NUMÉRO 113 REVUE BIMESTRIELLE juin-juillet 2007

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Les mensonges
  L'histoire d'un mensonge La historia de una mentira
 
Bernard, Hervé Le mensonge
 
Bouket, Gaël Le mensonge
 
Courbarien, Elisabeth Mensonges et trahisons et plus si affinités
 
Delagneau, Philippe Le mensonge
 
Ercole, Jeanine Le Mensonge : vaste programme !
 
Giosa, Alejandro La mentira
 
Labraidh, Seonaidh La gran mentira
 
Neulat, Laura Comment sortir du mensonge ?
 
Recher, Aurélien Le mensonge
 
Ruty, Paul Mensonge et vérité
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de juillet 2006
 
Thomas, Claudine Le mensonge


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Mensonges ! Ce ne sont pas des mensonges majeurs les soi-disant secrets de famille. Auparavant, il existait des secrets liés aux actions des aïeux déviants ou n'ayant pas accompli les exploits proclamés au grand jour pour un petit monde comme il fallait. Maintenant, il s'agit surtout de la stérilité masculine dans certaines familles où il est important d'avoir un descendant homme pour continuer le nom. Sortir de France pour faire une insémination , une première, une deuxième et une troisième fois toujours avec succès si la femme ne fait pas une fausse couche (procréation médicalement assistée). C'est à ce niveau-là que je trouve plus fréquemment l'émergence du secret de famille. Je n'ai pas besoin de donner des exemples qui soient largement révélateurs, mais déontologiquement difficiles à raconter, car ils nous ont fait dépositaires et presque complices des secrets qui font la part belle à l'apparence et non à la réalité des faits. L'ovocyte sera celui de la femme. L'homme n'a rien à dire et, dans beaucoup de cas, c'est par lui, et par amour ou par intérêt par ailleurs, hélas, que la femme se fait inséminer.

Je ne suis ni juge ni partie, j'écoute simplement un nouveau volet des secrets de famille liés comme toujours à l'apparence et à la convenance.

Pourront-ils un jour faire part au nouveau-né de son histoire ? Non, je ne crois pas. Dans les cas d'adoption, aujourd'hui, mes patients ont trouvé les vrais parents. Vivants ou morts, ils les ont trouvés par le soin d'une admnistration qui devient clémente et bien protectrice avec les enfants qui, un jour, et pour des raisons inconnues ont été adoptés par la DASS. Puis, par des parents adoptifs.

Mais le mensonge est là-bas impitoyable et sans retour. Aujourd'hui, c'est une affaire principalement de convenance sociale, d'héritage. Demain, le poids du secret ne sera pas facile à porter, sauf si l'orgueil est plus fort que le remords face au mensonge volontaire.

***

« Mensonge tu m'as pourri la vie » : Oui, je retiens cette phrase qui à la base n'est que la preuve d'une sous-estime de soi. Comme je suis jungienne de profession et par sens des valeurs, j'en patis avec mes patients. Ils ne mentent pas, ils racontent leurs souffrances depuis leur naissance. La blessure narcissique, si elle a existé, a-t-elle pu les lancer dans les méandres de la mythomanie ? Je ne sais pas, je ne le saurai vraiment jamais, car parfois il n'y a que la paresse qui produise des compensations mortifères. Oui, mortifères, car une fois lancé dans le fleuve puissant du mensonge il n'y a plus de répit et il faut avoir une bonne mémoire pour se souvenir des mensonges. Toutefois, il ne s'agit que de l'ambition démesurée et compensatrice d'une enfance sans aucun étayage… Cela existe et je le vois. Je vois les tragédies se dérouler devant moi avec ma battereie de ressources toujours limitées par rapport au réel d'une situation d'effondrement, dans le sens où nous n'avons pas d'accès facile.

J'allume même sans m'en rendre compte « Radio Notre-Dame » et j'écoute : « pardonnez-nous nos offenses comme nous avons pardonné à ceux qui nous ont offensés ». D'accord une synchronicité extraordinaire en même temps que j'avais réfléchi à mon cas d'aujourd'hui, une histoire d'amour sans doute étrangement déviante, sans passage à l'acte, par ce passage qui pourrait devenir la destruction de tout. Le temps passant, cette histoire de jeunesse était devenue une histoire de maturité aux limites du troisième âge. Je ne pourrai jamais la changer. Il s'agit de la vérité de mes patients que je respecte.

Pour Jung, ils racontent la vérité, mais leur vérité d'aujourd'hui. Nous savons bien, nous analystes, avec l'expérience largement acquise par le développement du contre-transfert à travers nos longs vécus professionnels que la phrase du poète, dont j'ai oublié le nom et que je n'ai plus le temps de chercher, dit : « Ta vérité, ma vérité est la vérité ».

Je l'ai entendue dans une pièce de théâtre mise en scène par Peter Brook. Je suis désolée, la source m'échappe, mais je ne peux pas laisser passer cette citation sur une vérité suprême, car je suis sûre que la vérité me dépasse.

Je pense à Jean-Claude qui, dans le dernier groupe de travail, a parlé de « mensonge ». Je dirais aujourd'hui après réflexion et le fait de porter la question en priorité que la vérité objective n'est jamais que subjectivement objective.

Je me mens toujours pour compenser mes souffrances, je me mens toujours pour éviter de sombrer dans un réel effrayant. Oui, mais merveilleux de ne pas s'empêcher de vivre le réel de l'instant de la situation.

L'unique moment où je suis sûre de ne pas me mentir, c'est quand je suis dans mon amour à me donner aux autres et dans la présence de ma conscience quand je m'oublie, quand je n'ai plus d'histoire, quand j'accueille l'autre dans l'extrême et par une si fréquente nécessité du partage empathique.

Marie Ruiz von France disait dans une conférence dans les années 83 ou 84 : « Aimez-vous comme vous aimez les autres ». J'ai la mémoire des détails, des signifiants qui illuminent notre vie. Je ne cite textuellement ni Pascal ni Proust, car « je suis bien très seule dans ma chambre » et je ne pleure pas « à la recherche du temps perdu ». Je vis simplement et s'il y a une petite sagesse qui s'éveille en moi ce n'est que par décantation, par présence, par amour… Notre profession n'est pas un mensonge si nous sommes capables d'aimer et humblement de nous aimer nous-même, si nous sommes capables de dépasser la culpabilité que nos éducations nous ont inculquée.

J'aimerais être écoutée, car je dis ma vérité et je sais bien que pour moi c'est très difficile de m'aimer autant que j'ai pu aimer les autres.

Cependant autant que je peux aimer, je peux détester, car j'entends mes mensonges que je me complais à utiliser comme des compensations d'une vie pas trop facile, mais fertile et les mensonges volontaires des autres qui ne sont que des justifications débiles de leurs faiblesses.

Un jour Mme Clausse qui était présidente de la société analytique avait conclu que j'étais illuminée. Si l'observation a été péjorative, je ne le sais pas. Mais je crois qu'il vaut mieux être illuminé _ même par un petit éveil _ que déambulant dans l'ombre, dans les ténèbres du non être.

Je dis le plus simplement possible des choses difficiles.

À quoi bon chercher l'obscurantisme si la condition humaine nous exige d'illuminer le présent afin de construire un futur probable.

Fait à Paris le 1er juillet.
La nuit tremble comme moi-même sans savoir
si le soleil viendra compenser l'instabilité d'un climat
qui ne fait qu'exprimer l'état de l'homme partout,
pour tout… Sauf les élites du vouloir être qui,
comme le souligne René Guénon, « viendraient sauver le sens de la vie »
et comme dit Jung « la vie est sens et non sens ».
J'espère que le sens l'emportera… sur le non sens.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Histoire du mariage de la jeune fille qui avait perdu, à l'occasion, sa chambre et son lit
(extrait de mon livre : Contes de Marée haute)

Lui : Dans une tente de plaisirs
Tu viendras habiter avec moi
Car j'ai dans mes besaces
Du blé en or à t'offrir

Elle : Tu n'as de tente ni de blé
Ni de perles en or à enfiler
Seulement ton corps tu as
Et mon père l'achètera

(Parce qu') Il n'était pas possible de continuer à entasser des lits dans toutes les chambres, car la maison devait être vide pour accueillir la réception.

