NUMÉRO 116 REVUE BIMESTRIELLE décembre 2007-janvier 2008

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Message-Mensaje Sur le courage Sobre el coraje
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Une leçon de courage
 
Bernard, Hervé Le courage
 
Bouket, Gaël Éveille-toi, courage !
 
Delagneau, Philippe Liberté et Société
 
Delagneau, Philippe Le courage
 
Giosa, Alejandro Coraje
 
Labraidh, Seonaidh Coraje
 
Maleville, Georges de Extrait du livre : L'Harmonie intérieure
 
Manrique, Carla Luchadora de la vida
 
Neulat, Laura Courage
 
Recher, Aurélien Le courage
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves d'avril 2004
 
Thomas, Claudine Le courage


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Prières et Méditations de janvier 2008
(Humberto Vargas Fallas - Misionero laico)

Accepte la bénédiction. Le Seigneur est en train de mettre dans vos mains un cadeau exceptionnel. Le cadeau d'un nouveau jour. Dans ce jour, vous pouvez commencer à croire en vous-même et à vous estimer dans tout ce qui a de la valeur dans votre vie. En cet instant, vous pouvez commencer à éliminer vos pensées déroutantes, votre tristesse chronique, vos émotions maladives, vos croyances erronées. Ne vous arrêtez pas à dialoguer avec votre manque de foi. Simplement, prenez la décision de croire. Ne vous arrêtez pas à dialoguer avec votre mésestime, donnez-vous de la valeur et partez de ce point pour devenir différent. Si vous vous trouviez au bord d'un précipice, je comprendrais votre hésitation à vous lancer dans le vide.

Mais vous ne devez pas hésiter à croire en vous-même. De ce que vous allez décider maintenant dépendra votre récupération émotionnelle. Souvenez-vous de cela : si vous dites, dans votre esprit, "je renonce". Une autre personne, au même moment, dira : merci Seigneur pour cette opportunité de réussir.

Souvenez-vous bien de cela, car c'est là que vous méprisez cette opportunité alors que quelqu'un d'autre le fera à votre place et réussira.

Accepte la nouvelle vie, la bénédiction.

Analysez votre vie et ayez le courage de changer.

Tout ce que vous ferez dorénavant, vous le ferez dans la joie avec enthousiasme en sachant qu'à partir d'aujourd'hui vous réussirez, car la bénédiction vous accompagnera sur votre chemin.

Guide mensuel de prières et de méditations communiqué par Jacqueline de Pierrefeu et Diana Villeda (Honduras)



Courage d'exister, de survivre, de supporter la platitude. Courage de taire notre demande de paix et d'élévation spirituelle, du réseau de conscience. Courage, courage, courage. Il s'agit d'un thème qui ne m'emporte pas vraiment, car c'est trop loin de mon expérience personnelle. Je n'ai pas de courage, je n'ai plus de courage ou plutôt je n'ai jamais eu de courage, car les événements les plus difficiles ont obscurci ma vie, mais ne m'ont pas donné de courage. À ces moments, je ne crois pas avoir eu de courage, j'ai laissé faire le devoir, parce qu'il s'imposait à moi. Pas de larme, pas de plainte, pas de jugement au sujet de l'injustice et de la place de Dieu dans mon destin, tragique parfois, mais toujours sublime, car vécu avec force et loyauté face à la condition humaine.

Peut-être la prudence a-t-elle gouverné ma vie, la dévotion, la fidélité à outrance avec mes valeurs et mes idéaux.

Je crois, comme Pascal dans son testament, qu'un homme est celui qui est capable « d'être seul dans sa chambre ». Il n'y a pas dans ma solitude « l'inquiétante étrangeté », les angoisses se sont dissolues à travers les années. Oui, angoisses il y a eu ! Mais contrôlées quand les raisons de leur existence venaient de moi. Incontrôlables quand la douleur venait de la trahison extérieure. J'ai su construire, je n'oserais jamais détruire, et aujourd'hui, je vis très simplement, humblement et sans courage. Si je pense à la vieillesse, à la douleur et à la mort, je ne vais pas plus loin, je n'imagine rien, le néant se fait, car ces choses terribles ne m'ont pas encore handicapée, elles ne sont pas « ici et maintenant ». Si le contrôle, la discipline, la ponctualité et la volonté sont en principe les éléments constitutifs du courage, peut-être suis-je courageuse. Peut-être pouvons-nous parler, d'une certaine façon, de vivre le réel des situations les plus diverses.

Fait à Paris le 10 janvier 2008.
Je me laisse surprendre par le thème
et je t'invoque pour établir une définition
d'après une expérience de la vie au sujet du courage
dont pour moi la difficulté est de le voir.
Toi, tu as eu le courage,
mais c'est moi qui écris aujourd'hui.

***

Je n'ose pas conceptualiser le courage. Je doute… Ne serait-il pas de la simple résignation ? De toute façon, je crois qu'il s'agit d'une attitude responsable, acquise à travers le temps par l'acceptation de la frustration du principe du plaisir au bénéfice du principe du devoir… Ne rien laisser pour le lendemain, agir consciemment dans « l'ici et maintenant » en ne tenant pas compte si la tâche à accomplir nous convient ou nous déplaît.

Jung disait que si, à la fin de la journée, un sentiment indéfinissable, un certain malaise nous gagnaient, il fallait se demander : « Quelle est la tâche que je n'ai pas accomplie ? ». Je disais que je n'avais pas de courage, mais peut-être que je le possède, car il n'y a que la mort qui puisse m'interdire de faire ce que je dois faire : assumer la vie, faire face à la solitude que nous n'avons pas demandée, enterrer les morts et aider à vivre en habitant ses corps, les vivants désespérés et désemparés par ses vides intérieurs.

***

Je laisse ma porte ouverte aux demandes des autres, je réponds. Celui qui ne vient pas vers moi avec confiance pourra la trouver plus tard. Je suis optimiste. Je crois à la force de la foi comme expression unique du courage.

Si nous voulons, nous pouvons et si nous avons en nous le vouloir et le pouvoir, le but s'accomplira sans doute.

***

La souffrance des autres, si nous sommes ouverts à l'entendre, nous donnera la force, le courage, dirons-nous, de nous confronter par empathie à nos propres objets intérieurs. Alors nous pourrons comprendre le malheur, le manque de réalité qui rend la vie difficile.

***

Je crois qu'il faut beaucoup de courage pour vouloir être libre, fort, autonome.

