NUMÉRO 187 REVUE TRIMESTRIELLE avril 2021…septembre 2021

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  La douleur physique et morale El dolor moral y físico
 
Bernard, Hervé Douleur physique et morale
 
Baleani, Eduardo Dolor
 
Delagneau, Philippe Douleur physique et douleur morale
 
Giosa, Alejandro Dolor físico y moral
 
Laborde, Juan Carlos El ser humano…
 
Manrique, Carla Dolor físico y moral
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de aout 2021
 
Thomas, Claudine Douleur physique et morale


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La douleur est une réaction affective déclenchant des mécanismes de défense. Lorsque la douleur est intense ou prolongée, elle peut prendre une forme émotionnelle et s'accompagner de troubles plus généraux encore : d'où l'analogie de ses réactions avec celles de l'émotion.

Par contre, dans la douleur morale, la cause majeure est alors une idée, un souvenir ou un scrupule moral comme les douleurs de l'activité contrariée, les douleurs du coeur, les douleurs de l'intelligence, les douleurs s'attachant à des sentiments sociaux et les douleurs de la conscince morale.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Le 2 août 2020, à Boismé, j'ai eu un AVC, qui aurait pu me tuer. C’était un jour où je n’ai rien senti. J’ai été transporté à l’hôpital de Niort par les pompiers. Je n’ai rien senti. mon inconscient m'a emmené à la faculté de Buenos Aires pour examiner les étudiants. Je n’ai rien senti.

Il y avait beaucoup d'infirmières qui m'ont fait des injections. Puis ils m'ont emmené à l'hôpital Saint-Jean, à Paris. Et ce furent des jours horribles de beaucoup de douleur et de souffrance. Il y avait une fenêtre à côté du lit. Il n'y avait personne, ils étaient tous en vacances. Pas même Hervé.

Et à la fin : je visitais les tombes des êtres chers. Ainsi j’ai vécu cet AVC comme dans un rêve maudit.

Fait à Paris en aout 2021,
un aout différent
mélange de brume et de soleil.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Mon récent passage à Dieppe m’a donné, d’un coup, l’idée et l’opportunité de témoigner du thème de ce numéro, douleur physique et morale, qui me paraissait auparavant bien inabordable.

L’histoire a commencé en 2019 quand j’ai appris que j’étais identifié comme héritier d’une personne décédée en avril 2019, mais sans que l’identité de cette personne ne soit dévoilée. Mais, en fait, l’histoire n’a-t-elle pas commencé bien avant, avant ma naissance, quand cette personne décédée, est née ? Ma sœur, des cousins et moi-même avions reçu le même courrier, il s’agissait a priori donc d’une cousine du côté de ma famille maternelle. Mais nous n’avions pas la moindre idée de qui il pouvait s’agir. Est-ce que je la connaissais ou n’avais-je jamais entendu parler de son existence ? À l’époque, j’avoue que je ne prêtais pas beaucoup attention aux informations sur ma famille, la réalité montre qu’il n’est jamais trop tôt, les souvenirs et témoignages pouvant devenir irrécupérables. Comment savoir ? Tout était possible.

Finalement, au gré de l’avancement du dossier grâce à la société de recherche en héritiers, nous avons été avertis, qu’il s’agissait de Martine, une cousine de ma mère, que je n’avais pas vue depuis, sans doute, une trentaine d’années. Elle était alors accompagnée de Paul, d’origine africaine. Au décès de mon père en 2016, souhaitant avertir tous les membres de la famille et amis, notamment Martine, j’avais bien trouvé une Martine, pouvant lui correspondre, mais bizarrement à Dieppe. Mes appels ont été sans réponse. J’aurais dû sans doute insister.

Immédiatement, estimant que le montant de l’héritage ne serait pas très élevé, d’autant plus qu’il était à répartir auprès de huit héritiers, et à parts non égales, j’ai laissé de côté cet aspect du dossier. Et j’y ai surtout vu la possibilité d’en connaître plus sur ma famille, du côté de ma grand-mère maternelle. Tout de suite, j’ai demandé l’arbre généalogique de la famille, ce qui m’a permis de découvrir un frère inconnu de ma grand-mère, de mieux connaître l’autre branche de mes cousins, enfin que Martine avait une sœur, Claude, d’ailleurs décédée quelques mois avant Martine, et habitant dans la même ville de Dieppe. Beaucoup de coïncidences ! Comme je n’avais pas dû voir Claude pour la dernière fois il y a plus de 50 ans, j’avais oublié jusqu’à son existence. J’étais plutôt resté en relation avec leur mère, Irène, jusqu’aux années 2000, par le biais de ma mère, puisqu’elles étaient cousines par alliance.

