NUMÉRO 159 REVUE BIMESTRIELLE mars-avril 2015

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Expériences de prières Experiencias de oraciones
 
Bernard, Hervé La prière
 
Cohen, Rut Mi oración
  La canción del alma
 
Delagneau, Philippe La prière
 
Giosa, Alejandro La oración
 
Laborde, Juan Carlos La oración
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de octobre 2015
 
Stella, Silvia Una Oración en Paris
 
Thomas, Claudine La prière


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La prière

Si Dieu n'existe pas, n'est-ce pas à nous de l'inventer, comme disait spirituellement Voltaire ?

Le Père Teilhard de Chardin s'est appliqué à dégager une loi de récurrence qui définit expérimentalement le processus de la création au cours du temps.

Cette loi de récurrence est, philosophiquement, significative. Elle est pleine d'enseignement : toute la Création apparaît comme essentiellement orientée vers la conscience et la personnalisation centrée sur une Personne divine.

Cette métaphysique s'inscrit dans la foi la mieux assurée. Le Père Teilhard le voulut ainsi : « Pouvoir littéralement dire à Dieu qu'on l'aime, non seulement de tout son corps, de tout son cœur, de toute son âme, mais de tout l'Univers en voie d'unification, voilà une prière qu'on ne peut faire que dans l'Espace-Temps. » (le Phénomène humain)

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Les prières les plus importantes de ma vie

Ma première prière, qui m'a marquée par la surprise, c'était au collège des sœurs de la Miséricorde, 1333 avenue Cabildo, à Buenos Aires. J'étais entrée, en Argentine, dans un collège italien, dont mon grand-père avait amené le palio de Savone d'Italie.

Ma première prière, à six ans, en public, au côté de mon banc, était en français : « Sacré Cœur de Jésus, j'ai confiance en toi ! ». J'étais bien étonnée de la façon dont les langues et les idées fusionnaient autour de la prière !

***

De nombreuses années après, à Paris, c'était l'année 1989, le 17 décembre. Nous étions partis avec Georges, en Israël, pour faire un parcours biblique.

Le 18 décembre, Georges avait un rendez-vous à la Knesset et moi, je suis montée toute seule, car c'était mon anniversaire, jusqu'au trou de la croix, au Golgotha, la croix de Jésus. Je me suis agenouillée et j'ai prié : « Sacré Cœur de Jésus, j'ai confiance en toi ». J'ai mis les mains et les bras dans le trou qu'avait laissé la croix et j'ai demandé à Dieu, avec toute la ferveur de mon âme, que mon fils aîné ne souffre plus de son asthme, qu'il traînait depuis des années.

Il est décédé le 13 novembre 1990 sans vivre le calvaire d'une longue maladie. Dieu l'a rappelé à lui, un anévrisme ayant éclaté dans son cerveau. Il était médecin. J'ai souffert comme toute mère mais il avait arrêté de souffrir. Je l'ai rendu à Dieu et je l'ai accompagné avec la première prière que j'avais apprise : « Sacré Cœur de Jésus, j'ai confiance en toi ».

***

Après, on a commencé le parcours biblique. Je me souviens de chaque église, de chaque village, de ma rencontre avec le musée historique de Jérusalem, avec les rouleaux de la mer Morte. Toutes les images de Saint-Jean Baptiste, du baptême de Jésus dans le Jourdain, étaient là, à chaque pas. Il y avait aussi les sarcophages anthropomorphiques de l'époque où les morts étaient embaumés et enterrés dans le désert, debout pour attendre l'éternité dignement.

Ces sarcophages anthropomorphiques avaient été retrouvés par Moshe Dayan, pendant la guerre des six jours. Maintenant ils étaient là. On sentait partout la présence de la prière, même dans ce lieu où toutes les églises se touchent dans un point, qui est la ville sainte. Tout est prière. Et j'ai même compris pourquoi Jean-Paul II embrassait la terre chaque fois qu'il se rendait en Israël. Après être descendue de l'avion, j'ai eu une expérience incroyable de cette terre baignée par des siècles de prières et de guerres, à toutes les époques. Quand je suis descendue de l'avion, à l'aéroport de Tel Aviv, une énergie, qui venait de la terre, m'a complètement enveloppée. Je me suis mise à genoux et j'ai embrassé la terre, parce que finalement je me suis dit : « Pourquoi ne pas le faire ? » Le jour de mon anniversaire, j'ai donc prié dans ce lieu sacré et un silence libérateur et confiant m'a rempli.

