NUMÉRO 110 REVUE MENSUELLE décembre 2006-janvier 2007

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Le labyrinthe
 
Bernard, Hervé La dépression
 
Bouket, Gaël Dépression
 
Ercole, Jeanine La dépression
 
Giosa, Alejandro Depresión
 
Labraidh, Seonaidh Depresión
 
Neulat, Laura Dépression et Culture: introduction à la dépression en Chine
  Dépression
 
Recher, Aurélien Dépression
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves d'octobre 2006


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Lorsque le temps de la dépression sera accompli, je guetterai le retour de mon navire. Si je réussis cette entreprise, je hisserai les voiles blanches à la place des voiles noires avec lesquelles je suis partie un jour. Mon cœur exultera de joie et je ferai des sacrifices à Poséidon pour avoir apaisé la mer.

J'avais eu le sentiment d'une complicité avec cette partie noire de moi-même.

Dans la Grèce antique, la figure d'Ariane qui par son importance était souvent objet de culte, mais aussi et surtout pour son aspect de fille du soleil, vierge solaire et symbole de printemps, était liée à celle de Dionysos avec des aspects souvent ambivalents, car elle avait un côté joyeux et douloureux, funèbre et lamentatif.

Ah, le fil d'Ariane que je cherchais dans la nuit sombre quand je ne voyais que la mort autour de moi. C'était le symbole d'une position limite.

Le symbolisme du fil indique toujours, même sous la forme de chaîne, de corde ou de simples tracés graphiques, un enchaînement de différents états d'existence. Ce fil a toujours la volonté d'indiquer comme un nœud vital, une question dont l'interruption équivaut à la cessation de l'état morbide, typique de la dépression.

Accepter de sombrer dans la dépression, c'est aussi être conscient de la confrontation nécessaire entre l'ombre et la lumière.

J'ai vu mon bateau se perdre avec ses voiles noires, une nuit d'hiver sans destin où l'homme que j'aimais s'est éteint sans avoir laissé la clé et le secret de la survie. Je suis veuve dans mon bateau et sans pouvoir me retenir d'une descente infernale. Plus encore qu'infernale, car je savais que j'étais vivante et que je ne pourrai pas mourir de cette descente. Mon corps était devenu si lourd et solitaire que volontairement je m'enfermais en moi-même en refusant toute aide, toute compassion. À ce moment-là, il aurait été si facile de partir moi aussi dans l'immensurable éternité et de ne pas vivre encerclée de défenses pour ne pas accepter l'évidence de la maudite séparation. Et le corps faisait son chemin, de plus en plus tourné vers la vie. J'étais confrontée à la position entre un désir de disparaître et l'impossibilité d'imaginer la disparition. Je ne voyais pas la fin du voyage, je ne la vois même pas aujourd'hui, mais je soupçonne avoir pris ce labyrinthe, comme par nécessité, pour bien plonger dans la confusion la plus absolue et m'empêcher ainsi même de m'auto diagnostiquer une dépression. Cette dépression aurait pu passer inaperçue, dans le déni le plus absolu.

Peu à peu, j'ai donné ma chair à manger au Minotaure. Je ne pouvais pas faire autrement que de regarder ce que j'avais laissé tomber sur mon chemin comme sacrifice rituel et périodique afin d'alimenter ce monstre caché dans les méandres de ma confusion.

Ce fut un autre départ, quelqu'un de bien aimé qui m'a permis de comprendre la dépression totale dans laquelle je vivais. Les images menaçantes commençaient à arriver, des rêves absurdes, mais incontournables. Que pouvais-je faire, en regardant la maison vide, les textes écrits à la main et inachevés, le bruit du silence ? Pendant une année, j'avais plus ou moins réussi à colmater les trous de ma souffrance inavouée.

Je ne sais pas encore si je réussirai, pour le moment, cet enfermement n'est plus dépressif, mais une défense.

Je suis sûre que la dépression ne pourra pas me tuer. Mais pourrais-je tuer la dépression, pénétrer comme Thésée dans le labyrinthe, couper la tête d'homme que porte le Minotaure, sacrifier enfin le monstre conçu dans le pêché de la non acceptation de la condition humaine ?

Il n'y a pas de larmes dans mon bateau à voiles blanches. Tout devient plus clair. Les douleurs sont les douleurs. Le corps parle, habité, à tel point qu'une nouvelle identité émerge à partir des profondeurs. L'homme de ma vie ne souffre plus, mais, pour sortir de ma dépression, je dois vivre à retardement les souffrances par lesquelles il a dû passer. De toute manière, expérimenter la douleur, ce n'est pas ressentir sa douleur, mais vivre ma propre interprétation de son calvaire passé. Je souffre du silence dans lequel il avait vécu pour ne pas dire l'irrémédiable, pour ne pas dire « je m'en vais », « je dois partir ». Mon sang reçoit le reflet de ses carences. Mes muscles se contractent comme il a dû se contracter pour retenir la peur, inscrite dans l'être humain, de la mort imminente.

