NUMÉRO 147 REVUE BIMESTRIELLE février-mars 2013

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  La passion
  Histoire d'une passion inassouvie Historia de una pasión inalcanzable
  Tentation de poète Tentación de poeta
 
Bernard, Hervé La passion
 
Cohen, Rut Pasión por el ser
 
Delagneau, Philippe La passion
 
Giosa, Alejandro La pasión
 
Manrique, Carla La passion pour les animaux La pasión por los animales
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de janvier 2013
  Séance d'analyse de rêves de février 2013
 
Stella, Silvia La pasión
 
Thomas, Claudine La passion


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Il s'agit d'un hiver long, étrange et surprenant… Idéal pour se laisser aller à la réflexion, à l'écriture et à l'inattendu.

Je vous propose de m'accompagner dans cette si nécessaire compréhension de la passion.

Déclinez le thème selon vous-même ! Lisez les articles de la lettre et questionnez-vous sur vos passions aussi bien passées que présentes.

***

C'est la nuit, je suis en train de traduire… et le silence qui m'entoure est sublime et me passionne.

Partageons ! Envoyez vos réflexions si vous êtes d'accord pour le faire et nous les publierons dans notre prochain numéro.

La passion est un thème qui ne finit jamais.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



État affectif et intellectuel assez puissant pour dominer la vie de l'esprit.

Vive inclination vers un objet que l'on poursuit auquel on s'attache de toutes ses forces.

L'amour quand il apparaît comme un sentiment puissant et obsédant.

Affectivité violente qui nuit au jugement.

Expression d'un état affectif d'une grande puissance. Parler avec passion, ardeur, enthousiasme, fougue, véhémence, fanatisme.

***

Au sens étymologique, ce mot qui vient du latin passio, signifie souffrance, maladie.

Chez les cartésiens, ce sont tous les états de l'âme résultant des impressions produites par les esprits animaux ou même tous ceux, selon Descartes, qui ne se rattachent pas à la volonté.

Il est possible de nommer passions toutes les pensées qui sont ainsi excitées en l'âme sans le concours de sa volonté et, par conséquent, par les seules impressions qui se font dans le cerveau, car tout ce qui n'est point action est passion.

Dans le vocabulaire chrétien, les passions sont les souffrances et le supplice du Christ.

Au sens actuel, c'est l'inclination dominante ou même dominatrice et pouvant devenir exclusive. Elle est définie aussi par l'émotion.

Dans le vocabulaire des psychologues ou moralistes, c'est l'inclination ou la tendance exclusive qui, asservissant l'ensemble des fonctions psychiques, perturbe le jugement et la conduite.

C'est parfois une tendance dominante pouvant donner un sens à la vie, concentrer les énergies et permettre la réalisation d'une œuvre difficile.

Au sens faible et avec un complément déterminatif, c'est une tendance ou habitude plus accusée qui commande une part notable de l'activité.

***

Ce mot passion désignait au XVIIIe siècle à peu près tous les états affectifs. Il a pris dans la langue moderne un sens plus restreint, dans lequel elle se distingue à la fois du sentiment et de l'émotion. La passion est plus exaltée, plus ardente que le sentiment.

La classification des passions ne soulève pas plus de problème que celle des sentiments. Toute tendance, en s'hypertrophiant, peut devenir passion. Comme celle des sentiments, la classification des passions doit donc être calquée sur celle des tendances. Il y a lieu toutefois de remarquer qu'il existe des passions physiques, telles que la gourmandise, l'ivrognerie, etc., qui correspondent aux tendances organiques.

***

Genèse de la passion

Le problème psychologique est de savoir comment la tendance s'exagère au point de devenir passion.

Il est possible de tenir compte d'abord de certaines conditions extérieures.

Un événement extérieur qui n'a laissé en apparence qu'une impression fugitive peut cependant s'être gravé en nous.

Les conditions organiques sont aussi à considérer. Non que la passion soit, à proprement parler, héréditaire. Mais elle peut l'être de façon indirecte par l'intermédiaire du tempérament qui peut apporter des dispositions congénitales. Il y a des tempéraments prédisposés à l'ivrognerie ou aux autres abus sensuels, comme d'autres à l'ambition ou à la jalousie.

Les conditions sociales sont plus importantes qu'on ne le croit d'ordinaire. Il existe des époques, des milieux sociaux qui offrent une atmosphère privilégiée pour l'éclosion de certaines passions. Telles furent l'époque des Croisades, plus tard celle des guerres de religion pour la passion religieuse, celle de la Renaissance et des humanistes pour la passion intellectuelle ; celle de la Révolution pour la passion politique, etc.

Mais ce sont surtout les causes internes à considérer. L'ennui, l'oisiveté, tous les états où notre volonté abdique son contrôle, sont également favorables à la naissance de la passion.

***

Effets de la passion

Sur l'intelligence : le fait essentiel est la cristallisation et, de cette façon, elle se grossit, s'amplifie au point de devenir une sorte d'idée fixe qui se fait le centre unique de toute la vie de l'esprit.

Les mêmes remarques pourraient être faites à propos des effets de la passion sur l'affectivité. Ici encore la passion a un rôle exclusif : elle dessèche le cœur. Le passionné ne connaît plus ni famille ni sentiment du devoir ni pitié, et il en est ainsi des passions nobles comme des passions inférieures.

À propos des effets de la passion sur l'activité. Elle est incontestablement source d'énergie et bien des volontés faibles y ont trouvé la force d'accomplir des choses auxquelles elles n'auraient jamais pu se hausser sans elle.

Le passionné n'agit pas, il est agi : il est poussé par une fatalité qui le domine.

***

Dans l'ensemble donc, les effets de la passion se traduisent par un déséquilibre, d'où résulte un bouleversement de la personnalité dont le centre de gravité est alors totalement déplacé. Le passionné est « hors de lui-même ». Il ne s'appartient plus.

***

Comment finit la passion ?

La passion peut finir par épuisement, ce qui produit une décristallisation qui fait que l'enchantement de la passion s'évanouit tout à coup et que les illusions qu'elle a engendrées se dissipent.

La passion peut finir par transformation en une autre qui conserve avec elle un fond commun comme, par exemple, la passion des plaisirs en ascétisme.

La passion peut finir par substitution d'une passion entièrement nouvelle.

La passion peut encore se terminer par la folie dont elle est d'ailleurs fort voisine.

Enfin la passion peut se terminer par la mort : les cas de suicides passionnels ne sont pas rares.

Fait à Paris, le 13 mars 2013
Il neige, le froid ne me passionne pas…
Il y a eu un jour la mer, il ne faisait pas froid, les muettes, le ciel bleu
Et la nostalgie de ne pas connaître la passion
Et après le néant, et le silence qui me plaisait, car à partir du silence
je me suis laissée prendre par la passion d'être consciente…
Je reviendrai pour parler de moi…
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Dans les années 96, un jour d'hiver à la Sorbonne, je présentais un livre de contes bilingue Contes de Marée Haute qui m'avait été commandé par Efer Larocha pour faire travailler les élèves de langue classique de toutes les universités du monde.

***

La présentation a été très émouvante et les critiques littéraires m'ont fait comprendre la valeur de la passion dans l'écriture. Depuis les années 70, j'ai travaillé mon analyse avec Angel Garma en Argentine, Carl Rogers aux États-Unis et Roland Cahen, Elie Humbert et Myrtha Gruber Humbert en France.

Mon travail d'individuation a été une révélation et je remercie mes analystes et maîtres de m'avoir donné l'opportunité de travailler mon couple intérieur, Animus-Anima.

Les critiques de Contes de Marée Haute, ce soir-là, m'ont fait remarqué que j'écrivais, aussi bien comme femme que comme homme. C'est-à-dire que j'arrivais à parler de mon couple intérieur.

Aujourd'hui je reviens à relire les contes de mon livre, manifestation de la passion en moi.

