NUMÉRO 155 REVUE BIMESTRIELLE juin-juillet 2014

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Le risque El riesgo
 
Bernard, Hervé Le risque
 
Bekassy, Madeleine Le risque
 
Delagneau, Philippe Le risque
 
Giosa, Alejandro El riesgo
 
Kapela, Laurent Le risque
 
Manrique, Carla Enamorarse sin correr el riesgo de perder la cabeza
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de juin 2014
 
Stella, Silvia El riesgo
  La oración
 
Thomas, Claudine Le risque


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Le risque

C'est une émotion ancestrale, primitive, animale qui tient une place importante dans la vie.

Il s'agit de la peur qui mobilise toutes les forces devant un danger connu. Il sert la gorge de l'homme lorsqu'il pense à la souffrance physique ou morale dont rien ne le préserve.

Si l'on veut étudier le mécanisme des émotions qui ébranlent l'âme et la chair, c'est dans la peur qu'on l'observe avec le meilleur grossissement : la gorge durcit, le cœur se ferme, le sang déserte les joues.

Le risque apparaît, le plus souvent, comme le droit de faire ce qui plaît, de suivre son caprice, d'agir à sa fantaisie. Vue ainsi, elle semble le bien le plus désirable…

Mais le problème n'est peut-être pas aussi simple…

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Véritablement le risque est présent dans toutes les situations ; il est inévitable. Nous ne pouvons pas garantir la réussite d'un acte, même si nous avons pris beaucoup de précautions pour accepter d'agir, dans un sens ou dans l'autre.

Je ne sais pas pourquoi j'aurais peur de voir mes forces se mobiliser pour demander une caresse, comme si ce geste pouvait cacher un danger connu ou inconnu. Oui, ma gorge se sert, et ma souffrance psychique se mobilise quand je pense à l'échec dans une relation d'amour.

Le contraire du risque, c'est se retirer simplement vers soi-même avec une précaution qui touche les mécanismes de défense les plus primitifs.

Tout devient dangereux quand les souffrances de notre vie et nos risques dans la vie ont été liés à des histoires d'amour ou à des histoires de catastrophes dont nous avons été participants.

Je n'ai jamais osé demander dans ma vie une caresse à ma mère, à mon grand-père et à mon père. Non ! J'ai traversé le désert sans ne rien demander. Et le risque s'avançait à mon pas, se mettait devant, exigeait de moi une approche volontaire, une demande humaine, étrique de contact avec l'autre. Qu'est-ce que cela a pu donner ? En principe un exil, un changement de pays. On ne risque pas, je m'en rends compte aujourd'hui, l'oubli. Nous pouvons pardonner des situations, des personnes, des histoires, mais l'oubli n'existe pas. Et le risque, c'est d'être dévoré par le manque, par la souffrance, de ne pas avoir fait le pas pour se libérer de la peur essentielle. Demander une caresse ! Peut-être est-ce cela, qui m'a coûté le plus ?

Ce risque doit être questionné.

Il faut peut-être plus de confiance envers l'autre pour se laisser caresser que pour faire l'amour. Dans la caresse, on offre son être entièrement nu et éclairé par l'affect.

Peut-être faut-il vaincre la pudeur ? Non, il s'agit de courage !

Le danger dans cette demande est le risque de la négation autant que celui de l'acceptation, car je pourrais me rendre esclave et devenir soumise à l'autre, ou sauvage et enfermée.

***

Le 17 mai 1978 je suis venue vivre en France. J'étais trop jeune pour penser aux risques. En plus, je croyais avoir de bonnes raisons pour partir et ne plus revenir dans mon pays.

À cette époque, le mot « risque » ne me disait rien. Je n'étais même pas capable de le décliner, de lui donner sens, de me faire peur.

***

Aujourd'hui je comprends que mon courage était démesuré. Je ne pouvais pas imaginer perdre des êtres aimés ! Non, je pense que croire à l'immortalité, c'était ma tentation. Je voulais recréer le monde à partir de ma propre réussite.

