NUMÉRO : 54 REVUE MENSUELLE MAI-JUIN 1999

Choisissez la couleur du fond d'écran :



LA PENSÉE DU MOIS : L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique (S. Freud)

Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
E. Graciela Pioton-Cimetti Rôle de l'examen de conscience
 
Hervé Bernard Analyse et examen de conscience
 
Florence Boisse Un cas de conscience : la parole
 
Elisabeth Courbarien De la conscience de l'examen
 
Alejandro Giosa Psicología y religión
 
Liliana A. Villagra El sentido de la vida
 
Novena conciencia ¡Se vienen los jovenes!
 
Health I. G. News La atención del traumatizado en la Argentina



« On mettrait bien du temps à devenir misanthrope si on s'en tenait à l'observation d'autrui. C'est en notant ses propres faiblesses qu'on arrive à plaindre ou à mépriser l'homme. », nous confie Bergson.

S'il y a une vérité bien établie, semble-t-il, c'est celle que La Fontaine a illustrée dans sa fable la Besace et que résume le proverbe de la paille et de la poutre : nous voyons clairement les défauts d'autrui et ignorons les nôtres.

Jupiter nous créa besaciers tous de même manière :
Il fit pour nos défauts la poche de derrière
Et celle de devant pour les défauts d'autrui.

Si le pessimisme nous gagne, ce serait donc parce que nous observons, autour de nous, une multitude de défauts et de vices dont l'humanité offre un échantillonnage inépuisable, alors que le contentement intérieur, la satisfaction de soi-même nous porterait aisément à la béatitude. « Que les hommes sont bêtes ! » disent les femmes en se rengorgeant. « Que les femmes sont donc sottes ! » répliquent les hommes en haussant les épaules. « Que l'humanité est méchante ! » soupire celui qui se vante de n'avoir jamais fait de mal à une mouche, mais qui laisse la cigale dans la misère. Au dire de Bergson, ce ne serait pourtant pas le spectacle de l'universelle sottise qui ferait naître notre pessimisme, mais la seule observation de notre insuffisance personnelle. Non qu'il récuse tout à fait la première cause, mais « on mettrait bien du temps à devenir misanthrope, si on s'en tenait à l'observation d'autrui », nous fait-il observer. « C'est en notant ses propres faiblesses qu'on arrive à plaindre ou à mépriser l'homme. » La réflexion est suggestive, elle excite l'intelligence, elle séduit. Devons-nous l'adopter comme une vérité indiscutable ? Le philosophe professionnel aurait-il raison contre la vox populi ?

L'humanité n'est pas belle, mais elle offre le spectacle de la comédie humaine

Il y a bien du vrai dans le proverbe comme dans l'apologue. Nous nous observons, le plus souvent, avec une indulgence excessive. Nous ne nous voyons pas tel que nous sommes. Plus exactement, tel que les autres nous voient, puisque ce sont eux qui forment le jugement commun, « la vérité ». Par désir de gloriole, par besoin d'estime personnelle, nous nous imaginons, nous nous observons sincèrement tel que nous voudrions être.

On éprouve tant de plaisir à commérer en médisant ! à se voir plus beau que le voisin, plus riche, plus puissant, plus capable, plus chanceux ! Périsse l'humanité, pourvu que je prospère…

Comment pourrait-on vivre en bonne santé si, au lieu de jouir de sa force, il fallait s'apitoyer sur les perclus, les infirmes, les incurables ? Comment pourrait-on jouir de sa richesse s'il fallait s'apitoyer sur les dépourvus, les affamés ? De sa liberté, s'il fallait s'apitoyer sur les gens condamnés à vivre dans un « univers concentrationnaire » ?

Un égoïsme sacré nous incline à sourire quand la vie nous est facile, à nous détourner de ce qui pourrait effacer notre sourire et donc à prendre par le bon côté le malheur des autres.

Nos propres faiblesses sont les seules insupportables

Il faut que nous soyons atteints nous-mêmes, dans notre chair, dans nos biens, dans notre liberté, dans nos affections, pour que le pessimisme nous gagne. Sur ce point, Bergson a raison.