Le premier conte s'appelle Onaisín, et le second Tentation de poète, que je vous présente dans ce numéro, m'étonne encore. Tentation de poète est un texte passionné à partir d'un état de grâce dans lequel j'ai accepté d'exprimer avec une certaine mélancolie ma tristesse de ne pas avoir connu une passion dans ma vie à la hauteur de mes désirs les plus profonds. Tentation de poète exprime, selon moi, à sa relecture, la passion du manque. Étrange ! En parlant de passion avec Hervé aujourd'hui, j'ai dit que la vie est une passion absolue. Avec elle, je suis dans le silence sidéral de l'éternité. À vous de lire Tentation de poète, dans les deux langues si possible.

Dans cette soirée à la Sorbonne, j'ai promis d'écrire un autre livre, que, naturellement, j'ai écrit, mais que je n'ai pas publié, parce que Nicanor, fragments d'une longue histoire vers la marée haute de la vie, était plein d'histoires vraies et beaucoup de témoins étaient vivants. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Maintenant c'est fait et dans les prochains jours, ce deuxième livre paraîtra. Nicanor n'a pas été conçu dans la froideur, il exprime, aussi passionnément que possible, ma propre histoire de vie et certains de vécus de ma vie.

A-t-il été écrit en prenant la bonne distance de l'analyse ? Je dirai que oui. La passion est toujours là. Je comprends, à ce moment, que je suis en train de communiquer que j'ai la passion de vivre.

Achevé à Paris, le 15 mars 2013
La neige a cessé, mais la passion non.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



I

Alcool, rêve, oui, rêve. Rêver beaucoup, jusqu'à ce que les paupières tombent dans une trouble solitude de baisers jamais donnés, mais fortement imaginés. Passion sans résolution et sans objet au milieu d'une longue nuit dans un somptueux appartement, dressé au troisième étage d'un hôtel particulier, propriété d'un aristocrate fatigué d'attendre le retour de son roi déchu et qui cède la place au poète pour mourir sans héroïsme dans un vieux lit riche d'histoire. Rêve du poète, pas légers de l'aimée sans nom, lettres éparpillées dans un excès de souvenirs et une profusion de formes tentantes et hallucinantes qui se rapprochent, tandis que résonne le fracas d'un orage plus que méridional dans un Paris en dehors du temps, qui ne s'emporte jamais. Sobre comme la mort. Tentateur comme l'enfer de Dante. Exquis comme ton amour que je cherche quelque part, tandis que la fatigue m'abîme les entrailles. Je veux te rêver, toi qui m'es si chère, parce que tu es sobre comme la ville, mais tentatrice comme l'enfer et encore plus fragile, beaucoup plus fragile que moi, qui te rêve et te tient dans ses bras depuis des siècles, tandis que je t'imagine possédant ces yeux aussi larges que ceux de la femme du poème de Neruda.

Je t'ai connue et tu as été davantage mienne que ma propre vie. Tentation de poète : frustré et solitaire, contemplant ta nuque inclinée sur ton œuvre de création. Cela ne pouvait te troubler, car tu avais tout dans ta petite tête ronde, insolite et enfantine, qui ne se terminait jamais, parce que tes cheveux étaient sans fin. Embrouillés, dispersés, ordonnés. Un étrange monceau d'or à mille carats exaltait cet incroyable prolongement de tes pensées austères et intelligentes de femme éternellement vierge. Non, c'était trop, tu avais toujours quelque chose à faire, à concevoir, à créer et bientôt tu t'étirais sur le lit assoiffée de désir en demandant la passion comme si tu n'avais jamais été absente.

***

Tentation de poète : te comprendre, parce qu'à ce jour je ne te comprends toujours pas et je redéfais l'immense pelote que nous avons enroulée ensemble. Je t'ai connue en automne. Je portais autant d'années que toi, mais mille ans de plus, mille ans de plus à te rêver. On t'avait sellé un cheval alezan et je revenais à bride abattue, ma monture transpirant comme mon âme de rêveur impénitent. C'était presque la nuit. Que faisions-nous là-bas tous les deux ?

Tu jouais, avec cette passion sincère qui t'est propre, un rôle convenant à ta nature héroïque. Les feuilles des arbres tombées sur les pavés parlaient de soleils morts, d'étés luxuriants et disparus. Tout était humide. Peut-être pleuvait-il encore. Je me mis à desseller et laver le cheval, ses sabots et tout le reste. Je le nettoyais lentement, citoyen d'entre deux mondes : celui du cheval avec ses nécessités et le tien, le tien. Le tien : carmin, fraise, nuit, baiser, crime, rideau, lit, vent, joncs, lit, plus de lit, plus de rideau, plus de désir, désir impérieux. Je ne t'ai pas appelée, mais tu es venue. Légère, sans gêne, les yeux dorés comme la paille et ce désir pressant que je n'avais jamais connu. Je ne sais pas ce que l'on avait fait de ton alezan sellé. Seulement plus tard devions-nous retrouver le calme et les chevaux. Je ne sais pas si les pavés formaient un sol facile, car ton corps brûlait gracieusement. Pourquoi m'as-tu embrassé en automne ? Tu aurais pu le faire en hiver, sur le champ enneigé, mais sur un terrain ouvert, pas ici. Pourquoi ce baiser, pourquoi ce désir et cette urgence de l' « ici et maintenant «, que je n'ai pu accepter et aimer moi-même que beaucoup plus tard ?

***

Tentation de poète : justifier, découvrir, intenter, dramatiser, expliquer, rêver. Finalement, j'aurais dû accepter l'esclavage, me rendre à ton désir impérieux et pressant, sans chercher à te porter systématiquement, sous un quelconque prétexte, vers mon univers de torturé silencieux. Oui, tu avais les yeux propres et la force émouvante de ceux qui savent désirer sans se dire que l'odeur des chevaux est excitante ou que l'automne érotise.

Il y avait une rivière qui coulait près de la ville, une rivière comme toi sans prétention, une grande maison, un lit, ton amour qui brûlait et mon silence de ne pas chercher à te comprendre.

***

Tentation de poète : la grande paresse, l'ennui permanent, un sentiment de fatalité, romantique.

Et cependant, je t'ai aimée, je t'ai donné mon âme et j'ai appris à t'attendre pendant que tu créais et créais. Ta nuque inclinée et ce monde de tes réalisations dans lequel tu ne m'avais jamais défendu de rentrer, mais je n'ai pas osé le faire.

Tentatrice et excessive. Peut-être ne connaissais-tu pas plus de la vie que moi, ni moins. Je ne le sais pas, mais tu y faisais obstacle sans détour. Tu savais l'endroit exact de la caresse désirée et tu m'amenais à la réalisation sans la moindre peine. Tentatrice et excessive, encore source de rêves dans mes bras, de désirs simples et tendres, que la vie ne m'avait jamais permis de connaître.

Il y avait une rivière, une maison et un lit, un lit dur comme le chemin de pierre qui mène au paradis. Tu ne parlais pas assez. Tu as toujours été concise bien que pas excessivement réservée. Avec toi, il n'y avait que des discours sérieux, mesurés, éblouissants, pleins de ta sagesse millénaire – il n'était pas possible que tu aies appris autant dans les années de ta vie – ou de ta passion, mais une passion sans fuite ni excès. Une passion qui laissait concentré et sans fatigue.

Je dénoue la pelote qui reste énorme en permanence et je t'écoute, une autre fois, en train de parler de Hegel, aussi lointaine que si tu donnais un cours magistral. Tu ne t'en étais jamais rendu compte, mais ton intelligence me bouleversait autant que ta sensualité de femme absolue. Je te savais aussi fidèle que mon chien, qui t'aimait autant que moi et qui te comprenait sans doute beaucoup mieux.

