NUMÉRO 69 REVUE MENSUELLE JUIN 2001

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Communication Comunicación
 
Bernard, Hervé La communication
 
Cohen, Rut Diana El lugar del pensamiento
 
Giosa, Alejandro Demasiados pensamientos
 
Health I. G. News Hipoglucemia nocturna
 
Laborde, Juan Carlos El lugar del pensamiento
 
Moreaux Carré, Sophie Le lieu de la pensée
 
P. F. – Djakarta Nomades
 
Ruty, Paul Communication et cygne royal


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Le thème sur la communication est inépuisable. J'aimerais avoir le temps suffisant pour écrire largement sur le sujet.

Le prochain numéro sera « La communication II ». Je pourrai ainsi me rattraper au sujet de ce thème qui me tient à cœur.

Cette fois, j'ai écrit quelques poèmes dans ma langue, sur la communication.

Hélas, je n'ai pas le temps de les traduire, mais je le ferai pour le prochain numéro.

Veuillez m'excuser de ce contretemps !

Fait à Paris, le 18 juin 2001
avec nostalgie
Doctora E. Graciela PIOTON-CIMETTI



La théorie de la communication met en présence trois éléments : un émetteur, un message et un destinataire.

L'explication avancée par l'école de psychologie de Palo Alto (Bateson) sur les dysfonctionnements de la communication s'appuie sur une interprétation d'un fonctionnement erroné d'un ou de plusieurs de ces éléments :

  • l'émetteur exprime de manière incorrecte, inappropriée ou décalée ce qu'il veut exprimer, un désir, des sentiments, un besoin, plus généralement toute forme de pulsion ;
  • le message est parasité au cours de sa transmission : atténuation du signal verbal, perte d'information d'un message écrit ;
  • le destinataire reçoit ou comprend mal le message : manque d'attention, refoulement quasi immédiat de ce qui est entendu et compris.

    On peut observer que, si un dysfonctionnement intervient sur les 3 éléments, la communication sera aléatoire, sinon inexistante.

    Qu'en est-il de notre communication au quotidien, avec nos proches familiaux, nos amis, au travail, plus largement dans notre vie sociale ?

    Le problème est simple quand nous demandons quelque chose de précis, une information ou un objet selon une situation contractuellement accepté par l'un ou par l'autre de manière consciente ou implicite :

    Quand nous allons acheter du pain chez le boulanger, le rôle de chacun est clair et le message vient préciser le motif de cette relation d'un instant dont l'objectif est l'échange d'un pain contre une somme d'argent défini à l'avance. Bien sûr des parasites peuvent perturber cette communication et induire une erreur dans l'échange, mais chacun peut vérifier immédiatement le bon déroulement de l'échange et faire corriger sur le champ s'il y a lieu. Le risque d'une mauvaise communication entraînant l'insatisfaction d'un ou des deux acteurs est minime.

    Mais il peut en aller tout autrement dans des situations plus complexes, quand le cadre n'est pas explicite pour chacun des partenaires. Et il peut devenir rapidement presque impossible de définir la position de chacun des éléments :

  • que veut exprimer l'émetteur ? Est-il conscient de son message ? Mélange-t-il son message à un autre, qui peut être contradictoire ? Présente-t-il son message sous un habillage qui l'atténue, le décale, le dégrade ou le discrédite ? L'émetteur a-t-il réellement un message adressé au destinataire ou projette-t-il une demande bien souvent inconsciente face à celui qui s'est présenté en face de lui (le choix de ce dernier n'étant pas forcément aléatoire, mais obéissant à des critères spécifiques convenant à l'émetteur) ? La forme et les conditions du message sont-elles appropriées au contenu et à l'effet recherché ?
  • le chemin emprunté, le message fait-il l'objet de parasites (perte d'information, risque d'incompréhension sur un terme du message pouvant prêter à confusion à la réception, perte du message…) ? Le message est-il brouillé par d'autres messages qui vont avoir pour effet de l'atténuer ou de l'annuler (par exemple un message important intervient dans un flot d'informations plus banales échangées, sans qu'un code particulier ne le mette en valeur) ?
  • le destinataire est-il en état de recevoir, de comprendre le message envoyé, de l'intégrer dans son esprit soumis à différentes tensions selon un équilibre psychologique parfois conflictuel ? Est-il assez attentif pour l'accueillir dans son intégralité, assez ouvert pour l'écouter et y répondre de manière suffisamment satisfaisante vis-à-vis de l'effet recherché (un message envoyé suppose en principe une réponse, dans un spectre de possibilités considérées comme telles par l'émetteur : par exemple, un oui ou non, ou bien un spectre de réponses plus nuancées) ?