(Parce qu') Elle ne savait pas du tout ce qui pouvait se passer dans la maison, car les domestiques avaient réduit son territoire, à cause de la fameuse soirée, à un matelas délabré, déposé sur le sol du vestiaire.

(Parce qu') Elle s'était allongée en essayant de reposer sa beauté, après avoir appliqué une crème de soins pour le visage, une de celles qu'utilisaient les grandes personnes.

(Parce qu') Elle n'avait que vingt ans et une attente impatiente de se lancer dans le jeu de jouer le bonheur d'une passion éternelle avec l'homme idéal.

(Parce qu') Ils s'étaient mariés le dix-huit mai civilement et avaient été immédiatement séparés afin de lui éviter la défloraison qui est exclue avant toute union consacrée par le curé.

(Parce qu') Il ne manquait que quelques minutes pour le prétendu mariage rêvé, qui devait être légitimé dans la grande église envahie de fleurs blanches, appelée Notre-Dame des Victoires, car personne n'a eu l'idée de bâtir l'église Notre-Dame des Défaites.

(Parce qu') Il vint la voir dans la pièce où elle se trouvait allongée sur le matelas délabré et qu'elle était comme perdue, ne sachant ce qui se passait.

(Parce qu') Elle s'était rendue à l'église avec une heure de retard, car elle était en dehors du temps, terrifiée de ne pas pouvoir continuer à prétendre jouer.

(Parce que) Les horloges se sont arrêtées au moment où elle voulait respirer, alors que la couturière de luxe lui avait violemment serré la ceinture de sa robe et enfoncé sur sa tête adolescente une couronne de muguets qui n'allait pas durer une nuit sans se faner.

(Parce qu') Après la réception, ils sont partis à l'hôtel le plus beau de ce Buenos Aires incestueux et patriarcal où elle a eu faim, mais il n'y avait que du champagne.

(Parce qu') Ils n'ont pas eu envie de faire un amour sans joie, dans un lit plus grand que l'enfer, ils se sont ennuyés d'ennui bien gagné, car ils s'étaient mariés sur des mensonges et des envies de fuite.

(Parce que) Le train pour la vie ensemble est parti le jour suivant, et comme dans le wagon-lit il n'y avait que deux jolies couchettes, ils se sont rapprochés un instant pour jouer à un désir dont ils étaient déjà rassasiés.

(Parce que) Le lendemain ils sont arrivés à Cordoba pour habiter dans un hôtel à la lumière mourante et, les jours passant, leurs habits de luxe se sont accumulés dans des placards malsains, sombres, sans autre mémoire que du vide.

Pour tout cela et bien des siècles plus tard, elle est morte, sans finir son jeu, dans une nuit de lune lorquienne, loin de chez elle, dans les bras d'un amant étranger et labile, dans une ville étrangère sans avoir récupéré ni son lit ni sa chambre.

Si bien que les couplets sont vrais :
Les copules ont bien donné
Fruits à jamais inoubliables
Mais, dans ses jours, il n'y eut que des lunes
Et dans ses soleils que des solitudes.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Y a-t-il de bons mensonges et de mauvais mensonges ? Jusqu'où mentir ? Faut-il ne jamais mentir ? Mentir par omission, est-ce du mensonge ou de la discrétion ? Faut-il différencier le mensonge vers les autres et le mensonge vers soi-même ?

Qu'est-ce que le mensonge, qu'est-ce que la vérité ?

Toutes ces pensées défilent dans mon esprit, à l'évocation du thème du mensonge, cherchant toujours une vérité absolue, peut-être et sans doute dans la supériorité de la vérité par rapport au mensonge, mais sentant instinctivement que LA VÉRITÉ est ailleurs entre vérité et mensonge, dans une démarche spécifique et éthique (même si l'éthique est bien malade à notre époque) qui accueille à la fois la vérité et le mensonge.

Rares sont ceux qui peuvent affirmer n'avoir jamais menti, en tout cas consciemment (inconsciemment, c'est une autre histoire !). D'ailleurs la morale ou même l'expérience de la vie ne nous obligent-ils pas à mentir dans certaines circonstances ?

Quand une personne régulièrement mal habillée, malade ou désagréable nous interpelle pour nous demander notre avis sur sa personne (comment me trouves-tu ?), ne nous sentons nous pas obligés d'après la morale ou la politesse (cela devient même un réflexe) d'avoir une réponse réservée où le mensonge pointe pourtant bien clairement dans les non dits de notre formulation ?

L'expérience de la vie nous enseigne le silence plutôt que la parole quand elle rime avec mensonge et qu'elle est de nature à blesser, à humilier, ou à diminuer l'estime de soi de la personne. Par exemple quand on connaît l'issue fatale et imminente d'une personne très malade qui a peur de mourir : ne faut-il pas mieux attendre un signe explicite de la personne pour en parler et, dans le cas contraire, simplement accompagner dans la meilleure alliance possible pour aider au passage, comme le suggère la charte des malades ?

Le silence est souvent préférable, à moins qu'il ne mette en danger ou porte préjudice à la personne, car il réduit la déliaison. En effet une parole dite peut devenir un obstacle, comme une séparation entre les deux personnes, au détriment de la communication et de la compréhension. Le mensonge par omission, dans le silence, n'exclut pas, bien au contraire, une attitude intérieure bienveillante, qui agit comme une pensée au-delà de l'espace.

Mais le premier mensonge n'est-il pas d'abord intérieur ? Ne doit-on pas d'abord être transparent avec le mensonge à soi-même pour savoir clairement et instantanément avec l'autre quelle attitude adopter dans telle situation entre l'absolue vérité et le mensonge complet verbalisé ?

Dans quelles situations je suis en situation de mensonge et dans quelles autres je suis parfaitement en harmonie avec moi-même sans la moindre trace d'incohérence avec ma conscience et ma morale ? Le passage en revue de différents dossiers personnels et aspects de notre vie professionnelle, familiale, personnelle, sentimentale pourrait permettre d'établir un classement sans doute d'abord sommairement éva lué, puis en creusant, plus argumenté, commenté de notre positionnement personnel entre les deux pôles de la vérité et du mensonge.

J'en viens à me demander s'il ne faut pas tout simplement démarrer une démarche analytique pour faire la part consciente entre les bons mensonges et les mauvais mensonges, ceux inutiles, dans le désintérêt de la personne, involontaires.

Aller plus loin dans cette brève analyse, au-delà de ce cadre de réflexion, est une affaire de conscience personnelle. Lumière et honnêteté doivent être les compagnons fidèles pour trouver le chemin étroit entre vérité et mensonge.

Hervé Bernard



« Le devoir de l'écrivain est d'être vrai et de ne pas avoir peur de qui va le lire,
car comme dans les films, tous les personnages sont imaginaires. »
Graham Green

Le ciel était bleu, était étoilé et dans cette perfection est apparu le premier mensonge de l'humanité. Il s'est répandu, infiltré, développé, enrichi et le constat de l'instant présent, irréfutable : les siècles et les siècles l'ont porté jusqu'à sa magnificence absolue et dans son expression la plus funeste : la manipulation. Le remords que je peux ressentir engendré par le fait d'avoir été manipulé m'éclaire sur un aspect de la manipulation : être manipulé c'est laisser l'autre agir en tant que manipulateur. Avoir laissé Antony pénétrer chez moi, se mettre en contact avec mes élèves en sachant pertinemment le risque de trahison que j'encourais, lui avoir laissé constater mes faiblesses, les faiblesses de la structure a presque consisté à le faire pactiser avec le démon. Il était venu chez moi avec un sourire d'ange, trahissant déjà son précédent employeur qu'il admirait pourtant pour ses qualités d'escroc, brandissant ses élèves en trophée ou comme on s'offre une voiture flambant neuve avec l'argent de la drogue. J'ai senti la trahison monter doucement en lui, au fil des dissimulations, du jeu de l'angoisse qu'il jouait à la perfection pour éviter de respecter ses engagements (il ne voulait plus travailler avec des personnes handicapées, dommage, le Centre Musical était fait pour ça !). Puis il y a eu la brèche : la difficulté financière, il n'a pas pu y résister, comme hypnotisé par cette ascension devenue possible et légitimée par le préjudice qu'il estimait subir. Il n'y avait plus qu'à attendre, patiemment, le moment idéal, prédateur, discret, tapis dans un buisson, à l'affût, que sa proie baisse sa garde pour aller boire. Ce fut fait pendant l'été : à mon retour de voyage de noce, ses affaires avaient disparu, quinze jours avant la reprise des cours, il était parti sans prévenir me contraignant au bout du compte à fermer le Centre Musical. Aujourd'hui, un an après, Antony a monté son école de musique à dix kilomètres de chez moi avec une bonne partie de ceux qui furent mes élèves et bien sûr pas ceux qui en avaient le plus besoin.