Je les voyais tous les deux comme des spécimens appartenant à une même classification zoologique. Vous vous disputiez comme des enfants à propos d'un croissant, il savait écouter et distinguer le bruit du moteur de ta voiture quand tu arrivais, alors il devenait fou, il ouvrait les portes et notre dame et maîtresse arrivait en inondant d'activité notre monde d'hommes solitaires et taciturnes. Alors nous étions pleins de joie.

Nous nous sommes aimés pendant longtemps. Peut-être nous aimerons-nous toujours, mais tu n'es plus. Je m'en suis allé en hiver sans prévenir de mon départ, peut-être craignant un dernier amour, un dernier désir. Tu ne t'es même pas réveillée. Comme les enfants, tu n'ouvrais l'œil que pour créer jusqu'à épuisement de ton inspiration.

Parfois, durant la nuit, tu t'échappais de mes bras qui étouffaient ta création, afin d'écrire un poème ou l'une de ces nombreuses lettres d'amour que tu m'as envoyées et que je n'ai pas su comprendre. Les choses matérielles t'intéressaient dans la mesure où elles étaient nécessaires. Tu gagnais ta vie sans effort, avec le talent naturel de ceux qui savent obtenir ce dont ils ont besoin et rien de plus. Je suis parti en hiver pour ne pas revenir, l'âme chargée de justifications et de mensonges.

***

Tentation de poète : savoir que tu ne m'effaceras jamais de ton corps, ni de ton âme et que, si tu aimes, ce sera seulement en essayant de te faire croire à toi-même que tu m'as oublié. Mais ce n'est pas possible. Notre amour était si long dans le temps et si court qu'il était si beau ! Pourquoi cette soirée d'automne ? Tu savais sans doute exactement ce que tu voulais…

Je crois, et c'est à ton honneur, que tu as tout essayé. Mais tu m'as demandé l'éternité et je meurs mille fois chaque jour dans mon angoisse de poète qui s'ennuie de sa paresse ancestrale et de sa façon sans brio de rassembler des étoiles et de tramer des histoires.

***

Tentation de poète : se souvenir du bruit du ruisseau, en l'interprétant comme un torrent de montagne et penser que tu es encore près de moi dans la voiture, enroulée dans ton épais châle blanc, alors que nous montons la côte vers le ballon d'Alsace. La route est glissante. Je te dis que nous reculons, j'essaie de te faire peur et je t'assure que, si tu ne m'aimes pas, nous allons tous à l'abîme. Je sais que tu ne veux pas partir, mais je te vois réfléchir pendant un instant, parce que le désir de partir ensemble te séduit. Tu te remémores. Tout est blanc de neige autour de nous, il y a des sapins d'un vert éternel et tu me dis que tu m'aimes. Je comprends que tu ne le dis pas seulement, mais que tu le sens aussi. Ton désir m'enivre. Nous retournons, c'est le soir, la nuit tombe. Le chauffage central est-il très haut, ou est-ce moi qui le sens me brûler ? Nous retournons à la maison près de la rivière et je sais que tu as peur de ce qu'un jour… Enfin, peut-être n'aurais-je pas dû te faire peur, évoquer en toi une fin où, que ce soit séparés ou ensemble, il y aurait, cependant, un mystère et une fin. Je te trouve distante. Tu me touches par ta douleur, je te console. Tu es beaucoup plus fragile que moi, parce que je t'ai toujours tenue dans mes bras. Déjà avant de naître, tu étais mienne et je ne sais pas dans quel monde nous avons demeuré, mais je t'ai reconnue dans cette soirée tiède. Ta peur me rappelle quelque chose qui est imprimé dans ma chair ou peut-être dans mon essence. Pendant cette soirée d'automne, tu es venue à moi pour demander que se poursuive une existence où nous nous sommes peut-être aimés. Je t'attire finalement dans mon rythme, je te calme, quelques larmes roulent sur ma poitrine. Peut-être vivrons-nous notre dernier amour selon ta peur, mais peut-être le premier selon ma tentation de poète solitaire, au troisième étage d'un hôtel particulier, dans un Paris sobre dont je sais qu'il te ressemble.

II

C'est le soir. Une année va-t-elle mourir ou une année va-t-elle naître ? Je te vois dans une vieille maison devant la forteresse du roi René. Tu ne peux être que toi-même. Tu n'avais pas plus de dix ans, peut-être au début du siècle, sinon un peu plus tard. Vêtue de clair, la jupe froncée. Un lacet autour de la ceinture et des cheveux, armé d'un arc. J'avais oublié qu'une fois j'ai connu un jeu que l'on pourrait appeler « jouer à l'arc «. Tu as deux grandes baguettes dans les mains. Les baguettes en se croisant et par l'impulsion que tu leur donnes, lancent l'arc très loin, vers quelqu'un que je ne parviens pas à voir. On dirait un enfant de ton âge, habillé d'un costume de marin, comme il était usuel à cette époque et dans ce milieu social.

Je t'assure que je n'imagine rien, je le vois. Je pensais qu'il serait risqué de discuter avec la petite fille, que mon inconscient se transformerait en poulain emballé. Je sais que je suis relativement seul et que la folie me tente d'une certaine manière. Ce n'est pas que j'ai peur de te confronter, mais comment faut-il commencer ?

Le garçon te répond avec une force excessive. Ton corps s'étire, mais tu touches à peine l'arc qui roule jusqu'à mes pieds. Nous nous inclinons en même temps. Ta main droite est délicate, elle frôle presque la mienne. Nous sourions. Je te regarde, tu me regardes. Mes yeux t'envoient des gouttes de pluie, parce que tu brilles comme un caoutchouc dans ma terre lointaine, luxuriante et humide. Peut-être est-ce plus que cela, peut-être est-ce la rosée d'une aube où j'ai eu soif de te connaître, ma fleur inattendue, sans calcul, souriante et inoubliable ?

Après, tout passe si vite !… Nous jouons avec tes poupées de porcelaine dans une grande chambre aux murs tapissés de vieille soie rose. Un carpette couvre le parquet, où dominent les tons verts. Il y a une odeur de cire et de tarte aux pommes. Sur ton lit, il y a un couvre-lit difficile à décrire, qui ressemble à un gobelin, avec des raies vertes verticales et des roses. Une table de chevet avec un guéridon comme il y en a dans les chambres de petite fille, composé d'un matériau qui ressemble à du tulle – je ne m'y connais pas beaucoup en tissus – et un nœud vert fin en velours avec un petit lacet. Je reste silencieux. Je ne sais pas comment jouer avec toi. J'espère que tu me donneras un rôle, un commandement. Ce n'est pas que tu m'ignores, mais je dirais presque que tu joues toute seule.

Dans ta maison, il n'y a pas de bruit. Seulement un silence inquiétant et je ne vois personne d'autre. Le petit garçon de la rue s'est volatilisé. Tu as une maison de poupées de trois étages et environ cinq pièces par étage. Elle est illuminée. Là, il y a des personnages. Une grande cuisine économique, comme dans les temps anciens et une employée qui pétrit sans se hâter, comme si c'était pour l'éternité, un pain de plâtre. Pardonne-moi, je n'affirme pas que le pain est fait de plâtre, je le pense simplement. Dans le salon, il y a un piano et une petite fille habillée comme toi qui a l'air de jouer les exercices de Czerny. Il y a une grand-mère qui porte des lunettes assise dans une chaise longue, dans une autre pièce du rez-de-chaussée et près d'elle une roue ; je crois qu'elle file. Les parents ne sont pas là ? Enfin, je ne les vois pas. Tu joues seule et je me sens gauche, parce que je n'ai jamais su jouer, même si je t'accompagne du mieux que je peux.

III

Arrêter de souffrir, de rêver que je vais te rencontrer à nouveau, à nouveau et à nouveau. Arrêter de cheminer, en m'absentant de moi-même pour te suivre et exiger de Dieu qu'Il m'explique pourquoi je n'ai pas su te voir, t'aimer, t'attendre, supporter la vie jusqu'à me comprendre moi-même.

