NUMÉRO 122 REVUE BIMESTRIELLE décembre 2008-janvier 2009

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Construire un chemin
 
Bernard, Hervé Construire un chemin
 
Bouket, Gaël Construire un chemin
 
Delagneau, Philippe Construire son chemin
 
Giosa, Alejandro Construir el camino de la vida
 
Labhraidh, Seonaidh Construir tu camino de regreso
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Nuestro destino está en nuestras manos
 
Recher, Aurélien Construire un chemin
 
Ruty, Paul La réinsertion
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de décembre 2008
 
Thomas, Claudine Construire son chemin
 
À lire Le chemin le moins fréquenté


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Les vacances au soleil, le retour au froid, la joie de partager une nouvelle année, déjà commencée : nous sommes ensemble vivants au-delà des scénarios catastrophiques, qui nous sont offerts jour après jour et qui pénètrent, sans notre permission, dans nos maisons, dans nos esprits, et parfois dans nos silences les plus profonds.

Heureusement qu'il y a des plantes vertes en hiver dont les feuilles ne sont pas caduques. Soyons comme les sapins verts dans la neige ou comme sur les côtes de l'océan atlantique sud. Tout n'est pas aussi négatif ! Les enfants grandissent, apprennent des poèmes, regardent les bateaux qui se perdent dans l'horizon. En plus c'est la pluie, même si la sécheresse l'a précédée. Il y a des saisons plus ou moins marquées, les cloches des églises, les sourires, les chants, la danse, les déserts et les villes, les maisons à la campagne, et aussi l'amour.

À réfléchir : nous savons que nous sommes, mais nous ne savons pas qui nous sommes !

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Pour le moment, je ne désire pas citer des cas de patients. Je commence par moi-même, car je suis à un carrefour ; il me faut traverser un petit pont, entre deux rives, instable, dangereux, inquiétant. Mais le passé, je ne le veux plus. Les chemins parcourus sont achevés. Je deviens accessible à l'exploration, elle est nécessaire pour la projection d'une vie future. Il n'y a que ce présent où je contemple le danger de la traversée vers l'autre rive. Si je reviens un pas en arrière, je rentrerais sans doute dans un mécanisme d'anciens comportements. Je regarde une dernière fois, afin de me donner le courage de la traversée, cette tentation de la soumission qui m'a été offerte comme unique chemin à construire pour évoluer.

J'ai connu l'insurrection, la transgression, mais je ne me suis pas délivrée de la soumission pendant qu'elle pouvait me servir de modèle. Maintenant, j'en ai assez de moi-même. Je ferme cette option, ce retour en arrière parce que maintenant, ce ne serait que de la régression à des positions étouffantes et répétitives. Je pleure déjà. C'est si difficile d'échapper à mes anciens patrons de comportement ! Oui je pleure, car, pour le moment, il n'y a que la solitude devant moi. Je dois oser la traversée. Je ne sais rien de mon chemin à construire. Je ne vois pas d'option possible, mais j'attends tout. Si j'attends tout, c'est que maintenant je n'attends plus rien.

C'est le premier pas dans cette traversée, le plus difficile, mais je pense à Jung dans les années 1913 ; il s'est séparé de Freud pour rentrer dans une immense solitude sans repères. Dans sa tour de Bolligen, il construisait des ponts avec des pierres et dessinait son mandala chaque matin pour se situer. Je suis très proche de mon noyau psychotique. Si proche que la tentation du vide m'assiège. Hier matin, je n'avais rien que le silence et la traversée d'un désert dont il n'y a aucun chemin à suivre. Il n'y a que des dunes, du sable dense, il n'y a même pas de mirage. Avec quelles armes pourrais-je construire un chemin ? Comment puis-je déplacer le sable ? Et qu'y a-t-il dessous ?

Peut-être ne trouverais-je que des fossiles, les souvenirs d'une mer qui, un jour était là, à la place du désert. Ce ne sont même pas des images de mort, mais celles d'une confusion essentielle. Il s'agit de quitter cette confusion absolue. Je n'ai plus rien, j'ai laissé derrière, moi, après ce premier pas vers le néant, toutes les défenses constituées ainsi que le chemin construit à travers le temps pour m'amener à réussir une vie selon mes valeurs du moment. Si cela existe, je dirai : j'ai laissé la famille, les amours, les désirs, les urgences. Au revoir famille, au revoir réussite ! J'ai construit « nature ». Je sens dans ce premier pas vers d'autres rives, l'immense et profonde solitude du nouveau-né.

Inutile de crier dans le désert, inutile d'appeler à mes valeurs d'hier. Tout est fini. L'archétype de la traversée dont Jung parle est vraiment difficile. Je ne compte même pas sur mes forces, car elles répondaient à mes anciennes valeurs. Mes croyances sont parties. J'ai laissé des infrastructures qui ont permis aux autres et à moi-même des avancées incroyables. J'ai construit, comme les castors, des villages magnifiques.J'ai obéi à la loi naturelle. Maintenant, si je traverse ce petit pont en bois, instable, ce serait pour quitter consciemment de la confusion. J'ai tant parlé de « l'anomie ». Beaucoup de concept, beaucoup d'exposés sur ce thème !

Intellectuellement, je comprends l'anomie. C'est aujourd'hui, au moment où je vis l'anomie, que je pourrais vraiment parler du concept avec le sentiment qu'il existe. L'anomie, c'est le moment où les valeurs anciennes se sont perdues dans une situation semblable à une guerre où, la maison, la famille, les bibliothèques, tout est détruit. Maintenant, je dois construire un chemin avec des valeurs dont je ne sais rien. Le désert en face de moi est étrange. Dans quel sens faire le premier pas ? Peur de me perdre dans une voie sans issue. L'unique chose que je sais dans ce moment initiatique, où mon expérience m'amène au cœur de mon mystère : je ne veux pas être seule.