Je n'avais pas connu l'échec, mes enfants étaient magnifiques, leurs chemins clairement envisagés. Je voulais construire un monde idéal, ailleurs… S'établir, s'intégrer à une nouvelle culture… Il n'y avait pas de risques dans le programme.

Mon père étant parti, je devenais le chef de famille.

Très vite j'ai repris l'exercice de ma profession et le risque matériel n'était plus possible sauf accident.

Il s'agissait d'une vision apaisante, mais d'une puissante brutalité non travaillée par la conscience.

Le risque de perdre les êtres aimés s'était manifesté à partir des années 90 quand avec l'effrayante constatation que mon fils aîné était décédé. Le deuil m'a fait voir l'attachement et la perte, mais sans l'exprimer par des mots, mais par le silence. De toute manière, son départ a ouvert la porte pour un travail psychique de préparation à ma propre disparition.

Moi comme tout le monde j'étais tenté de tuer la mort par le silence. Je ne disais pas qu'il était parti. Dans notre inconscient nous sommes convaincus de notre immortalité. Ce fantasme narcissique d'omnipotence est indéracinable, mais il est aussi une des sources profondes des forces dynamiques du développement.

L'observation m'a fait remarquer que la réflexion sur l'humain conduit à s'interroger sur le divin.

Le risque de sa mort était inimaginable pour moi et en plus anachronique et blessant pour mon narcissisme parental.

Le risque était maintenant manifeste : le risque d'un deuil infaisable et d'un questionnement sur ma culpabilité inconsciente. Mais toute perte doit être reconnue et peu à peu acceptée et je fais ce que je peux.

Par ailleurs le risque d'un éloignement de mes enfants a été et est inimaginable.

L'absence marque la présence, comme disait Lacan. Le risque de la durée de cette absence était aussi inimaginable.

Les risques de séparation pour toujours est même vécu aujourd'hui comme de l'absurdité.

***

Le thème fondamental de ma vie c'est la famille.

Mais chacun a son histoire.

Et cela devrait être un thème fondamental à traiter pour toutes les mères qui ont fait de leur mieux pour donner sens et un chemin de vie à leurs enfants.

Une analyse de conscience objective montre qu'il est rarissime de trouver et travailler avec des mères qui ont abandonné leurs enfants.

Derrière une séparation inévitable des conjoints, j'ai pu constater que la séparation avec les enfants faisait partie des divorces catastrophiques. Les femmes qui échappent à la tentation d'obéir pour continuer à vivre sans réfléchir et dans un silence complice avec leur tortionnaire, finissent par être victimes de sa propre destruction accidentelle ou même parfois d'un suicide.

Les mères n'abandonnent pas leurs enfants, mais elles se privent d'eux pour les récupérer autrement après avoir vécu un enfer avec un conjoint sadique. Cette attitude peut entraîner des remaniements qui pourront se révéler être des facteurs de croissance.

***

En écrivant sur le risque, j'ai parlé avec ma belle-fille, Nancy : nous partageons nos expériences de vie avec sincérité. Il est vrai que toutes mes communications sont très personnelles mais notre devoir à SOS Psychologue n'est pas de faire des exposés magistraux, mais de communiquer honnêtement nos expériences personnelles. Nous n'essayons pas non plus de faire de la vulgarisation, mais de partager à partir de nos vécus.

En quoi consiste le risque de se dévoiler ?

Enfin, perdre l'image que nous nous sommes forgé par notre vie, qu'elle soit bonne ou mauvaise.

Le risque pour moi c'est de mourir sans avoir transmis mes découvertes. Un petit pas en avant peut être utile pour quelqu'un qui est en train de se questionner aujourd'hui sur des problématiques que nous avons déjà traité dans notre lettre de SOS Psychologue. Nous pouvons aider à travers nos réponses partielles à avancer.