Je crois que le mythe qui se joue en moi aujourd'hui est celui d'Adam, lui qui a pêché par passivité, qui a laissé le malheur arriver sans s'interposer et a ainsi favorisé, et quelque part donné son approbation, l'action du démon, lui qui, empli de remord et de peur, conscient de lui-même, de ce qu'il était, se cacha à l'arrivé de Dieu dans ce qui fut le jardin d'Eden. Voilà ma réalité dans cette affaire et comme dans bien d'autres.

Heureusement, il y a un point positif dans ce profil de personnalité, il permet de révéler les véritables intentions, de dévoilé les tricheurs, les manipulateurs, les menteurs… Il s'agit maintenant de se mettre au service de la vérité et non du mensonge, de laisser se dévoiler les manipulateurs, mais être prêt à s'opposer avec force et précision. Le combat « mensonge contre vérité » s'illustre alors dans la bataille « manipulation contre ruse ».

Le ciel était bleu, était étoilé et dans cette perfection est apparu le premier mensonge de l'humanité. Il s'est répandu, infiltré, développé, enrichi et le constat de l'instant présent, irréfutable : les siècles et les siècles l'ont porté jusqu'à sa magnificence absolue et le porte toujours comme un virus transmis à la moindre respiration dans un processus des plus funestes : la chaîne de responsabilité. Être un maillon de cette chaîne m'a amené à une constatation : l'homme est la matière la plus conductrice du mensonge, comme le cuivre pour l'électron. Au printemps 2005, Alain m'appelle sur mon téléphone portable, je suis au travail. Il a de grands problèmes financiers, on le menace de fermer son école de musique, par voie de conséquence, compte tenu d'un contexte difficile, les services sociaux risquent de renvoyer les enfants en foyer d'accueil. Il lui faut absolument 10 000 euros afin d'assurer la jonction jusqu'en octobre, date à laquelle l'organisme de formation qui lui doit de l'argent le paiera enfin. Il a bien sûr étudié toutes les possibilités, négocié avec les banques pour un délai, demandé des prêts, contacté sa famille, ses amis, rien ne peut lui permettre de s'en sortir. Tous ses espoirs reposent sur moi. Il a confiance en moi, il me sait débrouillard et me demande de lui trouver cet argent qu'il me rendra donc en octobre sans faute. J'ai confiance en lui, Alain m'a beaucoup apporté sur le plan professionnel et personnel et même si l'entreprise paraît impossible, je me lance à la recherche de 10 000 euros. Je réfléchis, mais il faut aller vite, il ne reste qu'une semaine. Je pense à l'argent disponible du prêt de ma maison, mais c'est très risqué, car j'ai déjà signé le compromis de vente et dois emménager en octobre, le délai est trop court. J'appelle mon père, toujours prêt à m'aider, mais après 24 heures de réflexion, il refuse. Alain m'appelle plusieurs fois par jour pour suivre l'évolution de la situation et même si je suis surpris par cette pression, voir un peu agacé, lui qui a le téléphone si difficile, je tiens le cap de ma mission. J'hésite, puis je me décide à appeler Philippe. Je préviens Alain qui m'encourage à utiliser tous les réseaux d'entraide possibles. J'expose toute la situation à Philippe, tout ce qu'Alain m'avait transmis comme explication ainsi que le lien qui me lie à lui, important. Philippe doute et décide de demander conseil, après quoi il me rappellera avec la réponse. Après quelques minutes, la réponse est négative, je comprends. Par la suite, je reçois un appel de Georges qui me donne un rendez-vous, j'aurai aussi par la suite un appel de Serge, l'un et l'autre informés de ma demande à Philippe. Tous deux me tiennent le même discours et je ne sais par quel mécanisme de l'esprit et de la communication humaine, Alain était devenu un gourou qui cherchait à soutirer de l'argent aux esprits fragiles. Ils me reprochent de ne pas les avoir alertés que je me trouvais en contact d'un tel individu. Et me voilà accusé de complicité de secte. Étrange scénario dont j'ai encore du mal aujourd'hui et démêler tous les processus de mensonge de part et d'autre. Toujours est-il que j'en étais au centre et en avais été un générateur extraordinaire par simple bêtise. Finalement, Alain a reçu 5 000 euros en conséquence de mes démarches qu'il n'a toujours pas remboursés aujourd'hui et ne donne pas de nouvelles…

La question qui m'interpelle dans cette histoire est celle de la prière de Saint Augustin : « Savoir faire la distinction entre ce que je peux changer et ce que je ne peux pas. S'impliquer dans une affaire qui ne nous est pas appropriée nous place au centre d'un chaos tourbillonnant, maillon transmetteur de mensonge plus ou moins subtil, le diffusant avec force en toutes directions à la vitesse de l'éclair. »

Le ciel était bleu, était étoilé et dans cette perfection est apparu le premier mensonge de l'humanité. Il s'est répandu, infiltré, développé, enrichi et le constat de l'instant présent, irréfutable : les siècles et les siècles l'ont porté jusqu'à sa magnificence absolue, mais il est combattu avec une force surhumaine et lorsque ces deux forces se rencontrent, le mensonge fuit, se cache et pleure, car il se voit tel qu'il est : un serpent perdu entre les merveilles de la création. M'être laissé dominé par le mensonge aurait pu dans ces deux cas précis me placer en grande difficulté morale, affective, financière, peut-être même judiciaire. Cela m'a toutefois permis de constater un fait qui me donne confiance en la vie : à ce phénomène surpuissant s'oppose celui de la vérité, du soutien, de l'amour désintéressé et c'est celui-ci qui a été déposé à mes pieds lorsque les choses paraissaient très mal tourner. Une protection qui a pris forme humaine pour m'aider à sortir de la spirale de confusion. Graciela et Véronique ont su être les vecteurs de vérité lors de ces deux événements. Ce que je peux constater dans l'analyse de ces sauvetages in extremis et à travers ces deux personnages ayant alors pris le rôle d'anges gardiens, c'est la manière sublime de soutenir l'autre dans le respect de sa liberté, sans jugement, comment proposer une présence bienveillante, mais aussi active, concrète, matérielle et solide. Je veux ici leur rendre un hommage humble, mais d'une profondeur insondable, car bien plus qu'une aide, elles m'ont permis de faire un pas, de voir. J'ai grandi. Il paraît que c'est le propre des épreuves lorsqu'elles ne nous tuent pas. Je suis plus vivant que jamais, nous sommes plus vivants que jamais.

Fait à Villandry, le 22 juillet 2007.
La naissance de mon fils est prévue pour le 14 août.
Donner la vie c'est aussi donner le mensonge, la mort.
J'ai pris cette responsabilité terrible et j'accepte de porter avec lui sa croix.
Que ses anges le guident à travers les épreuves lors sa quête pour la vie.
Il lui faudra, comme à nous tous, beaucoup d'amour pour exister.
J'ai confiance.

