NUMÉRO 158 REVUE BIMESTRIELLE janvier-février 2015

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Le bilan El balance
 
Bernard, Hervé Le bilan
 
Cohen, Rut La cadencia del amor
 
Delagneau, Philippe Le bilan
 
Giosa, Alejandro El balance
 
Manrique, Carla El balance del Karma
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de juillet 2014
  Séance d'analyse de rêves de septembre 2014
 
Stella, Silvia El balance
 
Thomas, Claudine Le bilan


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Sur le bilan

Depuis que l'homme observe la nature, il cherche ce que nous nommons la vérité.

Les hommes ne s'entendent plus ; chacun devenant un spécialiste, leur dialogue risque de devenir dialogue de sourds. Il faut donc lutter par l'humanisme contre cette conséquence de l'analyse.

Nous nous observons, le plus souvent, avec une indulgence excessive. Nous ne nous voyons pas tel que nous sommes, plus exactement : tel que les autres nous voient, puisque ce sont eux qui forment le jugement commun, « la vérité ».

Lorsqu'on cherche à établir le bilan moral de la journée, on en arrive fatalement à dresser une impressionnante colonne de petites vilenies, surtout si l'on ne montre aucune indulgence envers soi-même. Comment ne pas devenir amer si nous nous jugeons le soir avec scrupule alors que, durant la journée, nous avons agi sans scrupules ? C'est au cours de l'action qu'il faudrait se montrer exigeant avec soi-même, non dans le confessionnal ou dans la chambre avant de s'endormir. Mais l'homme est pris par les nécessités de l'action, il lutte, il se défend, il gagne sa vie…

Connais-toi toi-même, recommandaient les sages antiques ; fais, chaque soir, ton examen de conscience conseillent le prêtre et le pasteur.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



C'était le 17 janvier 2015 vers 15 heures. Je repartais en France après 45 jours en Argentine. Je me suis regardée une dernière fois dans la glace de la garde-robe de l'hôtel de la marine, avenue Cordoba y Florida à Buenos Aires. J'étais habillée avec une tenue d'été. Au moment de partir j'ai pris mon manteau d'hiver et gardé dans mon grand sac de voyage un pull-over en cachemire et des chaussettes. Rien de plus. C'est à ce moment que le bilan de ma vie s'est déclenché.

Ma vie n'a été qu'un éternel aller et retour entre deux extrêmes et dans tous les sens pour les études, pour la profession et aussi pour le fait que je rêvais toujours de trouver le bonheur absolu pour m'accompagner toute ma vie. Et j'ai voulu apprendre de plus en plus et j'aurais voulu habiter dans une bonne partie du temps dans les pays que j'ai visité. Je suis nomade comme mes ancêtres mongols (nord de l'Italie) et sédentaire comme mes ancêtres romains (Rome, du côté mère).

***

Je portais un ensemble noir, un tailleur bien coupé, qui est plus difficile à trouver qu'une robe de soirée, simple comme les nuits d'été de mon pays, comme les parterres fleuris de place San Martin.

Le ciel était bleu, le soleil semblait briller seulement pour moi qui lui disais au revoir.

Dans la voiture qui me conduisait à Ezeiza, l'aéroport international, je n'osais même pas parler. Je contemplais le paysage, toujours avec le goût d'un adieu, comme si c'était la dernière fois. Etais-je plus heureuse en Argentine qu'en France ? Je ne pourrais pas le dire aujourd'hui, je fais mon bilan, c'est aussi que je voudrais savoir où je suis dans ma vie.

Je me suis regardée dans la glace de mon sac. Le fait de me voir m'apaisait. Au moins je pouvais affirmer que j'existais dans cette vie ici-bas.

Mon fils et moi avions enregistré les bagages et nous sommes partis, lui pour jouer au football, comme tous les samedis après-midi. Son espace d'enfant dans sa vie professionnelle, sérieuse et minutée et moi vers la France.

Dès que je suis rentrée dans la salle VIP, j'ai choisi un fauteuil qui tournait le dos à l'extérieur. Oui, j'étais déjà partie et je plongeais dans mon bilan. L'espace était propice pour un regard neutre. Ni l'Argentine, ni la France. J'étais dans une parenthèse entre deux mondes !

