NUMÉRO 119 REVUE BIMESTRIELLE juin-juillet 2008

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela L'innocence
 
Bernard, Hervé L'innocence
 
Bouket, Gaël L'innocence
 
Delagneau, Philippe L'innocence
 
Ercole, Jeanine L'étoile
 
Giosa, Alejandro La inocencia
 
Labraidh, Seonaidh La inocencia original
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « l'Harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Inocencia
 
Recher, Aurélien L'innocence
 
Ruty, Paul Innocent ou coupable ?
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mai 2008
 
Thomas, Claudine L'innocence


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Dans la rêverie innocente de ma première jeunesse, je croyais que le prince protecteur et aimant viendrait me réveiller comme dans les contes d'Hoffman parmi lesquels La Petite Sirène devait par amour changer sa queue écaillée pour de vrais pieds, la rencontre avec le prince demandant d'elle un sacrifice pour qu'elle puisse marcher côte à côte avec lui, l'aimer et être aimée. Combien avait-elle souffert, la petite sirène, chaque pas était pour elle un attentat permanent à son innocence.

Trente ans après, dans un voyage en Norvège, une croisière, j'ai contemplé avec une émotion incroyable cette sublime sirène. Et je me mettais dans mon silence, à comprendre pourquoi dans l'imaginaire de l'écrivain, chaque pas dans le réel de la vie avait été un sacrifice pour elle. Qu'est-ce que nous pouvons perdre dans notre vie ? Avec beaucoup de courage, nous pouvons perdre nos illusions, nos identifications, notre naïveté sans pour cela nous exposer à perdre en nous notre innocence.

Mon premier amour n'a pas été un prince, il n'avait pas demandé à changer. Il a vécu dans sa tour d'ivoire sans percevoir que mon innocence pouvait se flétrir en comprenant que notre départ ensemble n'était qu'un rêve adolescent. Oui, pas à pas, douloureux et terrible, loin de la détruire, cela m'a permis de garder mon innocence comme un trésor pour trouver un jour, peut-être à l'automne de ma vie, le vrai prince qui saurait découvrir mon existence de femme à part entière.

Je me suis introvertie profondément, des défenses féroces ont protégé l'innocence. J'ai changé le désir d'être écoutée par le silence que produit la tolérance. Je me souviens de me poser la question « où suis-je ? » et je me suis accrochée à mes quatre enfants pour éviter la chute dans une réalité fausse qui menace l'innocence et conduit à la naïveté ou à la manipulation perverse. Chaque pas dans ma vie a été conscient. J'ai toujours eu des pieds fragiles, tellement était dur le contact avec la méchanceté, mais j'ai gagné chaque jour ma guerre, mes batailles et je suis devenue forte, mais innocente et je ne le regrette pas.

Je me souviens de cette lecture du conte d'Hoffman. Il m'avait tellement impressionné que parfois, dans ma position presque hallucinatoire adolescente, il me semblait voir dans les étalages de poisson, la petite sirène blonde qui devait être coupée pour devenir femme. Je me demande aujourd'hui comment cette innocence a pu rester. Il s'agissait peut-être du déni ? Non, ce n'était pas du déni ! C'était presque de la claire voyance. J'attendais l'instant suivant pour croire, et croire, et encore plus croire, que je pouvais changer le monde, changer les autres. Une politique très intéressante à mon avis s'est mise à fonctionner : je laissais parler ma force pleine de la puissante innocence pour trouver la brèche chez les autres et les punir sans pitié.

L'innocent est sans doute un sauveur qui n'a pas peur de se détruire dans la tentative de faire justice. Il faut qu'il soit un modèle pour les autres et pour soi-même, ne pas dévier du chemin, ne pas avoir de prix.

Dans le silence si profond de mon existence, j'ai décidé de lutter comme j'aurais pu accepter les compromissions. Mais non, il n'y a pas de compromission possible. Quand le Christ a chassé les marchands du temple… J'ai été étonnée à la première lecture de ce thème-là. J'ai toujours été marquée par des histoires, des thèmes historiques, des chansons, des poèmes. Des premiers pas dans la vie avec mes pieds sur terre, je m'en souviens, je n'avais même pas trois ans. Mes parents étaient sortis le soir et sont rentrés vers trois heures du matin. Je ne savais pas l'heure, mais je sentais déjà le temps. Quelqu'un en moi sait l'heure, car l'innocence fait en moi écran aux émotions futiles. Je n'ai pas voulu quitter ma grand-mère, mais je me suis endormie dans ses bras, où il est normal que les enfants s'endorment. Ma mère a voulu me prendre de ses bras. Je vois l'image, son châle tricoté bleu clair, la tendre chaleur de ses bras. Le matin suivant, j'ai vu les draps de mon berceau ouvert, mon père y avait posé son réveil, sur mon berceau ; ma chambre était à côté de la sienne. C'est à ce moment, lorsque j'ai vu ma place prise par un réveil, que je pleurais, inconsolable, l'image est très forte, que j'ai abandonné mes parents ! Pendant des années, j'ai parlé seule dans la cour de récréation. Les filles étaient si loin de moi… naturellement je parlais seule…

Je vivais avec plénitude l'hiver. Et j'étais stupéfiée au printemps avec la floraison, chaque feuille me parlait d'amour. Un jour, j'avais 12 ans, je sortais du collège, je regardais les fortitias d'un jaune éclatant sur un ciel bleu profond et voici la première question, dans cette sublime solitude, j'écoutais pour la première fois en moi-même : « tu es amoureuse de l'amour », donc je n'avais pas quitté mon rêve du prince protecteur. J'allais faire avec ce premier amour une erreur que j'ai répétée sans cesse dans ma vie d'exploration : j'ai fait d'un pêcheur un roi. Et j'ai recommencé à chaque fois. Cette recherche permanente de l'idéal ne m'a pas empêché de vivre d'une vie banale, de vivre d'intenses communications avec les autres. Dans tous les cas, j'étais moi-même, sans prétention.

