NUMÉRO 142 REVUE BIMESTRIELLE avril-mai 2012

Choisissez la couleur du fond d'écran :

Revenir en mode de visualisation classique

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  La prière Extracto de Nicanor
  Extrait de Nicanor
 
Bernard, Hervé Le processus de la prière
 
Batisse, Françoise La prière
 
Delagneau, Philippe La prière
 
Giosa, Alejandro La oración
 
Manrique, Carla Oración por la paz espiritual y del mundo
 
Poccioni, Julieta Tómate tiempo…
 
SOS Psychologue Séances d'analyse de rêves de mars et avril 2012
 
Thomas, Claudine La prière
 
Rivera, Violeta Poema
 
Vitton, Monica de La oración


Envoyer à un(e) ami(e)
    envoyer à un(e) ami(e)    
   Imprimer/Imprimir
    imprimer    
   Vos réactions sur ces articles
    vos réactions sur ces articles    


J'étais seule, je suis seule, je serai seule.

Mais, hier, aujourd'hui et demain, le souffle de Dieu m'amène vers la maison du Père.

J'abandonne à la porte mes voiles de tristesse.

La solitude n'est qu'une utopie qui naît d'un mal-être émotionnel et la prière se déclenche comme une nécessité vitale.

La maison du père : mais de quel père suis-je en train de parler ?

Je crois que chaque homme, dans ma vie, a fait résonner en moi cet espace essentiel du contact spirituel avec le père tout puissant. Et la prière se déclenche, je commence à décliner mes mémoires, toujours reliées à des expériences d'un amour paternel avec les hommes de ma vie.

À sept ans, je n'avais pas compris le sens et l'importance des lieux de culte pour moi, mais je savais que simplement pénétrer dans une église produisait en moi un effet étrange d'apaisement et de silence.

Mais c'était la même chose quand j'entrais dans le bureau de mon père, c'était du sacré. Et c'était de même quand je me blottissais dans les bras de mon grand-père. Dans mon monde la prière était permanente, car la prière était la vie et chacune de mes actions, nobles, désintéressées et généreuses, étaient une prière.

Ensuite, par manque de discipline et éveil, j'ai fait confusion entre mes expériences des amours sacrés et rayonnantes de lumière et des amours humains, parfois décevants. Selon moi… dont la lecture était imparfaite.

Dans chaque homme de ma vie, j'ai cherché et j'ai trouvé, parfois de façon éphémère, l'espace du sacré.

L'amour est une prière et j'ai le sentiment de vouloir déclencher en vous une étincelle, une lueur d'espérance d'éveil, dans les rudes et difficiles chemins de nos existences matérielles.

***

Un jour du mois d'avril, quand le romarin était en fleur, je regardais par la porte ouverte de la maison de Theresa d'Avila en Castilla, La Vieja (Espagne), passer un filet d'eau, un ruisseau très fin et je me suis souvenu que Theresa d'Avila disait :
Une prière de temps en temps, c'est une averse qui rafraîchit,
Une prière chaque jour, c'est une pluie qui féconde,
Une prière chaque fois que le cœur veut répandre l'amour, est un fleuve immense qui commence dans la montagne pour se verser dans la mer.

***

Je n'ai pas vu avec mes yeux Dieu le Père.

De Dieu le fils j'ai une certitude historique.

De l'Esprit j'ai la preuve, en contemplant le souffle de Dieu faire bouger les feuilles des arbres.

La prière est l'unique pont possible entre cette immensité d'amour innommable. Dieu est en nous, il s'exprime par la manifestation. L'immanence, c'est reconnaître en nous cette puissance qui peut devenir manifestation si nous cherchons à être fidèles à la mission unique que nous devons accomplir sur terre : devenir conscient.

Notre prière deviendra alors ce fleuve immense qui commence dans la montagne et se verse dans la mer.

Je ne parle pas seulement que comme catholique, je suis un être humain qui se cherche. Et la prière est mon bateau, et je veux naviguer dans ce rayon de la création qui m'est offert.

