NUMÉRO 123 REVUE BIMESTRIELLE février-mars 2009

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela La Guerre et la Paix
 
Bernard, Hervé Guerre et paix
 
Bouket, Gaël La guerre et la paix
 
Courbarien, Elisabeth Guerre et paix
 
Delagneau, Philippe Guerre et paix
 
Giosa, Alejandro La violencia, la guerra, y el destino
 
Labhraidh, Seonaidh La guerra de los árboles
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla En busca de la paz interior
 
Recher, Aurélien La guerre, la paix ou la dualité
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de février 2003
 
Thomas, Claudine Guerre et paix


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Je rentre dans une grande bibliothèque où, par ordre alphabétique, sont alignés les cas de mes patients à travers le temps. J'en prends 1, 2, 3, 4, 5 au hasard, je constate la présence permanente du thème de la guerre, des conflits. Il faudra que j'achève la lecture de chaque cas pour, peut-être, trouver la paix. Je découvre dans une lecture rapide qu'il ne s'agit pas d'une paix finale et définitive. En revanche, il y a des espaces de paix dans chaque thème de vie, des espaces entre deux batailles gagnées ou perdues. Dans le premier cas, un peu joyeuse. Dans le deuxième cas, paix après un tremblement de terre qui parfois amène à une mort relative de l'instinct de survie. Dans le premier cas, il y a l'éveil, l'espérance. Dans le deuxième cas, le néant et le noir.

Je remets le cas à sa place, en respectant soigneusement l'anonymat et je reviens fatalement vers moi. Après mon dernier article sur le thème « Construire un chemin », je crois avoir pu traverser ce pont fragile et être enfin sur l'autre rive. Moi, je ne veux pas rester anonyme.

Mes guerres ont été totales et je me suis battue comme je le pouvais, avec l'Amour, avec la colère, jusqu'à la destruction. Il y a des guerres que j'ai perdues : les guerres avec mes enfants. Il est étrange d'être parent… On finit par se demander ce que c'est de perdre une guerre de réflexion qui n'est pas soutenue par une communication entre les acteurs du réel de l'événement. C'est peut-être pour moi la guerre la plus difficile, parce qu'il s'agit d'un conflit d'origine inconnue et dont la force est tellement destructrice qu'elle m'oblige à abdiquer et à m'accepter comme étant impuissante. Je ne sais pas si je suis en paix sur ce sujet par abandon. Mais oui c'est une fatigue pour moi, parce que l'ennemi n'est pas visible. Il n'y a pas non plus l'espoir d'une trêve, car jamais il n'y a eu de confrontation. Par ailleurs, nous ne pouvons pas nous battre avec les projections fantasmatiques des autres sur nous.

Je parle de cette guerre, parce que pour moi c'est la plus importante. En même temps, j'ai perdu le désir de la confrontation. Derrière la guerre, évidemment, il y a beaucoup d'amour, de part et d'autre. Mais soyons en paix à l'intérieur de nous-mêmes, tous ; je n'ai pas pratiqué dans ma vie la recherche de boucs-émissaires pour justifier mes erreurs possibles. Je devrais faire comme Wright Mills, le sociologue, anthropologue et psychologue qui considérait que nous ne pouvons pas être dans une de ces professions sans être aussi dans les deux autres. Il avait toujours avec lui un petit cahier de notes où il marquait chaque événement qui le touchait. Après, il réunissait les notes et en faisait un livre. Pour le moment, je pense que cette attitude l'a aidé à ne rien perdre ; selon moi, les meilleurs livres que j'ai écrits sont ceux que je pensais sans avoir devant moi un papier et un stylo, ceux contenant les meilleures réflexions. En général, je crois que les meilleurs livres ne sont pas ceux qui ont été écrits, mais ceux constitués par le verbe de cette dialectique entre le conscient et l'inconscient, dialectique permanente.

J'arrive à la maison. Sur le thème, j'écris un premier mot : « le maquillage ». Le matin suivant, je ne sais pas ce que j'ai voulu dire par là, j'essaie de me comprendre sans interpréter la relation de ce mot avec le thème de « la Guerre et la Paix ». Mais aujourd'hui, en écrivant ces lignes, je suis obligée de reconnaître que dans ma famille, nous avons toujours maquillé, c'est-à-dire caché, les situations les plus terribles de guerre pendant des générations. Et maintenant, je crois que dans cette guerre avec mes filles, elles sont en train de maquiller pour ne pas voir les conflits qui leurs sont propres. Il est évident que nous sommes une autre fois sur le thème de la répétition.

Nous sommes samedi soir : cinéma, lecture chez Virginie pendant trois heures, dîner avec moi-même, goût de la Paix. Il y a eu beaucoup de réflexion, mais surtout ce goût de la Paix après une semaine de cette lutte quotidienne qui me plaît, avec le travail. Quel miracle d'équilibre pour pouvoir contrecarrer tout le temps l'absurde d'une grande partie des situations de l'environnement.

Je lis dans mon cahier la phrase de Che Guevara : « La guerre est finie, la révolution commence ». J'ai l'impression, ce dimanche, que c'est le premier jour de la Création et que le septième jour, je pourrai me reposer et contempler avec satisfaction ma décision de changer. Je me donne une semaine.

Je suis en train de contempler beaucoup de mes rêves parce qu'aujourd'hui, ils sont le produit de mon changement. Pour faire ce chemin dans le désert, il me faut la transgression, le contre-protocole. Qui pourra me juger dans cette démarche révolutionnaire ?