Il y avait une chanson qui disait : « demain, en automne, l'arbre reste sans feuille, comme cela. La distance et la mort lente des choses simples, des choses simples qui restent mourantes dans le cœur. Pour cela, ma fille, ne pars pas aujourd'hui en pensant tout retrouver à la même place, mais avec une compréhension différente » et la chanson continuait « Et pour cela ma fille ne pars pas maintenant, car l'amour est simple et les choses simples, le temps les détruit. On revient toujours aux endroits que l'on a aimés dans sa vie et alors on comprend comme sont absentes les choses chéries. »

Et puis il y a eu le poème de Amado Nervo qui disait : « parce que je vois à la fin de mon long chemin que j'étais l'architecte de mon destin. Quand j'ai semé des roses, toujours j'ai récolté des roses. Et si, dans ma vie, il y a eu des nuits tristes, il y en a eu d'autres tendrement sereines. Vie, rien je ne te dois, Vie, nous sommes en paix. »

Toutes ces choses dont je parle ne sont que des jalons de mon chemin d'innocente. Par droiture, je me suis mise presque toujours hors contexte. Et par droiture, j'ai gagné le fait d'être aimée et reconnue malgré ma différence. Oui je le répète : Vie, rien je ne te dois, Vie, nous sommes en paix.

En revenant à ma sirène, l'histoire est restée l'histoire de l'innocence, mais les événements ont changé ma perception du réel et ont cautionné mes choix conscients. Je ne suis pas la tendre adolescente qu'un jour j'ai été. Chaque pas dans la vie m'a mis en face de la vérité de la condition humaine. Cette fragile condition qui était venue sonner à la porte de mon inconditionnelle innocence adolescente. En deux mots : reste pure, fais des hommes, fais des pêcheurs des rois, tu as le droit à croire, tu l'as gagné. Il n'y a eu peut-être ni amour ni éveil, ni de prince pour me protéger, mais je me suis faite confiance, en attendant la joie de pouvoir, un jour, marcher solidement sur mes pieds à la rencontre du bien aimé.

Fait à Paris, le 19 juillet 2008,
avec confiance, une sciatique qui dure depuis quatre mois,
mais elle aurait pu durer depuis l'éternité,
car je marche dans la vie entre des êtres comme moi dans le vrai sublime paradis de l'innocence.
Car il y a des innocents. Si on les cherche, on les trouve.
Il y a une fraîcheur dans l'air et tu es là
et tu m'entends et ta phrase était :
« ne perds jamais ton innocence »,
car tu l'avais perdue et changée par la naïveté.
Ce n'est pas moi qui faisais des pêcheurs des rois,
mais toi. Je t'aime.
Bénis soit l'Éternel. Je marche sur mes pieds.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Qu'est-ce que l'innocence pour moi aujourd'hui dans ma vie ? Si la première réponse rencontre l'angoisse de la page blanche, c'est que, probablement il se cache derrière des objets non accessibles immédiatement à ma conscience, selon un glissement par association, des « choses » inavouables.

Donc, est-ce que finalement j'en arriverai à traiter de la non innocence, cela serait certainement passer à côté de la moitié de la question, car sans doute mon être, mon histoire, ma vie recèle des parts de culpabilité et d'autres aspects peut-être tout autant cachés d'innocence. Le lien étant certainement très fort entre ces deux pôles de cette problématique, l'accès à l'un entraîne à la résurgence de l'autre et vice-versa.

Je me sens coupable de ce que je n'ai pas fait, de ce que j'aurais dû faire, même si les projets qui préfigurent la réalisation ne sont souvent que des fantasmes, des constructions de la pensée, nécessitant un support dans le réel pour se concrétiser (des personnes, des situations, un contexte, une dynamique, des opportunités…). En effet c'est comme un sentiment très présent pour qui sait écouter son âme et son esprit, même s'il est diffus, fort et clair, ou bien plutôt confus, souvent associable à un sentiment du non devoir accompli, un peu comme cette impression en se couchant le soir de ne pas avoir sa tâche, son devoir, que je suis sûr, tout le monde connaît dans son quotidien.

Plonger dans son innocence pour réparer les douleurs, les souffrances de la culpabilité, visiter, s'aventurer cette part en nous qui n'a pas encore grandi, ni même peut-être pas encore née à la vie, comme enfouie au fond de son inconscient personnel ou d'un inconscient familial ou collectif.

Tout être a au moins fait l'expérience à l'âge adulte de cette part d'enfance qui est restée, comme intacte, malgré l'apprentissage de la vie, l'élaboration et la construction de ses projets personnels, familiaux ou professionnels, qui nous font reconnaître comme un membre par une société où le statut social et l'espace accordé est codifié selon des règles bien établies. Un film, une image, une situation, par exemple se retrouver avec un enfant (le sien ou celui que l'on croise…) ou même un souvenir peut faire resurgir tout un passé de l'enfance, avec sa vision du monde, sa capacité à s'émerveiller, sa curiosité non orientée, je dirais presque non intéressée, son besoin de connaître et d'apprendre, son absence de préjugé (en tout ses moindres réactions de préjugé qu'à l'âge adulte).

N'est-il pas parfois utile de retrouver son âme d'enfant comme pour emprunter un chemin connu, mais oublié, où il nous était si facile d'avancer, ivre et rassasié de cette liberté que connaissent tous les enfants du monde (même s'il est triste, regrettable et dangereux d'envoyer des enfants au travail, comme des esclaves quand la logique économique prévaut ou que la pression de la misère est trop forte) ?