    De nombreuses questions doivent nous interpeller avant de juger sur une communication qui a échoué avec un destinataire. De nombreux écueils peuvent faire obstacles à l'objectif recherché, parfois certains que nous ne voulons pas voir, malgré l'insistance répété de notre entourage ou parce qu'il menacerait de manière trop dangereuse notre équilibre psychologique, notre essence d'être.

    Il peut arriver qu'un dysfonctionnement de notre communication perturbe tous nos messages à notre insu : l'égoïsme, l'égocentrisme peuvent interdire presque toute communication authentique avec l'autre, c'est-à-dire une communication basée sur des échanges équilibrés entre l'un et l'autre partenaire de la communication. Le comportement de l'égoïste rappelle parfois celui de la personnalité hystérique : la communication est à sens unique, fondée sur une demande perpétuelle, sans aucune ou presque contre partie vers l'autre. Cette communication peut certes fonctionner avec l'autre, s'il existe un rapport d'assujettissement (entre un chef et un subalterne), de soumission (un amoureux et l'être aimé) ou d'autorité (un parent et un enfant). Mais elle aboutit à une communication faussée, à sens unique.

    Heureusement notre communication est faussée ou perturbée dans certains domaines, dans certaines situations avec certaines personnes. Si bien qu'il est possible, si notre désir est d'améliorer notre capacité de communication, d'établir des comparaisons :

  • pourquoi est-ce que je sens ma communication difficile au travail, quand je suis en famille, alors que dans d'autres situations elle paraît pour tous et notamment pour soi harmonieuse et équilibrée ?
  • pourquoi avec certaines personnes, la communication « ne passe pas » ?
  • pourquoi je n'arrive pas à réussir ma vie affective, alors que je suis parfaitement reconnu comme une personne compétente et appréciée dans mon travail ?

    Ce questionnement serait secondaire si l'être humain n'était pas, avant tout, un être de communication. Si, dans le monde du travail ou dans la vie sociale, de plus en plus de besoins et d'activités sont effectuées à distance ou par l'intermédiaire de machines ou autres systèmes matériels, de façon de plus en plus anonyme ou standardisée, la vie affective ne saurait se passer dans l'autre, peut-être, parce qu'elle chercherait à compenser une communication insatisfaisante dans les autres domaines de la vie quotidienne.

    Jung disait que l'être humain a besoin de l'autre pour se comprendre. J'ajouterais que l'être humain est mû par des désirs et des pulsions qui doivent être acceptées ou comprises pour être satisfaites. Et, en ce sens, l'être humain a besoin de l'autre pour, tout simplement, être. Et l'autre n'est accessible que par la communication. Bien rares sont ceux qui peuvent vivre, seuls ou dans la solitude, avec bonheur. Cet état cache souvent un état de dénuement ou d'insatisfaction psychologique extrême parfois masqué par un présentation sociale adaptée, bien rôdée ou convenue, selon des critères culturels bien codés, pour peu que l'on n'y touche pas trop.