Il n'existe pas de force dans les relations fusionnelles de dépendance.

Cependant, si je ne supporte pas la platitude, c'est, parce que, en moi-même, j'ai été obligée à lutter beaucoup pour échapper à la paresse, « mère de tous les vices ». Ce n'est qu'elle qui engendre la plainte narcissique.

Il est peut-être plus facile de se raconter des histoires de malheur et de traumatismes que de transformer cette fausse souffrance en source de questionnement pour évoluer.

Jung dit : « À quoi servent les épreuves » et il répond : « À nous faire évoluer ».

Sortir de nos croyances, les voir se défaire devant notre regard renouvelé comme des châteaux de cartes nous permettraient de toucher le centre, le point nodal de la question de vivre et d'être. Cela nous conduira à une exploration étrique en partant de zéro.

Enfin je crois que le courage consiste à partir toujours de zéro.

***

Si notre tableau du présent ressemble à celui de notre passé, nous n'avons pas, bien sûr, de futur. Figés comme des automates dans des croyances, nous serons incapables de faire le deuil de nos misères et carences.

***

Je me laisse dire : j'écoute, je tremble, je vis, je vois chaque jour en moi mourir le vieil homme d'hier, celui de la tristesse qui m'accablait voici quelques secondes et ainsi je renais à l'espérance et j'ai le courage d'aimer encore malgré le choc, les frustrations… Il y a deux secondes, je me suis sentie désolée par l'absence de mes enfants et de leurs amours, mais la pensée est matérielle et ainsi, j'ai pu reconstruire leurs visages, ressentir le grain de leurs peaux et entendre leurs voix… Un sentiment de paix et de sérénité a remplacé soudain la misère et l'effroi de l'expérience précédente.

La solitude est un temple, le silence un souffle d'éternité apaisante.

J'habite chaque millimètre de mon corps et de mon âme. Je tire profit de la puissance de la communication avec les autres, je vis et enfin peut-être le courage n'est pour moi que le désir inépuisable d'Être.

***

Par ailleurs, merci à mes frustrations, merci aux épreuves, merci aux souffrances réelles qui ont semé et sèment ma vie.

Les passages ont été durs. Ils le sont encore. Mais derrière la souffrance, quand elle est réelle, il arrive le miracle d'une certaine sagesse. Courage donc, le présent sourit, nous sommes vivants et debout.

Fait à Paris le 21 janvier 2008.
Et j'ai rêvé que les roses de la maison de la campagne
étaient replantées et fleuries.
Resplendissantes… et je t'aime.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Quelle est la recette pour la réussite du changement ? Ce changement qui mène à une vie meilleure, plus harmonieuse, plus en accord avec ses désirs profonds, que l'on ressent toujours clairement ou confusément, celle qui procure bien-être et sensation d'accomplissement,

Est-ce la persévérance, une meilleure conscience de soi, la rigueur, la discipline, la volonté, le courage ?

Ce dernier trait de caractère est pourtant rarement mis en avant, car il a tendance à dénoter une époque révolue, ou semble se rattacher à un mode vie extrême, celui de ceux qui se frottent aux situations difficiles, dangereuses, mais en général pas de l'homme de la rue qui découvre trop le monde à travers la « petite » lucarne.

Le courage face à la peur, à l'inconnu, à l'adversité…

Peut-être que la réussite n'est a priori qu'une composition subtile, un savant dosage entre plusieurs traits de caractères qui dépend de notre personnalité, de l'évolution des événements selon une structure qu'un apprentissage laborieux ou une expérience bien intégrée a permis de construire pour que notre complexe psychologique fonctionne nominalement, avec une efficacité accrue…

Néanmoins il paraît intéressant de s'arrêter un plus longtemps à la notion de courage, si rarement évoqué à notre époque dans le quotidien de l'homme de la rue.

Le courage est-il un trait de caractère inné ou résulte-t-il d'un apprentissage progressif, mais volontariste ? Dans la plupart des cas, le courage réclame certainement ces deux liens de parenté pour éclore à l'occasion d'une épreuve. Pour ma part, je tendrai à penser que le courage se révèle, à l'occasion d'un événement, d'une stuation, après un long mûrissement fait de discipline, d'exercice, de transformation de soi aussi bien intérieure que comportementale.

Mais d'abord qu'est-ce qu'un comportement ou une attitude courageuse ?

Le courage n'est pas simplement être capable de réaliser une action dangereuse, une action qui mette en péril ses capacités physiques et psychiques pour sauver des biens ou des personnes, ou bien atteindre un objectif important au plan personnel... C'est également être capable de résister plus longtemps et/ou plus fortement à l'adversité dans un environnement présentant des risques pour un acte qui ne peut pas être accompli dans des conditions normales.

Mais il est bien connu qu'il existe, qu'il a existé des êtres frêles, ou de taille petite physiquement, ou à l'air maladif… bref dotés de qualités physiques bien limitées, sont donnés en exemple de courage au plan universel, car le courage est d'abord fille de force intérieure. Ne dit-on pas que « la foi déplace des montagnes ».

Mais la force de la pensée ne peut pas s'exercer sans une préparation adaptée de l'esprit pour s'exprimer, éclore, être dirigée vers un objectif, une action, un projet particulier.

Tout être est capable de courage, car chacun est capable de focaliser sa pensée, toutes ses forces psychiques, pour dépasser les sentiments de peur, d'unquiétude, voire de panique face à la réalisation d'une action que le commun des mortels ne ferait pas à froid, par peur de l'accident, du ridicule, de l'échec... ou tout autre sentiment de non retour en regard de l'effort effectué Tout acte courageux demande préparation psycholique de conscience, pour garder la même ligne de conduite.

Le courage ne se mesure souvent pas sur un acte isolé, même s'il s'agit de la partie visible de l'iceberg, mais sur tout un mouvement qui implique tous les aspects de sa personnalité, de son temps, de son mode de vie pour réussir un acte courageux.

Résister contre l'envie d'abandonner la partie, de jeter l'éponge, pour tout simplement faire sa vie, comme par exemple trouver compagne et fonder une famille, avoir un travail, être considéré par ses proches, peut constituer un acte éminemment courageux, même s'il n'apparaît pas comme tel aux yeux des êtres, sauf peut-être pour quelques priviligiés proches de soi, et il en existe toujours plus qu'on ne croit.

Le courage, c'est aussi affronter l'inconnu sous toutes ces formes, c'est-à-dire choisir un parcours personnel, professionnel encore utilisé par personne, au moins dans son entourage ou son environnement connu, et ainsi ouvrir une voie à d'autres comme une lumière au milieu d'un océan de pénombres.

