NUMÉRO 134 REVUE BIMESTRIELLE décembre 2010-janvier 2011

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Construire un couple
 
Bernard, Hervé Construire un couple
 
Amblard, Chantal La complexité du couple (étreintes et astreintes)
 
Bouket, Gaël À nos palettes !
 
Delagneau, Philippe Construire un couple
 
Godard, Chantal Construire un couple
 
Giosa, Alejandro Construir la pareja
 
Labhraidh, Seonaidh Construir la pareja
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Construcción del nido
 
Recher, Aurélien Construire un couple
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de décembre 2010
 
Thomas, Claudine Construire son couple


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C'est commencer par faire des petits pas pour trouver la puissance d'une rencontre qui s'avère comme une possible tentation de construire à partir de sentiments indéfinissables, une possible solution au désir d'un accomplissement à deux.

Après, si l'attirance devient une réalité partagée, les pas deviennent plus longs, plus sûrs Pas gauches, sensibles, fragiles, éphémères. Pas droits, construction, compensation de la fragilité, acceptation de partir de l'éphémère pour plonger dans une relation dans la durée. Pas droit de l'action qui affirme : « Je vais construire, mais je vais construire avec toi ». Alors si le vouloir est partagé par le partenaire désirable, l'aventure sur terre, à peine commencée, devient déjà un projet avec l'acceptation des possibles difficultés que sa réalisation engendre.

***

La construction d'un couple est difficile, car il y a les obstacles de l'extérieur, dans l'environnement. Dans mon cas, ce fut l'acceptation par les parents de mon choix, l'intégration de l'autre choisi dans le contexte social, l'incompatibilité professionnelle et vocationnelle. Il y a aussi les obstacles internes, les différences des tempéraments, des caractères, des comportements.

***

Le couple est un terrain disponible pour construire une bâtisse. À mon avis, il s'agit d'une pyramide dont la base est l'amitié, la partie moyenne la complicité et le but de la pyramide la passion.

Pourquoi les projets peuvent-ils échouer ? Sans doute, parce que dans une grande majorité de cas nous partons de la passion avec une libido d'objet qui cherche à créer le lien, mais qui n'est pas « nettoyée » de nos projections sur l'autre, la confusion entre le partenaire idéal, l'idéal de partenaire et le partenaire réel peut piéger une relation possible. Les projections sur l'autre de ce que nous sommes transforment le vaste terrain de la construction en une terre minée. Après il y a la question « Où sommes-nous dans le lien ? », car à un moment donné les projections s'arrêtent et nous sommes en face de l'autre, réel, avec ses qualités et ses défauts.

***

Si nous avons commencé par la passion les projets s'effondrent, l'autre devient un inconnu en chair et en os ; c'est-à-dire, que nous n'avons pas eu l'expérience des questionnements sur ce que nous pouvons partager, des choses tellement simples. Par exemple, de quoi pouvons-nous parler ensemble ? Quand la relation commence par l'envie de connaître l'autre sans l'envie de se précipiter dans l'amour passion, c'est beaucoup plus facile de partir sans faire du mal à l'autre et sans se faire du mal à soi-même. Il faut très longtemps, mais je parle d'un temps dans le sens relatif pour décider consciemment d'aimer l'autre dans son individualité, c'est-à-dire, au-delà de nos projections.

***

De toute manière, l'amour nous surprend, nous pouvons être à la recherche d'un couple, mais la rencontre est en dehors de tout programme rationnellement structuré. L'amour nous surprend en dehors du temps, en dehors de l'espace, c'est un choc différent qui nous prend en totalité. Selon Freud, être amoureux est un passage dans l'anormalité ; selon Jung, c'est être possédé par un mythe qui rejoint l'idéal comme dans un rêve.

***

Je reviendrai à la construction d'un couple, mais il y a là l'urgence de dire quelque chose au sujet du partage dans la façon d'aimer. Pourquoi tant de thérapies de couples. Qu'est-ce que j'ai pu observer et que j'observe ?

Ils viennent, en général, pour divorcer avec des discours de transfert de responsabilité ou des discours dépressifs selon le type psychologique, la position dominante/dominée dans le couple, la concurrence professionnelle, qui est très fréquente, mais en dehors de toute pathologie individuelle la communication n'existe pas. Il s'agit de personnes qui ont vécu de façon parallèle, c'est étonnant et fréquent qu'ils ne se souviennent même pas d'avoir aimé ou désiré l'autre. L'analyste n'est que le traducteur entre deux étrangers et, à ce moment-là, je ne parle pas des couples mixtes dans le sens des cultures différentes, je parle des vécus qui n'ont rien en commun. Je sais que je ne suis qu'un traducteur, mais un traducteur intelligent qui cherche la brèche dans la traduction donnée au conjoint, le texte littéral plus la signification de ce que l'autre a voulu dire et que parfois il ne sait même pas lui-même.

En premier, je propose de réussir ces divorces s'ils n'ont pas réussi le mariage, mais avec la condition que chacun fasse de son côté une thérapie analytique nodale pour résoudre ses questionnements qui sont peut être d'ordre personnel, mais dont le bouc émissaire des rancunes et frustrations est le conjoint, donc le lien. Je trouve, avec une fréquence incroyable, que dans le lien ce n'est pas un problème de rapport sado masochiste, mais de sens de la vie et des expressions de ce sens complètement différentes.

Une femme ou un homme infidèle ce n'est pas nécessairement une question de couple, mais une question d'imaginaire ou une position hystérique de séduction, de recherche ailleurs pour s'assurer d'exister. Il est étrange de constater que le partenaire dans ce cas n'est pas du tout un infidèle au contraire, c'est une personne sûre de vouloir être ce qu'il est, malgré la position fluctuante de l'autre. Je constate aussi qu'il est fidèle et honnête avec lui-même, ils ne se sont pas mis ensemble pour se séparer, mais pour construire une vie à deux avec amour et considération avec les enfants et les parents.