    Si les moyens de communication ne cessent d'évoluer, vers plus de rapidité, plus d'accessibilité, plus de possibilité en termes de fonctionnalités, le besoin de communication de l'être humain est toujours présent, car il est au cœur de l'essence de l'autre : nous sommes nés grâce à l'autre1 et notre questionnement intérieur reste toujours intimement lié à l'autre, qui en a été à l'origine, pour le formaliser, le comprendre et y tenter d'y apporter une réponse.


    1 la mère, le père, l'attente démographique de la société, la pression familiale en attente d'une descendance, le besoin de normalité culturelle et sociale…
  • Hervé Bernard



    Derrière ou par-delà les facultés raisonnables d'élaboration de la pensée consciente, se trouve l'intuition. Elle gère les facultés fécondes de l'inconscient et les ordonne à sa manière. Comprendre n'est pas synonyme de signifier et d'exposer, c'est à dire d'attribuer un sens illustratif tourné vers l'entendement d'autrui, car on peut saisir une chose pour soi, sans être pour autant capable de l'expliquer. On comprend en quelque sorte de l'intérieur; c'est "être capable de"; ou bien encore "ressentir" qui serait peut-être plus juste d'utilisation. C'est pourquoi, la découverte de la compréhension et de la signification des représentations développées au cours des rêves doit s'inscrire dans un cadre où la seule loi doit être celle de la liberté de penser, de concevoir et d'imaginer.

    La pensée véritable commence là où les émotions ont droit d'expression, là où la raison est mise entre parenthèses. Les différents arts (pictural, musical, littéraire) renferment les lieux de la pensée. Mais ils ne sont pas les seuls. Le rêve, parce qu'il échappe aux sphères de la conscience, abrite lui aussi le lieu de la pensée inconsciente.

    En effet, le rêve ne peut se satisfaire d'une traduction littérale, et bien que composé d'images en apparence contradictoires, voire le plus souvent absurdes, une étude plus approfondie montre, qu'une fois traduit, il renferme un matériel de pensées qui a un sens clair. Le rêve conduit au-delà des sphères de l'inconscient individuel, vers un inconscient collectif chargé du passé commun de l'humanité et même s'il utilise des motifs symboliques érotiques, cela ne signifie pas que la provenance ou la conclusion du rêve doivent s'orienter vers une cause sexuelle. Tout au contraire, plus nous sommes tentés de vouloir conclure rapidement par une traduction littérale quasi évidente ou allant de soi, plus nous devons nous garder de vouloir conclure. Ce sont en effet les rêves apparemment les plus simples qui sont souvent les plus compliqués, du fait même de leur contenu symbolique. En fait l'interprétation, se fait sur plusieurs niveaux. Le premier, qui est le plus immédiat est de niveau personnel tandis que les suivants nous font pénétrer au cœur de l'inconscient collectif.

    Le rêve n'est pas une façade derrière laquelle se dissimulent des symboles obscurs à dessein. Le sens d'un rêve est logique et ne recèle aucune intention trompeuse : le rêve dit ce qu'il a à dire sans se dissimuler. Simplement, nous ne le comprenons pas soit parce que nous ignorons le sens des images qu'il utilise, soit parce que nous nous méprenons dans le sens que nous lui trouvons ; soit encore parce que nous ne suivons pas ces images mais les orientons et les dirigeons à notre gré. Cette détérioration de l'interprétation tient d'ailleurs à notre comportement éveillé dans lequel nous régentons la pensée et les mots. Nous pensons en mots, nous parlons avec des mots qui sont des composés de signes qui, mis dans un certain ordre, fabriquent le mot en lui donnant un sens et une direction. Nous parlons avant tout pour nous faire comprendre de nos semblables. Mais aussi pour nous-mêmes ou contre nous-mêmes.

