NUMÉRO 86 REVUE MENSUELLE JUIN-JUILLET 2003

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Résurrection
 
Bernard, Hervé La résurrection
 
Courbarien, Elisabeth La vie en surabondance
 
Health I. G. News Hipertensión arterial / Cardiología
 
Laborde, Juan Carlos La resurrección


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Trois mois se sont passés sans écrire. Même si j'avais beaucoup à dire sur la résurrection, je n'y arrivais pas.

Réfléchir ? Conceptualiser ?

Aujourd'hui il me faut croire que certains événements dans ma vie m'ont tuée afin de pouvoir ressusciter avec moins de naïveté.

Pour parler de la résurrection je dois croire, mais je ne parle pas d'une résurrection après la mort du corps quand le Christ viendra – et je n'en doute pas – pour bien juger les vivants et les morts. À cette résurrection, je crois et il ne s'agit pas là d'une illusion pour me rendre dans un état de narcose, non, il n'est pas concevable que la vie finisse en laissant les hommes être tantôt des monstres et tantôt des anges sans payer le salaire de la vérité. Je suis sûre que toute résurrection doit être précédée d'un jugement.

***

Aujourd'hui je ressens mille sentiments contradictoires. Autour de moi il y a eu des résurrections magnifiques comme celle de Jacqueline qui est revenue des frontières de la mort, résurrection physique et morale, et peut-être psychologique. Sur ce dernier point, je ne peux pas trop en dire, car elle habite aujourd'hui un corps nouveau et elle se cherche dans un monde qui n'est plus celui qu'elle avait laissé. Personne ne revient de cette expérience, tel qu'il était avant son départ.

Personnellement en ce moment, je ne peux ni être cohérente ni prétendre conceptualiser, car je suis suspendue dans la contemplation d'un monde dont je n'avais pas soupçonné l'existence.

C'est peut-être la première fois que je perds contact avec le réel du quotidien. Je ne suis qu'un regard. Je ne suis pas morte mais je suis dans l'agonie de la frustration et de l'étonnement. Paradoxalement je devrais pouvoir me ressentir glorieusement bien car enfin j'ai perdu la naïveté. Mais suis-je heureuse en face de cette vision ? Je trouve que le silence est trop dense autour de moi et j'ai froid même si je sais que je suis en train d'arriver au sommet de la pyramide d'une évolution vers la conscience que l'expérience de la mort achèvera.

Depuis ma place aujourd'hui je suis loin, trop loin de celle que j'étais dans les années 90 quand j'ai écrit et publié « Tentation de poète ». Je croyais en l'amour idéal et en l'idéal de l'amour. Je n'avais pas écouté Roland Cahen qui me disait que quatre vingt pour cent de notre vie n'est que projections. Encore plus loin dans le temps quand j'étais jeune et naïve mon premier didacticien m'avait dit « Tu fais d'un pêcheur un roi ». Il avait raison.

Quand j'ai publié « Tentation de poète », de Leon, grand critique littéraire et professeur de lettres modernes à la Sorbonne, m'avait dit que je devais écrire des poèmes, car je possède des images fortes et transmissibles dans un langage émotionnel et puissant non alambiqué. Il m'avait dit le jour de la présentation de mon livre que j'avais écrit « Tentation de poète » comme si j'étais un homme. Il avait raison, j'aurais aimé qu'un homme m'aime ainsi. Je projetais sur l'écran vide de mon protagoniste mon animus sensible, romantique, réaliste, actif, passionné, féroce de foi et en même temps humble et contemplatif comme un moine.

***

Et voilà que je flotte un peu moins.

Il est surprenant qu'après avoir déposé mes idées tremblotantes je considère que ma résurrection commence, car la fin de mon agonie approche et dans un nouvel état de conscience je ressens que je ne me laisserais pas voler mon idéal d'amour. Je sais que l'homme de « Tentation de poète » existe et qu'il ne sera pas une projection de mon animus mais un corps, fort et protecteur qui me serrera dans une étreinte de profonde tendresse jusqu'à me redonner le souffle, et avec le souffle, cette résurrection dont toute conceptualisation s'échappe.

Fait à Paris, le 13 août 2003
Dehors, c'est la canicule
et dedans, il y a un silence timide et presque froid
où je t'attends jusqu'au jour où tu sortiras de toi-même
pour venir bâtir avec moi l'éternité.
Et Dieu sait que je t'aime…
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Le mot résurrection résonne comme un message d'espérance à mes oreilles et à mon âme, comme s'il fallait mourir afin de renaître à la vie, à l'espoir, aux projets mobilisateurs d'énergie, d'attention, de motivation, et qui engendrent de manière si douce la dynamique du bonheur et du sentiment de vivre.