Nous sommes venus sur terre pour servir, chacun à partir de son degré de conscience.

Pour témoigner il faut être un modèle. Faisons de notre mieux en acceptant le risque que nous pouvons ne pas avoir la qualité pour communiquer à la perfection. J'apporte ma contribution et j'espère ainsi vous être utile.

Fait à Paris le 11 août et le ciel est bleu,
mais le risque d'orages est présent.
Cette année le temps nous ressemble, instable et capricieux.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Quelle est la valeur du risque, à une époque où le principe de précaution est élevé au rang de valeur fondamentale, d'un nouveau champ d'application pour la jurisprudence, voire de nouvelle religion face aux intrépides, innovateurs et hommes courageux de tout poil et de toute obédience ? La question est devenue toute légitime avec l'avènement d'une nouvelle période de notre culture, ou même peut-être d'une nouvelle ère pour notre civilisation, où deux logiques, complètement antinomiques, s'affrontent : le principe de précaution et le goût du risque.

Le principe de précaution vise à prendre le plus de mesures possible pour garantir à tous l'absence de danger, ou plutôt plus précisément pour réduire la probabilité d'un accident à un niveau quasiment impossible. Le principe de précaution tranche, décide, quand il y a doute, de s'orienter vers l'adoption des mesures idoines qui préviennent presque totalement le risque en question. Le principe de précaution n'est pas une loi, mais un principe réglementaire qui doit s'appliquer à tous les domaines de notre vie qui, par essence, ne cherche pas à connaître les limites habituelles du financièrement soutenable : l'analyse du couple poids financier/gain en sécurité, dans la mesure où toute sécurité doit avoir un coût acceptable, lui est bien étranger. On appliquera les mesures qui conviennent au nom du principe de précaution, on verra le coût plus tard.

À l'opposé le risque, avec ses corollaires comme l'esprit d'entreprendre, l'audace, a toujours été le moteur du progrès, dans tous les domaines, et plus généralement le moteur du développement de toutes les cultures, toutes les civilisations, avec ses champions, souvent des hommes et des femmes qui se sont sacrifié au profit de la communauté, pour le bien de ses congénères, sans souvent se poser la question morale ou métaphysique du bien-fondé de ce choix de vie et des risques associés.

Quel est le lien de cet équilibre entre le principe de précaution et le risque, avec la psychologie ?

Le risque s'applique aussi à notre vie psychique, mais les dangers sous-jacents sont d'une toute autre nature. Il n'est pas question de risquer sa vie physique, sa liberté (en enfreignant des lois) ou encore sa vie professionnelle (en bravant l'autorité hiérarchique). Le risque porte sur la santé psychique sous toutes ses formes, une dégradation de son équilibre psychologique, le risque de subir un choc psychologique, un trauma psychique avec sa kyrielle d'effets secondaires désagréables plus ou moins chroniques.

Toutefois la conduite à tenir vis-à-vis du risque psychologique reste inchangée et s'appuie sur une double connaissance :

  • De soi-même, notamment ses limites, sa manière de réagir à un danger, à une situation personnelle dégradée, sa capacité à élaborer des plans B pour réagir positivement dans l'instant et aussi pour survivre, dans la durée et pendant le temps de se reconstruire ;
  • Des risques encourus, sur la base d'une analyse aussi poussée que possible des dangers qui peuvent survenir consécutivement aux risques qui vont être pris en connaissance de cause, en prenant bien compte les différents scénarios possibles liés à soi et à l'environnement, en réduisant la part de hasard.

Un risque psychologique peut être de tenter une aventure de vie et d'aboutir à un échec. Ne vais-je rien tenter pour préserver ma tranquillité habituelle ou vais-je plutôt prendre le risque de me tromper, l'erreur étant universellement humaine ?