Car l'état d'innocence contient la pureté, cette capacité comme « divine » ou touchée par grâce de pouvoir tout recevoir, tout accueillir, tout entendre, tout voir, sans poser des barrières sociales, psychologiques, celles qui finissent par éloigner les êtres et qui mènent à la discrimination et la haine.

Certes d'aucuns diraient que si nous avons quitté quelque part le terrain de l'innocence, nous ne sommes plus innocents, mais l'être humain, la composition de sa personnalité, de ses inclinaisons forment tout un ensemble de facettes, différentes, parfois complémentaires, bien souvent en conflit, mais une opposition constructive pour qui sait en jouer, ayant chacun son profil de développement et certainement son niveau d'innocence.

Quand nous pensons, quand nous agissons, quand nous élaborons, quand nous travaillons selon un programme plus ou moins planifié en fonction des vicissitudes de la vie, tout notre être n'agit pas dans sa totalité, comme un seul homme, nous nous appuyons toujours sur tel ou tel aspect de notre structure de personnalité, en fonction des ressources disponibles et plus adaptées à notre but, ce processus étant la plupart du temps instinctif, inconscient, comme un fonctionnement psychologique réflexe. Et quand l'adaptation ressource-but psychologique n'est pas correcte, c'est la répétition névrotique de l'échec, c'est un mode de fonctionnement en tout cas à changer pour une meilleure harmonie de l'esprit de l'âme.

Au lieu de séparer l'innocence et la culpabilité comme deux terrains de notre psychologie et de notre mémoire, pour tenter peut-être de mieux refouler la culpabilité, auquel il n'est jamais agréable de se confronter, puisons au fond de nous-mêmes en les trésors de notre innocence initiale pour mieux revisiter les motifs de nos sentiments de culpabilité, en réduire les aspérités pour parfois n'y voir qu'un souvenir bien lointain et moins dramatique qui n'est finalement qu'une étape du cheminement de notre vie. L'énergie récupérée pourra alors être mieux investie dans l'innocence de notre âme au service de nos meilleurs projets de vie.

Hervé Bernard



Voilà un thème qui touche un questionnement vierge en moi ou presque et derrière un sens apparemment simple semble se cacher une forêt de paradoxes. Je l'ai entendue apparentée à la faiblesse et à la bêtise, je ne peux m'empêcher de la percevoir comme la plus haute vertu pleine de force et de sagesse, fruit d'un combat à mort contre soi-même et les situations tentatrices du monde.

Mais s'il était plutôt question de devenir innocent que de l'être.

Je pense qu'il en va des expériences de la vie comme de matière pour Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Il s'agit de potentialiser les événements vécus, les sensations, les expériences dans leur totalité. Quelle est la valeur d'une erreur même grave si nous pouvons la contempler, l'analyser et en tirer une force ? C'est le processus d' « innocentisation » ; rien n'est occulté et sa valeur c'est ce qu'on y met pour transformer cette situation. Mais certainement y-a-t-il des événements indigestes qui risquent plutôt de nous faire détruire avant que l'on ait eu le temps de penser à en tirer profit.

J'ai lu hier une page de « Aspects psychosociaux de Jung » de E. Graciela Pioton-Cimetti de Maleville sur la double causalité et, si ce n'est pas précisément de cela que l'auteur semblait traiter, il pourrait y avoir ici une sorte de double événement : l'événement en lui-même et le sens qu'il prend en nous aujourd'hui dans notre compréhension, dans sa confrontation à nous-mêmes, dans l'instant présent. Comme un symbole, un archétype. Tout événement est vivant et grandit en nous en permanence, il grandit avec nous. Un processus pour rendre notre vie innocente, créer petit à petit un tout homogène et riche. Passer du non sens à l'innocence. Chaque détail vécu devient alors un livre.

J'aime cette idée, car, en elle-même, elle revalorise chaque instant, les bons et les mauvais en apparence, l'ennui, la colère, le dégoût, tout devient presque agréable puisqu'il témoigne que nous soyons en vie et nous donne du matériel pour nous comprendre et comprendre les autres, les liens qui nous relient à chaque grain de matière. C'est en ce sens que je ressens le terme chrétien de la Création. Mais dans ce monde je me demande : d'où viens-je pour avoir accumulé en moi autant de négativité qui m'empêche d'être simple et de vivre cela pleinement ? Je suis brouillé, j'ai peur, je suis angoissé. Pour une fois c'est ma pensée qui me sauve et me permet de relativiser, dédramatiser, de me dire que cela aussi est une bonne expérience. Un peu comme lorsque l'on passe des vacances où on se retrouve en difficulté, on est anéanti. Puis quelques temps plus tard ce sont ces moments que l'on raconte avec le plus de plaisir. Alors aux vacances suivantes, si les difficultés reviennent, on les vit déjà avec un certain second degré en pensant qu'elles nous permettront d'amuser la galerie pendant des années.

Je souffre toujours, mais je sais qu'à la fin, tout ça ne sera qu'un bon souvenir dans l'éternité.

Fait à Paris, le 23 mai 2008,
je pense à mon père qui m'a appris depuis petit
que l'on peut changer tout au long de sa vie.
Je pensais qu'il s'agissait de changer le présent et l'avenir,
je comprends aujourd'hui que l'on peut aussi transformer son passé.
Merci. Avec Amour.

Le premier trait ne prend son sens absolu que lorsque le cercle est achevé (Mektoub).

Et puis (je crois aller dans le sens de Lucrèce) il semble que c'est ce désordre universel comme loi de la Création et à laquelle il nous faut nous confronter qui fait de nous des êtres libres, puisqu'un ordre strict nous condamnerait à la prédestination.