Après, nous avons fait tout le circuit biblique. Pourquoi ces souvenirs étaient-ils si forts ? Il y avait un prêtre français, parti avant pour précéder la réunion d'évangélisation dans des groupes universitaires. Cette communication qu'il faisait de notre conception de Dieu, à un peuple qui attend encore que Jéhovah arrive, était très intéressante et fascinante !

Et tout s'est passé comme ça, en me laissant des souvenirs ancrés profondément, et que le fait de parler de la prière aujourd'hui, m'amène à évoquer avec force. Et je me demande encore aujourd'hui, pourquoi la prière est si importante pour moi.

Je ne sais pas si c'est parce qu'il y a un renforcement naturel de ma foi, par la présence et la force du Pape François. Car il faut dire que c'est un homme qui n'a pas peur de la mort ! Chacun de ses pas est une prière. Et il nous demande à tous humblement de prier pour lui ! Et je comprends que nous sommes tous des égaux devant Dieu. Il est en même temps un mystique et un homme d'affaires. Il parle de Dieu, comme pour faire participer le Monde, à la manifestation de cette présence, presque fantasmatique, qui semble être Dieu. Et surtout Dieu le père, car le fils s'est manifesté et l'Esprit Saint nous illumine dans nos ténèbres à chaque instant.

En parlant d'Esprit Saint, il est notre réveil ! Quant au pape, il vit dans une lutte qu'il est en train de porter sur ses seules épaules, car il n'est pas un président qui peut être déplacé de son poste éphémère. Non, c'est un apôtre, sur le chemin de Saint-Pierre. C'est le Vatican ! C'est un État qui se confronte, pour la première fois, je pense, aux autres états du monde, dans cette crise incroyable, que nous sommes en train de vivre aujourd'hui, pour demander d'arrêter la dévoration des uns par les autres. Cet homme, qui n'a pas peur de la mort, c'est étrange : il est inspiré par l'Esprit Saint de façon permanente. Il est dans l'écoute du message qui lui ouvre les yeux à la réalité humaine. Donc il accepte l'éphémère, ce qu'il est, pas pour la gloire, mais pour la résurrection des valeurs qui sont en train de s'effondrer, de plus en plus, dans le monde.

***

Et maintenant voici ma prière de chaque dimanche, à l'église de Sainte Jeanne de Chantal. Cette église est devenue pour moi la maison du père. Je ne le savais pas au commencement, il y a environ vingt ans, peut-être plus, mais peu à peu elle s'était convertie à l'endroit où je reviens, non pas mécaniquement. Mais avec la pleine conscience de trouver la paix, la vérité et la vie. Je n'ai pas envie de me retirer de cet état de grâce que m'apporte la prière.

***

Et chaque nuit, j'ai prié les complies, qui sont les prières des prêtres. Elles m'ont été données par un prêtre qui nous apprenait la théologie il y a dix ans, après la messe du dimanche à 19 heures. Et ces complies ne m'ont jamais abandonnées, à tel point que dans un moment donné, en 2004, Georges m'avait fait des photocopies pour que je continue à les utiliser, car les feuilles de papier étaient usées et presque maltraitées par le temps. Une prière des complies par nuit, chaque jour. C'est la dernière chose que je fais dans ma journée. En plus, je vis dans le travail, avec mes patients, avec moi-même. Je n'arrête pas de me chercher et je ressens que mon travail sur moi est une prière confiante.

Je me posais la même question, il y a des années, comme quand j'avais douze ans : « Que venons-nous faire sur terre ? » Et la réponse est la même à travers le temps, nous venons servir ! Et j'essaie de servir le mieux possible. Et il s'agit d'une prière, à cœur ouvert. Je me rends compte avec chaque personne qui me demande de partager sa vie pour trouver ensemble le chemin de la connaissance de soi-même, que je suis là et que je dis, comme Ambroise Paré : « Il les guérit, moi je les soigne ».

