NUMÉRO 164 REVUE BIMESTRIELLE janvier-février 2016

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  La solitude La soledad
 
Bernard, Hervé La solitude
 
Cohen, Rut Navidad iluminada para los que somos y los que seremos
 
Delagneau, Philippe La solitude
 
Giosa, Alejandro La soledad
 
Laborde, Juan Carlos Demasiada carga para el alma de un lobo solitario
 
Manrique, Carla Quien no ama la soledad…
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mars 2015
 
Stella, Silvia La soledad
 
Tarsitano, Alberto Happy new year
 
Thomas, Claudine La solitude


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Chaque homme ayant sa fonction dans la communauté devrait de sentir épaulé par tous les autres et travailler dans une chaude ferveur.

Or chacun se trouve seul, tragiquement seul, comme Moïse parmi les « six cent mille Hébreux » qu'il guide.

***

Chacun vit dans son petit univers spirituel où personne ne peut lui venir en aide.

***

Solitude de l'homme de génie, solitude de l'aristocrate, solitude du soldat, solitude du poète. Plus l'homme est grand, plus il est noble, plus il est héroïque, plus il a du génie, plus il se sent amoureux et plus il se trouve seul.

Mais la solitude procure la paix nécessaire à l'élaboration de son œuvre. Elle permet d'atteindre à la grandeur en découvrant la beauté.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Ma première solitude a été la rencontre avec le collège. Voici un extrait de « Nicanor, fragments d'une longue histoire vers la marée haute de la vie » :

Au collège

Arbres, María, oiseaux, hiver, feu, café, lait, radio, après-midi, grand-mère, tissu, roman, conte, nuit, rose, rêve, sensation, matin, réveil, collège, tristesse, omnibus, fenêtre, tristesse, ciel, gris, arrivée, collège, grilles, pierre, solfège, tristesse, prière, chapelle, luxe, somnolence, tablier blanc, encre, tache, pénitence, récréation.

Il y avait des raisons pour détester ce maudit collège. Elle ne pouvait que parler avec les mains croisées dans le dos et elle devait donc réciter les leçons de cette manière ; dans le sens opposé à celui de la prière. Oui, parce que les mains devaient disparaître vers l'arrière et la voix se perdait ainsi dans le cerveau en cherchant des images pour sortir ensuite par le nez. Le menton s'enfonçait contre la poitrine, mais sans humilité.

***

Il y eut une récréation inoubliable où María Cristina D…et moi étions restées dans la salle de classe. Nous avions six ans et nous étions dans la première classe. Moi, comme toujours, je dessinais et je parlais seule, parce que les enfants parlent seuls, comme les adultes, afin de se consoler pendant que l'imagination tisse des histoires, à la manière dont les grands-mères font du tricot. Alors je vis María Cristina prendre la plume en or de Chiche, fille d'un riche marchand d'huile. La sonnerie retentit et nous sortîmes, moi avant elle, pour éviter le piquet sous le tableau du pauvre Christ, rejoindre l'endroit dans la grande cour où les files se formaient rapidement pour entrer dans les classes.

Nous avons sorti nos livres de lecture, il y avait un OSO1 = O-S-O = OSO = O-SO ; le dessin montrait une bête dorée très belle, avec des moustaches joyeuses, un nez noir et des poils partout. Il ressemblait curieusement à mon ours en peluche, celui que me portera papa en vacances à Miramar. Des cris et des pleurs me parvinrent alors, interrompant ma contemplation. C'était ma camarade du banc de classe, Chiche, qui pleurait, parce qu'elle ne trouvait pas sa plume en or.

La sœur fit l'inventaire de tous les bancs un par un ainsi que des tiroirs. La plume en or se trouvait dans le mien. Je n'aurais pas pu dénoncer ni accuser María Cristina, mais je n'ai jamais pu me défaire de l'horreur du sentiment de faute qui est tombé sur moi, ce jour-là, à l'âge de six ans. Ce jour-là, tous pourront dire qu'il ne se passa rien, si ce n'est quelques larmes de surprise, si je les ai eues, ce que je ne crois pas, la surprise allant toujours plus loin que la douleur.

Cinquante ans plus tard, je me souviens encore douloureusement, par rapport à certaines positions exagérées de la vie, de la cicatrice grossière que forma cette blessure.

***

C'est le 31 décembre 2015 à 17h que je commence cet article sur la solitude. Je suis d'accord avec le thème et plein de repères, mais pour une solitude moins profonde.

Je reviendrai après demain, je laisse ici l'année 2015, étrange, magnifique, épouvantable.

Je reprends l'article le 12 février 2016. Je laisse le paragraphe écrit le dernier jour de 2015 en guise de préface.