Fait à Paris, le 16 mai 2012
Entre les roses du printemps,
Et il ne pleut pas…
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Grande résistance pour écrire sur la prière… Est-ce trop abstrait ?

Non, au contraire nous prions tout le temps en ignorant que nous le faisons. D'où vient la force quand nous disons : « J'espère que telle chose arrive » ?

***

Comme je disais dans l'éditorial : j'ai trouvé dans chaque relation avec les hommes de ma vie l'espace du sacré. Un sacré partagé par le vouloir de comprendre la vie, et de donner sens à notre relation.

***

Mon père m'a appris à élever les yeux vers le ciel et me poser des questions sur la création.

La prière aide à sortir de l'illusion enfantine de la toute puissance. Soudain je me rends compte que ma prière est permanente comme celle du pèlerin russe orthodoxe, qui en marchant dit tout le temps : « Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, ayez pitié de moi pécheur ! »

Le matin je m'ouvre à la grâce et je démarre la journée avec le sourire de la confiance. La grâce est là.

***

Il y a eu des moments de ma vie où la prière était l'unique lueur d'espoir, dans un chemin tortueux et sombre : les deuils de la vie, quand nous ne pouvons qu'accepter la volonté divine, le fait que l'autre tant aimé, soit parti.

Avec mon mari que j'aimais tant, notre vie a été une prière d'amour permanente. Nous étions des chercheurs. De quoi ? De sens.

***

J'étais seule, fille unique, perplexe devant la vie, mais déjà reliée à la lumière de l'éveil, qui m'était proposé. J'avançais par des intuitions. Je suis seule, mais en apparence, le germe est en moi et j'écoute, confiante. Le chemin s'ouvre alors. C'est l'écoute accueillante qui donne le sens à ma vie. Le silence m'alimente, et je sais que, entourée comme je le suis, nous partageons tous l'amour qui rééquilibre la création.

Je serai seule… mais toujours en apparence, car je suis reliée et responsable de l'appel divin qui m'est donné.

***

Une des histoires que j'ai lue sur Bouddha, raconte qu'un grand savant de l'Inde est venu le voir pour discuter sur la vérité. Il était accompagné par cinq cents hommes.

À cette époque, était la tradition que les chercheurs de vérité avaient l'habitude d'argumenter sur des thèmes profonds et celui qui dépassait l'autre devenait son maître.

Bouddha l'avait reçu avec paix et harmonie et lui avait posé la question : « Connaissez-vous la vérité ? ». Le savant répondit honnêtement que non. Bouddha lui avait donc proposé de rester dans le silence avec lui pendant deux ans pour reparler à l'issue de cette période de la vérité.

L'homme répondit, sa réponse est la plus belle prière que j'aie pu lire.

L'homme dit : « J'ai passé cinquante ans par les chemins, j'ai gagné des adeptes, j'ai passé des nuits blanches, cherchant la vérité. Merci, je resterai avec vous ».

Il est alors resté avec le Bouddha. Une année plus tard, il avait perdu sa tête, il ne se focalisait plus dans le temps, pas de passé, pas de futur.

Sa personnalité avait cessé, ses désirs, ses ambitions, parce que simplement son être était apparu et voilà la vérité et l'illumination.

Il s'était fondu dans la totalité de cette existence à laquelle Bouddha faisait référence. Chaque action consciente porte en elle une partie de prière. Les chants sacrés, les danses circulaires génèrent une vibration accordée avec les rythmes de la nature.

Dans les anciennes cathédrales gothiques il n'y avait pas de place pour s'asseoir. Les fidèles venaient danser et l'archevêque donnait le rythme avec sa canne à l'extrémité de laquelle était taillé l'arbre de vie.