***

Note de prière

Je pense à toi mon cher fils et à tous les chers « invisibles », en priant avec amour la prière de Saint-Augustin (354-430) :

Ne pleurez pas si vous m'aimez.
Si vous saviez le don de Dieu et ce qu'est le ciel !
Si vous pouviez, d'ici, entendre le chant des anges et me voir au milieu d'eux !…
Si vous pouvez voir se dérouler sous vos yeux les horizons et les champs éternels, les nouveaux sentiers où je marche !
Si, un instant, vous pouviez contempler comme la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent !
Quoi ! Vous m'avez vu, vous m'avez aimé dans le pays des ombres et vous ne pourriez ni me revoir ni m'aimer encore dans le pays des innombrables réalités !
Croyez-moi, quand la mort viendra briser vos liens, comme elle a brisé ceux qui m'enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît et qu'il a fixé, votre âme viendra dans le Ciel où l'a précédée la mienne, ce jour-là, vous reverrez celle qui vous aimait et qui vous aime encore, vous retrouverez son cœur, vous retrouverez les tendresses épurées.
Essuyez vos larmes, et ne pleurez pas si vous m'aimez !

Fait à Paris, avec toute ma foi, le 10 avril 2015.
Le soleil est rayonnant et notre soleil intérieur n'est pas une utopie.
Notre paix se construit, mais ne se fait pas toute seule.
Il faut lutter pour y accéder.
L'homme est féroce, mais que pouvons-nous faire
pour au moins calmer en nous cet instinct
qui parfois reste dans l'inconscient pour tout détruire ?
Amen !
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Qu'est-ce que la prière, au-delà des nombreuses formes que l'on peut définir ou décrire dans les différentes religions ? Existe-t-il un socle commun ou des caractéristiques récurrentes ? Au sens étymologique du terme, prier signifie : implorer à son dieu une faveur particulière permettant d'être sauvé de la « damnation éternelle ».

Mais peut-on prier en dehors d'une religion et pour une autre raison que son salut éternel ? Que signifie « appartenir » à une religion ? Est-ce le fait d'être baptisé ou d'être né d'un père et d'une mère d'une religion donnée ? Faut-il nécessairement pratiquer les rites de sa religion, et à quel niveau, existe-t-il des critères de différenciation entre les « bonnes » et les « mauvaises » brebis ?

Assurément la question devient vite complexe, sans réponse univoque même si chaque religion cherche toujours à définir des critères précis pour catégoriser les populations vis-à-vis de son empire séculaire, sans doute pour mieux les accompagner, mieux les « encadrer ».

N'y a-t-il pas une vérité spécifiquement humaine ou propre au vivant, qui dépasse toutes les religions ? En général, les maîtres des différentes religions, notamment les hauts responsables du clergé, prêtres, évêques, moines, pasteurs, imams… au sens profond et spirituel de leur sacerdoce, se reconnaissent et établissent entre eux des relations marquées par le respect et la tolérance, ce qui montre qu'ils considèrent qu'ils partagent quelque chose en commun, bien au-delà des différences historiques, sociales, morales, de pratique et de croyance, souvent très marquées.

À mon sens, la prière est un mouvement conjoint du corps et de l'esprit, tourné vers le haut, qu'il s'agisse de la demande d'une grâce ou l'aspiration vers un état plus élevé de spiritualité ou plus largement toute autre demande qui y contribue.

Ce qui est important c'est la profondeur et l'authenticité de la volonté qui sous-tend le mouvement, autant que l'élévation de ce qui est demandé. Par ailleurs, la régularité de la prière et la discipline associée sont des facteurs essentiels de la réussite.

C'est comme si la prière, par sa persévérance, son intensité, son niveau spirituel, amenait à un changement intérieur, autant physique que psychologique, permettant la mise en place de conditions favorables pour que l'objet de la prière devienne peut-être exaucé. Mais c'est un long cheminement, fait de hauts et de bas, sous tendu par un profond dialogue inconscient entre des forces intérieures contraires, ce que Jung désigne par l'ombre, la part de nous-mêmes que nous ne connaissons pas et que souvent nous rejetons, sans doute par peur et ignorance. Certains parlent également de changement de l'état de conscience.

La prière est alors comme un trait d'union entre un désir très fort et des capacités spirituelles innées ou latentes. Leur interaction œuvrant vers la satisfaction du désir. La prière est la mise en œuvre, selon un cadre et une forme bien logique et mécanique, de forces profondes et puissantes, qui agissent comme la foi qui peut déplacer des montagnes. Il n'existe probablement aucune limite, uniquement la force de la prière !

Écrit le 12 avril 2015
Le soleil commence à prendre le pas sur la nuit et le froid.
Hervé Bernard



Étrangement, ce thème, me revoie à un passé, à un parcours effectué autour de la question religieuse.