Pour la vente de leurs appartements à Dieppe, j’ai bien sûr donné mon accord, à la condition expresse de pouvoir récupérer albums photos et carnets d’adresse, qui pouvaient y être trouvés, afin de continuer à reconstituer l’histoire de ces deux sœurs, Claude et Martine, perdus de vue depuis longtemps, et dont le lien avec la ville de Dieppe m’était totalement inconnu. Leur mère, Irène, était décédée en 2008, bien après son mari, André, en 1976 (André était le frère de ma grand-mère, donc l’oncle de ma mère, et, également, le parrain, parti trop tôt, de ma sœur). Je me souviens par exemple de la présence d’Irène aux noces d’or de mes parents en 2002. Et j’ai sans doute vu Martine dans une autre réunion de famille, sans doute dans les années 1990. Pour Claude, aucun souvenir, à part une photo pour le baptême de ma sœur en 1960, où j’étais entre Martine et Claude, leur tenant la main.

Finalement, après différentes péripéties et inquiétudes, notamment liées au COVID-19 (j’aurais préféré faire des recherches sur place dans l’appartement de Martine), j’ai eu l’autorisation du notaire en juin, après acceptation de tous les héritiers ; de récupérer un ensemble de photos, sauvées in-extremis de la déchetterie, et une urne funéraire mystère.

C’est ainsi que je me retrouve à Dieppe ce jeudi 5 août, entre soleil et crachin, entre chaleur douce et humidité, entre ciel bleu et arc en ciel, pour récupérer ce qui pouvait être sauvé en souvenirs et pour mener mon enquête de voisinage auprès des proches qui l’auraient connu. J’ai ainsi pu rencontrer et échanger aisément avec deux assistantes du notaire, la voisine du dessous de Martine et les voisines du 1er de Claude, qui ont tous connu plus ou moins personnellement Martine et Claude. Tous m’ont très aimablement reçu et aidé dans mes recherches, je les en remercie. Étrange que ces trois lieux se situent à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, comme si l’histoire s’était concentrée dans une même unité d’espace et de temps ! Je récupère tout un ensemble de photos chez le notaire, qui s’avèrent être, a priori, uniquement les photos qui étaient chez Claude, et que Martine a gardé chez elle après son décès. J’ai été très étonné de ne trouver aucune photo de Martine et Paul depuis leur rencontre, probablement dans les années 70, puisque c’est à cette époque que je les ai vus, tous les deux, sans doute deux ou trois fois, pas plus, avec mes parents à Sarcelles. J’apprends du notaire que Paul, d’origine togolaise, est décédé en 2012. Il aurait eu un fils décédé encore plus tôt. Mais surtout il aurait laissé des dettes, que Martine a découvertes après son décès, d’origine inconnue, peut-être des dettes de jeux.

Cette situation inattendue semble avoir attristé Martine, puisque, selon la voisine de Martine, qui l’a connue pendant une dizaine d’années, de manière très proche et à qui Martine se confiait, a voulu « gommer » tous les souvenirs de son couple, ce qui expliquerait que je n’ai retrouvé aucune photo de Paul dans le stock de photos récupérées, ni même de Martine, ce qui me permet de penser que j’ai récupéré les photos de Claude, mais aucune de Martine. Très tragique ! La seule trace du passage de Paul est le caveau, que Martine avait réservé pour Paul et elle, au cimetière de Jeanval, que j’ai pu retrouver. Un caveau simple en terre, sans pierre tombale avec l’inscription « Claude » et le témoignage de la voisine de Martine, que Paul a bien inhumé à cet endroit. Au décès de Claude, Martine a souhaité utiliser sa place pour sa sœur. Le décès de Martine survenant brutalement quelques mois plus tard, la mairie parviendra à trouver un caveau vide, à deux rangées du premier, que j’ai retrouvé, très simple, en terre, avec une croix en bois et l’inscription « Martine… (1949-2019) ».

Des voisines de Claude, j’apprends qu’elle a été très malade pendant environ 6 mois pour décéder d’un cancer du pancréas en novembre 2018. J’apprends également que les deux sœurs seraient venues de Paris sur Dieppe, peu après le décès de leur mère, Irène, en 2008, sans doute Martine ayant rejoint Claude, choisissant cette ville en raison de souvenirs de vacances étant enfants. Claude aurait quitté brutalement le foyer familial à 18 ans, après s’être brouillée avec ses parents, pour vivre en couple avec Tristan, architecte, de 20 ans plus âgé qu’elle, et disparu en 2003 à 76 ans. Des photos retrouvées, se dégage l’impression d’un couple aimant, appréciant la nature et les voyages, entourés de quelques amis, sans doute les voisins et le milieu professionnel de Tristan. D’après quelques documents officiels et des photos, Tristan aurait eu des enfants, au moins deux, que sont-ils devenus, et quid des collègues de Tristan ? À partir des années 2000, plus aucune photo de Claude, et à son enterrement, aucun ami ou proche familial présent, simplement quelques voisins. Je ne peux m’empêcher de penser qu’après 2003, la douleur morale a anticipé la douleur physique de Claude, sans doute atténuée par la présence de sa sœur Martine.