Et je commence par le plus simple, j'aimerais avoir un colocataire (la formule exclut la soumission), dans l'opposé complémentaire, à qui faire confiance et avec qui je pourrais dialoguer. C'est plus facile de faire le chemin à deux. Mais j'ai tout abandonné. Parce que, sur l'autre rive, j'ai rencontré autant de constructions magnifiques que de terribles expériences du mensonge humain. Et ce sont tous ces mensonges de mon parcours intérieur qui m'ont amenée à ce constat effrayant de la solitude nécessaire pour construire un chemin dans la paix superbe de la confiance. Tout le monde autour de moi, plus ou moins consciemment, est en train de construire un chemin principal. C'est l'unique chose que je récupère de mon passé, la protection consciente de tous ceux qui, en me faisant confiance, m'aident à les aider à construire la partie essentielle du chemin à parcourir dans cette vie.

Je ne peux pas les empêcher de voir s'ouvrir des chemins secondaires, déviants parfois. Mais j'aurais semé, avec le meilleur de moi-même, les éléments pour leur permettre de dépasser les obstacles et revenir vers la ligne principale, vers une conscience pour voir la réalité de cette vie ici-bas, sur terre. Je vois déjà, à partir de ma position d'anomie, que des valeurs nouvelles vont se dévoiler, peut-être plus libres étant donné que je quitte le carcan des anciennes valeurs, produit d'une répétition éducationnelle non assumée par un être libre. C'est en partant de l'absolue situation anomique qu'un vrai silence peut trouver le chemin ; le feu ayant tout dévasté laisse dans la terre une richesse nouvelle. Ce n'est plus à partir d'un tout plein que nous pouvons construire un chemin, mais à partir de l'infini silence du néant. Aider les autres… cela me fait penser que mon chemin à construire, c'est accepter la mission et ne pas regretter d'avoir abandonné toute croyance souvent d'origine ancestrale, qui aurait pu se perpétuer dans la dscendance.

Dans cette situation sans aucune autre valeur que celle d'aider l'autre, je n'ai pas de sentiments, je suis dans un présent où, simplement, je constate que le pont de bois qui est sous mes pieds peut céder et donc, que je tomberai dans un vide sans dimension. Imaginer des tortures capables de me faire gagner, par besoin de secours, la rive du passé que je viens d'abandonner. Il y a une profonde colère. Il aurait été si simple de rester dans l'illusion, identifiée à un monde facile, sans autre orientation que les étoiles de l'hémisphère sud. Pour construire mon chemin, il me faut constater, en me retournant, dos au désert, ce que je viens de quitter, la cathédrale des eucalyptus de ma jeunesse et de mon adolescence, l'illusion d'une éternité sur Terre, la folie de vouloir éterniser, de vouloir figer, les événements et les êtres.

***

Chemin de Saint Jacques de Compostelle

Les seules choses qui bougeaient dans ce passé étaient ma carrière et le passage à la mort des êtres aimés. Maintenant, les maisons du passé sont vides, les champs sont en friche. Ma carrière, elle, marche toujours, c'est la partie solide du pont que je traverse, car la mort des êtres aimés m'a plongée dans la compréhension de la condition humaine. Une petite anecdote : je voyais la maison de la tante, il y a quelques jours, elle n'est plus. Les balcons étaient remplis de fleurs, de plantes, il n'y a plus aujourd'hui que le silence, la dégradation des volets, pas un souffle de vie, pas même une petite plante parasite pour parler de vie. J'essaie de me tourner. Je viens de traverser le petit pont de bois. Je suis survivante, j'ai fait le choix conscient, et voici quelque chose à construire. Ce ne sera pas aujourd'hui un chemin, peut-être un faible sentier. J'ai l'air d'être triste en parlant de tout ça. Peut-on être triste si l'on doit construire un chemin ?

Fini à Paris, le 30 janvier 2009.
En apparence, il y a un ravalement dans la cour,
mais ce n'est que l'apparence.
Il ne s'agit pas du chemin, de la voie.
Fait à Paris, un jour d'hiver pas comme les autres,
car rien ne me retient et je veux aimer autrement.
Je me débats pour trouver le juste chemin, le juste milieu, entre la compassion et la justice.
Tout va être inscrit en moi, les murs de mon âme sont blancs et j'ai un crayon noir dans ma main,
peut-être pour écrire ton nom… autrement.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Construire un chemin !

Le chemin existe-il déjà ou s'agit-il de le construire dans une sorte de « no man's land » de la vie ?

La question semble décalée, voire étrange, tant quand nous avons la tête dans le guidon, bien installé dans le train de la vie, nous ne nous posons pas la question, ou alors elle est rapidement balayée par le flot des événements. Ou bien a contrario, quand nous sommes en panne, pris par une sorte de fatigue psychologique, de lassitude, voire de déprime ou de dépression, nous n'avons plus la force de nous poser la question.

Entre ces deux pôles de la pensée et de l'action humaines, certes caricaturaux, mais suffisamment schématiques pour bien coller à une réalité comme deux archétypes puissants, n'existe-t-il pas des suspensions de l'âme et du corps, comme une pause dans notre souffle vital permanent où une certaine problématique d'un chemin à construire devient plus prégnant, comme si un cheminement encore chaotique, sans but apparent, loin de la satisfaction de nos désirs et rêves les plus profonds ?