Je le vois toujours venir à moi après être passé par le labyrinthe des hôpitaux pour se faire transfuser encore et encore avec des soins palliatifs de moins en moins efficaces.

Il n'y a pas eu de confession de sa part.

Nous étions si complices. Il a voulu vivre jusqu'aux derniers instants. Moi, j'étais d'accord. Je n'ai rien fait pour le retenir au-delà de ses forces, mais j'ai tout fait pour qu'il vive le plus longtemps possible. A cette époque-là, le temps passait et moi j'étais toujours dans le déni. Il aurait pu me crier « je suis mortel ! », cela aurait été inutile. Pour moi, il était immortel.

Des images de l'Hôtel-Dieu… Ce matin, de façon abrupte, une image, l'accueil de l'Hôtel-Dieu et soudain, dans un coup de douleur physique, j'ai revécu l'ascenseur orange qui montait au quatrième et la salle Sainte Martine au bout du couloir.

En réalité, c'est toujours trop tard. Et pour sortir de la dépression, il faut reconnaître l'instant juste, précis, de l'illumination. À cet instant unique, que je suis en train de vivre, toute tentation de dépression disparaît par la présence de ces souffrances de manque.

Tout est devenu complètement réel, chaque scène. Peut-être n'ai-je pas été dévorée par le Minotaure, parce que j'étais si aveugle que j'ai dû passer devant lui sans le reconnaître.

Je l'aimais tant que je ne pourrai jamais l'éloigner de mon âme. J'offre à sa mémoire tout ce que je lui donnais de son vivant. C'est pour cela que mon bateau n'a plus de voiles noires.

Je me souviens d'un rêve fait le 23 octobre 2003, qui s'avère sans aucun doute prémonitoire :

« Je suis dans une soirée de grand luxe, dans des jardins immenses, à la tombée du soleil. La lumière des lampadaires me semble un peu confuse. En face de moi, un tunnel sombre. Je le traverse, d'abord montant, puis descendant. Je sors et commence à descendre une pente recouverte de gazon. La terre étant humide, mes talons pénètrent dans le sol. Mon compagnon à ma gauche s'avance pour protéger ma descente. Une voix off me dit « c'est la dernière courtoisie ». Je ressens une grande douleur dans le rêve. »

C'est aujourd'hui la fin de la dépression.

Fait à Paris, le 28 janvier 2007.
Il fait froid, les petits oiseaux ne chantent pas pour le moment,
ils viendront peupler la cour pour le printemps.
J'ai l'impression que mon écoute vient de s'ouvrir aujourd'hui.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La dépression est devenue à la fois banale pour qui zappe sur les médias qui nous environnent et à la fois dramatique pour qui l'a approchée de suffisamment près. Il n'est en effet quasiment pas une journée sans qu'une actualité télévisée, un documentaire, une émission spécialisée ou un magazine n'étalent sa vision du dossier. La chose est étiquetée, « mise en boite »… électronique ou médiatique comme selon un schéma défensif psychologique classique pour éviter qu'elle n'ajoute à l'angoisse et au stress ambiants.

Mais quel est ce mal impalpable qui plonge celui qui en souffre dans un abime qui peut durer de longues années, voire pendant une vie entière ?

Quelques rappels terminologiques toujours bien utiles pour comprendre une réalité qui ne se donne pas à voir simplement d'un seul coup d'œil ! En géographie, une dépression désigne une zone de terrain où le niveau s'abaisse rapidement et profondément par rapport au niveau environnant. Au point que l'impression première, quand on aborde une dépression, est une chute sans point de repère ni visibilité sur la fin de ce qui ressemble en première approche à une « descente aux enfers ». Dépression, n'est-ce pas étymologiquement une diminution ou une chute de la pression, comme si tel un avion volant dans les airs, un trou d'air nous faisait tomber brutalement avec une sensation de surprise désagréable et une interrogation soucieuse de la suite des événements, comme si quelque chose d'incontrôlable nous envahissait à notre insu, sans crier gare.

La dépression est une « terra incognita » où la solitude, la peur, la fuite des points de repère et d'attache convergent pour nous emmener comme très loin de la réalité quotidienne de notre environnement physique et psychologique. Les autres deviennent distants, perdant leur attrait habituel, leur capital habituellement regénérateur d'énergie comme si l'autre, en négatif de la dépression, devenait cet objet finalement nécessaire pour vivre, pour survivre, pour préserver cette pulsion de vie qui nous fait rebondir de projets de vie en tranches de vie, la plupart du temps selon un processus et un vécu complètement non conscients.

Mais quel est ce processus, quel est ce cheminement des événements, quelle est cette cause si obscure qui nous projette ainsi presque d'un jour à l'autre, qui nous fait basculer du haut d'une falaise vertigineuse vers un lieu indéfinissable qus nous n'avions ni prévu, ni même envisagé ou imaginé ?

