NUMÉRO 118 REVUE BIMESTRIELLE avril-mai 2008

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela L'étoile
 
Bernard, Hervé À la recherche de mon étoile
 
Bouket, Gaël L'étoile
 
Courbarien, Elisabeth L'étoile
 
Delagneau, Philippe L'étoile
 
Delaunay, Brigitte Un homme marchait dans la rue
 
Giosa, Alejandro La estrella del iluminado
 
Labraidh, Seonaidh El poder de las Estrellas
 
Maleville, Georges de Extrait de l'Harmonie intérieure
 
Manrique, Carla Estrellita
 
Recher, Aurélien Étoile, mon Étoile…
 
Ruty, Paul L'étoile du berger
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de septembre 2002
 
Thomas, Claudine L'étoile


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Les formes, impressions organiques, viscérales, gustatives, les formes qui sont le propre de l'enfance et qui sont fondamentales pour le développement ultérieur de l'être humain, demeurent, dans mon souvenir, la base obstinée de tous mes entretiens avec moi-même. Dans ses pulsions initiales, il y avait une certaine peur : la peur de la nuit, et, il y avait une phrase que je répétais chaque fois que la nuit tombait dans le ciel, sublime, de mon pays, où, très rarement, les nuages menacent d'occulter le tremblement permanent des étoiles. Oui ! J'ai eu peur des étoiles. C'est l'unique souvenir qui, encore aujourd'hui, serre mon ventre et me fait réfléchir.

Pourquoi avoir peur des étoiles ?

Sans doute parce qu'il y avait, dans ce ciel sombre une prédiction de mon destin d'étoile filante. Plus tard, adolescente, à la campagne, je contemplais le ciel et ses myriades d'étoiles, je n'avais plus peur, mais, j'avais le sentiment d'une fugacité, d'un caractère éphémère…

C'était l'hémisphère sud ! Et, les constellations qui ont accompagné ma vie !

L'été, la croix du sud, légèrement inclinée, quatre étoiles, distinctes, que, jamais, je n'ai rencontrées ailleurs. Une seule étoile m'accompagnait toute ma vie : l'étoile du berger dont le halo inonde le ciel. Je crois qu'un jour, en la suivant, j'abandonnais les constellations de l'hémisphère sud pour aller vers le Nord, je sentais, en moi, que le plus difficile serait de m'adapter à un ciel si différent. Mon destin de pèlerin m'amenait à avoir peur, une fois encore, car le ciel, car les constellations du Nord n'avaient rien à voir avec tout ce que j'avais connu ma vie durant. Mais aussi, peut-être mon étoile n'est-elle pas la bonne ?

Elle est étrange, fugitive. Je ne la vois plus comme avant, lors de chacune des nuits que compte ma vie. Il pleut, le berger s'éloigne, mon âme s'attriste, je me sens comme une brebis qui s'est égarée, mais j'insiste toujours pour transformer la nuit sombre en une luminescence…

Miramar, mois de Janvier, d'une année quelconque dans un siècle quelconque après la naissance du Christ. Il fait nuit, des amis, la famille, tous réunis autour du feu et d'un sublime barbecue arrosé de bons vins. Je ressens le besoin de me replier en moi-même, je m'assieds sous un arbre. Je te prends dans mes bras mon fils parmi le silence, les étoiles, le bruit comme loin derrière nous. Je pense à mon étoile, à ton étoile et te serre très fort. « Pourvu que ton étoile soit moins étrange que la mienne ! » Il me souvient encore aujourd'hui des larmes qui coulent, au milieu de tout le monde, nous étions ensemble, seuls, tous les deux, comme des frères… Tu étais l'ange de mon royaume.

Bien des années plus tard, tu es parti vers les étoiles et une autre ère… une autre vie, pour une autre éternité a débuté.

Tu es maintenant l'étoile qui me suit dans les cieux de chacun des hémisphères…

Je me souviens, Georges, tu avais voulu passer une nuit à la belle étoile. Le dix-neuf août de l'année dix-neuf cent quatre-vingt cinq. Il y a une éternité. Moi, femme de la ville, je ne connaissais la campagne, qu'à dos de cheval et au galop. Le dix-neuf août de l'année dix-neuf cent quatre-vingt cinq… Je revenais de Suède. Tu es venu me chercher à l'aéroport. Nous sommes allés à Rueil-Malmaison, dans le jardin de Joséphine qui entourait la maison de ton enfance, celle où tu naquis. Elle avait été vidée après la mort de ta mère pour être vendue. « Le jardin est immense, tu as tout prévu pour que l'on puisse dormir à la lumière de la voûte céleste. Comme par hasard, tu as pris la tente de randonnée utilisée lors de ton périple à bicyclette, à travers la France, et des sacs de couchage… La belle étoile, je ne l'ai pas vue tant il pleuvait, tant il pleuvait. Tu as, malgré tout, réussi à allumer le feu pour le repas… » La fatigue du voyage me fit plonger dans un sommeil mérité et accueillant. Le bruit de la pluie était plus beau que toutes les cascades du monde. Le matin, lorsque nous nous réveillâmes, c'était l'intérieur de la tente qui ressemblait le plus à un marécage, la porte n'avait jamais été fermée.

L'adolescent pèlerin dans le monde… Dans mes articles précédents j'ai dit : « je n'ai pas eu, je n'ai pas et je n'aurai pas le courage » et c'est toujours aussi vrai ! Mais je connais aussi ce qui est nécessaire pour ne pas manquer à mon devoir, pour pouvoir achever ma tâche.

