NUMÉRO 107 REVUE MENSUELLE juin-juillet 2006

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela La prise de décision
 
Bernard, Hervé La prise de décision
 
Bouket, Gaël La prise de décision
 
Ercole, Jeanine La prise de décision
 
Giosa, Alejandro Toma de decisión
 
Hamon, Jean-Marie J'ai pris la décision de me livrer
 
Laborde, Juan Carlos Toma de decisión
 
Manrique, Carla Borges y el ajedrez
 
Ruty, Paul Prendre une décision
  Réponse à Jean-Marie Hamon
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mai 2006


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Avec une colère réfléchie, en la contemplant sans aucune émotion, j'approche mon regard de chaque prise de décision qui a changé ma vie. Aux sources de chaque prise de décision, il y a eu le passage par cette colère étrique et cette révolte contre la condition humaine, si limitante pour l'évolution vers un état de conscience unifié. Colère, oui, en sachant qu'à chaque prise de décision, j'étais confrontée à la question fondamentale de l'anthropologie philosophique : « choisir, c'est abandonner toutes les autres possibilités » ; dans chaque prise de décision, il y a un énorme renoncement.

Revenons au commencement.

Ma première poupée était en porcelaine. J'avais quatre ans, je l'ai fait tomber. J'ai abandonné la poupée et j'ai renoncé aux autres poupées, parce que, déjà, l'affaire m'avait marquée sur le concept de fragilité et de fugacité.

Cinq ans, mon amour est mort. Les anges sont venus chercher le grand-père. Une colère s'est annoncée et je l'ai vécue en prenant la décision bien choisie, je le crois bien, de ne jamais l'oublier, mais d'intégrer en moi ce que lui-même avait été. Croyez-vous que l'on ne prenne pas de décision étant enfant ? Oui, il y avait toujours le renoncement, mais dans l'action : je cherchais le grand-père dans la maison vide et peu à peu, une partie de moi est allée avec les anges et une partie de lui a été amenée par les anges pour bien me protéger. J'ai pris la décision de vivre, je ne sais pas si je regardais les fleurs pousser, car il y avait trop de silence et je me cherchais. J'ai pris la décision de me chercher pour me conduire, les pieds sur terre, sur un chemin solide, défini, mais très, très long, large, épanouissant.

Après il y a eu le passage entre la tristesse et la joie de vivre. J'ai compris que la tristesse ne me menait nulle part. J'ai donc décidé de dialoguer avec les objets, de les animer et c'est très tôt que j'ai commencé à jouer aux échecs, toute seule, en changeant de position. Le jeu d'échec a beaucoup alimenté mes réflexions et au centre, cette question : quelle partie de moi peut gagner ? Impossible d'y répondre, j'étais à la fois les noirs et les blancs. J'ai donc pris la décision d'être à l'extérieur, celui qui voit se développer la bataille sans se faire contaminer par le sectarisme. Je vois mon père, le bureau de mon père, le jeu d'échec, l'immense maison que, des années plus tard, j'ai pris la décision de ne pas acheter. Cela a été un mauvais choix, mais je m'étais laissée dépasser par l'ampleur du projet et je me suis abandonnée à une certaine léthargie.

Je crois aujourd'hui, que je suis confrontée à une prise de décision : ressentir ma vérité ou critiquer objectivement ma vérité.

Qui en moi a choisi mes carrières ? Chaque choix me confrontait à abandonner. À ce moment, j'ai pris la décision d'être fidèle, loyale et dévouée, je faisais une carrière à la fois, m'intéressais à un thème à la fois et comme le cas de la poupée, je n'ai jamais lu un roman policier. Il y a des moments-clés, de passage, dans ma vie pendant lesquels il y a eu des prises de décision presque sanglantes.