Le séducteur infidèle souffre sans le savoir de son incapacité à construire dans la durée, la moindre agitation dans l'air le trouble, un homme qui passe ou une femme, dans le cas d'un homme, éveille les fantasmes de posséder ce qu'il ne possède pas.

En m'écoutant dicter ce thème j'ai l'impression d'avoir plus de sympathie et plus d'empathie par rapport au partenaire fidèle, c'est possible, mais déontologiquement je tiens la route. Si je me pose la question « quel est le désir de l'analyste ? », je réponds : « avoir la bonne distance et essayer de sauver ce qui peut rester du naufrage ». Je propose toujours une reconstruction à partir des fameux cahiers noir et rose dont je voudrais dire un petit mot, car j'imagine que, vous tous, vous savez que le cahier noir écrit par chacun des partenaires par rapport à l'autre est celui des plaintes accumulées à travers les années de relation, et le rose des bons moments passés ensemble au cours du temps jusqu'à aujourd'hui.

***

Construire un couple c'est s'assumer et préparer l'aventure, arrive ce qu'arrive, la main dans la main dans l'amour, et en regardant dans le même sens comme dit Pablo Neruda et pas seulement dans les yeux. J'ai un certain plaisir à transcrire quelques pages d'un cahier d'une patiente en thérapie de couple. Son mari a bien réussi sa vie, il est un industriel et elle est médecin, il y a un problème de communication lié à des regards opposés vers la vie, il n'y a pas de pathologie individuelle, mais des périodes de tristesse sans dépression qui ont été enregistrées dans le dit cahier.

Elle écrit : « Eh bien, c'est la nuit, le jardin parle encore dans nos cœurs livrés à l'oubli, les étoiles racontent des histoires de princesses et d'oiseaux sauvages, d'amantes et de fleurs de cactus. Je n'ai jamais eu un amour aussi beau que le nôtre, il venait des espaces doux, des rencontres furtives, de la peur de mourir, de la gloire de te voir, je reviens autrefois te combler de plaisir, je reviens comme jadis te parler de mon âme. Nous avions un jardin, nos désirs et ma joie où il y a des siècles qu'un passant nous dira que nous nous sommes aimés. Il n'y a plus l'extase, il n'y a pas de délire, il n'y a que du vent dans mon âme qui s'étiole, tout ce passé déjà, qu'est-ce qui nous manque aujourd'hui ? Ton regard se perdant dans les reflets des eaux, mais, j'ai, comme jadis, une grande peur comme étoile et mon corps nu demande sans pitié la plus simple vérité et je t'aime comme toujours sans la moindre tentation d'esclavage, pas immédiatement, mais je crois que tout est fini.

Quarante cinq jours après, elle écrit « Je t'espère, c'est la nuit, les oiseaux nous attendent dans les rives de l'aube, je soutiens dans mes bras tes derniers souvenirs, je garde à mes lèvres tes saveurs, des moments sublimes dans les temples de Sicile, là-bas nous gardions le silence des élus, le silence souverain d'une histoire jamais achevée, je te garde encore dans des rêves si vivants et mon corps se plie encore à tous nos désirs, je pénètre ton silence, ton mystère, ta jouissance. J'ai en même temps la douleur, j'ai en même temps le plaisir. Sur la nuit pleine, je reviens de douleur, je me sens atterrir sur une terre si sauvage. Bénis soit l'éternel, bénis soit notre union. Un amour qui vit dans les joies du matin, découverte de l'existence, découverte de merveilles, de la simple caresse à la joie plus secrète au-delà de toutes les langues je te parle mon amour. »

Vous verrez la différence entre le récit de la première séance avec son cahier noir ou rose, je ne pourrai jamais le définir, et le deuxième récit. Dans le premier, elle est dans le désinvestissement du couple, dans le deuxième elle est dans l'investissement du couple. Petite conclusion pour le moment, nous sommes en transit vers une possible construction du couple autrement.

Où il y a eu des feux, les cendres restent. Je constate que nous pouvons échouer dans la construction d'un couple, mais parce que nous n'avons pas accepté l'autre dans sa différence. Construire un couple c'est trouver un chemin adéquat dans le désert, une pierre brute que les vents, les pluies, les âges ont taillé, mais pas nous, c'est vouloir la tailler ensemble, s'ils veulent la trouver. Les états de confusion ne doivent pas nous écarter de notre but objectif, elle sera la pierre angulaire de notre bâtisse sur terre et un grain de sable différencié pour notre bâtisse éternelle.

Un conseil me revient de Khalil Gibran dans le Prophète : « Qu'il y ait du rire dans la douceur de l'amitié et un partage des plaisirs, car c'est dans la rosée des choses modestes que le cœur trouve son matin et sa fraîcheur. »

Et, pour terminer, un proverbe chinois dit que : « La montagne et l'eau finiront par se rencontrer. » Et nous aussi dans l'acceptation de nos différences et nos complémentarités. Je livre à votre réflexion : « Nous croyons savoir ce que nous sommes, mais nous ne savons pas qui nous pourrons être, si nous le voulons consciemment ».

Fait à Paris, le 9 Janvier 2011
Une nouvelle année qui arrive.
Supposons porteuse de plus de sagesse, de douceurs et tolérances,
un goût du silence qui s'accorde avec la symphonie de l'univers
et je m'accorde moi aussi avec cette image de la patiente au sujet des temples en Sicile,
car je te vois encore à Selinunte, une nuit de lune,
où tu m'avais demandé de nous marier ensemble
à peine quelques années après nous connaître.
Je n'ai pas répondu, mais je t'ai dit que je t'aimerais toujours
et le temps passant, nous avons construit une très belle bâtisse,
si solide qu'elle supporte la séparation.
Bénis soit l'éternel
et il fait moins froid et tu es là. Autrement.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



En prenant connaissance du thème, j'ai eu envie de définir les différentes briques possibles qui pouvaient être utilisées pour la construction d'un couple, comme s'il s'agissait de construire une maison. En tout cas, la maison du bonheur, telle que je la vois, aujourd'hui.

C'est bien évidemment tout d'abord rencontrer une personne

Où il faut allier quantité et qualité.