Une fois que mon berger fut parti au ciel, je sus que je n'avais pas eu, n'avais pas et n'aurai pas d'étoile… Je regarde le chemin devant moi, les arbres, les bâtiments. Ce qui se rapproche le plus du regard des étoiles, c'est le regard des autres, de nos semblables. Dans le regard des hommes, je trouve quelque chose qui doit ressembler à la splendeur des étoiles. Je préfère regarder vers le bas. Je préfère écrire sur le reflet des étoiles dans l'eau, les lacs et sur la mer. Je me dis que si je puis parler métaphoriquement des étoiles, je devrais être capable de situer en moi celle que je suis, mon guide. Je dois être largement introvertie. Je viens de découvrir que le ciel est mien dans ce noyau de l'immanence où je me retrouve avec Dieu. Je ne suis pas triste, je ne suis pas morte, je respire, j'accueille, je donne, je reçois. Mais, moi ! Je ne serai jamais qu'une étoile filante, comme au commencement…

Écrit à Paris le 3 mai 2008 ;
Tu me manques.
Je ne veux pas revenir sur notre étoile de couple,
peut-être une autre fois, peut-être un autre jour.
Aujourd'hui beaucoup de choses auxquelles réfléchir, encore, je sais …
Mais nous avons rayonné ensemble, la sagesse, la joie de vivre et la force,
la puissance et la conscience.
Nous avons été accordés comme des violons d'Ingres.
Et il y a du soleil. À bientôt !
L'unique éternel, l'unique guide qui me dépasse, moi voyageuse perdue,
c'est cette étoile, mon berger.
Aujourd'hui, je me retourne et, regardant le chemin passé,
je vois que c'était bien.
Chaque jour de vraie communion, nous avons rétabli l'ordre cosmique.

***

La première partie de l’article prend sens quand je me dénonce moi-même dans la deuxième partie.

Je méconnais mon étoile. Mais c'est sûr qu'elle est en moi-même. J'ai l'impression de l'avoir intégrée, parce que l'illumination extérieure des étoiles ne m'a jamais touchée entièrement. Je ne pouvais pas les toucher, je ne pouvais pas partir avec une étoile. En étant résignée et en étant petite et toute recroquevillée en position fœtale, j'ai pleuré tant de larmes que j'aurais pu arroser mes plantes. J'ai tellement souffert, seule dans cette immense maison. « Les enfants ne pleurent pas dans les grandes maisons », c'est la phrase que j'ai toujours entendue. Oui, dans les grandes maisons, personnes n'entend les enfants pleurer. J'ai habité une grande maison, avec un pavé mosaïque blanc et noir. J'étais assise sur un coussin, en face de moi, le portrait de mon grand-père qui était parti. Il était l'unique à m'avoir entendu pleurer de souffrance authentique quand je regardais avec peur les étoiles nocturnes. Il savait que le ciel noir m'écrasait, mais était inatteignable. Les larmes, le reflet de l'eau dans le vase de cristal avec des fleurs rouges, les larmes de la vierge, cette vierge de la mer « Stella maris » couronnée d'étoiles. Comme j'aimais cet homme, mon grand-père. Assise recroquevillée en position fœtale, le petit coussin rouge, le carrelage blanc et noir et les larmes. Mon grand-père n'était plus là. Devant moi son portrait. Je passais des heures à le contempler pour lui donner ma vie, ma puissance, ma force, ma chair. Seulement, je ne pouvais lui donner que ce que je possédais, mon âme étoilée. Comme un lac, mon âme reflétait l'unique, la première étoile que j'ai connue dans ma vie. Je me blottissais dans les bras de mon grand-père, je n'avais pas peur. Les années passant, je lui offre humblement l'étoile qui brille dans mon âme et je pleure encore, d'une tristesse tellement profonde comme le reflet des étoiles dans l'immensité de l'Océan Atlantique en face de moi.

Tu es en moi, je suis en toi, il n'y a pas de temps, nous étions ensemble un jour sur terre, nous sommes ensemble aujourd'hui dans l'instant présent qui se fait éternité. Merci de me permettre, grand-père, de jouer avec les étoiles dans la nuit obscure sans plus avoir peur.

Fait à Paris, sincèrement,
et les larmes coulent à l'intérieur de mon âme, de mon corps
et mon ventre est parsemé des étoiles,
et il fait beau, et les larmes ont arrosé les fleurs du printemps.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Les étoiles brillent dans le ciel de la nuit… quand le temps est bien suffisamment clair.

J'ai toujours été subjugué par le spectacle de ces milliers d'étoiles étincelant dans le ciel sombre d'un bel été ensoleillé.

Devenir le spectateur privilégié d'une telle immensité où non seulement nous ne sommes qu'un point négligeable dans le système solaire, mais aussi notre astre n'est qu'un élément parmi des millions ou plutôt des milliards d'alter ego, me réconforte, car je me sens relié à l'infiniment petit et à l'infiniment grand me rappelant ainsi que je suis à la fois une personne unique, mais également une toute petite chose dans cet univers.

Par ailleurs, l'observation d'un ciel étoilé dans le silence de la nuit me procure ce quelque chose d'apaisant qui dépasse les limites non seulement de l'espace mais surtout du temps, un peu comme l'inconscient ignorant le temps, où passé et futur peuvent converger en une unité de sens particulier ou infini, dans l'instant présent. J'ai l'impression d'être transporté en dehors du temps et peut-être ainsi de me sentir en liaison avec la totalité de l'univers.

Les étoiles peuvent alors devenir un formidable espace de projection, comme la lecture d'un livre ou la vision d'un film cinématographique, c'est peut-être ce qui nous incite à vouloir trouver en elles des réponses à nos questions, des plus simples aux plus intimes.

L'étoile a été, durant des siècles de civilisation, voire des millénaires durant le développement de l'homo sapiens, source d'une symbolique nombreuse et forte, ce qui en a fait devenir un symbole universel, un élément de l'inconscient collectif pour l'éternité, une icône toujours utilisée dans les représentations religieuses, artistiques…

L'étoile constitue un repère dans le ciel, pour la navigation, pour l'art de la divination. Les étoiles les plus lumineuses, parfois assemblées en constellations, constituent des repères universels pour toutes les autres étoiles, et que l'on dénombre toujours en plus grand nombre en fonction de l'avancée de nos instruments d'observation.

Mais au-delà de cette profusion d'astres stellaires, ne sommes nous pas à la recherche de quelques étoiles particulières en réponse à nos réflexions, nos choix, nos questionnements, nos angoisses, nos désirs… c'est-à-dire nos manques, voire de l'étoile unique, idéale, objet de projection de tous nos fantasmes d'enfant et d'adulte ?