Mais comme il est difficile d'accepter de mourir, de chuter par rapport à ses « repaires » habituels, parfois substituts d'objets anaclitiques (c'est-à-dire comme autant de « doudous » qui rassurent et protègent), de tomber dans le noir et le profond de son psychisme pour se confronter à ses propres images angoissantes, parfois entourées d'effroi, mais qu'il devient de plus en plus difficile de refouler.

Cette démarche exige, à mon sens, deux conditions pour l'homme de la rue (Freud parlerait de la personne « normalement » névrosée) pour être initiée :

  • d'abord, avoir souffert depuis trop longtemps du manque, d'un sentiment d'insatisfaction et d'inachevé, avec cette sensation d'être figé, d'être comme « mort », d'être parfois coupé de soi-même, de ne pas avoir accompli sa mission ;
  • et surtout, avoir la capacité de frustration, pour construire, dans le temps et dans l'espace, progressivement et en toute conscience, dans un équilibre tout personnel de ses quatre psychologiques1, le ou les projets de vie témoins dans le « réel » et dans notre cœur d'une accession au bonheur, tout au moins à plus de calme intérieur. Car le chemin est toujours long, dans le sens qu'il met en œuvre notre patience, notre capacité à accepter librement des passages difficiles, parfois lourds, dans la persévérance et la résistance aux états d'âme inévitables.

    Ce message ne s'adresse bien sûr qu'aux personnes désireuses d'un changement dans leur vie, qui commence toujours par un changement intérieur avant de devenir un changement de son environnement, dans la famille, le travail, les loisirs… Mais en chacun de nous, même à l'aise dans la vie, n'existe-t-il pas des aspects de notre personnalité, de notre caractère, de notre psyché qui souffrent encore d'étouffement, qui aspirent à plus de liberté, à plus de maturation, à autre chose, à quelque chose de radicalement différent ?

    Pour ma part, je pense que chacun de nous peut lire ce message avec intérêt, au moins pour le faire entendre à ceux qui ont en besoin. Car la vie est une longue chaîne entre les êtres, qui se coupe et se recoupe à l'infini, malgré la diversité des situations, des personnalités, des enjeux dans l'ici et maintenant.

    Mais il me semble de manière toute intuitive que le processus essentiel à ces transformations est unique et consiste en un éternel échange avec l'autre au gré des besoins, des nécessités contractuelles et morales, du sentiment de conscience. Il s'agit pour chacun de contribuer au lien social entre les personnes sans lequel aucune vie n'est possible. C'est une loi de la nature, autant chez les humains que chez les animaux, que nous avons besoin de l'autre, des autres pour vivre. En poussant plus loin la réflexion, comme disait Jung, « l'être a besoin de l'autre pour se connaître », donc pour évoluer.

    Et n'est-ce pas justement dans cette trame relationnelle inextricable et infinie que peut se situer la voie de la résurrection pour soi-même, que la demande soit explicite ou cachée, voire inconsciente. La vie est une énergie qui suit les lois de la mécanique (au sens large de la physique) et, sur un plan psychologique, de la nécessité, dans cet espace qui fait reconnaître l'autre comme une personne et non seulement comme un morceau de viande sans aucune âme. Fuir les autres, ou mettre des limites subtiles mais réelles face à l'approche des autres constituent irrémédiablement et mécaniquement un frein et même un obstacle à la résolution de son équation personnelle.

    Mon propos, me direz vous, est bien trop général et théorique pour être applicable et de quelque utilité pour votre cas personnel. Peut-être ! Mais les cas personnels sont si variés à l'infini, qu'il est difficile de parler à chacun en donnant des solutions toutes faites, et il est souvent plus utile d'amener l'autre sur le chemin de sa réflexion personnelle, que de donner le mode d'emploi « clé en main » et garanti à 100 % des étapes à suivre menant à la résurrection de soi-même.

    Mais l'ambiance générale me paraît tant à la morosité, à l'insatisfaction que je ne peux pas croire qu'un message sur la résurrection ne puisse recevoir aucun écho. Comme dans une sorte de synchronicité, en me promenant tout à l'heure dans ma ville, malgré la lourde chaleur estivale qui s'est installée ce week-end en Europe, j'entendais un commerçant sur un air de chanson bien connu « mais qu'est-ce qui pourrait faire changer la France ? », comme s'il captait la pensée générale, de manière suffisamment extériorisée.

    Mais la solution est toujours en chacun de nous, dans la manière dont nous voyons les choses, le monde autour de nous, dans notre régularité à terminer tous nos devoirs dans la mesure du possible à l'heure exacte prévue, dans notre capacité de nous satisfaire de ce que la vie nous propose au quotidien ou qu'elle peut, peut-être, nous proposer dans l'avenir proche.

