notre parcours de vie, pour soi-même et surtout aux yeux de la société, comme si on montrait aux autres que là commence un territoire sacré, ouvert aux regards extérieurs, mais qui ne peut pas être transgressé et qui fonctionne comme une protection vis-à-vis de la pression sociale et ses innombrables sources d'agressions potentielles. Le couple objective un espace de communication, en tant que frontière entre un espace interne où dialogue avec soi-même s'entremêle, harmonieusement si possible, avec le rapport à cet autre si particulier, et un espace externe comprenant l'ensemble des autres acteurs de la société, proches ou éloignés, quelle que soit la nature de la relation qui va se développer.

Le couple est une solution d'accompagnement, certes culturellement marqué, mais remarquablement articulé autour de la question de la communication avec l'autre, qui renvoie toujours quelque part à un questionnement sur soi-même.

Hervé Bernard



La vie ne vise qu'à se maintenir au travers des individus qui la composent or ces individus vivent un certain temps et meurent.

La reproduction est donc un processus indispensable pour le renouvellement des générations. Elle est rendue possible dans la majorité des espèces par la différence des sexes et leur complémentarité qui permet l'attirance, le rapprochement et la fécondation.
La société pour durer recèle la même exigence, il lui faut une procréation suffisante de nouveaux individus capables de s'adapter aux conditions environnementales du moment et un encadrement de ces individus sur une très longue période compte tenu de leur immaturité à la naissance immaturité spécifique à l'être humain qui contraste avec les capacités d'autonomie dès les premières semaines après la naissance chez les animaux.

C'est pour cette raison que le mariage pour la vie ou du moins la vie en commun d'un homme et d'une femme pendant une vingtaine d'années constitue la forme la plus appropriée pour mener un enfant jusqu'à l'autonomie de l'âge adulte.

La vie en couple apparaît comme la conséquence d'un désir (vivre ensemble) et d'une nécessité qui conduisent à un engagement personnel, d'amour, de fidélité, de fécondité et de durée dans l'intérêt des enfants à venir.

C'est également un engagement vis-à-vis de la société concrétisé par le mariage ou par un PACS devant M. le Maire ou bien encore par un double engagement vis-à-vis de la société et de Dieu par l'intermédiaire de l'église pour les croyants.

De son côté, la société a une responsabilité envers le couple ; elle doit lui apporter le soutien nécessaire à son bien être et à l'éducation des enfants (habitat, soins médicaux, sécurité, travail, écoles).

À une époque relativement récente, dans notre culture, c'était la société qui par le biais des familles favorisait et contrôlait le rapprochement des hommes et des femmes en fonction d'exigences spécifiques, milieu social, croyance religieuse par exemple ou en fonction d'intérêts économiques communs aux deux familles.

De nos jours, la société ne se mêle plus de nos choix, elle se montre même particulièrement tolérante en ne réprouvant pas le couple gay ou le couple de lesbiennes qui soit adopte ou se fait faire des enfants en utilisant Internet pour trouver un donneur ou une mère porteuse.

Je crois que, confronté à ce nouveau type de couple qui revendique le droit d'avoir des enfants, la question est de savoir quelle est la forme de couple la plus appropriée pour la bonne évolution psychique de l'enfant et pour son intégration dans la société.

Le couple formé par un homme et une femme qui se sont choisis, quelles qu'en soient les raisons conscientes ou inconscientes, qui s'aiment et qui concrétisent leur amour par un enfant me paraît la forme la plus appropriée à un développement aussi normal que possible de l'enfant tout en sachant que la normalité n'est qu'un idéal aux nombreux aléas.

Il convient d'avoir à l'esprit qu'au début de la vie, le nourrisson ne voit dans l'autre qu'un semblable auquel il se confond et s'identifie avec parfois le désir de combler le manque de l'autre, de ne faire qu'un avec lui. Or c'est le père qui par sa présence physique et sa parole va s'introduire dans la relation mère/enfant permettant ainsi au bébé de se différencier de sa mère et d'accéder à la réalité : une étape fondamentale.

Puis l'enfant va construire l'image de sa mère, de son père, découvrir sa forme humaine dans l'image que lui renvoie le miroir. Il va également se différencier de son entourage en disant non et progressivement entrer dans le monde sonore pour trouver les mots qui le représentent dans le discours des autres. L'enfant, en s'imprégnant des mots, de l'affectivité de sa famille prend sa place dans l'histoire individuelle et fantasmatique des parents qui ont eux-mêmes leur place dans l'histoire collective de la société à un moment donné.