Le risque nul n'existe pas, mais un apprentissage, une discipline de vie, des règles de conduite adaptées à sa force et à son profil psychologiques, permettent de le réduire notablement au point de se laisser porter par le désir de tenter des projets qui peuvent paraître, dans un premier temps, insensés, mais porteurs d'espoir et d'une vie meilleure, mais qui peuvent s'avérer après réflexion et acceptation d'un minimum de risque, « jouables ».

La vie n'est-elle pas prise de risque perpétuelle ? Quand nous traversons la rue, quand nous remettons nos vies à d'autres en utilisant des transports en commun, un bus, un train, un avion…

Mieux se connaître soi-même implique autant une réflexion personnelle, la pratique d'essais dans des situations au début moins « risquées » pour apprendre à être plus solide et mieux identifier ses limites, comme pour dessiner son schéma psychologique, à l'instar de son schéma corporel, l'écoute des autres dont l'expérience peut avantageusement nous aider dans notre recherche de maîtrise du risque, que la capacité à capitaliser tous les acquis au quotidien, c'est-à-dire faire la part de ce qui peut nous servir comme une boussole dans la vie, et intégrer cette information sous une forme aisément exploitable, quand nous aurons besoin, qui peut être dans une extrême immédiateté.

Hervé Bernard



Le risque fait appel à l'inconnu.
Je me lance dans quelque chose dont je ne connais pas le résultat.
Le risque exclut mon contrôle.
Ne pas contrôler fait peur.
Peur de ne pas savoir.
Ne pas savoir où cela m'emmène.
Peur de la situation que je vais affronter.
Peur de ne pas arriver.

Pourquoi ai-je pris ce chemin du risque ?
Pour arriver à un but ?
Est-ce pour m'enrichir ?
Pour m'enrichir financièrement ?
Ou pour être bien vue, plus aimée ?
Ou quoi d'autre ?

Il y une force en moi qui me pousse à franchir ce chemin du risque.
Quelle force en moi ?
Où est la source de cette force en moi ?
Est-ce mon ego qui en est le moteur ?
Ou est-ce autre chose ?

Des questions, des questions, des doutes, des doutes…

Ai-je la confiance ?
Ai-je le courage ?
Ai-je la conviction ?
Ai-je le support ?
Ai-je l'endurance ?
Tant de questions, tant de doutes !

Tout ceci se passe dans ma tête,
Tout ceci se passe dans mes pensées,
Tout ceci se passe dans mes émotions,
Tout peut donc changer.

En réfléchissant, soudainement mon esprit s'ouvre.
Un autre aspect se montre dans cette ouverture.

Le risque, n'est-il pas ma seule et unique chance ?
Une chance de me connecter à des qualités en moi que je ne connais pas encore ?
Une chance de laisser aller mes doutes ?
Une chance de laisser aller ma souffrance ?

Dire oui au risque ?
Je dis donc oui, j'accepte l'inconnu.

La vie est le plus grand risque,
Je dis donc oui, j'accepte la vie telle quelle est.

Je marche, pas à pas, sur ce chemin de la vie.
Sur ce chemin du risque,
Sur ce chemin de l'inconnu,
Ne sachant rien ce qui va se passer,
Ni dans une minute, ni dans une heure, ni demain.

Je dis merci à moi-même.
À cette ouverture d'esprit que je ressens,
À cette chaleur que je ressens dans mon cœur.

Je dis merci au sens du mot Risque.
Qui m´a rendue consciente,
Consciente des peurs,
Consciente des doutes,
Qui, par la réflexion,
Se transforme en confiance,
Se transforme en joie,
Se transforme en chaleureuse compassion,
Qui m'a fait prendre conscience du chemin sur lequel je me trouve.
Le chemin de la vie !

Je marche maintenant plus consciente sur le chemin inconnu de la vie avec confiance.
Je marche maintenant plus consciente sur le chemin inconnu de la vie avec compassion.
Je marche maintenant plus consciente sur le chemin inconnu de la vie avec joie.