Quantité, car si nous ne favorisons pas le désir d'aller vers l'autre, la curiosité d'en savoir plus au delà d'une apparence sans l'attrait suffisamment puissant qui nous fait sortir de notre inertie, l'échange par le regard, par le jeu de la séduction ou quelques mots tout simples, avec les personnes que nous croisons au quotidien, la rencontre aura peu de chance de se réaliser. Il ne faut jamais trop compter sur la chance, qui nous aide déjà beaucoup dans les situations incertaines à la limite de notre action ou de notre volonté. Là, chacun peut développer sa recette, adapter son style aux objectifs qu'il s'est donné, entre activisme et attitude plus passive, en fonction de son caractère, de ses qualités personnelles.

Qualité bien sûr, car il ne s'agit de courir après la quantité, si chaque personne ne correspond pas à nos aspirations profondes, comme dans une spirale d'échecs à répétition. Quantité et qualité doivent dialoguer au travers de la réflexion. Pourquoi cela n'a pas marché avec cette personne ? Pourquoi n'ai-je pas osé parler à telle autre ? Pourquoi me suis-je laissé entraîner dans cette histoire sans issue ?

La rencontre est un apprentissage autant de soi-même que de l'autre, car si, la plupart du temps, nous ne pouvons pas changer l'autre, en revanche nous avons toute latitude pour nous changer pour peu que nous le désirions vraiment, que nous comprenions comment opérer et que nous persévérons dans notre stratégie de changement intérieur.

Les autres sont comme de multitudes de chemins différents où nous allons tenter de cheminer tant que notre désir et notre relation avec l'autre le permettront. En chemin nous pouvons découvrir des paysages merveilleux, des mondes insoupçonnés, des ambiances inoubliables. Mais aussi nous pouvons rencontrer des obstacles, des terrains dangereux que nous craignons de traverser, le météorologie changeante peut nous obliger à nous protéger, nous inciter au moins à ralentir, à « lever le pied ». Le chemin peut même s'arrêter brutalement, toute avancée devenant irrémédiablement impossible, ou bien le voyage peut devenir carrément ennuyeux. Il est alors nécessaire de rebrousser chemin pour changer notre route.

Qui conduit dans ce chemin commun, nous-mêmes, l'autre, la relation avec l'autre comme une tierce personne imaginaire et réelle à la fois, comme produit d'un inconscient collectif, sans doute chacun potentiellement, à tour de rôle, en fonction des événements, de la dynamique propre à chacun et aussi du caractère, comme dans un mouvement de balancier dont le timing est réglé par le jeu de forces consciences (les décisions et choix des partenaires du couple) et inconscientes (tout ce qui nous échappe, mais pourtant nous aide à nous réaliser et à réussir dans nos vies). Bien sûr cette configuration dynamique de couple se retrouve dans les relations équilibrées, elle n'est parfois qu'une vue idéale du couple jamais atteinte quand un « dominateur » rencontre un « dominé », quand un caractère fort croise la route d'un caractère faible.

Mais au delà de ces lignes générales dans le temps et l'espace, qu'est-ce que construire un couple, au quotidien ?

  • c'est se sentir à l'aise avec la personne ;
  • partager des valeurs, des centres d'intérêt, des activités, des goûts, voire des passions ;
  • accepter l'autre tel qu'il est ;
  • désirer construire quelque chose ensemble ;
  • apprendre à partager avec l'autre, car seul la vie est difficile, voire impossible, stérile, plate, triste ;
  • intégrer une dynamique de partage, de compromis avec une autre personne dans une dynamique de réalisation personnelle ;
  • apprécier les qualités et l'essence de l'être de l'autre ;
  • c'est aussi réaliser ses propres projets de vie, au delà de la réussite de sa vie de couple, en étant le mieux accompagné possible, avec un amour partagé en prime.

    Construire un couple, c'est aussi partir de rien pour arriver à un ensemble d'éléments structurés, assemblés ensemble avec l'autre, qui façonnent les lignes générales de notre vie et qu'il s'agit de maintenir, quitte à rénover, agrandir, faire évoluer cette structure parfois nous enfermant par rapport à notre environnement, mais aussi nous guidant, nous protégeant à la fois quand le navire tangue…

  • Hervé Bernard



    Qui n'a pas rêvé de rencontrer l'être de sa vie pour former un couple merveilleux qui résistera aux épreuves du temps ?

    Le couple est une aventure qui vous propulse sur un chemin de vie où règne, dans l'unité retrouvée, l'amour et parfois même la passion.

    Ce chemin est jalonné de promesses et d'attentes en tout genre ; le partenaire est investi comme un être idéal qui va nous apporter en toute quiétude : le réconfort, la protection, la défense, une compagnie, la complicité, l'épanouissement de soi, le sentiment que tout est possible à deux (affronter les difficultés de la vie ; se propulser vers un avenir où tout est plus facile à deux).

    Qu'en est-il vraiment ? Le désenchantement.

    La construction d'un couple, c'est avant tout mettre en place, ensemble, un canevas flexible où les deux partenaires vont se fixer des règles, des rôles, des projets, des objectifs pour assurer le bon fonctionnement du partenariat-couple. Pour cela, une remise en question, au fil du temps, des règles et des choix de départ, est vitale grâce au dialogue et à la négociation afin d'éviter de glisser vers un système sclérosant et sectaire qui nous isolerait du monde extérieur et empêcherait l'évolution du couple. La diversification des actions, l'enjeu des investissements et la mise en place des projets sont fédérateurs dans le couple.

    Appartenir à un couple, c'est comme deux associés dans une même société. Les relations seront sereines et bénéfiques s'il y a partage des tâches et apport dans la communauté des connaissances personnelles ; une démarche d'écoute, de communication, d'échanges, de prise de responsabilités et de respect de l'autre (au niveau de la personnalité, des affects, des valeurs morales, etc.)

