NUMÉRO 175 REVUE BIMESTRIELLE mars-avril-mai 2018

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Voyage en solitaire : parcours dans la Pampa Viaje en soltario: recorriendo la Pampa
 
Bernard, Hervé Les voyages
 
Baleani, Eduardo Los viajes
 
Bekassy, Madeleine Le voyage
 
Delagneau, Philippe Les voyages
 
Giosa, Alejandro Los viajes
 
Laborde, Juan Carlos Los viajes
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves d'octobre 2017
 
Thomas, Claudine Les voyages


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Tous les modes de voyage ont leur charme.

Chaque année un horizon nouveau à découvrir sans ne rien savoir du lieu. À découvrir dans une ignorance recherchée pour me laisser surprendre…

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Je vous aime de cet amour qui broie, moi le solitaire que vous avez aimé aussi : je vous aime parce que l'immense pampa m'a donné une fois la force de son désir de terre pleine et femelle qui doit être fécondée.

Je vous aime au point de porter sur la selle de mon cheval votre foulard rouge comme les roses en vase, votre foulard rouge… une fois, je l'ai vu s'envoler de ma monture et tomber sur l'eau d'un petit ruisseau… comme j'ai couru ce jour-là pour retrouver votre foulard… tout mouillé…

Je l'embrasse sans cesse et parle de vous à mon cheval… Maintenant nous faisons du feu sur le sol. Oui, mon cheval et moi, et un gaucho vagabond qui est arrivé cet après-midi. Nous faisons le feu sur la terre, la terre qui dévore… vous m'avez donné l'âme et ma tête en tourne de tendresse… cher Amour, chère douleur, chère chérie… comme je me demande quelle était la couleur de vos cheveux, de votre peau ?…

Port de Santa Cruz, oh ! Comme c'est loin… Je sens votre bouche, nos corps salés. Et maintenant je me demande si je te dis qu'une fois j'ai voulu vous emporter avec moi sur mon cheval… pour toute la vie… et j'ai songé à faire le paysan, avoir une petite, très petite hacienda que j'aurais entouré d'une clôture pour ne plus jamais vous laisser sortir… Port de Sainte-Croix, c'est loin ! Et comme vous m'avez aimé aussi…

Est-ce que je vous dis une seule fois que je vous aime, parce que vous n'existez plus, parce que j'ai besoin de justifier ma mélancolie… de penser à vous… Oh, mon Dieu ! Quel homme peut-elle aimer en ce moment ? Vos cheveux dans le vent, dans la brutale tendresse de la campagne… le ciel de la Provence, notre ciel et le cheval inquiet qui a voulu galoper vers l'horizon inconnu… jaloux de vous…

Le soleil se couche, ma guitare a la forme de votre corps tendu. Je tends ses cordes avec la mélancolie de rien voir. Il n'y a rien à voir. Je suis angoissé. Comme elle a été merveilleuse notre passion… Oh, mon Dieu ! Je me souviens seulement d'une masse de cheveux noirs étendus sur les herbes…

Est-ce que je vous ai quittée ? Dites, est-ce que vous m'avez quitté ? Mon âme, c'est sûr, mon âme est restée dans le miroir et je marche dans la campagne vite et je perds mon ombre et l'homme sans ombre ne peut pas tourner la tête, puisque son âme est déjà partie…

(Extrait d'une émission sur « Le gaucho, la pampa et la mélancolie », France Culture)

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Dans un voyage existe-t-il vraiment un aller et un retour ? En effet un aller et un retour semblent signifier que nous partons d'un point A pour revenir au même A, comme pour minimiser les risques de changements non souhaités ou vus comme « terra incognita », donc comme zone potentiellement dangereuse. Il est toujours rassurant de pouvoir rejoindre son « home, sweet home », comme une image archétypique rassurante.

N'est-ce pas plutôt une illusion où nous-mêmes ne sommes plus exactement au retour comme nous étions au départ, nos idées ayant pu changer, notre corps pouvant être modifié, régénéré, tonifié par l'effet bénéfique du voyage. Le lieu où nous revenons n'est plus tout à fait celui que nous avons quitté initialement. En fait rien n'est toujours identique, figé dans le temps, c'est plutôt l'exception.

Bien sûr ces changements sont souvent faibles, voire imperceptibles, mais la vie n'est-elle pas un cheminement lent inexorablement progressif et évolutif ? Et l'effet papillon ne nous a-t-il pas montré que de petits événements peuvent avoir des effets incalculables à l'autre bout de la planète : une goutte de pluie peut être à l'origine d'une tempête à l'opposé de notre Terre. Donc nous ne pouvons pas mesurer la pertinence et le sens d'un changement à partir de son importance, aussi faible soit-il, mais plutôt le considérer comme inhérent à la vie et apprendre à voir en lui toutes les potentialités positives pour notre propre projet de vie.