***

Je viens de recevoir un appel d'une de mes élèves du Canada dont la sœur vient de décéder d'une maladie génétique qui fait que les muscles qui permettent d'avaler, ne fonctionnent plus. Elle ne pouvait pas se nourrir normalement. Mère et grand-mère étaient mortes de la même maladie. Ils sont cinq frères dont trois sont atteints. Elle me demande de prier pour Dorine, sa sœur soucieuse du fait qu'elle n'était pas croyante. Absurde, sa vie depuis douze ans était celle d'une battante reliée. Elle préparait à manger de bonnes choses pour ses enfants, mais sans se laisser tenter. Je suis allée chez elle un mardi gras. Je rends hommage à cette femme dont la vie était une prière permanente. Je dis à mes élèves de prier en direct avec ce germe de Dieu en nous.

Parfois je me vois comme étant ces femmes russes à qui nous demandons de faire la prière à notre place. Pourquoi cette habitude de ne pas agir directement si nous partageons tous une même essence, un même inconscient ? Je crois que manque la confiance. Une vraie confiance consciente de l'efficacité de la prière.

***

Je veux transcrire une lettre que mon mari m'a envoyée avant son départ qu'il pressentait. Elle est le témoignage de ce sacré au sein de notre couple dont je parle.

Il dit :
– Je t'aimais autant que je pouvais aimer une femme ;
– Je continuerai ;
– N'hésite pas à le demander ;
– En te quittant provisoirement, je te résume en quelques conseils l'expérience de plusieurs années vécues ensemble ;
– Mets de l'ordre, un ordre rigoureux, intransigeant ;
– Tourne le dos à tout ce qui est négatif ou stérile, ne l'écoute pas. Coupe. Ne te laisse pas engluer dans la pitié des mendiants qui ensuite te dévorent ;
– Méfie-toi de ton premier mouvement et de ton premier propos. Tu prends trop vite une décision que tu annules ensuite trop vite aussi. Laisse toujours passer une nuit de bon sommeil avant la prise d'une décision importante ;
– Sois prudente avec ta maternité ! Donne à tes enfants, mais avec lucidité en te protégeant toi-même. Il ne faut pas que plus tard tu sois dépendante de leur amour filial qui pourrait devenir source de conflits ;
– Ne gaspille pas les opportunités qui s'offrent. Exploite avec sagesse et acharnement, sans fausse pudeur, les expériences qui te sont offertes. C'est le moyen de parvenir à devenir consciente ;
– Aie confiance. Tu n'es jamais seule. La vie est une aventure merveilleuse. C'est un exil, c'est vrai. Mais il nous est demandé de témoigner de la présence permanente du divin en nous dans cette « vallée de larmes » même ;
– C'est le sens de la vie terrestre. Après, vient la récompense.
À bientôt « vida mía »
Georges

***

Depuis toujours la prière a illuminé notre vie.

« Soyez sobre, soyez vigilant. Votre adversaire, le démon, comme un lion qui rugit, va et vient, à la recherche de sa proie. Résistez-lui avec la force de la foi. » Extrait des « complies » (prière du mardi soir)

***

Je passe mon message. Ce que vous en ferez, c'est votre affaire.

Avec amour, fait le 20 mai 2012
Tout est fleuri et en moi aussi…
Je viens d'écrire sur des feuilles de papier de l'hôtel de l'Esplanade à Domme, en Périgord,
où tu reposes déjà.
À bientôt « vida mía » et près de « nous » coule la Dordogne,
ce grand fleuve dont parle Thérèse d'Avila
qui est la prière permanente du cœur éveillé.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Cette année ne fut pas comme les autres, car, grâce aux prières, ce fut l'année de la naissance de la petite fille. Il était donc normal que le monde chrétien tourne les yeux vers Buenos Aires, siège du XXXIIe congrès eucharistique international. L'événement se produisit au mois d'octobre, mais sa gestation, comme celle de l'enfant, avait commencé sept mois auparavant. Pour cette occasion, on érigea à l'intersection des avenues Alvear et Sarmiento un monument couronné par une grande croix de trente-cinq mètres, qui dominait les jardins très français de Palermo, dessinés sur le modèle du bois de Boulogne à Paris.