Merci Risque !

Madeleine Bekassy



Si je peux exprimer en une courte phrase une synthèse du rapport qu'il existe entre ce que je comprends de mon histoire et le concept du risque, je dirai « la vie est risque. »

C'est seulement sa propriété, son principe actif qui évolue au cours de la vie selon un type de personnalité et son Être, un principe qui répond à des besoins et des buts précis bien qu'incompris.

J'ai des images et des souvenirs très joyeux d'un comportement enfantin, puis jeune adolescent ou le risque associé aux événements vécus avait le goût de l'exploration, de la découverte, l'exploration de nouvelles sensations, sentiments, de découverte d'un corps avec ses propriétés, ses aptitudes, ses limites, ses réflexes.

Cette prise de risque inconsciente et sans doute inéluctable à la vie, à l'évolution d'un chemin parcouru dans un monde au départ sans ennemi laisse en moi émerger les souvenirs d'un monde joyeux où j'explorais et goûtais à la liberté. Je me souviens aussi avec joie de mes premières tentatives et rencontres amoureuses.

C'était un monde sans souci réel auquel je me confrontais.

Ce qui rend étrange l'observation de cette courbe personnelle du risque, c'est le constat d'avoir abandonné cette ligne directrice à un certain moment de ma vie. Sans doute les contraintes éducatives, sociétales et parentales étaient venues à bout de ma résistance, me rendant endormi dans un monde de moins en moins intéressant et innocent.

Cela m'amène à quelques années au-delà de ma majorité, vers ma vingtième année.

Je ne peux expliquer ce qui s'est réellement passé en moi. Il se peut que du plus profond de mon intimité, de mon Être ait surgi brutalement un inconscient à ma personnalité. Le fait est, qu'à partir de cette rencontre, le choc peut être d'un dégoût de moi-même, amenèrent mes choix à une prise de risque corporelle en accord avec ma personnalité qui auraient pu remettre véritablement en cause mon intégrité physique.

J'aurai pu parfois y laisser ma vie. Quelle belle et bonne étoile m'accompagnait à ces moments là pour moi-même et pour les autres.

À partir de la position que j'occupe aujourd'hui, je comprends que ces prises de risque étaient alimentées par une énergie brute, c'est-à-dire sans le savoir, la connaissance et enfin la compréhension nécessaire à lui donner un sens responsable, une direction véritable et permanente.

Aujourd'hui, je ne suis plus l'enfant qui explore la nature, qui monte dans les arbres et construit les cabanes, mais peut être que j'aimerais devenir un adulte responsable en dehors de toute appréciation mentionnée sur ma fiche d'état civil.

Et je sens que cette responsabilité est elle aussi alimentée à l'origine par la même énergie qui ne demande qu'à être travaillée.

Se pourrait-il qu'elle ouvre la possibilité, l'espace et le temps à un questionnement ou requestionnement à propos des vérités acquises peut être par une éducation bien structurée et normalisante.

C'est sûr, ce ne serait pas un chemin touristique. Mais où est le risque ?

Et si nous avions finalement cette vision touristique de nous-mêmes, une vision confortable apaisante qui convienne à tout le monde.

Et si nous avions traversé un territoire qui est nous-mêmes ou, plus exactement, si un monde d'influences externes nous avait fait traverser notre propre monde, imprimant pour nous dans notre mémoire sa propre vérité.

Voilà à quoi pourraient ressembler nos acquis apportés finalement par une éducation qui nous suggérerait ce que nous sommes ou ce que nous devrions être. Ce que je verrai de moi ne serait alors qu'une surface lisse ou rugueuse, travaillée par des contraintes sociales et environnementales aléatoires répondant elles-mêmes à des buts bien précis mais externes à moi-même.