Ce qui pourrait caractériser donc vraiment un voyage, c'est la volonté de changer pendant un temps plus ou moins long son mode de vie, son cadre de vie, son rythme de vie, c'est comme une coupure dans l'espace spatio-temporel pour vouloir changer quelque chose, atteindre peut-être un sentiment ou une sensation nouvelle, ré orienter notre chemin de vie en rebattant énergiquement les cartes de notre cadre de vie extérieur et intérieur. C'est comme l'expression particulière et puissante de nos pulsions de vie.

Habituellement quand nous nous posons la question du pourquoi d'un voyage, nous y répondons de manière très formelle ou bien convenue, ou même il peut n'y avoir pas de réponse bien motivée, comme par exemple : « je pars en voyage car comme tous les étés, je fais un séjour à la montagne, à la mer, à la campagne ou dans un pays exotique ». Souvent c'est le besoin de se ressourcer, de changer d'air pour ne pas dériver dans un sentiment de lassitude ou de déprime, comme un besoin thérapeutique. Cela peut aussi correspondre au besoin de découvrir le monde, de se confronter à un environnement nouveau, à une situation complètement nouvelle. Ou même il peut s'agir d'échapper, même pendant un temps limité, à la lourdeur du quotidien, à une situation pesante ou qui renvoie à l'archétype de la prison, comme dans la recherche d'une bouffée d'oxygène salvatrice. C'est l'instinct de survie qui pousse au voyage.

Les voyages sont comme des accélérateurs de changement, souvent très ritualisés avec nos périodes de congés pour les personnes qui travaillent ou tout simplement nos habitudes.

Toute période vie peut être vue comme un voyage dans la mesure où autant dans les voyages que dans la vie quotidienne il n'y a pas de vie sans mouvement, que cela soit un mouvement physique ou la vie psychique, rien n'est immuable, tout est mouvement et éphémérité. C'est pour cela que tout nouvelle période de vie, comme par exemple un nouveau projet ou une nouvelle relation affective, nécessite un minimum de préparation pour être capable d'affronter les aléas inhérents, voire indissociables de tout voyage.

Si nous sommes embarqués dans un projet de projet, autant en profiter au maximum. Alors, comment le préparer au mieux ? Probablement par un examen minitieux et actif de tout ce qui pourrait concourir à le rendre enrichissant, cela ne signifie pas forcément beaucoup de temps et d'énergie, mais simplement de l'anticipation et de la discipline :

  • placer son corps et son esprit en capacité permettant d'aborder dans de bonnes conditions le voyage, cela peut être simplement se reposer et imaginer en conscience active son voyage, l'inconscient se chargera du reste,
  • tenter de mieux connaître le pays, les gens et la culture que nous allons rencontrer, découvrir afin de permettre un meilleur échange avec toutes les rencontres qui ne manqueront pas d'émailler notre séjour,
  • aussi comprendre pourquoi nous avons choisi ce pays, tenter de faire un lien entre notre besoin de voyage, nos désirs profonds et notre choix de destination. Nous préparerons ainsi mieux selon les deux suggestions précédentes.

La vie est elle-même un voyage, entre la vie et la mort, entre une naissance et la décision, consciente ou souvent consciente, de quitter notre monde, car bien souvent une personne âgée se laisse mourir. Pour ma part une mort accidentelle n'arrive jamais par hasard, elle est la résultante d'un cheminement dangereux, souvent inconscient, ou peut-être d'une décision supranaturelle qui nous dépasse. Il peut aussi exister des départs dans l'au-delà qui paraissent incompréhensibles, comme le fruit d'un pur hasard, j'en reste perplexe.

Hervé Bernard



Pensant au voyage…
m'invite à une image,
et je suis sur un nuage.
C'est un autre monde
où je m'effondre
dans une joie imaginaire
où tout semble extraordinaire.
Que de joie, que de partage.
Un si joli collage.

Et puis je retombe sur terre.
Je reprends mes repères.

Je suis dans le maintenant
et ce n'est pas si fascinant.
La lessive qui m'attend,
le repassage qui m'attend,
les factures à payer qui m'attendent
et le travail qui m'attend.

Je deviens consciente de la différence
C'est deux contrastes comme entre la joie et la souffrance

Mais j'ai besoin de cette liberté, de l'imaginaire
de voyager dans mon esprit loin de l'ordinaire.

Mes pensées m'emmènent à deux extrêmes.
Qui met le barème ?
Qui fait le choix ?
Eh bien c'est bien moi…

Comment trouver l`harmonie?
Que la vie devient une symphonie?

Et si moi, je fais délibérément le choix de vivre
Consciemment le maintenant comme si c'était un voyage à suivre ?
Je sens je m'approche de la joie de vivre

Et chaque moment devient un voyage !

Madeleine Bekassy



J'ai très peu voyagé.

Tout d'abord, durant mon enfance et ma première jeunesse, l'époque ne s'y prêtait pas. La société ne proposait pas comme aujourd'hui une offre de marché pléthorique à moindres coûts.

À cette époque les voyages restaient localisés sur le territoire national, dans la famille ou au mieux à travers une location proposée par les comités d'entreprise.