J'écoute ce mystère de l'inconscient qui, avec ce message, précède l'arrivée de nos deuils à vivre. J'ai eu des messages prémonitoires au sujet de tous les êtres aimés de ma vie qui sont partis dans la mort ou dans la trahison.

Chez moi, ils ont toujours dit que j'avais peur d'être seule dans une maison et de dormir toute seule. Peut-être ai-je montré une certaine inquiétude, messagère de l'inconscient, qui me préparait à vivre de façon prémonitoire la solitude et à l'assumer autrement. Cet effondrement anticipé m'aurait permis de réussir ma résilience1.

Par ailleurs, révolution : accepter de vieillir, situation qui est plus difficile qu'accepter de mourir. Le Christ n'a pas eu le temps de vieillir, le Bouddha oui, d'ailleurs, dans la tradition judéo-chrétienne, nous en souffrons beaucoup plus que dans le Bouddhisme. Une fois, en Corée, la contemplation des vieillards zen avec leurs cannes a éveillé en moi des émotions riches, il y avait en eux le regard d'une sagesse millénaire. La plupart étaient des gens de la campagne ou des ouvriers des usines. Lorsque l'un d'eux arrivait à 70 ans, il faisait une grande fête comme celle de l'initiation à la vie pour fêter en étant vivant son passage à l'éternité.

La vie est une guerre permanente, mais la guerre forge les caractères les plus violents. Sortir de l'inertie, de la paresse, est une guerre, mais l'action garantit la Paix. J'aime la morale du Samouraï capable de se battre pour son shogun et simplement garder les armes, contempler la Paix et boire calmement son bol de thé.

Note après intuition :

Ma plus grande guerre est simplement décrite par Jean Cocteau :
« Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille !
Est-il une autre peur ?
Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille
Ton haleine et ton cœur. » (extrait de Plain-chant) 

Après le deuil, j'ai compris qu'accueillir une grande douleur, c'est accueillir une grande joie. Libères-toi, mon amour, nous sommes en paix.

Fait à Paris, le 22 mars 2009 et je respire une Paix profonde,
cette Paix que jadis je croyais inatteignable.
Au moins, je peux dire que je n'avais pas préparé
mes armes pour la Guerre,
je me suis battue comme j'ai pu.
Je goutte mon thé dans la Paix
et je ne suis pas le protagoniste du désert des tartares.


1 Phénomène psychologique décrit par Boris Cyrulnik (médecin, éthologue, neurologue et psychiatre) consistant à prendre acte de son traumatisme pour ne plus vivre dans la dépression. La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, et l'encadrement médical d'une thérapie, d'une analyse.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



« Violence is the last refuge of the incompetent » 1
Isaac Asimov, Salvor Hardin in « Foundation »

La guerre a existé de tout temps et dans toutes les civilisations, depuis la « guerre du feu », porté à l'écran par Jean-Jacques Annaud en 1981, sans doute entre mythe et réalité, qui montre pendant l'âge de pierre l'affrontement de deux tribus pour la possession et la conservation du feu, qui réchauffe les corps, cuit les aliments… jusqu'aux dernières guerres, la Seconde Guerre mondiale, la guerre du Golfe, la guerre de Yougoslavie. Et la liste n'est sans doute pas close pour encore bien longtemps malheureusement… Heureusement les périodes de paix sont les plus nombreuses, favorables au développement des économies et des cultures avec comme toile de fond la multiplication des échanges, qui deviennent maintenant de plus en plus mondiaux, et sa conséquence naturelle, l'enrichissement des individus et des communautés au-delà des différences et des hétérogénéités.

Une lecture historique même rapide nous invite à poser comme hypothèse intemporelle et universelle que les phénomènes humains de guerre et de paix sont cycliques, leur point commun étant la nature violente des relations humaines, qui subit des poussées et des effets d'entraînement et des phases de réduction, de régression, comme un phénomène naturel sans maîtrise apparente possible.

En période de guerre la destruction de l'ennemi est comme déclarée « légale ».

En période de paix, la mort de l'autre est interdite par tous les corpus de lois, la violence latente ou résiduelle étant canalisée vers des formes culturelles acceptées par le plus grand nombre (je ne peux m'empêcher de faire le lien avec la devise romaine « panem et circenses »).

J'entends par cette dernière acception, dans nos civilisations à l'occidentale, quoique maintenant bien exportées dans beaucoup d'autres cultures, les rencontres sportives comme le football avec ses débordement réguliers de supporters, la conduite automobile de monsieur tout le monde avec ses conducteurs assassins en puissance au volant de leur voiture-arme, même si des mouvements de contestation ponctuels, mais de plus en plus forts, l'opinion publique et la justice condamnent et combattent ces excès de violence « inacceptables ». Je pourrais continuer la liste, aux pays de la consommation, par la télévision et son déversement d'émissions et de films à la violence pas toujours policée, par les jeux vidéo dont l'escalade dans la violence, le réalisme, le toujours plus mettent à mal la séparation entre la réalité et le virtuel au grand dam de la construction psychique de nos mois individuels vers la force de caractère et l'autonomie adulte.

Finalement la violence, qui n'est peut-être que la pulsion de mort de Freud, est inhérente à toute société humaine, force élémentaire constitutive de toute organisation humaine qu'il faut endiguer, combattre, maîtriser pour atteindre l'équilibre nécessaire à son fonctionnement nominal. Si elle peut être contenue dans des cadres bien maîtrisés favorables au développement économique, social, individuel, cet état d'équilibre est toujours précaire, susceptible d'être rompu face à des forces endogènes et exogènes.