Quand je suis partie d'Argentine, j'ai renoncé à l'été, au plaisir, à la mer, à une vie tellement dans la plénitude, que même les souffrances et les pertes n'avaient pas entamée. Je me souviens des conséquences de cette prise de décision. Et je vois en première image le parc Monceau, la marche dans les sentiers et les larmes qui coulaient, parce qu'à cette époque, je savais encore pleurer. Je pleurais le froid, je pleurais le manque de sable fin et chaud entre mes mains, le bruit du sable et de la mer, mon cabinet, le centre naval, je pleurais l'éclatement d'une famille. Cela n'avait jamais été une famille nombreuse, mais il y avait la coexistence des générations et la possibilité d'observer la filiation. Etait-ce un mauvais choix ? Certainement pas. Mais il y avait le goût d'un échec. Et j'ai décidé de devenir forte et libre. Arrive ce qui arrive, les pieds sur terre et le grand chemin se diversifiant dans de petits chemins pleins de circonvolutions, de toute manière, aujourd'hui, je prends la décision de vivre encore et encore.

Le voile d'un deuil ne tombera jamais complètement, parce que l'oubli n'existe pas, mais je prends la décision d'intégrer à mon être ce qu'ils aimaient et ce que les aimés qui sont partis ont représenté pour moi. Au commencement, c'était le choc. Aujourd'hui, c'est l'accueil d'une souffrance volontaire afin de mieux comprendre le sens de l'unique barrière qui m'aveugle. Comme prise de décision je peux tout abandonner, partir, me séparer de, renoncer à, tourner la page, classer le dossier. Mais où suis-je dans l'acceptation d'une séparation, due à l'achèvement irrémédiable par la mort, d'une vie d'amour ensemble ? Ta mort m'a surprise, la colère réfléchie est montée en moi, a débordée les limites. Tu ne liras plus les dédicaces de mes articles que je faisais pour toi chaque mois, nous ne vivrons plus ensemble les étés, les hivers, les ciels étoilés, les feuilles mortes. Peut-être as-tu de meilleures lunettes là où tu es, mais avec cette colère, cette colère si puissante, j'ai su t'accompagner, te tenir debout et tu as été obligé de vivre pour ne pas nous séparer. Je sais, mon amour, que tu es là, pas ailleurs et je prends la décision de t'enterrer jour à jour un petit peu plus dans mon âme, nous partageons la même essence, le même inconscient, laissons-nous nager dans cette mer immense qui sépare les deux continents où nous sommes restés en apparences séparés. Nous partageons la même essence, nous partageons le même inconscient, nous partageons, par décision étrique, ce même liquide amniotique.

C'est le 25 juin à Paris,
l'été ne s'est pas encore occupé de nous,
il passe derrière les fenêtres,
vers les étoiles,
d'un continent à l'autre,
soyons ensemble dans ce nouveau rayon de la création.
Et je t'aime.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



L'impression de me trouver à la croisée de chemins, avec le sentiment de devoir prendre des décisions. La vie est comme la succession de rythmes, de souffles, d'élans, entrecoupés de périodes transitoires où il faut faire des choix, démarrer de nouvelles pages de notre histoire, prendre de nouveaux chemins, de nouvelles directions.

Nous pouvons citer quelques exemples classiques :

  • le mariage qui oriente notre vie privée ;
  • un cursus d'études qui détermine notre futur domaine professionnel ;
  • la disparition d'une personne proche qui nous oblige à aménager notre propre équilibre.

Une fois qu'un nouveau chapitre est ouvert, la vie s'écoule alors de manière plus ou moins régulière, à l'intérieur de points de repères en général bien balisés, ponctués de projets qui ont pour but de colorer positivement notre existence, notre désir, notre motivation et ainsi préserver nos activités essentielles, ce pour quoi nous nous levons chaque matin.

Dans les moments charnières, l'esprit peut être si fortement absorbé par les éléments à l'origine de cette situation, qu'il en découle une sorte de confusion avant d'avoir le sentiment profond et fort de faire le bon choix. Nous nous posons alors toutes sortes de fonctions, nous passons en revue ce qui définit, ce qui a façonné notre personnalité, ce qui fait que je suis différent de l'autre.