Le légat pontifical était Eugenio Pacelli, le futur Pie XII, le pape aristocrate. Il arriva le 9 octobre à bord du bateau Comte Grande. L'atmosphère de la maison d'Iberá se vit fortement perturbée par la présence du futur pape, pour différentes raisons : pour le grand-père, parce que c'était le représentant de Dieu ; pour sa famille, parce que c'était un aristocrate.

À trois heures de l'après-midi, quand on put voir le bateau dans l'estuaire du río1 de La Plata, des bandes de pigeons se mirent à voler ; des avions et des centaines d'embarcations sortirent à la rencontre du célèbre transatlantique. Le grand-père était ivre de joie et il contemplait avec plus d'admiration que jamais le miracle du petit-fils engendré par sa fille, dont le ventre plein lui rappelait sans doute l'Immaculée Conception. La question de la virginité ne l'avait jamais trop préoccupé : devant la merveille de la nature, comment pouvait-on croire impossible que ce Dieu, capable de produire une rose, ne puisse pas faire germer un être dans les entrailles d'une femme, sans qu'elle fût déflorée ?

D'autre part, certaines images se confondaient à force de désirer et d'avoir foi. Le représentant de Dieu sur la Terre était sans doute une image claire du Saint-Esprit. Il voyait les signes et il acceptait confortablement le fait de l'insémination divine. Il ne pouvait pas voir une femme enceinte sans l'associer à Marie.

Cent mille enfants reçurent la sainte Eucharistie en plein air. À peine le légat pontifical foula la Terre argentine que le maire le reçut avec les paroles suivantes : « Je salue, à travers vous, le souverain le plus puissant de la Terre. » De nombreux prêtres, dans tous les lieux imaginables, confessèrent durant des heures et des heures dans toutes les langues possibles et ils donnèrent la communion le 11 octobre depuis le milieu de la nuit jusqu'à l'aube. Le 12 octobre, on dédia la cérémonie aux peuples hispaniques et le 13 à notre « capricieuse » petite Vierge de Luján, qu'on appelle ainsi, parce que, lorsqu'elle était arrivée d'Europe à Buenos Aires, on l'avait mise sur une charrette vers une destination que je ne connais pas et qui était au centre du pays, mais elle se prit d'affection pour un village appelé Luján. Elle ne voulut pas poursuivre et tous les efforts faits pour la faire bouger furent vains. Là on érigea une basilique en son nom. La petite Vierge miraculeuse s'enracina si fortement à la Terre argentine qu'il se passa avec elle la même chose qu'avec les ancêtres du grand-père : on la naturalisa. Elle ne prit pas de mate2, puisque les statues ne le font pas, mais elle aima cette terre nouvelle autant, sinon plus, que les ancêtres du grand-père.

Sous la pluie, on clôtura le congrès. On raconte que la bénédiction papale fut accompagnée par une pluie symbolique et diluvienne, comme s'il s'agissait de laver le péché originel.

Ce fut, semble-t-il, l'une des scènes les plus inoubliables qu'offre la foi chrétienne à un peuple de l'univers.

D'autres événements se produisirent cette année-là : en Allemagne, Hitler succéda au maréchal Hindenburg en tant que chancelier-président.

Lila avait vingt-deux ans et Jorge trente-cinq. Il y avait des roses rouges et blanches dans l'avant-jardin qui se trouvait devant la maison ; le printemps fut florissant et pluvieux. Les pigeons se reproduisaient dans le pigeonnier fermé ; le figuier regorgeait de fruits quand la petite fille naquit. Lila était au cinéma Belgrano quand commencèrent les douleurs de l'enfantement, ce qui ne l'empêcha pas de boire une bière pour calmer sa soif. Elle entra à la maternité de l'hôpital Rivadavia, en se remettant en toute confiance entre les mains prestigieuses d'un grand obstétricien de Buenos Aires, le docteur Collazo. Le nouveau-né fut placé directement à la crèche  car la semaine suivante, c'était Noël  afin de ne pas enlever un seul coup de pinceau au tableau fascinant que le grand-père vivait de tout son être. Il sentit qu'il avait achevé un cycle, que le sens qu'il avait cherché durant toute sa vie apparaissait clair et évident à travers les signes de la manifestation divine.