Certes les signes annonciateurs existent toujours pour toute situation future exceptionnelle pour peu que nous fassions un retour en arrière sur la chronologie des événements. Le passé ne peut pas être changé, mais il peut être lu autrement. Et ce qui paraissait à l'époque anodin, sans importance se révèle chargé de sombres présages que souvent nous ne voulions pas voir, ni reconnaître, ni décrypter. Notre instinct de vie, notre conscience intérieure, cette voix qui nous met en prise directe avec notre réalité intérieure et profonde, s'est brusquement entravée dans son fonctionnement habituel, comme si une force contraire nous faisait d'un seul coup ou progressivement devenir aveugle et sourd à de si nombreux messages pour qui prend le temps de les écouter, les assimiler et les intégrer à son histoire de vie.

En réalité nombre de signes avant coureurs nous ont indiqué que quelque chose de particulier, nouveau, inclassable allait arriver. Mais sans dictionnaire pour décrypter le(s) message(s), ni guide pour nous suggérer la bonne conduite à adopter, sans le réflexe de vie adéquat, car une dépression est le genre d'événement qui n'arrive qu'une fois dans la vie nous nous sentons comme paralysés, témoin parfois simplement vaguement inquiet d'une lente descente.

Ce n'est souvent qu'au fond du trou ou après avoir déjà depuis bien longtemps descendu que nous comprenons que la vie n'est plus comme avant avec son flot d'heureux et de moins heureux événements, entrecoupé le plus souvent par un flux d'activité à la tonalité plus neutre. Notre corps et notre esprit ne répondent plus comme avant à la sollicitation de la vie. L'humeur devient triste, sans couleur, apathique, l'émotion devient étrangère, le corps devient pesant, atone, perdant peu à peu ses qualités dynamiques, le moteur intérieur s'endort comme dans une sorte d'hibernation somato-psychique que la seule volonté ne peut contrer. Il faut, semble-t-il, attendre la saison prochaine. Sauf que dans la dépression le temps du prochain printemps obéit à une logique psychique en dehors du temps physique.

Mais alors quelle est la logique propre à la dépression ? Tout mécanisme poussant à une perte d'un équilibre antérieur possède à la fois sa propre raison et son remède devant conduire à un nouvel équilibre de l'être. Comme si le cosmos nous plongeait brusquement dans un bain d'eau glacée pour nous faire réagir selon des schémas nouveaux, peut-être plus primaires, afin de produire un changement de l'état de l'être, afin d'éviter une catastrophe étrique qui serait arrivée si tout avait continué comme avant. Une force impérative nous commande de changer notre vision des choses et des êtres, notre mode d'équilibre, notre relation à la vie, notre dynamique de construction de projet.

La difficulté et son secret résident dans le fonctionnement inconscient de ce processus. Comme s'il valait mieux ne rien savoir de ce qui nous attend afin d'éviter la montée de défenses inadéquates et contraires à la capacité de chagement. Accepter la dynamique est certes facile quand on la reconnaît, mais devient bien difficile, voire surhumain quand il fonctionne à l'aveuglette, sans point de repère ni espoir.

La dépression est un long voyage qui laisse des souvenirs marqués à jamais dans la conscience de l'être, comme des engrammes entre la vie et l'au-delà.

Hervé Bernard



La question que je me pose : peut-il y avoir en moi un phénotype dépressif comme il existe, en certaines personnes, un phénotype autiste ?

S'il y en a un, il se situe certainement en moi au niveau de ce sentiment qui m'habite parfois que tout est trop difficile. Il y a ce moment où il me semble perdre pied. Rien n'a pourtant changé dans ma vie, mais tout est lourd, écrasant. Je ressens alors un refus de me battre, je rêve d'une vie sans effort, linéaire, où tout est simple, facile à intellectualiser, statique.

Et je suis face à la réalité de la vie : un mystère insondable, un perpétuel changement où rien n'est acquis et où tout se gagne à la sueur du front.

J'ai envie de pleurer, de mourir, que tout s'arrête. Je lutte contre la vie elle-même.

Ces moments sont très souvent liés à l'inactivité, des temps de « légumage » qui alimentent ma paresse, ou à une hyperactivité désordonnée où je ne suis pas en contact avec moi-même. Ma vie consiste souvent à errer entre ces deux réalités, perdu. Des situations où il n'y a pas de recul, pas de conscience, vivant dans un corps qui n'est pas habité, livré à lui-même, abandonné. L'état dépressif est à la hauteur de cet abandon de soi.

Aujourd'hui, il me semble que la sensation dépressive est un cri d'alarme, une confrontation avec une réalité, celle de passer à côté de moi-même.

Mais que faire de ce constat ? J'opte souvent pour deux solutions : laisser passer l'état désagréable et repartir de plus belle dans le néant, jusqu'à la prochaine prise de conscience, toujours plus violente et qui se mêle à la culpabilité de n'avoir rien fait ou alors plonger dans la dépression jusqu'à ne plus être capable de rien faire du tout, rongé par la négativité.

Je pense à ce poème de Verlaine :


« Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?