Mais parfois la guerre semble inéluctable et nécessaire comme pour remettre les éléments en ordre, comme pour faire sauter les points de blocage et de déséquilibre, d'un système complexe aux multiples rouages, coincé, ne tournant plus rond. Comme si une force inéluctable imposait une remise en ordre brutale, avec des risques de dommages collatéraux, selon une terminologie à la mode, parce que les hommes, les organisations n'auraient pas su, pas voulu « remettre de l'huile » dans les rouages, opérer les nettoyages et réajustements nécessaires.

La guerre et la paix, comme la plupart des phénomènes universels fonctionnent comme en miroir entre le niveau social et systémique et le niveau personnel.

Tous les phénomènes sociaux de guerre et de paix se retrouvent à l'identique au niveau individuel, au sein du psychisme de chacun.

Qui n'a pas connu dans sa vie des moments de crise où la violence fait irruption comme un orage et le tonnerre avec ses énergies incontrôlables, ou demeure à fleur de peau prête à exploser à la moindre étincelle. Le phénomène peut être plus diffus quand la violence reste masquée aux fins fonds de replis psychosomatiques, faisant son œuvre lentement, mais inexorablement pour attirer l'attention du moi sur une prise de conscience, une réaction à opérer, une action à décider et mettre en œuvre. Comme l'être humain aspire naturellement à la paix et la tranquillité, le destin de cette violence ne peut qu'en être plus inquiétant, plus sournois.

Mais pourquoi cette violence en nous, qu'elle soit de nature caractérielle ou plus circonstanciée ? La réponse est simple quand nous pouvons la mettre en relation avec un événement particulier qui nous a émus tout particulièrement, nous projetant vers des sentiments de colère, d'injustice, de frustration. L'acceptation, la compréhension de ses propres erreurs, le temps sont souvent les remèdes les plus éprouvés pour retrouver à terme la paix. Il faut alors s'armer de courage et de patience.

Mais parfois l'origine de cette guerre intérieure peut être tellement ancienne au point que nous ne parvenons pas à en dater l'origine, arriver progressivement, sans lien avec un effet déclencheur si bien que la compréhension de la violence sous jacente devient vite un casse-tête rapidement passé au crible de nos défenses psychologiques, propres à chacun, entre le déni, la projection et le refoulement, phénomènes bien connus du psy, mais aussi de l'homme de la rue, même si ce dernier ne fait pas toujours le lien entre cette connaissance et son propre fonctionnement.

J'espère que ces quelques réflexions qui peuvent paraître bien générales d'un premier abord, apporteront un éclairage sur les modalités d'enchaînements des processus de guerre et de paix tant au niveau de notre environnement qu'à notre niveau personnel. La violence n'est jamais un phénomène définitif. La violence a toujours une origine qui parfois peut nous dépasser dans des liaisons transgénérationnelles, qu'il convient de reconnaître, respecter, analyser, comprendre pour en diminuer, voire supprimer les effets au profit d'une paix qui sera alors méritée et durable.

Le repos du guerrier est à ce prix. La paix est un but à atteindre, les armes prêtes à servir, car la violence, qui est le messager du conflit, ne fait pas toujours de déclaration lisible, en bonne et due forme.


1 La violence est le dernier refuge de l'incompétence.
Hervé Bernard



Il me semble que chaque thème, et en particulier au sein de ceux qui sont choisis pour la lettre de « SOS Psychologue », peut être abordé au-delà d'une approche sociologique. Je fais une légère digression de « la Guerre et la Paix » afin de tenter d'illustrer ce propos.

J'ai depuis quelques temps une intuition, ou même je crois pouvoir faire un constat (subjectif par essence), que le Temps (et ceci est d'ailleurs théorisé dans de nombreuses philosophies) peut, bien sûr être vécu différemment selon chacun, mais comporte des natures diverses et en particulier que l'on peut distinguer un Temps fondé sur les cycles, la relation de cause à effet et un Temps de l'instant lié à la conscience de soi dans le présent qui semble, bien que lié au contexte et au Temps de cause à effet, le relier à une sorte de stabilité ou d'Eternité : mon regard conscient semble le même bien qu'à partir d'éléments internes nouveaux. C'est le même regard sur un monde changeant et cette confrontation crée des interprétations selon ce que je suis aujourd'hui (j'espère que ce propos n'est pas trop confus). J'ai ainsi lu ces jours-ci des hypothèses sur la création de l'Univers dans un livre d'astronomie (vulgarisé s'entend) qui distingue également trois types de Temps : le Temps Réel (correspondant à l'image d'un sablier qui s'écoule) dans lequel nous évoluons chaque jour ; le Temps Imaginaire (correspondant à l'image d'un sablier placé à l'horizontal, donc sans calcul de temps possible, où seul l'espace entre les grains est mesurable) qui selon les auteurs caractériserait un état primitif de l'Univers en deçà des limites de Planck c'est-à-dire où la Matière et l'Energie sont inexistantes et qui se résumerait à de l'Information, contenu théorique mathématique universel ; et le Temps Complexe (image d'un sablier en rotation constante) qui serait une sorte de synthèse entre les deux mais ayant sa nature propre, mise en action de l'Information lui perdant sa stabilité et s'écoulant de manière désordonnée (ni stable ni logique ou prévisible). Intuitivement (aussi puisque je ne peux, vu mes compétences limitées en astrophysique, vérifier cette hypothèse. Est-elle d'ailleurs vérifiable ?), j'observe une similitude entre ces théories et mon approche empirique du Temps. Peut-être ces trois Temps de l'Univers sont-ils observables en nous ?