***

J'avais fêté mon anniversaire en Argentine à Salta, en famille. Nous étions également à Jujuy, en Bolivie et à San Luis, à Merlo où habite une amie, avec laquelle nous avons tout partagé depuis nos naissances.

La première chose qui émerge de mon bilan, c'est que je vis chaque chose au présent comme si tout était en même temps éternel et éphémère. Oui, tout est enregistré pour l'immortaliser dans l'instant, car seul l'instant existe.

***

Je n'ai pas de carnet de voyage mais une mémoire océanique qui garde en trois dimensions. Je ne fais pas de photo. Tout est là. Comme la présence de mon père et de mon chien. Je n'ai pas besoin de les évoquer : ils sont ici, mais ils ne sont pas évidents.

En revanche j'ai de la difficulté à évoquer les autres. Je les aime, mais ils ne sont pas présents !

***

Bilan familial : il aurait pu être meilleur ! Avec plus de fréquentation. J'étais une mère, amie de mes enfants, une bonne mère !

Je m'en souviens : nous étions, avec mes quatre enfants, seuls comme toutes les années à Miramar. Ils étaient soudain devenus presque adolescents. Les filles sont parties à des soirées, et les garçons aussi. Je suis restée seule. J'avais ignoré que les enfants grandissaient et partaient. Quel choc ! L'année antérieure, nous étions ensemble ! L'unique qui restait, était l'aîné qui, malheureusement, est décédé de tension juvénile maligne. Il était médecin, comme la dernière. L'autre garçon, qui joue au football, est avocat. La seconde est docteur en sciences politiques. La famille est magnifique ! Mais il y avait une distance difficile à franchir, et parfois je me disais que c'était trop tard ! En tout cas, je renonçais à poser des questions. Je reconnaissais qu'une certaine méfiance est née en moi.

Par ailleurs je suis deux fois veuve. Ma vie sentimentale a été belle, mais éphémère ! Je compte sur mon ange gardien, la question est que je suis bien protégée d'en haut, mais seule ici sur Terre et sans envie de m'engager de façon banale. De toute manière : le Seigneur est mon Pasteur !

Et je suis entourée d'une famille spirituelle, qui est une richesse.

La profession, c'est mon lieu de bien-être, c'est une vocation depuis toujours. La transmission a été mon vouloir le plus évident.

L'amitié ? Une réussite ! Je garde mes amis de toute ma vie et je ne coupe jamais la communication.

Par rapport à quel pays ? J'aimerais que les voyages en Argentine soient plus fréquents. L'idéal serait un cabinet en Argentine et un autre ici, en France. Je suis en train de faire un bilan ou de me proposer des solutions pour être plus heureuse ?

Aimerai-je un ange gardien en chair et en os ? Non, que pourrais-je donner en échange ? Rien ? Pourquoi ai-je dit « rien » sans réfléchir ?

J'ai compris que mon bilan est trop changeant, que chaque jour est différent.

Tous les niveaux de vie émergent chaque jour en apportant des découvertes parfois étonnantes !

Fait à Paris, le 18 février 2015,
avec des difficultés, car la reprise de mon travail m'exige beaucoup.
Il fait très froid,
mais je garde en moi le chaud souvenir des étés à Miramar
quand les enfants étaient petits.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Qui n'a jamais fait un bilan ou ressenti la nécessité de faire un bilan ? Sans doute chacun d'entre nous ou bien cette stratégie de vie, fondée sur des bilans réguliers, est tellement intégrée dans la psychologie de la personne qu'elle fait des bilans sans s'en rendre véritablement compte.

En effet, faire un bilan peut être une action ponctuelle, pouvant parfois nécessiter un sur effort ou être une activité continue comme un système mécanique qui s'autorégule.