Villandry, le 14 juillet 2008,
je me suis pour une fois relu avec plaisir,
je me reconnais un peu dans ces mots, c'est très agréable.
Merci à toute l'équipe de SOS psychologue de m'avoir accueilli
et à sa Présidente qui attend chaque bimestre mon effort de plume.
Le désordre est une loi, mais pas une fatalité.
Gaël Bouket



Que l'innocence me paraît belle et lointaine. Je parle de l'innocence du petit enfant, vierge encore de toute contamination. Cet enfant aux moyens d'élocution et de mouvements limités qui observe. Il ne demande rien, n'exige rien, incapable d'exprimer une émotion négative.

Il est.

Et c'est remarquable d'ailleurs de constater toute cette attention tournée vers lui. On le sent vulnérable et tellement important. Il est véritablement le cœur, le centre de gravité de sa nouvelle famille.

Je revois cette petite fille de trois ans agrippée aux jupons de sa mère et s'en détacher, parce qu'une inconnue (d'elle seulement) lui proposait un bonbon. Je la revoie innocente croire en la parole de l'adulte sans se poser de question sur ses intentions réelles. Aucun doute ne l'accompagnait et elle se laissait guider par la vérité entendue en l'espérance innocente de la chose promise.

Cet enfant, tout à son innocence observe ce monde qui l'entoure. Bientôt il découvrira ses propres limites, mais également les ruses qui lui permettront de se confronter à la réalité de l'autre pour pouvoir exister. Des choix seront faits pour lui, et il en fera à son tour. Peu à peu au grès des événements et de son éducation, il se construit une personnalité plus ou moins adaptée et équilibrée, laissant la plupart du temps dans son berceau l'innocence qui le caractérisait.

Il me vient à l'esprit et par analogie, le récit d'Adam et Eve. Ils étaient nus tout à leur innocence, unis par un sentiment d'amour qu'aucune pensée ou émotion négative ne pouvait altérer. Ils étaient aussi en dehors d'un temps chronologique, communiquant, peut être pourrions-nous dire aujourd'hui communiant avec notre père commun à tous. Livrés à eux-mêmes, ils exercèrent leur libre arbitre en mangeant du fruit du seul arbre interdit parmi sans doute les milliers d'autres espèces et variétés.

Déchus de cette union sacrée qui leur avait été donnée, ils se confrontèrent alors à leur réalité purement humaine, considérant pour la première fois leur nudité en se couvrant de vêtements.

Privé de cette innocence sacrée qui rendait compatible et harmonieuse cette dualité, celle_ci évolua bientôt en conflits internes puis externes, embrasant l'humanité tout entière dans une folie collective et meurtrière quelle qu'en soit sa forme d'expression.

C'est cette innocence qui se rappelle à moi par son absence, une absence terrible et terriblement douloureuse, comme l'absence d'un membre coupé qui se rappelle à vous et vous rappelle aussi votre intégrité perdue.

Elle m'apparaît la plupart du temps inaccessible, je me sens inéluctablement rattrapé par ma condition humaine, contaminé par des pensées et des émotions qui ne méritent pas qu'on s'y attarde, je me sens à l'étroit dans cette condition qui fait de moi apparemment un homme.

Mais justement, quelle sorte d'homme ?

J'ai faim et soif, seul dans cette enveloppe charnelle. Cependant, le lien n'est pas rompu, je ne le veux pas, je ne veux pas être seul, vivre cette solitude. Je veux redevenir un petit enfant, je veux goûter à nouveau à cette innocence et enfin retrouver un père aimant jusque dans son silence qui accueille.

Je crois en l'innocence éternelle, celle d'aimer, voici ma foi, mon espérance et mon combat.

Écrit à Lagny Sur Marne, le mardi 16 juillet 2008
Philippe Delagneau



« Un sourire déplace une étoile. »
Bouddha

J'ai souvent pensé que nous étions porteurs d'une étincelle que nous pourrions appeler, pourquoi pas, une « Etoile » ? Mais l'intensité de lumière qui nous est attribuée varie-t-elle de l'un à l'autre des humains, ou est-elle identique pour tous… ? Ce qui est sûr, c'est que certains l'attisent et la rende plus lumineuse et que d'autres la laissent s'étioler et s'étiolent eux-mêmes.

Que représente-t-elle pour nous cette étoile ? La chance à laquelle il faut s'accrocher si nous la rencontrons un jour sur notre route, comme le chantait G. Bécaud il n'y a pas si longtemps ? S'il est possible de la rencontrer, c'est donc qu'elle existe aussi à l'extérieur de nous mêmes. Etoile intérieure, étoile extérieure, l'une doit sans doute rejoindre l'autre de façon mystérieuse pour les faire coïncider et signer ainsi notre propre réalisation. Oui, mais quel pont emprunter ?

Nous savons que les étoiles indiquent un chemin, une voie, et que suivre leurs constellations est l'aboutissement d'un choix correspondant à nos tendances profondes. Ne sont-elles pas là, pour percer l'obscurité ? Tel un pèlerinage laissons nous guider, enseigner et mettons-nous en route si nous voulons nous enrichir et évoluer suivant la voie qui est la nôtre et que nous aurons su choisir. Par exemple se mettre en route pour un pèlerinage psychologique lorsque le besoin de plus de vérité se fait sentir en nous-mêmes et aller frapper à la porte d'un praticien pour recevoir son éclairage, n'est ce pas une mise en mouvement nous indiquant la direction de notre étoile ? Autre démarche, celle d'une recherche d'une harmonie intérieure qui nous pousse à étudier ou cultiver un art éveilleur de beauté, nécessaire pour un mieux vivre ; ou bien encore aller découvrir une spiritualité en suivant certaines étoiles de la voie lactée, et partir pour nourrir sa foi ; pour d'autres, comme les chercheurs, ce sera l'étude des secrets de la nature et de la vie, quel beau pèlerinage de toute une existence !