    Le couple est une expérience de vie, une structure difficile à construire dans la durée. Les matériaux utilisés sont fragiles ; ils ne résisteraient pas au temps sans une vigilance de tous les instants. Les fondations sont fragiles, car elles sont basées sur l'affectif (sentiments, émotions), mais aussi sur la fâcheuse tendance de l'humain à vouloir dominer l'autre et même à l'utiliser pour servir ses propres objectifs et non ceux du couple.

    Le couple ne prend son sens que par les individus qui le composent. Avant de réaliser un couple, les deux êtres doivent avoir suffisamment de maturité, de bon sens, d'ouverture d'esprit pour se sentir responsable de leur propre destin et comprendre que l'entité couple n'est pas la solution à leurs problèmes individuels. On entre dans le couple, comme en religion, pour aimer et non être aimé, donner et non recevoir. Pour appréhender le couple, il faut être un individu « fini » intellectuellement, avoir une ouverture d'esprit, privilégier la relation afin que chacun puisse se réaliser librement.

    L'individu que nous sommes doit être conscient que rejoindre l'entité couple n'est pas de tout repos ; c'est un travail qui allie énergie, connaissance de soi et de l'autre, patience, diplomatie et le respect des règles établies par les deux parties.

    Le but du couple est de viser la complémentarité et non l'égalité qui engendre la rivalité. Se rappeler qu'une certaine distance vis-à-vis de l'entité couple est souhaitable pour protéger son identité, ses besoins, ses désirs et son territoire.

    Par ailleurs, nous ne devons pas ignorer que notre bonheur dépend de soi. L'aide et le soutien de l'autre ne peuvent être que momentanés. Former un couple ne doit pas nous faire renoncer à notre esprit d'entreprise et à nos responsabilités ; faire attention également à la partie de soi que l'on projette sur son partenaire pour éviter de nuire à la qualité de la relation. Nous devons continuer à nous prendre en charge, car notre épanouissement personnel et celui de notre couple en dépend. Chaque être humain est responsable à vie et, quoi qu'il arrive de soi, de son bonheur et de son parcours de vie. Notre identité passe obligatoirement par soi ; l'oublier ou l'occulter peut nous être fatal.

    Avec le temps, l'idéalisation du couple et sa fusion se désagrègent. L'illusion de toute puissance alimentait notre individualité au détriment du couple. Chacun redevient lui-même, la réalité surgit ! Un réaménagement des liens s'impose avec une dynamique toujours en œuvre pour libérer de la relation toute agressivité, toute tension et préserver la pérennité du couple.

    Par l'échange, le partage, la communication, le modèle de couple qui convient aux deux partenaires se met en place et pour survivre dans notre société, la solidarité du couple est un atout majeur.

    Saint-Augustin disait : « Je t'aime. Je veux que tu sois ce que tu es. »
    Chantal Amblard



    Sur France Culture il y a quelques jours était invité John Irving, écrivain américain. Lors de la conversation avec le journaliste et le second invité venant de publier une biographie de Jeanne Moreau, il interroge le travail des biographes ; pour un artiste, sa vie est bien moins intéressante que son œuvre. Pour un artiste « réel », c'est dans son œuvre que tout se joue, s'exprime. J'aime les disciplines artistiques et les ai pratiquées ; en particulier, la musique que j'utilise quotidiennement dans mon travail et dans ma vie personnelle tout en m'étonnant toujours de ne jamais produire œuvre réellement investie. Il m'a alors semblé que je pouvais utiliser le processus inverse, c'est-à-dire m'alimenter de la pratique artistique pour investir ma vie comme Irving investit ses livres. Alors l'élan, le besoin vital d'expression se diffuse à un autre niveau. Loin d'être une pratique artistique secondaire c'est une réelle quête dans les méandre et les profondeurs de l'art (une autre illustration pourrait être l'utilisation différente des arts martiaux pour des champions de combat libre ou pour des moines bouddhistes). Que vient alors alimenter l'art ? Certainement ma vie professionnelle (à plusieurs niveaux d'ailleurs) et ma vie familiale au centre de laquelle se trouve la construction du couple. Et il faut bien tous les artistes de la terre étant donné l'ampleur de la tâche ! Pour couple « traditionnel » par exemple, il s'agit de gérer une vie personnelle, une attirance mutuelle renouvelée, la vie quotidienne, l'équilibre financier, l'éducation des enfants, un épanouissement sexuel, tout cela avec nos doutes, nos blessures, notre histoire, nos relations, nos déséquilibres sans jamais se compromettre, tenir dans le temps. Et on se demande pourquoi le couple est en péril ? Mais je ne crois pas qu'il le soit, pas plus que notre société ou que notre jeunesse. La stabilité des « vieux » modèles ne l'est que dans la forme, le combat de l'individu reste le même. Encore sur France Culture a eu lieu une journée dédiée la recherche. La question de l'océanographe était de savoir pourquoi la nature a pu tolérer la vie du mâle qui n'est utile qu'à la procréation. Son hypothèse pointait le besoin d'organismes primitifs il y a des millions d'années de se débarrasser des parasites et c'est ainsi que le mâle a trouvé son rôle. Cette séparation des genres est la matrice de toutes les espèces dans chacune desquelles le rôle du couple s'est réinventé selon les conditions extérieures et les besoins. Quoi de plus naturel chez les humains que chaque couple doive s'inventer lui-même et ne puisse accepter un modèle unique ? Alors on prend tous les paramètres, tous les jours et on fait de son couple son œuvre d'art, pas de la chansonnette à l'eau de rose, mais de la musique qui racle, qui râpe, qui se tend et se crispe, qui pleure des fois même sans qu'on sache vraiment pourquoi, mais qui s'articule, qui s'harmonise et qui fait du bien, qui fait sentir qu'on est vivant, loin d'être si seuls. Et dire que les philosophes cherchent à définir le beau ?
    Fait à Montoire, le 11 février 2011.
    À Laurent Bouket, 30 01 1967 - 13 01 2011,
    Artiste sur guitare à deux cordes et violon mouillé.
    À lire, n'importe quel livre de John Irving qui dit qu'un écrivain ne fait qu'écrire toujours le même livre.
    Gaël Bouket



    L'évocation de ce thème aussi étrange que cela puisse me paraître fait résonner en moi la certitude, la conviction qu'il s'agit de quelque chose de bien concret, de bien réel dont le sens et la compréhension doivent être recherchés en nous-mêmes.