La faute m'en revient beaucoup plus qu'à moitié. Je t'ai fait mal en voulant t'aider et ceci me rend triste. Les images m'échappent de notre bonheur au creux de la peine et la solitude me harcèle à chaque coin de ma chambre, de mon lit, de ma maison, de ta ville qui ne sera jamais la mienne, parce tu n'es plus. C'est une ville morte de pluie. Il n'y a pas d'oiseaux. Les arbres se sèchent de bas en haut et je sais qu'il n'y a pas de poèmes capables de me réveiller. J'ai traversé un moment pénible. J'ai imaginé que je lisais tes lettres avec cette manière que tu avais de les conclure par un : « celle qui t'adore brutalement «. J'ai toujours pensé que la phrase était très belle, mais elle me paraissait excessive. Maintenant je sais que c'était la vérité.

***

La nuit, ils mangèrent chez nous. Carlos et Ana arrivaient à peine. Je savais qu'ils viendraient. Ils avaient la peau dorée. C'est l'été à Buenos Aires. J'ai attendu qu'ils parlent de toi. Je suppose que tu auras exposé tes tableaux à la galerie de la place San-Martin. Je ne sais pas pourquoi ils ne parlaient pas de toi, mais du Colón, de la dernière saison d'opéra, et aussi des derniers livres, des pièces de théâtre. Rien de toi. Je ne peux pas imaginer où tu te trouves. Après un moment, ils m'ont parlé de la femme d'Alberto, je ne la connais pas, mais la description répondait à la tienne.

Je te rappelle que nous vieillissons et que nous pouvons mourir. Je désirerais que nous nous enfoncions ensemble dans l'abîme, entourés de neige, en nous endormant de la mort douce de l'hiver.

***

Tentation de poète : croire que nos cœurs pourraient cesser de battre en même temps. Non, tu es plus fragile que moi. Je t'aurais survécu. « Terrible, épouvantable ! «, dirais-tu, en appuyant la main droite sur la poitrine, la respiration suspendue et l'horreur débordant des contours de tes yeux dorés. Dans la salle de bains, il y a une photo de toi en costume de karaté. Peut-être Ana l'a-t-elle vue, mais elle n'a fait aucun commentaire.

Je t'ai acheté une robe cérémoniale blanche. Elle se trouve dans ta commode. Moi aussi j'en ai une. Nous ne la revêtirons pas pour faire le sepuku, mais pour boire le thé et ensuite nous ferons l'amour lentement, en sentant dans les doigts l'image totale de l'autre aimé. Je sais que tu n'aimes pas les amours lentes, mais tu pourrais apprendre à te laisser contempler. Ana doit avoir compris que je t'attends. Elle regardait avec curiosité les détails de la maison, parce que j'ai naturellement tout laissé chez elle.

Tu devras simplement acheter ta mémoire pour oublier que je suis parti il y a dix ans.

Quand je suis revenu, non pas pour rester, mais pour m'assurer que tu n'étais pas partie, tu étais partie. Tout était presque en ordre et je dis presque, parce que j'ai trouvé beaucoup de larmes que je n'ai pas eu le temps de garder encore dans des flacons fins d'albâtre égyptien. Carlos en écarta quelques-unes pour pouvoir s'asseoir et Ana me surprit quand elle en prit une dans sa main droite et me demanda à brûle-pourpoint pourquoi on les trouvait partout comme fraîchement pleurées. Je lui ai répondu qu'elles l'étaient effectivement et que je les préférais ainsi versées bien que je les voie, parfois, comme le pressentiment d'un déluge proche, qui guette.

***

Les murs restent blancs et ton lit – je le voudrais bien – garde quelque chose de ton parfum, comme un flacon mal fermé. Ceci concernait ta chambre. Dans la mienne, il n'y a pas d'autre parfum que celui des journaux et des vieux recueils de poèmes ou traités de philosophie, des textes qui ont une histoire, achetés où on peut les trouver, des textes rares ; hier, c'était Plutarque : Isis et Osiris. Une édition détaillée du xviiie siècle qu'un homme devait avoir lu à sa femme, peut-être la mère de ses enfants, au cours de nuits d'amour presque sereines, saintement sereines. Mon Dieu, et notre chambre ? Avec ce grand lit provenant de la grande maison près de la rivière, aussi dur que le chemin de pierre qui mène au paradis. Je ne peux pas m'abandonner dans ce lit. Ton corps me harcèle de son désir insatiable. Le lit a duré plus que notre amour. Des paroles d'imbécile ! Notre amour est immortel. Ceci est tout ce que j'ai pu comprendre en ces dix ans où je n'ai pas cessé de penser, de souffrir, de trembler, de te regretter et de faire semblant de réfléchir. Il n'y a rien que l'on puisse penser d'un dialogue aussi obscur que celui-là, qui est le mien, au cœur de cette solitude. Je dialogue avec notre amour, qui est plus fort que nous, car c'est le seul qui me reste, puisque tu n'es pas là pour me répondre. Peut-être si nous nous revoyons, pourrions-nous nous reconnaître. Ou peut-être es-tu morte, mais cela m'étonnerait. Tu serais venue me le dire.

IV

Avoir été cet homme étrange dont tu as cru qu'il t'avait aimée une fois, celui des voyages, celui qui ne s'arrêtait jamais si ce n'est pour te juger, entre deux avions, ou pour te donner le sentiment d'être un morceau de bois. Je ne te l'ai pas raconté, je l'ai lu dans tes cahiers de voyages. Tu as toujours tant écrit ! Je ne saurai jamais où se termine réellement la place Saint-Marc et où tu commences à rêver.

Peut-être l'as-tu rencontré pour de bon dans un carnaval de Venise. Il n'était pas italien, il était avide, du pays de l'avidité. Il voulait toujours plus, mais pas ton corps, pas ton parfum, non, il voulait quelque chose que tu n'a jamais eu, quelque chose de plus. Parfois, je pense que tu l'as quitté, parce qu'il ne te voyait pas, il voulait faire de toi un objet de création, te mettre des vêtements étranges pour satisfaire ses fantasmes et pour une raison simple que je comprends bien, tu t'es lassée, tu n'en pouvais plus. Il te transmit la peur de vieillir. Il ne te vit jamais comme tu étais avec ton âge et ta fraîcheur. Il s'était préparé à t'aimer pour l'éternité et, pour commencer à le concrétiser, il t'imaginait approchant ton premier siècle.

La bibliothèque de ta chambre était pleine de cahiers de voyages. Pourquoi ne pas les avoir amenés avec toi ?

J'ai peur d'imaginer pourquoi tu les a laissés. Je sens que tu voulais que je sache qui tu avais été auparavant. En vérité, j'aurais dû les lire systématiquement, étant donné qu'ils étaient dans un ordre strict, mais je ne l'ai pas pu. J'ai cherché ce qui concernait le temps que nous avons passé ensemble. Les descriptions étaient précises, mais tes sentiments ! Je n'aurais jamais pu les imaginer. Savoir quelque chose de moi à travers toi me faisait si mal. Cela me déprimait tellement que j'ai fermé le cahier, je l'ai rangé et j'en ai pris au hasard un autre sur ta vie antérieure.

Et j'ai commencé à comprendre que l'on peut être condamné pour être si curieux et que ta curiosité t'avait déjà joué des tours, parce que tu l'avais suivie et que son mystère t'avait attirée.

Il t'avait fait très mal. Il était si autoritaire et jaloux qu'il t'avait privée de ta vie de famille et de relations. Il aimait tout, mais j'estime qu'il ne comprit pas qu'en t'en privant il te laissa vide, parce que tu étais beaucoup de choses et non pas cette poupée de chiffon habitée par des légumes qui t'entraînaient en pourrissant. Mais il savait si bien raconter les contes de fées, de châteaux et de princesses. À la fin de son récit, il y aurait toujours un endroit pour toi et cet endroit était celui de la domestique vêtue d'un tablier rustique, ou celui de la servante légère et sensuelle d'une auberge de campagne, où un chevalier viendrait avec son cheval se reposer dans ses bras.