Et ce qui fonde notre réflexion sur nous-mêmes, comme un réflexe de régression ou de défense avant de « sauter dans l'inconnu » est en général bien connu de notre sphère de connaissance. Ce sont toutes ces qualités et défauts, dont notre entourage et évidemment nous-mêmes pour peu que nous sachions écouter les autres, qui en sont les témoins. Quand il s'agit de défaut, nous savons intimement là où nous devons progresser pour éviter la spirale négative de l'échec, ou adoucir les difficultés au quotidien. Pour les qualités, nous devons apprendre à reconnaître sans mésestime de soi et sans orgueil ce qui fait notre force et l'admiration de nos proches, ce qui fonde notre personnalité et en constitue un point fort, ce qui s'avère être un exemple pour l'épaisseur de la confusion ambiante qui entoure bien souvent nos consciences. Et au milieu de ces traits négatifs et positifs qui structure nos personnalités, nous devons canaliser nos états d'âme, qui sont la respiration de tout esprit honnête et désireux de construire.

En dehors des coups de foudre, qui ne sont pas les cas généraux, le choix d'un partenaire amoureux est précédé d'une phase de recherche sur soi, sur l'autre, sur ce couple à construire, au travers d'une multitude de questionnements : l'autre me convient-il ? Que va devenir mon amour dans la durée ? Avons nous suffisamment de points communs, de points de convergence pour surmonter nos différences et nos divergences futurs, qui nécessiteront des compromis ?

L'homme dans sa quête de bonheur, dans sa recherche de satisfaction de ses désirs, de ses besoins fondamentaux, comme boire, manger, dormir, se protéger, gagner sa vie, est conduit à élaborer des projets et à faire des choix dans la manière de les mettre en œuvre. La prise de décision peut être naturelle, voire inconsciente, ou difficile, impulsive, poussée par les événements, mais elle marque toujours une rupture dans le flux des événements intérieurs et extérieurs, qui nous définissent. Elle constitue par définition un changement important, mais aussi représente symboliquement les conditions de ce changement comme un repère nouveau dans notre paysage conscient et inconscient.

Comment sommes-nous préparés à prendre des décisions ? Pas vraiment l'école, parfois les parents, la famille, en général notre propre expérience de la vie, de manière volontaire quand notre personnalité nous y pousse, par le jeu de l'apprentissage, quand, comme la plupart d'entre nous, nous devons avancer à tâtons et avec prudence pour trouver le « bon chemin ».

Décider ne demande pas particulièrement de courage, ni d'intelligence, ni des qualités particulières, car il s'agit de reconnaître la nécessité de changer de chemin, de passer en revue les différentes possibilités qui s'offrent à nous, de choisir le meilleur chemin au regard de nos désirs et de nos besoins et de s'y maintenir tant que notre conscience ne nous alerte pas.

Il s'agit seulement d'un acte de conscience, d'une démarche d'humanité, d'une expression de soi, de l'affirmation de son identité et de sa différenciation par rapport à tentation vers la confusion. Il s'agit simplement d'être !

Hervé Bernard



Je suis sur le chemin.
J'avance un peu.
Un peu niais.
Il y a de belles choses au loin, que je distingue quelques fois.
Derrière, c'est un peu effrayant, ça fait du bruit, ça semble tout près.
L'air est frais, mais j'ai du mal à profiter de ma route à cause des peurs.
Je sens leur souffle dans mon cou.
Je vois passer, des choses très vite près de moi.
Elles vont vers l'horizon.
Peut-être des libellules, des oiseaux qui vont vers le ciel bleu, ce bleu qui pâlit au loin.
Tout pâlit au loin, on doit y être si bien.
Ici aussi cela pourrait être agréable, mais il y a ces monstres.
Je dois avancer, mais sur ce chemin, marcher fait presque reculer.
Que faire ?
Rien ne bouge et j'ai peur.
Toujours ces libellules, je sens qu'il y a quelque chose à faire avec elles.
Elles ont autant d'opportunité que j'ai d'avancer.
Elles vont vite, il me faut un effort incroyable pour en attraper une, celle-là me semble à ma portée, ça y est.
J'ai fait 10 mètres, et je commence à comprendre comment m'y prendre.
Je me sens mieux, je sens toujours les peurs, mais avancer m'a donné des forces.
J'observe, mais il n'y a plus de libellules aussi faciles à prendre que tout à l'heure, l'effort devra être encore plus grand, mais je sais que je peux le faire.
20 mètres cette fois !
Je suis à l'affût de la prochaine décision à prendre.
Le 19 mai 2006
Gaël Bouket