Trouver notre bonne étoile au milieu de cette quantité innombrable d'étoiles qui peuplent notre ciel, tels les êtres de notre planète que notre imagination peine à se représenter au travers d'une comparaison qui pourrait avoir un sens immédiatement visible ou perceptible.

Mais comment trouver ces ou cette étoile ?

Faut-il attendre que son scintillement, pourtant puissant à la source, mais semblant se perdre au milieu de cette immensité, vienne, par je ne sais quel hasard, attirer ma sensation, mon sentiment, ma pensée logique, mon instinct, sans doute, comme dirait Jung, toucher mes quatre fonctions psychologiques selon un degré qui dépend de ma personnalité, de ma sensibilité ?

Ou bien faut-il rechercher cette étoile de manière méthodique et systématique, après avoir parfaitement défini les critères qui correspondent à notre recherche ? Mais en faisant la remarque suivante : comme la vie ne nous offre pas toujours l'espace et le temps pour organiser cette recherche, il nous est nécessaire de nous organiser, de nous préparer, voire de nous entraîner, pour être prêt à répondre à la rencontre, même s'il elle doit se faire en plusieurs fois.

Pourquoi ne pas suivre la voie du milieu, comme pour mettre toutes les chances de notre côté ?

Laisser venir (observer et reconnaître) tout en apprenant à explorer et analyser les étoiles, afin de converger par un jeu d'itérations essais/apprentissages vers l'étoile que nous aurons choisi en toute connaissance de cause !

Hervé Bernard



Je vis à Paris 11 heures par semaine, je roule 3 heures pour rentrer, animé, il est tard dans la nuit, je suis la route, toujours la même depuis 4 ans, mais jamais machinalement. D'abord, parce qu'il faut lutter de manière farouche contre la fatigue, et, toute lapalissade que cela puisse paraître, lutter contre le sommeil vous maintient très éveillé, et puis je me vois être différent, chaque semaine, penser différemment, préoccupé par d'autres états intérieurs, lutter contre chaque fois un aspect spécifique de moi-même, je ressens différemment aussi, c'est à cet instant de ma vie, où je me sens libre et détendu, que je sens l'étoile, peut-être.

Grâce à Saint-Exupéry, les étoiles savent rire.

La semaine dernière je suis arrivé chez moi à trois heures du matin sous un ciel étoilé magnifique. Guidé par ce thème de l'étoile que je me savais devoir traiter, je les ai observées, encore, cherchant ce que l'étoile pouvait signifier pour moi. Je voyais l'immensité de l'univers face à moi, des milliers d'étoiles, chacune démesurément grosse, comme plusieurs fois notre soleil, et dont la lumière a été émise à des temps différents, il y a des milliards d'années : une image d'unification du temps et de l'espace dans ma tête à cet instant ; ces êtres ne coexistent alors que pour nous qui les regardons et leur trouvons un lien entre eux dans l'instant. Et je me voyais moi, de l'autre coté de la vitre du regard, avec mes pensées, mon histoire, mes expériences accessibles à ma conscience, cette même anarchie de départ, de souvenirs, de gens, de lieux qui ne coexistent et ne prennent sens que pour moi à cet instant. Et tout semblait beau.

Et puis l'étoile prend aussi le sens du travail sur soi : plus elle se concentre, renforce son centre de gravité, plus elle brille et illumine l'univers.

Fait à Paris il y plusieurs semaine de ce 20 mai où
je me décide enfin à ce que ces phrases
deviennent un article pour SOS, après beaucoup d'hésitations.
Je pense aussi à ce penseur qui critique l'humanité
incapable de voir les étoiles en plein jour.
Je ne les vois pas, mais je sens qu'elles rendent ma vie supportable.
Et en ces temps où j'attends un miracle,
j'espère que l'une d'entre elles saura que nous avons besoin d'elle.
Gaël Bouket



Certains phénomènes irrationnels nous guident.

Il est mon étoile. C'est étrange, il s'est écoulé tant de temps avant que j'en prenne conscience !

À peine sortie de l'enfance, j'ai fait sa connaissance.

Qu'avait-il de plus ou de moins peu importe, jamais je ne crois avoir cherché à le jauger ou à la comparer.

Pourquoi lui ?

Je l'ignore. Mais avec les années il est resté présent en moi. Lumineux et brillant. Telle une étoile au firmament.

Pourtant la vie s'est chargée de mettre tous les nuages et tous les ciels chargés pour que je ne puisse plus l'apercevoir. Qu'à cela ne tienne, il continua de briller dans ma mémoire.

Si je rencontre quelqu'un qui l'a connu, je ne peux pas m'empêcher de l'évoquer.

Son adresse est toujours actualisée dans mon agenda : j'ai décidé qu'il devait être informé si je venais à disparaître.

Pourtant je gardais le silence.

J'étais investie d'un simple devoir, le devoir de mémoire…

Mais j'ai continué de courir, parce que je n'imaginais pas que tu aies arrêté.

J'ai continué d'exister avec une partie de toi vivante en moi. J'ai choisi un homme qui te ressemblait en bien des points, mais que j'ai probablement mal aimé, parce qu'il n'était pas toi.

J'avais vainement tenté de te rendre jaloux… après m'être sentie trahie par toi. Tu avais osé déchoir ! Une étoile n'a pas le droit de déchoir, car elle devient filante et meurt. Nous constatons parfois des siècles plus tard que notre étoile est morte et éteinte depuis bien longtemps. Pourtant la lumière continue de nous parvenir. Comme une réminiscence de ce qui fut. Éclatant. Irradiant. Fascinant.

Et presque immortel.

Alors une nuit ou un jour, tel l'allumeur de réverbère du Petit Prince, la flamme se rallume. Et le ciel s'ouvre. Elle est à nouveau là.

Si je suis honnête, sa lumière ne m'a même pas vraiment manqué, car je m'aperçois que je l'ai toujours alimentée.

J'ignore si c'est une « bonne » étoile. Je me moque bien qu'elle ne soit pas la plus étincelante. C'est « mon » étoile.

À l'évidence, je n'en désire aucune autre.

En dehors d'elle, la vie n'a pas le même sens.

Il y a des moments ou cependant, à force de raison, j'ai pensé que je pouvais l'écarter. En vain.