V

Avoir été cet homme qui te fascinait, qui savait te raconter des histoires, voyager, voyager et te transformer en personne transhumante. Sans doute n'avait-il jamais aimé ton corps, mais seulement, parce qu'il était jaloux de toi, parce que tu lui volais le centre du monde et que tu te transformais mimétiquement en protagoniste de ses contes. Avec lui, tu n'avais pas le temps de peindre, ni d'écrire. Mais il n'a pas pu te détruire, parce que tes pensées s'envolaient très loin, au-delà de la vie.

Je le sais, il ne le sait pas. Je le sais, parce que je te lis et je te vois fuir de ses bras de misogyne, pour te perdre dans mon imagination sur des plages lointaines, longues et dorées. Svelte et parfaite, comme cette romaine du poème d'Alfonsina Storni, pour trouver l'amour éternel, d'un amant très beau et pur comme toi, assoiffé de tendresse et de silence. Tes confidences me brisent.

Je sens tes orgasmes dans mon sexe. Je te sens le prendre pendant que je lis les confidences de tes fréquents voyages romantiques et imaginaires vers cette plage lointaine et dorée où tu te trouves avec cet amant sensuel et presque adolescent qui ne peut exister dans la réalité, mais qui est une partie de toi, la projection de ton idéal d'homme ou d'homme idéal, qui t'appartient.

Combien de souffrance cela aurait été pour une autre femme de vivre avec un homme et de ne pas le posséder. Tu t'es résignée comme la femme d'un mutilé de guerre. Mais non, tu ne t'es même pas résignée. Tu l'as simplement vécu.

En tout cas, tu avais accepté qu'il soit le dernier homme de ta vie. Je crois que tu as raison, que ton adorable « prince bleu « n'était pas si mauvais. Il était parfait, il savait tout et il avait lu tous les textes possibles sur la sexualité et l'érotisme. Il avait poursuivi tout une recherche qui l'avait conduit aussi bien à l'orgie qu'à la mystique, il avait lu des textes tantriques et d'autres du même genre pour dominer ses érections. Comme si ce réflexe pulsionnel était l'expression unique de l'être vivant mâle.

Il aurait été l'homme idéal pour une femme hystérique et glaciale, qui le séduise et lui donne l'illusion d'une passion éloignée de la réalité. Non pas pour toi, qui t'étires ardente sur le lit, sans plus de fantasme que les yeux de l'aimé. Admirant avec plénitude l'homme qui te possède, aimant fortement et accueillant avec des gémissements le plaisir partagé.

Tu me rends triste. Seule dans une piscine sur le Marmara, le cœur rêvant et le corps ardent, pendant que lui, dans sa chambre, se repose dans sa hâte de t'aimer sans passion. Il t'a aimée, je le sais, comme je t'ai aimée. Nous t'avons perdue tous les deux. Il t'a donné le meilleur et moi aussi, mais nous avons seulement été des hommes très compliqués.

La nuit, je me suis réveillé, parce que tu criais. Pardonne-moi, j'aurais dû te réveiller avec des baisers, mais je ne t'ai rencontrée ni dans ta chambre, ni dans la mienne, ni dans la nôtre. Tu fais toujours des cauchemars.

Tu m'as dit qu'il y avait un taureau qui traversait de ses cornes la porte d'un omnibus arrêté dans une gare de campagne.

VI

Te crier de ne plus te tromper. Je te vois te dresser joyeuse au paroxysme de la curiosité. Tu déchiffres la forme des nuages. Voir un couple ou une femme avec son enfant dans les bras. Je sais que tu ne l'imagines pas, parce que tu m'enseignes les formes et je ne peux pas te nier que je les vois aussi. Mais vient le vent qui sépare le couple et la mère de son enfant. Ne te trompe plus. Ne souffre pas tant, ce ne sont que des nuages. Oui, mais pas pour toi. Tu ne trouves ni un crayon, ni un papier pour immortaliser la scène. Dans ton immense sac, il n'y a pas les accessoires permettant d'immortaliser l'instant et tu pars très loin chercher cet amant parfait. Je te promets qu'il n'existe pas. Tu vas vers ta plage, cette immense plage lointaine où tu ne l'as jamais eu, parce qu'il n'a pas existé et n'existera jamais. En fait, il n'est pas de ce monde. Je ne suis jaloux de personne, mais de lui, parce que je sais que tu le vois écarter les méduses de ton chemin. Peut-être que je me trompe, mais je l'imagine comme un adolescent, peut-être serait-ce ton propre fils, le seul être que tu n'oserais pas faire tien. Quelqu'un de beau comme toi ne peut être que ton père ou ton fils. Personne ne peut aimer autant un autre qui ne soit une partie de soi-même.

***

Tu me demandes ce qui se passe après la mort, si nous pourrons nous voir. Je ne le sais pas, je ne le sais pas et je te dis : « assez « et je t'oblige à revenir, mais ce n'est plus possible, parce que tu cherches la vérité, je ne peux pas te suivre et aussi je sais que je ne peux pas te laisser seule. Les champs sont jaunes, les champs de blé regorgent de grains. Deux mille ans ont passé depuis que le pharaon a rêvé des épis des sept ans d'abondance. Tous sont morts, tous cherchent la vérité et tu t'obstines à savoir. La seule chose qu'il est possible de connaître et d'accepter est que nous sommes ensemble aujourd'hui, que les vents défont les nuages et qu'un jour, je te le promets, pour que tu ne sois pas triste maintenant avec moi dans mes bras, je porterai des fleurs d'amandiers à la tombe de tes rêves, pour que tu penses que la neige est arrivée, qu'il te faut dormir et attendre le printemps pour renaître.

***

Il y a un cristal. La nuit devient profonde et fébrile. Nous rompons le temps et je t'aime.

VII

Savoir la vérité. Je m'interroge. Ce dimanche, tu t'es réveillée bien tôt, cherchant quelque chose que je ne voyais pas. Tu étais comme illuminée. Nous avons traversé le pont. Tu m'as amené vers la droite sans la moindre hésitation, jusqu'au numéro 19 du quai Bourbon, sur l'île Saint-Louis.

Il y avait là un hôtel particulier, c'est là qu'il se trouve toujours. Peut-être y a-t-il toujours été, y sera-t-il toujours et peut-être y retournerons-nous ensemble de quelque manière, puisque tes pas assurés paraissent confirmer l'existence d'au moins une vie antérieure en ce lieu. Tentation d'être l'unique dans toutes tes vies. Mais cela me coûte, je doute, je ne sais pas. Comme je ne sais pas où tu te trouves et que j'ai besoin de te poser certaines questions, tu demandes davantage, à chaque fois.

Ce fut un dialogue fou. Tu parlais comme hallucinée. Je n'avais pas peur, je te suivais.

– Nous avons déjà été ici, au premier étage. C'est une nuit de fête, je regarde vers le bas. Mes escarpins sont d'un rouge profond, presque Bordeaux, et ils ont des lacets en velours, je vois la jupe au ton de mon habit de fête. Peut-être s'agit-il d'un adieu. Les murs sont d'un vert Nil.

Nous descendons, nous regardons le fleuve pour la dernière fois ce soir-là.

– Pourquoi vas-tu partir demain pour l'Amérique ?

– Qu'irai-je faire en Amérique ?

– Tu as commencé à faire quelque chose que tu dois continuer ; pour cette raison, tu repartiras. C'est ta vie, ton travail. En principe, tu reviendras et nous nous marierons en grande pompe.

– Où sommes-nous ?

– Je crois que tu es à mes côtés sur le balcon. La Seine est en crue, c'est l'été.

– Que faisons-nous ici ?

– Il faut entrer dans cette maison, il faut entrer, tu vas te rencontrer.

