NUMÉRO 174 REVUE BIMESTRIELLE janvier-février 2018

Choisissez la couleur du fond d'écran :

Revenir en mode de visualisation classique

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Portrait de famille Retratos de familia: introducción
 
Bernard, Hervé Portait d'une famille
 
Baleani, Eduardo Retrato de Familia
 
Cohen, Rut 365 días
 
Delagneau, Philippe Tableau de famille
 
Giosa, Alejandro Retrato de familia
 
Manrique, Carla Mi retrato de Familia
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de septembre 2017
 
Thomas, Claudine Portrait de famille


Envoyer à un(e) ami(e)
    envoyer à un(e) ami(e)    
   Imprimer/Imprimir
    imprimer    
   Vos réactions sur ces articles
    vos réactions sur ces articles    


Il y a quelque chose de « naturel » dans l'attachement au foyer, dans l'affection conjugale, parentale, filiale, fraternelle. Mais la structure de la famille, comme celle de tous les groupes sociaux, a évolué.
Tant que l'esprit de corps, le sentiment des traditions domestiques restent vivaces, l'attachement à la famille est surtout l'attachement au groupe domestique. Aujourd'hui, il est l'attachement à la personne même des membres de notre famille.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



J'ai déjà tellement écrit sur les portraits de famille. Je me considère comme un maillon entre l'ancestral et les générations à venir. Je dédie à un de mes petits-enfants, Nicanor, un de mes livres, qui parle des souvenirs de famille. Je souhaiterais que les liens la continuent. Nous ne pouvons pas ignorer nos ancêtres qui nous ont donné l'opportunité et la formation pour devenir ce que nous sommes aujourd'hui et ce que nous pouvons être dans l'avenir. Et en tout cas Dieu est avec nous et les générations qui suivent la mienne et je connais jusqu'à ce moment de ma vie nous sommes bien protégés par le créateur et ses anges gardiens.

J'ai été formée par mes parents, mais encore plus par mes grands-parents. J'aimerais être un modèle pour mes petits-enfants comme ils l'ont été pour moi. Voici quelques chapitres de Nicanor où je parle de mon histoire.

Fait à Paris le 19 février 2018
sans autre soleil que celui à l'intérieur.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Alfred et Marie se sont rencontrés, un peu par le hasard des circonstances, au début des années cinquante au cours d'un mariage de la famille de Marie : un invité n'ayant pas pu venir au dernier moment a proposé à un ami, Alfred, de le remplacer pour ce repas de mariage en région parisienne. Quelques mois plus tard Alfred et Marie se sont mariés pour s'embarquer pour une vie commune à deux, jusqu'à ce que la mort ne les sépare, selon les usages et les modes de pensée bien ancrées de l'époque. Alfred avait 26 ans et Marie tout juste 20 ans et à peine entrée dans l'âge adulte et la vie active.

Leurs destins et celui de leurs enfants ont peut-être été scellés à partir de cette courte période de temps !

Mais faisons un retour en arrière sur la vie de Marie, sur la période de temps qui a précédé cette histoire, mais condensant tout ce qui déterminera le reste de sa vie et celle de ses proches familiaux.

***

Marie était tombée amoureuse d'un homme de bonne famille, appelons le Monsieur X, ou plutôt d'une famille ayant réussi socialement, sans pour autant parler de notables. Mais, pour des raisons qui sont toujours restées confuses pour son entourage familial et peut-être pour elle-même également, elle prit la décision de ne pas faire sa vie avec cet homme, parce qu'elle ne se sentait pas du même niveau social que lui.

S'agissait-il d'un manque de confiance en elle, en lui, en la vie, de réactions de crainte, d'un sentiment d'appréhension à la suite de remarques maladroites ou préjugés de ses propres parents, d'une sensation de malaise confus de Marie face à l'avenir de son aventure personnelle ? Personne ne pourra sans doute le préciser, Marie ayant maintenant emporté dans la tombe tous ses secrets. À moins qu'une relecture des événements à la lueur de la propre expérience affinée de ses proches toujours vivants, n'apporte quelque lumière et compréhension sur le déroulement des événements et leurs motivations.

Sans doute craignait-elle de rester seule ou avait-elle envie de quitter le giron familial pour mieux vivre sa liberté ! C'est comme si elle s'était jetée dans les bras du premier venu, tout au moins le premier qui semblait répondre aux critères qu'elle s'était donnés plus ou moins consciemment pour choisir le compagnon de sa vie. Ce fut donc Alfred, qui lui montra, très rapidement, la flamme de ses sentiments à son égard.