Sans doute, la vie nous donnerait cette chance d'un espace de regard, de réflexion, de sensation, d'intuition sur notre propre position entre un passé semblant bien connu et un futur vague ou bien dessiné offert à cette interrogation acceptée ou malheureusement niée, comme si la réponse était consciente ou non « je sais très bien où je suis, où je vais » ou « je suis perdu, complètement enveloppé par mon passé et ses fantômes : quel chemin suis- je en train de suivre, de construire ? Est-ce bien ce chemin que veux parcourir, sur lequel je veux avancer ? Ou, n'y a-t-il finalement pas de vraiment chemin, occupé à satisfaire des besoins et plaisirs à court terme, comme nous y invite sans cesse nos civilisations de consommation ? »

Construire un chemin, comme dans une vision « tabula rasa » ou de page blanche à écrire, ou trouver un chemin déjà existant, comme si avant notre réflexion, notre naissance, voire notre existence individuelle, un destin était déjà écrit à notre intention selon un plan supérieur dont les rouages nous échappent fortement ? C'est selon le style, le caractère, le mode de pensée ou la croyance de chacun.

In fine, il s'agit toujours d'avancer sur un chemin à reconnaître, à explorer avec ce que cela peut impliquer d'effort, d'énergie ou simplement de conscience pour enfin un jour ou plus progressivement savoir au plus profond de soi que c'est bien dans cette direction que je veux construire mes projets de vie, élaborer les objectifs et jalons à atteindre.

Comme il est bien rare de naître avec une (auto)route toute tracée devant soi, que l'on soit né dans une famille riche destinée à perpétuer le patrimoine familial ou que nos parents nous destinent à une vie déjà construite dans leurs fantasmes, peut-être celle qu'ils auraient aimé réalisée !

Plus généralement, nous nous posons face à un questionnement sur nous-mêmes, notre devenir, notre désir, voire notre mission, au début de notre vie ou plus tard à l'occasion de moments charnières, à la suite de ruptures ou d'accidents en principe non voulus, encore moins anticipés, comme si la vie nous tendait la perche pour nous mettre dans le droit chemin, un autre chemin que celui du chapitre de notre vie qui vient de s'écouler.

Peut-être alors écouter la vie, au rythme de nos faiblesses, de messages directs, mais plus souvent indirects des événements, car semblant extérieurs et ressentis comme perturbant notre train-train quotidien, d'un dialogue à mettre en place, à entretenir, en ce qu'elle peut nous apprendre, nous faire sentir les chemins à explorer, puis emprunter, les opportunités à attraper pour écrire un nouveau chapitre ou carrément donner un sens à notre parcours sur cette terre par le biais du choix d'un sujet principal autour duquel sera bâti le roman de notre vie.

Ce questionnement peut prendre parfois, ou plus souvent que je ne le pense, la forme d'un moment de confusion, ne sachant où aller, ou plutôt dans quelle direction diriger notre réflexion, nos investissements, c'est-à-dire notre énergie, nous sentant verser peu à peu, mais inexorablement vers la pente de la déprime, l'inaction ou la répétition monotone, sans y croire d'un scénario bien connu, mais ayant le goût amer de l'insatisfaction. Nous nous sentons tomber malgré nous dans le labyrinthe de la dépression, comme une chute dans un trou aux parois verticales insurmontables. Cela nous effraie et renforce notre sentiment de malaise naissant ou grandissant.

C'est souvent ainsi, sur fond de sentiments confus, mais désagréables, que la vie nous invite à réfléchir de manière constructive en écoutant avec attention et accueil les quatre fonctions psychologiques de l'être humain, que nous a enseigné Carl Gustav Jung : la réflexion, l'intuition, le sentiment et la sensation. Comme quatre points cardinaux d'un GPS psychologique pour nous orienter aux plans du sujet et de l'objet !

Impression d'être à la croisée des chemins, bousculé par deux décès de personnes proches depuis 3 ans, ma tante qui m'a bien aidé dans la vie, et un ami sincère et généreux plus récemment. Côté professionnel, un nouveau directeur à la réputation de travailleur et de réformateur qui va comprendre son nouveau job comme un vaste chantier où il y a beaucoup à faire. Sur un plan personnel, l'envie de plus donner un sens à ma vie. Tout ce panorama à portée des fenêtres de ma maison me donnent à penser que c'est le moment ou jamais pour bousculer la tranquillité, les certitudes qui faisaient le quotidien de ma vie il y a encore quelques années.

Impression également d'être encore un enfant à apprendre comment m'orienter dans la vie. J'ai néanmoins appris que, pour réussir sa vie, il faut avoir compris et suivre deux règles de vie :

  • la discipline personnelle : faire son travail régulièrement avec la plus grande conscience « professionnelle »,

  • écouter la vie, qui représente à elle seule tout un programme de travail, d'apprentissage, de remise en question, pour saisir les « messages » qu'elle nous envoie afin de réaliser correctement notre chemin, j'aurais envie d'ajouter, mais libre à chacun de le penser, connaître sa « mission » sur terre,

    Ces deux lignes d'horizon, comme les deux piliers de tout édifice, pour nous permettre de vivre en bonne santé avec un sentiment de bien-être régulier et surtout de donner sens à notre envie sans lequel toute action finit par devenir stérile, sans joie et finalement sans profit intérieur.