Qu'y a-t-il de moi, de réel dans tout ceci. Si nous voulions sortir des sentiers biens banalisés de ce que je suis sensé être, de ma représentation complaisante et souhaitée, nous devrions bien comprendre qu'il nous faut d'autres instruments, une nouvelle cartographie, une nouvelle boussole adaptés à une autre et réelle exploration, pas à pas et surtout bien accompagné de personnes expérimentées encore bien vivantes, bien unifiées et harmonisées dans la joie de vivre, de comprendre et de transmettre.

Risquer ses vérités pour le bien de tous, un combat qui, s'il est positivement bien mené nous conduit ne serait-ce que pour un instant à la paix intérieure d'un monde retrouvé où l'on ne pourra plus jamais douter.

Écrit à Bugeat, en Corrèze, le vendredi 18 juillet 2014
Philippe Delagneau



Le risque est une notion difficile à cerner, mais de façon générale, on peut dire que c'est une contingence indésirable, appréhendée, relativement anodine et peu probable.

• Par appréhendé, on entend par là que le risque est connu au préalable. L'exposition au risque résulte donc souvent d'une démarche consciente, appelée prise de risque. En ce sens le risque se distingue par exemple de l'aléa ou de l'incident, qui surviennent en général de façon imprévue ;

• Le risque est généralement anodin, mais tout de même suffisamment nuisible pour être indésirable. En ce sens il se distingue notamment du danger, qui suppose la possibilité d'un dommage grave (notamment la mort). On dira par exemple de quelqu'un qui sort tête nue par temps froid qu'il court le risque d'attraper un rhume, tandis qu'on dira qu'il se met en danger s'il traverse une rue sans regarder ;

• Un risque est une contingence peu probable, ce qui constitue une autre différence par rapport au danger. On parle en effet de danger lorsque la probabilité d'occurrence et les conséquences sont importantes, tandis que le risque existe dès lors que sa probabilité d'occurrence n'est pas nulle. On dira a minima que le risque est faible. L'appréciation de ces différents critères est hautement subjective, ce qui peut justifier que dans les domaines scientifiques et techniques une définition quantifiable et plus rigoureuse du risque a été recherchée.

Le premier risque qui me saute aux yeux est celui de la création du monde par Dieu.

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, et tout ce qu'ils renferment. Il forma le corps d'Adam du limon de la terre et lui donna une âme raisonnable capable de connaître, de vouloir et d'aimer. Dieu donna ensuite Eve pour compagne au premier homme. Adam et Eve, placés dans le paradis terrestre, prirent le risque de désobéir à Dieu en mangeant du fruit défendu. Ils furent chassés du jardin et condamnés à la souffrance, au travail et à la mort. Cependant Dieu n'abandonna point Adam et Eve ; il leur promit la rédemption qui fut l'espoir et le salut du genre humain.

Alors que Moïse faisait l'ascension du mont Sinaï, pour y recevoir les Tables de la Loi, les Hébreux, libérés du joug de Pharaon, pressèrent Aaron de leur construire une idole d'or, en fondant les pendants d'oreille, les bracelets et les colliers en or qu'ils avaient emportés avec eux.

Avec l'or fondu, il prit le risque de construire un veau d'or qu'ils adorèrent à l'imitation du taureau Apis qui était adoré en Égypte. Lorsque Moïse descendit du mont Sinaï, et qu'il vit les Hébreux adorer une idole, contrairement au troisième Commandement, il fut pris d'une si grande colère qu'il brisa les Tables de la Loi sur un rocher.

Dieu s'est mis en colère, car ils ont considéré le veau d'or comme leur dieu.

Il y a trente ans j'ai pris le risque de quitter mon pays laissant derrière moi tous les êtres aimés. Est ce que je savais ce qui m'attendait ? Une chose est sûre, je voulais de ce voyage et pour rien au monde je n'aurais dérogé à ce projet. Les risques encourus ont été multiples. Sans papier en Belgique le temps d'une régularisation, un travail précaire « au noir » à la chambre syndicale de la cinématographie belge. Un froid intenable en hiver et un apprentissage à la culture belge toute nouvelle pour moi.