    Je propose, tout simplement, plus de relationnel, quand l'occasion se présente, pour permettre aux petites forces de la vie, qui habitent comme une âme individualisée chaque organisme depuis l'être humain complet jusqu'à la plus petite cellule vivante, de faire leur œuvre poussée par la vie, ce principe indéfinissable, mais unique dénominateur commun à toute cette mécanique. La résurrection est un droit pour chacun de nous, quand le temps de la souffrance et le découragement deviennent dépassés, mais selon cheminement qu'il nous appartient de découvrir et surtout d'accepter de reconnaître, selon notre psychologie personnelle.


    1 D'après Jung, la réflexion, le sentiment, la sensation, l'intuition.
  • Hervé Bernard



    Quand donc suis-je morte ?

    Je me souviens d'avant, mais c'est en quelque sorte comme si un voile pudique recouvrait les zones de l'ombre.

    Où suis-je morte ?

    Etrange, la mort rôdait alentour. Je fus une proie facile, je ne me dérobais point.

    Elle avait, pour être plus douce, choisi de m'entourer de fils, de ces fils qui, tel un cocon, rendent le monde si lointain, si imperceptible que la succion de mon énergie vitale ne me pesait même pas.

    En fait, j'avais commencé par être engourdie, engourdie comme lorsque le froid vous surprend et vous ensommeille.

    Avais-je souffert ?

    Pas autant que ce que l'on peut subodorer ou craindre !

    Un jour, alors que j'étais morte, quelqu'un a entrepris de soulever ma dépouille.

    Quelles étaient ses intentions ? Je l'ignorais puisque je reposais dans ce sommeil d'où nul ne revient tout à fait pareil. Dans cette mort lente, il n'y a plus de souffrance, car il n'y a pas la conscience de la souffrance.

    Pourquoi avoir décidé de me porter plus loin ?

    N'étais-je pas bien comme ça, dissimulée dans ces fils, à ne rien entendre, à ne rien voir, à ne rien demander, simplement à laisser mon cadavre sucé, pompé, vidé de ses restes de substance existentielle ?

    Rien n'importe plus, dès que l'on est mort.

    Sauf l'amour.

    Et, un jour, un grand amour m'a ressuscitée. Comme ce fut le cas pour Blanche-Neige probablement.

    Non, ce n'est pas ce que vous soupçonnez ! Ce fut loin d'être aussi subit.

    La personne a dû s'armer de patience pour dévider l'écheveau qui enserrait mon corps, mon cœur et mon esprit.

    Tout était enchevêtré, chevillé à cette dépouille, incapable de s'élever vers les cieux ni de s'affranchir définitivement de cette enveloppe charnelle.

    Par la suite, mais beaucoup plus tard – parce que revenir à la vie réelle est très douloureux – j'ai pu moi-même finir d'ôter les lambeaux de chair qui pendaient encore. Pour retrouver forme humaine.

    La Résurrection ? Je peux en témoigner, elle ne s'est pas produite en un jour, mais en mille et mille jours d'amour.

    Je ne connais pas meilleur remède pour rendre à la vie ceux qui ne sont plus, que de leur donner par delà les apparences de la distance et de la séparation entre visible et invisible, les trésors infinis de notre amour. Et cette nouvelle existence, rien ni personne ne pourra vous l'enlever. Jamais. Jamais plus.

    C'est cette Foi immense en la capacité curative de l'amour qui est à l'origine de la Résurrection. Celle-ci n'advient que mue par ce sentiment.

    Alors, si je suis ressuscitée, comment pourrais-je choisir une autre voie que celle d'insuffler à d'autres âmes sans vie, un peu de ce souffle d'amour plus grand que la mort ?

    Quand je lis « L'amour ne passera jamais » ne dois-je pas entendre qu'il triomphe au-delà de la mort ? Il ne saurait « passer » ou « mourir », verbe dont nous qualifions l'homme qui s'éteint.

    L'amour est l'impalpable lien entre les mondes.

    Alors, quand nous serons en paix, nous prêterons une oreille attentive à la plénitude de cet amour vivant et salvateur. En nous, et autour de nous. Avec ceux qui sont et ceux qui sont « autrement ». Mais tous bien vivants.

    Si je peux m'autoriser à nous donner un conseil, sachons prendre le temps de ressusciter en nous-même, à chaque instant, le miracle de ce formidable élan rédempteur et sauveur.

    Il ne pourra pas tout, mais coupés et privés de lui – comme lorsque que nous ne parvenons ni à nous pardonner, ni à demander pardon –, nous ne réussissons pas à mobiliser l'énergie pour avancer et nous réaliser.

    Employons-nous à reconnaître comment vivifier par lui les « petites choses » de notre vie, car si nous persistons à agir en robots inconscients, c'est que la mort s'impose en nous.

    Veillons plutôt à maintenir allumée notre lampe de vierge sage et à y verser patiemment de l'huile avant qu'elle ne vacille et ne s'éteigne, car nous n'aurons pas tous la chance ni la certitude de trouver une généreuse flamme d'amour vrai pour lui permettre de ressusciter.

    Elisabeth Courbarien