C'est ce genre de relation que je cherche en moi sur le thème de « la Guerre et la Paix » avec la chance que ces concepts signalent des faits concrets et observables ici-bas. Que puis-je alors observer en moi de Guerre et de Paix, comment s'articulent-ils, sont-ils nécessaires ? Il me semble qu'en moi-même ainsi que dans ma confrontation aux objets du réel, ils soient omniprésents et souvent concomitants. En effet, mes combats extérieurs reflètent le plus souvent mes déséquilibres intérieurs et leur résolution m'offrent une paix éphémère mais sublime ; si « les épreuves servent à nous faire évoluer », il semble bien que ce sont ces guerres du quotidien qui, bien menées, nous offrent la Paix. Ce qui est ici paradoxal, c'est qu'un combat ne peut se mener correctement qu'avec, au préalable, une certaine paix intérieure. C'est ainsi toujours sur deux fronts qu'il nous faut nous battre dans la grande Guerre pour l'Harmonie d'une Vie.

Quelle est aujourd'hui mon étape ? Où suis-je ? Cela me paraît assez complexe. Il semble que c'est précisément dans les modalités du combat que j'éprouve des difficultés, quand me battre, pourquoi, contre qui, quel est mon objectif, qu'ai-je à gagner ou à perdre ? Peut-être mon armée navigue-t-elle aujourd'hui sans un état major qui puisse répondre à ces questions et permette aussi d'éviter de perdre des hommes dans des batailles inutiles, anticipées, sur le mauvais front ou avec des armes inadéquates. Pour l'instant me sauve l'esprit de résistance, de révolte, de désespoir. Il ne s'agit pas d'être un conquérant mais d'assurer une vie prospère, un développement harmonieux aux siens (peut-être même à nos ennemis si l'on pense à une certaine justesse de la Justice, équilibre, comme on me l'a enseigné, entre la Justice et la Compassion).

Malheureusement mais volontairement, j'occulte les exemples concrets en espérant que ce point sur mes efforts suffira à communiquer à peu près clairement comment ce thème résonne en moi aujourd'hui.

Cet exemple qui m'a été donné illustre bien cette sensation : « il s'agit de lâcher son égo, chien soumis à notre Volonté, pour se défendre tout en continuant d'apprécier sa soupe » ; la guerre pour la survie est inévitable mais ne doit pas occulter la Vie elle-même, elle doit la servir, la protéger, lui permettre des conditions plus favorables et aussi « chercher des solutions et non des complications ». Avec tout mon espoir.

Perdu
Piégé dans la haine,
Quelle arme pour répondre ?
Perdu dans l'ennui ?
Je ne doute une seconde
A une issue, à une envie,
A un instinct dit de survie !
Broyez en moi chaque secousse,
Jetée sur moi l'huile bouillante,
Ce n'est pas l'heure où ne repousse,
Ce n'est pas l'heure de la tourmente
Du moins je vis encore d'un souffle, Celui qui luit ! Que Dieu vous hante !

Fait à Villandry le 12 mars 2009,
dans un contexte guerrier incontestable où il faudra trouver une brèche.
Une guerre de cent ans est entamée, il n'y a pas d'autre issue que le combat
et je ne peux compter que sur moi, en moi.
Courage et patience.
15 mars 2009.
Non ! On m'a suggéré une phrase
et la guerre de cent ans m'apparaît maintenant comme une erreur :
« La guerre est finie. Commence la Révolution ! » (Che Guevara).
Gaël Bouket



Si seulement j'avais le sentiment d'avoir le choix !

Parfois, je dois batailler sans relâche pour conquérir un soupçon de paix : au travail, avec les enfants, dans mes histoires d'amour…

Souvent, c'est en m'affirmant et en imposant les limites de mon territoire que j'ai pu trouver du repos.

Est-il donc vrai qu'il faille toujours fourbir ses armes et préparer la guerre pour avoir la paix ? En tout cas, par expérience, je confirme que ce n'est pas faux.

Et ensuite ? Ensuite, lorsque vous croyez avoir le sésame et bien, ensuite, cela ne s'arrête pas là. Vous avez mené des combats, des batailles et abouti à de vraies conquêtes. Vous y avez gagné le respect de vos pairs, l'admiration de vos condisciples, l'amour de vos proches (qui n'est pas toujours « inné »), les promotions qui vous honorent et, forte de vos succès, vous aspirez à un juste repos.

Désolée. La plus âpre des guerres est encore à venir. Vous allez devoir lutter contre votre plus grand ennemi : vous-même. En effet, alors que les luttes de l'extérieur se sont aplanies rendant possible la reddition, un nouveau frein à votre paix intérieure est apparu. Il a pour noms peur, pensées parasites, névrose, anxiété, stress et j'en oublie !

J'ignore si la lutte engagée contre mon ignorance prendra fin, j'en doute, mais j'ai choisi de travailler à élargir, amplifier, intensifier ma quête d'apaisement et de réconciliation avec mon moi profond.

Je souffre encore souvent de l'écartèlement entre cette soif, cette aspiration, et les contrariétés, la colère et la confusion qui m'envahissent et m'en détournent.

Comment lâcher-prise ? Faut-il laisser venir, contempler et, plus tard, revenir à l'interprétation pour conscientiser mieux ? Cent fois remettre l'ouvrage sur le métier !

Cette année, j'ai décidé de me consacrer avec discipline à suivre un cours de yoga. Je n'y ai pas la compétence suffisante pour me hasarder à une pratique en solitaire plus régulière, mais je me réjouis déjà des progrès dans la concentration sur ma respiration et la conscientisation de l'état de mon corps.