Je me souviens de Santi-Benedetto cet italien chauffeur de taxi, un ami d'un membre de ma famille qui m'hébergeait à Laaken qui s'est prie en amitié pour moi. Croyant en son amitié il m'a entraîné dans sa communauté : les adventistes du septième jour. La machine d'enrôlement s'est mise en marche. Je rencontrais ainsi toute une communauté de l'Eglise qui s'est mise en quatre pour me faire adhérer à leur assemblée. Un an plus tard j'ai pris la résolution de quitter la Belgique pour venir en France.

Un autre combat m'attendait, c'est celui d'obtenir un statut de réfugié politique. J'ai pris le risque de faire le trajet Paris-Avignon pour rejoindre une tante installée à l'Isle sur Sorgue depuis plus de vingt ans et mariée à un enseignant français rencontré au Congo. Je ne fus pas le bienvenu. Une semaine plus tard je rebroussais chemin vers Paris.

Rufin un compatriote va m'héberger à Bécon-les-Bruyères pendant un mois prenant le risque d'héberger le sans papier que j'étais. Un mois plus tard, grâce à la recommandation que j'avais de mon père et de ses amis belges j'ai pu être accueilli à la communauté de Don Orione (communauté italienne chrétienne). J'ai pu alors obtenir mon statut de réfugié politique.

Plus anodin, un jour d'été ne sachant pas nager je me suis jeté dans la piscine dans le val d'Oise. N'eut été l'intervention immédiate du maître nageur, je me serais retrouvé dans de sales draps. Je n'avais pas conscience que je ne savais pas nager.

Je lave mon linge et ce geste aura pour conséquences de lessiver ma carte orange en cours de validité. Sur le trajet qui m'amène de Domont à Paris, je descends à la gare du nord et suis contrôlé par les agents de la Ratp qui trouvent que ma carte n'est pas valable car le numéro du ticket est effacé et ne correspond pas à la carte support. Ils considéraient ma carte comme volée. M'ayant confisqué cette carte, je me retrouve quelques années plus tard convoqué au tribunal pour vol à la carte orange. Il faut dire que je venais de demander la nationalité française et que cette pièce versée à mon dossier pénalisait l'octroi de ma demande. N'eut été l'intervention d'un avocat qui m'a conseillé d'accepter les faits reprochés, je n'aurais pas eu ma nationalité.

Dans ma vie, j'ai traversé différentes sortes de risques, du coup du sort à l'inattendu en passant par l'absurde. J'ai fais aussi des choix, des risques pris par contingence, mesurés, recherchés et conscients des impacts dans ma vie. Et d'ailleurs, j'assume, peut importe leurs finalités et leurs conséquences.

Plus d'une trentaine d'années en Europe m'ont amené à travailler à temps plein pour gagner ma vie et en parallèle d'une vie familiale en suivant simultanément, autant d'années d'études. Est ce par passion, par ambition, par curiosité intellectuelle ? Jamais je ne le saurai. Toujours est-il que toutes mes aventures universitaires m'ont crée des risques, celui en particulier d'entendre ma fille dire à la question qui lui était posée à l'école : « quel métier veux-tu faire plus tard » elle répondait « examen comme papa ».

Cette réponse signifiait mes nombreuses absences à la maison, mais signifiait la stabilité d'un père en mouvement.

En 2002, je quitte un emploi occupé pendant dix-huit ans après avoir soutenu ma thèse en droit international des droits de l'homme. Un risque et une pure folie aux yeux du monde. Et pourtant c'était un choix mesuré, réfléchi, pour accompagner un projet de développement d'un centre médical dans mon pays d'origine à Kinshasa. Un véritable risque puisque toutes mes indemnités de dix-huit ans de travail reçues lors de mon licenciement furent investies dans ce projet. Comment accompagner un tel projet si loin des réalités endogènes ? Même si j'avais des personnes de confiance, l'angoisse fut grande.