Hervé Bernard



Le moi :

« Courage, bas-toi, ose devenir qui tu es », sors de cette stupeur, dépasse l'hypnose stérile de la routine, détruis les croyances et ces fameux châteaux espagnols si même tenté que le droit du sol donne une nationalité à ces monticules orgueilleux, sublime cette prison, cherche !

L'ego :

Je ne sais plus où chercher, je ne sais pas ce qui est à moi, tout s'impose, me dépasse, me viole, le temps me persécute, il n'y a pas de place ici pour autre chose que pour la survie, tout est agression, ce corps aussi, qui crie famine, repos, qui juge et doute, même le chant des oiseaux, il le change en supplice tant il est incapable d'aimer simplement, il a peur, il gronde, il désire, il cherche l'immobilité, un refuge pour cesser d'exister, mais il n'y en a pas, même seul dans son lit il pleure.

Il pleure ton absence, ta fébrilité, je le vois s'apaiser lorsque tu t'imposes à lui, ne lui demande pas de penser, il ne le peut pas, il n'est qu'une écorce, prends ta place, tu vois la misère autour de nous, les guerres, la folie, comment peux-tu penser chevaucher un cheval différent des autres, c'est ce miroir qui doit t'offrir le courage.

Je ne le trouve nulle part, ce n'est pas l'horreur qui me donnera le courage, elle ne m'offre que le dégoût, le refus d'appartenir à cette terre, d'être un homme, d'être en vie. Et si seulement je pouvais refuser, je serais déjà bien avancé. Mais rien ne bouge. Si, j'apprends à me résigner, à accepter que l'expérience terrienne est un fiasco.

 – Mais tu es là.

 – Oui.

 – Et tu n'es pas seul.

 – Pas complètement.

 – Ca ne ressemble pas au désespoir.

 – Je ne peux même pas faire confiance au désespoir. (Léger rictus)

 – Attends ton courage activement.

 – Et toi ?

 – Je prie.

 – Qui pries-tu ?

Le moi :

JE prie. Ma pensée est une force en soi, je ne fuis pas mes responsabilités. Ne me réduis pas comme tu veux te réduire toi-même. Si c'est de Dieu que tu parles, c'est par lui que je prie, car il est toute chose, matérialité absolue, universelle. C'est pour cela que tu échoues, tu cherche des responsables, une issue, un sauveur, une résolution instantanée. Ton corps t'a décidément bien abîmé, comme un violon perdu dans une épave au fond de l'eau. Seulement le bateau n'a jamais sombré.

 – Je sais.

 – Sois patient, tout arrive, mais ne t'éteins pas, d'ailleurs tu ne le peux plus et c'est bien cela qui te fait souffrir. Tu es contraint à la vie par ta propre volonté, mais il te manque le courage de l'accepter. Cela viendra. Tu as fait un pari, à la fin, ce sera gagné ou perdu. Mais ce sera gagné… (Sourire)

Merci. Ce sera gagné ! (Forte expiration) »

Fait à Paris, le 18 janvier 2008.
Gaël Bouket



Je me souviens de ce que je voulais croire et de ce que j'entendais durant mon adolescence. La liberté, c'est faire ce que je veux quand je veux. J'entends encore aujourd'hui « Ma liberté s'arrête où commence la liberté de l'autre.

Non, je ne peux accepter que la liberté soit associée au caprice d'une destinée non accomplie ou qu'elle fasse l'objet d'une dualité à partir d'une ligne de démarcation matérialisée on ne sait trop comment.

La liberté sociale est-elle la même pour tout le monde dès la naissance en fonction du pays de naissance, du groupe ethnique d'appartenance, du sexe, de la condition sociale de la famille ?

Dans certains pays, la population est prise en otage entre deux factions armées pour la lutte d'un pouvoir politique ou religieux, d'autres maintiennent volontairement la population dans une ignorance et une pauvreté extrême, dans d'autres pays encore, c'est la course effrénée au résultat dégagé par un chiffre d'affaires toujours plus élevé et une rentabilité toujours plus accrue.

L'exercice de la liberté individuelle et collective au sein de nos communautés est intimement lié à ces luttes de pouvoir et d'intérêt, ces influences culturelles et sociales qui délimitent en quelque sorte un droit de vivre, un droit d'agir conformément à une normalité décidée par d'autre, un jour, quelque part, par une histoire qui n'est plus forcément la nôtre.

Mais il y a pire, celui de nous faire croire que nous sommes libres ou en tout cas que justice sera faite. C'est vrai en partie, mais seulement en partie et cela dépend beaucoup de nos origines, de notre porte-monnaie et de nos relations.

Le mensonge est l'ennemie de la liberté. Celui qui ment ne peut parler, agir au nom de la liberté et en tout cas ne peut œuvrer pour une liberté agissante. Il n'y a pas de véritable liberté sans l'expression et l'écoute de la vérité. Et c'est de la responsabilité des gouvernants que cette vérité sociale puisse être dite et entendue notamment à travers le développement et l'élargissement des structures éducatives.

Le 10 décembre 1948 était adoptée à Paris la déclaration universelle des droits de l'homme. Cette déclaration comme d'autres avancées sociales (congés payés, nationalisation de l'énergie pour un service public équitable, mise en place de la sécurité sociale ...) intervenait après la folie meurtrière de la seconde guerre mondiale.

Le premier paragraphe du préambule qui présente les 30 articles de la déclaration stipule : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde »

Les articles précisent ensuite ce qui définit la reconnaissance de la dignité humaine.

L'article 23 en particulier traite du droit au travail. Je cite : « Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine »

L'article 25 précise : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux »

Et nous retrouvons, en préambule, deux avertissements :

« Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité, … »

« Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés pour que l'homme ne soit pas contraint en suprême recours à la révolte contre la tyrannie et l'oppression »

En France, le 8 avril 1946 l'assemblé nationale vote la loi de nationalisation des secteurs de l'énergie. Les biens des 1450 entreprises françaises de production, de transport et distribution sont transférés à la Société Electricité de France qui devient un établissement public d'État. Sur le même modèle le secteur du gaz est nationalisé.