J'ai pris goût à cette forme d'introspection qui passe par la dimension physique au-delà de celle que m'a ouverte mon travail analytique.

L'énergie gaspillée par mon cerveau en ébullition qui ne renonce pas souvent me turlupine encore… Voilà donc l'objet de ma guerre actuelle et de mon nouveau combat, pour la profondeur de ma paix : décrocher le mental et prolonger l'heure de la détente.

Fait entre Sainte-Feyre et Paris, le 15 Mars 2009
Elisabeth Courbarien



Je me souviens d'un titre de livre qui s'intitulait « l'équilibre de la terreur » et comment il m'avait alors particulièrement frappé, même encore aujourd'hui, mais pour autre chose, avec un autre niveau de compréhension

Il me fallait à l'époque comprendre le point de vue de l'auteur, il me faut aujourd'hui l'accepter dans toute l'horreur de la mécanicité

Car cet équilibre dont il est question n'est pas un but recherché, mais bien le résultat automatique d'un ensemble de forces qui s'opposent, pour soumettre l'autre à sa loi, quitte à l'anéantir totalement. On assiste là à une sorte de surenchère de moyens élaborés tant sur le plan physique que psychologique, de moyens terriblement néfastes et dangereux. L'humanité serait assise sur une poudrière dont personne ne sait ni quand, ni comment, ni où, ni qui allumera la mèche qui provoquera un nouveau cataclysme humanitaire dont on ignorerait l'ampleur.

Faute de moyens supplémentaires et, parce que les forces en présences étaient trop équilibrées pour prétendre à la victoire, un consensus s'est installé, un consensus basé uniquement sur le fait de ne pas vouloir se voir disparaître dans l'anéantissement de l'autre. Une étincelle instinctive et vivante dans un monde en guerre.

Cette paix est à ce prix. Et après le tumulte et les compromis, le silence tranquille d'un contrat, d'un pacte signé avec le diable pour le bien de la communauté, de la nation et pourquoi pas de l'humanité.

Ces dimensions politiques, économiques et sociales m'amènent inéluctablement dans ma propre pensée à la condition humaine, à son fonctionnement psychique tiré à partir de mes propres constatations.

Combien de fois ai-je été confronté en moi et autour de moi à l'assurance que tout allait bien dans le meilleur de nos mondes. Nous nous sommes pour un temps confrontés aux situations et y avons apporté des solutions. Nous avons dû lutter, trouver des compromis, puis nous nous sommes installés dans nos résolutions, nos vérités pour ne plus y revenir. Tout va bien et sans doute pourrai-je vivre cette situation toute ma vie. Mais voilà qu'un événement inattendu bouleverse toute cette espérance. C'est la tempête et je n'y suis pas préparé. J'ai mené dans ma vie tous les combats et les compromis possibles pour qu'elle ne m'atteigne pas. Quelqu'un ou quelque chose à allumé la mèche. Et mon équilibre est rompu. Je suis furieux ou désemparé. Qu'est ce qui m'a terrifié au point de ne plus vouloir me voir, au point d'accepter sans broncher toutes ces vérités acquises, mais non renouvelées

Ce n'est pas sur le combat en lui-même que se porte ma réflexion, car je le crois inéluctable et nécessaire à l'évolution de l'humanité dans son ensemble.

Mais bien sur sa nature. Je veux comprendre ce que je combats et pourquoi je le combats. Je veux donner un sens au combat, un sens à ma vie, un sens à la vie, je veux d'une paix qui ne soit pas le résultat automatique d'un compromis, d'une paix qui ait la saveur d'un combat bien dirigé, d'une paix qui ait le goût de la conscience.

Écrit à Lagny Sur Marne, le lundi 29 mars 2009
Philippe Delagneau



Chapitre préliminaire du sommeil

Existe-t-il pour l'homme une méthode expérimentale de partir, pour reprendre un titre de Jung « à la découverte de son âme » ?

Et d'abord, quelle est la relation de l'homme avec « son âme » ? Peut-il s'en distinguer ?

Rien n'est plus facile apparemment pour l'homme que de se poser ces questions jusqu'à ce qu'il trouve une réponse, puisqu'il a l'objet de son examen constamment à sa portée, en lui-même.

Apparemment, rien n'est plus simple.

Or force est de constater que ces questions simples, et si importantes : « Qui suis-je ? » « Ai-je vraiment une âme ? », « En quoi suis-je différent de mes fonctions ? ». L'immense majorité des hommes ne se les posent jamais.

Et comme l'homme ne se questionne pas, il ne peut pas, bien sûr, connaître réellement, véritablement, expérimentalement la réponse.

L'homme se contente sur lui-même de vagues ouï-dire. Il ne se connaît pas.

L'homme ne se connaît pas, mais on constate, à ce stade de nos réflexions, un phénomène curieux :

L'homme ne se connaît, mais il ne cherche pas à se connaître réellement.

Bien plus, la pensée de cette investigation de lui par lui-même lui cause un malaise que chacun peut vérifier, une impression étrange comme s'il s'agissait de commettre une mauvaise action, de connaître des choses interdites.

Et pourtant, il ne s'agit pour l'homme que de tenter de voir en lui-même, de prendre connaissance de sa propre personne.

Enfin si l'homme, vraiment résolu, insiste (et l'expérience peut être tentée en ce moment même), et essaie, un seul instant de suspendre le cours du temps et de tourner son regard vers l'intérieur de lui-même pour voir ce qui s'y passe, il est immédiatement repoussé comme par une force formidable et renvoyé vers l'extérieur, affolé, à son psychisme ordinaire. Tout ceci est, en quelque façon, naturel.