  • Hervé Bernard



    Il me parait évident, à cet instant, que je construis un chemin, qu'il croise et même possède des parties communes avec d'autres, qu'ils ont des influences réciproques, des attractions. Mais à quoi, pour filer la métaphore, pourrait bien ressembler ce chemin ? Une droite, une courbe, un labyrinthe, une spirale ? Qui tournerait dans quel sens ? Y a-t-il du relief, des intempéries ? Où n'est-il simplement que ce que nous en faisons jour après jour ? Il s'agit ici à la fois de constater son chemin passé, de se poser la question du temps, de la recherche intérieure, de la transmission, de l'individuation, de notre rôle dans l'Humanité, de l'Univers et de son expansion, de Dieu.

    Cette question du chemin vient surtout pointer l'incompréhension de mon existence, de ma présence dans ce sac de chair et d'os. Je dois alors commencer par les seules pensées qui me tiennent et me portent aujourd'hui. Elles sont peut-être le point de départ d'un chemin qui ne se déroberait pas sous mes pieds :

  • Ce que je peux constater à chaque instant de ma vie, ce qui est sous mes yeux en permanence, ce sont les différents degrés de présence à moi-même, les « sauts » de la conscience. Il y a deux états fondamentaux entre lesquels je suis perpétuellement en transit : l'absence et la présence à moi-même. Dans les moments d'absence, je ne suis pas dans mon corps, ma conscience erre dans le néant, mes souvenirs sont flous, il me semble être un « zombie ». Lors des moments de présence, je peux m'observer, tenter de me comprendre, être au monde, sujet de la création. Ce constat m'amène, puisque l'effort de présence est possible, que ma volonté est efficiente dans ce domaine, que je possède cette capacité à revenir dans mon corps, à tendre le plus possible à ce « rappel de soi ». C'est une première ligne directrice, la condition essentielle du transit ;

  • En cherchant cet état de présence, je constate aisément deux attitudes possibles envers ce qui est extérieur à ce regard. Ce qui comprend le monde dans lequel nous nous trouvons dans ses différentes formes, minéraux, végétaux, animaux, humains et donc également mon propre corps, ma personnalité : la bienveillance ou non. Si je ne vois que deux attitudes, que l'une consiste à favoriser la vie et l'autre à la détruire, ma quête s'oriente d'elle-même, humblement, vers la première. Rechercher la « bienveillance » comme deuxième ligne directrice, c'est également rechercher la connaissance, la compréhension, la confrontation, car il n'y a de bienveillance réelle que dans l'effort de la rencontre.

    Puis voici trois questionnements qui sont aujourd'hui fondamentaux pour moi. Je les présente ici sans aucune explication, comme ils résonnent en moi, sous forme d'affirmations. Je les porte comme des questions fondamentales dont les réponses se dessinent jour après jour.

  • La mort est une croyance ;

  • Réjouis-toi de tes réactions, elles sont la preuve que tu es vivant ;

  • Sois tolérant avec le maître, il porte un lourd fardeau.

    Je n'en sais pas plus d'où je viens, où vont mon chemin et le chemin du monde, mais, à l'évidence, nous voyons de belles choses. Aussi incompréhensible que cela puisse être, le chemin porte son sens en sa seule existence.

    Fait à Villandry, le 28 janvier 2009,
    dans le calme de la nuit, avec la confiance absolue
    des dormeurs à mes côtés.
  • Gaël Bouket



    Tout d'abord, je prie, de demander de l'aide afin justement de faire taire en moi ce qui s'oppose avec une force jusqu'ici inconnue à l'élaboration de ma vie.

    Construire son chemin, j'en suis complètement imprégné et ce qui émerge en ce moment avec férocité, c'est cette résistance qui s'y oppose. Un nouveau combat s'engage. Moi qui pensais que tout allait pour le mieux dans le meilleur de mon monde. Quelle illusion, quelle tromperie, quelle souffrance.

    Je n'avais pas la moindre idée sur le sujet il y a quelques années, une pensée philosophique, rien de plus. Je n'en avais pas encore la moindre idée lorsque j'entreprenais récemment un travail à la recherche de moi même, à la recherche de cet invisible qui ne se tait que parce qu'il n'est pas compris ou appelé.

    Ce qu'il m'a été donné de comprendre aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas d'autre alternative que de vivre sa vie ou de la voir se dérouler à travail un film, un film qui se projette à l'écran devant nos yeux égarés, sans nous. C'est cartésien, mais c'est comme ça et nous n'y pouvons rien. Il n'y a pas de compromis possible. À y réfléchir et ce qui m'interroge en ce moment, c'est de ne pas voir l'action conciliatrice s'exercer entre ces deux courants opposés. Et pourtant, elle doit agir, mais comment ?

    À moi de décider des influences qui feront de moi un être libre ou un esclave enchaîné à ses illusions.

    Ce chemin qui nous est proposé n'est pas naturel. La nature se fiche pas mal de notre évolution, nous pouvons lui suffire tel que nous sommes, laboureurs sans âme. Je ne m'inquiète pas pour elle de nos excès, elle sait se défendre et reprendre ce qui lui revient de droit quand le temps est venu, ce qui est juste.

    Tant pis pour celui ou celle qui n'a fait que passer, le temps est passé sans âme, sans la vie dans la vie et en fin de compte nous sommes quittes. Il y a un prix à payer, cela semble inéluctable, incontournable et terrible.

    Fait à Lagny-sur-Marne, le 26/01/2009
    Philippe Delagneau



    Chapitre 3
    Le processus de la recherche intérieure

    Un enseignement est reçu par un « groupe », mais la notion de « groupe » dans une école du type dont nous parlons est assez différente de celle qu'on s'en fait généralement.