    Cherchant à comprendre le mécanisme de la pensée, Jung développe une autre forme d'expression qui est involontaire et non dirigée. Au lieu de se présenter de manière élaborée, cette pensée va se caractériser par sa spontanéité. Cette pensée est difficile à concevoir puisque, en toute conscience nous n'en possédons pas le souvenir. De plus, nous ne pouvons nous représenter en train de fabriquer ces images sans mettre en branle le langage ordinaire et habituel qui est le nôtre (le seul aussi dont nous soyons capables de parler). « Nous avons donc à notre disposition deux formes de pensée : la pensée dirigée et le rêve ou fantasme. La première travaille en vue de la communication au moyen des éléments du langage ; elle est pénible et épuisante. L'autre au contraire, travaille sans effort, spontanément pourrait-on dire, au moyen d'une matière qu'elle trouve toute prête guidée par des motifs inconscients1 ». La notion d'inconscient collectif ne connaît pas le langage du conscient et a besoin du symbole pour opérer et se révéler. La découverte de cet inconscient collectif montre la présence d'images archétypiques.

    L'inconscient est donc le lieu véritable de la pensée. Il permet sa germination et favorise son expression dans l'art ou le rêve. Il opère en se dissimulant derrière un certain nombre de paravents, dont celui essentiel de la symbolisation comme moyen d'expression particulier, manifestant et traduisant un non-dit. La symbolisation et son cortège d'imageries est le contrepoids au monde objectif dans lequel nous vivons, monde où la suprématie de la conscience nous a dépouillés de notre pouvoir d'imaginer. Ces images ne sont pas de simples intermédiaires, elles contiennent en elles les réponses aux problèmes des individus. Mais ceux-ci l'ignorent ou quand ils le savent, ils traduisent mal ou trop vite. Et à vouloir éviter quelquefois une problématique dérangeante, ils voient refoulée ou envenimée une ambiguïté non résolue.

    L'inconscient collectif est particulièrement puissant et il requiert donc d'être manié avec beaucoup de prudence et de respect, car : « (il) est plus dangereux que la dynamite, mais il existe des moyens de le manier sans trop de risques. Lorsqu'une crise psychique se déclenche, vous êtes mieux situé que tout autre pour la résoudre. Vous avez des rêves et des rêves éveillés : donnez-vous la peine de les observer. Chaque rêve porte, à sa manière, un message : il ne vous dit pas seulement que quelque chose ne va pas dans votre être profond, mais il vous apporte aussi la solution pour sortir de la crise. Car l'inconscient collectif qui vous envoie ces rêves possède déjà la solution : en effet, rien n'a été perdu de toute l'expérience immémoriale de l'humanité; toutes les situations imaginables et toutes les solutions possibles ont été conservées par l'inconscient collectif. Vous n'avez qu'à observer soigneusement le « message » transmis par l'inconscient et à le « déchiffrer » : l'analyse vous aide à lire correctement de tels messages. »2

    De nombreux artistes, musiciens, peintres ou poètes ont cherché à retranscrire le message de l'inconscient, énonçant du même coup que ce qui n'était a priori qu'un aspect individuel et personnel était en fait de consonance universelle. Ainsi, on trouve dans le Réveil de Jorge Luis Borges l'expression de ce processus par lequel le rêve individuel est en fait le reflet de thèmes archétypiques, commun chez tous les individus.

    En retrouvant chaque nuit l'accès à la symbolique par le biais du rêve, l'homme pousse la porte du monde de l'imaginaire et va à la rencontre de son autre lui-même sans effort. Il s'introduit au cœur d'un monde subjectif et fabuleux, sans but productif précis. Mais ce n'est pas parce que ce monde est imaginé qu'il est inventé totalement et qu'il ne contient pas de réalité. Au contraire, parce que ce monde se manifeste par l'intermédiaire d'images, il est impossible que ces dernières, en tant que représentations, ne prennent leur source au cœur du vivant et du réel. L'hétérogénéité du rêve, son manque de rapports entre la réalité consciente verbale et l'image existante n' est pas pour autant dénuée de sens. Les rêves sont des phénomènes spontanés dont les contenus proviennent de l'environnement naturel au sens large. Après, s'ils n'ont pas de point d'appui immédiat dans nos vies de tous les jours, ils montrent cependant des liens évidents avec l'histoire naturelle de l'homme, sa phylogenèse et son ontogenèse qui sont indissociables en psychologie.