Le ciel était bleu, était étoilé et dans cette perfection est apparu le premier mensonge de l'humanité. Il s'est répandu, infiltré, développé, enrichi et le constat de l'instant présent, irréfutable : les siècles et les siècles l'ont porté jusqu'à sa magnificence absolue et dans son expression la plus funeste : le dogmatisme. J'ai rencontré sœur Marie-Reine le 17 janvier 2006, intéressé par la religion et prêt à m'y plonger avec force et passion, mais ouverture sur le monde et esprit critique. Il n'a fallu qu'un an pour que cette transmission de savoir se pose en ultimatum : il me fallait choisir entre la vie en religion et la vie sociale, cesser mon analyse, accepter les idées toutes faites, me plier à sa volonté substituée alors à celle de Dieu. Tistou les pouces verts m'avait pourtant bien prévenu que les adultes fonctionnent ainsi. Soumettre un individu à un tel ultimatum l'interrompant ainsi et peut-être définitivement dans son processus d'individuation est un danger pour celui qui cherche la conscience. De quel Dieu peut-on alors se revendiquer, lui qui aurait donné la liberté à l'homme comme suprême cadeau ? Le chemin de la liberté intérieure est celui de l'ouverture sur le monde.

Mardi 31 juillet 2007, premier enseignement d'Isaïa, il a un jour : le premier sentiment qui existe chez l'homme, le seul sentiment lors de ses premiers jours sur terre, peut-être le sentiment premier de notre espèce : la confiance, totale, absolue, sereine. Rien ne vient la perturber, elle est pureté absolue. Les difficultés de ce petit appelé à la vie sont liées à ce corps nouvellement habité, douloureux, ayant ses besoins propres. On sent dans cette petite personne deux êtres indépendants ou deux fonctions indépendantes et autonomes : l'un s'exprime par ce regard plein, riche, serein, celui d'un sage qui appréhende le monde avec compréhension, profondeur et confiance en toute chose, et l'autre crie, pleure, bouge, se crispe, apprenant la réalité de la vie terrestre avec toute sa matérialité. Il n'y a pas de place pour le mensonge dans cette réalité, tout est direct, à sa place. Le mensonge en lui résultera de la confusion du sentir et du ressentir, lorsque le sentiment premier de confiance sera pris dans le flot des perceptions de la vie corporelle, sociale, tout comme Ève qui a changé pour un instant l'objet de sa confiance : le ciel était bleu, était étoilé et dans cette perfection est apparu le premier mensonge de l'humanité. Il s'est répandu, infiltré, développé, enrichi et le constat de l'instant présent, irréfutable : les siècles et les siècles l'ont porté jusqu'à sa magnificence absolue et dans son expression la plus merveilleuse : la vie.

Fait à Villandry le 1er Août 2007.
J'ai senti battre l'énergie comme un second cœur en moi, celui de la confiance absolue.
Elle m'habite toujours par delà les mensonges.
Merci à Elodie et Isaïa de partager avec moi cette nouvelle et sublime trinité.
Gaël Bouket



De tous les mensonges l'un des plus destructeurs, selon moi, est celui que nous nous faisons à nous-mêmes.

Ce mensonge-là n'est pas conscient, il est le révélateur de notre névrose.

« Même pas mal ».

Notre éducation tend à faire de nous des hommes, des êtres forts.

Lorsque malheureusement la vie vous gratifie dans votre jeunesse d'une épreuve majeure dont elle a le secret : viol, divorce des parents, décès, bien peu d'enfants sont préparés pour affronter ces épreuves.

« Même pas mal ».

Et pourtant.

Puisque je suis un homme, je me dois de me comporter en homme : je ne manifesterai aucun signe de faiblesse, aucune lâcheté. Pas une larme ne s'écoulera de mes yeux, pas une plainte ne s'échappera de mes lèvres, d'ailleurs je ne souffre déjà plus.

« Même pas mal ».

Il ne s'est rien passé de grave.

Parfois, des années plus tard, je sens quelque chose d'étrange, je suis agacé, sans patience et je me mets facilement en colère. À d'autres moments, je me sens abattu, je suis la proie d'une mélancolie et d'étranges pensées noires qui montent, alors que je suis totalement heureux dans ma vie, non ?

Le refus de voir notre blessure et ses conséquences est l'un des pires mensonges qui existe : c'est un mensonge que nous nous faisons à nous-mêmes. Il ne nous quitte pas, nous dormons avec, nous vivons avec, il est enfoui dans un espace inconscient, profond, refoulé. Tant que nous n'aurons pas fait face, accepté d'avoir souffert et exploré ce traumatisme, ce mensonge risque fort de nous empoisonner l'existence.

Quelques séances de thérapie pourraient être alors un bon moyen de nous réconcilier avec un être neuf.

Pour ce qui a trait aux mensonges perpétrés par d'autres, c'est étrange, mais l'acuité de notre écoute peut nous le faire réaliser très vite : même les menteurs les plus aguerris laissent derrière eux les indices de leur forfait.

Et si le doute subsiste laissez faire le temps : la difficulté de rester cohérent et fidèle à notre version initiale, lorsque nous sommes coutumiers de l'usage, demande une mémoire surnaturelle !

Il est tellement plus reposant de ne rien dire, pourquoi mentir ? Dans quel but ? Le seul bénéfice recherché ne peut, compte-tenu de l'analyse faite ci-dessus, que porter sur du court terme uniquement.

Par exemple lorsque quelqu'un écrit « Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas » : il est rassurant que nous sachions que l'inconscient ignore la négation, de vous à moi nous n'aurions que faire de certains secrets d'état !

Le seul mensonge que je tolère est celui qui est fait pour épargner une peine inutile.

Ne perdons pas de vue qu'il n'en sera pas moins perçu de façon plus ou moins consciente par l'interlocuteur sauf si, par hasard, il n'entendait que ce qu'il est capable d'entendre !

Pour illustrer par l'exemple je me souviens que dans les derniers mois de sa vie, Mémé, ma grand-mère paternelle, souffrait d'un stade avancé de la maladie d'Alzheimer. Lorsque l'un de ses enfants est décédé, personne n'a jugé utile de l'informer de cette mauvaise nouvelle, qu'elle aurait de toute façon oubliée peu après.

Il existe un autre cas de figure, que certains d'entre vous trouveront amoral, pour lequel je préconise le mensonge : il s'agit de l'infidélité.

Si, par convenance et éthique personnelle, je me comporte selon mon bon vouloir, fidèle à moi-même en cela, je recommande impérativement à ceux qui, suite à un moment d'égarement, serait tentés de libérer leur conscience de n'en surtout rien faire.

Enfin, entendons-nous bien. Si vous souhaitez vous épancher chez votre psy ou dans un confessionnal : n'hésitez pas. Je ne saurais trop vous conseiller d'éviter les confidences auprès du copain de jogging ou de la meilleure amie qui va regarder l'infortuné de travers ou va souhaiter le consoler à la prochaine rencontre.

En effet, le remède serait pire que la mal. Pourquoi ? Parce que s'il est « humain » de flancher devant une pulsion, il est capital de ne pas infliger à la personne trompée la blessure narcissique de notre trahison. Il nous faut, pour préserver l'amour qu'elle nous porte et sa confiance, garder le silence voire mentir en niant, même devant l'évidence, jusqu'au bout. Et résister sous la torture de l'interrogatoire de la personne qui va tout tenter pour apprendre par la douceur la violence de ce qu'elle ne veut pas savoir.

Si vous ne souhaitez plus de cette relation, alors cessez de vous mentir à vous-mêmes et ayez le courage de partir et de ne plus traiter l'autre en objet.

Attention toutefois à ne pas ajouter à d'humaines faiblesses plus de lâcheté et de méchanceté que nécessaire : l'inconscience et l'insouciance devant les dommages collatéraux, je veux parler des enfants, serait, quant à elle, inexcusable.

À tous ceux que j'ai reçus en confession non-officielle ne vous méprenez pas, vos mensonges seront bien gardés… au fond de votre propre mauvaise conscience.

Pour ceux qui l'auraient oublié, votre pire ennemi aura tôt fait de se rappeler à vous, car les menteurs, hélas, savent bien qu'ils ont menti ou trahi…

Et ils finiront par se détester et se mépriser eux-mêmes, sans pouvoir se mentir.

Elisabeth Courbarien



Nous pouvons sans doute pour commencer définir le mensonge comme étant, par opposition, contraire à la vérité.

Nous aimons la vérité, nous espérons souvent agir en son nom et la plupart du temps, nous sommes persuadés de poser des actes pour notre propre bien et celui des autres au nom de la vérité. Il n'y a qu'a entendre les discours passionnés des orateurs présentant des théories parfois contradictoires. Il ne mentent pas, ils expriment simplement une opinion, une conviction, une vérité peut être erronée mais sincère.