    Un groupe ressemble à une classe en milieu scolaire dans ce sens qu'on y est admis en fonction du niveau qu'on a atteint et que le candidat ne choisit pas ses condisciples. Mais la similitude s'arrête là : la composition du groupe dépend exclusivement du choix du maître, qui en sélectionne discrétionnairement les éléments en fonction de critères qui lui sont propres, et sur lesquels il ne fournit ni explications, ni justifications.

    De fait, en considération du but exprimé qu'il assigne au groupe, le maître va procéder à un subtil dosage dans la répartition de ses disciples, en fonction de leur âge mental, de leur sexe et surtout de leur type psychologique, de façon à obtenir un échantillonnage aussi varié que possible. Une certaine homogénéité à l'intérieur du groupe dans le niveau de connaissance est souhaitable, mais elle n'est pas décisive, car ce n'est pas tant la connaissance qui est requise initialement de l'élève que son aptitude présumée à apprendre rapidement. Au surplus dans une méthode où les acquis de la mémoire sont perpétuellement remis en question, la « connaissance » est plutôt un fardeau qu'un soutien.

    Car, à la différence de tous les lieux d'enseignement magistral, on ne se rend pas dans une école de sagesse intérieur pour apprendre ; on y va pour devenir, et le disciple ne sait même pas clairement ce qu'il veut devenir, sauf à s'identifier au modèle d'autres élèves plus anciens que lui.

    Et parce qu'un groupe n'est pas une classe, ce n'est pas un simple agrégat d'individus, poursuivant chacun pour eux-mêmes, le but d'obtenir un diplôme ou de passer dans la classe supérieure.

    Et pourtant le groupe n'est pas exactement non plus un « être social » au sens des sociologues ou une « personne morale » au sens des juristes. Tout au plus, peut-on dire qu'à certains moments de travail particulièrement intense et soudé, le groupe crée un « égrégore ». Mais le groupe n'est pas l'égrégore, qui n'est que le fruit de son action, et au surplus il est de la nature des « égrégores » d'avoir une durée de vie très courte et une existence fugitive.

    En fait, un groupe est une communauté de destin : c'est le radeau de la « Méduse » dont le maître a composé l'équipage.

    Et comme sur le radeau, l'avenir de tous dépend du comportement de chacun. Nous ne faisons pas allusion, ici, à une question de responsabilité collective, mais bien à une méthode didactique :

    Un groupe est un lieu d'échange, L'élève pose une question : le maître y répond en donnant une réponse à la fois personnalisée et générale. Et c'est ici qu'intervient la dynamique de groupe.

    En effet l'expérience démontre que dans la voie de l'évolution intérieure, pour parvenir par exemple à une certaine étape, les élèves rencontrent tous les mêmes difficultés et ont tous à surmonter les mêmes obstacles, mais ils ne le font pas tous dans le même ordre. Il en résulte que telle question posée par un élève paraîtra élémentaire à un autre élève, qui sera confirmé par la réponse du maître dans sa certitude d'avoir déjà trouvé la solution. Mais le même élève, se croyant avancé, se trouvera tout surpris à la réunion suivante de constater que le premier, en posant une nouvelle question, fait preuve d'une expérience certaine dans un domaine auquel le second n'avait même pas pensé et lui découvre par là-même tout un pan de connaissance ignoré. Il se produit de la sorte, au cours de ces échanges publics que sont les réunions de groupes, et du fait même de la variété des éléments qui les composent, une éducation mutuelle et indirecte des élèves les uns par les autres. Le groupe progresse dans son ensemble du fait de la diversité de compréhension de chacun. Et chacun, quels que soient ses efforts personnels, ne pourra compter « acquérir » une connaissance « complète » en un domaine que grâce aux efforts et aux expériences partagés de tous les autres.

    La méthode est donc fondamentalement collective, et il ne pouvait en être autrement puisqu'il s'agit de faire partager un enseignement, par nature général et objectif, à des personnalités très diverses ayant, naturellement, une vision très parcellaire de la vérité.

    Au surplus, la méthode spécifique de l'enseignement par un dialogue public a un mérite particulier qui est remettre en question constamment les certitudes acquises. Nous l'avons dit précédemment : le tragique du destin de l'homme est de substituer sa mémoire à l'expérience dans l'appréciation d'une situation nouvelle. « Je sais » répond constamment en l'homme son ennemi intérieur, celui qui veut l'empêcher de vivre. Et, parce que « je sais » ou plutôt, parce que « j'ai su », je me refuse à écouter le message de l'expérience immédiate qui peut m'apprendre tout autre chose, et notamment qu'il n'y a de la réalité que dans l'instant présent.

    Appliqué à l'enseignement dans les groupes, ce précepte de méfiance envers la mémoire conduit à apporter un intérêt renouvelé à un enseignement répétitif. Si telle question d'un élève paraît banale, et la réponse qui suit va y être donnée « connue d'avance », est-ce si vrai que cela ? L'élève qui veut progresser se posera nécessairement la question suivante : cette réponse si « connue » à une question « élémentaire », que signifie-t-elle réellement pour moi en cet instant même ? L'ai-je intégrée en moi-même ? L'ai-je même simplement comprise en ce moment précis où je m'interroge ? Ou bien ce n'est pas que j'ai compris quelque chose il y a quelque temps et que je vis depuis lors sur le souvenir non actualisé d'une expérience passée ?