« Nous récoltons ce que nous avons semé »
Proverbe

La nécessité d'une prise de décision nous met dans une situation peu confortable parce qu'elle nous place dans un état intermédiaire : face à un passé dont nous prenons conscience sans doute avec plus d'acuité, et à une situation présente qui s'est épuisée et ne nous satisfait plus, nous sommes tenus de prendre position ; dans cette articulation, il faut régler, résoudre, trancher, pour préparer un nouvel avenir où l'on souhaite être davantage en accord avec soi-même. Est-ce poussé par un impératif intérieur pour en finir avec une situation qui subissait des transformations régressives avec le temps et qui se figeait ? Ou par une obligation ne venant pas de notre propre volonté, et fait basculer notre rythme de vie ? Dans l'un ou l'autre cas, la démarche psychologique est à peu près la même : il faut tourner une page, changer de regard et s`engager dans un ailleurs sans grande certitude. Interrogation, doute, peuvent être suivis de plus ou moins d'anxiété, car la décision est toujours un risque à prendre même si elle est porteuse d'espoir.

Lorsque de nouvelles données pas toujours prévisibles nous sont imposées, prendre une décision peut alors être vécue comme une épreuve, être ressentie comme quelque chose qui nous quitte et sur laquelle nous n'avons plus aucune prise : sentiment d'impuissance, voire même de chagrin face à l'irréversible. Nous savons pourtant qu'il n'y a pas d'acquisition définitive et que toute existence repose sur l'impermanence, sur ces moments charnières que nous rencontrons sur notre chemin de vie ; mais heureusement il se dégage souvent une autre voie comme un autre appel, qui devient étonnamment facteur d'évolution.

Un comportement approprié, une attitude d'esprit fondés sur des bases justes, sont de rigueur, car si notre décision est faussée dans sa perspective, ce qui s'en suivra sera compromis, voire même voué à l'échec. Ainsi, l'orientation de la conduite initiale à adopter devient un élément décisif pour une réussite durable. Force est de constater que l'individu est partie prenante dans la formation de son destin et cela d'autant mieux qu'il aura su discerner et prévoir. Tant que les choses en sont à leur début, il est possible de les modifier, mais dès qu'elles prennent un certain essor elles deviennent des réalités difficiles à remodeler : les jeux sont faits. Ainsi, le fruit de la décision dans un nouveau contexte dépend de ce qui aura été semé.

Face à un tournant de l'existence que nous l'ayons décidé ou non, nous sommes astreints à un effort au niveau de la pensée aussi bien que sur le plan des sentiments : non peur, ouverture d'esprit et de coeur, accueil des nouvelles circonstances, demandent que nous fassions taire nos résistances et mécanismes de défenses. La conscience réflexive doit s'étayer sur de solides motivations afin de ne pas rater la cible ; ne jamais perdre de vue l'interdépendance à laquelle notre condition humaine est soumise, nous ne sommes pas seul dans une prise de décision, d'autres seront impliqués, notre sagesse doit en tenir compte si nous voulons maintenir un équilibre relationnel harmonieux dans ce nouveau jeu de forces que notre démarche va provoquer.

Quoiqu'il en soit, ne jouons pas les ânes de Buridan qui, ayant aussi faim que soif, est placé à égale distance d'une botte de foin et d'un seau d'eau. Il n'est jamais parvenu à se décider par quoi commencer, si bien qu'il est mort de faim et de soif. Sinon notre perplexité risquerait de nous faire accuser la malchance.