Tout fut réglé en quelques mois, en tout cas en moins d'un an, entre la présentation aux parents, les fiançailles et le mariage, comme s'il fallait ne pas se poser trop de questions, par crainte d'être freiné par quelque doute ou quelque questionnement. Une qualité de Marie était sans doute sa capacité à prendre des décisions et à s'y tenir, pour le meilleur et pour le pire. Alfred a dû s'en poser nettement moins, tout heureux d'avoir trouvé la perle rare. Une page importante de leur vie venait de se tourner, sonnant sans doute comme un non retour.

***

Puis vinrent, tout naturellement deux enfants, Yvon, puis Jacqueline, pour le plus grand bonheur d'Alfred, puisque cela représentait une preuve de leur mariage réussi, et pour Marie, même si la raison semble apparaître moins clairement, car elle pouvait enfin canaliser ses sentiments refoulés pour Monsieur X, vers ses enfants, même s'ils n'étaient pas la conséquence d'un amour pleinement partagé. Cela a fonctionné comme un déplacement de la libido vers les enfants, mais sans doute de façon imparfaite.

Si Alfred et Marie ont pu construire un environnement matériel agréable pour l'éducation et le développement de leurs enfants, par contre, au plan affectif, il faudrait évoquer un environnement désertique :

· Marie, qui semble n'avoir jamais vraiment effectué de travail de deuil, pour « oublier » Monsieur X, voire simplement constater et accepter l'échec de cette histoire d'amour refusée, enchaîne des dépressions et des périodes, plus longues, où tout semble couler normalement pour son entourage,

· Alfred, quant à lui, semble n'avoir jamais été vraiment capable d'une communication équilibrée avec ses enfants, mais également avec le reste de son entourage, comme si toute son affectivité était entièrement consacrée au maintien de ce couple asymétrique, avec la crainte que tout ne s'effondre comme dans un puits sans fond. Sans doute faudrait-il remonter plus dans son enfance, probablement lié à la mort de son père, quand il n'avait que cinq ans.

Quel pouvait être le développement affectif de ces enfants pour, un jour, devenir des adultes, autonomes et épanouis ? Quel pouvait être leur place dans cette famille où toute tentative de communication avec les deux parents semblait vouer à l'échec ?

Afin de survivre, Yvon se replia sur lui-même, recréant un monde intérieur, riche certes, mais coupé de la réalité et surtout incapable de s'y projeter, avec un désir et une capacité pour construire des projets et se créer un destin.

Marie, quant à elle, réussit à se projeter dans le monde, mais en mélangeant monde réel et monde artificiel : elle se lancera dans une carrière de comédienne, comme pour se confronter au monde, mais sans l'affronter réellement pour construire un projet personnel.

Yvon et Marie ne parviennent pas à fonder leur famille respective, comme si le concept de famille était trop entaché de l'échec de leurs propres parents. Tout semble avoir fonctionné comme un interdit inconscient de la part des parents, et que, pour avancer dans la vie, un enfant a besoin de la parole réconfortante et positive de ses parents et de leur accompagnement enrichissant et soutenant afin de franchir les étapes de sa construction.

Mais cette parole a toujours été absente, entre un père qui ne voulait ou ne pouvait pas parler, et une mère, qui s'est enfermée dans le mutisme et la surdité, afin de ne pas se confronter à la souffrance de son conflit intérieur : avec quel homme vivre ?

Que vont devenir Yvon et Marie ?

Yvon a eu la chance d'être aidée par une tante, qui a sans doute trouvé en lui l'enfant qu'elle n'a jamais eu, et qui a eu l'intelligence de comprendre le drame qui se tramait et d'apporter l'aide primordiale qui pouvait le sauver d'une longue descente en enfer.

Marie a reproduit l'histoire d'un amour interdit, mais selon un scénario différent et en grande partie inconscient, et tout aussi destructeur, en tout cas menant à une impasse.

L'espoir d'une compréhension de ce nœud familial, qui puise ces racines sans doute plus profondément et plus avant dans l'histoire des familles d'Alfred et Marie (mais c'est là aussi une autre histoire), avec la force d'une volonté intérieure d'avancer ou mieux grâce à l'aide d'un travail psychothérapeutique, peut permettre de rattraper et dépasser l'inertie de développement de leurs premières années, puis plus tard suivies de chutes psychiques ou physiques, dont l'issue auraient pu être dramatiques, voire définitives.

Le chemin pour dépasser ce nœud et construire sa vie, est long Il demande de la patience et doit se nourrir des nouvelles étapes franchies, même petites, qu'elles se situent au plan psychique, affectif, familial, professionnel ou autre, et du sentiment d'avoir vraiment effectué un certain parcours pour élaborer sa propre identité, indépendante de celles de leurs parents.