Ce 18 décembre, le Kronos et le Kairos se croisèrent pour créer l' « événement » assimilé de différentes façons par chaque membre de la famille. Quoi qu'il en soit, cela resta un fait fondamental pour tous.


1  Río : mot espagnol qui signifie fleuve.
2  Mate : infusion qui est la boisson nationale argentine à base de yerba, plante qui pousse, principalement sur le territoire de Misiones.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Présentée sous l'angle du mécanisme, la prière c'est unifier ses énergies internes vers un but, vers un objectif particulier, pour réaliser un projet donné, en faisant le vide dans son esprit.

La prière existe dans toutes les religions, dans toutes les croyances et souvent dans de nombreuses philosophies, même si leur formes, leurs ordonnancement, les dieux et esprits supérieurs auxquelles elles s'adressent, peuvent être très différentes.

Mon propos n'est pas d'étudier tous les types de prière, en fonction de leur contenu, des religions ou mode de pensées qui l'encadre, mais d'examiner plusieurs angles différents, ce qui peut caractériser la prière au sens large, ce qui peut en faire sa spécificité au-delà du temps, de l'espace, des hommes…

Si la prière permet de s'élever spirituellement, c'est avant tout un appel d'énergie, universel et intemporel, indépendant du dieu auquel on croît, car c'est une attitude, une action propre à l'homme, une manière de retrouver un comportement instinctif ancien, celui des premiers hommes mus pour satisfaire quelques besoins simples, essentiels et vitaux.

La prière permet de s'élever au-dessus des fluctuations et troubles du quotidien, de se dégager des tracas de la routine et des contraintes ordinaires, journalières, liées au rythme répétitif qu'il est nécessaire de suivre pour assurer son travail, la bonne santé de sa famille, des relations avec ses proches. En effet, la prière permet d'élever le niveau de l'énergie intérieure, en filtrant les vicissitudes quotidiennes de la vie, en éloignant les mauvaises énergies, qui peuvent être nombreuses autour de nous et aussi à l'intérieur de soi-même.

La prière est non seulement un exercice de l'esprit, mais aussi une forme d'activité physique où toutes les parties du corps, autant que possible, doivent participer à l'unification des énergies intérieures. L'environnement est également important, il doit être propice au recueillement, faciliter l'appel et la circulation des énergies intérieures, loin de toute perturbation extérieure, sonore, visuelle, physique…

Pouvons-nous prier pour tout et pas seulement pour les grands projets ?

Sans doute, la prière est plus souvent utilisée quand les enjeux deviennent plus importants pour l'orientation de notre vie, pour dépasser un obstacle devenu insurmontable avec le temps, quand notre survie étrique ou tout simplement notre vie est en danger vital.

Mais de par sa nature, la prière peut être invoquée, car elle permet de (re)faire le lien avec soi-même. Quand nous sentons notre énergie diminuer, un état de confusion nous envahir, que ce phénomène soit ample ou passager, la prière peut devenir comme un acte réflexe, sans doute plus efficace qu'une débauche d'énergie sans pensée et sans pilote ou que le recours aux multiples comportements névrotiques qui ont leur part de responsabilité dans notre situation d'ici et maintenant.

C'est pourquoi la prière peut devenir une discipline, un mode de vie, afin de mieux utiliser son énergie interne au service de la réalisation de soi-même, de son chemin d'individuation, comme l'appelle C. G. Jung.

De manière tout à fait fondamentale, la prière peut être un dernier recours quand on a épuisé toutes les autres voies de tentatives de réalisation d'un projet.

Mais comment prier, à quel moment, selon un rythme ? La réponse n'est certainement pas dans les manuels, dans des techniques élaborées, mais sans doute au profond de nous-même. Car pour apprendre à prier, il faut certainement commencer par un premier pas de prière, avec humilité, sincérité et un minimum de discipline.