Quant au mensonge perçu ou ressenti comme tel, il nous est d'instinct antipathique. Surtout ceux des autres, parce qu'il y a quelque chose d'injuste à notre égard que nous ne méritons pas. Et puis, dans la bouche des menteurs expérimentés, il représente toujours un danger potentiel.

Si nous n'aimons pas le mensonge, nous reconnaissons cependant que, dans certaines conditions, il est préférable ou tout au moins plus aisé de taire la vérité. Ne disons-nous pas, par exemple, que « Toute vérité n'est pas bonne à dire », ce qui implique que nous considérons que toute vérité n'est pas bonne à entendre. Nous reconnaissons donc un droit d'existence au mensonge dans lequel il est légitime de taire la vérité aux autres. Ce droit évidemment, agit également en notre faveur et là aussi, nous devons trouver des compromis à moins d'éviter tout simplement la question.

Si nos convictions, nos croyances, notre nature nous poussent à aimer la vérité, nous nous trouvons confrontés souvent à une réalité qui nous en éloigne comme une force mystérieuse qui agit malgré nous. Nous pouvons l'observer quotidiennement. Qui n'a pas dit un jour «avec sincérité » à un collègue de travail « j'arrive tout de suite ». Tout de suite, c'est maintenant, pas dans quelques minutes. Dans cette vérité exprimée, apparaît déjà le mensonge d'ailleurs consenti tacitement de part et d'autre, apparaît aussi l'exigence de la vérité.

La vérité et le mensonge vécus dans notre quotidien semblent indissociables comme les deux faces d'une même pièce. Il apparaît, dès lors, nécessaire si nous voulons évoluer en bon terme avec nous-même et notre prochain, d'en faire le constat.

À partir d'une certaine compréhension, résultat d'un travail volontaire et conscient, nous serons alors peut être en mesure de poser des actes cohérents, sensés, justement pour le bien de tous. Que l'on pose simplement comme préambule que la vérité nous est donnée si on la questionne.

Je ne parlerai pas ici du mensonge qui a non seulement l'effet, mais le but de nuire à autrui. Ce mensonge est révoltant, car ces individus sans scrupule, agissent au mépris même de la vie, de leur propre vie. Toutes les cultures et religions s'accordent d'ailleurs à dire que l'acte est de la plus extrême gravité, difficilement « rachetable ».

Mais pour la majorité d'entre nous, le mensonge est tout autre. Bien souvent, il est à l'origine d'une fragilité psychologique individuelle. La personnalité apparaît comme un tout cohérent et remarquablement équilibrée à l'image de notre corps physique. Pourtant il semblerait qu'il n'en soit pas ainsi. Les cabinets de psychologues qui ne désemplissent pas en sont un témoignage frappant.

Notre personnalité s'est développée au gré des événements et de notre éducation, de façon plus ou moins cohérente ou chaotique. Et la nature s'est chargée du reste, c'est à dire de concilier ce qui finalement ne l'avait pas été par construction, par la mise en place de mécanismes de défenses qui n'ont pas d'autre but que de protéger l'intégrité de la personne. Un philosophe contemporain parlait de « tampons » à l'image de ceux existant à chaque extrémité des wagons de chemin de fer pour amortir les chocs. Ce processus est naturel. Il considérait par ailleurs que ces « tampons » pouvaient être détruits bien entendu dans le cadre d'un très long travail dirigé et conscient au risque de perdre cette fois-ci définitivement la raison.

Si l'on poursuit cette analyse, on voit émerger le mensonge comme agissant automatiquement, mécaniquement, secondé en cela par ces « tampons » garants de « l'intégrité » de notre individualité. Le mensonge serait en nous, enkysté dans la personnalité qui ne peut s'en défaire dans les conditions normales de la vie ordinaire.

Et les deux principales émotions participant activement à ce processus sont la peur et l'orgueil.

Toute nouvelle confrontation éloignée d'une réalité connue, digérée, peut nous effrayer. On pourra prendre ses jambes à son cou comme on dit et si la réponse n'est pas adaptée, la fuite pourra alors consister à trouver n'importe quel prétexte pourvu que le « danger » s'éloigne.

Cette peur, pourrait à son tour être le jouet de l'orgueil. Cette confrontation avec moi-même pourrait révéler, dévoiler qu'en définitive je ne sais rien de ce que j'affirme, que je ne suis pas ce que je crois être.

Il ne s'agit pas ici de faire l'apologie du mensonge ou de la vérité qui porte aussi en elle le germe d'un mensonge, celui de croire que nous agissons la plupart du temps en son nom. Il s'agit plutôt de pouvoir répondre à la question « Que faire lorsque je suis confronté au mensonge, comment y répondre ? »

J'aime la vérité.

À force de persévérance, de travail et de rencontres exceptionnelles, se pourrait il que je sois sur le chemin ou « il y aurait beaucoup d'appelés et peu d'élus »

En d'autres termes, si tel était le cas, ne serais-je pas dans l'obligation étrique d'aider mon prochain. Mais comment ? Comment vivre une confrontation agissante, participative et non guerrière.

Celui qui est à la recherche de la vérité devra nécessairement trouver un guide qui soit déjà avancé sur ce chemin et qui soit disposé à enseigner aux autres ce qu'il a compris.

Pour les disciples, comme pour le guide, le choix est clair. Ils devront toujours avoir à l'esprit de vouloir exprimer la vérité. L'évolution est à ce prix. Dans le cas contraire, le guide et le disciple perdent leurs temps. Le « patient » qui ment à son thérapeute ferait mieux d'occuper son temps à tout autre chose.

Mais, en dehors de ces relations particulières, ai-je le droit et le devoir d'être sincère ?.

Qu'il nous suffise de dire ici que toute vérité qui ne respecte pas la personne n'a pas à être exprimée. La vérité ne s'impose pas, elle se cherche, s'offre et « s'invite » si vous le lui demandez. Ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs de la pire espèce, des manipulateurs qui agissent le plus souvent pour leurs propres intérêts.

Un autre élément à considérer porte sur la question de la responsabilité.

Je ne suis pas responsable de la vérité et du mensonge des autres, mais je n'y suis pas indifférent. Un chercheur de vérité exprimait le doute qui surgissait en lui sur la position juste à adopter lorsqu'il était confronté à un mensonge avéré. Devait-il intervenir ou non, devenir malgré lui un complice passif.

C'est bien dans la conséquence de notre intervention qu'il faut aller chercher la réponse. Encore une fois, je ne suis pas responsable du mensonge des autres, mais je veux être responsable de mes actes et de mes propos dans le respect de celui qui se cherche ou qui s'ignore.

Philippe Delagneau



« Nous nous trompons nous-mêmes pour mieux tromper les autres »
Vauvenargues

Hé oui ! Le ver est dans la pomme quand le mensonge habite un homme. Pour celui qui ment et calcule, quel enfermement et contrainte que cette fausse perception et affirmation de lui-même dans son rapport avec autrui ! Mais aussi véritable jouissance pour lui d'exercer son complexe de supériorité sur celui qu'il déconsidère et prend pour un naïf ! Auto-satisfaction également de se croire fort, parce qu'il roule les autres et les met dans sa poche. Quels trésors d'imagination ne déploie-t-il pas le menteur ! Paradoxalement ce sont des trésors à bon marché. Pour aboutir à quoi ? En l'absence de vérité pas de racine de présence humaine ni de construction qui sinon tournent à vide : univers clos où s'égarent l'orgueil et l'égoïsme. Étayées sur des raisonnements de justifications, toutes les indulgences sont bonnes pour lui et c'est avec bonheur qu'il caresse sa bedaine psychique. Bien que le mensonge procure un sentiment de puissance, aucun pouvoir créateur ne sera accordé à une telle disposition mentale qui ne s'arrête qu'à soi-même et ainsi ne peut rien recevoir de juste. Quels que soient les divers mobiles qui l'inspirent, l'altération intentionnelle de la vérité amenuise les facultés et les sentiments : les vraies joies d'une réalisation authentique ne resteront jamais, pour celui qui ment, que songes creux et fantasmes. Tout travers étant limitatif, le mensonge barre la route à la vibration harmonieuse du monde et supprime ainsi toute jouissance saine puisque le vécu étant fait de contrefaçon, le bonheur sera reçu de même. Une attitude d'esprit sincère, le don sans retour, ouvre sur le goût de la Beauté qui éclaire l'intelligence, de la Bonté qui est signe de maturité, toutes deux vont de pair et sont porteuses de messages de vérité, mais le menteur les ignore autant que l'amour vrai qui le dérange.