Au fond de moi, je sens que je me suis menti. Parce que lorsque j'ai débuté mon analyse, j'ai abordé tout de suite la mission de démêler l'écheveau de l'étoile. Pourtant, il y avait bientôt dix années que je n'avais pas entraperçu le moindre rai de sa lumière.

Il n'y a pourtant pas eu d'année sans toi.

Lorsque j'ai repris contact avec quelques uns de nos meilleurs amis, c'est comme si tu avais été là. C'est par l'un d'eux que j'ai appris que tu voulais me revoir.

Jamais je n'aurais pris cette initiative.

Pas par orgueil ni par lâcheté.

Mais par honnêteté.

Tu avais choisi de briller autrement.

Comme je n'entretiens pas de jalousie malsaine, je n'ai pas eu d'autre choix que de me laisser oublier. Pouvais-je te donner plus belle preuve d'amour que te laisser vivre en paix et dans l'oubli de nous ?

Aujourd'hui, il est devenu inutile d'imaginer que l'étoile pourrait s'éteindre. Ou disparaître derrière un voile.

Il y a des lumières qui sont trop fortes : aucun rideau ne peut les masquer.

La pensée est matérielle… et je n'ai pas pu m'empêcher de t'accompagner en pensée, sans rien savoir de ta vie mais comme une prière gratuite pour ton bonheur.

Après ce long chemin, cette traversée de bien des déserts, ces escalades de dunes à l'infini, je peux donner enfin au nouveau-né vers lequel l'étoile m'a conduite ce cadeau d'amour précieux qui valait bien ce périple : tout ce que la route a usé de mes pattes. Sans orgueil ni bassesse.

J'ai fini d'attendre.

Elisabeth Courbarien



Je ferme les yeux comme je le fais souvent quand je ressens intérieurement le besoin intense d'être relié, d'intégrer en moi une réalité et d'en faire immédiatement la synthèse.

Je ferme les yeux, et je me sens immanquablement transporté dans cet univers jusqu'à son origine.

La scène se déroule il y a 13,7 milliards d'années. La température et la densité de l'univers convergent à cet instant vers l'infini. Quant à l'espace, il tient à peine dans une tête d'épingle.

Je me sens paisible et tellement bien, car pendant que je rédige ce texte, je me sens protégé, je peux me plonger dans cette fournaise primordiale sans crainte. La sensation de l'invisible est présente.

Libéré de la matière, le photon file librement dans l'espace. L'univers s'illumine. Les étoiles se forment, se regroupent pour constituer les galaxies. Je me sens bien dans cet univers que j'évoque les yeux fermés tout en écrivant.

Plus proche de nous notre soleil. Je me revoie un matin de grande tristesse ouvrir la porte de mon appartement qui donnait sur un jardin. Ce moment restera à jamais gravé dans ma mémoire, le soleil me surpris dans un état de grande détresse intérieure. Son rayonnement, sa chaleur m'enveloppa et s'imprégna en moi jusqu'à instantanément balayer ces effluves nauséabondes d'une tristesse incomprise.

Je me revoie dans cette attitude de prière ardente, vaincu, abandonné à mon destin, car tout avait été tenté me semblait-il, en vain. Je comprends autrement. Je suis surpris aujourd'hui par cette révélation, comme c'est étrange, il y a 24 ans que la scène s'est passée presque jour pour jour. C`était en 1983, il faisait très chaud et le soleil était haut dans le ciel. C'est très exactement cette attitude que je retrouve lorsque j'évoque le « Notre Père » durant un office religieux. J'ai l'impression soudain que c'était hier. Je crois que l'amour guide mes pas. Il y a des signes, il y a les étoiles, il y a mon étoile.

Mon premier univers, ce fut d'abord le ventre de ma mère. Avant, je ne sais pas. Je me sens dans une situation analogue aux cosmologistes et physiciens qui se demandent aujourd'hui si l'instant zéro a vraiment existé. Les équations s'affolent et ne peuvent matérialiser cette incommensurable grandeur.

Ce thème élève en moi un doux murmure. Cette vibration remplit mon être d'une tendresse infinie pour mes parents qui m'ont accueilli et élevé du mieux de leur possibilité et de mon être. Ils furent pendant un temps mes guides, deux étoiles qui scintillaient dans mon ciel tout juste formé, et même si j'en suis éloigné aujourd'hui, parce que c'est la vie, je sais où les trouver. J'y suis toujours relié. L'espace et le temps importent peu, la reconnaissance rend vivant en nous ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. Malheur à celui qui renie ce qui lui a été donné, car il détruit en lui le seul lien qui rend vivant ce qui a été partagé, vécu, compris et qui au-delà le relie à l'immensité de nos êtres.

Et puisque ce thème fait vibrer en moi cette douce corde d'amour, d'autres guides, d'autres étoiles sont venus éclairer mon monde obscur, des êtres sans qui j'aurai bien été dans l'incapacité aujourd'hui d'être cette minuscule poussière d'étoile, qui espère avec beaucoup d'humilité et de détermination, aller au-delà des apparences, à la rencontre de mon étoile intérieure, pour certainement le plus grand bien de tous et surtout de moi-même.

Je rends hommage à ceux qui, au hasard des rencontres, m'ont permis consciemment et inconsciemment d'élaborer brique après brique la construction de mon grand être intérieur.

J'ai rencontré bien des hommes, d'autres mondes. Beaucoup de rencontres de passage dans une vie d'insouciance. Je ne savais pas, que ce reniement à ma destinée annoncerait la plus terrible tempête de mon existence qui s'abattit en moi en 1982.

De même que le soleil me surprit un jour d'été 1983 devant ma porte, de même je rencontrais depuis, bien d'autres soleils, souvent des étoiles filantes qui apportaient l'une après l'autre et sans m'en demander compte juste ce dont j'avais besoin pour continuer ma route.

Il m'a été beaucoup donné, cela tient du miracle. La vie est un miracle, le vivant un miraculé.