Nous avons beau savoir que le cancer ronge des dizaines de milliers de Français et les entraîne inéluctablement vers une mort prématurée – tant que nous ne nous savons pas cancéreux –, nous ignorons l'effroyable amertume du malade qui observe l'impuissance des médecins.

Nous avons beau savoir que, dans un camp de concentration, des prisonniers mal nourris, mal chauffés, insuffisamment vêtus, subissent des tortures – tant que nous ne nous trouvons pas captif entre des fils barbelés, grelottant de froid ou de fièvre, dépourvu de toute tendresse, sans secours contre l'isolement, la maladie, la souffrance et la mort –, nous ignorons la détresse sans nom du bagnard innocent.

La jeunesse aux muscles souples, regorgeant d'énergie, imagine-t-elle le tourment du vieillard qui sent sa mort prochaine ? Sauf si l'on porte en soi une âme de saint François d'Assise, une âme de rédempteur, on ne connaît vraiment que sa propre souffrance, on n'assume pas celle d'autrui : « Le mal des autres n'est qu'un songe », affirme le proverbe. Un concept, si l'on préfère.

Pour plaindre l'homme, il faut donc soi-même avoir à se plaindre et il faut d'abord être conduit au mépris, à la haine de soi pour le mépriser ou le haïr.

Connais-toi toi-même, recommandaient les sages antiques ; fais chaque soir ton examen de conscience, recommandent le prêtre ou le pasteur. Volontairement ou non, ils nous engagent dans le chemin qui, selon Bergson, conduit au pessimisme. Lorsqu'on cherche à établir le bilan moral de la journée, on en arrive fatalement à dresser une impressionnante colonne de petites vilenies.

« Je ne connais pas l'âme d'un criminel, mais je connais l'âme d'un honnête homme, et c'est bien noir », disait en substance Joseph de Maistre. Comment ne pas devenir amer si nous nous jugeons le soir avec scrupule alors que, durant la journée, nous avons agi sans scrupules ? C'est au cours de l'action qu'il faudrait se montrer exigeant avec soi-même, non dans le confessionnal ou dans la chambre avant de s'endormir. Mais l'homme est pris par les nécessités de l'action. Il lutte, il se défend, il gagne sa vie, il se débat comme il peut . Lorsqu'il abandonne cette attitude du travailleur pour prendre celle du janséniste pascalien, du calviniste, du chrétien, du sage, quelle amertume ! Entre les réalités et l'idéal, entre le relatif et l'absolu, la différence est si grande qu'il faut beaucoup de bon sens, de philosophie pour l'accepter sans écœurement.

***

Est-ce à dire que le pessimisme a toujours son origine dans l'examen de conscience ? Certes, non. « J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre », a écrit Pascal. Il savait bien, pour en avoir fait l'expérience durant sa période libertine, que la grande cause du pessimisme, pour celui que Dieu n'a pas visité, est d'ordre métaphysique : qu'adviendra-t-il de nous après la mort ? d'où venons-nous ? où allons-nous ? L'homme désire connaître et il ne peut connaître ; il désire être heureux et ne peut l'être, puisque la mort le menace à tout instant.

Réserve faite de ces causes métaphysiques, économiques et politiques du pessimisme, il faut convenir que Bergson avait raison de voir, dans le jugement de soi sur soi, la cause fondamentale du pessimisme. Lorsqu'il ne peut plus tolérer les autres, l'individu se contente de les supprimer ; c'est lorsqu'il ne se tolère plus qu'il se suicide et supprime le monde avec lui.

Doctora E. Graciela PIOTON-CIMETTI



L'analyse est une suite de rencontres avec soi-même, un chemin qui suit bien des méandres, parfois stationne dans des impasses ou encore débouche sur des terrains découverts nous laissant hésitant et incertain.

Pourtant la règle du jeu nous est connu rapidement. L'analyste nous y invite explicitement ou par son silence et sa neutralité : il faut verbaliser toute pensée qui vient à la conscience. L'analyse est un dialogue avec soi-même à travers lequel il faut déceler ses désirs refoulés, ses peurs imaginaires, ses nœuds répétitifs que ce soit une plainte, un type de discours ou une sensation d'échec. Il faut, sans cesse, fouiller au tréfonds de l'âme pour trouver une idée nouvelle sur soi-même qui résonne de manière particulière.

