NUMÉRO 160 REVUE BIMESTRIELLE mai-juin 2015

Choisissez la couleur du fond d'écran :

Revenir en mode de visualisation classique

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Vieillir Envejecer
 
Bernard, Hervé Vieillir
 
Cohen, Rut Envejecer… Liberar la creatividad
 
Delagneau, Philippe Vieillir
 
Giosa, Alejandro Envejecer
 
Laborde, Juan Carlos Envejecer… empobrecer… enfermar… morir
 
Manrique, Carla El espíritu no tiene edad por eso no envejece
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de novembre 2014
 
Stella, Silvia Envejecer en una Hamaca que llega hasta el cielo
 
Thomas, Claudine Vieillir


Envoyer à un(e) ami(e)
    envoyer à un(e) ami(e)    
   Imprimer/Imprimir
    imprimer    
   Vos réactions sur ces articles
    vos réactions sur ces articles    


La vieillesse doit être Jeune.

Si les valeurs sont immanentes et transcendantes dans leur essence, chaque génération se fraye son propre chemin pour aller vers l'idéal. C'est sur ce point seulement que les générations s'opposent. Gide voulait le bien, comme sa mère ; mais la voie où il s'engagea pour y parvenir l'opposait très exactement à sa mère. Ce qui fait le drame humain et la grandeur de ce drame, c'est l'incessant effort de chaque génération pour répondre aux exigences de l'idéal humain.

Dieu l'a voulu, proclame Lamartine. Il a voulu que la jeunesse reconstruise sur des plans inconnus, en se laissant guider par les nécessités du moment, ce que la vieillesse avait bâti sans savoir elle-même ce qu'elle préparait. Et sans cesse il en sera ainsi in saecula saeculorum.

L'homme n'est pas libre de choisir sa destinée : elle est entre les mains de Dieu. Mais l'homme a le pouvoir de diriger son action dans certaines limites. Il peut, notamment, encourager la jeunesse novatrice ou la blâmer, et apporter ainsi sa pierre à la grande résultante, comme dira Renan.

Arrivés à un certain âge, beaucoup de gens regrettent le bon vieux temps. Observé dans la psychologie de l'individu, ce fait serait-il valable sur le plan social, et les vieilles sociétés, les sociétés en décadence se comporteraient-elles comme les vieilles gens ?

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Il se peut que cela soit mieux que je décline le thème selon moi, comme toujours en réalité.

Il est facile de citer des paragraphes entiers et innombrables sur le sujet, mais ce serait loin de nous confronter à notre vécu de la situation (déjà je viens de faire un lapsus, j'écris « temps » au lieu de « thème »…).

Qu'est-ce que « vieillir » pour moi ? Est-ce perdre en jeunesse ce que je gagne en sagesse ? Depuis que j'ai conscience d'exister, je me cherche avec toujours les mêmes questions à la base. Mais les réponses sont différentes, car je ne suis jamais la même.

Qui suis-je ? Que suis-je venue faire sur terre ? Pourquoi mes préférences changent-elles ? Pourquoi les certitudes deviennent-elles plus achevées ? Aimerais-je revenir en arrière dans ma vie pour la refaire autrement ? Suis-je capable d'aimer ? Où suis-je par rapport à moi-même ?

Ma volonté de trouver des réponses est très forte. Je peux les trouver ! Évidemment rien n'est achevé. Il y a des réponses partielles car je suis bien vivante et plus consciente du passage du temps, donc j'accélère la recherche des réponses maintenant.

***

L'ici et maintenant entièrement devient un état de grâce, presque permanent.

Je donne et je reçois, avec une présence de plus en plus accrue. Il y a toujours un déclic essentiel. J'enseigne et j'apprends.

***

Je crois avoir comme convocation la vie.

***

Je m'endors avec la paix et je me réveille toujours avec des questions. Le réveil n'est pas toujours paisible, car le questionnement apparaît avec la lumière du jour.

Je souhaiterais dormir encore, mais c'est impossible. Les questions sont plus fortes que le sommeil.

Je préfère l'aujourd'hui à mon passé ; même le plus beau vécu de ma vie me semble un état achevé. Je ne connais pas la résignation, je suis une battante… Et je crois savoir où je vais aller et comment.

L'évolution ne se termine pas. Je ne suis pas si naïve que ça. Beaucoup à apprendre, beaucoup à comprendre, et chaque jour je laisse venir, bien détendue, aussi bien l'attendu que l'inattendu, qu'alimente mon évolution vers une conscience objective.

Les synchronicités apparaissent chaque jour pour montrer que les choix sont corrects, ou parfois incorrects.

***

Je n'ai pas peur du contre transfert, car je me vois agir, j'observe mes silences, mes actions, mes émotions… L'axe rationnel : réflexion, sentiment, domine sur l'axe irrationnel : intuition, perception… Oui, j'observe que je laisse venir des intuitions pour guider mes actes qui expriment sans obstacle mes sentiments et mes perceptions.