Beaucoup de choses se sont passées, de l'ordre de l'incertitude, et je dirais même, de l'ordre de la confusion.

J'ai vécu janvier en désirant partir et passer mes vacances habituelles en Argentine.

En réalité, rien n'était compliqué, sauf que je n'avais pas envie de partir : j'avais peur de ne jamais retourner. Il m'a fallu un sérieux travail sur moi pour comprendre.

Le thème de l'article m'a coincé, car je ne me suis rendu compte que c'était en Argentine où j'avais vécu ma plus profonde solitude, qui m'a fait partir pour ne jamais revenir.

Tout s'est passé à cette époque-là, il y avait la guérilla et mon travail comme conseiller médical légiste à la Marine argentine avec un sentiment d'insécurité. Je demandais des fonds pour faire des recherches au sujet des indiens du nord. Et je n'ai jamais eu d'argent pour travailler avec une équipe en sciences sociales sur ce thème.

Je sais bien que la base de ma vie je l'ai faite là-bas et que j'avais construit sans jamais penser à partir.

Ma position objective était devenue excellente et méritée.

J'ai compris que je reste et que je pars toujours par amour.

À 16 ans, je voulais partir en Italie, mais j'ai connu le père de mes enfants et nous nous sommes mariés. Le temps passant, celui qui était devenu mon amour, est devenu un tyran.

La solitude s'était établie, par son manque de reconnaissance et par ses jugements gratuits, et également le fait qu'il influençait mal les enfants, déjà adolescents, contre moi.

Il restait plus de temps à la maison que moi.

Il avait laissé la Marine, et en conséquence je devais travailler pour deux.

La solitude de reconnaissance, les mensonges, qui portaient sur les enfants une image négative de moi, tout cela en fait partie. Et le jour qu'il est décédé, j'ai arrêté d'être jugé.

***

Partir en France, c'était aussi par amour, pour finir avec cette immense solitude.

J'avais une excellente carrière, une médaille d'or pour mes travaux d'investigation à l'université, mais je n'avais pas pu avoir les fonds pour un travail de médecine sociale avec les indiens du nord.

***

Je suis rentrée en France en croyant que l'amour avait enfin frappé à ma porte et que la solitude n'existerait plus. Et après 28 ans, je constate que la mort de l'aimé a pris une place immense dans ma vie. Et que sur toutes les choses de ma vie, la solitude la plus grande a été le départ de mon fils aîné, dont je continue à faire le deuil à chaque minute de ma vie. Ce deuil m'accompagne.

Qui peut nous dire qu'un deuil d'amour se termine ?

Il y a un deuil énorme dans toute vie humaine, très difficile à faire, le deuil de la trahison. Depuis la naissance nous sommes exposés à la trahison. Et l'acte instinctif pour nous défendre de cette souffrance, c'est d'essayer de ne pas s'engager de peur de voir l'idéal se défaire comme un château de sable devant nos regards surpris.

Et je viens à la solitude d'aujourd'hui. Dans quel sens la solitude me menace ? C'est toute cette question que je me pose. Et je reste devant la question et je sais que je dois continuer à travailler, pour voir et comprendre ce qu'est finalement la solitude aujourd'hui dans ma vie au point que j'ai peur de faire confiance. À réfléchir ! La méfiance est le symptôme de la présence de la solitude.

Fait à Paris le 21 février 2016
Cet article est très loin d'être terminé,
très loin !
Il y a un blocage devant moi,
c'est comme une pierre énorme dans un chemin escarpé de montagne.
Il me faudra revenir.
Nous ne pouvons pas rester dans une interrogation sans essayer de dialoguer avec notre moi profond.
Pour le moment l'unique accompagnement réel est pour moi Dieu.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La solitude est un thème qui fait peur dans nos sociétés occidentales et à notre époque, car il renvoie à une réalité sociale, voire sociologique, bien répandue, souvent vécue avec souffrance et difficultés. Je pourrais décliner toutes les formes de la solitude, tant elles sont nombreuses et souvent très différentes selon la personne qui en est l'objet, j'allais dire victime, tant ce mot est associé à des sentiments négatifs.

Pourtant le terme de solitude ne fait que renvoyer à la situation d'une personne dans un lieu et à un moment donnés de se sentir seule, c'est-à-dire isolée, coupée des liens. En général, il s'agit d'un vécu sur le plan psychologique dans le registre du sentiment et de la sensation, que cette personne se trouve physiquement seule ou entourée de beaucoup de monde. Certains recherchent la solitude pour mieux se retrouver avec eux-mêmes, se ressourcer, mieux se connaître soi-même, selon une démarche personnelle, philosophique, spirituelle ou religieuse.