Mais ce serait trop facile s'il suffisait de chercher pour trouver. C'est sans compter avec la censure qui est une partie inconsciente de notre psychisme chargée de barrer la route à des éléments inconscients indésirables dans le champ de la conscience : un sentiment de culpabilité trop lourd à porter, des phobies bien anciennes, une tendance à la rétention comme le radinisme ou l'entêtement.

Mais la plupart du temps, la censure agit discrètement, à notre insu, au point que si on nous la « montre du doigt », nous ne la reconnaissons pas ou bien nous ne voulons pas la reconnaître. Un interlocuteur insiste pour mettre en évidence un acte manqué, révélateur de sentiments agressifs refoulés envers un proche ou bien un lapsus qui masque un désir véritable vers une personne que d'autres considérations nous empêchent de satisfaire. C'est là toute la richesse de notre système défensif psychique. Sans même en être conscient, nous déplaçons la cause de la censure vers le hasard ou bien nous rejetons la faute sur une personne qui passait par là, par hasard.

C'est pourquoi il faut un acte volontaire de la part de la conscience pour avancer véritablement sur le chemin de sa propre vérité, sans quoi la névrose déploiera de nouveaux systèmes défensifs fonctionnant et prospérant sur le mode de la répétition, constituant ainsi tout un ensemble de repères apaisants, mais malheureusement porteurs de souffrance. Il s'agit tout simplement de livrer bataille contre la répétition du symptôme, cause d'une souffrance qu'on ne veut plus endurer.

À cette étape de la réflexion sur soi s'articulent analyse et examen de conscience. Prendre une certaine distance avec la continuité de notre quotidien pour effectuer un bilan de vie. Bien sûr, en lui-même, l'acte de l'examen de conscience rencontre des résistances : on remet l'exercice de pensée à plus tard ; des symptômes entravent notre concentration, on préfère céder à un plaisir futile.

L'examen de conscience est fille de discipline et de nécessité :

– discipline pour analyser avec rigueur et régularité le travail effectué et les points restant à travailler ;

– nécessité pour éviter une souffrance improductive et destructrice.

Dans cet exercice de pensée il ne faut pas craindre d'examiner ou renverser des vérités et des conduites qui nous paraissaient inébranlables, car parfois elles soutiennent des résistances névrotiques.

Nous nous voyons rarement tel que nous sommes, car notre prisme psychique est très déformant. Nous ne voulons pas voir nos défauts, nos travers. Nous ne croyons pas le jugement d'autrui qu'il soit verbalisé ou exprimé par le regard ou la conduite. Pourquoi telle personne ne m'adresse jamais la parole ? Est-ce de la timidité de sa part ou une distance maintenue inconsciemment vis-à-vis d'elle ? Même si nous osons regarder la réalité en face, nous craignons beaucoup le jugement de l'autre, car nous n'aimons pas reconnaître les parties négatives en nous, celles qui nous éloignent de la communication et du lien social.

Mais qu'est-ce que la réalité ? Elle est constituée des désirs, des sentiments et des attitudes que les autres nous portent, sans lesquels toute vie ou survie serait impossible. S'il n'y a pas de vie sans l'autre, pour naître et pour satisfaire nos désirs et nos besoins, il n'y a pas de connaissance de soi sans le miroir de l'autre.

Pourquoi ne pas utiliser le regard de l'autre comme guide de notre examen de conscience ? Notre cœur peut aussi être un précieux compagnon dans la recherche de notre vérité intérieure positive. Celle que nous cherchons à réaliser sans parfois savoir la définir ou la décrire. L'amour véritable se reconnaît aux émotions qu'il suscite en soi et chez les autres : c'est l'amour de la vie, sous toutes ses formes.

Hervé BERNARD



Mon examen de conscience privilégié consiste à me poser la question : « Dois je parler ou non ? »

Dire ce que l'on sent…

Dire à son amie gravement malade : « Soigne-toi », alors qu'elle n'entend pas.

Dire à son amie sacrifiée à la cause humanitaire : « Pense à toi ».