    Je ne suis pas seul, je ne me sens pas seulement homme. Je me sens aussi être tout ce qui n'est pas homme, ce qui ne se manifeste pas visiblement d'un point de vue social ou biologique par exemple.

    Je me sentirai incomplet à dire les choses autrement.

    Ne suis-je pas après tout le produit d'un d'homme et d'une femme et par la filiation d'hommes et de femmes ?

    Cette intuition s'est matérialisée dans deux rêves. Dans le premier, je rencontrai cette femme debout au bord d'une table en bois rectangulaire. Nous avons échangé dans le silence un long regard, profond, un regard plein d'étonnement et de questionnement d'une première rencontre qui nous avait surpris.

    Comme si nous découvrions une dimension cachée en nous, la dimension de l'autre.

    Dans mon second rêve, de la rencontre est née une étreinte d'amour dans un silence, une paix absolue. Nous étions enlacés, deux individualités bien distinctes, lovées comme une chaîne ADN, unies dans un même désir, celui d'être.

    De l'intuition et de ces rencontres est née la conviction que pour construire un couple solide, partager et faire évoluer les mêmes valeurs essentielles de la vie, il me fallait construire en moi un équilibre, une stabilité, un espace qui me rende libre de toute attente et de toute projection.

    Là pourrait être la source de la véritable construction d'un couple.

    Si nous voulons construire un couple, un projet s'appuyant sur des valeurs essentielles comme l'éveil, la fidélité, il me semble que nous devons nous efforcer d'éliminer en nous ce qui fait obstacle.

    Il ne s'agirait pas d'un duel, mais d'une guerre bien déclarée dans laquelle notre meilleur atout serait la nécessité et la volonté consciente d'une reconstruction intérieure, d'une construction selon nous, reliée à ce qui peut être le plus sacré.

    Je souhaite partager ce qui est écrit sur ce marque-page, acheté par ma femme à Rocamadour, retrouvé ce matin même parmi une pile de documents en désordre.

    Je l'ai posé sur le buffet de notre salle à manger, à côté de notre photo de mariage, afin qu'il soit pour nous un facteur de rappel de la promesse que nous nous sommes faites le 27 juillet 1996. Et Dieu sait toute l'aide dont nous avons besoin.

    Ce marque-page s'intitule « Prière aux époux »
    L'amour change tout.
    Le travail sans amour rend esclave.
    La justice sans amour rend impitoyable.
    La vérité sans amour rend critique.
    Le savoir sans amour rend présomptueux.
    La responsabilité sans amour rend autoritaire.
    L'intelligence sans amour rend calculateur.
    La mémoire sans amour rend rancunier.
    La gentillesse sans amour rend hypocrite.
    La fierté sans amour rend orgueilleux.
    La richesse sans amour rend avare.
    L'offrande sans amour rend amer.
    La Foi sans amour rend fanatique.

    Seigneur,
    parce que tu es Amour tu illumines notre route,
    parce que tu es Amour, tu donnes du sens à la Vie,
    tu donnes du sens à nos vies.

    Eh bien, il me semble que nous pouvons avec l'aide d'un grand architecte construire ces vérités en nous et autour de nous.

    Fait à Lagny-sur-Marne, le 06 février 2011
    Philippe Delagneau



    La rencontre de deux personnes singulières -animées par le désir et l'amour- s'unissent pour fonder une relation au sein de l'entité couple.

    Dans nos sociétés occidentales, tout se complique car les exigences sociales, culturelles, religieuses ont disparu. La raison a laissé la parole au cœur, aux sentiments, à l'attirance qui, avouons-le, ne sont pas des données suffisamment étayées pour définir ce qui convient le mieux aux êtres humains. Peut-on bâtir une véritable relation dans la durée sur un socle aussi fragile ?

    Que remarquons-nous dans notre société ?

    Des couples divorcent de plus en plus, indépendamment de la classe sociale et de l'âge. Alors que cherchent-ils ?

    Au non d'une liberté individuelle, acquise pour les deux sexes, mais aussi le désir de consommer la vie sans contrainte, nous voyons toutes ces générations confondues mettre en avant un idéal qui les propulse dans les méandres de l'irrationnel et fragilise le lien conjugal et leur bonheur.

    Bâtir un couple est une tâche complexe qui demande des compétences et un investissement de longue haleine. La créativité est primordiale pour faire cohabiter deux identités particulières tout en permettant l'émergence d'une troisième identité : le couple.

    Au préalable, il est souhaitable d'avoir une bonne connaissance de soi et des autres ; de s'aimer soi-même pour aimer l'autre ; d'avoir une bonne estime de soi, un certain narcissisme pour rester naturellement soi-même devant l'autre (essayer d'être quelqu'un d'autre que soi-même pour obtenir l'amour de l'autre est un mauvais plan) ; de s'être forgé une personnalité ; d'être mature pour gérer son agressivité et ne pas rentrer dans une relation inappropriée (dominant-dominé, dépendance à l'autre, etc.) ; d'avoir trouvé sa place dans la société.

    Le couple ne doit pas être envisagé comme la solution à tous nos problèmes. Il reste un plus pour aider, soutenir, protéger, enrichir et valoriser l'individu tout en partageant décisions et responsabilités avec le partenaire.

    Rappelons qu'il est essentiel que les deux individus existent également en dehors du couple ; il en va de leur indépendance et de leur développement personnel.

    Par ailleurs, le couple est fait pour vivre dans la société et non en marge de celle-ci. Il est ainsi évident que le couple représentant une micro-démocratie doit mettre en avant le respect, l'acceptation des rôles et fonctions définis et la prise des responsabilités au sein de la relation couple.

    Le couple se veut un lieu de vie ouvert, calme, serein, propice au bien-être de chacun, au plaisir d'être ensemble, au soutien mutuel, à l'écoute de l'autre favorisant ainsi, à travers le dialogue, la créativité, la mise en commun de ses compétences et le développement de l'être.