    Georges de Maleville



    Le contexte dans lequel j'écris cet article est à définir. Je suis à la bibliothèque de l'Université. La fac est bloquée, il n'y a pas cours. Les enseignants-chercheurs se sont mobilisés pour faire face et dire leur refus au décret de loi visant à modifier leur statut. Je suis arrivé ce matin en espérant pouvoir trouver un cours qui ait lieu. Mais en vain, tout est bloqué.

    Il y a deux ans, je suis venu à l'Université pour apprendre la psychologie. Sorti de l'univers gastronomique, je ressentais le désir d'en savoir plus sur l'Homme et son fonctionnement intérieur. Aujourd'hui je me rends compte que l'Homme n'est rien sans son environnement. Il n'existe pas dans une autarcie individuelle, mais se construit, parce qu'il appartient à une famille, à un groupe, à une société et même à une race qui est celle de la famille humaine ; et l'environnement physique, celui de la matière l'imprime pour le faire exister. C'est dans ce contexte que j'aborde la question que ce que peut signifier, par une approche subjective, construire un chemin ?

    Il est difficile de ne m'autoriser à comprendre cette question que du seul point de vue de l'objet, ou de l'environnement ou du seul point de vue du sujet. Les deux parties objet-sujet semblent devoir s'unifier pour donner naissance à une unité des opposés. Du point de vue Jungien, anima-animus tendent dans le travail analytique à s'unir au sein de l'individu. Pour cela, il est nécessaire d'intégrer petit à petit des contenus de l'inconscient et de les rendre conscients. Psychiquement, les représentations sont véhiculées par des quotas d'énergie qui demandent à être transformés, c'est la métanoia (C.G. Jung). Construire un chemin de ce point de vue constituerait à constamment élaborer des transformations d'énergie tendant vers le processus d'individuation (C.G. Jung). Rechercher son identité et bâtir sa personnalité sont les désirs et les besoins qui m'ont poussé sur le chemin de la compréhension de Soi. Chercher, se faufiler dans les méandres de l'inconscient, explorer le côté sombre, passer outre les résistances et se confronter aux réalités des complexes autonomes et subjectifs sont autant d'espaces d'exploration possibles. Reconstruire sans cesse après avoir déstructuré, étudié, analysé. La construction individuelle au sein même du psychisme s'effectue au quotidien. Chaque jour se forme de nouvelles questions, de nouveaux quotas d'énergie font surface et demandent à être travaillés. En fait, il me semble que la construction majeure s'effectue pendant les premières années de la vie. Et s'atténue, même si elle reste toujours présente, avec le temps. Il y a un moment où la reconstruction est essentielle. Le psychisme activé et nourrit par les expériences quotidiennes nécessite une reconstruction de chaque instant, permettant la dynamique et évite l'immobilisme de l'inconscient. La construction personnelle fonctionne de pair avec une constante reconstruction. Et la reconstruction conditionne la construction généralisée.

    La construction primordiale s'effectue pendant les premières années de vie et l'étayage marque le jeune enfant de repères et de modèles structurants. C'est donc d'abord son entourage puis la société entière qu'il va chercher à intégrer. C'est la construction du chemin du point de vue de l'objet. La moindre expérience façonne notre identité. Elle s'inscrit en nous-mêmes et nous sert de base pour appréhender d'autres réalités. La vie n'est pas facile. La vie n'est un jeu que pour celui qui sait la conquérir. La condition humaine est une lutte permanente pour trouver une place au sein d'une société qui n'accepte que les plus courageux, ceux dont la volonté est sans faille à l'image des chevaliers sans peur et sans reproche.

    Energétiquement l'environnement est une ressource considérable. Chaque centimètre carré de matière physique est porteur de vitalité. Vitalité que chaque élément, chaque structure vivante ressentent plus ou moins selon le degré d'élargissement de sa conscience. L'aventure entamée dans l'étude analytique dont le corps humain était porteur se retrouve dans l'étude de la matière. Se frayer un chemin à travers les résistances des autres, à travers de longues procédures administratives coûteuses et des conflits d'intérêts entre voisins, famille ou états n'est pas des plus aisées. De manière identique, chaque « moment difficile à passer » mérite intégration et demande sous une forme non-prononcée à être travaillé. Surpasser les obstacles de l'environnement est d'une richesse énorme, car ce faisant il nous est permis non seulement d'aller plus loin dans notre démarche, mais également de bénéficier de toute la ressource sous-jacente à l'obstacle et qui est en plus transformée. C'est une métanoia (cité plus haut) de l'énergie de la matière qui nous revient. De la sorte, nous sommes d'accord avec chacune des deux parties Objet-Sujet. Nous sommes d'accord avec nous-mêmes.

    L'humain et son environnement sont deux matières d'un tout porteur d'une charge énergétique, l'inconscient et dont chacun a sa propre histoire. Et, il me semble, que c'est en partie grâce à cela que Jung a élargi le concept de libido à des qualités culturelles, religieuses, familiales, parce que l'individu et l'environnement ont des histoires vécues spécifiques liées entre elles (et donc interactives) par l'inconscient.

    Alors aujourd'hui, construire un chemin m'oblige à ne pas m'arrêter en cours de route. Réfléchir avant d'agir. Petit à petit se construit en mon pauvre être, la nécessité de ne pas mobiliser de l'énergie si c'est pour l'abandonner et de ne répondre que partiellement à sa demande. C'est comme si l'on promettait une carotte à un mulet sans la lui donner. Que deviendra le mulet ? C'est le même processus pour l'énergie, je ne sais ce que l'énergie deviendra. Elle restera en suspens sans avoir été travaillée. Lourdes conséquences possibles. La responsabilité est une vaste demande, un bien vaste appel. Où suis-je ?