    1 C.G. Jung, Métamorphoses de l'âme et ses symboles, p 67.
    2 C.G.Jung parle, Rencontres et interviews, p 183. Interview réalisée par Mircea Eliade pour « Combat » lors de la conférence d'Eranos en août 1952. L'article parut sous le titre « Rencontre avec Jung » dans le journal Combat le 9 octobre 1952
    Sophie Moreaux Carré



    Objet : « Nomades Globales » Articles du Wall Street Journal
    Date : Sábado 23 de Junio de 2001 06:20

    Selon cet article, les nomades globales sont une race nouvelle, différente des « expats » traditionnels. Les nomades passent leur carrière à faire des missions de 2 à 3 ans dans différents pays selon leur désir de voyager, et ne rentrent jamais chez eux. D'ailleurs, ils finissent par ne plus savoir où c'est chez eux.

    Les risques associés à cette vie comprennent un CV mélangé, dans le sens négatif et le divorce.

    Ils finnissent "workaholics".

    Problèmes de santé, problème de séparer leur travail de leur identité.

    Éloignement psychologique de leur famille : ils deviennent plus proches de leurs amis nomades que de leurs familles.

    Collaboration presque anonyme (P. F. – Djakarta)



    Si, pour éviter une collision, l'officier de quart dit au matelot à la barre : « À droite toute ! » et si celui-ci met la barre à gauche, il est certain qu'il va y avoir des problèmes graves… Une formation attentive de l'homme de barre s'impose. Mais l'officier de quart doit lui aussi savoir que ses paroles, que ses ordres risquent d'être interprétés de travers. De nombreuses techniques ont été imaginées pour préparer les responsables à ce genre de déboires. J'ai souvenir de certains exercices destinés à sensibiliser un groupe de participants à ces phénomènes : il s'agissait notamment de faire reproduire par chacun des membres du groupe un dessin simple en le décrivant sans le montrer.

    L'idée était de prouver qu'un dessin très simple ne posait aucune difficulté de compréhension, mais qu'en compliquant un peu l'exercice par la suite, allaient apparaître peu à peu des erreurs d'interprétation tant qu'un langage commun n'aurait pas été élaboré. Toutes les réponses ont été correctes et conformes au modèle, comme prévu pour ce premier exercice simple.

    Sauf une.

    Celui qui dictait le dessin avait annoncé quelque chose comme :

    « Tracez une verticale puis à partir du point bas, tracez une droite inclinée de 30 degrés sur la droite par rapport à la verticale. »

    Surpris par cette fausse note inattendue, l'animateur avait fait recommencer l'exercice avec un dessin du même genre et toujours la même aberration avec le même participant. Cela justifiait une enquête. Tous étaient des universitaires scientifiques, bien au-dessus du niveau requis pour tracer une droite ou représenter un angle.

    On a finalement découvert que le « déviant » était un architecte qui tout naturellement ne pouvait apprécier la verticale que par rapport au fil à plomb…

    ***

    Avant de se fixer un objectif, un groupe de travail classique se doit de s'entendre sur les données :

    A dit « Z est bleu » ; à sa droite, B dit : « non, vert ! ». À sa gauche, C intervient conciliant : « disons turquoise ! ». En face, D explose : « ne dites pas de bêtises, Z est rouge, voyons ! » On réexamine alors de plus près Z et on s'aperçoit que la face opposée que voit D est effectivement rouge et que des traces de vert sont plus visibles du coté de B, tandis que le vert et le bleu se mélangent du côté de C. La vérité de Z commence à être perçue de façon plus objective. Tous les participants ont profité de cet échange.