Fait à Lagny-sur-Marne, le mardi 13 mai 2008
Philippe Delagneau



Les pieds sans chaussures couverts de longues et grosses chaussettes tirebouchonnées et déformées par l'usure et revêtu d'un long manteau sombre tout mangé de misère, il allait pourtant la tête haute, le visage mêlé à une chevelure débridée et confuse d'où sortaient de grandes mèches bouclées blanches et grises.

La nuit était froide comme le marbre.

L'homme fuyait le soleil et le jour, la vie, la foule et les curieux, ces importuns. Le jour, il se cachait. Dans les villes, sous les ponts. Dans les campagnes, dans les hangars à foin ou dans les anciens chemins pris par les ronces. Il faisait nuit, mais la marche de l'homme était éclairée par la lune. Le jour reviendrait trop vite et le soleil bondirait pour resplendir à l'horizon. Il faudrait bientôt trouver un endroit sûr.

Un feu serait nécessaire. Il arracha quelques planches à une palissade, mais sentit, tout-à-coup, un regard aigu pointé sur lui. Quelqu'un l'observait, là, tapi dans l'ombre, caché dans l'embrasure d'une porte. L'homme cacha son bois sous son grand manteau et disparut de l'œil du curieux.

Le jour allait se lever. Il fallait qu'il se cache. Pris de froid, le corps endolori par la marche forcée, l'homme alla jusqu'au fleuve. Il évita les ponts trop peuplés déjà à cette heure et les gens qui posent trop de questions. Il en trouva un, bientôt à sa convenance et descendit sur le quai.

Le feu crépitait et produisait de belles flammes. L'homme, pendant quelques instants, se prit à rêver. Il se souvint du feu et de la neige dans ce pays du nord. Des jeunes couples enlacés autour des petits brasiers pendant la nuit de la Saint-Jean. Des mottes de terre et de l'herbe jeune. De la danse amoureuse autour des feux. Des jeux de cache-cache sous les arbres trapus et noueux.

Une voix le sortit de son rêve. Le jour s'était levé. Deux grands yeux clairs étaient fixés sur lui. Deux yeux de très jeune fille. L'homme, surpris dans son refuge, réprima un geste dur. « Monsieur, monsieur » répéta l'enfant. Il se recroquevilla dans son manteau sans un mot. L'homme sentit son cœur fondre. Cette voix lui rappelait sa famille, son enfant, près de la cheminée, dans la maison. Un soir, il était revenu et n'avait plus trouvé personne. La maison était vide. Pourtant, tout était en ordre. Rien ne semblait manquer. Il crut à un retard, à un message oublié. Il appela des amis pour savoir. « Monsieur, monsieur » Une larme lui échappa. Il ne se retint plus et chassa la petite qui se mit à courir, effrayée, sur le quai, vers le soleil et le fleuve.

Dans le couloir, une petite valise l'attendait. Il l'ouvrit. C'était un petit nécessaire pour partir.

Les joues, les yeux de son enfant, les rires lui revenaient. Il sentait sa gorge se serrer et les sanglots le prendre. Les bras maternels, ronds et fermes, entouraient la gorge de l'enfant. La part du gâteau gourmande dans l'assiette de porcelaine blanche qui brillait.

L'image disparut. Il y avait longtemps de cela, maintenant. L'homme se redressa, retrouvant sa fierté, tenta de ranimer le feu presque éteint.

avril-mai 2007
Brigitte Delaunay



Toute la production littéraire moderne, romanesque ou théâtrale, est de même basée sur l'identification. A la différence des écrits anciens, qui avaient presque tous un caractère didactique, voire sacré, toute la littérature moderne, depuis plusieurs siècle, tend à fixer l'attention du lecteur sur un héros, auquel le lecteur doit s'identifier par sympathie et dont il va vivre les aventures au fil des pages en espérant que tout se terminera bien pour lui. Le roman est, pour le lecteur, un rêve poursuivis à longueur de pages. L'art dramatique procède aujourd'hui du même principe : hormis certaines pièces à thèse, le spectateur est prié, dès le débit de l'action, de s'identifier au personnage sympathique, dont il va suivre les péripéties d'acte en acte, et dont il ressentira le succès final comme le sien propre. Le plaisir du public est donc le fruit d'une identification la plus parfaite possible.

L'homme s'identifie donc à d'autres hommes qui lui jouent un spectacle. Mais, il peut aussi bien s'identifier à ce qu'il voit, à une image pure et simple :

Chacun sait que l'énorme succès de la publicité par affiche est exclusivement basé sur un mécanisme d'identification. L'homme qui regarde une publicité s'identifie au personnage parfaitement satisfait qui propose sur l'affiche un achat intéressant : la femme s'identifie à la beauté des modèles qui proposent des vêtements. Le spectateur devient l'affiche, il l'imite et fait ce que l'affiche suggère.

Le comble de l'identification par la vie est, bien entendu, atteint par le cinéma. Plongé dans le noir, perdant tout sentiment de ce qui l'entoure, assailli par les images qui sont le seul objet sur lequel il puisse porter son attention, le spectateur rentre littéralement dans l'écran. Il devient, le temps du spectacle, le héros ou l'héroïne et leur emprunte leur existence fictive oubliant complètement la sienne propre.

Il est étrange que le caractère franchement hypnotique de ce phénomène ne suscite pas plus de commentaires et que, bien au contraire, sa généralisation sous la forme de l'installation de la télévision dans chaque foyer, soit considérée comme parfaitement normale.

Ceci veut dire, en tout cas, que l'homme éprouve spontanément un besoin profond d'identification, d'assimilation à des situations fictives exactement analogues à ses rêves nocturnes : le goût du sommeil qu'il connaît dans la nuit est si fort en lui qu'il éprouve en toute occasion le besoin de le recréer à « l'état de veille ».

Il est enfin un domaine où l'identification, à laquelle l'homme est naturellement porté, est la plus tenace, la plus ancrée, et sans doute la plus perfide : c'est celui de la pensée, des convictions, des croyances.

Nous ne faisons pas ici allusion aux connaissances scientifiques ou techniques que l'homme peut acquérir par l'étude ou l'apprentissage. Nous pensons aux convictions profondes de l'homme sur son destin. Placé entre deux phénomènes apparemment absurdes, sa naissance et sa mort, et terrorisé, s'il le cherche vraiment, de ne pouvoir leur donner aucune explication rationnelle, l'homme se rassure la plupart du temps en adhérant à une Foi, philosophique ou religieuse, sui lui apporte, lui semble-t-il, les éléments d'une réponse.