En général, il n'est pas toujours facile de faire un bilan, d'autant plus quand il s'agit de considérer son parcours de vie et non un simple projet ponctuel :

  • difficulté de rompre avec le rythme quotidien qui fonctionne comme un arc réflexe bien huilé et bien encadré, qui finit par demander peu d'énergie, par effet d'apprentissage, et surtout qui rassure, car il s'agit d'un terrain bien connu, qui, après tout, fonctionne pas si mal que cela, puisqu'il me donne une certaine quiétude. Donc pourquoi déranger cette « belle » tranquillité ?
  • également crainte, consciente ou inconsciente, de trouver quelque chose qui ne me ferait pas plaisir, que ce risque, cette probabilité, cette potentialité s'appuient sur des éléments tangibles, qu'ils soient sérieux ou s'appuient sur des fantasmes bien structurés ; mais souvent la réalité psychologique est un mélange des deux.
  • pas facile d'effectuer un bilan, car les embûches avant d'atteindre l'objectif poursuivi, peuvent être nombreuses et inattendues : sans doute nécessité d'une méthode (même pour le plus doué), d'une attitude spécifique faite d'honnêteté, d'ouverture d'esprit, de persévérance, de savoir faire le lien entre le bilan en train d'être effectué et son propre savoir sur soi-même, ses capacités, ses points faibles pour en tirer les enseignements les plus bénéfiques et permettre de définir les mesures correctives nécessaires, objectif naturel et concomitant à tout bilan,
  • tout simplement un bilan nécessite un minimum de conditions pour être réalisé : avoir suffisamment de temps, être assez disponible psychologiquement, être dans un environnement favorable pour réfléchir, construire sans présence hostile, opposée ou menaçante. D'ailleurs, il peut arriver qu'une situation non favorable devienne intégrée au profil de la psychologie de la personne au point que, face au diktat d'un surmoi trop puissant, elle ne soit plus capable de se confronter à l'idée ou à la réalisation d'un bilan, comme pour éviter de se poser trop de questions.

    Et pourtant nous passons notre temps à faire des bilans ponctuellement, par exemple :

  • quand nous entreprenons une tâche nouvelle, pour vérifier que nous agissons correctement, en comparant à un modèle ou en nous référant aux consignes et apprentissages qui nous ont été fournies préalablement,
  • à la fin de notre journée de travail, quand nous rapprochons le travail effectué, du travail que nous avons prévu de faire et du travail qui nous reste à faire, avec des critères précis ou clairement plus élastiques, accompagnées de leçons et d'actions selon un spectre aussi variable, souvent ce mouvement de la pensée devient automatique et parfois inconscient, l'idéal étant de préparer le bilan au fil de l'eau, tout le long de la journée, pour ne rien oublier et préparer un travail de qualité.

Et pourtant un bilan ne peut apporter que du positif, car s'il révèle que tout va bien, il est effectué rapidement et nous conforte d'être inséré dans un cercle vertueux, nous incitant plus facilement à d'autres bilans quand nous le jugeons nécessaire sans devoir dépasser une résistance gourmande en énergie. S'il se révèle moins positif il met en relief les points à améliorer et nous conforte dans une meilleure connaissance de nous-mêmes, donc nous amène sur le chemin d'une réduction de notre part d'ombre, même si nous sentons bien que c'est une longue route, qu'il faut donc débuter le plus tôt possible.

Mais l'homme n'est pas toujours logique et raisonnable, il peut penser avoir raison, même si les autres disent le contraire et estimer que l'effort nécessaire pour se donner un espace pour un regard sur soi-même et le travail accompli, est insurmontable. Souvent la sanction vient par une épreuve ou une alerte qui l'informe qu'il faut agir autrement, modifier sa direction, voire changer de paradigme, bref effectuer un bilan pour se poser « où suis-je maintenant ? » dans mon projet, dans ma tâche, dans mon chemin de vie…

J'ai depuis longtemps remarqué que notre environnement et notre espace psychique ont l'intelligence subtile et suffisante pour savoir nous alerter sans nous décourager et sans produire aveuglement un déni.

À chacun de nous de décrypter les messages, de manière accueillante, sans a priori et prêt à recevoir l'inattendu !

Hervé Bernard



Quel thème immense, quelle question surprenante et choquante à la foi, tant une force incommensurable semble habitée ce mot.

C'est un arrêt brutal qui me prend totalement, un stop intégral avec le silence, un silence que j'aimerais combler immédiatement de peur de n'être enseveli par la sensation d'un vide dont la pensée seule est déjà oppressante.

C'est comme si la question était posée ou s'imposait d'elle-même vers la fin d'un parcours, comme si à l'échéance ultime, une question m'était posée à laquelle j'avais toujours dans mon ignorance voulu échapper.