    ***

    On pourrait croire que la communication interne est plus facile. Suis-je capable de me comprendre moi-même ? Hélas, que de désillusions dans ce domaine. Pourquoi tant de distorsions entre mon discours à l'intention des autres et ce que je ressens intérieurement ? Entre moi-conscient et moi-inconscient lequel, comme son nom l'indique est totalement in-cons-cient, je sais, je sens, je constate que moi-inconscient m'envoie des messages, mais comment les décrypter ?

    Le groupe clinique peut-il m'aider ?

    « Je suis bleu ! » dis-je

    « Non, dit B, tu es vert ! »

    « Non, dit C, tu es turquoise ! »

    « Non, dit D, tu es rouge ! »

    « Vous êtes tous des imbéciles, conclut E, on n'est pas en technicolor, tu es chaud ! »

    Tous les participants constituent des miroirs différents qui renvoient une image différente du message bleu, mais incompréhensible que j'avais reçue à travers un rêve, un lapsus ou un fantasme. J'ai écouté B, C et D surpris, mais quand E a parlé, j'ai senti un petit pincement, un petit sursaut. E a piqué au bon endroit. Me serais-je donc trompé de grille de décryptage ? E m'a remis en cause en me privant soudain de mon confort intellectuel. Je veux bien me battre sur l'interprétation des couleurs, mais le chaud… le chaud… d'où vient-il ? Et pourtant, je viens de percevoir une part de la vérité qui m'échappait jusqu'à présent. C'est tout bête, ce qu'a dit E, mais un frisson m'a parcouru l'échine en l'entendant et je le regarde maintenant avec des larmes dans les yeux. Et mes larmes ont remué E qui réalise lui aussi que ses paroles ont un sens qu'il ignorait… et nous voilà soudain complices… unis par une découverte commune profonde. Quand il arrivera que le chaud soit évoqué dans le groupe, E et moi n'aurons pas besoin de nous regarder pour sentir entre nous un lien immatériel de compréhension.

    Ce phénomène du miroir et de la formation de canaux de communication est exposé ici de façon très schématique, bien sûr. Le groupe clinique a cet effet, d'autant plus efficace que les participants se rencontrent souvent et ont une grande confiance réciproque. Mais, les réticences sont nombreuses. Suis-je capable, par exemple, pour profiter des miroirs, de braver l'autocensure et de me dire chaud devant 10 personnes pour lesquelles, E mis à part, chaud est une aberration honteuse et indigne de l'idée que je me fais de moi ?

    Ce sera peut-être plus facile devant un seul à condition que j'aie confiance en lui et…

    Ce que je demande à un analyste, c'est de jouer à lui tout seul ce rôle de groupe clinique, de constituer à lui seul le miroir aux mille facettes qui me renverra mille images à partir desquelles je vais enfin pouvoir me reconstituer.

    Ce que je lui demande, c'est d'être capable de reconnaître à lui seul dans le bleu que j'ai ressenti, tout le reste : vert, turquoise, rouge, mais aussi chaud… et humide… et lourd… et à le refléter.

    Ce que je lui demande, c'est de nettoyer mes circuits internes de communication, de façon que je sois de plus en plus capable de me comprendre moi-même, de me débarrasser des mensonges qui obstruent mes chenaux pour être enfin en prise directe avec la vérité. Tous ces mensonges que je me suis forgés au fil des années pour me servir de pare-chocs contre toutes les agressions du monde extérieur et surtout intérieur.

    Ce que je lui demande, c'est d'être un miroir sans tain qui laisse filtrer les mensonges et renvoie seulement la vérité.

    Ce que je lui demande, c'est de m'aider à ne plus avoir peur de ma vérité.

    Ce que je lui demande, ce n'est pas de tout savoir, ce n'est pas de me connaître, il a bien autre chose à faire, mais c'est de m'aider à me connaître.

    Ce que je lui demande, c'est de m'aider moi, mélange de mensonges et de vérité, à devenir le cygne royal de la tradition hindoue :

    « Dans un mélange d'eau et de lait, le cygne royal boit le lait et laisse l'eau »

    Paul Ruty