Mes sentiments me guident pour trouver la brèche chez l'autre et en moi-même.

Est-ce que j'ai peur de vieillir ? Non, j'ai peur de souffrir. J'ai eu trois années de sciatique infernale. Mais je n'ai rien arrêté de mes nombreuses activités.

Entre ma maison et mon cabinet il n'y a que quatre cent mètres. Eh bien, c'était un calvaire de quelques mètres. Je devais m'arrêter chaque dix mètres, je ne pouvais pas marcher sans souffrir.

Est-ce que j'ai peur de vieillir ? Non ! J'ai peur de me voir être privée de mes rituels de plaisir en tant qu'être indépendant.

***

Il y a quelques années une très chère patiente m'a demandé pour son anniversaire de répondre aux questions suivantes. J'essayais de répondre, mais nous n'arrivons pas toujours à bien répondre, car elle devait fêter ses soixante ans le 10 juin et elle était furieuse et décidée à ne pas fêter bien qu'elle soit vivante et certainement mieux qu'à l'époque de cette lettre. Est-elle consciente ?

Voici sa lettre :

Huit questions d'une obsessionnelle-phobique-hypocondriaque avec trait mélancolique :

1/ Comment vieillir en paix et me préparer à la mort ?

2/ Comment accepter la dégradation du corps et de l'esprit telle que la maladie, la perte de mémoire dans mes consultations ?

3/ Par rapport à ma structure phobique, comment se défendre de la panique ?

4/ Qu'est-ce qui est psychiquement dangereux pour moi ?

5/ Comment me protéger face à la peur ?

6/ Quelles sont mes fragilités et quelles sont mes forces ?

7/ Comment donner à l'autre en se protégeant d'être abusée par lui ?

8/ Comment arriver à se faire aimer de l'autre ou est-ce préférable d'accepter de ne pouvoir être aimé comme je suis ?

Merci est un mot si faible en regard de tout ce que tu m'as donné depuis tant d'années.

Merci de ta présence au quotidien ; il n'y a pas un jour où tu ne sois pas avec moi dans la pensée.

Merci d'être là pour nous tous, toujours disponible et bienveillante pour nous aider à traverser les épreuves de la vie.

Merci de ton accompagnement, au-delà de nos résistances, pour nous guider sur le chemin de la Conscience.

Merci de m'avoir insufflé le goût de vivre comme une femme libre.

***

La liste pourrait encore être longue tant je te suis reconnaissante d'être ce que tu es…

***

Avec tout mon amour.

L…

Fait à Paris le 17 juin 2015
et un jour de plus m'ouvre
vers la sagesse et la sérénité.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



D'un premier abord, le thème m'est apparu difficile, car personne n'apprécie de vieillir, même si le discours apparent cherche à en gommer la rudesse de la proposition ou tout simplement à nier la réalité du fait.

Peut-être existe-t-il d'autres regards possibles sur le processus de vieillir ? Peut-être peut-on essayer d'autres approches plus positives et plus constructives qu'une vision factuelle autour de laquelle on attelle tant que bien mal les bons côtés qu'on peut y trouver ?

Vieillir est un processus universel chez tous les vivants, quelles que soient les espèces, autant chez tous les êtres vivants que chez les végétaux.

Un être vivant naît, vit et meurt. Et toutes les transformations entre ces deux dates peuvent être décrites comme une détérioration des capacités physiques, fonctionnelles, dynamiques avec une évolution corrélative de l'apparence extérieure, probablement difficile à décrire de manière universelle pour tous les êtres vivants. Mais, en général, dans une même population il est très aisé de distinguer les personnes les plus jeunes et les plus âgées, même si des opérations reconstructrices ou une bonne hygiène de vie peuvent permettre de déplacer quelque peu les critères de distinction.

Souvent les signes du vieillissement sont associés à l'issue inéluctable de la mort, puisque ses signes sont des témoins d'un processus qui nous transforme autant au quotidien qu'entre les différents chapitres de notre vie vers la fin de notre existence physique. Cette association entre le vieillissement et la mort est à la fois courante et présente dans toutes les cultures et les civilisations.

Alors pourquoi faudrait-il se regarder vieillir au lieu de s'immerger dans le processus de vivre ?

Quand nous vivons avec passion, avec discipline ou avec simplement le sentiment de profiter de la chance qui nous est donnée des projets de vie, qui engagent pleinement nos efforts, notre énergie, notre conscience, il reste peu de place pour se plaindre de l'apparition d'une ride, d'une difficulté physique inhabituelle, d'une lassitude plus pesante et plus lente à se résorber, d'un regard d'un proche plus appuyé sur notre apparence moins jeune.

Nous pouvons vieillir physiquement, mais rester jeunes dans notre tête. Nous vieillissons réellement avec tout le cortège de sentiments négatifs que cette prise de conscience peut engendrer, quand nous en venons à investir plus d'énergie dans le refus psychique ou physique de vieillir, que dans la conception et la réalisation de nouveaux projets qui nous tiennent à cœur et nous permettent de nous réaliser en harmonie avec le plus profond de nos âmes.