Hervé Bernard



Que dire sur la prière ? Comment le dire ? C'est tellement intime. Comment le dire en toute simplicité ?

Alors que je posais mes idées et que découragée face à la difficulté d'écrire, j'ai pris le livre que j'avais en cours et l'ai ouvert à la page à lire… Je me suis alors trouvée face à ceci :

« La prière en tibétain (smon-lam) signifie littéralement : chemin de vœux. Il ne s'agit pas d'une requête adressée à une divinité extérieure, mais d'une méthode pour purifier et orienter l'esprit. La prière agit comme une inspiration. Elle éveille le désir du bien qui est inhérent à l'esprit et, de ce fait, facilite l'atteinte du but. » Extrait de : Le Livre des Morts Tibétain commenté par Shögyam Trungpa et Francesca Fremantle.

J'ai souri de cette synchronité incroyable ! Quel cadeau ! Il a cassé la moitié des points de ma liste, mais à quel point je ressens ce qui est dit…

Avec la prière, un chemin se fait : la colère part, le désespoir part, la peur part ! Si au début, dans la colère, le désespoir, la peur, on en appelle à Dieu si loin, appeler son nom le rapproche doucement. Comment dire ? J'ai presque envie de dire que l'on reprend « conscience » que notre étincelle divine est en Nous et qu'elle se remet en contact avec sa Source sacrée, et qu'elle règne en nous. Demander le Pain de ce jour, c'est juste ce dont nous avons besoin pour vivre en cet instant et confiance, car nous n'avons pas besoin de plus. Dire, « Pardonne-nous nos offenses » nous rappelle à quel point nous nous sommes offensés comme nous en avons offensé bien d'autres, mais que le Pardon est là et que « délivre-nous du mal » nous ouvre la porte vers ce bien dont nous avons tant besoin pour avancer vers nous-même. Et après avoir, au début, désespérément récité, puis la paix venant, conscientisé ces mots, les émotions se calment, et alors, l'esprit étant en repos, on peut regarder la chose du moment avec plus de sérénité, de clarté, ou tout simplement de façon plus positive.

Et des prières, il y en beaucoup d'autres ; c'est une pratique que l'on oublie malheureusement trop souvent, comme toutes les choses qui nous font profondément avancer. Mais les circonstances m'ont souvent rappelée à l'ordre et j'y ai eu beaucoup recours, comme mue par la certitude inconsciente que nous sommes tous reliés à cette puissance suprême, mais enfouie sous des tonnes de désespoirs et d'isolement de soi.

Françoise Batisse



C`est incroyable qu'à notre époque, dans une France laïque, que le lien à ce que nous nommons Dieu ou à quelque chose qui transcende notre humanité, semble si éloigné ou ignoré.

Non pas éloigné de notre quotidien pour les chrétiens qui se rendent à la messe dominicale, mais éloigné de notre quotidien au jour le jour. Et c'est par ailleurs contradictoire avec la résurgence d'un sacré dans les moments les plus difficiles de notre vie, voir dramatiques, ou il peut être demandé voir exigé que s'accomplisse le miracle.

Évidemment cette question se pose à moi-même, selon moi, selon ce que je suis aujourd'hui.

Combien de fois lorsque j'émerge de ce que je nomme mon sommeil diurne, je constate que je n'ai pas manifesté comme je le devrais, ma relation à ce qui m'alimente, la reconnaissance de mes convictions et sensations.

Voilà ce qu'est pour moi la prière : La matérialisation au quotidien d'un lien avec notre créateur, la reconnaissance d'une vie qui m'a été donnée de porter, le vœu et l'espérance d'une aide qui me soient apportés afin de devenir digne d'un couronnement, des possibilités d'évolutions que j'ai reçues à la naissance.

Je prie notre créateur de bien vouloir m'accompagner par mes actes à devenir enfin libre d'une vie marquée par la répétition, par l'automatisme, par une forme de mécanicité à ce qui a été mémorisé, stockés dans mes mémoires internes durant de longues années.