Marcel Paul, recueilli par l'assistance publique, résistant et déporté, ministre de la Production Industrielle à la libération réussit ce tour de force tout en dotant ces deux entreprises d'une convention collective unique pour l'époque, comme l'a un jour écrit un journaliste « une véritable éclaircie de dignité dans le siècle ». Marcel Paul le déclarait lui-même. « Ce statut devra à l'avenir être élargi à l'ensemble des entreprises publiques et privées au risque de disparaître »

Qu'en est-il aujourd'hui, 60 ans plus tard.

Depuis les années 70, le chômage s'est installé durablement dans notre pays. Les gouvernements successifs ont, semble-t-il, travaillé sans relâche à l'éradication de ce fléau, sans grand succès.

Quarante ans après, faute de pouvoir trouver un travail suffisant et suffisamment rémunéré, la misère s'installe en France avec ses nouveaux pauvres et ses morts. Comme en hiver 1954, depuis quelques années les gens meurent de froid dans les rues de Paris faute de pouvoir se loger après avoir perdu tout moyen de subsistance.

Aujourd'hui, on nous dit, travailler plus pour gagner plus. En quoi ce « slogan » intéresse t-il ceux qui sont à la recherche d'un emploi qu'ils ne trouvent pas, ceux qui travaillent dans des conditions déplorables et insuffisamment payés, ceux enfin qui travaillent plus pour un salaire moindre, mais qui ne s'en vante pas de peur de perdre leur emploi.

La véritable inspiration qui serait celle de la défense des droits de l'homme aurait été de déclarer une guerre implacable à l'exploitation du travail, ce cancer qui ronge sournoisement l'équilibre social de toute Société.

Aujourd'hui, on nous présente la privatisation des entreprises EDF et GDF comme étant une bonne chose pour le porte monnaie des Français, car, on le sait bien, le marché concurrentiel fait baisser les prix.

En réalité, il s'agit de vendre ces entreprises publiques au monde peu scrupuleux de la finance. L'affaire est très juteuse.

Les activités consolidées de 1946 se retrouvent à nouveau dissociées. À terme, cela rendra « l'affaire » encore plus juteuse en vendant les activités par lots.

Pour rendre « la chose » possible, depuis plus de deux ans le statut des entreprises « véritable éclaircie de dignité dans le siècle » évolue à coup de décrets successifs. À n'en pas douter, dans quelques années, la prédilection lucide de notre ministre Marcel Paul se réalisera pour le bien de la nation, de « l'égalité, de la liberté, de la fraternité »

Nous n'avons rien à attendre d'un document élaboré par des hommes et des femmes disparus aujourd'hui. Des hommes et des femmes ayant vécus et partagés les pires souffrances et pour lesquelles, les actions de justice et d'équité sociale étaient alors considérées comme élémentaires tout autant qu'essentielles.

Nous n'avons rien à attendre des déclarations de bonne attention d'une politique libérale exacerbée par les profits financiers et l'évolution des indices boursiers.

La liberté même sociale doit se gagner au prix d'efforts parfois héroïques pour se libérer des carcans dans laquelle peut-être notre naissance nous a placés.

Cette possibilité nous est donnée puisque nous sommes en vie et il faut vouloir saisir sa chance avec courage et honnêteté. On peut mieux comprendre pourquoi tant d'hommes et de femmes risquent leur vie pour quitter leur pays en guerre, pour fuir la misère, la famille, la maladie, pour refuser une destinée écrite pour eux, par avance, pour refuser peut-être une mort certaine.

Luttons de toute notre force pour rendre vivant dans notre quotidien et à la mesure de nos possibilités cette déclaration universelle des droits de l'homme, pour commencer en ne jugeant pas, en ne condamnant pas ceux qui aspirent à une liberté déchue de leur vie.

Nous qui sommes peut-être plus avancés sur le chemin de la liberté, par hasard ou par notre volonté, œuvrons pour une liberté partagée par tous, devenons responsables.

Fait à Lagny-Sur-Marne, le dimanche 20 janvier 2008.
Philippe Delagneau



Je ne sais pas pourquoi, mais quand j'évoque le courage, je vois une belle femme. Sûrement, la femme joue un rôle important dans ma vie, un rôle essentiel. Peut être aussi, parce que, lorsque j'évoque ce thème, des noms ou attributs féminins me viennent à l'esprit, « attitude, confrontation, ténacité, permanence, responsabilité, vérité… »

Ce thème évoque aussi en moi deux hommes que je n'ai pas reconnus, deux hommes que je ne pouvais comprendre, que j'avais même exclus de ma vie, le Pape Jean-Paul II et l'Abbé Pierre.

Comme c'est étrange, j'habite en Seine et Marne, à quelques kilomètres de la Pomponnette, une petite localité où le 30 mars 1953 l'Abbé Pierre créa la 2° cité d'urgence dite cité Emmaüs. Combien de vies sauva-t-il lui qui s'opposa par sa seule présence, par ses seules actions à une église conventionnelle et un état sclérosé.

C'est lui qui a interpellé les puissants sur la misère humaine, d'abord en France puis dans le monde entier jusqu'en Inde, lui qui a bousculé le dogme de son institution, en tenant des propos provocateurs, parfois contradictoires à la morale religieuse, lui qui lança l'appel de l'hiver 1954 sur les ondes radios et télévisées, lui qui imposa la construction de plusieurs cités d'urgences menacées de démolition faute d'avoir été construites légalement sur des terrains communaux.

Je ne le reconnaissais pas, je pensais qu'il avait l'habit d'homme d'Église sans être l'homme de Dieu.

Je me rappelle aussi de mes premiers sentiments quand je vis à la télévision le Pape Jean-Paul II affaibli par la maladie, se déplaçant et parlant avec difficulté. Je ne comprenais pas qu'il ne « cède pas sa place » comme un chef d'entreprise à l'âge de la retraite.

Puis cette incompréhension disparut subitement, totalement. C'est très étrange, j`aurais même pu croire ne jamais avoir éprouvé ces émotions. Son combat, sa lutte, ce courage de transmettre à tout moment une vérité malgré la maladie qui le terrassait physiquement remplissait tout l'espace, tout mon espace.

Je vous demande pardon. J'ai douté de vous, pour ainsi dire une bonne partie de ma vie. Je ne vous ai pas connu. Veuillez me pardonner, pardonner mon ignorance, vous êtes passé à côté de ma vie, je ne vous ai pas vu. Aujourd'hui, je peux lire vos ouvrages, mais comme j'aimerais vous voir encore évoluer dans ce monde, vous et moi vivants.

Bien sûr que vous me pardonnez, vous qui m'avez toujours aimé à travers ceux qui demandaient à être sauvés.