Moi qui n'avais aucune connaissance particulière de la musique j'ai commencé à risquer à aimer les symphonies de Beethoven ou de Mozart, à me sensibiliser à la musique de révolte des noirs américains, le jazz ou de Lucky Dube et le combat des noirs sud-africains. Il chante son enfance, son vécu, l'histoire, l'Afrique du Sud. L'Homme, les problèmes politiques, sociaux, personnels et humains. Il lutte contre les discriminations raciales et ethniques, contre la ségrégation et l'exclusion et en appelle à l'unité entre les hommes.

Je suis plus que persuadé que le risque ou prendre le risque est une forme de spiritualité dans ce sens qu'il amène l'homme à sa véritable identité que celui de vivre ou de survivre. Pour y arriver rien ne se fait sans prise de risque. Certaines conditions nous sont proposées, nous sont dictées pour découvrir certains instruments de l'art du risque. Si certains instruments sont des vertus, d'autres non. L'humilité est un risque dans notre société, car nous vivons dans un monde où tout est force, vigueur où l'égoïsme bat son plein. Pour moi l'humilité c'est l'art même de la Charité, car c'est un cri d'espoir.

L'humilité ne consiste pas à se renier, mais à se connaître en toute vérité. Se risquer à l'humilité c'est s'aider soi-même à s'estimer selon sa juste valeur et à se tenir à la vraie place qui est la sienne. L'humilité ainsi comprise, devient la condition indispensable de la sagesse. Elle n'est donc pas, la vertu des faibles. Elle exige au contraire force et maîtrise de soi.

Parce que je suis moi même étranger sur cette terre, que j'ai fais l'expérience de l'accueil et de l'intégration j'ai pris l'option à mon tour d'accueillir l'autre comme un autre moi même. Je me risque face à l'autre de visage en visage à acquérir l'art de la désappropriation.

Laurent Kapela



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SOS Psychologue



Nous pouvons dire que le risque est pour ainsi dire omniprésent dans notre vie.

À ce sujet, j'ai eu une pensée qui m'est venue et que je souhaite partager avec vous : « Le risque est un appel au rappel de soi. »

Le risque peut être un atout dans notre vie, car il nous conduit à la vigilance, à la prudence et, de ce fait, réclame la présence.

En effet, le risque est comme un message à être présent pour ne pas se laisser emporter par la peur ou la confusion et dans ce cas être soumis au gré du vent comme on dit. Au contraire, en étant conscient et responsable, nous sommes vigilants à ce qui se passe, capables d'identifier les risques, de les évaluer en tenant compte des conséquences possibles par la réflexion et le discernement et ainsi être acteur face à certains risques en les diminuant ou en les supprimant.

Combien de gens ne réfléchissent pas, s'affolent, prennent des décisions opposées à ce qu'elles devraient être et commettent ainsi des erreurs qui parfois peuvent être irréparables. Il est essentiel de se poser, de mesurer le pour et le contre et de réfléchir à ce qui est juste de faire, la meilleure façon d'agir non pas dans l'affolement, mais dans le calme.

Nous pouvons observer que de nombreuses personnes confondent risque et gravité, elles se trouvent alors dans la confusion totale. Il n'y a pas, à ce moment-là, un temps de réflexion nécessaire pour agir dans la bonne direction, le discernement est absent et là, seule la gravité est prédominante, sans aucune considération pour le facteur probabilité.

D'ailleurs nous pouvons observer, la plupart du temps, combien l'être humain est systématiquement orienté vers le négatif et qu'il est influencé par cet état et, de ce fait, commet de nombreuses erreurs de jugement.

Fait en Corrèze, le 18 Juillet 2014
Claudine Thomas