Je prie pour acquérir la capacité d'un discernement qui me permette de faire la place à une réalité pour laquelle selon ma conviction, la vie ne vaudrait pas d'être vécue, une réalité qui m'a été privée non par méchanceté, mais par ignorance.

La méchanceté, c'est une grande question pour moi. Qu'est ce qui manque à l'homme qui fait de sa souffrance une prison. Pourquoi autant de souffrances inutiles, de désillusions dans ce monde d'hommes. Qu'est qui nous manque pour parvenir à un équilibre harmonieux. Pourquoi ces hommes se laissent-ils guider comme un berger qui conduit ses moutons sans questionner et donc sans savoir s'il est un bon berger.

Pourquoi un monde ou la prière et la reconnaissance sont absentes. Pourquoi ne s'interroge-t-on pas sur les origines de nos traumatismes, de nos drames. Toute notre philosophie, psychologies, doctrines religieuses, enseignements sacrés seraient-ils à ce point dans l'erreur qu'ils ne pourraient porter en leur essence l'amorce, l'étincelle d'une vérité, d'une grande Vérité ?

Je prie pour que ce monde refasse surface à un questionnement, que de celui-ci émerge l'attitude bienveillante du chercheur qui tente de réconcilier les opposés afin d'accéder à la compréhension de l'essence même de la vie.

Ecrit à Chessy, le 21 mai 2012
Philippe Delagneau



Pour lire ce fichier PDF, cliquer sur l'icône :

Si vous ne possédez pas le logiciel
Acrobat Reader
indispensable pour sa lecture,
vous pouvez le télécharger sur le site :
Acrobat Reader

SOS Psychologue



Tout d'abord, je remercie mes parents de m'avoir inscrite dans une école catholique. Ainsi j'ai commencé à apprendre les prières « officielles » dès mon enfance. Bien sûr je les ai apprises mécaniquement, je les ai récitées mécaniquement sans même être présente au sens de ces prières, mais je pense sincèrement qu'au fil du temps de vraies valeurs nous marquent et s'inscrivent en nous.

Qu'est-ce que la prière ?

Elle est une forme de notre relation à Dieu. Prier c'est aimer et se laisser aimer. C'est aussi une attitude d'ouverture à quelqu'un qui nous dépasse infiniment, elle est une démarche de disponibilité et de confiance en Dieu.

Que nous apporte la prière ?

Dans la prière, on demande à Dieu de nous emplir de sa présence. Elle peut nous apporter beaucoup, elle nous donne la paix intérieure, une détente et des forces pour vivre, elle nous place dans une attitude de confiance, on y puise réconfort et espérance.

Elle nous permet aussi de prendre une distance par rapport à nos problèmes et à les voir avec un autre regard. Elle nous aide à nous recentrer sur l'essentiel, à ne pas nous laisser enliser par ce que nous faisons et à voir plus clair en nous. Si nous demandons avec sincérité, notre demande sera alors exaucée.

Le recueillement est nécessaire à la qualité de la vie humaine. La prière débouche sur un regard lucide et profond sur le sens de notre vie.

Prier, ce n'est pas réciter des formules, si belles soient-elles, c'est dialoguer avec Dieu, lui dire nos joies, nos peines, nos souffrances et nos espérances, c'est le louer, le glorifier, lui demander son aide dans les moments difficiles. C'est aussi le remercier pour tout ce que nous vivons de beau, de grand, pour tout ce qu'il nous donne. Il y a tant de raisons pour rendre grâce à Dieu.

Prier pour soi, mais aussi pour les autres qui souffrent, qui sont dans la peine.

Fait à Chessy, le 19 Mai 2012
Ma prière aujourd'hui est que chaque enfant dans ce monde
ait droit à la connaissance de Dieu
afin que plus tard dans leur vie d'adulte ils aient leur libre arbitre.
Claudine Thomas



???
ici
Agnès de Viaris