Par ailleurs il est très probable que se regarder vieillir accélère le vieillissement, pas souvent selon les meilleures lignes pour ralentir la dégradation de nos capacités, qui restent essentielles pour réaliser dans de bonnes conditions nos objectifs, même si nombre de handicaps comme le vieillissement peuvent être contournés à force de travail, de volonté et d'intelligence.

Chacun d'entre nous a tout intérêt à ne pas dramatiser plus que nécessaire dans l'orientation de sa conscience, de son action, de son énergie, face aux signes de son propre vieillissement, qui sont inéluctables. Et c'est n'est pas toujours facile quand de messages, parfois proche du harcèlement et du lavage de cerveau, vous invitent à tenter mille et une expériences pour rajeunir, pour être plus aux normes de la beauté idéale, pour réussir, pour plaire !

Nous ne pouvons pas certes nous empêcher de vieillir, mais nous pouvons maîtriser, orienter la résonance intérieure de cette prise de conscience, par une meilleure gestion de notre énergie psychique, tourné vers le positif, vers la construction de projets, du plus petit au plus grand, vers la défense des plus hautes valeurs de la vie ! Car cet état d'esprit est transmissible à l'autre et peut donc être éternel !

Hervé Bernard



Vieillir est pour moi une énigme, une grande interrogation chargée d'émotionnel.

Je ne me sens pas vieillir, je me sens être différent, être autrement.

La pensée de la vieillesse me faire peur, car c'est une grande inconnue. Serai-je encore capable d'aimer la vie, d'en éprouver la joie, que restera-t-il de moi vivant, serai-je encore un combattant de l'âme ?

Je vois autour de moi des modèles de ce que je ne souhaiterais pas être et pas vivre.

Serai je capable de lutter, de m'opposer à une routine, une habitude, une lassitude qui semblent s'installer chez certains ?

En quoi serai-je impacté physiquement et psychiquement, comment serai-je capable d'y répondre.

Je sens bien aujourd'hui déjà mes fragilités, mes tentations à relâcher ma vigilance pour que la vie apparaisse plus douce, moins contraignante.

Sans doute, je ne me fais pas d'illusion. Si je ne mène pas aujourd'hui un combat envers une mécanicité qui impose le chemin facile, si je cède à cette tentation, à une ligne directrice de vie consciente, si je cède, quelle sera la construction, l'élaboration, la force qui pourra m'empêcher de sombrer plus tard de plus en plus vers un état somnolent.

Je crois que j'en comprends le principe, la trajectoire, l'exigence et enfin la justesse. Si je ne sème pas aujourd'hui, il n'y aura aucune récolte possible.

Je sais qu'il sera nécessaire de se battre. Je ne sais pas si j'en aurai la capacité. Je ne connais pas la force de mon vouloir. C'est une grande interrogation.

Travailler sur soi, travailler notre matière physique et psychique comme nous travaillons toute matière est un travail de toute une vie. Ne soyons pas naïvement et tranquillement étonnés. Ce que l'on constate se passer à l'extérieur de nous même se passe en nous selon la même exigence.

S'arrêter est possible. Il n'est pas possible de ne pas en payer le prix.

Fait à Chessy, le 22 juin 2015
Philippe Delagneau



Pour lire ce fichier PDF, cliquer sur l'icône :

Si vous ne possédez pas le logiciel
Acrobat Reader
indispensable pour sa lecture,
vous pouvez le télécharger sur le site :
Acrobat Reader

SOS Psychologue



Je dirais que c'est un processus naturel et progressif dans un temps qui nous est donné. Ce processus touche tout le monde sans exception. Toutefois, il y a des personnes qui vieillissent mieux que d'autres.

En effet, la vieillesse n'est pas la même pour tous, mais l'important est d'accepter ce qui est. Accepter sa fragilité c'est cheminer vers le bonheur.

En général, la vieillesse fait peur. Certains l'abordent avec sérénité, comme une sorte de lâcher prise, mais ce n'est pas la majorité. D'autres, la grande majorité, sont ballotés par la vie qui, inlassablement, prône la course à la jeunesse, la compétition et, de ce fait, se conduisent comme des moutons, se sentent obligés de suivre cette voie qui ne les mène nulle part sauf à leur propre perte.

La vieillesse n'est pas une maladie, c'est le déroulement normal d'une vie et nous pouvons la vivre bien et sereinement en accomplissant des choses qui nous semblent essentielles et nous intéressent, mais pour beaucoup c'est comme si la vie était déjà terminée.

Nous devons avoir le sentiment d'avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir dans cette vie, d'être digne de cette vie qui nous a été donnée. Nous sommes-nous seulement posés la question ? Avons-nous fait un bilan de notre vie ?

Un véritable homme est capable d'extraire de la vie tout ce qui a de la valeur.

Fait à Chessy, le 17 Juin 2015
Claudine Thomas