Notre étoile nous offre mille et une aventures si nous voulons la suivre, parce que, telle un phare, elle jettera toujours sa clarté sur la nuit de notre inconscient. Si elle est, de par sa nature, source de lumière, elle est aussi source de joie. On ne revient jamais tout à fait identique à soi-même lorsque l'étoile du dedans rencontre celle du dehors ; d'autres aurores transformatrices auront été découvertes dans ce parcours qui actualisera une part importante de nous-mêmes.

Une étoile, parmi tant d'autres, m'a toujours interpellée, c'est celle des compagnons, constructeurs de cathédrales qui est aussi celle des artistes. Le pentagone étoilé, ou étoile à cinq branches dans laquelle Léonard de Vinci a inséré l'homme, est la représentation parfaite de l'étoile de mer. Cinq, dans la tradition est le nombre de l'homme. Etoile qui se génère par elle-même à l'infini, elle est porteuse de la section dorée, appelée encore divine proportion, ou nombre d'or (1,618). On le retrouve partout dans la nature, ce nombre d'or, dans les feuilles, les fleurs, les fruits, les insectes, les coquillages, etc. Le plan des cathédrales et leur architecture sont fondés sur ce nombre. Toute œuvre belle et équilibrée est construite sur cette proportion dont le mystère est venu jusqu'à nous. Cinq siècles avant notre ère, le pentagone était déjà le signe de reconnaissance des pythagoriciens ; ils avaient, en effet, fondé une confrérie instituant le secret mathématique par excellence. Mais aujourd'hui notre étoile est moins mystérieuse, accueillons-la dans notre nuit et suivons son chemin qui est sûr lorsqu'il est fait de lumière d'amour et de vérité.

« Ce mystère » qui est à la portée de notre main, répond aussi à la tradition biblique : si nous prenons une pomme (encore elle !) et la coupons dans le sens transversal nous y trouvons en son centre une parfaite « étoile flamboyante » comme l'appellent certains initiés maçons. L'image antique du péché originel serait-elle porteuse en son centre du symbole de la rédemption des hommes en leur premier matin ? Ainsi, ils n'auraient pas été abandonnés dans ce jardin d'Eden d'où ils ont été chassés. Mais à la condition qu'ils veuillent descendre en eux-mêmes pour y découvrir leur propre centre, leur propre mystère ? Pourquoi pas ?

Jeanine Ercole



Mais si l'homme était exclusivement construit selon le septénaire dont nous avons parlé, il y aurait très peu d'espoir pour lui d'assurer son équilibre et son développement harmonieux. En effet, la seule possibilité qui s'offrirait à lui serait l'asservissement volontaire et définitif de la totalité de ses centres à l'un d'entre eux : c'est la méthode qu'utilise d'ailleurs l'éducation quand elle se propose de créer une « personnalité stable ».

Selon le centre choisi comme dominant, on aboutit de la sorte à fabriquer des « sportifs » à cervelle d'oiseau, des professionnels de l'altruisme, généreux, mais stupides, ou des intellectuels desséchés. Dans tous les cas, il s'agit d'êtres difformes, mutilés par le carcan dans lequel on a voulu mouler leur personne. Ce n'est pas ainsi qu'on peut assurer le développement harmonieux de l'homme, et encore moins lui laisser une chance d'évolution ultérieure.

Heureusement, nous y avons déjà fait allusion, l'homme est construit aussi selon un second schéma, qui se superpose au premier et se combine avec lui : il se divise fondamentalement en deux éléments bien distincts : l'essence et la personnalité. La personnalité, c'est le bagage de l'homme, tout ce qu'il a appris par l'expérience et par l'instruction. L'essence, c'est ce qu'il apporte avec lui en naissant et c'est tout autre chose.

On va sans doute penser que la distinction que nous exposons correspond à celle faite (avec raison) par les psychologues entre « l'inné » et « l'acquis ». Ce n'est pas exact : « l'inné » pour la psychologie moderne, c'est la morphologie du corps physique, ainsi que le bagage héréditaire logé dans les gênes, lequel correspond aussi bien à des aptitudes physiques qu'à un savoir ancestral, sous la forme d'images, commun à la lignée (les archétypes jungiens.) ; « l'acquis », par opposition à la notion précédente, c'est tout ce qui s'apprend au cours de la vie physique : c'est le stock d'informations et le savoir-faire mémorisés.

Ces deux notions se cumulent pour constituer ce que nous appelons « la personnalité ».

« L'essence », elle, est toute autre : ce n'est pas une somme d'aptitudes, ni un bagage culturel, c'est, à strictement parler et au sens le plus fort, une personne.

Nous essayerons d'expliquer la différence entre ces deux éléments fondamentaux de tout être humain :

Le petit enfant, au temps d'un long apprentissage, sait marcher, puis sait parler. Plus tard, grâce à l'instruction et à l'imitation des adultes, il prend peu à peu possession de ce qu'il croit être lui-même : il sait, il agit, il fait. Plus tard encore, devenu adulte, si on lui pose la question : « Qui êtes-vous ? » il aura tout naturellement tendance à répondre « je suis jardinier » ou « je suis décorateur » ou « j'appartiens à telle ou telle famille » (ou groupe social).

Pour un tel homme, c'est-à-dire pour l'immense majorité d'entre nous, « je suis » s'exprime par « je suis ce que je fais, ce que je sens, ce que je possède (ou ce qui me possède) ».

Or la réponse toute naturelle à la question : « Qui êtes-vous ? », la seule vraie aurait dû être : « Je suis moi ». Mais l'homme qui ne se connaît pas lui-même ne peut pas s'exprimer ainsi : il se confond avec son bagage.