L'œdipe et son corollaire l'interdit de l'inceste dont les psychanalystes ont montré les effets organisateurs sur la personnalité ne peut se jouer qu'à 3 : un père, une mère et un enfant. Par rapport à ce schéma structurant, je ne vois pas a priori comment un enfant ayant 2 papas ou 2 mamans peut être confronté à l'œdipe et par suite à l'intériorisation de l'interdit de l'inceste si la famille de par sa configuration exclut la possibilité même de l'inceste (petite fille avec 2 mamans ou petit garçon avec 2 papas par exemple).

En effet, le parent de sexe opposé suscite l'émergence de la sensualité et la rivalité avec le parent de même sexe dans le complexe d'œdipe, complexe qui dans sa résolution conduit au renoncement et à l'intériorisation de l'interdit de l'inceste. Cet interdit ouvre vers la société puisqu'il faudra, le moment venu, choisir un partenaire à l'extérieur de la famille. Ce renoncement entraîne aussi une identification au parent de même sexe et la reconnaissance de la loi du père, du nom du père et du «non» du père, autrement dit la reconnaissance d'une hiérarchie dans laquelle chacun doit être à sa place pour que la structure familiale fonctionne aussi bien que possible. C'est également dans la famille que les premières règles et les premières valeurs sont précocement et inconsciemment intériorisées grâce aux images parentales porteuses de la loi et plus particulièrement celle du père ou de son substitut masculin dont la parole doit être acceptée et relayée par la mère pour que cette parole soit efficace.

Les institutions extérieures (garderie, crèche, école) s'appuient sur les premières règles et interdits mis en place dans la famille pour les utiliser, les prolonger et les compléter au fur et à mesure de la croissance de l'enfant.

Enfin, le couple parental donne à l'enfant l'amour dont il a besoin pour se développer et grandir dans de bonnes conditions affectives. Si le couple se sépare, si l'amour parental vient à faillir ou à disparaître, si la loi du père n'est pas reconnue, des difficultés psychologiques ou des déviances apparaissent et peuvent se révéler très négatives pour la société notamment au travers des actes de délinquance dont nous sommes quotidiennement les témoins via la télévision et la presse.

Nous constatons l'interdépendance entre le couple et la société, sans un équilibre relationnel suffisamment bon à l'intérieur du couple et sans sa pérennité il ne saurait y avoir une adaptation satisfaisante de l'individu à la société. Le couple, la famille reste donc le socle fondamental sans lequel la société ne peut se construire et perdurer.

Jean-Pierre Bègue



« Douloureuse quotidienneté, désolante monotonie »
Albert Einstein

Peut-on encore à notre époque parler de couple ? Quelle image ou quelle idée se fait-on aujourd'hui d'un homme et d'une femme vivant ensemble ? Pour être plus proche de la vérité et du réel, le meilleur moyen était de s'adresser directement à ceux-là mêmes qui se sont unis et de leur poser la question : « Pour vous, le couple qu'est ce que c'est ? Comment vivez-vous la vie à deux ? » Une trentaine d'individus m'ont répondu, je crois, avec sincérité et ont manifesté un certain intérêt à ma question. Je vous fais donc part, en substance, de ce que ces personnes entre 25 et 45 ans m'ont répondu.

« … Le couple ? Il est difficile de s'en passer, mais si vivre à deux suscite des joies, par lesquelles on se réalise, c'est aussi quelquefois assez lourd à porter. On est amoureux, l'étincelle a jailli, on s'adore, on croit que tout va bien marcher, que ça durera toute la vie, et crac ! La pluspart du temps, on ne sait même pas pourquoi : l'un ou l'autre en a assez, s'en va et c'est la séparation. Se remettre en question ? C'est inutile et ça ne sert à rien, ce n'est pas cette démarche qui changera le cours des choses. On fait comme tout le monde, on suit le mouvement en se disant que, la prochaine fois, il faudra avoir moins de sûreté de soi et de l'autre, faire plus attention à ses désirs et à ce qui le touche.