Et vous tous, qui avez écouté mon ignorance, entendu ma faiblesse et qui étiez d'accord, je vous demande pardon, car je n'ai pas été votre ami. Je pleure en moi de vous avoir peut-être un jour égaré un peu plus d'une vérité que vous cherchiez peut-être inconsciemment. Je manquais de lucidité et de courage.

Et puisque ce thème me donne la possibilité de rendre hommage à ces êtres d'exception disparus trop tôt, certains reconnaîtront aussi cet homme qui malgré sa grande maladie, n'a jamais manqué un groupe d'exploration Etrique par amour du travail et de ses élèves, par amour de Dieu.

Je vous aime.

Fait à Lagny-sur-Marne, le mercredi 23 janvier 2008.
Philippe Delagneau



Constamment les circonstances de l'existence nous ramènent au réel par des heurts et par là-même nous « réveillent ». Le choc du concret, la résistance brusque des choses ou des autres êtres provoque un petit sursaut de conscience. Chacun de nous constate à longueur de journée qu'emporté par une pensée ou une émotion, il vient de faire un geste maladroit ou de se placer dans une situation absurde, qu'un sentiment qui l'entraîne vient de lui faire dire une sottise. La sensation de surprise et de déséquilibre qui surgit alors correspond à un éveil de la conscience. L'homme devient brusquement, pour un instant plus ou moins long, attentif et prudent. Puis il est repris par ses rêves ou par ses paroles.

Le sentiment de menace, même bénigne, visant la personne suscite toujours le choc qui éveille la conscience. Dans l'exemple que nous avons cité, notre personnage imaginaire aura été très attentif, tout à fait réveillé, lorsqu'il côtoyait l'accident d'automobile ou lorsque sa personnalité a été mise en cause par le client, quitte à se « rendormir » l'instant d'après une fois la menace écartée.

Il en est ainsi constamment dans la vie courante, à l'insu de chacun. À tout moment, la résistance imprévue des choses ou des êtres oblige l'homme à modifier son comportement automatique pour l'adapter à la situation présente. À ce moment précis, l'homme s'éveille et fait un choix ; puis il se rendort aussitôt dans une routine, jusqu'au choix suivant. Quand les chocs sont très légers, quand les interrogations sont formulées à mi-voix à la conscience, l'homme ne se rend pas du tout compte de l'alternance par laquelle il passe constamment entre « l'éveil » et « le sommeil », entre la conscience de soi et un comportement automatique et somnambulique : il a le sentiment d'une continuité.

Et comme cette continuité est ponctuée de décisions, grandes ou petites, prises avec un certain appel à la conscience, qui constituent, par ailleurs, les seuls événements dont l'homme se souvienne, celui-ci s'imagine être constamment conscient et « éveillé ».

De l'extérieur donc, seuls les chocs peuvent rappeler l'homme à la réalité de son « sommeil » avec d'autant plus d'intensité qu'ils seront plus profonds ou plus violents.

Mais l'homme qui veut s'étudier et se connaître, ne peut pas compter à cet effet sur les seules circonstances de l'existence pour lui prodiguer les chocs répétés nécessaires à la prise de conscience de son « sommeil éveillé ». Tout homme répugne à la souffrance et comme les chocs en provoquent une, l'homme mettra tout en œuvre pour les éviter ou pour ne pas les ressentir. Livré à lui-même, un homme ne pourra donc pas prendre conscience de son « sommeil éveillé » au contact de la vie courante. Et même une très grande crise (souffrance physique ou morale interne) ne lui apprendra rien, car elle lui apparaîtra comme exceptionnelle étant donné son intensité même et ne lui apportera donc pas d'enseignement utile sur son comportement habituel dans la vie ordinaire.

Un homme qui veut prendre conscience de son somnambulisme en « état de veille » aura donc besoin d'avoir recours à d'autres hommes, plus éveillés que lui, auxquels il confiera le soin de lui donner, artificiellement, avec la sagesse nécessaire, les chocs utiles destinés à réveiller sa conscience. Tel est le but de toutes les « écoles de sagesse » à caractère ésotérique. L'individu y reçoit de l'extérieur, pour stimuler sa clairvoyance, les impulsions qu'il ne peut pas se donner à lui-même. Nous en parlerons dans un autre chapitre.

Mais parallèlement et simultanément à cette pratique externe, un homme qui veut parvenir à se connaître lui-même et à saisir la réalité de son état de somnambule, doit s'exercer à provoquer en lui un discernement volontaire, qui lui permette de réaliser, au moins faiblement et partiellement, que sa conscience de veille est discontinue, mais qu'elle est susceptible de stimulation et que l'état « ordinaire » de l'homme n'est pas irrémédiable.

Le sommeil correspondant à la perte de la conscience, présente évidemment la caractéristique de ne pas être ressenti. Celui qui fait un songe vit son rêve et croit sincèrement agir. Celui qui s'abandonne à la rêverie perd conscience de son environnement et s'en va où son imagination le tire.

L'effort de l'homme qui cherche à se connaître lui-même va consister à tenter de saisir cet état de l'intérieur. En soi, l'entreprise apparaît comme impossible, une gageure : il est, en effet, impossible à un homme qui dort dans son lit et qui rêve, de repousser son rêve et de se réveiller par un effort de volonté. La suggestion hypnotique est trop puissante. Le « rêve éveillé » participant de la même nature que le rêve nocturne, son emprise sur l'homme devrait être aussi pesante.

Heureusement, il n'en est rien et l'homme possède un léger, très léger recul par rapport à son « rêve éveillé » qui peut lui permettre, s'il veut s'en donner la peine, de prendre pleinement conscience de son état et par là-même de le faire évoluer.

Cela est possible grâce à l'observation de la conséquence principale du « rêve éveillé » dans lequel vit l'homme, à savoir l'identification..

Georges de Maleville



On peut définir le courage (du latin cor, cœur, qui à son tour dérive du grec kardiá) comme une force morale ou mentale qui nous permet de surmonter le danger, la peur, la douleur, que ce soit moral ou physique, les revers du destin, les injustices qu'on nous fait.