Il en résulte que si, par la suite de quelque catastrophique accident de santé, un homme est frappé d'idiotie incurable, on dira de lui : « c'est un pauvre corps privé d'intelligence, il est réduit à l'état d'animal ». Chacun admet donc à son insu la définition d'Aristote et de Descartes : « l'homme est un animal raisonnable » et si, par la suite de quelque accident il se trouve privé de raison, il ne reste plus en lui qu'un animal.

Ce raisonnement est radicalement faux, car il ignore l'existence de l'essence, le second élément fondamental de l'être humain. Et c'est parce que l'homme, tout homme, possède une « essence » qu'il est une personne, au moins en puissance.

Il ne s'agit pas là d'une information sans preuve. Pour s'en convaincre, il suffit de contempler le regard d'un petit enfant de quelques mois dont les yeux se sont habitués à la lumière : qui n'a pas été stupéfait par ce calme étrange, cette « présence », cette incroyable profondeur d'un regard de bébé ? D'où provient-elle et qu'exprime-t-elle ? Il est important de se poser la question. « Les yeux sont la fenêtre de l'âme » a dit le poète. Quelle « âme », de quoi s'agit-il ? Puis peu à peu, au cours des mois et des années, le regard se voile, il devient la plupart du temps brumeux. L'enfant est pris par ses rêves, ses souvenirs, ses désirs, ses associations, tous phénomènes purement mécaniques avec lesquels sa personnalité précisément s'identifie et se construit.

Mais il a été autre chose. Et il le demeure encore, à son insu. C'est une constatation bouleversante que de rencontrer chez tel ou tel maître spirituel, chez un homme réellement évolué et unifié intérieurement, le même regard que celui du petit enfant, intense sans violence, transparent, le regard de celui qui accueille tout ce qu'il voit et qui intérieurement « sait ». Dans les deux cas, il s'agit du regard de l'essence, spontané chez l'enfant, retrouvé à la suite d'efforts héroïques par l'homme qui est parvenu à l'unification de lui-même. Entre temps l'essence, elle, a vécu de sa vie propre à l'intérieur de l'homme, mais sans moyen d'expression.

Qu'est-ce donc que l'essence, si nous essayons d'en donner une approche intellectuelle ?

On peut la comparer au second élément du ternaire de Platon dont nous avons parlé précédemment ou aussi au « double » de l'ancienne religion égyptienne. C'est ce que l'homme, l'individu-homme, apporte réellement en naissant, dès sa conception, indépendamment du corps dans lequel il va prendre forme et des influences somatiques, psychologiques ou sociales qu'il va recevoir à travers ce corps.

Et, comme le souligne également Platon (rejoignant en cela une sagesse immémoriale), elle est à la fois personnelle et universelle, propre à un individu déterminé et pour partie commune aux autres : elle est temporelle et cependant transhumaine, car sa durée est indépendante de la vie du corps physique. Et celui qui nous aura suivi jusqu'ici ne s'en étonnera pas sa vie propre est en rapport avec le fonctionnement des centres supérieurs de l'homme.

Mais, de même que ces derniers centres sont, la plupart du temps, ignorés de l'homme qui les porte en lui, l'essence demeure également occultée chez la plupart des hommes qui n'en soupçonne même pas l'existence. Elle demeure à l'état « d'implant », cachée dans les profondeurs de l'être.

Tel est le drame majeur de l'existence humaine, sa destinée tragique.

L'essence de l'homme est connaissance : elle sait ce qu'elle veut, elle sait pourquoi un homme existe et ce qu'il est venu réellement faire en habitant un corps. Mais en vertu d'une loi inexorable sur laquelle nous n'avons pas à nous étendre et qu'il appartient à chacun de découvrir, elle ne peut pas s'exprimer elle-même et a besoin de la personnalité (corps physique compris) pour s'exprimer et pour agir. C'est ainsi et nous n'y pouvons rien.

Mais celui qui a admis cela, et qui l'a réellement compris, a déjà accompli un pas décisif dans la connaissance de lui-même et s'est par là même déjà engagé sur le chemin de la libération intérieure.

Répétons-le, car cette notion est fondamentale : l'essence d'un homme est en permanence occultée et écrasée par sa personnalité qui, elle, « fait », « agit », mais se trouve à son tour le jouet des événements et est soumise constamment à la « loi de l'accident », de l'événement auquel elle doit réagir.

Et tout le malheur de l'homme provient, nous l'avons précédemment signalé, de ce qu'en agissant ou plutôt en réagissant, il s'identifie à ses propres actions ou à ses propres désirs. L'homme ne sait pas ce qu'il est : il croit qu'il est ce qu'il fait. S'il veut se comprendre lui-même, il doit découvrir sa propre essence, car elle est bien à lui et elle est lui-même.

Georges de Maleville



L'innocence est quelque chose de bien plat pour celui qui n'en aperçoit que la surface. Tel un iceberg, elle se creuse, se construit, s'achemine et s'enracine au sein de l'homme chercheur. C'est un grand mystère de l'humanité : quelle est cette partie en moi qui appelle à l'apaisement, qui demande à être émergée des eaux ? L'innocence a, dans certains cas, tendance à s'exprimer, à manifester toute sa sagesse naturelle comme actualisée par le regard tendre d'un enfant.

Il m'a déjà été donné d'avoir à me confronter à un rêve si important que je me demande s'il existe un archétype de l'innocence. Ce rêve m'a laissé une empreinte très forte. Il y aurait pu y avoir une tempête que ce rêve m'aurait tout de même marqué. La présentation de ce rêve est la suivante : j'observe le dernier repas du Christ avant son calvaire. De la nourriture était posée sur une table nappée de blanc et autour siégeaient le Christ, habillé de blanc, et ses disciples. La puissance de l'interprétation laissa s'exprimer, durant un cours instant, mon innocence, mais non naïve. Peut-être étais-je humble et impartial.