Dans la tradition bouddhiste, il est dit que le Bouddha, qui cherchait sans y parvenir la connaissance de Soi, résolut de s'asseoir au crépuscule sous un figuier, décidé à n'en pas bouger et à se laisser mourir de faim s'il ne trouvait pas la Vérité qu'il cherchait. À l'aube, il reçut l'illumination, mais il paraît que la nuit fut exceptionnellement longue…

Ce récit illustre simplement la grande difficulté de l'obtention de la connaissance intérieure.

Pourquoi l'homme éprouve-t-il une telle difficulté à découvrir la vérité sur lui-même ?

À cela il existe une réponse unique, que les Sagesses de tous les temps nous ont toutes transmises sous des formes diverses et en employant des vocables qui leur sont propres.

Pour regarder à l'intérieur de soi-même, il faut un regard vif, très éveillé.

Or lorsque l'homme quitte son sommeil, au réveil, pour mener sa vie active en état de veille, l'homme ne se « réveille » en réalité qu'à demi.

À l'état dit « de veille » l'homme prolonge en partie son sommeil de la nuit. Il poursuit en particulier sa passivité vis-à-vis de ses rêves, qui se prolongent sous une forme à peine modifiée.

Telle est la réalité profondément choquante, si choquante que la plupart des hommes refusent à l'admettre : à l'état de veille, l'homme a une conscience suffisante du monde extérieur à lui pour mener une vie de relations superficielles avec les autres hommes et même pour étudier certaines lois qui régissent la nature. Certaines seulement.

Mais, néanmoins, dans l'état de « veille », l'homme « dort » en partie.

Et pour pouvoir se connaître lui-même, l'homme doit être complètement réveillé. Ce réveil correspond à une activation de la conscience à un niveau qui ne lui est pas habituel, et que l'homme n'atteint pas normalement de lui-même isolément.

C'est parce que l'homme « dort » et n'a pas un « regard » suffisamment aiguisé qu'il ne peut pas regarder à l'intérieur de lui-même et comprendre ce qu'il est véritablement, donc répondre aux questions fondamentales qu'il se pose et que nous avons énumérées.

Et c'est du sommeil éveillé de l'homme que vient tout le malheur du Monde : le Christ n'a pas dit autre chose à ses disciples proches, tout comme d'ailleurs tous les fondateurs des grandes religions.

Dans l'enseignement du Christ, c'est parce que les hommes ne sont pas éveillés qu'ils succombent aux entreprises du Mal :

« Veillez-donc, car vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître » (discours eschatologique, Mt XXIV, 42).

« Soyez sur vos gardes, veillez, car vous ne savez pas quand ce sera le moment… Et ce que je vous dis à vous, je le dis à tous : veillez ! » (Le Serviteur du Maître, Mc XIII, 33 +).

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure » (Les Vierges Folles ; Mt XXV, 13).

Et les apôtres, dans leurs Épîtres, reprendront les mêmes directives, avec insistance, faisant chaque fois allusion à un état de vigilance attentive qui n'est pas spontané chez l'homme qui s'abandonne :

« … Veillez, Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde… » (I Pierre V, 8).

« L'intelligence en éveil, soyez sobres… » (dito I, 13)

« Éveille-toi, toi qui dors… » (Paul, Ephésiens V, 14 ; cf. également Rom. XIII, 11 ; I Thessal V, 6).

Le Christ ira même préciser : « Veillez donc et priez en tout temps » (Luc XXI, 36). Non pas simplement : « priez », mais « veillez et priez ». La « veille », le « réveil » sont les conditions de la vraie prière.

Par la « veille » prolongée, la vigilance maintenue malgré les tentations de la dispersion, l'homme va peu à peu aiguiser son regard et découvrir en s'explorant lui-même, ce « Royaume de Dieu » qui est, nous dit Jésus, « au-dedans de lui » (Luc XVII, 21).

C'est cela la véritable « conversion » (en grec : métanoïa) qui nous est proposée à plusieurs reprises dans les Évangiles.

Mais cette entreprise est très difficile : de façon naturelle, à l'état spontané, l'homme ne se réveille pas complètement en quittant son lit. Et cependant, faute d'éléments de comparaison, il est persuadé du contraire.

Donc le véritable christianisme, tout comme la psychologie exhaustive de l'homme, passeront nécessairement par l'étude du « sommeil éveillé », notion mystérieuse.

Georges de Maleville



Comme Ferdinand de Saussure l'a évoqué dans les cours de linguistique générale, un monème se définit comme différent d'un autre si la différence entre ses 2 unités est pertinente. Autrement dit, une unité linguistique est définie par ce qu'elle n'est pas ; l'opposition avec les autres unités par commutation, permet de distinguer s'il existe un changement de sens et de reconnaître alors leurs propres individualités. Michel Foucault aussi à exprimer l'idée selon laquelle dans les années 1850 (et c'est toujours peut-être d'actualité), les fous étaient enfermés dans le souci d'établir une norme de la santé mentale. Un fou, déclaré fou, permettait au médecin et à la société entière de se reconnaître sain d'esprit. Pour l'anecdote, il arrivait et il arrive souvent, que des sujets atteints de pathologie psychique, ne reconnaissent pas leur maladie, cela fait d'ailleurs partie, en psychiatrie, d'un critère de diagnostic de maladie mentale : la non-conscience des symptômes par le sujet. Il naissait donc un conflit entre l'hôpital et le patient chacun ayant des désirs différents, l'un voulant ne pas être interné et l'autre voulant interner le premier.