Jeanine Ercole



En mon âme et conscience, j'ai pris, un jour, la décision de me livrer aux autorités judiciaires. C'était il y a dix ans. J'avais tué.

Qui peut être dérangé par une telle décision ? Le paradoxe choque pourtant le conformisme ambiant ou le mode de pensée général. En effet, un prisonnier l'est très rarement de son plein gré. Sinon, cela relève de la maladie mentale, voire de la désespérance absolue face à la notion de liberté. J'ai donc opté pour le concept « Ma liberté s'arrête là où s'arrête la tienne ! »

Il est vrai que mon propos paraît désuet voire complètement décalé. Dans une époque devenue superficielle, dénuée de conscience et de solidarité, hormis des exceptions évidentes, le rapport à l'autre, le respect sont devenus des valeurs d'un autre temps, Ringardes, en somme ! L'argent-roi, la consommation dans l'outrance et l'absurdité véhiculent désormais un courant de pensée avec le néo-libéralisme qui prédomine sur le plan mondial.

Je pense néanmoins avoir apporté une certaine légitimité à la sanction pénale prononcée, eu égard aux proches de la victime. Peut-être désormais, pourront-ils faire leur deuil et par delà, ma réconciliation avec moi-même est envisageable. Toutefois, je n'envisage pas du tout la réparation dans le sens que les faits sont monstrueux et irréversibles. Mais je sais aussi que la justification d'une sentence ne s'exprime que dans la durée prononcée. Il peut donc paraître inadmissible que des condamnés à vingt-cinq ans de détention, n'en purgent que dix ! Imaginez l'iniquité aux yeux des victimes. Mais je parle bien sûr, de ma position personnelle, car je n'ai pas la prétention de réformer les cas de conscience individuels. Il faut bien admettre tout de même que la plupart des décisions de justice sont en dehors des réalités ; le fonds des choses est trop rarement abordé. Manque de temps, manque de moyens. Il faudrait une vraie conciliation société-victimes-criminels sinon le dilemme ne peut que se perpétrer. Avant, pendant, après ! J'en suis l'exemple type. J'ai l'impression que le non-sens, dans sa globalité, est vendu désormais comme une réalité nécessaire.

« Science sans connaissance n'est que rire de l'âme… » (Rabelais)

Jean-Marie Hamon



Prendre une décision, c'est engager l'avenir. La décision de m'arrêter de fumer n'engage que moi et mon entourage proche. La décision de déclarer la guerre engage des nations entières pour des années voire pour des siècles.

Quel que soit le niveau, la prise de décision demande toujours une estimation préalable de toutes les conséquences éventuelles, de tous les arguments pour ou contre et de l'évaluation des risques. Du moins en théorie.

Apprendre un métier, c'est se préparer à répondre à toutes les éventualités qui se présenteront dans la profession, c'est se préparer à prendre des décisions réflexes. À un niveau plus élevé, cela devient plus délicat, car la décision implique des partenaires ou des adversaires. Dans les Armées, c'est par exemple l'École de guerre qui s'adresse aux officiers ayant au moins une quinzaine d'années de service et s'apprêtant à prendre des postes d'état-major. À 35-40 ans, ils connaissent le métier et les meilleurs reviennent sur les bancs de l'école avec comme but principal, tourner et retourner dans tous les sens, la décision et ses conséquences. Le jeu de guerre (wargame) est l'un des moyens éducatifs particulièrement utilisé avec tellement de succès qu'il a été emprunté par toutes les formations supérieures sur le plan économique industriel ou commercial en devenant simulations ou études de cas.