Mouette à l'essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
à tous les vents du ciel balancée,
Et biaisant quand la marée oblique
Mouette à l'essor mélancolique.


Ivre de soleil
Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
La brise d'été
Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.


Parfois si tristement elle crie
Qu'elle alarme au loin le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l'aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !


Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ? »

Mais à quoi peut servir l'état dépressif dans la construction de l'être ? Une prise de conscience ? Comment la rendre utile au quotidien ? La question est encore une fois posée : qu'est-ce que cela veut dire aujourd'hui dans ma vie ? D'où vient ce malaise ? Comment agir ? Par où commencer ? Comment utiliser ce que je suis aujourd'hui pour changer la situation ? Où suis-je ?

Fait à Paris, le 8 décembre 2006, il est 20h30, il y a six ans, je rencontrais cette femme qui porte aujourd'hui mon enfant. Que la paix soit avec nous et tous ceux qui nous accompagnent. Je porte la cote de maille et bénis l'épée qui découpe les démons.

***

« Quand la caverne est vide le feu s'allume ».

Pression atmosphérique = pluie, eau.

+ Dépression atmosphérique = soleil, lumière, chaleur.

= équilibre nécessaire à toute vie.

Villandry, le 11 décembre 2006, le feu réchauffe ma maison. A G de M et G de M. Pour que toute chose soit découverte et comprise. En reconnaissance.

***

Le chemin est encore très long. La dépression vient en moi comme une longue expiration, un souffle sur ma vie. J'organise mon paquetage. Il y aura les rôdeurs, la longue traversée du désert et au bout du chemin, le dragon à affronter, à vaincre, libérer la princesse en haut de sa tour. Le chemin est immense. Avec moi, mes compagnons, mais il faudra aller au bout seul, guidé par quelques anges, par l'espoir d'un royaume qui attend le retour de son maître. Il faut être prêt. J'ai confiance, à la fin, ils se marieront et auront beaucoup d'enfants. Aujourd'hui, il faut se résigner à quitter la maison de l'enfance, ne pas se retourner.

Un rêve : « Un groupe de jeunes musiciens se produit devant moi, ils sont nombreux. Je reconnais le nouveau guitariste qui a pris de l'assurance. Ils jouent la musique de leur deuxième album. J'avais beaucoup aimé le premier. Il manque le musicien que je préférais, remplacé par le jeune guitariste. J'écoute attentivement. Ils me demandent mon avis. Malgré mon affection pour eux, je dois leur dire que leur musique est inconsistante, ils n'ont pas cherché à recréer quelque chose de juste et profond. Ils sont restés à la surface et ont reproduit l'apparence ce qui avait été merveilleux avant, le contour de leur concept qui avait été si original et si riche. Ils doivent se remettre au travail, retrouver le « feu » pour approfondir leur musique, puiser en eux. »

L'autosatisfaction est un frein gigantesque, une menace permanente. Que mon phénotype dépressif me pousse à prendre la route sans impatience.

Fait à Paris, le 22 décembre 2006. J'ai froid aux mains, mais le feu n'est pas éteint. L'absence marque la présence aujourd'hui plus que jamais.

***

Encore une fois Verlaine, pour la plus terrible des canicules :

« Un grand sommeil noir
Tombe sur ma vie :
Dormez, tout espoir,
Dormez, toute envie !


Je ne vois plus rien,
Je perds la mémoire
Du mal et du bien…
Ô la triste histoire !


Je suis un berceau
Qu'une main balance
Au creux d'un caveau :
Silence, silence !

Fait à Villandry, le 1er février 2007. Encore les mains froides, peut-être bien le sang un peu glacé. Patience, patience, patience et observation.

Gaël Bouket



La dépression : comment s'en sortir ? Comme dans un labyrinthe : par le haut.

Nous vivons à une époque où l'affectif et l'émotionnel prévalent sur l'intellect et la volonté et faussent ainsi le discernement. Époque attachée à l'image et aux jeux qui appartiennent au monde de l'enfance ; images qui font rêver, ou qui procurent des sensations fortes, il en est de même pour les jeux qui monopolisent et le temps et l'énergie, images et jeux seront toujours à renouveler. On s'y enferme, on s'y accroche, on s'y identifie… Certes, ne nous plaignons pas, le monde de l'imaginaire est bien nourri ! Mais par quelle sorte de nourriture ? On parle beaucoup de la malbouffe actuellement. Je crois qu'elle peut s'appliquer à de nombreux domaines aussi bien physiques que psychiques. Quelle formation peut-on retirer de ces divertissements plus ou moins obsédants ? Dès le départ l'individu est fragilisé par l'absence généralisée d'éducation et par une non transmission des valeurs essentielles. Combien n'assument-ils plus ? Ne s'assument-ils plus ? À la moindre tuile, c'est tout de suite la déprime, le vide du cerveau, la plainte geignarde, tyrannique et sans pudeur, sur fond de sentimentalisme dégoulinant ; tant pis si le milieu en pâtit plus ! Ou bien alors, c'est la fermeture sur soi, sans plus de porte de sortie, parce que les projections n'opèrent plus, faute d'objet, les fantasmes tournent à vide.