Dire à un chef d'entreprise dans un cadre professionnel d'audit : « Vous êtes détesté ».

Dire à un employé : « Vous n'êtes pas à votre place ».

Dire à son père, à sa mère…

Que c'est difficile !

Comme beaucoup sans doute, je détiens depuis longtemps beaucoup d'informations sur la vie des autres, voire de la mienne, sans pouvoir les exprimer, non pas parce qu'on me demande explicitement de garder le secret, mais parce que je me l'interdis.

Et cet interdit qui vient de soi est le plus difficile à porter.

Pourquoi cette volonté de taire ces « secrets » alors que je sais pertinemment que les non dits sont nuisibles au développement – en particulier, celui de la descendance dans le cas de secrets de famille ?

Parce que j'ai beaucoup expérimenté un vieil adage : « Toute vérité n'est pas bonne à dire ».

Je suis, à présent, perdue entre ces deux murs : « Il faut, il ne faut pas », je bous intérieurement, je somatise.

En attendant, j'écoute.

J'écoute beaucoup, et j'accepte.

J'accepte beaucoup, car j'ai peu d'a priori sur les gens ; j'ai aimé m'intéresser à leur culture, aux événements marquants de leur vie familiale, à leurs maladies, à leurs joies et à leurs malheurs.

Si bien que, dorénavant, mes oreilles n'ont plus de juge intérieur redoutable.

Si le seul principe du respect de la vie de l'autre n'est pas bafoué, j'accepte. Et il y a, bien sûr, quelques autres principes dont je ne démords pas au fil des années.

La mauvaise humeur ? Il faut comprendre, elle a vécu un drame familial. Alors je mesure mes paroles de peur de la renvoyer à un autre vide que représenterait son isolement.

Je l'accepte ; je tente de prévenir ses réactions afin d'apaiser l'atmosphère avant l'éclat potentiel.

J'aurais tellement de choses à dire quand je ne dis rien.

Contradiction…

Cette autocensure du verbe est une soupape qu'il ne faut pas déranger. Sinon un flot de mots secs et forcément profiteur de faiblesses (depuis le temps que je les connais !) pourrait sortir… et sort parfois.

Alors à quoi bon ?

Trouver les mots justes : j'y renonce. Je n'ai jamais su les trouver lorsqu'il s'agissait d'exprimer une vérité forte et inattendue pour l'autre.

Les seules fois où je parle sans tabous, je vais trop loin, je dérange.

Alors est-on condamné à rester dans cet isolement de mots qui ne doivent pas sortir de leur cage et de ces culpabilisations qui remplacent les mots échappés ?

À chaque fois, je fais mon examen de conscience qui me demande, le plus souvent, un travail considérable.

Car, plusieurs questions se confrontent :

1. Ai je vraiment raison sur le principe ?

2. Est-il ou est-elle capable d'entendre ce que je vais dire ?

3. La conscience est-elle prévisible ?

4. Son issue est-elle positive ?

Si je n'obtiens pas que des « oui », je parle.

Mais rares sont les fois où je peux répondre.

Pour canaliser le doute, je tente d'aborder les situations de façon logique. C'est alors que mon examen de conscience est cartésien. Je demande des faits, des certitudes.

Comme si c'était possible !

Si seulement j'étais impulsive, je ne me poserais pas toutes ces questions.

Florence BOISSE



Il est de certaines expressions qui, loin de m'enthousiasmer, vont d'emblée occasionner, chez moi, quelque mouvement de répulsion pouvant, à l'extrême limite, aller jusqu'au rejet. "Examen" n'appartiendrait-il pas plus ou moins inconsciemment à cette catégorie que je devienne en le voyant la proie de ce soudain recul incontrôlé ?

Un examen ? Pourquoi m'y astreindre, dès lors que je n'y suis pas contrainte ? Devrais-je être saisie d'un subit élan de masochisme, pour sacrifier à cela même qui, pendant des années, me fut infligé avec son cortège d'indésirables manifestations et troubles physiques, corollaires à l'imminence de leur arrivée.