« … Le mode de vie de la société actuelle en est aux jetables. Le couple s'use plus ou moins rapidement alors on jette, on recherche d`autres émotions, d'autres plaisirs et jouissances. Le moment de la désillusion, de la déception et aussi du chagrin, passé, on reste souvent bons copains, on sait que l'on peut compter l'un sur l'autre. Notre vie reconstruite, il n'est pas rare de passer des fêtes avec des amis et nos nouveaux partenaires. Le plus souvent chacun s'accepte, sans amertume. Si l'un de nous est resté seul, si c'est la déprime, eh bien on l'invite à passer les vacances avec nous. C'est sympa, et sans histoire.

« … Les enfants ? Bah ! On se débrouille, ils ne sont pas malheureux, ils ne manquent de rien. Les psychologues tirent la sonnette d'alarme pour ces jeunes et en appellent au manque de structuration des intelligences et des cœurs, aux sentiments d'insécurité permanente et au danger de dispersion sociale, entre autres. Ils n'y connaissent rien, ils sont trop intellos, que sont-ils capables de comprendre à notre manière de vivre ? Ils vont chercher trop loin.

« … La société ? Qu'à-t-elle besoin du couple ? Il n'y a pas mal d'années que chacun vit comme il l'entend ou comme il le peut. On vote, on paye les impôts, on fait un chèque quand quelque chose ne va pas bien dans le monde. Alors ? Ah oui, la famille mono-parentale ? Les femmes maintenant ne sont-elles pas « Maîtres de Vie » ? La majorité a fait son choix et d'ailleurs, l'organisation sociale ici intervient, on les aide et c'est très bien. L'enfant sans père et tous les problèmes que cette situation génère pour lui ? Oui c'est grave, sans doute. Franchement, on n'y peut rien.

« …D'accord, nous sommes immatures. Mais qu'est-ce que nous avons reçu de la génération des soixante-huitards dont nous sommes issus ? C'était peut-être amusant à cette époque de vivre des besoins d'adolescents attardés et de mettre par terre famille et bourgeoisie dont on confondait les rôles. Des slogans dont on veut bien croire que la portée échappait à cette plus ou moins révolte rocambolesque, donne assez bien l`idée de ce que vers quoi on se dirigeait : « Faire table rase de toute culture » ! Quels repères cette future société pouvait-elle apporter ? Avec ses refus et ses rejets, quelles valeurs pouvait-elle transmettre ? Une, en effet, et des plus remarquables : « Il est interdit d'interdire » . Le lâcher prise sur les pulsions ! Porte ouverte à toutes les aberrations et formes de violence, sexuelles y compris. Dans ce contexte que pouvait signifier le mot couple ? Et le mot liberté ? De quoi sont-ils encore porteurs ?

« … La société, quelle image nous en avons aujourd'hui ? Le fric, la fesse, les magouilles… On nous a forgé une mentalité fondée sur le changement perpétuel dans tous les domaines. Ne sommes-nous pas devenus des objets de consommation auxquels on fait un peu plus appel chaque jour ? Difficile pour le couple de construire quelque chose de durable, de beau, et d'équilibré dans un tel contexte d'appel à la nouveauté. »

Heureusement quelques autres interlocuteurs m'ont tenu un langage d'une teneur différente; ils m'ont livré une vision du couple et de la société un peu plus unifiée, fondés également sur leur vécu et expérience. J'ai retenu spécialement ce qu'une jeune fille m'a déclaré résumant ce que pensaient aussi d'autres jeunes du même avis qu'elle. Je la laisse parler :

« …Je me souviens de voisins auxquels je rendais souvent visite durant mon enfance et adolescence. Je les appréciais et les admirais. Ils m'ont fait comprendre le sens véritable d'une vie à deux. Je crois que si tout paraissait normal auprès d'eux c'est parce qu'ils s'aimaient. Ils prenaient soin l'un de l'autre sans aucun effort et d'une façon si naturelle. Ils s'estimaient et se respectaient dans leur différence et aussi dans leur autonomie. Même sens des responsabilités, même profondeur et considération pour ce qui leur apparaissait essentiel à toute vie. Si l'un d'eux avait une contrariété, un chagrin, il était sûr de l'écoute attentive de l'autre, de sa patience, de sa bienveillance. Leurs désirs et goûts quelquefois différaient, mais ils s'organisaient de telle façon qu'aucun n'était frustré. La joie les habitait. Comme ils étaient gais ! Ils savaient se surprendre et riaient de bon cœur. Toujours partant pour une distraction quelconque ou une action qui les passionnait. Leurs échanges et communication reposaient sur la transparence. Pas d'habitude ni de monotonie dans leur rythme de vie. Si quelqu'un venait leur soumettre un problème, ils faisaient toujours l'effort de comprendre, d'accueillir et souvent de consoler sans jamais juger. Leur vie était d'une grande simplicité. Je ne repartais jamais sans que l'on m'ait conté quelque chose de beau, de paisible avec le langage de l'affection.