Mais, jeux de guerre, études de cas, simulateurs sont là pour aider à mettre en pratique des principes longuement étudiés et approfondis. La décision ne doit intervenir, disent les manuels de l'École de guerre qu'après que les buts aient été bien définis, les risques et les priorités évalués, les avis écoutés, l'urgence et l'importance soupesées et les positions de repli préparées. Toutes les éventualités doivent être étudiées avec soin avec comme souci principal de se rapprocher le plus possible de l'objectivité absolue. La psychologie de l'adversaire et du partenaire entre naturellement en jeu et fait partie de l'évaluation.

Il est bien entendu que la perfection n'existe pas. La « fortune de mer » introduit des impondérables. Si bien préparée que soit la décision, il y aura bien souvent le grain de sable qui fera grincer les rouages et capoter l'entreprise. Parmi ces grains de sable, hormis des oublis dans l'évaluation, figure en premier plan, l'inconscient et la part immense de subjectivité qu'il introduit dans la décision. L'inconscient du décideur bien entendu en premier, mais aussi celui des partenaires et celui des adversaires. Durant la dernière guerre, l'état-major britannique s'était fait avec un certain succès, une spécialité d'évaluer les réactions de l'état-major allemand.

« Veni, vidi, vinci ! » disait César. « Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu. » César n'avait pas besoin de passer par l'École de guerre. C'était inné en lui, il était un génie militaire. Napoléon lui aussi en était un, plus encore que César sans doute, sachant évaluer et décider en un éclair. À Austerlitz, Il avait si bien prévu les réactions de ses adversaires prussiens qu'il avait pu décimer une armée pesant deux fois la sienne, sans même engager la totalité de ses troupes. Mais comment alors, un aussi grand génie militaire stratégique et tactique a-t-il pu aller s'embourber dans les steppes russes, dix ans plus tard, ce qui apparaît aujourd'hui comme une hérésie. Les calculs étaient bons, l'objectif atteint, mais il avait sous estimé l'adversaire, oublié son inconscient, si tant est qu'on puisse s'en souvenir. Imbu de son aura, orgueilleux, il avait décidé seul l'invasion de la Russie, comme décidera, un siècle et demi plus tard, Hitler, de la même façon toute aussi hérétique et avec les mêmes conséquences. Comment les plans de Hitler à l'instar de ceux de Napoléon avaient-ils échoué si lamentablement ! La prise de décision sans tenir compte des avis des proches est toute imprégnée du non-dit du décideur : La griserie du pouvoir absolu et l'orgueil démesuré entraînant une sous-estimation voire une méconnaissance totale de l'adversaire russe, du terrain et du climat.

L'orgueil est le principal écueil dans la prise de décision, que l'on soit Napoléon ou monsieur tout le monde. « Je suis capable de faire et je vais vous le prouver ! » Mais le décideur qui dit JE n'est sans doute pas celui qui décide. Il peut être dans l'illusion et berné par bien d'autres complexes qui vont lui dicter une attitude déraisonnable en biaisant tous ses raisonnements, quel que soit le soin qu'il a apporté à la préparation de sa décision. L'orgueil se colore volontiers de sexualité, de jalousie, de mépris, de racisme, de violence etc. tous éléments qui entrent difficilement dans une évaluation des risques pour la simple et bonne raison qu'ils ont été occultés depuis bien longtemps.

Grain de sable, l'inconscient ? Les Napoléons ne sont pas les seuls à en avoir fait les frais !

Paul Ruty



J'aimerais poser à Jean-Marie la question suivante : Que pensez-vous qu'il se serait passé si vous n'aviez pas pris la décision de vous dénoncer, il y a dix ans ? Si j'ai bien compris, la Justice ne vous aurait pas poursuivi et aurait vraisemblablement classé l'affaire sans suite, faute de coupable. Pouvez-vous imaginer l'homme que vous seriez aujourd'hui ? Le repentant torturé par le remords, le cynique occultant son crime ou encore peut-être les deux à la fois avec des comportements totalement irrationnels ?

Remords ou regrets ? Vous avez décidé d'opter pour le remords, c'est admirable ! Dix ans, c'est bien assez pour que vous ayez maintenant le droit de vivre !

Paul Ruty



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