    L'identité couple est renforcée ; elle devient plus forte que la personne seule. Elle va tracer un parcours de vie aux individus par les règles implicites, les échanges, les argumentations, les négociations, la communication.

    Désormais le processus couple est engagé, la relation peut se mettre en mouvement. Avec le temps, elle se réactualise en fonction des événements, de l'évolution de chacun, de l'environnement, des aspirations du moment. Des ajustements se mettent en place ensemble, car chacun est responsable à part entière du lien créé, de leur passé et de leur avenir.

    En conséquence, ils doivent veiller à s'informer, à définir des stratégies par le dialogue, arrêter des choix, s'engager ensemble, prendre des risques et considérer l'autre comme son alter ego.

    Construire ensemble, c'est aussi assimiler l'héritage des générations antérieures, s'attarder à liquider certaines dettes familiales, puis faire suffisamment de place à l'autre, aux autres sans se faire phagocyter par eux. Ne jamais considérer l'autre comme un bouc émissaire lorsque les choses ne vont pas comme nous le voulons. La solidité du couple dépend du passé, de la culture, des mythes familiaux, des ancêtres, des secrets de familles de chaque partenaire, mais aussi de la flexibilité des règles qui doivent être remise en question par la communication.

    De plus, il est évident qu'il faille se préoccuper de l'importance que l'on accorde à la fidélité, à l'investissement affectif et veiller à se mettre en harmonie avec l'évolution de la personnalité du partenaire.

    En privilégiant l'incontournable dialogue, les ressources et la bonne volonté de chacun, les difficultés peuvent être aplanies, les crises surmontées au fur et à mesure de leur apparition. Ainsi, nous évitons l'impasse, le blocage dans la crise et l'inévitable rupture.

    Chantal Godard



    Mais si l'homme était exclusivement construit selon le septénaire dont nous avons parlé, il y aurait très peu d'espoir pour lui d'assurer son équilibre et son développement harmonieux. En effet, la seule possibilité qui s'offrirait à lui serait l'asservissement volontaire et définitif de la totalité de ses centres à l'un d'entre eux : c'est la méthode qu'utilise d'ailleurs l'éducation quand elle se propose de créer une « personnalité stable ».

    Selon le centre choisi comme dominant, on aboutit de la sorte à fabriquer des « sportifs » à cervelle d'oiseau, des professionnels de l'altruisme, généreux, mais stupides, ou des intellectuels desséchés. Dans tous les cas, il s'agit d'êtres difformes, mutilés par le carcan dans lequel on a voulu mouler leur personne. Ce n'est pas ainsi qu'on peut assurer le développement harmonieux de l'homme, et encore moins lui laisser une chance d'évolution ultérieure.

    Heureusement, nous y avons déjà fait allusion, l'homme est construit aussi selon un second schéma, qui se superpose au premier et se combine avec lui : il se divise fondamentalement en deux éléments bien distincts : l'essence et la personnalité. La personnalité, c'est le bagage de l'homme, tout ce qu'il a appris par l'expérience et par l'instruction. L'essence, c'est ce qu'il apporte avec lui en naissant et c'est tout autre chose.

    On va sans doute penser que la distinction que nous exposons correspond à celle faite (avec raison) par les psychologues entre « l'inné » et « l'acquis ». Ce n'est pas exact : « l'inné » pour la psychologie moderne, c'est la morphologie du corps physique, ainsi que le bagage héréditaire logé dans les gênes, lequel correspond aussi bien à des aptitudes physiques qu'à un savoir ancestral, sous la forme d'images, commun à la lignée (les archétypes jungiens.) ; « l'acquis », par opposition à la notion précédente, c'est tout ce qui s'apprend au cours de la vie physique : c'est le stock d'informations et le savoir-faire mémorisés.

    Ces deux notions se cumulent pour constituer ce que nous appelons « la personnalité ».

    « L'essence », elle, est toute autre : ce n'est pas une somme d'aptitudes, ni un bagage culturel, c'est, à strictement parler et au sens le plus fort, une personne.

    Nous essayerons d'expliquer la différence entre ces deux éléments fondamentaux de tout être humain :

    Le petit enfant, au temps d'un long apprentissage, sait marcher, puis sait parler. Plus tard, grâce à l'instruction et à l'imitation des adultes, il prend peu à peu possession de ce qu'il croit être lui-même : il sait, il agit, il fait. Plus tard encore, devenu adulte, si on lui pose la question : « Qui êtes-vous ? » il aura tout naturellement tendance à répondre « je suis jardinier » ou « je suis décorateur » ou « j'appartiens à telle ou telle famille » (ou groupe social).

    Pour un tel homme, c'est-à-dire pour l'immense majorité d'entre nous, « je suis » s'exprime par « je suis ce que je fais, ce que je sens, ce que je possède (ou ce qui me possède) ».

    Or la réponse toute naturelle à la question : « Qui êtes-vous ? », la seule vraie aurait dû être : « Je suis moi ». Mais l'homme qui ne se connaît pas lui-même ne peut pas s'exprimer ainsi : il se confond avec son bagage.

    Il en résulte que si, par la suite de quelque catastrophique accident de santé, un homme est frappé d'idiotie incurable, on dira de lui : « c'est un pauvre corps privé d'intelligence, il est réduit à l'état d'animal ». Chacun admet donc à son insu la définition d'Aristote et de Descartes : « l'homme est un animal raisonnable » et si, par la suite de quelque accident il se trouve privé de raison, il ne reste plus en lui qu'un animal.

    Ce raisonnement est radicalement faux, car il ignore l'existence de l'essence, le second élément fondamental de l'être humain. Et c'est parce que l'homme, tout homme, possède une « essence  » qu'il est une personne, au moins en puissance.