Au niveau social, nombreux sont les conflits qui naissent, grandissent, s'amenuisent, puis se résolvent. Dans la famille, le voisinage, au travail. D'ailleurs, quand une querelle naît entre deux protagonistes, une tierce personne, comme la justice, un autre voisin ou même le temps est nécessaire pour faire évoluer la situation. Le cas du sport est intéressant, car l'opposition est consciemment recherchée et est soumise au garant de l'équilibre entre deux acteurs : l'arbitre. L'avantage dans le milieu de la compétition, c'est que les joueurs-athlètes savent consciemment qu'ils rentrent dans une opposition. Il y a comme une projection, tel un rituel à moindre échelle, d'une force d'opposition présente dans l'inconscient contrôlée par le garant de l'équilibre : l'arbitre.

Au sein de l'individu, le psychisme est un grand tissu social. Il existe certains nœuds, certaines instances qui, pour ne pas être déstabilisés, rentrent en conflit les uns avec les autres. C'est ce qui est à la base des névroses. Deux pôles énergétiques cherchent à s'attribuer une seule et même part d'un gâteau : le Moi. Par conséquent, chacun ne veut rien laisser à l'autre et par des subterfuges malins, tendent à monopoliser une existence déjà parcellaire et limitée par une guerre, ici nécessaire, et peut-être, de surcroît indispensable.

L'expérience de la paix s'acquiert par l'expérience de la guerre. Dans une mesure symbolique, le monde est basé sur une dualité qui est le reflet de notre compréhension. Tout l'art d'un individu existant et responsable est de faire devenir des éléments opposés compensatoires. C'est-à-dire que la dualité ne s'opposent plus, mais elle s'unifie. La scission de l'Un en deux éléments a permis à chacune des parties de recevoir un potentiel a priori. C'est-à-dire que chacune des parties a reçu une masse énergétique créatrice. Ce phénomène est à contempler dans l'Œuvre (Œuvre qui, par ailleurs, mérite son créateur) : le jour et la nuit, la marée haute et la marée basse, la vie et la mort, la femme et l'homme, le blanc et le noir, etc. Chaque élément dispose de son contraire pour qu'il puisse se reconnaître et chacun dispose aussi de l'autre en lui-même : l'homme est structuré en parti par l'anima (principe féminin) et la femme par, l'animus (principe masculin). Dans une autre mesure, je vois bien souvent en l'autre des caractéristiques qui m'exaspèrent. Paraîtrait-il que l'autre est le reflet de soi-même. C'est une modalité utile de la projection. Le potentiel énergétique de chacun des deux éléments est complémentaire. Comme le dit l'adage, l'homme propose, la femme dispose ; l'homme structure, la femme habite. Les deux archétypes majeurs acceptent des énergies de vibration différente. C'est pour cela que parfois, ils semblent en opposition, parce qu'ils ne parviennent pas à se mettre d'accord, à trouver le juste équilibre, l'alchimie précise qui les fera cohabiter ensemble chacun dans sa propre nature.

Un troisième élément marque une triangulaire dynamique unificatrice et la conjonction (voir C. G. Jung) des énergies est ainsi exprimée. Ainsi donc la vie et la mort s'unifient, la guerre et la paix aussi et l'Œuvre revient à Dieu.

Au commencement était le Verbe

L'action de communiquer me fait défaut. Dans bien des cas où il aurait fallu que je parle, je ne l'ai pas fait. Il y a 10 ans, je n'ai pas pu répondre à l'agression dont j'ai été l'objet. La peur me paralysait et la non-violence, même si elle n'était pas formulée ainsi, me servait de justification. Aujourd'hui l'appréciation de la vérité semble différente, car, suivant le contexte si l'on me gifle sur une joue, je serai capable de rendre ce que l'on vient de me donner. Je ne le remercierai pas ailleurs. Je veux me défendre, je peux me défendre, je me défends.

Il y a 10 ans, l'utopie était pour moi essentielle. J'aurais aimé partir élever des moutons dans le Larzac, écouter de la musique toute la journée, se laisser aller au soleil avec un pastis, fumer une cigarette ou deux et me dire que la vie est douce ? Aujourd'hui, l'utopie n'existe que dans le passé ; et comme le passé n'existe plus… Le reggae, j'en écoute de moins en moins, il a été remplacé par autre chose, j'apprécie le champagne, je fume toujours une cigarette ou deux et la vie n'est pas si douce. La terrible condition humaine est une vérité et il faut un travail sans relâche pour constater l'utopie et ne plus y vivre.

Il a fallu 10 ans pour changer un schéma mental par un autre, et il faudra toute une vie pour passer du rêve à la réalité. Je revois mes rêves d'antan qui me faisait marcher lors d'une bataille moyenâgeuse, des conflits entre supporteurs et CRS, des assassinats. Voilà, la réalité, ma réalité d'aujourd'hui, la lutte psychique est une réalité. Je comprends en ce moment les martyrs, ceux qui meurent pour leurs idéaux, les personnes emprisonnées, parce qu'elles croyaient en des valeurs. Je comprends le Christ qui s'est laissé crucifié et quand il dit qu'il est mort pour les hommes. Son nom restera à jamais dans les cieux et dans l'histoire. J'apprends aujourd'hui ce désir qui a toujours été présent et qui me faisait aimer l'homme. J'aime tellement la création, que l'homme, son œuvre la plus complète sur Terre, je l'aime aussi. Mais il est tellement stupide qu'il se laissera manger par une araignée. Alors deviens-toi aussi homme et femme pour que nous sachions qui nous sommes.