    Fait à Boulogne dans une université en grève.
    2009, année de la stabilité dynamique.
    Aurélien Recher



    Construire un chemin en langage officiel de l'administration pénitentiaire, cela s'appelle assurer la réinsertion.

    L'administration s'acquitte plus ou moins bien de cette tâche. Je dirais plutôt moins. Ce n'est pas parfait, mais il y a tout de même des tentatives pour aider le détenu, futur homme libre, à avoir des formations professionnelles, des formations scolaires et des aides et incitations à trouver un emploi à la sortie. Malheureusement, j'ai trop souvent vu des détenus complètement inoccupés donc incapables de s'intéresser à leur futur autrement que sous la forme de la peur du vide et de l'angoisse.

    Il m'est apparu que le rôle de visiteur de prison était moins l'aide à une réinsertion professionnelle (encore que cela ne soit pas exclu) qu'un accompagnement de préparation à la resocialisation. Autrement dit une aide à la construction d'un chemin personnel psychologique.

    Aussi efficace que soit la préparation matérielle et professionnelle, il reste toujours cette peur du vide que représente la libération.

    J'ai reçu tout récemment, une lettre de X. que j'ai connu à Fresnes, il y a 10 ans et que j'ai accompagné pendant plusieurs années avant qu'il ne soit transféré dans un autre établissement. X. est libéré le mois prochain après une décade derrière les barreaux et il me demande de l'aider à réapprendre à marcher libre. « Vous comprenez, dit-il, ouvrir une porte, je ne sais plus ! Depuis 10 ans, on le fait toujours pour moi ! Alors, comment vais-je traverser une rue ? »

    Une ou deux permissions avant la sortie conditionnelle ne suffisent pas à dissiper l'appréhension. Et paradoxalement, beaucoup, dans leur crainte de la liberté, aimeraient inconsciemment prolonger la détention. On est à l'abri, ici, derrière les murs. J'ai beau prendre de bonnes résolutions pour ne plus revenir en prison, je ne sais pas ce que seront mes réactions aux tentations de drogue, d'alcool, du bien d'autrui, du viol, de l'agressivité ou du mépris des autres. Ici, je suis dans un cocon, protégé, un peu comme je l'étais dans le ventre de ma mère. L'accouchement ne peut qu'être douloureux.

    Y. condamné à une très lourde peine me raconte un rêve

    « Je rêve que je suis libre dans la ville de mon enfance. Tout a changé. J'en ai marre d'être dehors. Ce n'est plus chez moi. J'ai envie de retourner en prison. Car la prison ne change pas, elle n'évolue pas. »

    Y. poursuit. Et je ne sais plus s'il s'agit de la suite du rêve ou d'une réflexion en imagination active :

    « Quand on arrive en prison, on nous parle de réinsertion, de projet futuriste et dès qu'on approche de la sortie, on nous parle de notre passé et de notre dangerosité. Ce monde dans lequel je vis est l'inverse du monde extérieur. Il me plaît.

    Sauf que voilà ! Pour retourner en prison, il faut que je fasse une connerie. Et pour être sûr que la peine sera lourde, il faut une grosse connerie, donc faire du mal à quelqu'un. Et cela, je ne le peux plus. Alors je suis resté dehors, malheureux ! »

    Y. est, bien entendu, très dépendant de l'environnement et du regard des autres. Il me faut l'aider à trouver des forces en lui-même qui lui permettent d'affronter tous ces changements. Il me faut aider à ce que Boris Cyrulnik appelle la résilience. Je ne t'apporte pas de solutions toute faite, mais je t'aide à en trouver en toi.

    W. chassé de chez lui par sa mère à l'âge de 15 ans a connu la drogue, la prostitution, la manche, le vol, la violence et a fini par commettre assez de conneries, comme disait Y., pour écoper d'une lourde peine. La raison de la colère de sa mère, était un différend sur l'orientation professionnelle. W. voulait se lancer dans les beaux-arts, sa mère voulait en faire un ingénieur… Eh oui, cela suffit parfois pour créer ce genre de situation horrible. Après une tentative de suicide et un travail approfondi en ma compagnie, W raconte un rêve :

    « Je suis dans un cimetière, assis sur une tombe, j'ai une planche à dessin sur les genoux et je dessine. Il fait nuit. J'entends du bruit et la terre bouge devant moi. Je creuse et apparaît une main. Je creuse encore et dégage un bras. Puis une tête apparaît. C'est la mienne ! »

    W n'a pas eu beaucoup de mal à comprendre qu'il venait de trouver en lui, à la fois le but de sa vie et le moyen de l'atteindre : Creuse pour te sortir de la mort qui te guette ! Dessine, c'est ta vocation première. C'est ainsi que tu ressusciteras ! C'est ainsi que tu vivras !

    Paradoxalement, c'est en aidant des hommes à construire leur chemin que j'ai entrepris de construire le mien.

    Je dis paradoxalement, car je suis dans la situation du professeur qui demande à ses élèves de lui prodiguer un enseignement.

    Je dis paradoxalement, car je suis dans la situation du visiteur de prison qui demande aux détenus qu'il visite de lui donner des leçons de morale.

    Paul Ruty



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    SOS Psychologue



    C'est apprendre à vivre avec la vie, c'est le plus court chemin de soi-même à soi-même. En fait, c'est l'histoire de toute notre vie.