    Il ne s'agit pas là d'une information sans preuve. Pour s'en convaincre, il suffit de contempler le regard d'un petit enfant de quelques mois dont les yeux se sont habitués à la lumière : qui n'a pas été stupéfait par ce calme étrange, cette « présence », cette incroyable profondeur d'un regard de bébé ? D'où provient-elle et qu'exprime-t-elle ? Il est important de se poser la question. « Les yeux sont la fenêtre de l'âme » a dit le poète. Quelle « âme », de quoi s'agit-il ? Puis peu à peu, au cours des mois et des années, le regard se voile, il devient la plupart du temps brumeux. L'enfant est pris par ses rêves, ses souvenirs, ses désirs, ses associations, tous phénomènes purement mécaniques avec lesquels sa personnalité précisément s'identifie et se construit.

    Mais il a été autre chose. Et il le demeure encore, à son insu. C'est une constatation bouleversante que de rencontrer chez tel ou tel maître spirituel, chez un homme réellement évolué et unifié intérieurement, le même regard que celui du petit enfant, intense sans violence, transparent, le regard de celui qui accueille tout ce qu'il voit et qui intérieurement « sait ». Dans les deux cas, il s'agit du regard de l'essence, spontané chez l'enfant, retrouvé à la suite d'efforts héroïques par l'homme qui est parvenu à l'unification de lui-même. Entre temps l'essence, elle, a vécu de sa vie propre à l'intérieur de l'homme, mais sans moyen d'expression.

    Qu'est-ce donc que l'essence, si nous essayons d'en donner une approche intellectuelle ?

    On peut la comparer au second élément du ternaire de Platon dont nous avons parlé précédemment ou aussi au « double » de l'ancienne religion égyptienne. C'est ce que l'homme, l'individu-homme, apporte réellement en naissant, dès sa conception, indépendamment du corps dans lequel il va prendre forme et des influences somatiques, psychologiques ou sociales qu'il va recevoir à travers ce corps.

    Et, comme le souligne également Platon (rejoignant en cela une sagesse immémoriale), elle est à la fois personnelle et universelle, propre à un individu déterminé et pour partie commune aux autres : elle est temporelle et cependant transhumaine, car sa durée est indépendante de la vie du corps physique. Et celui qui nous aura suivi jusqu'ici ne s'en étonnera pas sa vie propre est en rapport avec le fonctionnement des centres supérieurs de l'homme.

    Mais, de même que ces derniers centres sont, la plupart du temps, ignorés de l'homme qui les porte en lui, l'essence demeure également occultée chez la plupart des hommes qui n'en soupçonne même pas l'existence. Elle demeure à l'état « d'implant », cachée dans les profondeurs de l'être.

    Tel est le drame majeur de l'existence humaine, sa destinée tragique.

    L'essence de l'homme est connaissance : elle sait ce qu'elle veut, elle sait pourquoi un homme existe et ce qu'il est venu réellement faire en habitant un corps. Mais en vertu d'une loi inexorable sur laquelle nous n'avons pas à nous étendre et qu'il appartient à chacun de découvrir, elle ne peut pas s'exprimer elle-même et a besoin de la personnalité (corps physique compris) pour s'exprimer et pour agir. C'est ainsi et nous n'y pouvons rien.

    Mais celui qui a admis cela, et qui l'a réellement compris, a déjà accompli un pas décisif dans la connaissance de lui-même et s'est par là même déjà engagé sur le chemin de la libération intérieure.

    Répétons-le, car cette notion est fondamentale : l'essence d'un homme est en permanence occultée et écrasée par sa personnalité qui, elle, « fait », « agit », mais se trouve à son tour le jouet des événements et est soumise constamment à la « loi de l'accident », de l'événement auquel elle doit réagir.

    Et tout le malheur de l'homme provient, nous l'avons précédemment signalé, de ce qu'en agissant ou plutôt en réagissant, il s'identifie à ses propres actions ou à ses propres désirs. L'homme ne sait pas ce qu'il est : il croit qu'il est ce qu'il fait. S'il veut se comprendre lui-même, il doit découvrir sa propre essence, car elle est bien à lui et elle est lui-même.

    Georges de Maleville



    Je n'ai jamais pensé que le couple est une construction, que l'amour et la relation sont une matière vivante bien ancrée dans le réel. J'ai toujours pensé, jusqu'à me confronter à ce thème, que l'amour était vécu comme ça, au jour le jour sans se rendre de sa qualité ni de son existence.

    C'est nouveau. Oui, l'amour est à construire à réfléchir ensemble, toi et moi, à savoir de ce que l'on peut faire, où on veut aller, comment faire pour vaincre les obstacles mis sur notre chemin ?

    Ensemble, nous devons construire. Nous sommes dans un même radeau de la méduse où nous devons survivre pour que l'amour émerge. L'amour n'est pas un repos éternel. C'est un chantier qui se réactualise tous les jours. Nous luttons pour acquérir notre place dans une relation.

    Tu aimerais que je te comprenne mais mes projections sur toi sont tellement fortes que je ne te vois pas telle que tu es. Je t'ai d'abord choisie, car tu te rapprochais le plus de mon premier amour. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, je t'ai choisie, parce que tu ressemblais à ma mère. Tes mimiques, ton attitude, tes gestes, l'intonation de ta voix faisait prendre vie à ma partie anima modélisée par la mère.

    Je t'ai choisie aussi, parce que tu étais la fille qui se rapprochait le plus à la synthèse de l'idéal de femme que j'avais pu reconstituer avec tous les modèles qui ont soutenu mon éros. Tu étais celle qui faisait vivre le fantasme de ma vie, tu étais la femme idéale.

    Mais à trop vouloir faire vivre le fantasme, j'en oubliais la réalité. Tu existais, ma chère, avec ton histoire, tes obsessions et ta sexualité attractive. Je n'ai pas su faire la différence entre mon rêve et ta réalité. Peut-être que tu as su que tu étais mon idéal et que tu en as profité…

    Je n'ai pas été clair avec toi, je voulais juste une aventure et elle a duré trop longtemps. La passion était aveuglante. Je n'ai pas su dire stop au moment opportun ni te dire mes désirs concernant notre couple. Tu n'écoutais pas, tu donnais l'apparence de subir alors qu'en fait tu maîtrisais notre relation dans laquelle j'étais coupé de moi-même.