J'aimerais vous montrer, à défaut de vous démontrer, que les sentiments de solitude et de non solitude peuvent coexister chez une même personne, parfois dans une même unité de temps et d'espace ou quasiment. Probablement, de la même manière que chacun de nous peut éprouver des sentiments mélangés et contradictoires.

Le sentiment de solitude est souvent associé au manque et au ressenti du manque, que cela soit d'ordre sentimental, du domaine du soutien, vis-à-vis de la société, de la famille, dans le cadre professionnel, d'ordre économique, linguistique. Ce sentiment peut donc être indépendant de la présence non de personnes nous entourant, que cela soit dans le cercle familial, professionnel, social ou dans n'importe quelle situation physique, dans un lieu public, dans un transport en commun, dans la rue.

Le sentiment de solitude résulte de la non satisfaction de ce ressenti de manque par les personnes qui nous entourent ou par nous-même, quand notre propre système de défense et notre ressenti de plénitude et d'autonomie devient défaillant. Il peut être ressenti brutalement, ponctuellement ou devenir un sentiment plus ou moins régulier ou récurrent, voire continu, pouvant amener à des crises de stress, d'anxiété ou d'angoisse de moins en moins surmontables quand nos défenses ont été enfoncées et deviennent inadéquates ou insuffisantes.

Dans notre chemin de vie, nous passons très souvent par des situations où nous nous sentons seuls, car tout n'est pas parfaitement organisé pour nous assister et nous entourer pour disposer de ce dont nous avons besoin. Certains parviennent toujours à s'en sortir en s'appuyant sur des qualités personnelles, en lien avec son vécu intérieur, comme la confiance en soi, la capacité à secondariser la pulsion ou sur des qualités relationnelles en posant la bonne question, à la bonne personne, en développant et entretenant son propre réseau, avec une attitude d'accueil et de bienveillance vis-à-vis de l'autre.

En règle générale, pour une personne normalement névrotique, comme dirait Freud, les sentiments de solitude et de non solitude se succèdent ou se juxtaposent sans que l'un ne prenne préférentiellement le pas sur l'autre. Une bonne conduite de notre vie, dans ses choix, dans sa stratégie d'avancer et au quotidien garantit une capacité suffisante, quand une période de solitude perdure un peu plus longtemps que d'habitude, ce qui signifie une certaine organisation dans le choix et les modalités relationnelles avec ses proches, dans l'ordonnancement des activités dans le temps, dans la gestion de sa santé psychique et physique.

Le problème devient plus difficile quand le sentiment de solitude devient persistant ou résulte de profondes blessures intérieures, dont l'existence et l'origine finissent par constituer une véritable énigme offerte à notre compréhension et à notre volonté de comprendre et d'évoluer : psychose, névrose profonde, conditionnement psychique ou situation de non liberté subie. Fuir ou compenser cette situation de solitude devient un impératif, parfois conscient, mais souvent inconscient, qui aboutit invariablement à des solutions fragiles, faciles, invalidantes, toujours non viables à terme, sans risque d'accident grave pour le parcours de vie.

La sensation de solitude est un ressenti normal, qui ne doit pas être combattu, mais accepté comme un élément fondamental, constitutif de tout être normal, car il est la condition préalable à toute cheminement vers l'autonomie de l'adulte. Il doit être affronté, quand il se présente, en toute confiance, afin d'éviter qu'il n'apparaisse malgré soi, dans une situation où nous serions plus fragiles et moins disponibles pour élaborer des défenses adéquates.

La solitude est une donnée fondamentale de tout être humain, car une mère ne peut pas être toujours présente auprès de son bébé ou de son enfant et, parce qu'à l'heure de notre mort, dans nos derniers instants, nous sommes seuls à passer cette frontière mystérieuse entre la vie et la mort. Il est donc normal de vivre tous les instants de son existence avec les sentiments pleinement acceptés et ressentis d'être à la fois seul et également entouré de tous ceux qui comptent, que nous aimons, avec lesquels nous avons développé un lien quel qu'il soit.

Hervé Bernard



Quelle expérience ai-je de la solitude ?

Une impression, un sentiment, une histoire, une histoire des profondeurs sans doute, mon histoire.

J'ai quand même partagé durant neuf mois le ventre maternel avec mon frère. Quels liens cette promiscuité a-t-elle créés en moi ? Je n'ai pas la réponse.

Si j'observe le concept à partir de ma position d'enfant puis d'adolescent, il me semble que cela n'a pas été travaillé au niveau du couple parental et donc de la famille que nous représentions avec ma sœur.