Je n'ai pas peur, je te suis, mais j'éprouve la même chose qu'avec cette petite fille dans la maison sans personne, quand j'espérais qu'elle me dise comment jouer avec elle. Je te suis et une petite porte s'ouvre sur le porche, débouchant sur un patio empierré, avec beaucoup de plantes. À travers la fenêtre, je perçois des murs d'une couleur vert Nil. Nous avançons de quelques pas, c'est la fin de l'été, mais des feuilles sont déjà tombées des arbres et bientôt, au centre de la végétation ombreuse, je vois, comme née des entrailles de la terre, une statue d'aborigène avec des bras ouverts et des chaînes brisées. C'est une statue américaine.

– Que fait cette statue dans le patio du numéro 19 d'un hôtel particulier de l'île Saint-Louis ?

Tu reviens, tu me regardes en sachant que je suis bien obligé de reconnaître que tu avais raison.

– Tu vois ? C'est toi qui l'a apportée vers l'an 1900.

***

Je ne te réponds rien, ta fantaisie m'étonne et me réjouit, je peux, enfin, jouer avec toi ! Nous sommes tous les deux impliqués dans la même aventure et nous sortons vers la droite par une autre porte, cherchant un document dans une librairie pour apprendre quelque chose sur ce numéro 19 du quai Bourbon. Dans une petite librairie couleur d'humidité et sentant les vieux livres, nous trouvons l'information : là, résida un anthropologue français qui partit en Amérique du Sud en 1912 et ramena dans ses bagages la reproduction de la statue en question. Nulle part n'était indiquée la date de son retour, ni celle de sa mort. Ce n'est pas là matière à croire ou à ne pas croire, c'est comme l'histoire des nuages. Peut-être vois-tu des choses que je ne vois pas ou vois-tu des choses dont je n'avais même pas l'intuition et qui m'ont paru rigoureusement fausses.

***

La nuit est bientôt tombée. Nous cheminions en silence sur la rive gauche de la Seine. Je sentais comme toujours que tu éprouvais un certain sentiment de panique quand la nuit approchait, qu'il fallait retourner à la maison et que la fin de la semaine se terminait brusquement et simplement pour nous, à manger comme tous les humains. Je le sentais, c'était physique. Comme si quelque chose en toi exprimait l'irrémédiable, l'éphémère. Alors, je voulais parler avec toi. Tu te couchais très tard, tu te mettais à peindre. Vers le milieu de la nuit, tu t'inquiétais.

***

Nous sortons sur la terrasse, il y avait des étoiles et ce ciel rose lumineux de Paris qui semble annoncer un passage dépourvu de sentiment tragique vers l'éternité. Je sais que tu désirais que le jour retourne bientôt.

– Tu te souviens, m'as-tu dit, de cette gare, d'une grande gare ? Tu la vois ?

– Pas très clairement (je te réponds, heureux de pouvoir, enfin, jouer ensemble).

– Souviens-toi, tu dois m'accompagner, souviens-toi, plus, plus, (tu répliques).

– C'est une grande gare, avec une coupole très haute. Comme la gare Constitución à Buenos Aires. Il y a beaucoup de voies qui se croisent. Je sens l'odeur, souviens-toi. Je ne suis pas sûre si c'est Constitución ou Hambourg, je ne sais pas. Tu es en train de partir. Il y a un train arrêté sur le quai. Tu portes un costume fil à fil gris, croisé, et moi un habit bleu avec un plastron blanc et les cheveux courts en mèches nettement délimitées qui débordent sur les joues, sous un petit chapeau. Il y a du vent et des odeurs dans la gare. Nous sommes en l'an 1912. Je t'embrasse. Ce train te portera vers un port, Hanovre peut-être, et de là en Amérique. J'ai peur dans les tripes. Je ne sais pas pourquoi j'ai peur que tu ne reviennes pas. Tu ouvres la petite porte du train au dernier moment et tu t'en vas. La gare ne s'écroule pas, mais je n'ai déjà plus de chemin de retour vers une maison quelconque.

***

Tentation de poète : faire que le temps s'inverse, retourner à cette nuit où nous célébrons les adieux sur le quai Bourbon et nous fondre dans les pierres des murs de la maison jusqu'à nous transformer en pierres et devenir un peu plus éternité, nous-mêmes.

VIII

Cette nuit j'ai rêvé d'un taureau qui traversait la carrosserie d'un omnibus stationnant dans un lieu que je ne connaissais pas. Mais je reviens à Carlos et Ana. La place d'un quatrième convive, qui devait arriver d'un moment à l'autre, était naturellement libre. J'ai alors affirmé que je t'attendais, que tu pouvais arriver, qu'il n'était pas possible de te chercher à l'aéroport, parce qu'on ne savait jamais ni l'heure de ton arrivée, ni le numéro de ton vol. Je leur ai raconté que tu étais dans la partie turque de l'île de Chypre, peignant la montagne des cinq doigts qui regardent vers le ciel, et que la veille dans l'après-midi, nous étions à Nicosie en train de prendre un café turc et que nous continuions à habiter près de Guernée sur la plage de Denise Keese. Mais, comme je n'avais pas la peau bronzée, Ana m'a fait remarquer que ce n'était pas possible, parce que le soleil, là-bas, est éternel. Je lui ai affirmé qu'il n'en était pas ainsi, que seuls les jasmins en fleur sont éternels, qu'à la nuit tombée, ils embaument l'air de leur parfum, que cette fois il y avait de la musique grecque sur laquelle tu avais essayé de m'apprendre à danser comme Zorba et que, pour cela, je n'avais pas bronzé, mais comme blanchi de lune.

Je lui ai montré quelques-uns de tes projets de tableaux, surtout ceux d'avant-hier, sur la plage. Tu m'as dessiné avec un air presque fou et un chapeau de paille. On m'a dit que je ressemblais à Van Gogh. Les autres dessins représentaient le kiosque aux tentes vertes à l'endroit où, sur la plage, nous avons l'habitude de déjeuner et celui de cette femme qui se perdait vers le nord en tirant une petite fille par la main.

***

Vers les onze heures, je sentis qu'ils étaient inquiets ou fatigués. Ana retira tes assiettes et les plaça avec les autres sur la pile de la cuisine. Je ne leur ai pas dit, bien sûr, que le taxi était venu me chercher chez Denise Keese quand il était encore très tôt, vers les quatre heures du matin. Il y avait une brume intense, très intense. Nous avons dû traverser la fameuse chaîne de montagnes pour atteindre l'aéroport. Il y avait tant de brume ! Je ne sais pas à qui j'ai tendu le billet d'avion, mais quelqu'un l'a pris. Il y avait aussi de la brume dans l'avion. Il y avait une musique étrange, comme d'oiseaux qui se réveillent à l'aube, mais chantent à contrecœur. Qui sait comment je suis arrivé à la maison, mais la brume est venue avec moi et les oiseaux aussi, parce que l'appartement en était plein et il y avait encore beaucoup d'oiseaux endormis dans les filets. J'ai dû ouvrir la fenêtre pour les chasser. Ils se sont envolés, finalement, dans un battement d'ailes impressionnant. J'ai dormi comme j'ai pu dans ma chambre, en essayant de récupérer de ce voyage.

***

Seulement le geste habituel de préparer le café et les lettres qu'on avait passées sous la porte m'ont permis de m'insérer à nouveau dans le temps. Il y en a une qui t'est adressée comme tous les mardis. Elles se sont accumulées, ici, à côté de tes cahiers. C'est quelqu'un qui ne doit pas ignorer que nous sommes ensemble et qu'encore avant-hier soir nous mangions à l'abbaye de Bella-Paesse et que tu portais le fameux habit vert corail que tu n'as jamais pu enlever. Je ne comprends pas cette histoire, mais ce vêtement semble fixé à ta peau. Comme des ailes, tu entres avec lui dans la mer, quand tu sors, il est collé à ton corps et, quand tu avances de deux pas au milieu des jasmins, il paraît sécher, s'ouvrir et resplendir comme une fleur inflétrissable, alimentée par une source d'éternité.