L'innocence est un partage, celle de l'humilité retrouvée au prix d'efforts et de confrontations volontairement acceptés pour aller voir ce qui se cache derrière mon apparence. Comme beaucoup de vérités, l'innocence peut s'acheter, seulement le chemin est long pour arriver jusqu'au marché. Nous ne sommes même pas sûrs d'y arriver. Je peux payer mon innocence, quel est le prix ? Rien ne se perd, tout se transforme. Nous sommes beaucoup plus riches que ce que nous pensons. Qu'avons-nous intérieurement ?

Je suis un enfant derrière mes caprices. Cependant, je ne peux pas toujours faire état de mon innocence. Elle semble devoir être protégée comme un jardin secret qui rayonne au sein de la personnalité. C'est un devoir que de protéger mon innocence. Je ne peux la laisser s'entacher de parasites. Je me pose la question si l'innocence est, elle aussi, soumise à la dualité ? A-t-elle aussi nécessairement besoin de son opposé pour pouvoir exister, créer une tension énergétique, base de l'existence et du dynamisme ?

Je pense à la naïveté. A-t-elle aussi dans sa nature, une partie positive qui lui demande d'exister. Dans une autre échelle la naïveté est-elle l'opposé de l'innocence ou une forme parasitée d'innocence ?

Je ne dois pas être coupable pour être prêt à accepter la naïveté…

Je m'arrête là. Ce que j'ai écrit il y a un mois, n'est plus d'actualité. J'ai écrit les lignes ci-dessus dans un autre endroit, dans un autre contexte et dans d'autres dispositions humaines. Je ne ressens plus le thème de la même manière. J'ai perdu le ressenti qui m'avait poussé à laisser aller le cours du propos. J'écris toujours en une fois, rarement je relis ce que j'ai pu écrire avant. Si je relis c'est pour ressentir ce que j'avais déjà exprimé et par delà ressentir la satisfaction de la parole transmise. Je me demande parfois pourquoi je me complais tant dans l'écriture d'un article. Je pense que c'est, parce que une fois, celle où j'ai laissé exprimer mon âme, mon cœur, la vérité avait jailli de ma parole. Cette parole m'a amené beaucoup de complication interne, elle m'a mis devant l'acte accompli, devant moi-même. Depuis lors je me méfis comme apeuré par ce qu'il peut surgir de l'intérieur. Et pourtant je sens que les mots peuvent être tranchants, mais je me dois de les dire.

Je me sens de plus en plus exister, vivre, seul et accompagné. Dans l'infortune des découvertes existentielles, je me demande si je ne suis pas moi-même soumis aux lois de l'accident. Est-ce que l'accident ne dérive pas lui aussi, du fonctionnement de la loi. J'aime sentir le monde qui m'entoure, sentir cette vibration qui petit à petit, se laisse approcher, se construit et se présente dans des moments que je ne soupçonnerai pas. Le regard sur le monde s'aiguise et sur moi-même s'approfondit. Ce que je trouve de plus en plus véritable, c'est de constater l'évidence, que Paulo Coelho avait écrit : La connaissance ne se trouve pas dans les livres. Je pourrai apprendre tous les livres par cœur que je ne goûterai jamais à la certitude. Parfois je goûte à moi-même (comme dit Philippe). Je m'arrête, ressens, contemple puis repars soumis à la dynamique et conscient que je ne peux pas rester indéfiniment dans cet état de béatitude où manifestement je ne servirai à rien et où ni mon moi, ni ma conscience n'évolueraient. L'innocence, pour moi aujourd'hui c'est de parvenir à contempler la vérité et de surtout tout mettre en œuvre pour l'accueillir. Je n'ai pas vécu beaucoup, mais je sais qu'ici bas, ce n'est pas un paradis. Les chocs sont tellement sérieux qu'il faut se battre pour devenir. Oui la vie est une lutte. Et ça papa, tu ne me l'avais pas dis.

Maman non plus d'ailleurs, bien dans ton cocon, je ne pensais pas que j'aurais eu à feindre l'agressivité, créer des défenses comme je pouvais et apprendre à me nourrir. Nous restons animal quelque part, trace de notre philo-ontogénèse reproduite constamment en chaque être humain. Trace de Dieu sûrement, lui qui se construit par l'Homme. L'innocence doit être protégée. Construire sa personnalité conformément à son inconscient.

Aurélien Recher



Avez-vous remarqué la répugnance des anciens déportés dans les camps de la mort nazis à parler de leurs souffrances et de leur expérience ? Il est vrai qu'en parler est vain, car ceux qui n'ont pas connu ces horreurs sont incapables de les imaginer et ont peur de regarder en face cette révélation. Mais il y a une autre raison. Est-ce de la pudeur ? J'ai entendu l'un d'eux dire qu'il ne pouvait pas en parler, car il se sentait coupable et peu fier de cette expérience.

– Coupable vous, la victime ? Comment est-ce possible ?

– Je suis coupable d'avoir survécu !

– Où est la culpabilité, là-dedans ?

– Pourquoi moi et pas les autres ? Qu'est-ce que j'ai de plus qu'eux ? J'ai honte d'avoir survécu !

Dans un autre ordre d'idée, je rencontre souvent en prison des hommes qui ont eu une enfance effroyable avec fréquemment une grande réticence à en parler. Quelque chose comme :

– Si j'ai été maltraité, c'était à titre de punition, parce que j'avais fait des bêtises. Si j'ai été maltraité, c'est parce que j'étais coupable. De quoi ? Je ne sais pas, mais j'étais coupable et je le suis donc encore.