Hervé Bernard



Il m'est difficile de me projeter dans un tableau de famille, de le visualiser.

Une résistance apparaît, née de la contradiction entre une approche intellectuelle et mon ressenti.

J'imagine l'artiste donner un sens à sa création, matérialiser sur une toile un sentiment ou un ensemble d'impressions cohérentes selon lui.

Mais lorsque j'éprouve par la sensation l'idée même d'un tableau de famille, je ne ressens rien de tel.

Je bloque réellement, physiquement.

Je vois des individualités en souffrance, solitaires et dépendantes dans la soumission à une histoire non réellement partagée, non travaillée.

Oui, c'est comme cela que je me ressens dans ce tableau familial, un électron perdu, sans noyau, sans centre de gravité, trop isolé pour pouvoir donner un sens cohérent au mouvement, à une direction, trop isolé par les non dits d'une histoire non aboutie, trop isolé par une souffrance d'adulte non comprise.

Je me rends compte que j'étais seul et même désespérément seul dans ce monde confus à la recherche de ma vérité.

Aujourd'hui encore, de ce tableau familial je reste un solitaire, mais je ne suis plus désespéré.

Dame Nature m'a poussé avec sagesse en dehors de ce cadre, de cette atmosphère, elle m'a donné tout naturellement la possibilité de construire un autre tableau de vie.

Le hasard ou l'accident et mon vouloir être sans aucun doute m'ont amené à cheminer peu à peu d'un pas plus sûr, plus affirmé vers une autre destinée, une destinée qui répondait à ma quête d'enfant de vouloir déjà comprendre le sens et le but de la vie pour pouvoir sans doute donner un sens responsable à ma vie.

Ce cheminement m'a amené à cette vérité que cette quête ne peut survivre et vivre qu'au sein d'un collectif, d'un groupe de travail particulier ou chaque individualité peut s'affirmer avec sincérité dans le don de soi-même, sans artifice, sans tricherie, sans peur.

Ce don opère aussi comme un miroir pour l'autre. L'observateur accueillant peut se voir réellement.

Un nouveau tableau s'élabore, prend naissance au sein d'une famille de travail, se construit pas à pas, jour après jour, à l'image d'un gigantesque puzzle.

Chaque pièce posée dans le puzzle de sa vie est le résultat d'un travail individuel et de groupe. Nulle pièce ne pourrait être mise en place sans le soutien, l'accompagnement et le travail personnel de chacun des membres.

L'individualité est au conscient ce qu'une famille de travail est à l'inconscient. Un monde s'élargit, se rend accessible.

Je suis ce solitaire bien accompagné aujourd'hui.

Écrit à Chessy, le 22 février 2018
Philippe Delagneau



Pour lire ce fichier PDF, cliquer sur l'icône :

RECHERCHE/INVESTIGATION



Pour lire ce fichier PDF, cliquer sur l'icône :

Si vous ne possédez pas le logiciel
Acrobat Reader
indispensable pour sa lecture,
vous pouvez le télécharger sur le site :
Acrobat Reader

SOS Psychologue



Il m'est difficile de parler de tableaux de famille, car pour ma part il n'y avait pas de famille. C'était un groupe de personnes où chacun, à l'exception d'une ou deux, n'agissait que dans le but de ses intérêts. Dans ces conditions, comment peut-on parler de famille, de couple, d'union ? C'est impossible.

Avec le recul, je dois dire que c'est dur de voir toute cette manipulation, toute cette perversité, toute cette hypocrisie et tout ce manque d'amour. C'était une vie sans vie, vide de tout, pitoyable. Que retenir de tout ça ? Que du négatif.

De la part de tels gens, si l'on n'adhère pas à toutes leurs manipulations, on devient coupable et mauvais.

Et ce silence ! Il y avait tellement de non-dits, d'interdictions, aucune explication, des questions sans réponse que l'on finit par se terrer dans ses pensées.

Après avoir vécu dans ce milieu hostile, il faut se libérer de tout ce négatif pour laisser place au positif, à la vie et se construire. S'éveiller pour se dégager de tout ce lourd passé afin de pouvoir vivre sa vraie vie. La voie n'est pas facile et longue, mais nécessaire pour ne pas rester dans la répétition.

Oui, car je me suis enfermée, barricadée, j'ai construit une véritable forteresse pour me protéger. Ce n'est pas chose aisée de trouver le calme et l'harmonie en soi, on se sent disloqué, éparpillé, mais surtout pas unifié. On vit l'abandon et la solitude.

Je garde l'espoir de trouver un jour la lumière en moi.

Fait à Chessy, le 20 février 2018
Claudine Thomas