Ce soupir, qui s'échappe à l'instant, en reflète long quant au souvenir plus entaché de vieilles peurs d'avoir à "subir les épreuves", qui portent au demeurant fort idéalement leur nom, que la consultation si fugitive d'un patronyme sur la liste des couronnés du succès.

Que de semaines de cet accaparant labeur et d'heures consacrées à l'angoisse n'avait-il pas fallu traverser à chaque fois pour ne finalement recueillir que les fruits et lauriers si fugaces d'un résultat pas même triomphant !

L'ingratitude de la mission n'en était-elle pas moins le point de passage obligé pour franchir une nouvelle étape, s'ouvrir des horizons plus vastes, conquérir le monde… ou presque ? Son rôle fondateur d'entériner les connaissances fondamentales et les progrès réalisés ne se manifestait-il pas de la sorte ?

Alors, bien des années après… s'en revenir à boucler sur ce qui nous valut, après de louables efforts, non la clef de notre introduction dans le monde, mais, à tout le moins, d'un accessit pour notre intromission dans celui d'une vie professionnelle… au fond, nantie d'un regard neuf, pourquoi pas ?

Après tout, à quoi bon s'échiner et s'acharner dans la récurrence d'un travail analytique assidu, si ce n'est pour valider un certain nombre d'acquis dans l'obligation d'un retour sur nous-mêmes… à intervalles réguliers. Si réguliers d'ailleurs, en ce qui me concerne, que je m'avouerais inapte à déterminer ou en citer la fréquence.

De temps en temps, pour faire amende honorable, je dois reconnaître quelque flagrante résistance à affronter cette tâche. Bizarrement, c'est précisément dans ces périodes de ma vie où je me trouve confrontée à ce que l'on va communément nommer un "cas de conscience". Et, cette vague de pensées, éveillant un soupçon de "mauvaise conscience", provoque l'émergence d'un impératif désir, celui de s'y soustraire au plus vite. La brûlure en est si mordante.

Concrètement, hélas, il y a loin de la coupe aux lèvres.

En pratique, je crois que l'examen de conscience se révèle une façon permanente de me repenser, de guider ma vie et mes pas, en amont de mes actions depuis… une éternité.

Je suis convaincue qu'il est peu de gestes, faute de pensées, qui trouvent moyen d'échapper à la censure de cet automatisme-là.

Ces dernières en ressortent validées et exécutables ou tristement recalées. Il n'est pas rare de voir avec acharnement s'évertuer notre esprit à retravailler, amender, édulcorer et représenter la chose sous un éclairage et un angle différent.

Parfois, ainsi enjolivées, anoblies, parviendraient-elles presque à nous convaincre de leur bien-fondé.

Ceci serait sans compter l'intervention de ceux qui se présentent en gardiens de notre temple intérieur, car s'il lui était donné (à notre pensée) de troubler pour régner et de manipuler l'examinateur (notre moi conscient) il ferait beau voir qu'elle parvienne à abuser l'exterminateur.

Entendons-nous bien, celui que j'affuble de ce qualificatif effrayant n'est ni plus ni moins que la redoutable petite voix intérieure à qui fut dévolu cet impitoyable rôle. Les apparences et le superficiel sauraient ne jamais la tromper. Le pire est que cette minuscule petite chose plénipotentiaire, atrocement intuitive, intervient en ayant le toupet de siéger si librement en moi. Jamais, il ne m'est loisible de lui imposer la paix d'un silence contraint si elle n'estime, à bon escient, bien sûr, que je sois en droit d'y prétendre en persistant dans cette erreur-là.

Avant… ah… avant… j'avais de la chance, parce qu'avant l'analyse, dotée d'un degré de conscience sans commune mesure, j'avais la faiblesse de me donner bonne conscience quand bien même mes agissements auraient frôlé in extremis le dérapage incontrôlé.

Il m'a probablement fallu l'intercession d'une kyrielle d'anges gardiens zélés, disciplinés et dévoués dans ces périodes d'obscurantisme profond ! Ma paix eut somme toute, a posteriori, pu se voir interprétée comme un mauvais présage…

Depuis lors, misère de misère, je n'ai même plus le recours à l'illusionnisme professionnel pour esquiver ma part de responsabilité ou éviter de me considérer en fautive. Et si je sais désormais qu'avec l'aide de l'analyse, je peux enfin, plus souvent, me préserver des actes d'autrui néfastes, par l'utilisation de quelques subtiles échappatoires soigneusement appliquées, je sais ne jamais atteindre à l'étourdissement ou la corruption de ma propre conscience profonde qui possède presque d'instinct l'intuition de l'endroit où réside tant le bien que le mal.