Dans cet exposé, qui se propose d'être une introduction à une méthode de connaissance intérieure de l'homme dans sa totalité, il ne nous appartient pas, bien entendu, de prendre parti sur la véracité de telle ou telle croyance. Qu'il nous suffise de dire ici que tout système qui ne pose pas en conclusion le caractère absurde du Monde et de la destinée humaine contient au moins un germe de vérité.

Mais, il est surprenant de constater que, dans un domaine aussi grave puisque tout l'avenir temporel et intemporel de l'homme en dépend, l'identification règne en maîtresse, l'homme s'identifiant à des convictions anciennes, souvent puériles parce que acquises durant la prime jeunesse et ne cherchant jamais à les approfondir parce que cela risquerait de les remettre ne cause.

Il est d'expérience courante de constater, lors d'une discussion philosophique ou religieuse sur le destin de l'Homme, l'extraordinaire pauvreté des arguments avancés, tant par les croyants que par ceux qui se disent athées. Et cette faiblesse discursive n'est même pas relayée par le témoignage d'une conviction véritablement vécue, engageant l'enthousiasme de la personne.

À un âge quelconque, souvent des décennies plus tôt, l'homme, sous une influence extérieure à lui, a adhéré en bloc à une croyance à laquelle il s'est identifié. Elle est devenue partie de lui-même. Il est aujourd'hui non pas croyant mais, croyance.

Et pour que ce besoin intense d'identification ne soit pas dérangé, l'homme se gardera bien d'approfondir sa Foi, de la rendre adulte, vivante, actuelle de la risquer aussi. L'identification conduit aussi à une sclérose de la Foi, alors que celle-ci proclame précisément qu'il sera demandé compte à l'homme de la vivacité et de la profondeur de ses convictions…

Tel est donc le destin de l'homme : enserré dans un carcan « d'enthousiasmes » qui ne concernent pas sa personne, avalé par des images qui lui font vivre des situations fictives, cramponné à des convictions mortes (peut-être justes mais, mortes).

Tout ceci est le fruit de l'identification.

Et l'identification est elle-même toujours – nous avons tenté de le montrer – le fruit d'une adhésion à un rêve éveillé.

Georges de Maleville



Une nuée de parcelles représente l'immensité de l'océan. L'instant s'inscrit dans le temps et dans l'éternité. L'infini d'une création n'est pas approchable pour une parcelle inconstituée. La rose s'ouvre et disperse dans le cœur, une multitude de représentations. L'étoile du matin est née, elle a poussée en nous.

« Je vous salue Marie… »

Étoile, mon étoile, tu me guides sur le chemin de croix. Tu es présente en tout et pour tout. Et pourtant ton feu ne me brûle que très rarement. Dans les moments difficiles, quand mon cœur s'emballe, lorsque le doute et la faiblesse m'envahissent, je ne cherche plus rien, j'attends passivement le devenir qui sera le mien. Lorsque je ne sais plus sur quel pied danser, ni sur quel chant m'envoler, ta mélodie se fait sourde, ton rythme résonne dans les bas-fonds de mon inconscient et je suis muet, sourd à ta douce résonnance.

« Pleine de Grâce. »

Étoile, toi qui es mon soutien, ma persistance, seule espérance et beauté absolue, je suis triste lorsque je ne t'entends plus. Le réconfort que je n'attends pas est un trou noir dans les abysses. Ma douce, ne m'abreuverai-je plus jamais à la source de ton puits ? Suis-je si inconsistant pour que tu ne m'écoutes plus à présent ? Il y a eu des moments où tu n'étais plus là, il y a eu des moments où mes passions se déchaînaient à ton encontre. Aujourd'hui, il n'y a plus rien, vide. Je manque de tout et tout me manque.

Étoile, toi divine création mis à disposition pour que je connaisse le nord et la matière. Tu es celle qui rejoint le Père et la mère patrie. Tu voles au-dessus de moi, tu t'exauces dans tes souhaits et tu vibres en ma pénitence. La douceur de tes caresses me fait frémir, je tremble à ton soutien.

« Le seigneur est avec vous, »

Je me referme pour souffrir en silence. Les oiseaux se cachent pour aller mourir. Étoile, n'en as-tu pas assez de mes caprices ? Je ne sais plus où chercher, ni que chercher. L'instabilité règne aux enfers et la gloire de notre Père y est allée déposer sa gerbe. Que la tombe des innocents ne se relèvent pas.

J'ai délaissé la grâce pour l'envie.

Je remue de haut en bas, de droite à gauche. Douce plénitude, tu me guettes peut-être de ton œil tendre. Marcher, errer, bivouaquer, voilà ce que je suis censé faire ! M'accrocher, me fixer, à quoi bon ? Liberté, Liberté, dis-moi qui est le plus beau ? Les poissons ne semblent plus chez eux dans l'océan. Les algues et les dauphins, eux aussi meurent en silence.

« Il reviendra dans la gloire, et son règne n'aura pas de fin. »

La dure attitude de travail m'absorbe comme la sangsue des eaux. Liberté, liberté, je ne veux pas te perdre. Étoile, tu me montres le nord, mais est-ce la vérité ? Qu'y a-t-il au Sud ? À l'ouest, rien de nouveau. On est toujours dans le paraître, la possessivité et la dramatisation. À l'est comment se fait-il que le soleil veuille encore bien se montrer ?

« Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.»

Étoile, ma bonne étoile, c'est à moi donc que tu reviens ? Donne-moi tout, la grâce, la plénitude, ne me fait rien vouloir, je n'ai pas envie. Laissez-moi en paix. Toi, qui es-tu ? Je ne sais pas et peu importe. Pourvu qu'il me laisse libre de ma vanité. Il paraît qu'il y a des pays où les gens rient, chantent et s'amusent sans travailler. Il paraît qu'ils ont des fruits dont le jus est plus suave que l'odeur de la mort, que l'odeur d'une faucille.