Bienheureux les ouvriers qui partaient. L'accès à la voiture n'était pas encore généralisé. Je me souviens que parmi mes neuf oncles et tantes, seulement deux possédaient une voiture achetée d'occasion. Pour eux, leur voyage annuel consistait à rendre visite à la famille, deux cents kilomètres de Carvin près de Lille à Paris, et encore pas tous les ans.

Voyager ne nous manquait pas puisque nous ne connaissions pas.

Ma résistance était également farouche, ma nature est ainsi faite qu'elle me rend difficilement accessible à ce que je considère comme éphémère, à une vision parcellaire et sans doute superficielle. La pensée de voyager me ramenait à tort ou à raison à ce sentiment.

Je n'avais ni la capacité ni les moyens de pouvoir prétendre m'installer quelques années dans un pays de mon choix pour y « ressentir » l'atmosphère.

Et puis, j'ai dû choisir et organiser ma vie selon d'autres centres d'intérêts et obligations.

Ce sont des opportunités qui m'ont amené à voyager, à m'extraire du territoire national, opportunités heureuses qui m'ont permis de reconsidérer en partie ma position.

Ces expériences ont forgés en moi un but, une exigence, celui de me poser véritablement dans le pays d'accueil, de plonger dans une atmosphère d'impression et de beauté, propice à l'écoute, à la compréhension et à l'éveil.

La Pologne, l'Argentine, le Liban, Chypre. J'ai véritablement été impressionné par une atmosphère, une aura qui se dégageait de ces pays et de ses êtres, une atmosphère presque palpable physiquement.

Il en ressortait une attitude sérieuse, simple, bienveillante, chaleureuse, spontanée. Ces êtres exprimaient une pensée et un émotionnel sans fausse pudeur, positif, pas pour juger, mais pour dire, pour manifester simplement ce qu'ils sont dans le partage et l'écoute de l'autre.

Oui, j'ai été particulièrement impressionné par cette qualité d'énergie et cette beauté.

Je me sentais chez moi, humain, je revivais.

Je n'avais qu'à mon tour à être et à manifester ce que j'étais. Je me sentais libre d'exister auprès d'eux. Ils proposaient et alimentaient cet espace de liberté.

C'est terrible les associations.

Soudain, elles m'amènent directement à réaliser que je retrouve ces impressions ici même en France dans le quotidien d'un travail personnel sur moi-même, d'un travail qui est structuré et partagé avec amour, pas l'amour de la personnalité, mais l'amour conscient de la « matière » travaillée.

Et finalement, il s'agit bien d'un voyage, temporel et intemporel qui m'a conduit à la porte de mon mystère. Et je suis sûr que l'énergie nécessaire pour un tel voyage est l'amour véhiculé à travers la compassion et l'empathie.

Écrit à Chessy, le 22 avril 2018
Philippe Delagneau



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SOS Psychologue



Je pense que le plus beau des voyages est le voyage intérieur. Chaque jour peut être un nouveau voyage, une nouvelle expérience qui mène à la rencontre de soi-même, de notre être.

En commençant ce travail je ne savais pas ce que j'allais découvrir, ce qui allait se passer et si j'étais capable de l'assumer.

Je me suis aperçue au fil du temps que les connaissances que j'avais sur moi-même et sur la vie restaient superficielles.

J'ai découvert l'endormissement qui a une force incroyable, équivalente aux forces cosmiques. C'est donc une lutte incessante qu'il faut mener. Cela demande beaucoup d'efforts et de sur efforts, car sans nous en rendre compte nous replongeons, à nouveau, dans le sommeil. Je réalise combien j'ai pu être endormie. Aujourd'hui, ma conscience est plus éveillée, mais pas suffisamment pour me détacher complètement de l'illusion, c'est une lutte que je mène pour pouvoir avancer.

Mon corps auquel je me suis raccrochée pour marquer ma présence m'a fait défaut, car il était hystérique, donc inexistant et je me sentais incapable de le contrôler, j'en avais peur. Quelles souffrances lorsque l'on se retrouve face à ses résistances, à ses faiblesses. Je m'étais tellement barricadée et coupée de l'extérieur pour me protéger que j'ai vécu comme une personne autiste.

Sans oublier aussi la paresse, le manque d'énergie, la plainte, une certaine lassitude de la répétition, tout doit être surmonté. Il y a un grand obstacle en moi, c'est la peur et j'avoue me sentir très faible parfois et c'est une grande souffrance pour moi.

L'important est le lâcher prise : s'il n'y a pas de détente, il ne peut y avoir de sensation. Être conscient, c'est avoir la sensation de soi, de sa présence, c'est être là, ici et maintenant.

En suivant le chemin de la conscience c'est donner à ma vie un sens et une signification.

Nous devons garder l'espoir de nous éveiller chaque jour davantage et nous rappeler nous-mêmes.

Fait à Chessy, le 22 Avril 2018
Claudine Thomas