Oh, bien entendu, si la frontière entre l'un et l'autre était plus distincte que diffuse nos interrogations permanentes ou presque n'auraient pas lieu d'être.

Or dans nos vies bâties de tangibles réalités, il est de ces pans de grisaille entiers qui ne pourront pas être, sans un examen patient, long et minutieux de chacun des éléments, ventilés de façon primaire et binaire.

"Dans le doute, abstiens-toi" deviendra fréquemment ma devise en guise de conclusion.

Mais, l'absence d'action n'est-elle pas quelquefois aussi coupable, ainsi que l'immobilisme et la passivité le furent dans certains compartiments de ma vie, si je m'en réfère à mon présent bilan ? N'ai-je pas cru "bien agir" en "laissant faire" ? N'aurais-je pas dû afficher une plus grande combativité et plus d'énergie dans l'action, tandis que j'abandonnais, sans trop de résistance ni distinction, mon territoire à ces usurpateurs indignes qui ne méritaient pas l'aumône que j'eus pu leur faire en consentant de simplement leur y laisser poser le pied ? Où était ma part de responsabilité ? Bien loin de celle qu'elle serait à ce jour, si je laissais piétiner et perpétrer des actes comme ceux-là, c'est indéniable !

Gardons-nous donc, voulez-vous, de condamner hâtivement quiconque aura agi avec le sentiment d'une relative bonne conscience, en ce que nous-mêmes considérerions à présent comme "grave manquement" ou "interdit" et de l'en juger coupable…

Car, j'avoue m'interroger encore pour déterminer, où commence la responsabilité de l'être qui semblerait se complaire à rester non conscient, ou si faiblement conscient, qu'il ne se reprocherait rien derrière l'impunité d'une vraie fausse bonne foi ?

Appartenant au cercle de ceux qui se trouvent soumis au couperet de l'incorruptible loi de cette omniprésente puissante voix intérieure… il m'arrive, l'espace d'un éclair, de les jalouser… en toute mauvaise conscience !

Elisabeth Courbarien



La psicología puede ser vista desde una perspectiva amplia, como una ciencia muy antigua, y digo ciencia pero sé que también es necesario incluír el arte, ya que en la historia de la humanidad algunas veces se ha tenido que "disfrazar" de ese modo.

Hablar de este tema puede a muchos resultarles familiar y otros reaccionar con asombro ante semejante afirmación, pero para ser estrictos es necesario considerar que todo movimiento que se precie de estudiar lo que compromete a la mente humana, es psicología.

Desde que el hombre es hombre está enquistado en él la idea de algo superior, algo que es difícil de definir a veces, pero que puede delimitarse como los fenómenos no físicos que nos ocurren, y que más precisamente le ocurren a aquello que extensivamente se alude en el significado de "mente".

También en el hombre está la idea, algunas veces mas vaga que otras, de que existe en él algo superior, que es llamado espíritu.

Es más, mente y espíritu es tratado como cosas semejantes, o como en el caso del idioma inglés, designados con la misma palabra "Mind".

¿Es que los hablantes de aquel idioma están equivocados y confunden las cosas?, ¿O es que tal vez nadie pudo delimitar con precisión sus incumbencias?

Lo cierto es que ambas palabras pertenecen a conceptos que están muy vinculados y con muchos puntos en común además del calificativo que utilicé de cualidades "superiores" que se le suele atribuir al ser humano para designar su diferencia con los animales, tanto a nivel mental como espiritual.