Ne pouvant s'aider soi-même pour sortir de ce marasme, le manque de volonté et de conscience étant trop brouillé, on accourt chez son médecin, il trouvera bien un remède miracle : les antidépresseurs sont là ! Il ne manquera pas de vous en prescrire au lieu de vous en préserver. La France n'est-elle pas le pays où l'on en consomme le plus ? Alors que certains remèdes ne maintiendraient pas sous une telle dépendance.

Ainsi, beaucoup de déprimés donnent dans le roman feuilleton et pas toujours du meilleur goût. En fait, il ne s'agit que d'une souffrance égotique face à une dépossession réactivant frustrations et complexes mal digérés à l'adolescence. La déprime pour ceux-là sans doute est un luxe qui leur permet d'exister à travers leur histoire dont ils grattent la plaie. Ils peuplent en majeur partie le cabinet des psychologues ou des psychiatres qui savent prêter une oreille attentive et bienveillante à toute souffrance même si elle est issue d'une moindre authenticité ; mais ces derniers ne manquent pas de faire la différence entre le vrai problème et le faux problème, entre la véritable épreuve et la fausse épreuve. Une souffrance et un stress profonds peuvent aller jusqu'au suicide en l'absence de tout soutien. Une marque d'amour, soyons-en certains, tirerait d'une vraie désespérance ceux pour qui la vie ne présente aucune solution face à une quête qui ne trouve pas de réponse.

Qui dit dépression dit chute de pression du tonus neuropsychique, d'où un fléchissement passager ou durable de tension nerveuse. C'est un terme général dans lequel on enferme, comme dans un fourre-tout, les états émotifs les plus divers et les plus indéfinissables, plus ou moins pathologiques, mais dont les symptômes sont communs ; par exemple le sentiment de culpabilité, d'infériorité, d'échec, d'agressivité refoulée, d'impuissance, etc. Le dépressif a en lui comme un miroir mal placé qui déforme toutes les circonstances qu'il perçoit à travers ce miroir ; certains en souffrent à défaut d'une autre nourriture.

Alors, comment en sortir de cette déprime ? De ce mal-être ? Nous savons que c'est le travail des psychologues ou autres praticiens qui sont là pour guider leurs patients et endiguer les sensibilités à la dérive ; Ils les ramènent ainsi à un vécu davantage en prise avec le réel.

Mais de nous-mêmes, pouvons-nous agir pour que la cure avance et soit tout à fait efficace ? Pourquoi pas ? C'est simple si nous acceptons d'être courageux pour faire taire les images mentales qui entretiennent les états-émotifs douloureux qui y sont liés. Faire taire ce qui a provoqué la dépression, en mettant le pied sur le frein dès que ces images prennent forme dans le mental, vont envahir la sensibilité et nous en rendre prisonnier. Refuser tout rappel de la mémoire qui veut retrouver les émotions et les sensations perdues. Laisser passer ses pensées comme des nuages ou, encore mieux, substituer volontairement, à ces rappels, un autre objet mental ou se concentrer sur un travail concret en y apportant toute son attention. En un mot, réprimer, dès leur naissance, les représentations qui ont été la cause d'une rupture d'équilibre plus ou moins profonde et douloureuse. La répression n'est pas dangereuse sur le plan psychique, ce n'est pas un refoulement ni même une fuite, car elle est consciente et voulue.

Essayez si vous désirez véritablement vous en sortir en choisissant la vie, c'est-à-dire ce qui est devant vous, mais sans trop vous retourner.

A vous de jouer !

Vous gagnerez !

Jeanine Ercole



Une révision de la littérature disponible sur la dépression et la culture chinoise montre qu'on dispose en Occident de sources assez restreintes. Trois types de recherche d'articles intéressaient particulièrement pour rester au plus près de la culture : des auteurs occidentaux qui ont travaillé en Chine, des traductions d'articles chinois, et des articles écrits en anglais par des chercheurs chinois pour des congrès internationaux et qui se basent, en partie, sur des articles écrits en mandarin.

Dans la première catégorie, les publications du Docteur Kleinman, directeur du département de médecine sociale à l'université de Harvard et professeur de psychiatrie à l'hôpital de Cambridge, et de son équipe et celles du Dr Bond, professeur à l'université de Hong Kong sont fondamentaux. Le premier a vécu et travaillé en Chine et à Taiwan, s'intéressant particulièrement à la dépression et au suicide chez les Chinois. Le Dr Bond vit toujours à Hong Kong où il dirige un laboratoire de recherche et travaille activement sur cette population.

Le site Web de la Acta Psychologica Sinica propose bon nombre d'articles sur des recherches faites en Chine. La présentation du site est en anglais, mais les articles sont, en grande majorité, écrits en mandarin. De toute façon, les articles dans les domaines en relation avec cette recherche n'y sont pas abondants.