« …Plus tard, ils ont quitté notre immeuble, car ils avaient de nombreux enfants, mais je ne manquais pas d'aller les revoir ; ils ont été un modèle pour moi. Je me suis promis de construire ma vie et mon couple sur ce que j'avais pu ressentir en leur présence : une harmonie véritable entre un homme et une femme autant que la volonté efficace d'être heureux. »

« …Est-ce que je n'idéalise pas un peu ? Certainement, mais peu importe, car leur exemple m'a donné le goût d'autres valeurs et a suscité en moi le désir de construire à mon tour un couple et une famille fondés sur ces mêmes vérités, en faire quelque chose de vivant, sans relation de force ni concupiscence. N'est-ce pas la solution pour montrer que la société peut évoluer de façon positive, devenir plus saine et se renouveler dans un espace plus élargi et plus lumineux ? »

Le lai du Chèvrefeuille de Marie de France : « Bel ami, ainsi va de nous, ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

Jeanine Ercole



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SOS Psychologue



Que ce soit à deux ou à plus, l'Autre, le Différent est bien souvent celui qui ne vous comprend pas, qui décidément ne vous entend pas. Vous, pourtant si claire, si logique dans votre raisonnement, dans l'expression de vos émotions aussi entières que natures, vous qui ne vous économisez pas en effort pour faire plaisir à l'autre, lui être agréable, lui donner cette si bonne image de vous-même.

Que s'est-il passé ? Encore une fois, la colère, l'incompréhension, la discorde, la confusion. Le malentendu s'installe, il y a méprise, c'est la haine qui donne le ton du climat ambiant et le cercle vicieux s'installe. Jusqu'où ? La rupture ? Le divorce ? La guerre ?

Des mondes différents qui s'affrontent, se confondent. Pourquoi est-ce une telle épreuve qui même s'il y a des petites victoires ne permet jamais de se reposer complètement, de se laisser aller à cette utopique harmonie absolue, ce bonheur d'une convergence de vue et de réalisations totales à deux ou plus.

Ce rêve d'éternité, de fusion n'existe que dans nos esprits avec notre mémoire distendue et élastique dans sa chronologie.

Ces moments intenses de conflits ou de bonheur nous laissent des traces et des empreintes qui selon leur force impriment un ressenti plus ou moins moteur que nous n'aurons de cesse de retrouver dans notre vie future : nous tournerons nos efforts dans ce sens et chercherons les occasions de revivre, retourner à ces ressentis mémorables. La vie ne nous laisse pas de répit quand nous nous posons sur une branche. Telle la formule E = MC2, notre énergie n'existe que dans le croisement d'une masse et d'une vitesse. La vie, la dynamique, le ressenti, en effet, n'a de sens que quand l'objet s'inscrit dans un mouvement. Une masse en soi n'est rien dans notre monde. Mais si cette masse ou matière est en action, elle est énergie et dynamisme. Nous n'existons que dans ce mouvement qui donne sens ; repliés dans notre coquille, sur nous-même, nous ne sommes rien. Ce qui nous donne du sens, une place, une existence, une histoire, c'est l'autre, la société à laquelle nous appartenons.

En nous et hors de nous, vivent des énergies constructives et des énergies destructrices. Mettons-nous à distance de nous-mêmes et des autres, concentrés sur les faits et situations pour mettre en exergue les bonnes énergies qu'elles viennent de nous, de l'autre ou de la société. Ce n'est qu'à ce prix, en s'orientant et faisant le choix du constructif que les énergies feront avancer le monde. La potentialité et la richesse de celles-ci sont immenses pour progresser et évoluer ensemble au prix d'humilité, d'écoute et d'une humanité sans cesse renouvelée. Profitons de l'instant présent en y étant le plus investi et disponible possible avant qu'il n'appartienne au passé, pendant qu'il est là, bien vivant. À nous de le partager, ce qui est probablement la meilleure façon de le vivre en couple ou en société.

Agnès de Viaris