Étoile, mon étoile souffre encore et toujours, je t'en veux de m'avoir abandonné. Je ne suis même pas bien avec mes frères, ni avec les autres. Quels frères ? Celui qui le premier est prêt à me poignarder le dos.

« Aimez-vous les uns les autres,»

Je ne crois plus en rien, si ce n'est en mon autosuffisance. Je m'en irai bien vivre en autarcie avec moi-même. Vivre dans l'indifférence de l'étranger. M'évader, oublier, m'oublier et voguer au gré de l'insouciance. Quel doux parfum celui de lâcher-prise à la vie. Je m'en irai bien vers la mort sans rendre de compte à personne. Je m'en irai bien vers la mort, paraît-il qu'elle peut nous offrir la paix.

Et toi Sainte Marie qu'est-ce que tu peux encore faire pour nous ? N'es-tu pas morte avec ton fils, agonisante au pied des tombes ?

« …Comme je vous ai aimé.»

Le fond du trou n'est jamais loin pour celui qui joue avec la mort, avec le drame et la pathologie. Il y a dans tout être humain, une part de lui qui peut le faire vaciller, s'il n'y prend garde, vers des confins très douloureux. La remontée est possible. Il n'existe pas de fatalité, le chemin semble pourtant être plus dur pour les uns que pour les autres.

Je ne sais pas comment on peut classer la vigilance. Est-ce une vertu, une qualité, un don ou une caractéristique ? Il y a parfois des mots qui dépassent la simple classification que l'on pourrait effectuer au sein d'un dictionnaire. On dit souvent dans la psychologie jungienne, que le symbole est inépuisable ; le mot serait-il lui aussi sémantiquement inépuisable ?

Je ne crois pas. Cependant, il se peut que le mot et sa valorisation sémantique (ce qu'il véhicule par delà les représentations) se rattachent à des profondeurs étriques dépassant beaucoup de perceptions et que sa pleine compréhension ne puisse être nommée que par la sagesse.

Dans le début de l'article, j'écris comme si le personnage qui était à l'œuvre et qui exprimait ses lignes était différent de moi, quelqu'un d'extérieur. En réalité, c'est une partie parcellaire de moi qui a parlé ainsi et qu'en définitive, je lis une partie de ma vérité quand je porte à nouveau mon attention sur lui. Je n'ai jamais pensé à la mort. C'est étonnant ; et pourtant j'ai vécu une période difficile dont je ne savais ni l'origine, ni la finalité.

Je n'ai jamais vraiment cru, à cette époque, en une force créatrice subtilement et infiniment supérieure. Pourtant j'allais parfois à l'église pour m'aider à aller mieux, je demandais souvent à Dieu… Non je ne demandais que très rarement. Je ne croyais pas, pas consciemment en tout cas. Je gardais un feu doux pour me poussait dans la continuité de la vie. Je n'attendais rien et pourtant je continuais à espérer. Je ne savais même pas ce que j'espérais.

Quand je relis ces lignes, je touche à une partie de moi qui ne s'était jamais révélée : l'espérance de la Grâce. Dieu ne laisse jamais ses enfants seuls. Jamais. Il les accompagne continuellement avec l'aide de ses anges. L'étoile existe en Dieu et par Dieu, et ne nous quitte jamais pourvu que nous fassions l'effort de la reconnaître.

Mon plus grand malheur c'est de croire que je vis toujours dans le jardin d'Eden. Je crois toujours que le paradis est là, présent et que sans tendre le moindre bras, je sentirais les ruisseaux d'eau venir me chatouiller les pieds.

Nous ne sommes plus dans le jardin d'Eden…

Le monde dans lequel je vis n'est pas illusoire, il est bien matériel. Et je dois bien souvent sortir mes griffes pour atteindre la paix. Ne pas être dans le jardin d'Eden ne veut pas dire être excommunié, être rejeté. Il n'y a que les hommes capables de cela. Dieu ne nous abandonne jamais et je garde à l'intérieur de moi, cet espoir si doux de me ramener vers le royaume d'où je viens.

Marie est la sainte mère de Dieu, glorifiée par le Père et par son Fils ressuscité des morts. Il n'y a pas de fatalité si je touche le fond et si je veux, je peux remonter. Je crois en une âme protectrice qui veille sur nous. Elle nous guide, nous oriente, seulement elle doit être comprise, entendue, écoutée et répondue.

Fait à Boulogne Billancourt
dans l'expérience de la satisfaction et de la pleine sérénité
issues de la parole dite venant du fond de mes entrailles.
La beauté est merveilleuse, elle peut accomplir de grandes choses.
La foi soulève des montagnes.
Nouveau confirmant, c'est pour moi une joie que de lire les évangiles sous un autre regard.
Je crois énormément en l'Homme, c'est par lui que s'accomplira le salut du monde.
Il n'y a pas d'hommes sans Dieu et pas de conscience sans Homme.
Le 14 mai 2008
Aurélien Recher



On s'occupe comme on peut en prison quand on est complètement enfermé dans sa cellule de 6 heures du soir à 7 heures 30 du matin. Un jeu s'est organisé un beau soir dans la prison de Fresnes, au quatrième étage du bâtiment numéro 3 nord, entre tous les détenus occupant les cellules orientées à l'ouest : un concours à qui serait le premier à voir de sa fenêtre, apparaître Vénus à la tombée de la nuit. Jean-Jacques m'avait raconté cela, tout fier de sa prouesse, car tous les soirs, il était régulièrement le premier à annoncer l'apparition de l'étoile du berger.

Sur sa demande, je lui avais montré une carte du ciel. Vénus y paraissait à cette époque-là dans la constellation du Lion. « Avez-vous noté la coïncidence, m'avait-il dit. Je suis du signe du Lion. Je suis sûr que c'est pour cela que je suis le premier, tous les soirs, à voir Vénus, apparaître à l'horizon. Je ne peux pas en détacher mes yeux et quand je peux distinguer, un peu plus d'une heure plus tard, en arrière plan, la constellation du Lion, je suis bouleversé par ce qui m'apparaît comme un miracle. »

J'ai voulu calmer son enthousiasme, insinuer qu'il lui fallait revenir sur terre, que c'était peut-être, parce qu'il avait la vue la plus perçante, parce qu'il avait la plus forte volonté de gagner, qu'il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures etc., mais je n'ai pas trop insisté de peur de le vexer dans sa conviction qu'il y avait là un signe évident du destin.