Je pense au courage de trois personnes : un inconnu, une femme, un scientifique. Nous avons tous en tête cet homme menu en pantalon noir et chemise blanche, un sac à la main, qui fait seul face à un char sur l'avenue Tien An Men, à Pékin, le 3 juin 1989. J'étais moi-même à quelques mètres de lui, j'en tremble encore. Nous connaissons l'action de mère Teresa, d'origine albanaise et fondatrice des Missionnaires de la Charité et qui débuta sa mission en Inde avec l'ouverture du mouroir de Kalighat, à Calcutta. Nous nous rappelons, j'espère, de Sakharov, physicien nucléaire russe, qui après avoir occupé une place de privilège parmi l'intelligentsia scientifique soviétique (il fit de la recherche pour la bombe atomique soviétique), consacra le reste de sa vie à l'activisme dissident.

Nombreuses sont aussi les situations dans lesquelles l'être humain doit faire et fait preuve de courage : une guerre, une maladie ou la maladie d'un proche, une injustice qu'on vit ou dont on est témoin, la mort d'un être cher, une prise d'otage, un accident, mais aussi la conquête de l'espace, un naufrage, une amputation, un incendie, une vérité dite ou entendue.

Il y a aussi le courage des anonymes, des inconnus, des gens qui trouvent la force de faire face, qui restent debout face à l'injustice ou a la dureté des hommes ou de la nature : les survivants du Tsunami, les hommes et les femmes qui ont tenu tête dans les camps de rééducation en Chine, les médecins qui choisissent d'aller soigner en Afghanistan, les mères célibataires des pays pauvres qui s'expatrient pour envoyer de l'argent à leurs enfants, les mères des disparus de la Plaza de Mayo à Buenos Aires.

Mais, en réalité, le courage ne se manifeste pas que dans des événements uniques ou chez des héros ou quand il y a des grandes causes ; la vérité profonde du courage de chacun se dévoile dans la vie de tous les jours.

Il faut faire preuve de courage tous les jours.

Le courage de dire la vérité, même quand mentir serait plus facile. Le courage de dire ce qu'on pense, au lieu de rester silencieux, parce qu'on a peur des autres. Le courage d'entendre la vérité, même quand le mensonge nous rendrait la vie plus facile. Le courage de défendre ses idées, même quand on se sent seul. Le courage de résister ceux qui nous confrontent. Le courage de commencer et de recommencer.

Je me demande ici quelle est la relation entre courage et psychologie, puisque la psychologie est notre terrain et domaine.

Quand je pense au courage, je pense à la résilience, cette capacité de surmonter ou faire face à l'adversité. Ce concept se construit sur deux dimensions qui se correspondent qui sont l'exposition à l'adversité et l'ajustement qui s'opère dans l'être humain pour y faire face.

L'adversité peut être créée par des conditions sociales ou naturelles, c'est-à-dire que ce qui intéresse est l'aspect négatif de la stimulation qui vient de l'environnement ; la réponse de l'être humain peut être la même dans ces deux cas. C'est une réponse qui exprime comment faire face à l'adversité.

Les situations ici décrites, guerre, tsunami, soulèvement, répression, inconnu, danger, semblent exiger du moi une réponse efficace pour faire face à l'adversité, une réponse qui assurera la survie au sens large, faute de quoi on est mal !

La résilience serait ainsi une condition pour que le courage se manifeste ; dans une situation difficile, sera plus courageux celui dont le moi peut faire face, celui dont le moi a de la résilience. Celui qui ne peut pas faire face, s'enfoncera dans la dépression, ou dans le repli, ou dans d'autres types de « coping », par exemple crier, ou pleurer, ou se disputer, ou…

Dans ce sens, il s'agit bien d'une capacité qu'a le Moi à reprendre sa forme initiale.

Pour finir, une citation de Mark Twain rapproche le courage de la résilience : «Courage is not the absence of fear. It is acting in spite of it.1»


1 Le courage n'est pas l'absence de peur. C'est d'agir malgré elle.
Laura Neulat



Suivant la continuité de l'article précédent de SOS Psychologue sur le thème « société et liberté », il semble tout naturel et même évident, d'aborder un concept qui se veut être une source d'énergie, un potentiel presque vital pour assumer et réaliser pleinement notre condition d'homme en tant que tel. Car il en faut du courage en vérité et beaucoup de courage même pour supporter ce que nous sommes et le monde qui ne cesse de nous tenter quotidiennement de ses désirs illusoires et pernicieux. Affronter notre condition, celle qui fait de nous des êtres oubliant.

Oubliant, de ce que je suis, curieusement dans l'ici et maintenant. Ne pas vouloir affronter la vérité qui est ma vérité d'aujourd'hui. Je me sens fuir devant le fait absolu, que je cherche par tous les moyens grands et malins d'échapper à la vérité. La fuite face à moi-même dénonce ma non responsabilité.

Je pense qu'il est intéressant de s'arrêter quelques instants devant cette fuite qui résonne comme une nécessité défensive face à l'adversité du conflit. Cette fuite, il me semble que je la rencontre tous les jours. Elle peut prendre différentes formes. Parfois, chez moi, la fuite prend le sens d'un schéma imaginé, d'un scénario improvisé, pensé et tout créé pour me perdre dans un méandre que je ne contrôle plus ou peu. Ce méandre ainsi établit ne me permet pas de me poser la question de ma place, du « où suis-je ? » qui n'a d'autre réponse que dans moi-même. Car c'est bien ici un drame certain que de chercher ailleurs la vie que j'ai en moi.

Quand je parlais dans l'article précédent, du monde virtuel dans lequel se retrouvent les plus jeunes générations. Je m'attache maintenant à trouver dans cette démarche, le positif qui règne dans toutes choses. Même si c'est sur une toile de fond fantasmée, il y a tout de même le regroupement, le rassemblement. L'homme tend de plus en plus à se regrouper, à se réunir à la manière du Christ qui a rappelé toutes ses brebis égarées.

Mais il manque la réalité, la vérité, le courage qui peut-être permettrait à chacun de se retrouver par ce qu'il est. Le regroupement se fait ici dans l'imaginaire, dans un monde dénué de tout sens de réalité.

L'homme s'oublie lui-même.

C'est dans cet oubli de lui-même que nous avons à reconnaître la fuite et le manque de courage. Pourquoi fuir ? Qu'est-ce que je me refuse de voir à l'intérieur de mon être et qui me fasse aussi peur ? Peut-être bien que la fuite est engendrée par la peur de savoir ce j'aurai à y trouver ?

Comme le dit si bien Mr Georges De Maleville « l'oubli de soi entraîne inévitablement l'oubli de Dieu ». Le péché de l'homme ressemble aussi bien à la fuite, qu'à l'orgueil et à la non reconnaissance de l'innocence et de l'amour qui se trouvent en chacun de nous. Dieu rappelle, à l'image son fils, toutes se brebis dispersées. Nous portons en nous une part de cette divinité dont la société actuelle, quelques grands penseurs et une bonne partie de l'humanité refuse d'accepter. Le non refus de la reconnaissance divine engendre en nous la fuite de me reconnaître divin.