La troisième source, plus abordable, requiert une recherche et une lecture d'articles minutieuses, afin d'y déceler particulièrement ceux en relation avec la dépression, écrits par des auteurs Chinois ayant travaillé en Chine et faisant de la recherche pour le compte d'universités occidentales. Cette source est, de loin, la plus vaste. Citons en exemple l'anthropologue Francis Lang Kunar Hus, né et élevé en Chine, éduqué en Europe, qui a fait sa carrière universitaire aux Etats Unis. Le Professeur Lang a publié la première étude comparative des Chinois et Américains en 1953 et n'a cessé de s'intéresser à ce thème jusqu'à sa mort, dans les années 90. Un autre chercheur, Jinkook Tak, professeur à l'université de Kwangwoon, en Corée, a fait des recherches avec des collègues américains, notamment une étude sur l'évaluation de la dépression et de l'anxiété en Asie en 2003.

Comment la mesurer ? C'est une question qui soulève le problème de l'utilisation d'échelles occidentales dans un milieu chinois. Si on fait un bref tour d'horizon des échelles et des populations asiatiques, on voit qu'il semble ne pas avoir d'échelle de dépression créée et utilisée en Chine et traduite, mis à part la mention par Bond (1986) et par Leong, Okazaki et Tak (2003) de l'échelle auto administrée de Zung (SRDS, ou Self rating depression scale, 1965). Mais il semble impossible de se procurer l'échelle originale. Les recherches ayant utilisé cette échelle sont en chinois et n'ont pas été accessibles, malgré des demandes faites à différentes universités chinoises. De son côté, la version en anglais signale qu'il n'y a pas d'études faites avec des minorités et qu'elle semble plus adaptée à la clinique !

La BDI (Beck Depression Inventory), a été utilisée avec des populations de chinois migrants. Toutefois elle ne semble pas avoir été le sujet de recherches consistantes en Chine même, mais a été plutôt utilisée dans la version américaine et non standardisée, de manière indépendante, par des chercheurs universitaires faisant des études en clinique pathologique (Leong, Okazaki & Tak, 2003). Les mêmes observations peuvent être faites pour la "Hamilton Rating Scale for Depression" (Hamilton, 1997).

De ce vaste débat sur l'utilisation avec des populations asiatiques de mesures créées en Occident, il en ressort des positions diverses et parfois extrêmes. Mais de mon point de vue, on pourrait conclure qu'étant donné le peu d'études faites en Chine, le manque d'instruments de psychométrie chinois et le nombre très limité d'études sur la validité d'échelles occidentales avec cette population (avec des résultats souvent positifs, mais parfois contradictoires), il semblerait légitime, pour le moment, de faire de la recherche se basant sur ces échelles élaborées en Occident tout en essayant de les remettre dans le contexte de la culture chinoise, pour précisément contribuer à mieux la connaître.

Par ailleurs, les recherches montrent que les Chinois sont plus à même de se plaindre des symptômes psychosomatiques que d'autres problèmes. Les spécialistes disent que les Chinois "somatisent" la dépression (Leong, Okazaki & Tak, 2003), les consultations de type "psy" ne faisant pas partie de leur culture. Les aspects psychologiques et sociaux des maladies, y compris la dépression, ne sont pas du tout soulignés dans le système de santé chinois. Les patients qui en souffrent expriment plutôt un sentiment d'ennui, de malaise, de "pression intérieure", et / ou des symptômes de douleur et de fatigue. Le diagnostic de "neurasthénie" est ainsi beaucoup plus répandu (Kleinman, 1985) qu'en Occident et plus fréquemment établi que celui de dépression. Kleinman souligne que beaucoup d'immigrants chinois aux Etats Unis trouvent le diagnostic de dépression inacceptable. Le "xin-qing bù-hao" en Chine, décrit un état qui englobe un ensemble d'émotions et de manifestations des malaises psychologiques. Ce terme est intraduisible, car il n'y a pas de mot dans notre langue qui exprime cet état global, les états étant décrits dans notre culture de manière différenciée (anxiété, dépression, somatisation, phobie). Un autre syndrome spécifique à la culture chinoise est le "Koro", décrit en Chine depuis cinq mille ans (Gardiner & Kosmitzki, 2002). Le "Koro" est associé avec une anxiété aigüe et intense aux parties génitales, dont on a l'impression qu'elles se rétractent dans le corps, et dont le sujet craint que la mort en résulte.

La recherche en psychologie interculturelle clinique montre que certaines pathologies, telles les maladies psychosomatiques ou les addictions, sont des pathologies culturelles récurrentes (Couchard, 1999). Il semble donc clair que certains affects peuvent être les mêmes à travers les cultures, mais d'autres peuvent être propres à une culture et d'autres encore à l'individu.