De quels masques, cet honorable personnage, se voile-t-il la face ? Quelle image illusoire veut-il donner de lui-même sur le plan social et humain ? Osera-t-il un jour faire le pas et crever l'écran pour regarder de l'autre côté, voir ainsi ce qu'il est, et prendre conscience de la voie perverse dans laquelle il marche ? C'est peu probable, car le mensonge est un mode de fonctionnement avec lequel on peut pallier tous ses manques, toutes ses pauvretés et ses paresses. Grâce à lui on est bien mieux dans sa peau et il procure au besoin de sérieux avantages ! Sa conscience morale ne le chatouillant pas, pourquoi le menteur s'en priverait-il ?

Peut-on trouver des excuses aux mensonges ? Peut-être pour certains dont l'absence de structure psychique, le défaut de Sur-Moi, n'ont pu permettre l'identification à un idéal du Moi lorsque c'était le moment. Dans un autre registre, bien que la misère affective n'excuse pas tout, il y a ceux pour lesquels l'isolement moral est difficile à supporter et cherchent un peu de chaleur auprès des autres, ils appuient alors quelquefois leur quête sur le mensonge ; de même par sentiment d'infériorité aussi lorsqu'il y a décalage social, pour ne pas perdre la face ; ou bien encore par nécessité lorsqu'un manque grave se fait sentir : la peur, la timidité, les complexes, la honte jouent un rôle dans ces sortes de scénarios où l'émotivité tient une première place, etc. Quel que soit le mobile qui les inspire, ce ne sont pas toujours des menteurs nés, leurs mensonges ne sont que des armes accessoires, souvent abandonnées lorsque le destin devient plus généreux pour eux.

Il y a aussi le menteur au grand cœur qui partant de l'arnaque devient un être de meilleure qualité dans un retournement spectaculaire. L'amour ôte de l'esprit toute chose vile, écrivait Dante Alighieri dans la « Vita Nova ».

Parlons également du mensonge thérapeutique refusé depuis plusieurs années par les médecins américains. Lorsqu'un malade est condamné et n'a plus beaucoup de temps à vivre, on lui annonce froidement : « vous en avez encore pour… » ce qui est très désastreux, car la personne ne lutte plus puisqu'elle n'a plus d'espoir. Or un malade désespéré meurt plus vite que celui qui s'accroche à la vie pensant qu'il a encore une chance d'être sauvé, car les rémissions existent ou les grâces, mettez-y le mot que vous voulez. Si ces praticiens ne veulent pas mentir qu'ils aient la pudeur de se taire. In fine les hommes de science ne sont pas maîtres de la programmation Vie-Mort des individus. De plus, l'humain n'a pas encore atteint un certain degré d'évolution lui permettant d'assumer la connaissance du moment de son départ de la terre, à moins qu'il n'en fasse lui-même la demande, ce qui est sa liberté.

Le sujet de cet article n'est porteur d'aucun envol possible ni d'aucune digression ; si nous nous étions penchés sur les degrés pathologiques du mensonge, nous n'aurions pas rencontré davantage de lumière, mais cette étude ne nous était pas demandée. Nous avons donc navigué, un moment, dans les bas-fonds de l'humain dont la stérilité nous a maintenus au bas de l'échelle. Malheureusement pour le menteur, il ne s'agissait pas de l'échelle de Roméo et encore moins de celle de Jacob.

Jeanine Ercole



Mensonge : énoncé délibéré d'un fait contraire à la vérité.
Mensonge par omission : dissimulation de la vérité.

Le film « Goodbye Lénine » raconte l'histoire d'Alex, un jeune allemand, qui pour restaurer la santé de sa mère qui se réveille après être tombée dans le coma le jour même que le mur de Berlin tombait, tente de recréer le passé après la chute du Communisme.

Pour sauver sa mère, sous l'injonction d'un médecin qui lui dit qu'il ne faut pas qu'elle ait de choc, Alex transforme l'appartement où il habite avec sa mère et sa sœur, en une île du passé, un musée du socialisme, où sa mère et emmenée à croire que rien n'a changé. Au fur et à mesure que le film se déroule, le mensonge échappe au contrôle d'Alex. Ce qui commence comme un petit mensonge, devient au fur et à mesure que le film avance, un drame groupal dans lequel tous, tous sont impliqués dans le mensonge.

La mise en scène du mensonge apparaît tel un univers idéal comme vu par les yeux du jeune Alex : mensonge et idéal du communisme, enfin, se rencontrent.

Dans ce contexte de fond, le mensonge vient aider à résoudre les problèmes complexes de l'existence, tel un mécanisme de défense, et par le résultat obtenu, l'amélioration de la mère, valide ce choix. Le mensonge devient une métaphore de tentatives de la conscience pour s'adapter avec un minimum de conflits à une réalité trop dure.

Je pense ici aux adolescents de notre quotidien, que nous rencontrons en clinique, ou dans notre cercle d'amis, ou dans notre famille, qui parfois s'engouffrent aussi dans le mensonge pour s'aider à survivre, reflétant ainsi dans un moi-inventé, un moi-mensonger, l'image d'eux-mêmes que les parents leur envoient, dans leur immense attente de ce qu'est un devenir souhaitable.

Ils réalisent que la seule manière de satisfaire cette demande de parents et d'être ainsi reconnu par eux, est de mentir. Les parents sont le modèle d'identification premier pour les enfants. Il arrive qu'ils n'acceptent pas leurs enfants comme ils sont, et cette non acceptation peut être explicite, dite, par exemple manifestée par des reproches, des interdits, ou implicite, non-dite. Dans les deux cas, l'épanouissement de l'enfant se voit bloqué et il se sent dévalorisé. Quand l'adolescent ment de manière répétitive, il essaye de se conformer au désir de ses parents, dans une fuite en avant visant à leur être agréable et à ne pas perdre le lien qui l'unit a eux Voici une tentative de l'adolescent pour ne pas perdre le dialogue que les parents, avec leurs expectatives exagérées, ont eux-mêmes scindé.

Ces efforts de l'adolescent, non seulement vains mais surtout déstructurants et destructeurs pour se conformer au modèle que les parents (ou la société) leur envoient, résultent, au bout du mensonge, en une perte de repères et de confiance, en une grande culpabilité, un mépris de soi. A un moment, acculés par la découverte de ces fautes, ils s'écroulent, souvent dans la dépression.

Empêtré dans ses mensonges l'adolescent ressent un grand mal-être. Ces mots d'adolescents, publiés dans des forums Internet, en montrent l'ampleur :

« Maintenant je me rends compte que je suis allée trop loin et que ça servait à rien de mentir. Mais je ne sais plus quoi faire. Je n'ose pas dire que j'ai menti. Je sais qu'on ne me croira plus jamais. Qu'on me fera plus confiance. Qu'on doutera toujours… »

Comment sortir du mensonge ?

Dans le cas de notre film, les problèmes ne trouvent pas de résolution dans l'univers fictive du mensonge. Etant donne que la mère ne pourrait survivre à un choc, la seule issue est la mort même. Mais non pas celle de notre jeune personnage, Alex, qui vit dans le fil de ce film et parallèlement au mensonge, un rite initiatique vers la vie d'adulte, mais bien celle de sa mère. Il n'y a pas d'autre alternative : ou elle meure en découvrant le choc de la chute d'un univers dans lequel elle croyait, ou elle meure en découvrant le mensonge dans lequel son fils l'a tenue depuis son réveil. Le directeur nous épargne le drame d'une telle confrontation, et la mère meurt dans son sommeil sans conscience et sans avoir pris conscience de la réalité.