J'ai fermé la porte derrière Ana et Carlos, j'ai pu vérifier que les fenêtres étaient bien fermées, qu'il n'y avait pas de brume, ni d'oiseaux dans les filets. J'ai marché sans but l'espace de quelques pas et une voix en moi a demandé : « et maintenant quoi ? «.

***

La tapisserie de l'entrée se dégrade. Tu devras la faire réparer ou la changer. Je ne sais pas pourquoi elle s'est tant dégradée ; il n'y a pas beaucoup de gens qui entrent et sortent. Peut-être est-ce moi qui inflige des va-et-vient à cette tapisserie près de la porte d'entrée ?

Je n'avais pas envie de me mettre à lire. Ni même de mettre de la musique, parce que tout bruit me dérangeait, toute sonorité qui ne soit pas ta respiration ou la mienne. Tu t'es endormie très tôt, mais j'ai pensé que tu ne dormais pas, que tu pensais, en silence, immobile, pour ne pas me déranger ou m'inquiéter, parce que mon lit est trop petit pour contenir ce corps surdimensionné qui est le tien.

Je retourne à mon rêve. Cette image, que veut-elle dire ? Ce taureau chargeant l'omnibus rempli de touristes sans âme, sans touristes et stationné dans une gare poussiéreuse d'où je ne suis jamais sorti et où je ne pourrai jamais aller, parce que je ne la connais pas ?

IX

Alternative possible : Accepter ta proposition d'éternité…

Écrit à Paris, le 21 mars 1994.
La pluie vient de cesser.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Peut-on vivre sans passion ? Existe-il des êtres humains réellement sans passion ?

J'aurais tendance à penser que non, dans la grande majorité des cas, car en toute chose il y a toujours des exceptions.

Si le commun des mortels imagine la passion comme le vécu positif et énergisant d'une expérience qui nous tient particulièrement à cœur, il peut exister d'autres formes de passion vécues, consciemment ou inconsciemment, de manière négative. Je pense aux passions contrariées, aux passions masquées, aux passions empêchées, toutes celles qui n'ont pas pu être réalisées, vécues, approchées, qui vous laissent au mieux un goût de regret, d'inachevé, au pire une souffrance incomprise, car tout le processus psychologique est resté inconscient.

En effet, il n'est pas toujours facile de reconnaître ou construire sa ou ses passions, ce qui va mobiliser une bonne partie de votre énergie et de votre esprit tout au long de votre vie, car une caractéristique c'est sa fidélité. Il faut parfois se chercher longtemps ou faire confiance à la chance pour connaître ce qui peut vous passionner.

Pour ma part je rangerais parmi mes passions le vélo, même si je ne peux pas savoir, pour l'instant, s'il s'agit d'une passion en tant que tel ou si c'est le relais ou le support d'une passion plus profonde, plus élaborée, comme une sorte de passion écran.

La passion du vélo ne m'est venu que tardivement, il y a une dizaine d'années. Je pense que tout a commencé quand une amie m'a fait connaître la forêt de Rambouillet au travers de randonnées dominicales pendant la période des beaux jours qui s'étire du printemps à l'automne. Auparavant mon utilisation du vélo n'était qu'épisodique, sans doute quelques sorties par an, essentiellement autour de chez moi.

Qu'est-ce qui a déclenché cet engouement, qui ne s'est pas tari depuis cette date, dans la mesure où il a pris des formes différenciées ? La ou les réponses éventuelles recèlent encore des zones d'ombre, voire de mystère. Certainement le plaisir et le désir d'exploration d'une nouvelle amitié, pour confirmer le principe de plaisir de la pulsion. Mais aussi également l'opportunité qui m'était offerte (pourquoi ne l'ai-je pas fait avant ?) d'explorer de nouveaux chemins, d'expérimenter de nouvelles expériences qui correspondaient à un besoin profond en moi. Me vient naturellement le souvenir de la série Star Trek que je regardais dans mon adolescence à la télévision avec l'image d'un gigantesque vaisseau spatial qui s'en vers le fin fond de l'univers, comme vers un espoir d'éternité. Pour l'instant de mon poste d'observation je n'en sais plus.

Donc, j'ai rapidement pris goût à sortir mon VTT quasiment chaque dimanche, à plusieurs ou le plus souvent seul. Peu importaient les conditions, l'essentiel était de parcourir libre et motivé, chemins et petites routes de la campagne, en forêt, en rase campagne, avec un sentiment incomparable de liberté et le plaisir de la découverte. La météo n'avait que peu de prise sur ce besoin irrépressible, un peu comme une addiction, qui éclipsait sans doute beaucoup les autres activités, comme un biais par rapport à la voie de la sagesse, ou peut-être simplement un détour nécessaire pour mieux retrouver son chemin.

Bien sûr pour asseoir ma nouvelle passion, je me suis intéressé au cyclisme, à ses codes, à ses développements technologiques, à sa culture. En moins de dix ans j'ai acquis à peu près toute une panoplie en terme de tenues vestimentaires, d'outillages, d'abord de base, puis plus techniques et bien sûr de nouveaux vélos, pour aller plus vite, rouler plus efficacement, ressentir plus de plaisir, éprouver plus de sensations. J'en suis maintenant à mon troisième VTT, qui n'a rien à voir avec mon premier vélo, ayant « craqué » pour un modèle haut de gamme en fin de séries mais tout-à-fait performant.

Une bifurcation, qui a en fait compléter le spectre de ma pratique du vélo et de ses plaisirs associés, a eu lieu il y a six ans, quand je me suis intéressé au vélo électrique. J'avoue avoir oublié la raison et l'élément déclencheur, mais peu importe. Je crois que c'était dans l'air, cela devait arriver, comme au croisement entre mon besoin de grands espaces et la conscience de laisser une terre aussi propre que possible.

En effet je pense que le vélo électrique constitue actuellement une excellente solution de mobilité douce pour de nombreux déplacements tout en cherchant à réduire autant que possible l'impact sur l'environnement. Le vélo allie souplesse, rapidité dans nos environnements urbains, faible pollution en comparaison de l'automobile, de l'avion, du train, du tramway et de l'autobus, et économie. Bien sûr en contrepartie il est nécessaire d'accepter certaines contraintes comme s'exposer aux intempéries, qui ne sont pas si fréquentes et accepter un minimum d'effort physique, car le vélo électrique est un vélo à assistance électrique : il faut pédaler pour que le moteur se mette en marché, réduisant d'autant l'effort du cycliste. Classiquement pour une même vitesse, l'effort est aisément divisé par deux.

Trois années complètes d'utilisation du vélo électrique pour mes trajets quotidiens entre mon domicile et le travail m'ont largement convaincu du bien-fondé de cette démarche, en harmonie avec mon besoin de nature et une attitude de respect vis-à-vis de cet environnement gratuit qui nous est offert et pour servir d'exemples à d'autres, car notre civilisation ne pourra pas longtemps continuer à user et abuser des énergies non renouvelables, dans la mesure où les modes de transport lourd (par opposition aux modes doux, comme le vélo) s'appuie en très grande majorité sur les énergies fossiles, électricité comprise au travers du mix énergétique. L'intérêt du vélo électrique est son rendement en terme d'énergie électrique par rapport à la distance parcourue, une bonne part de cette énergie pouvant être produite à partir de sources renouvelables, comme l'énergie solaire, l'éolien, l'hydraulien et que ces modes de transformation de l'énergie naturelle auront des durées de vie améliorée. Je pourrais également ajouter comme gains l'amélioration de ma santé physique et psychique par une pratique quotidienne d'une heure d'exercice physique me permettant de vider ma tête.