Je me souviens d'un jour où la lutte en moi était terrible, le courage me quittait, je voulus arrêter tout processus de métanoïa. Je me suis vu entendre : « Va, cours, pars dans le monde, mais souviens-toi d'une chose : je serai toujours dans ta tête, dans ton émotion et dans ton instinct. ». Ce que je veux dire c'est que le conflit ne se fuit pas ou alors il se répétera ; il s'affronte. J'ai eu peur ce jour. Je me suis dit : « Mais où suis-je ? ». J'avais le droit de fuir la guerre, mais je n'avais pas le droit de fuir mon âme.

Ne te soucie pas Hervé, si mes propos semblent contradictoires. La logique cartésienne ne permet pas de saisir l'essence de la relativité. Tu peux fuir la paix, mais tu ne peux pas te fuir toi-même. La recherche du Soi nous fait marcher comme des agneaux à travers les loups la nuit naissante. Leurs yeux sont perçants et guettent chaque faux pas ; leurs dents acérées par leur salive acide, leurs respirations tutoient ton âme. La pierre même crie d'étouffement sous le poids de leurs griffes et poussées par la faim, leurs passions se déchaînent. L'enclos passé, le trésor se révèlent et l'escalier se trouvait là présent, mais non visible.

Je m'assois à cette table et écris sur cette feuille et je me demande ce que sera ma vérité de demain, car le futur se construit maintenant. L'arbre au dehors et mystérieux. Une partie de lui nous est caché et c'est là qu'il puise toute son énergie. L'autre partie nous est visible, il bouge avec le vent et un vent plus fort le ferait s'abattre. Il fait le lien entre l'esprit du vent et la matière de la terre. C'est donc lui l'arbre de la connaissance. Puiser dans les entrailles pour émerger vers le ciel. Qu'y a-t-il sous terre ? Qu'y a-t-il au dessus ? Je me souviens petit respirer les feuilles jaunies par le temps et l'automne entamée, et humidifiées par la pluie. La terre, humide elle aussi, ajoutait une touche de vérité. Tel une senteur, l'anima mundi se reflète partout. J'eus espéré plonger physiquement dans cette nature, plonger dans ce champ terrestre. Que les cadavres étaient heureux, ils pouvaient sentir la vie. Je voulais dans cet océan phyllo-ontogénétique qui digère et avale tout. Seulement deux phalanges y parvenaient, la résistance était trop forte. Je devais m'y résigner : tutoyer les étoiles, il me fallait commencer par tutoyer les abîmes. Passer par la mort pour atteindre la vie. Un point c'est Tout.

Fait à Boulogne Billancourt
où la variable « fac en grève » est sous-jacente à mon quotidien.
Les vérités d'aujourd'hui sont les vérités d'aujourd'hui.
J'apprends que d'autres vérités les surplombent.
Ce qui doit être dit, doit être dit
pour la compréhension de chacun, à sa manière.
Aurélien Recher



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SOS Psychologue



Je ressens que nous sommes tous bien avertis du conflit qui existe entre les opposés : le bien et le mal, vouloir et ne pas vouloir, la guerre et la paix, nous sommes tous conscients de cela.

La guerre existe en nous-mêmes, les conflits intérieurs sont permanents. Personne ne vit sans conflit intérieur, ils sont dans les habitudes et toujours présents.
Il est très difficile à une personne de sortir de la colère, car elle fait partie de la colère. Si nous voulons que la violence cesse, il faudrait avant tout commencer par nous-mêmes. Nous pouvons constater que nous sommes constamment violents, nous imposons des disciplines et des souffrances à notre corps. Nous pouvons constater également que nous sommes toujours en guerre contre nous-mêmes.

Comment trouver la paix intérieure ?

Nous avons tous grandement besoin individuellement et collectivement de cette paix intérieure. Pour cela nous devons faire un travail sur nous, observer cette lutte en nous, sans travail il ne peut y avoir la paix, c'est la seule possibilité.
Pour trouver la vérité nous devons casser, il doit y avoir de la lutte.

Nous avons des émotions négatives, parce que nous les autorisons, nous les justifions en expliquant qu'elles sont le résultat des circonstances et, de ce fait, nous ne luttons pas. Nous pensons que les émotions négatives sont produites par les circonstances de la vie alors qu'elles sont en nous, elles sont produites par nous-mêmes et aucune émotion négative n'est utile.

Dans le travail intérieur nous avons un but, mais comme nous ne sommes pas unifiés, beaucoup de nos « moi » ne veulent pas prendre cette direction. C'est alors que le conflit augmente. L'unité est le résultat de la lutte contre le conflit. Je sens en moi que je dois faire quelque chose, mais je ne le veux pas. C'est cela le conflit et, en revenant sans cesse, il construit une résistance et cela crée l'unification. Quant à la friction, elle crée de l'énergie.

Observer ses résistances c'est déjà lâcher prise et c'est accepter ce qui est.

Une fois que nous avons vu et accepté notre identification, nous devons être capable de prendre une distance par rapport à elle et lutter contre elle, cette lutte est sans pitié tellement la résistance est grande et lorsque la paix arrive quelle libération, quelle sérénité !

Qu'est ce qui importe sur la voie de la paix intérieure ?

Nous devons apprendre à vivre l'instant présent. Le passé est passé, le futur est à venir. Nous ne vivons pas hier, ni demain. Nous oublions le présent et c'est cette voie qui conduit à la paix intérieure. Se battre pour la liberté.

Voir ce qui est, est la seule voie menant à l'acceptation de notre situation intérieure, et donc à la prise de conscience des manifestations égotiques menant à la violence.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 16 mars 2009
Claudine Thomas