Mais la responsabilité d'être garant, d'être dépositaire de cette divinité me fait peur. L'humilité que cela implique nous fait abandonner beaucoup de possessions matérialistes. Suis-je prêt à accepter de telles dispositions ? Non, cela me fait peur. Je dois abandonner ma volonté de compétition alors que la société, les médias, les idées reçues tendent à me pousser à être le meilleur. La ségrégation monétaire incite mes frères et moi-même à gagner toujours plus d'argent pour avoir un nom et appartenir à une fonction. Cela nous fait fuir de notre condition humaine. Car j'ai peur de ne plus trouver ma place au sein de la société et j'ai peur de mes responsabilités divines.

Le manque de courage est représentatif de l'homme perdu, sans repères. Contrairement à Freud, je ne considère pas que la religion soit l'opium du peuple. Pourquoi ?

Parce que l'opium engendre un état de dépendance psychique et physiologique énorme. Quand je regarde la société actuelle, je vois et je contemple la dépendance de chacun, y compris moi, aux tentations qu'elles nous proposent.

La religion pratiquée de l'intérieur dispose l'être à plus de liberté. La recherche de l'innocence, qui est l'agneau de Dieu, s'est substituée à une recherche de suprématie et de pouvoir. Nous cherchons à justifier notre manque de courage par une préoccupation qui apparaît être synonyme de fatalité. À l'intérieur de ce que je vis, c'est cela qui est important, car de là découle l'essentiel. Ici se trouve le point culminant de toute humanité. La fuite de la contemplation intérieure dénote le manque de courage.

Je pense à ce passage de l'Évangile au moment où Jésus est sur la croix, christianisé, déifié comme pas possible. Son voisin crucifié lui dit : « Puisque tu es le Dieu vivant, sauve-toi toi-même, descends de ta croix ». Jésus s'était déjà sauvé. Il avait presque tout accompli. Il avait vaincu le mal, contempler la peur et résister à la tentation tout le long de sa passion qui semble pouvoir être expliquée de manière symbolique.

Même avant cela il avait contemplée et avait osé se frotter à la tentation durant 40 jours au désert. Il n'a pas fui devant l'épreuve. Est-ce que le voleur qui était à côté de lui, à chercher à affronter la tentation ou s'est-il laissé y prendre ?

Et Juda qui n'a pas eu le courage d'affronter la trahison, sa propre culpabilité et à préférer fuir devant elle en se pendant. Symboliquement, jusqu'où peut aller la fuite ? Il faut du courage pour avoir à accepter nos émotions négatives dont chaque homme est sujet. Car ce sont elles qui nous assaillent, ce sont elles qui nous asservissent.

Se reconnaître, être tenté et identifier à une émotion négative est très satisfaisant non sur un plan de l'orgueil, mais d'une satisfaction étrique et en même temps reflète un goût d'amertume. Satisfaction, parce que nous avons compris une partie de nous-mêmes et même plus loin, de la création, car l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Amertume, parce que nous goûtons véritablement à notre condition humaine et à ce terrible ressenti de l'émotion en question. Et se savoir pris par un tel danger et se reconnaître dans notre petitesse nous touche au plus profond. Mais au-delà de cette ambivalence des sentiments, se dessine petit à petit le goût de l'innocence et de la vérité : l'agneau de Dieu. Dieu est aussi innocence, vérité et amour pur.

Il ne nous est plus demandé de croire à ce qui est dit, mais d'en faire l'expérience. Et nous saurons alors où est Dieu.

Il en faut du courage pour nous voir tels que nous sommes. Il en faut du courage pour casser les défenses érigées en nous-mêmes. Surtout que ce processus ne se fait pas sans souffrance, vous l'entendrez. Mais la reconnaissance de l'homme nouveau doit se faire dans de telles dispositions. Jésus lui-même a souffert sa passion. Il a véritablement souffert en passant par des tentations et des contradictions pour parvenir au Christ.

Le courage est comme un don de Dieu, une grâce offerte. C'est un don de Dieu, parce qu'il nous aide à supporter le conflit que se trame à l'intérieur de nous et à ne pas se dérober devant l'épreuve

Nous ne devons plus imiter, comme dit Jung, nous devons à présent le vivre.

Je voudrais rendre un grand merci à Monsieur Georges de Maleville qui par ses écrits synthétiques m'amènent à une meilleure compréhension de moi-même. Je ne l'ai jamais rencontré. Mais je lui dois de mon évolution. En tant que frère dans l'unité, Merci.

Fait à Paris en compagnie d'élèves
qui depuis 3 heures travaillent en DST
sur des sujets divers.
J'aime ces jeunes gens,
ils me portent dans la rédaction de cet article,
ils me supportent comme surveillant.

2ème partie

Quand je rentre dans l'espace du cabinet de mon analyste, je rentre en même temps dans un temps d'exploration intérieure que je m'autorise et c'est déjà une marque du courage.

La phrase qui revient le plus souvent quand je dis que je suis une analyse, c'est : « Pourquoi, tu as un problème ?». Eh bien oui, c'est vrai ; je me sentais triste et mal dans ma peau, c'est pour cela que j'ai consulté. Il m'a fallu bien du temps pour me reconnaître à moi-même que je ne pouvais pas me sortir de ce guêpier tout seul et qu'il me fallait manifestement de l'aide. Et il m'en a fallu aussi du temps pour pouvoir dire à mon entourage, mes amis, mes proches que je suivais une analyse.

Je me souviens d'une question qui m'a été posée. La personne savait que j'étudiais la psychologie et elle me demanda : « Quand tu seras psychologue, tu m'analyseras ? » Je n'ai pas compris sa question. Ou pour être exact, je n'ai pas voulu y répondre. Cette question posée dans ce contexte là, m'autorisait à penser que la personne voulait dire : « tu m'analyseras dans la vie quotidienne ? » et que de la sorte, je pourrais à mon gré, rentrer dans son espace le plus intime.

Mais ce n'est pas cela une analyse, ce n'est pas cela franchir les portes d'un cabinet, se retrouver dans le partage avec un ou une analyste.