Por eso la psicología fue vestida de filosofía, religión, alquimia, pintura, escultura, poesía, cuentos, relatos, mitos, etc. como modo de explicar los fenómenos mentales o espirituales que nos competen, siendo esta "vestimenta" en muchos casos el modo de pasar desapercibida para no ser perseguida, unas veces por unos, otras veces por otros, ya que a través de los tiempos siempre ha sabido haber quienes odian la situación en que alguien conozca más que ellos, odian el saber que puede brindar el conocimiento del "si mismo", y eso se evidenció en el temor de algunos a ser "descubiertos" si alguien pudiera conocer "los secretos del otro".

Es interesante tener en cuenta estas bases históricas por el hecho de poder así tener una perspectiva amplia sobre las incumbencias de la psicología y además para no perder de vista su objeto de estudio, que sobrepasa lo que las corrientes actuales pretenden focalizar, en honor al nombre de "ciencia".

Freud pretendió el estamento de científica para su obra, como también otros investigadores tienen esa pretensión para sus estudios de los misterios de la mente (el cognitivismo, lo sistémico, y casi todas las formas de psicoterapia que se hallan hoy como paradigmas válidos). Lo cierto es que toda delimitación que se haga, con este criterio de "científico", le va a quedar chica a la psicología.

Es difícil realmente delimitar hasta dónde hay mente y cuando hay espíritu. Qué cuestiones son para el psicólogo y cuáles para el sacerdote. Todas los intentos de separación no han sido muy útiles. Nos consultan a los psicólogos por temas espirituales y a los sacerdotes por comportamientos problemáticos. Cierto es que la psicología últimamente amplió su "clientela". Pero hay temas que en rigor no pueden ser tratados por el psicólogo, a causa, de no ser entrenados para ello.

Paradójicamente estamos viviendo un momento en que en vez de poder definir más precisamente el objeto de estudio, la psicología se ve en la necesidad, demandada por sus pacientes, de ampliar ese campo. En casos como éstos muchas veces se recurre a abandonar al sujeto, o derivarlo, a pesar de ser temas que podrían ser tratados dentro de la psicología.

¿Se estará abriendo una nueva disputa epistemológica?

¿Estamos en condiciones de intervenir en problemáticas como la motivación, la esperanza, la alegría, la paz interior, y en definitiva la felicidad, que es lo que se supone todos debemos buscar, y por lo que a veces se nos consulta?

¿No son éstos temas que también fueron tratados por los sacerdotes, probablemente con mejores respuestas que ofrecer?

El buen médico clínico, el médico de familia sabía un poco de todo, su palabra de por sí daba esperanza para la recuperación. ¿No es esto aplicar la psicología y también la religión?

¿Qué es este afán por que la interdisciplinariedad sea puesta en marcha por un grupo de profesionales, si durante mucho tiempo la desempeñó una misma persona (el médico familiar) evitando la alienación que produce el ser mirado por muchos ojos "imparciales y científicos" (en el que no se consideran, las palabras antes nombradas)?

No significa esto que esté en desacuerdo con estas prácticas, ni que esté bregando por la religión, pero sí me planteo, que con los dispositivos que actualmente se ponen en marcha en los temas de salud, prevención y asistencia, nos estamos olvidando de eso que al ser humano lo hace sentir como tal: la conciencia de que es algo más que carne, hueso y comportamientos, y que como dije más arriba ronda lo que la palabra "mind" pretende significar.

En resumen, la idea es describir muy brevemente que la psicología fue muy amplia en sus principios, un filósofo se consideraba con derecho a hablar de casi todo lo que se le ocurriera, como tema de su incumbencia. Luego se intentó focalizarla para que un solo profesional pudiera abarcar un tema específico, es así que luego se vió la necesidad de formar grupos de profesionales, para que el sesgo producido sea menor, y creo que esa es la etapa por la que andamos ahora. Creo también que este es el momento de dejar entrar en esos grupos a alguien que además de los datos técnicos sepa despertar en el paciente la esperanza de vivir, la voluntad de vivir, (aunque estas palabras crispen el ánimo de cualquier psicólogo). Por ahora no queda claro quién pueda ocupar dicho lugar, pero sí que ese lugar existe y es importante en los resultados de cualquier tratamiento.

Espero que estos comentarios incentiven algunas reflexiones en este tema. Eso indicará que la psicología no es todavía, la vestimenta de solo unas teorías fantasmas…

Licenciado Alejandro Giosa