    « La vie est une école de la souffrance » (Ibrahim Ferrer).

    J'ai été faible et toi forte comme une lionne. J'ai eu peur de perdre le désir qui me liait à toi. C'était, je crois, le ciment de notre histoire.

    Je t'ai aimée plus que de raison. J'aurais pu construire ma vie avec toi. Il y avait beaucoup d'éléments positifs. Mais tu aimais séduire et moi aussi. Tu aimais rendre jaloux ton partenaire. J'aimais ne pas te le montrer. Ton caractère est impitoyable et le mensonge gouverne ta vie. M'as-tu déjà aimé autrement que comme expression de ton pouvoir de possessivité ? Notre histoire a-t-elle été la conséquence d'une découverte adolescente à laquelle nous n'aurions dû donner aucune suite ?

    Tu aimais séduire et tu m'as séduit. Naïf et aveugle comme un jeune garçon devant ses cadeaux à Noël, je me suis laissé emporter dans un courant perdu.

    Je t'ai aimée plus que de raison. J'ai fait des erreurs : mea culpa. Mais nous sommes ce que nous sommes. Je te remercie pour ce que nous avons partagé et humblement j'espère que tu trouveras la paix.

    Notre histoire est à présent finie et je reconstruirai à nouveau pour une seconde fois en prenant pour acquis notre expérience commune.

    Je veux construire un couple, afin de retrouver la confiance en l'autre, d'avoir la certitude qu'une relation est vraie et de sentir l'honnêteté de l'autre. Elle existe, car je crois qu'une aventure ne peut pas être une généralité.

    Je dois apprendre à parler, à exprimer mes ressentis, à vivre pleinement ma vie et à la partager. L'amour passe par la complicité qui exige de la confiance. J'ai envie d'aimer, mais autrement. Aimer en laissant être ce qu'il est, sans projections de ma part, ni de désirs capricieux.

    Construire un couple est une affaire d'hommes et de femmes assez matures et responsables pour réfléchir sincèrement sur leur condition d'aimé et d'aimant. Nous avons la double condition et devons trouver la juste mesure entre donner et recevoir.

    Je m'aperçois que mon idéal de femme change, elle a une couleur de cheveux et des postures différentes. Je la cherche dans le métro. Je me dis que parfois elle ressemblait à telle personne.

    Je veux aimer et reconnaître que l'autre existe et que je ne peux pas la changer. Elle est ce qu'elle est, je dois abandonner ma volonté à faire d'une réalité un rêve.

    Une histoire nouvelle arrive, je la sens, car je commence à la chercher. Les épreuves auront leur rôle à jouer et je les accepterai. J'ai grandi, j'ai mûri, je ne suis plus l'adolescent qui cherche une sécurité affective. Je cherche un partage honnête et confiant pour aimer comme j'aime.

    Nous construirons peut-être ensemble si nous sommes orientés dans la même direction. Nous construirons, oui nous construirons…

    Fait à Boulogne Billancourt le 25 janvier 2011.
    Je regarde ailleurs vers une autre histoire.
    Il aura fallu un an pour que je puisse aimer autrement…
    Aurélien Recher



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    SOS Psychologue



    Je dirai avant tout qu'il est agréable d'aborder des sujets demeurés trop longtemps tabous dans nos sociétés occidentales.

    Construire son couple n'est pas chose aisée !

    Tout d'abord, il importe de considérer son propre couple intérieur ; sa construction est essentielle car notre vie en dépend et je dirai même qu'il est nécessaire de travailler sur soi dans le but de créer ce couple afin qu'il évolue en parfaite harmonie et qu'il soit solide.

    Solide, pourquoi ? Comme j'ai dit : « Notre vie en dépend ». En effet, dans un couple homme-femme, lorsque l'un vient à disparaître, il arrive fréquemment de voir l'autre suivre son conjoint de peu car il n'a pas de vie propre à lui-même, il n'a pas d'individualité, il n'a pas la force de continuer à vivre sans l'autre, il n'a pas d'autonomie et donc sa vie dépend de l'autre.

    Je pense qu'il se créé un certain clivage qui dépend de l'orientation choisie : malgré ou à travers la mort de notre proche, désirons-nous ardemment aller vers ce qui vit ou décidons-nous d'étouffer ce désir en nous ?

    Je pense également que l'harmonie de notre couple intérieur, anima/animus, est en relation directe avec notre couple homme/femme. La plupart du temps nos premiers modèles sont nos parents en tant qu'homme, femme et couple. La rencontre entre un homme et une femme n'est pas anodine et plusieurs facteurs positifs ou négatifs peuvent, entrer en ligne de compte, notre rapport aux réalités invisibles.

    Je parlerai de ma rencontre avec l'homme avec qui je vis. Notre rencontre a commencé dans le travail, nous étions tous deux en thérapie à l'époque et je pense sincèrement que c'était le fil conducteur, le lien. Je me souviens avoir été invitée à déjeuner par deux hommes et là j'ai fait un choix, un choix à l'époque inconscient, mais décisif. J'avais besoin que l'on me conduise, que l'on me sécurise, que l'on me comprenne pour aller là où je voulais aller. Certes, il y avait des similitudes, des complémentarités, des demandes cachées suite à des incapacités. Le lien principal étant de regarder dans la même direction, d'avoir le même but, celui de travailler sur nous, le besoin d'avancer, d'être et aujourd'hui nous sommes toujours dans le travail avec un Maître digne de ce nom qui a lui-même connu un lien qui ne meurt jamais avec un Être d'exception.

    C'est un chemin de vérité qui mène à une vie plus forte où les deux marchent vers la lumière, main dans la main, tout en ayant et en respectant leurs propres vies.

    Fait à Lagny-sur-Marne, le 18 Janvier 2011
    Dans l'espoir de connaître le même chemin de vérité
    que mes Maîtres dont la vie a été et est toujours exemplaire.
    Claudine Thomas