Jung dit souvent qu'il ne sait pas où il va exactement avec ses patients, qu'il ne connait pas de façon définitive l'issue de l'analyse. Pourquoi ? Je pense parce qu'au fond c'est « l'analysant » qui décide lui-même de la direction de son analyse en apportant ses rêves, par les sujets abordés. Il me paraîtrait stupide, voire néfaste d'orienter une analyse dans le sens qu'a décidé l'analyste. Le patient est libre, totalement libre de faire et de dire ce que bon lui semble du temps dont il dispose. C'est pour cela que je ne voulais pas répondre à cette question, parce qu'au bout de la question il y avait la peur de se trouver démasquer pour ce qu'elle était sans l'avoir voulu. Beaucoup de gens ne veulent avoir à affronter leur monde intérieur. Et pourtant, il n'y a pas d'autres solutions pour parvenir à le comprendre.

Je suis souvent tendu quand je vais participer à ma séance d'analyse. Peut-être, parce que je sais qu'en rentrant dans cet instant, je décide de me regarder tel que je suis en prenant en compte mes expériences. J'observe beaucoup de résistance, parfois les débats me font glisser vers un sujet que j'ai peur d'aborder, le souvenir est comme touché à vif. Donc je change de sujet, je détourne la conversation pour passer à autre chose. Et parfois je me laisse plonger, je me laisse percer par moi-même dans cette plaie non soignée. Je me fais mal tout seul. Dieu sait, et Graciela aussi, que les larmes de mon corps sont sincères, je ne veux plus me mentir.

Oui, j'ai pleuré et sûrement que je pleurerai encore. Cette souffrance est bien volontaire. Et, humblement, je dois admettre que je fais preuve, ainsi que tous ceux qui consultent, de courage bien porteur.

Qui peut connaître le goût de la tranquillité quand la plaie se cicatrise ? Qui peut connaître le goût de la paix après la tempête ? Mes frères analysants savourent et savent que c'est un éternel recommencement.

Vous voulez que je vous en vende ? Ces choses là n'ont pas de prix. Elles ne s'achètent que par la volonté et par le courage. Nous n'en vendons pas dans les pharmacies et nous n'en vendront jamais.

Dieu ne s'achète pas, il se gagne.

« Quand tu seras psychologue, tu m'analyseras ? » c'est déjà le début du courage.

Aurélien Recher



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SOS Psychologue



Le courage d'Être est essentiel dans une vie, c'est tout simplement vivre. C'est aussi le respect et la reconnaissance de cette vie qui nous est donnée. Je suis tentée de dire que c'est le moins que nous puissions faire à l'égard de ce merveilleux cadeau qui nous est donné : La Vie.

Sommes-nous vraiment conscients de tout cela ? Sommes-nous dignes de cette vie ? Sommes-nous capables d'acquérir ce courage ?

Qu'est-ce que le courage ?

C'est accueillir, c'est se lever quand tout semble perdu d'avance, affronter la journée où il fait sombre, c'est être capable de passer à autre chose, ne plus s'accrocher à l'impossible. C'est avoir la foi que nous pouvons nous en sortir malgré les obstacles, c'est garder l'espoir quand survient même un sentiment d'abandon. C'est prier et prendre le temps d'aller chercher des ressources, c'est faire face à la vie, être dans l'action. Voir la vie comme un défi et chercher des moyens pour être mieux, c'est essayer, oser prendre des risques, ne pas connaître la peur.

Le courage ne signifie pas être inconscient, au contraire, c'est connaître ses peurs et savoir les dépasser, voir la vérité en face et oser l'exprimer.

La lucidité est un signe de courage. Nombreux sont ceux qui préfèrent ne pas s'avouer qu'il y a un problème plutôt que de reconnaître et devoir réagir. C'est pourquoi le manque de courage est souvent insidieux, il est plus facile de se considérer ignorant que lâche.

Quand je me tourne face à moi-même et que je me pose la question : est ce que le courage m'habite ? J'ai ce sentiment aujourd'hui d'en être qu'aux balbutiements, j'ai conscience que chaque acte de courage fait grandir.

Tout d'abord cela m'apparaît comme un éveil à moi-même, une prise de conscience, l'intégration de différents faits ou actions dont je ne pensais même pas que cela faisait partie du courage.

Je dois affronter mes peurs qui me conduisent à un constat : le mal être, l'emprisonnement qui réduit tout mon être et m'étouffe .Je cherche ma liberté, je veux ma liberté, c'est aussi essentiel pour mon propre développement.

Lorsque nous nous engageons sur ce chemin, nous sommes tout d'abord dans l'exploration, la découverte comme un enfant qui fait ses premiers pas et ce que nous rencontrerons et découvrirons par la suite n'appartiendra qu'à nous seuls. C'est un héroïsme au quotidien, il ne s'agit pas d'exploits exposés en public, mais dans des petits riens, sur la base de faits parfois infimes. Cela correspond à une certaine façon d'être dans sa vie de tous les jours, il nous appartient de nous opposer à la pesanteur de l'évidence, de résister aux lois universelles de la gravitation vers la facilité du moindre effort.

Nous devons laisser la porte ouverte à la confrontation, prendre le risque d'un échange qui contienne une révision ou un réajustement de nos positions. Nous devons avoir un comportement d'affirmation, accepter que l'on puisse se tromper, reconnaître, mais tout à fait humblement, que nous avons outrepassé nos ressources.

Nous devons constater au quotidien le conflit interne.

La recherche et l'effort ne sont pas un aboutissement en eux-mêmes, mais un chemin qui s'ouvre sans cesse sur des interrogations, des remises en question. C'est par leur enchaînement inlassable

que s'inscrit le déroulement de l'histoire courageuse d'une démarche, celle que nous accomplissons au quotidien non pas pour survivre, mais pour vivre pleinement la vie.

L'héroïsme au quotidien c'est se confirmer dans le respect de soi, c'est se rejoindre au niveau des fidélités les plus profondes, pour des engagements essentiels.

Dans une communication, nombreuses sont les situations où l'héroïsme aura sa place, mais le respect de soi et de l'autre nous permettra d'aller plus loin. Se taire, c'est laisser plus d'espace à la facilité et à la médiocrité trop souvent triomphantes. Cela demande vigilance, lucidité et cohérence.

Combien vivre la vie au quotidien suppose de courage, d'héroïsme et de risques pour rester fidèle à soi-même, et à ses engagements.

En fait, le vrai courage est de vivre quand il faut vivre et de mourir seulement quand il faut mourir.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 21 Janvier 2008.
Claudine Thomas