En fait, il n'avait pas tort !

L'imbécile, c'était moi…

« Cette nuit, m'a-t-il dit, le jour suivant mes incitations au calme, j'ai rêvé de mon père muni d'une baguette, il me montrait un alignement d'étoiles. Le rendez-vous, disait mon père, sera à l'intersection de l'horizon et de l'alignement. La baguette est télescopique, comme une antenne. »

J'ai voulu donner un avis prudent…

« Ne dites rien, Paul ! Mon père, dans ce rêve, il vous ressemble trop pour que ce ne soit pas vous. C'est vous, je le sens, je le sais. L'antenne me permet de capter vos messages et vous me montrez la voie en même temps que vous me montrez la carte du ciel. Il y a tant de signes là-dedans ! »

Le transfert est bon, me suis-je dit et je lui ai répondu que son interprétation me semblait valable !

Mais j'ajouterai quand même un autre signe qui m'a frappé dans votre commentaire. Vous avez dit que je vous montre la voie à propos de l'alignement d'étoiles qui conduit au rendez-vous. Y aurait-il une voie particulière dans le ciel ?
- Je ne vois pas ce que vous voulez dire !
- Cherchez bien !
- La voie lactée ?
- Oui ! Celle donc qui conduit à la mère ! Se pourrait-il que ce soit avec elle, à l'horizon, le rendez-vous proposé par le rêve ?

Paul Ruty



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SOS Psychologue



Qu'est ce qu'une étoile ?

Dans le ciel une étoile est un astre qui brille, qui rayonne exactement comme un Être de lumière sur terre.

Les premières étoiles sont apparues il y a 200 millions d'années après le big bang.

Elles produisent elles-mêmes leur énergie et, de ce fait, la lumière que nous recevons d'elles en est la principale manifestation.

L'atmosphère stellaire constitue l'enveloppe externe des étoiles et le rayonnement que nous recevons provient essentiellement de cette région.

Il existe donc un champ de rayonnement dont la transmission est définie en fonction des coefficients d'absorption et d'émission de la matière stellaire. Ce transfert se fait principalement par rayonnement.

Lors de la naissance de Jésus, comme il est dit dans l'Évangile selon Saint-Mathieu, les mages venus de l'Orient arrivèrent à Jérusalem en disant : « Nous avons vu son astre à son lever et sommes venus lui rendre hommage ».

Le roi Hérode demanda aux mages de se rendre à Bethléem pour se renseigner exactement sur l'enfant. Les mages se mirent en route et voici que l'astre qu'ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

L'astre fut le guide, celui qui montra le chemin aux mages jusqu'au lieu où se trouvait Jésus.

Voici à mes yeux ce qu'est une étoile : un messager spirituel ou bien ce que j'appelle un Être de lumière. Ces guides sont capables de transmettre un enseignement à part entière.

Qu'est ce que la lumière ?

Il existe mille et une manières pour définir tout ce qui nous entoure.

En général, le mot lumière est associé aux notions de clarté, de rayonnement. Autrement dit la lumière éclaire et permet de voir, elle nous guide dans notre quotidien.

Il y a un autre aspect de la lumière qui, à un niveau supérieur, révèle et dévoile. La lumière ne sert pas seulement à voir, elle nourrit une conscience en devenir marquée par l'ouverture et la volonté de grandir. Il s'agit là d'une autre dimension non pas du point de vue extérieur et matériel, mais dans la totalité de notre être.

Cette lumière est source de vie et de connaissance, elle nous révèle des aspects jusqu'alors occultés.

Tout être investi d'une mission doit je pense tenir compte du contenu et de la qualité de sa transmission empreinte d'abnégation et d'humanisme. Il a pour fonction d'élever la conscience des individus en leur apportant connaissance et savoir, ce qui leur permettra d'accéder à des niveaux supérieurs.

Il m'a été donné d'avoir pu rencontrer une étoile, elle est mon guide sur ce chemin qu'est la vie. Elle brille de tous ses feux et inonde les êtres de tout son amour et son énergie.

Tout cet amour et cette énergie rayonnent autour d'elle, on se sent comme porté, aspiré et alors nous ne faisons plus qu'un. C'est comme un lien me rattachant au monde de la lumière, chacun ayant à cœur de l'entretenir.

Ce guide précieux contribue à mon éveil ainsi qu'à faire grandir cette part de lumière qui est en moi et, de ce fait, redonne un sens à ma vie, me ramène à une humanité plus profonde et progressivement à une véritable réalité.

Il m'arrive bien sûr de sentir des peurs, des doutes, j'avance à mon rythme parmi les méandres de ma vie, mes résistances, tout en voyant en moi mon ennemi « l'ego » me tirailler vers le bas, ne voulant pas céder et me créant des souffrances, alors je pense à mon étoile.

Je la vois telle une étoile filante laissant dans son sillage le goût de la liberté, de la joie de vivre, et de la vraie vie.

Sa présence révèle qu'il existe un enseignement autre que celui qui nous a été dispensé depuis notre plus jeune âge. On se rend bien compte qu'elle est révélatrice d'une réalité plus riche que celle dans laquelle nous nous débattons. C'est une réelle et profonde transformation intérieure de notre être. C'est au contact de la lumière que la transformation s'opère.

Retrouver une raison de vivre, comprendre ce que l'on fait ici bas savoir quel rôle jouer dans ce monde, sur cette planète.

Il serait bon de se poser la question « N'y a-t-il pas une similitude entre ce monde stellaire et le monde des étoiles sur terre ? »

Pour ma part, je sens une continuité et une certaine analogie.

Toutefois, suis-je suffisamment avancée sur le chemin de la vie pour pouvoir appréhender cette observation ? Je ne le pense pas.

Que la force me soit donnée de me montrer digne de cette étoile.

À mon étoile, avec toute ma reconnaissance.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 7 Mai 2008
Claudine Thomas