Echapper, parce qu'elle ne m'avait pas été sérieusement proposée, échappée pour ne l'avoir jamais entendue être évoquée.

Et cette question apparaît soudain, mais bien tard, parce que quelque part elle me renvoie au sacré, à un sacré que j'ai peut être inconsidérément écarté et qui à l'aube de mon échéance ressurgit avec une telle présence, une telle force qu'elle ne me laisse plus en paix.

Comme si j'avais ignoré un certain monde qui apparaissait soudain comme une hypothèse, un possible que je n'ai jamais eu la considération d'explorer sérieusement.

Faire un bilan de mon quotidien m'apparaît alors bien étrange. Il semble ressembler pour l'essentiel aux quotidiens de ceux que je rencontre. Est-ce que cela fait sens ?

Je suis venu au monde de mes parents, j'ai reçu une éducation, j'ai travaillé, rencontré une compagne avec qui j'ai eu un enfant, j'ai pu voir évoluer ma situation professionnelle, nous nous sommes endettés pour être propriétaire.

Et après, ou suis-je ? Je ne me retrouve pas.

J'éprouve la sensation d'un moi collectif, d'un moi ancestral, d'un moi social et familial. Mais « je » n'y suis pas.

Je n'ai pas la sensation d'un moi immuable et personnel, la sensation d'un « je » véritable, indépendant, individualisé et pourtant dans le monde et pour le monde.

Existerait-il la possibilité d'un autre bilan où je retrouverai la sensation de cette présence, la sensation d'un « je » qui serait habité.

Serait-ce le bilan d'un chemin de conscientisation, de ce qui est devient conscient, un bilan marqué par un chemin d'évolution vers une conscience de plus en plus travaillée, de plus en plus subtile ?

Serait ce le bilan d'une conscience qui ouvrirait des horizons nouveaux, qui accéderait aux vérités objectives entrevues et manifestées par des êtres d'exception auxquels je pourrais me relier ?

C'est ce que je crois. Heureux les Hommes qui peuvent faire état d'un tel chemin d'évolution, ils ne sont pas seuls, heureux les Hommes qui rencontrent de tels êtres.

Fait à Chessy, le 26 janvier 2015
Philippe Delagneau



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Pourquoi faire un bilan de son année ?

Tout d'abord c'est prendre du temps pour soi, c'est un moment d'introspection, de recueillement qui nous permet d'être dans le silence et de voir ce qui s'est déroulé tout au long de l'année, ce qui nous a marqué, les souffrances comme les joies, les progrès comme les faiblesses. Je dirais même que c'est un moment privilégié que nous avons choisi pour être avec soi.

Regarder ce qui a changé en nous et ce qui n'a pas changé, ce que nous n'avons pas fait et que nous aurions dû faire, ce que nous avons fait et que nous n'aurions pas dû faire. Regarder nos faiblesses, voir où elles nous mènent et se dire : plus jamais ça.

Tourner le dos au passé et devenir de plus en plus conscient, c'est essentiel, car sinon nous ne parviendrons à rien. Devenir conscient c'est primordial, sans la conscience l'homme ne peut rien et reste soumis aux influences.

Ce bilan est une façon de prendre du recul et de comprendre ce qui s'est passé tout au long de l'année et ainsi améliorer son avenir.

Comprendre et réfléchir sur ce qui nous a manqué pour accéder à nos objectifs, comment faire pour les atteindre tout en sachant qu'il est préférable d'avancer petit à petit et non se fixer de grandes choses que nous ne sommes pas capables d'atteindre. Prendre des résolutions et être capable de les tenir pour nous libérer de toutes ces chaines.

Tenir ses résolutions c'est déjà une grande chose qui n'est pas à la portée de tous, car cela engendre de la souffrance, des sur-efforts, des frustrations, une permanence auxquels nous ne sommes pas habitués.

En début d'année se dire je vais faire du mieux que je peux en essayant de le respecter et surtout ne pas se juger, c'est déjà beaucoup.

Je nous souhaite à tous pour cette nouvelle année 2015 de faire effectivement du mieux que nous pouvons et de rester positif et humble le plus possible.

Fait à Chessy, le 26 Janvier 2015
Claudine Thomas