Notre adolescent n'a pas droit au rite initiatique duquel on a parlé en faisant allusion a notre héros, Alex. En effet, le mensonge permet à Alex de faire un voyage intérieur autant que dans le monde pour découvrir la vérité sur son père, sur sa mère, sur son passé. Mais notre adolescent devant la perte de continuité de son monde autant intérieur qu'extérieur, se réfugie dans le mensonge pour échapper à la réalité, pour assouvir son désir d'attention bienveillante. Notre adolescent a heureusement accepté de consulter. Il se reconstruit, tout doucement.

Je veux conclure avec une citation d'une adolescente : « Le fait de mentir tout le temps est une honte à laquelle personne ne peut se soustraire… On voudrait tellement que les gens nous aiment, et qu'ils nous le montrent. »

Laura Neulat



J'ai souvent menti quand j'étais petit. Une fois au CP, j'ai dit à mon maître que je portais des lunettes et que je les avais oubliées. Une autre fois, je lui ai raconté que ma maman était enceinte et qu'elle attendait une petite fille. Plus tard au CM2, j'ai dit à une fille que je l'aimais ; c'était pour faire plaisir à l'un de mes copains. J'ai pourtant essayé de m'en convaincre mais ce fût peine perdue. Une autre fois, j'ai fait comprendre à une fille que je ne l'aimais pas. Plus tard, je me suis imaginé grand cuisinier, que j'étais récompensé à un concours et gagné le premier prix. Plus tard encore, je me suis identifié à un adulte et je racontai que j'étais parti en Afrique. Vers l'âge de la puberté, j'ai raconté que j'avais déjà fait l'amour. Une fois, j'ai dit que je serai pompier puis pilote de chasse. Dernièrement, j'ai répondu que je ne savais pas où se trouvait quelque chose. J'ai aussi réalisé que mes croyances n'étaient pas vérité.

Le mensonge peut-être considéré comme vérité, car il existe. Le contenu et le contexte du mensonge semblent devoir être pris en compte et analysés.

Tout d'abord, il me semble qu'un mensonge peut être dit de deux façons différentes : intentionnelle et involontaire.

Le mensonge involontaire est difficile à identifier, car, on le prononce, on admet son contenu sans savoir qu'il est mensonge. Je crois aux possibilités de perfectionnement humain et à son évolution consciente. De surcroît, je considère Dieu comme La Vérité Suprême, créateur de toute chose, du mensonge et de notre vérité relative à notre niveau de compréhension. Chaque personne évolue à son rythme, à son niveau. Chaque évolution, chaque nouvelle connaissance entraîne, me semble-t-il, la création de nouveaux fondements de compréhension, intégrant les anciens à l'être que nous sommes. Ce qui était vérité d'hier, devient non-vérité d'aujourd'hui. Notre vérité est une composante de notre être. Par conséquent, elle est incluse dans la dynamique évolutive ou involutive de tout être humain, elle est en constante mutation. Peut-on dire alors qu'il n'existe pas de mensonges, mais seulement de vérités adaptées à notre compréhension ?

Il existe également le mensonge prononcé dans un but délibéré de masquer la vérité. Ici, il est nécessaire de poser la question de la légitimité du mensonge. Le mensonge mérite-il réellement d'être dit ? Dans quel but ? À quelle fin ? S'insert-il dans la dynamique évolutive ou involutive ? Je me rappelle ses instants où je mentais à ma petite amie pour cacher mon infidélité. Ici, il n'y avait aucune légitimité, car le mensonge avait pour but de masquer un acte immoral. Il n'a été d'aucune utilité et s'est inscrit dans une dynamique de régression. Le mensonge n'a fait que me maintenir dans l'illusion d'une relation amoureuse. Mais il me détruisait de l'intérieur. Ce mensonge a causé de profondes souffrances, aussi bien chez elle que chez moi ; car il repoussait toujours plus loin le jaillissement de l'évidence jusqu'au jour où « des ténèbres, jaillit la lumière ».

Parfois, il est utile voire nécessaire de prononcer le mensonge. Par exemple, dans des métiers artisanaux ou dans d'autre corps d'enseignement, il arrive souvent que les maîtres ne répondent pas juste à la question de l'apprenti ou de façon détournée. Cette réponse, ainsi émise, provoque dans l'élève une confusion et même un désarroi qui peut le pousser à la faute ou à un questionnement. L'élève voyant son erreur ou son interrogation peut ainsi plus facilement apprendre « presque » tout seul son enseignement. C'est l'apprentissage par l'expérience. Mais prudence, c'est un jeu qui nécessite une certaine conscience de ses actes. Le mensonge est un péché. Il doit être dit par amour, dans un esprit de transmission. Mais c'est très difficile.

Le mensonge sert également de masque ou de façade pour voiler une réalité qui dérange ou que l'on refuse de voir. Quelque part, l'homme a en lui la possibilité de se créer un monde qui n'est pas vérité. Un choc émotionnel dû à un traumatisme peut créer un phénomène de défense de la part de l'individu. Le sujet sait que ce traumatisme a eu lieu, mais il ne veut pas l'admettre, il refuse de le considérer dans toute son importance, il arrive à se mentir à lui-même. Il y a un sentiment ou une émotion négative qui intervient à ce niveau, mais je ne saurai le nommer. Il se masque, il se replie, il se crée un autre monde pour pouvoir oublier le précédent. Le mensonge s'enracine alors en lui au point de devenir une vérité, il peut même jusqu'à se créer un personnage dans le monde du mensonge. Le passage d'un mensonge à l'origine issue d'une défense égotique, au point de devenir une vérité toute relative est à considérer avec la plus vive attention. Cette descente, cet enracinement se fait grâce à la dynamique de régression. Et l'individu descend au fond du tourbillon provoquant des maladies psychiques que je ne saurai ni nommer ni expliquer. Nous devons nous interroger : que dérange cette vérité ? Est-elle trop douloureuse pour pouvoir l'accepter ? Qu'y-a-t-il derrière ? Qui suis-je ?

Je ne cesse de me rappeler cette phrase tirée de la Première Lettre de Saint Pierre : « Soyez sobre, soyez vigilant, votre adversaire, le démon, tel un lion qui rugit va et vient à la recherche de sa proie. Résistez-lui avec la force de la foi… ». La descente dans ce tourbillon, où des maladies psychiques apparaissent, entraîne des cas pathologiques graves.

Mais je tiens à souligner que dans notre vie ordinaire, lors de nos activités professionnelles et dans nos relations familiales, nous sommes en proie à prononcer des mensonges, sous l'action de notre « démon », ou de nos émotions négatives Et comme nous l'enseigne Saint Pierre, nous devons être vigilant et humble dans notre vie quotidienne pour observer les moments où nous mentons volontairement, délibérément et les moments où nous mentons aussi, mais dont nous n'avons pas forcément conscience. Chacun doit mettre un peu du sien pour que la vérité émerge, pour que notre vérité humaine émerge.

Au cours de cet article, j'ai sûrement écris des erreurs, tenté d'expliquer des choses dont les explications sont inexactes. Je prie le lecteur de bien vouloir m'excuser et de ne pas considérer ce qui a été écrit ici comme vérité absolue et de vérifier tout ce qui semble erroné. Par la suite, merci de me tenir informé.

Je voulais saluer et remercier toute l'équipe de SOS psychologue qui par leur soutien et par la rigueur de nos réunions mensuelles ont contribué à la réussite de mes examens.

Merci, en particulier, à Graciela pour m'avoir accueilli au creux de son sein.

Aurélien Recher



Qu'est-ce que le mensonge ? La réponse paraît simple. Somme toute, mentir, c'est cacher ou falsifier la Vérité. Autrement dit, ne doit-on pas d'abord définir ce que l'on entend par vérité pour pouvoir ensuite parler de mensonge.