J'essaie actuellement de pousser la démarche aussi loin que possible cette démarche de recherche d'éco mobilité en rejoignant ma maison de campagne dans les Deux-Sèvres en train avec le vélo. Pour un coût moindre et un temps comparable par rapport à la voiture (le train seul n'est pas très pratique, car un taxi est nécessaire pour les derniers 10 ou 30 kilomètres), j'ai la possibilité de vaquer à différentes occupations, comme la lecture de livres ou de magasines, travailler à l'ordinateur ou téléphone, ce qui m'est complètement interdit quand je conduis seul. J'ai pu tester le concept, pas vraiment innovant, mais curieusement très peu utilisé en tout cas en France, avec succès, deux fois depuis le début de l'année 2013, sans aucun problème particulier. Les quelques contraintes sont les horaires de départ du train (pour pouvoir monter mon vélo dans le train, je ne dispose que d'un train par jour, sauf à fortement augmenter la distance finale en vélo), un volume de bagages limité (mais il suffit de s'organiser en prévoyant les moyens nécessaires à la campagne).

Je ne sais pas encore où va m'emmener cette passion, mais le plus important est qu'elle me fait avancer, je pense dans la bonne direction, car n'est-ce pas une noble cause que de défendre un mode de vie plus respectueux de l'environnement et des autres.

Hervé Bernard



Ce thème à travailler est étrange pour moi, car je n'ai pas le sentiment d'une résonnance interne, d'une expérience vécue.

Il m'est étrange, car je crois qu'il ne peut pas être cerné avec ma seule raison. Au fur et à mesure que je m'en approche, il m'échappe, léger et insoumis. Je vois dans la passion une force considérable, pure, brute, indomptée prête à surprendre le sujet encore endormi.

Quelle bonheur et quelle énergie, une énergie pouvant déplacer les montagnes, mais pourvu et prions afin que cette force émane d'un sujet stable, conscient, non perverti à une idéologie macabre.

Je me rappelle peut être bien d'un état passionnel, que je nommerai un « état amoureux ». J'ai connu cet état dans ma jeunesse, envers chaque jeune fille avec qui je m'engageais dans une relation forcément amoureuse.

Je me souviens de cet état d'exaltation. Rien d'autre ne m'intéressait à part elle. Comment je pouvais la rencontrer envers et contre tous, comment je pouvais échanger des messages quand ça ne pouvait passer en direct la stratégie pour contourner les obstacles.

C'est peut être une expérience d'un état passionnel amoureux. J'ai aimé cette force avec la légèreté de l'innocence.

Je me rappelle aussi avec le recul que rien ne pouvait être raisonné ou raisonnable. La raison n'intervenait pas.

C'est peut être pour cela que je crois que la passion seule d'une fonction émotionnelle ne peut être qu'éphémère, sincère, mais éphémère.

Quelqu'un a dit un jour : « Ce que l'on perd en jeunesse, on le gagne en sagesse. »

Avec l'âge, ce n'est pas la passion qui disparait. Mais une autre qualité peut émerger à partir d'un être qui a su unifier en lui toutes ses parties distinctes. Un être qui est le Maître de sa passion, qui en a fait le choix et qui sait pourquoi il la vit et la manifeste.

Cet être-là vit avec une passion qu'il aura su dompter, sculpter et comprendre par un bagage qui émane de l'ensemble de ses fonctions travaillées à partir de son être véritable.

Pour cet être là, la passion que j'imagine est amour, un amour travaillé à partir d'un chemin de croix dans la vie, pour lui-même et pour les autres.

De ce qu'il vient de m'être dit, je crois que la passion véritable d'un être conscient est Amour. Et cela me met en connexion directe avec la Passion du Christ.

Je souhaite qu'il me soit accordé de vivre un jour la destinée de retrouver cette passion de jeunesse, autrement, avec la maturité et la sagesse d'un être conscient.

Fait à Chessy, en Seine et Marne, le 24 mars 2013
Philippe Delagneau



Quand nous aimons les animaux de compagnie, nous sommes toujours en train de chercher, d'en savoir plus et des connections spéciales qui nous lient. Par ailleurs, les animaux sont les êtres les plus aimants et les plus fidèles qui existent sur terre.

Il y a une quantité innombrable de raisons qui mobilisent une personne pour adopter une mascotte. Dans mon cas personnel, j'ai sept chats, cinq chiens. Mais ce n'est pas moi qui les ai adoptés, ce sont eux qui m'ont adoptée. Nous avons une passion entre nous. Mes fidèles amis sont des animaux que j'ai trouvé dans la rue, dans des situations où ils avaient besoin de l'aide de quelqu'un et surtout d'avoir une famille pour leur donner amour, protection et surtout de quoi manger.

Nos ancêtres ont vécu dans la nature, l'homme moderne a changé son ambiance, donc a perdu le contact avec le naturel. Avoir des mascottes nous connecte avec nos origines ancestrales, nos approches de la nature et de l'aspect instinctif de notre espèce.

Il existe des raisons pour adopter un animal, par exemple avoir besoin d'une compagnie. Les animaux de compagnie offrent une opportunité pour l'échange affectif, l'opportunité de soigner et de s'occuper d'un être vivant et par ailleurs, beaucoup de fois, il nous apporte de la sécurité et nous aide à nous sentir protégé dans notre chez-nous.

En général, l'élection est en rapport avec la nécessité d'adopter et de changer la réalité quotidienne.

Si un homme désire un chien de garde, il choisira des races déterminées dans ce sens. Si par des questions inconscientes et inexplicables ils se sont profondément identifiés à un certain type d'espèce, il la cherchera pour l'adopter. Dans des temps bien anciens, nos ancêtres ont domestiqué les animaux et les ont intégrés à la vie quotidienne.

Tous les êtres qui aiment les animaux, les perçoivent comme des égaux, comme des composants de la famille et les font participer aux expériences humaines. Quand la mascotte est bien intégrée, elle prend une place importante, car elle devient une pièce à l'intérieur du système vital et familial. Sa présence génère des affects concrets et produit une cohésion dans la famille et une amélioration des liens de vie.

Avant tout, il est fondamental quand on adopte un animal de compagnie d'avoir une vision réaliste des soins dont il a besoin.

Quand l'animal est confortable et son maître aussi, l'échange affectif construira une relation saine.

Quand nous amenons un animal à vivre dans notre foyer, nous sommes en train de générer une amitié, qui, avec le temps, fera naître une passion profonde dans une complicité quotidienne.

Sans doute, cette adoption peut devenir la meilleure compagnie que nous puissions avoir dans notre vie.

Prof. Carla Manrique



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Qu'est-ce qu'une passion, c'est quelque chose d'essentiel à notre vie, c'est un besoin et peut être même le but de notre vie. En disant cela, je pense à celle ou celui qui a fait le choix d'évoluer dans sa vie.

D'où vient la passion ?

Je dirais qu'une passion est quelque chose qui s'insère en nous sans même que nous le voulions, sans même que nous le sachions et qui s'élabore et se découvre au fil du temps.

Je pense que les passions découlent de notre vécu, des mémoires qui se sont inscrites en nous, des attachements qui se sont créés.

La passion peut avoir différentes formes, mais suivant le type de passion a-t-elle toujours la même intensité ?

Est-ce que tout être est sensé avoir des passions ? Y a-t-il des passions qui détruisent ?

Autant de questions que je me pose sans vraiment connaître la vérité, ma vérité, car aujourd'hui je ne peux pas dire ce qu'est véritablement une passion, car je n'ai pas cette expérience. Je vis certaines choses primordiales dans ma vie, mais est-ce que cela en fait pour autant une passion ?

Par exemple le fait de travailler sur moi donne un sens à ma vie et me donne l'espoir. Ne plus travailler serait une grande souffrance.

Fait à Chessy, le 20 Mars 2013
C'est le printemps, la nature renaît.
Que le soleil rayonne aussi dans nos cœurs
afin que les hommes s'éveillent à la vie.
Claudine Thomas