C'est-à-dire que, d'une certaine manière, la culture chinoise garde à distance et réduit l'intensité de l'anxiété, les sentiments dépressifs, les peurs, en les maintenant non différenciés pour mieux les gérer. Un psychiatre indien dans un colloque sur la dépression a interpellé les intervenants leur demandant si, au lieu de dire que les asiatiques somatisent la dépression, ils ne s'étaient pas posés la question inverse, à savoir, si ce ne sont pas les occidentaux qui limitent au terrain psychologique la dépression.


Références :
  Beck, A. (2005)  : Page personnelle du Dr Beck, M.D. http://mail.med.upenn.edu/~abeck
  Bond, M. H., Hwang, K.K. (1986)  : The Psychology of the Chinese People, Hong Kong: Oxford University Press (China) Ltd
  Couchard, F. (1999)  : La psychologie Interculturelle Clinique, Paris, Dunod
  Hamilton, (1979)  : Journal of Operational Psychiatry, 10:2, 149-165. http://www.healthnet.umassmed.edu/mhealth/HAMD.pdf (1997)
  Kleinman, A. (1985)  : Culture and Depression, Berkley : University of California Press
  Leong, Okazaki & Tak (2003)  : Psychological Assessment, 15: 3, 291-305. Washington DC, USA : American Psychological Association
  Zung, W.W. (1965)  : Arch Gen Psychiatry, 12, 63-70
Laura Neulat



Robert a chuté quand il est rentré en Prépa. C'est juste à ce passage difficile de sa vie que ses parents sont partis vivre en province, le laissant bien bordé dans un foyer pour jeunes étudiants sérieux. Mais Robert s'est senti tout de suite «largué», complètement largué et incapable d'y faire face. Le premier Noël, déjà, tout allait mal. Il s'est fait virer en douceur de l'école à cause de ses résultats. Mais les parents voulaient croire en lui, croire en eux, croire en leur espoir, et ils l'ont changé de prépa. Depuis, une autre école avec pépa intégrée, un début de BTS, une année d'université, une autre année d'université, comme pour se dire qu'il pouvait y arriver; cela fait cinq ans, et cet étudiant capable, est toujours à Bac+0. À chaque fois qu'il entreprenait un nouveau projet académique, il le faisait, parce qu'il croyait qu'il allait arriver. Et à chaque fois, c'était l'échec. Quand son père, las de financer ce «bon à rien», l'a obligé à s'inscrire à l'armée, Robert a pu parler de sa grande douleur morale et a demandé de l'aide. Les mots du père reflétaient bien ce qu'il ressentait, il est un bon à rien. Il suit depuis une thérapie. Cela fait un mois. La vie continue.



Veronica se rappelle peu de l'été 1999, été de ses 23 ans. Seul un sentiment de désespoir. La douleur morale, invasive et permanente. Les crises d'angoisse. Les portes de l'enfer. Les portes de la Salpetrière. Les services d'urgences. Dormir sans se réveiller, s'écraser, se déchiqueter, se lacérer, parce que on se hait. Cette étudiante brillante qui avait tout réussi depuis son entrée à Louis le Grand, ne pouvait plus vivre. Ces sentiments sont toujours là malgré les années de traitement. En matière de traitement, Veronica a tout connu, les antidépresseurs, les électrochocs, les antipsychotiques, la thérapie, l'hospitalisation. Et puis, le désespoir de désespérer de trouver une sortie. La vie continue.

Le mari de Marthe est mort subitement d'une crise cardiaque à 63 ans. Marthe est encore une belle femme. Elle est forte et dure. Elle n'est pas déprimée, «ça ne va pas? Moi, déprimée?». Et pourtant, aux yeux qui l'observent, elle semble détachée de tout et n'a envie de rien. Si un praticien lui posait les dix questions de l'échelle de dépression de Beck, son score serait élevé: triste, découragée de l'avenir, sentiment d'échec, insatisfaction, sentiment de culpabilité, déçue, perte d'intérêt pour les autres, indécision, sentiment de laideur… Seules les tendances suicidaires auraient un score 0. Cette mort de son mari de quarante ans est une douleur morale qu'elle ne reconnaît pas, alors elle mange pour combler le vide, elle mange, et a pris trente kilos. Cela fait dix ans, et elle va mieux. Elle a remonté la pente, seule, car elle n'était pas déprimée. Dix ans, c'est long, surtout à cet age. Les kilos restent. Les genoux sont abîmés de supporter son poids. La vie continue.

L'humeur dépressive est cette douleur morale, accompagnée de la perte de l'estime de soi, et d'une vision négative du monde, de l'entourage, et aussi de l'avenir propre et de celui du monde. Robert, Veronica et Marthe vivent avec une douleur morale intense, avec un grand désespoir, ils ne s'aiment pas. Robert se dit que son père a raison, qu'il est un bon à rien, car il les a déçus. Veronica se lacère, car elle se hait, Marthe s'est défigurée avec son obésité. «Ils n'ont pas le moral», ces mots du langage courant expriment si bien la douleur psychique, ce sentiment pénible, invasif, voire insupportable.