    Je me rends compte aujourd'hui que je n'avais pas conscience de construire mon chemin, la vie me dirigeait, mais en aucun cas je dirigeais ma vie, je n'existais pas, car il n'y avait personne capable de mener sa vie, d'être responsable, d'être tout simplement. Que voulait dire « vivre » pour moi ? Subir !

    La vie m'a conduite là où je suis aujourd'hui sans avoir été présente. Pour ainsi dire, j'étais profondément endormie. Malgré tout, je pense qu'il y avait une petite étincelle au fond de moi, celle qui m'a permis d'être là où j'en suis.

    À chaque souffrance, déception, trahison, attaque, échec, je m'éloignais, je cherchais un sauve conduit, un endroit pour me protéger, je construisais mes défenses jusqu'à m'enfermer totalement et m'étouffer.

    Je me rappelle, lorsque j'étais enfant, cela se passait toujours dans le jardin quand j'étais avec mon père, tous ces instants que je voulais retenir : le chant d'un oiseau, le bruit d'un avion, etc. Comme si je voulais les graver à jamais en moi pour pouvoir les retrouver, c'étaient des moments de paix, de bonheur que je voulais prolonger.

    Lorsque mon père est mort, tout a basculé et là j'ai dû au fil du temps construire ma forteresse. Le temps s'écoulait et rien ne changeait. Tout se répétait tout le temps de façon négative. J'avais cette sensation en moi de toujours avoir été submergée. Ce besoin que l'on avait à m'enfoncer la tête sous l'eau et lorsque j'arrivais à sortir la tête de l'eau, à respirer, il y avait toujours quelqu'un pour à nouveau m'enfoncer la tête et inlassablement jusqu'au point où je me suis sentie découragée, littéralement engloutie, il n'y avait plus de possibilité de s'en sortir, pas d'issue, c'était fini pour moi. D'où cette peur de la mort, cette peur de l'eau, un spectre sans vie, incapable de sortir la tête hors de l'eau.

    Et pourtant je ne pouvais pas imaginer que c'était cela la vie. À quoi bon vivre sinon ! La vie ne pouvait pas être ce qu'elle était, il y avait autre chose de vrai, de plus grand, sinon rien n'avait de sens.

    Lorsque j'ai accouché, le médecin intrigué par ma voix m'a envoyé chez un ORL et ce dernier chez un phoniatre à Paris, celui-ci était le frère d'une chanteuse. Il a regardé ma gorge et m'a dit tout simplement : pour vous donner une image, vous freinez. Il était emballé et a voulu que je rencontre quelqu'un du spectacle. Ce que j'ai fait. J'étais admise pour faire du théâtre. Certains me disaient : c'est super, tu vas être connue, bien gagner ta vie. Mais ce n'était pas ce qui m'intéressait, je voulais savoir pourquoi j'étais comme ça, qu'est ce qui se passait en moi, pourquoi ce mal être, pourquoi je freinais au niveau de ma gorge. Alors je n'ai pas donné suite et j'ai commencé un travail sur moi. Ce que je peux dire aujourd'hui c'est que cela m'a permis de franchir la première marche. Ce que je sais également maintenant c'est que sans la verticalité je ne pourrais pas trouver ma respiration, ma voix, ma vraie vie. Cela fait partie du chemin que j'ai à accomplir.

    L'éternité ne doit pas être imaginée comme s'inscrivant dans le mouvement linéaire d'un temps sans fin, elle ne peut être appréhendée que par une plongée verticale en soi et dans le présent.

    L'évolution est une tâche complexe et ardue qui dure toute la vie. C'est à travers la douleur que représentent la confrontation aux problèmes et notre capacité à les résoudre que nous évoluons, que nous apprenons.

    Fait à Lagny-sur-Marne, le 29 Janvier 2009
    Claudine Thomas



    (extrait d'une présentation du Dr Patrice Éon)

    Scott Peck est un psychiatre et romancier américain, né à New York le 22 mai 1936 et décédé dans le Connecticut le 25 septembre 2005. Il est souvent présenté comme un médecin de l'âme, en nous proposant la construction d'un chemin personnel notamment dans son livre-culte « Le chemin le moins fréquenté » (« The Road Less Travelled »).

    « L'ouvrage de Scott Peck a été écrit en 1978, l'auteur est un psychiatre américain à orientation analytique qui ne fait aucune distinction entre le spirituel et le mental donc aucune distinction entre évoluer spirituellement et évoluer mentalement. Pour lui, c'est la même chose. Il pense que l'évolution personnelle implique un travail complexe et ardu qui dure toute la vie et considère que la psychothérapie peut être une aide substantielle mais qu'elle n'est pas fondamentale. Il se situe hors tout courant dogmatique, ne se déclare ni freudien, ni jungien, ni adlérien et défend la pluralité des voix vers l'évolution spirituelle.

    La première partie de son ouvrage est consacrée à la discipline.

    Il considère celle-ci comme un outil de base dont nous disposons pour apprendre à affronter les problèmes et à les résoudre avec succès pour s'enrichir et évoluer. C'est grâce à la discipline que l'homme peut se confronter à ses problèmes et à leurs résolutions et grâce aux difficultés de la vie que nous évoluons mentalement et spirituellement. Les gens sages savent, non seulement, ne pas avoir peur de leurs problèmes, mais les acceptent de bon cœur avec la souffrance qu'ils impliquent…

    L'objectif de Scott Peck est d'élaborer une façon d'aborder la douleur de manière constructive. Il fait pour cela appel à quatre techniques de discipline :

  • retarder la satisfaction ;
  • accepter la responsabilité ;
  • se consacrer à la vérité ;
  • et trouver l'équilibre… »
  • Par Scott Peck