Cela n'a pas été une évidence. Bien que de famille chrétienne et croyante, la question religieuse était vaguement abordée ou trop souvent absente de notre quotidien, absente dans sa manifestation, absente par un silence presque mortel.

Je n'avais donc aucune adhérence sérieuse à cette question. C'était un sentiment confus et de la confusion est née la négation.

Je me souviens, toutefois, qu'il y a eu le questionnement du sentiment, ce désir pur d'aller à la rencontre de cette dimension entendue et évoquée par les grandes personnes. Ce désir souhaitait être écouté pour être éveillé. J'avais besoin de réponse, mais je crois que j'avais surtout besoin de modèles qui habitent les réponses.

J'ai été cherché la connaissance. Je pense que je voulais explorer l'amour, mais ce qui à cette époque m'a coupé pour un moment du lien religieux a été la réponse d'un prêtre : « La loi de Dieu est impénétrable ».

Je ne voulais pas d'un Dieu, d'une réalité ou d'une Vérité impénétrable, je ne voulais pas d'un Dieu fuyant ou mystérieux, je voulais d'un Dieu qui justement se laissait pénétrer, éprouver et où je pourrais me sentir enveloppé.

Des années se sont passées, j'ai trouvé d'autres modèles plus terre à terre. Je crois que je suis resté dans une recherche, dans un sentiment d'éveil totalement inconscient à ma raison, même ancré dans la lutte et la négation. La bougie ne s'est jamais éteinte, elle était devenue simplement moins perceptible par mon éloignement.

Il y avait un axe que je ne pouvais pas relier à mon quotidien, un axe qui me faisait sentir un peu différent, qui me rappelait que mes questions étaient restées sans réponses. Il y avait, semble t-il, un désir qui ne demandait qu'à éclore dans une vie solitaire et alors sans guide.

Mais comment rencontrer les personnes qui m'intéressent aux réponses qu'ils apportent. Car c'était ma grande recherche finalement. Ou rencontrer ces personnes et les distinguer des magiciens.

Ma prière inconsciente de cette époque fut exhaussée.

Et comme tout est imbriqué, surgissent à ma mémoire les thèmes que nous avons parcourus, « les étoiles, les modèles, la prière », comme un cheminement qui nous porte vers une Vérité Objective, une Totalité que nous nommons Dieu.

Car la prière, je la retrouve dans toutes les manifestations de la vie à partir d'une attitude bienveillante.

Je crois qu'elle a maintenue en moi la bougie allumée qui me priait de bien vouloir envisager son existence. Éveille-toi à toi-même et sois un guide afin de mener l'autre à la prière de son éveil et au seuil de son mystère.

Fait à Chessy, le 19 avril 2015
Philippe Delagneau



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SOS Psychologue



Qu'est-ce que la prière ?

Prier c'est oser demander, s'approcher de Dieu. C'est aussi prendre conscience de soi-même en s'adressant à Dieu, en le suppliant dans l'attente d'une réponse.

Nous pouvons aussi nous émerveiller de l'œuvre de Dieu dans la nature ou dans l'histoire. La prière jaillit du cœur de l'homme pour remercier, demander aide ou protection.

Pourquoi prier ?

Il ne s'agit pas de prier Dieu pour en obtenir quelque chose, mais parce qu'il est Dieu.

Le Christ a dit aussi : Je vous le dis : demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.

Il n'est pas juste de penser que la prière est vaine, car en réalité on est toujours dépassé, émerveillé, comblé par l'amour de Dieu même en acceptant ne pas tout savoir ou de ne pas tout comprendre.

En fait la caractéristique de la prière est un rendez-vous d'amour. Un amour vrai est un amour exigeant, qui rend l'homme heureux, car il le rend meilleur.

Dans l'agitation du monde et face aux difficultés de l'existence, la prière ouvre un espace intérieur où le croyant retrouve ce que Dieu murmure au creux de chaque être. La prière ne sera pas forcément exaucée comme nous l'attendions, mais Dieu viendra accompagner le croyant dans cette épreuve.

La prière ne transforme pas les événements du monde, mais révèle à celui qui prie le sens de son existence.

Aujourd'hui nous pouvons déplorer que l'éducation nationale ne participe pas à la dimension de l'humain, à l'éveil spirituel et à la découverte intérieure. L'école devrait avant tout aider les élèves à devenir des personnes plus justes et plus spirituelles. Un chemin qui passe par la littérature, mais aussi par l'enseignement des religions.

Fait à Chessy, le 13 avril 2015
Claudine Thomas