En France aujourd'hui au cours d'une année, 3 à 6 % de la population vit avec cette douleur intense propre à la dépression (5 à 10 % aux États-Unis). Au cours de leur vie, presque deux personnes sur dix présenteront au moins un épisode dépressif (15 personnes sur 100 aux États-Unis). Et si dans ces trois vies dont on a esquissé la douleur, deux sont des femmes et une un homme, c'est parce que cela reflète bien la réalité, deux fois plus de femmes que d'hommes ont une dépression.

Chez Robert et Marthe il est aisé d'identifier un facteur ayant un rôle déclenchant, chez Veronica, c'est plus difficile. Mais ces facteurs déclenchants sont variés: biologiques, génétiques, psychologiques, sociaux. Toutefois, à conditions similaires, les réactions des êtres sont très différentes. Tout le monde ne fait pas une dépression dans les mêmes circonstances de vie.

Qu'est ce qui se passe dedans? Comment aider? Quels espoirs?

Les traitements dont ont dispose sont connus. On les a esquissés: thérapie pharmacologique, avec une armée d'antidépresseurs, accompagnés ou non d'anxiolytiques (efficaces sur 50% des personnes diagnostiquées avec une dépression majeure), thérapie, qui peut être cognitive, psychanalytique, cognitive comportementale (efficace, d'après des études aux Etats-Unis sur 50% de la populations avec un diagnostique de dépression) , puis s'il n'y a pas de changements, on passe aux thérapies de type électro-convulsive (électro-chocs). Jusqu'à présent cette thérapie a été utilisée avec un certain succès dans les cas lourds.

Quid de cas qui résistent? Une recherche dirigée récemment à Toronto, au Canada (2005), ouvre une toute nouvelle voie. Il s'agit d'une approche expérimentale de chirurgie qui a emprunté au traitement de la maladie de Parkison (DBS ou deep brain stimulation ou stimulation profonde du cerveau) sa procédure. Il s'agit d'implanter des électrodes dans la région du cerveau appelée Zone 25 et d'envoyer un faible courant électrique constant depuis un «pacemaker» implanté dans la poitrine (similaire, en faisant un grand raccourci, aux pacemakers implantés pour le cœur). Cette étude, dirigée par le Dr Helen Mayberg, qui depuis est professeur a Emory University, à Atlanta, États-Unis[1], se base sur l'observation que les patients dépressifs avaient un dysfonctionnement de l'activité de la zone 25 du cerveau.

Les résultas de cette étude expérimentale sont encourageants: des douze patient opérés, huit ont senti un soulagement de leur état dépressif, en même temps que les effets secondaires étaient minimes. Leurs scores dans le test de Hamilton est passé des scores proches de 30 à des scores d'un seul chiffre, c'est-à-dire dans la norme de la population. Ils ont repris les gestes, les liens, les relations, les sentiments que l'état dépressif profond leur avait fait perdre.

Les auteurs signalent que cette première expérimentation était faite pour tester une hypothèse de travail et non pas pour trouver un traitement. Le prochain pas, c'est une expérimentation sur une population plus grande et un recul pour pourvoir évaluer la stabilité de l'état des parents. Mais beaucoup de spécialistes pensent que ces résultats, s'ils se confirment, vont changer le paradigme de la dépression vers une nouvelle vision et compréhension de cette maladie. La vie continue, la recherche aussi.


  [1]  : http://www.medscape.com/viewarticle/520659
Laura Neulat



« Les voyages forment la jeunesse » dit le dicton. Ce vieil adage couramment utilisé est un exemple de vie. Celle des hommes est chevauchée d'expérience. Nous expérimentons tout le long de notre passage sur Terre. La vie nous met devant des épreuves que nous devons apprendre à surmonter. Certaines sont agréables comme le bonheur, la joie ou l'amour. D'autres, en revanche, sont plus difficiles à accepter : une défaite sportive, une rupture amoureuse ou la perte d'un être cher.

Pour moi, qui ne suis pas psychologue, je dirai que la dépression est une identification à une extrême dramatisation d'un événement passé. Souvent, et même toujours, au cœur de la dépression se trouve une émotion qui n'en finit plus de grandir. Nombre de gens regardent et se lamentent sur ce qu'ils ont perdu.

Il ne reste plus rien, il faut reconstruire.

La remontée est lente et difficile. Un de mes oncles s'est retrouvé dépressif. Sa femme l'a quitté pour aller vivre avec un autre homme après 25 ans de mariage. Il avait rompu tout lien avec sa famille, ses amis et même ses filles. Je l'avais revu dans un supermarché et l'avais trouvé rongé par la souffrance. Quatre ans après, mes parents, lui et sa nouvelle compagne se sont retrouvés pour une soirée au restaurant (mon père et lui étaient d'excellents amis). Ils furent très heureux de se revoir. À tel point que ma mère me dit : « C'est comme s'ils ne s'étaient jamais quittés ».

« La souffrance est l'épanouissement de la volonté ». Rares sont ceux qui ne souffrent pas.

Aurélien Recher



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