Ma proposition peut paraître saugrenue et pourtant, le mensonge n'est pas mentionné dans les tables de la loi de Moïse. Surprenant, non ? Tu aimeras son père et sa mère… tu ne forniqueras pas… tu ne voleras pas… tu ne tueras pas… tu n'envieras pas…, etc. Mais du mensonge, il n'est pas question. Nulle part, il n'est écrit : « tu ne mentiras pas ! » Et si l'on cherche dans les autres traditions religieuses, on ne trouve pas plus d'interdiction du mensonge. C'est donc bien que le mensonge est difficile à définir. À la mesure, sans doute, de la Vérité qu'il veut cacher…

« Mon amour même de la Vérité absolue, m'a fait aimer la beauté du compromis ! » disait Gandhi. Le compromis, c'est bien cet état à cheval entre la Vérité et la vie courante, une façon de ménager la chèvre et le chou. C'est généralement cet état particulier où la chèvre n'est plus tout à fait la chèvre et le chou plus tout à fait le chou. Dans la bouche de Gandhi, il faut sans doute éviter de confondre compromis et compromission. Cela résonne un peu comme cet adage classique : « Aujourd'hui, plus qu'hier et bien moins que demain ! » Je veux bien du compromis qui me rapproche de la vérité, à condition de bien savoir que je ne l'ai pas atteinte et que je dois encore faire des efforts pour que le compromis futur m'en rapproche un peu plus.

Ce mensonge-là est beau ! On pourrait lui donner une correspondance psychanalytique à la façon de Jung en remplaçant dans la phrase de Gandhi les mots « Vérité » et « compromis » par les mots « SOI » et circumambulatio ! » On se retrouve alors dans le processus d'individuation. L'approche du SOI ne pouvant se faire que par un mouvement en spirale autour du SOI, s'en rapprochant indéfiniment sans jamais l'atteindre.

Quoi de plus beau pour illustrer ce processus d'individuation que ce rêve d'un détenu pourtant lourdement condamné pour délits sexuels : « Je suis sur une plaque d'iceberg, ronde qui dérive vers le pôle nord. Elle est maintenant au pôle nord et en son centre, je vois jaillir une fleur. »

Il faut de la lucidité pour pouvoir parler comme Gandhi. Il n'est pas pire menteur que celui qui dit posséder la vérité. Euphémisme ! La vérité ne se possède pas ! Comment le pourrait-elle ? Mon rêveur ne possède pas la fleur, il ne la cueille pas ! Mais il l'entrevoit. J'aimerais arriver, moi-même, à un tel compromis !

Il s'agissait ici de « Vérité absolue ! » Celle, sans doute qu'évoquait Pilate demandant au Christ « Qu'est-ce que la Vérité ? » Et Pilate restait sans réponse. En revenant sur terre et en parlant de vérités moins absolues, le mensonge devient plus facile à cerner. Disons qu'il y a des mensonges qui le sont plus que d'autres. Je rencontre presque quotidiennement en tant que visiteur de prison, des menteurs derrière les barreaux de la maison d'arrêt de Fresnes. Car le mensonge règne en maître dans les établissements pénitentiaires. Tout le monde ment. Et, bien sûr, dans leur grande majorité, les détenus se présentent tous comme victimes d'une erreur judiciaire. Du moins cherchent-ils à le faire croire ou finissent-ils par le croire eux-mêmes. Ils ressassent donc les arguments en leur faveur et la tendance naturelle est d'en essayer l'efficacité sur leur prochain et notamment sur les visiteurs ignorants du dossier. Il est très difficile de séparer le bon grain de l'ivraie, quelles que soient les précautions oratoires du visiteur : « Je ne suis pas un juge, je ne suis pas un avocat, je n'ai aucune influence sur le cours de votre procès. Je ne suis pas là pour ça, etc. » La tentation est trop forte pour le détenu, et puis le visiteur représente tout de même l'honorabilité ; le détenu aimerait en être bien vu, l'innocence bafouée lui apparaît comme le déguisement le plus approprié pour attirer la compassion. Comment pourrait-il, en effet, imaginer un homme ou une femme capable de ne pas juger ? Cela dépasse son entendement, car tout le monde juge en prison. Et tant qu'on n'en sera pas arrivé au pédophile pervers qui n'a plus rien à critiquer au-dessous de lui, on trouvera toujours un plus méprisable que soi sur lequel on pourra déverser sa haine et sa vengeance contre la société.

Celui qui contre toute évidence persiste dans le déni m'interpelle particulièrement. Je pense notamment à ce garçon condamné pour pédophilie et qui au cours d'une psychothérapie mentionne le nom de sa fille pour ajouter aussitôt que ce n'est pas d'elle qu'il s'agit. Le mensonge, ici, s'enfonce dans les méandres de l'inconscient. Il n'a pas été condamné pour le viol de sa fille. Il nie, mais son inconscient le trahit.

Le mensonge est tellement bien ancré dans la chair qu'il finit par perdre parfois son caractère de mensonge. Le «mensonge de bonne foi» selon le mot fameux d'un ex-ministre, prend souvent le relais. On a tellement ressassé le procès à venir ou passé que le mensonge que l'on a construit prend forme et qu'on finit par y croire dur comme fer.

Les soi-disants innocents représentent une bonne proportion des détenus. Ceux qui se disent truands de grande envolée, mais sont plutôt des ratés de la vie représentent l'autre forte minorité. Mais ceux qui sont truands pour leurs codétenus et qui sont en même temps innocents pour les juges ou les visiteurs représentent l'immense majorité. Les vrais innocents sont très rares. Le visiteur doit le savoir et se le répéter tous les jours. Le visiteur doit savoir que le mensonge est partout.

Pourvu qu'il ne soit pas en moi !

Enfin… Pas trop !

Paul Ruty



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SOS Psychologue



Pourquoi l'homme vit-il continuellement dans le mensonge ? Où cela le mène-t-il ?

Dès notre plus tendre enfance, nous apprenons à dissimuler et à mentir. Nous apprenons également à mentir au sujet des autres et de nous-mêmes et tout au long de notre vie nous construisons une image de soi en accord avec notre culture et notre éducation. Nous pourrions tout aussi bien dire que le mensonge se transmet de génération en génération.

Les mensonges (hypocrisies, corruption, etc.) sont ancrés puissamment dans le comportement comme une force déterminante.

Le mensonge est un sujet tellement vaste qui présente de nombreuses facettes, il peut être conscient ou inconscient et ceux qui le pratiquent sont persuadés d'être dans le vrai.

Au jour d'aujourd'hui nous pouvons dire que le mensonge fait partie intégrante de notre vie, qu'il est admis au sein des entreprises, de la politique, etc.

Nous pouvons même aller jusqu'à dire que si nous ne mentons pas nous sommes considérés aux yeux des autres comme des imbéciles.

L'homme se ment à lui-même, à son entourage, il ment par habitude, par peur, par orgueil, par omission, par facilité, pour la survie. Sa condition humaine est telle qu'il s'identifie à tout, ce qui le conduit à un état de sommeil permanent et de ce fait ne lui permet pas de voir autre chose.

Mais que se cache-t-il derrière tous ces mensonges ?

L'orgueil, la peur sont les deux principaux sentiments qui nous entraînent et nous maintiennent dans le mensonge.

Rester dans le mensonge c'est tourner le dos à la lumière en faisant semblant, en prétendant être quelqu'un, il nous enferme, nous rétrécit et nous tire sans cesse vers le bas.

L'homme a-t-il une possibilité d'échapper à cette condition ? Comment trouver la vérité ? C'est la question que chacun devrait se poser sur le chemin de sa vie.

L'homme d'aujourd'hui est malheureusement conditionné à n'accorder de réalité qu'à ce qui peut être démontré de façon tangible, il ne peut éviter d'être une créature d'habitude et, par conséquent, cela le plonge dans un monde où il n'y a pas de vraie vérité, il est séparé de
celle-ci par un voile d'illusion.

Nous devons nous libérer de toutes croyances, des « on-dit », seule la vérité libère l'être.

Il s'agit avant tout de voir en nous-mêmes sans artifice. Ce n'est que par une perception intérieure que l'on peut espérer parvenir à connaître cette vraie réalité.

La vraie réalité ne peut avoir aucun rapport avec le tangible qui est impermanent et changeant, au contraire, la vraie vérité dépasse le temps, l'espace et ne peut être accessible qu'à un certain niveau d'être et de conscience différent de ce que l'on connaît communément.

Sans vérité la vie n'a aucun sens, c'est le néant.

Claudine Thomas