L'espace était occupé par quatre individualités, sans indépendance réelle, comme si chacune d'elle était sous le contrôle ou l'influence directe de l'autre.

Il est possible que ces situations m'aient conduit inconsciemment à rechercher une présence pour ne pas souffrir de l'absence, comme si ma vie, mon bien être en dépendait.

Je ne recherchais pas la présence à tout prix. Ma solitude ne m'avait pas amené à cette extrémité tragique.

Je me rappelle avoir pris des décisions m'y conduisant bien que j'en connaisse le prix à payer, la souffrance qui en résulterait.

Cela me conduit dans mon histoire, à la solitude provoquée par un ego surpuissant, une solitude égotique qui m'a proposé un bref instant d'en finir définitivement avec une souffrance incomprise.

Mais c'était sans compter sur la présence de mon ami Daniel dont j'ai pu miraculeusement accueillir la parole.

Il s'était engagé sur la voie d'un développement personnel. Je n'ai plus de nouvelle de lui.

Et me voici 35 ans après, chercheur éternel de moi-même.

La solitude ne m'effraie plus, au moins conceptuellement. Je ne me sens plus seul en moi, un élément nouveau est apparu, s'est éveillé, a grandi, pour se matérialiser dans mon corps et mon sentiment. Je remercie tout particulièrement et surtout Georges et Graciela qui en tant que modèles perceptibles d'une unité intérieure consciente m'ont permis de croire, puis d'accéder à une compréhension de la conscience véritablement et profondément vécue, ancrée dans mon corps et mon sentiment.

Je vous souhaite d'en faire l'expérience, je parle de l'expérience de cette rencontre qui change à jamais votre vie sans même que votre pensée y participe.

Une émotion m'envahit et Graciela n'est pas présente physiquement pour me proposer un mouchoir. Il pleut quand même.

J'éprouve soudain une profonde souffrance pour ces êtres dont les natures étriques, psychologiques et sociales sont méprisées, de ces êtres désœuvrés de la vie réelle, de ces êtres ignorants d'eux-mêmes et pour lesquelles aucun lendemain n'existe.

Ces êtres se sont abandonnés à la solitude d'eux-mêmes, parce qu'ils ont été abandonnés.

Je formule l'espérance que sur ce chemin d'exode, il leur soit encore possible d'apercevoir même accidentellement, la proche lumière d'un chemin d'évolution libérateur, cette lumière omniprésente d'une conscience qui appelle.

Manifestons humblement et respectueusement cette réalité objective perçue et comprise à travers le prisme de notre personnalité, cette réalité qui illumine un chemin d'exploration.

Le miracle peut se produire pour tous à chaque instant dans l'ici et maintenant. Et les éléments qui précèdent au miracle sont le don conscient et l'accueil du don.

Avec Amour.

Fait à Chessy, le 22 février 2016
Philippe Delagneau



Dans quel espace psychique prend-elle place ?

Solitude de l'ermite ou de l'adepte d'un ordre contemplatif. Solitude du « penseur ». Solitude du créateur dans son laboratoire, devant sa toile, son instrument de musique, sa feuille blanche. Solitude du chef d'entreprise sur occupé venu faire une retraite dans un monastère ou marcheur solitaire sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Solitude du migrant dans la rue, coupé de ses attaches familiales, linguistiques, culturelles, sans toit et sans travail… Solitude de celui ou celle dont la compagne ou le compagnon de vie vient de disparaître après un chemin parcouru ensemble qui a compté, quelle qu'en soit la longueur, de l'enfant ou de l'adulte, victime d'ostracisme, du nourrisson dans son couffin oublié par des parents partis faire une course qui se prolonge(ou au restaurant !).

S'agit-il d'un espace libéré des sollicitations extérieures auxquelles on se doit de répondre, un espace riche en expériences vécues positives, des investissements heureux établis, où l'individu va pouvoir se poser pour se « recréer » ? Un espace de mentalisation, de création ? Ou, au contraire, est-ce un espace dévitalisé dans l'absence ou la perte de la relation vivifiante à l'autre porteur de sens, vide sidérant, éventuellement déstructurant ?

Le tout petit a un besoin vital d'interactions avec son entourage dont son psychisme se nourrit autant que son corps se nourrit de lait. Il se construit peu à peu dans les relations vécues en échanges établis avec son environnement, principalement ses proches avec qui il tisse des relations privilégiées. Ses pulsions vitales trouvent un ancrage et un sens dans ces échanges, qui évoluent au fur et à mesure de sa maturation.