Un destin similaire semble aussi avoir touché Martine. Après 2012, au décès de son ami Paul, sans doute une grande douleur morale, suivie par une douleur physique accélérée par le départ de sa sœur Claude, puisqu’elle avait, d’après sa voisine, des problèmes de santé, qui ont sans doute convergé vers un cancer foudroyant qui l’a emporté en moins d’un mois, d’après la notaire.

Les photos récupérées témoignent par l’absence de photos de Martine, Claude et de leur mère Irène, après 2000, de cette douleur morale, chez Claude et chez Martine, qui s’est terminée tragiquement en douleur physique. C’est un hommage à leurs vies, sans doute riches, mais aussi courageuses, de témoigner de leurs dernières tranches de vie, malheureusement teintée de tristesse et de solitude. C’est mon impression après avoir parcouru les photos et écouté les témoignages précieux des voisines. Je poursuis mes recherches.

Hervé Bernard



Notre terre, notre humanité souffre. Cette souffrance se manifeste dans toutes les matérialités des mondes des plus denses aux plus subtiles.

Le climat s'affole. Le dérèglement climatique apporte son cortège de catastrophes environnementales accidentelles provoquées ou non par l'activité humaine. Notre terre répond objectivement aux contraintes qui lui sont infligées, tentant de conserver un équilibre précaire physique et sensible nécessaire à sa croissance au sein de notre système solaire.

Les catastrophes humanitaires se succèdent aussi, d'origine climatique, idéologique ou politique avec leurs dramatiques impacts sociaux.

Quel qu'en soit l'origine, les souffrances physiques et morales restent indissociables, en interaction réciproque au sein d'un tout. Pour les êtres vivants et selon leur degré de sensibilité ou leur degré d'évolution, un traumatisme physique engendre un traumatisme psychique (et inversement) de force équivalente, car ils s'inscrivent dans la totalité d'un monde quelle que soit son échelle. La matière est une, qu'elle soit manifestée ou non. L'homme est un monde pour lui-même, il est un monde dans le monde.

Certaines de ces souffrances sont inéluctables, inerrances et nécessaires à un équilibre cosmique qui se manifeste à travers un processus d'involution et d'évolution inscrit dès son origine dans les lois de la création de notre univers et de son maintien.

D'autres souffrances pourraient être évitées, je parle de celles produites par une humanité éduquée s'éloignant de plus en plus d'une réalité consciente sensible, subtile et protectrice.

Mettons-nous un instant avec sensibilité dans la situation d'un être qui doit tout abandonner afin de pouvoir assurer sa survie. Laissons-nous gagner par l'empathie et ressentir cette souffrance physique et morale ou psychologique. Que de droits moraux détruits, soudainement, violemment : Le droit à la paix et à sa protection, le droit à la bienveillance, à l'écoute, à la considération, au respect, le droit à une vie de travail dans la charité de soi-même et des autres et enfin, la distance et l'espace suffisant pour aspirer et développer des valeurs sensibles supérieures.

Retrouvons les valeurs existentielles et supérieures essentielles de la vie, redevenons sensibles. Eliminons ces souffrances physiques et morales indignes de l'homme, indignes d'un véritable Homme, indignes d'une véritable Humanité.

Fait à Chessy, le 24/08/2021
Philippe Delagneau



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SOS Psychologue



Mon père est mort lorsque j'avais 10 ans et demi. Ce fut un véritable drame pour moi et cela a engendré bien d'autres choses notamment le fait d'habiter chez mon oncle et ma tante.

J'avais 6 ans quand mon père a commencé à être malade et bien sûr personne ne nous disait rien, ni à ma sœur ni à moi. Il ne fallait surtout rien dire, tout semblait être un secret, voire une honte. Mon père avait des problèmes de respiration, parfois il étouffait la nuit et ma mère devait aller chercher le médecin afin de le soulager, jusqu'au jour où l'on nous a dit qu'il devait être opéré. Je ne savais pas bien sûr qu'il mourrait pendant l'opération. Nous étions plusieurs dans la voiture et mon père a été déposé à l'entrée de l'hôpital. Nous nous sommes faits un signe de la main.

Ce qui m'a choqué c'est que ma mère ne l'ait même pas accompagné. Il est mort seul. Ma mère ne nous aimait pas, ni mon père, ni moi et nous le savions au fond de nous-mêmes. Mon père et moi étions très unis. Nous étions tous les deux dans la souffrance.

Chose incroyable, personne n'a dit à ma sœur et à moi que notre père était mort, comme s'il n'avait jamais existé. Nous avons commencé à comprendre le drame qui se vivait lorsque nous avons vu la famille endeuillée et partir pour l'enterrement.

Ensuite ma mère nous a dit : je n'ai pas le temps de m'occuper de vous, vous irez vivre chez votre oncle et votre tante.

Que de chocs auxquels je n'étais pas préparée ! Je me sentais seule et abandonnée.

Fait à Albertville, le 15 Août 2021
Claudine Thomas