En prison, j'ai visité longtemps un détenu condamné à une très lourde peine qui a pu, un jour, obtenir une suspension de sa peine pour raison médicale. Il a tenu un mois dehors, sous surveillance légère. Sans jamais retomber dans ses errements passés, il a néanmoins eu un comportement qui a fait douter sérieusement de son aptitude à vivre en liberté. On l'a renvoyé en prison pour de très longues années. J'ai toujours pensé que son inconscient voulait y revenir et qu'il avait tout fait pour qu'il en soit ainsi. Peur de l'espace et du vide certainement, mais aussi (Lui aussi avait été abandonné, torturé et violé dans son enfance) reconnaissance inconsciente de sa propre culpabilité. Pour un coupable, une seule place : la prison !

Il est étonnant de constater à quel point la frontière entre innocence et culpabilité est perméable et ténue.

On me demande souvent pourquoi je suis visiteur de prison. Cela me met toujours dans la gêne et je m'en tire généralement par une pirouette :

– Je me suis lancé dans la visite des prisons, parce que j'étais un Saint, appelé par le Seigneur… Je ne suis plus un saint et je continue par habitude…

En réalité, voici ce qu'aurait dû être ma réponse :

– Je vais en prison, parce que je suis coupable !

– Coupable, mais de quoi ?

– Coupable d'avoir de la chance !

– Peut-on être coupable d'avoir de la chance ? Merci pour ce que l'on reçoit. Si les autres ont reçu moins que vous, vous n'y êtes pour rien !

– Je suis en bonne santé !

– Et alors !

– J'ai assez d'argent pour mener une vie confortable !

– Vous ne l'avez pas volé !

– J'ai une femme que j'aime et qui m'aime et des enfants qui réussissent dans la vie ?

– Tant mieux ! Ne soyez pas masochiste !

– J'ai fait des études sans problème et j'ai eu une carrière très satisfaisante.

– Etes-vous le grand manitou responsable de l'inégalité des dons ?

– Tous ces gens que je rencontre en prison, y sont souvent, parce qu'ils n'ont pas eu de chance, la chance que j'ai eue !

– Ils ont tout de même fait des erreurs de parcours, vous en conviendrez !

– Bien sûr ! Mais leurs dérives sont souvent provoquées par le manque de chance.

– C'est leur affaire, pas la vôtre !

– J'aimerais en être sûr !

– Vous vous preniez pour un saint… c'est vrai, ça ?

– Presque ! Entre temps, j'ai vécu, de l'eau a coulé sous les ponts noyant beaucoup de mes illusions et, ce qui n'est pas négligeable, j'ai fait une analyse. Mes motivations sont maintenant bien différentes. Mais j'ai toujours, au fond de moi, ce sentiment de culpabilité en côtoyant toutes le misères que l'on peut rencontrer en prison ou dans les hôpitaux ou parmi les victimes de tsunamis, guerres, terrorismes, tremblements de terre ou autres catastrophes. Pourquoi suis-je épargné dans tous ces drames ? Qu'ai-je de plus que les autres ? Il me reste un sentiment de dette envers la société, envers mes proches.

Dette, cela veut dire culpabilité, non ? Dette, parce que je ne suis pas innocent dans mon confort. Dette que j'ai l'impression de racheter un peu par mon action auprès de ceux qui souffrent.

Le péché originel, ne serait-il pas quelque chose de ce genre ?

Paul Ruty



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SOS Psychologue



Lorsque je pense à l'innocence aussitôt je vois un lys, un arum ; ces fleurs évoquent en moi la pureté, la beauté et la fraîcheur.

Il en va de même pour l'homme, pour cela nous devons nous-mêmes préparer la voie au Seigneur dans notre cœur et le cœur de l'homme est grand si toutefois il est pur.

Pour mériter la grâce il faut tout d'abord sortir de son passé, de son ancienne vie et retrouver l'innocence et la pureté du baptême.

Nous devons redresser le chemin de notre vie par la perfection de nos œuvres afin que la parole de Dieu puisse pénétrer en nous sans obstacle. En effet ce chemin où nous devons apprendre à vivre avec la vie est véritablement le moins fréquenté.

Je cite ici une prière : gardez-moi un cœur d'enfant

Sainte Marie, Mère de Dieu,
Gardez-moi un cœur d'enfant,
Pur et transparent comme une source.

Donnez-moi un coeur simple
Qui ne savoure pas les tristesses,
Un cœur compatissant,
Un cœur fidèle et généreux,
Un cœur qui n'oublie aucun bien
Et ne tient rancune d'aucun mal.

Donnez-moi un cœur doux et humble,
Aimant sans demander de retour,
Un cœur qu'aucune ingratitude ne ferme,
Qu'aucune indifférence ne lasse,
Un cœur pour rendre grâce à Jésus-Christ,
Un cœur blessé de son amour
Et dont la souffrance ne s'apaisera qu'au ciel.

Et oui retrouver son cœur d'enfant, toute cette pureté, toute cette fraîcheur qui émane d'un petit être, c'est un long chemin à parcourir, c'est vouloir être, c'est faire confiance, c'est quitter ses habitudes, ses mœurs, c'est se dépouiller pour laisser place à la pureté, à la part divine en nous.

Où suis-je sur ce chemin ? Il n'est pas aisé de parler de quelque chose que l'on ne connaît pas. Je me sens loin de toute cette pureté et je sais que la route n'est pas simple. Je suis souillée par tant de négativité liée bien sûr à mon passé, ce passé qui sans cesse me rattrape, à qui je dois faire face et là je vois tout l'amour de Dieu qui s'exprime, toutes ses possibilités qui nous sont offertes, sans jugement, sans obligation, que nous pouvons saisir ou pas en toute liberté.

Notre condition humaine est le résultat de la fausseté et de la corruption des hommes et notre devoir est de travailler pour revenir à notre état de nouveau né.

Se dépouiller pour se remplir de Dieu, c'est le plus merveilleux chemin que l'on puisse prendre.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 15 Juillet 2008
Claudine Thomas