Il a aussi un besoin pour se développer de moments où il n'est pas en échange direct pour pouvoir intégrer mentalement ses expériences vécues. Il crée son espace mental animé par ses pulsions, en revivant ces échanges de façon hallucinatoire, en recréant ses objets de satisfaction dans le rêve et au contact d'autres objets à sa portée. Ceux-ci connotés au départ de l'investissement porté aux premiers (sein ou biberon, lait, odeur et regard de la mère…). lui permettent d'élargir le champ de ses intérêts : langue, tétine ou pouce, doudou…

Il babille jouant avec les sons, joue avec ses mains et ses pieds… Il se les approprie en apprenant à les connaître et à les maîtriser. Il se crée un monde personnel où vécu intérieur et vécu avec les relations externes s'interpénètrent de façon constructive.

La sensation de manque raisonnablement dosée pour être supportable est nécessaire pour permettre une prise de conscience de l'objet, pour se transformer en désir et en appel, pour chercher d'autres objets de substitution acceptables dans un processus de maturation progressive. Le sentiment de solitude, s'il n'est pas trop envahissant devenant souffrance, trop aiguë, est un stimulant pour la rêverie, la création, la préparation à l'action. La « capacité d'être seul » se construit peu à peu, différente pour chacun selon sa structuration psychique. Elle est fonction d'une force innée et des expériences vécues favorisant plus ou moins l'enrichissement et la consolidation de l'espace mental, en marquant les orientations.

Lorsque la solitude renvoie par contre à un sentiment de manque relationnel qui devient trop important pour être géré, elle se marque d'une souffrance qui peut être destructrice.

L'absence de l'autre avec qui établir un échange qui ait un sens, de l'alter ego en qui se retrouver, peut renvoyer au sentiment de perte de soi-même, vide plus ou moins sidérant. L'élan vital peut être atteint ainsi que la capacité à recourir à des objets de substitution dans un réinvestissement porteur de sens. Les objets internes construits antérieurement, supports d'une identité, d'un sentiment de sécurité, références pour l'établissement de liens dans les relations externes peuvent être attaquées, voire détruits.

Dans cet espace dévitalisé la pensée plombée par la souffrance qui l'obnubile, peine à se libérer, tournant sur elle-même, sans pouvoir se dégager, éventuellement s'anesthésie.

À défaut de recréer des liens avec des objets de relations externes elle peut se réfugier dans le délire ou le repli narcissique, voire autistique.

Sans aller jusqu'à ces réactions dépressives extrêmes le sujet peut s'épuiser dans des tentatives inadéquates pour reproduire la relation perdue, sans pouvoir s'adapter au présent, à la réalité des nouveaux interlocuteurs ou adopter un mode de relation régressif inopportun, souvenir d'une époque plus souriante d'aménagement d'un espace où recréer des liens revivifiant est indispensable : lieux conviviaux pour les cas les plus légers, les plus courants, recours à un thérapeute lorsque la capacité d'établir des liens vivants est atteinte.

Ghislaine Guillotin



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Il y a une grande diversité de solitude et elle est rarement bien vécue dans notre société actuelle où tout est tourné vers le superficiel, l'intérêt et l'individualité.

Néanmoins, je pense que la solitude est aussi nécessaire et que nous en avons besoin. En effet, parfois nous éprouvons le besoin d'être seul pour nous retrouver, être dans le silence pour ne plus être dans l'agitation et le brouhaha de ce monde, pour méditer, retrouver du sens, être ici et maintenant.

La solitude réside au cœur de l'homme. Quelqu'un peut vivre au sein des agitations du monde et garder une parfaite sérénité d'esprit, c'est vivre dans une certaine solitude. Un autre peut vivre dans une forêt par exemple et être incapable de discipliner son esprit, on ne peut dire qu'il vit dans la solitude.

L'homme attaché aux choses de ce monde ne peut être dans la solitude alors que celui qui est détaché du monde réside toujours dans la solitude.

C'est un choix bien sûr, mais dans la vie monastique nous retrouvons le silence et la solitude. Le silence est présent durant les activités des moines ainsi que dans les bâtiments. Seuls les chants et les prières peuvent le rompre. Toutefois, le silence monastique n'est pas seulement l'absence de bruit. C'est aussi un silence habité par l'écoute de Dieu et des personnes qui vivent ou passent dans le monastère.

Les moines restent des solitaires même s'ils vivent en communauté. Chacun avance vers Dieu à son rythme, seul objectif de son désir. La vocation monastique est un appel à vivre la solitude comme un lieu d'unification et d'épanouissement de soi.

J'aime cette solitude où l'ego n'a pas sa place ! Elle me nourrit et m'apaise.

Fait à Chessy, le 15 Février 2016
Claudine Thomas