NUMÉRO 67 REVUE MENSUELLE MARS-AVRIL 2001

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Réflexions sur le divorce Reflexiones sobre el divorcio
 
Bernard, Hervé Divorce et séparation
 
Cohen, Rut Diana El divorcio
 
Cohen, Rut Diana Epidermolisis ampollar...
 
Costil, Aurélie Groupe clinique
 
Courbarien, Elisabeth Différence
 
Giosa, Alejandro Las creencias como teorías
 
Health I. G. News Freud : aspects peu connus Freud: aspectos poco conocidos
 
Laborde, Juan Carlos Las raíces del miedo
 
Moreaux Carré, Sophie Les difficultés de communication...
 
Ruty, Paul Processus d'individuation et divorce


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Jeudi 29 mars

Mme N disait : Divorce de moi-même dans ces nuits sans sommeil où je contemple les yeux fermés ma crainte de la folie, de la séparation des êtres aimés. J'ai peur de me réveiller veuve. Je ne pourrai pas accepter le cadavre.

J'aurais pu demander quel cadavre, mais je me suis retenue. Il était peut-être trop tôt pour demander qui il était.

Pas une larme. Il y avaient trop de divorces, mais le pire en elle était une « anorexie du désir ». Ses grands parents avaient été importants. Trop pour elle qui avait accompagné les deuils des aînés, alors que c'était une enfant.

Et après 3 divorces : des hommes pervers. Pas une larme. Elle avait fait, au moins, l'effort d'enterrer deux de ses ex maris. Après le départ de ses parents, elle avait brutalement changé.

Le retour du refoulé. Les seules sorties qu'elle s'autorisait avec un homme comme il faut, c'était les cinémas et les concerts que, naturellement, elle n'écoutait pas.

Séparation et effroi. Je ne sais pas encore où nous irons ensemble, mais serait-il possible de recoller les morceaux ?

Enfant nourri, mais autrement abandonné, enfant dans le silence, sans peau, sans paroles, sans défenses.

Elle fait résonner en moi des paradoxes. Je soupçonne une dissociation, mais aujourd'hui il vaut mieux s'éloigner des diagnostics.

Vendredi 30 mars

Partir dans des sens opposés sans même se demander où va aller l'autre, quel sera son destin, sa souffrance, sa solitude. Parfois avec haine ; parfois avec une certaine peine. Toujours avec un vide effrayant, rempli de rage et de non dits.

Deux êtres lancés dans le monde autrement. Plus de dispute, plus de réconciliations et deux mois chargés de libido revenant de l'objet investi vers le sujet qui avait investi.

Deux deuils pénibles à faire. La culpabilité se faufilant entre des moments de plaisir pour celui qui abandonne, la plupart du temps pour se plaire avec un nouvel amour, avec un nouvel objet du désir.

Et pour l'autre, l'abandonné, l'horreur, l'angoisse et les éternels pourquoi qui viennent questionner les moindres silences.

Pourquoi l'autre est-il parti ? Un divorce n'est qu'une question à deux. Nous essayons toujours de faire appel à la conciliation en parlant des enfants, de famille éclatée, de responsabilités, de conscience, mais en sachant que rarement les crises d'un couple qui décide de divorcer peuvent se résoudre favorablement.

Quand il vient pour « réussir son divorce » parce que déjà ils n'ont pas pu réussir leur couple je soupçonne le recherche de ma complicité rationnelle.

Si j'accepte les accompagnements, cela ne se fera pas sur cette modalité où déjà la demande de thérapie est une exigence de destruction du lien.

Il leur faudra résoudre dans la mesure du possible les difficultés de communication qui ont parasité leur vie ensemble.

Si les problèmes personnels et de communication ont été à l'origine des désaccords conjugaux le travail individuel et le travail de couple permettront de liquider les conflits non résolus pour éviter aux protagonistes la répétition des erreurs dans de nouveaux couples à construire.

Note : en ce qui concerne la liquidation des conflits individuels et des conflits de couple il ne faut pas entendre la liquidation totale de tout conflit. En effet, cela détruirait toute relation et tout lien.

Dimanche 1er avril

Je suis avec une amie d'Argentine pour visiter le château de la Malmaison. Nous sommes touchés par l'ambiance qui dégage de l'amour. Il ne s'agit pas pour nous d'un château, mais d'une maison adorable rêvée par des amoureux.

J'évoque pour elle l'histoire de ce divorce entre Joséphine et Napoléon. Peut-être sommes-nous des étrangers dans le sens de ne pas accepter des raisons historiques ou de succession pour ce couple qui avait l'air de s'aimer et qui avait fini par divorcer. Nous n'acceptons pas la mort de cet amour.

La perfection de chaque coin de cette maison, la simplicité magique, tout parle d'amour, et les jardins aussi.

Les tableaux, les meubles, les tissus. Il n'y a que des formes arrondies. Ils étaient beaux et il aimait les enfants de Joséphine !

Puis, Napoléon s'est remarié avec Marie Louise, il avait eu un enfant d'elle, qui était décédé jeune en Autriche.

L'extinction du jeune roi rendait inutile la raison d'Etat. Napoléon était mort heureusement avant son fils. Mort solitaire et tragique que la sienne, dans une île seulement accompagné par quatre hommes fidèles !

De son côté Joséphine mourrait aussi à la Malmaison, séparée de l'homme que, sans doute, elle avait tant aimé.

Mais les amants continuent à s'aimer au-delà de tout divorce.

L'histoire témoigne d'un fait étrange, car Napoléon III, le deuxième à régner vraiment n'était que le petit fils de Joséphine, né de sa fille Hortense. Le sang de Joséphine s'était réuni avec le nom de l'aimé.

Au-delà du divorce, une nouvelle alliance s'était établie. La résurrection d'un couple, la naissance d'une éternité partagée et marquée dans le monde par le signe de la fusion dans la succession.

Dimanche 8 avril

Le printemps est ici. La nature devient luxuriante. C'est le dimanche des rameaux après la reconnaissance publique viendra la passion du Christ, une triste semaine où tout devient noir et morbide, où tout s'achève, en principe, par la mort.

C'est mystérieux, mais chaque année, cette semaine est si fortement vécue que nous ne pouvons que réfléchir au passage, à la séparation, au divorce entre nos valeurs et la vie. La folie est toujours là, mais plus forte que la folie l'inacceptable précarité de la vie humaine.

L'homme en tant que corps ne devrait pas mourir sans avoir accepté d'habiter sa demeure, mais il vit déterré, exilé de lui-même, divorcé de sa conscience qui lui permettrait d'accepter sa double nature et l'éternité comme alternative et solution de son paradoxe qui l'amène à chevaucher entre l'éternité et le temps.


Fait à Paris le 10 avril 2001avec difficulté :
beaucoup trop à dire et encore plus à taire pour ne pas aller trop loin,
pour ne pas tomber dans mes propres divorces et paradoxes.
La pluie continue et je t'aime sincèrement,
car tu sais de mes silences, car tu donnes sens à mes angoisses de séparation.
Tu combles mes vides, tu m'obliges à accepter le conflit,
tu m'arraches à la peur d'un divorce entre mes valeurs et la vie.
Enfin, comme ce thème me fait mal !
Doctora E. Graciela PIOTON-CIMETTI



Le mot divorce évoque immédiatement différentes connotations négatives :

  • la culpabilité, d'abandonner l'autre, quand nous-mêmes avons initié la démarche ;
  • le désaveu, d'un acte marqué socialement de solennité et prévu pour durer toute la vie, selon notre habituelle lecture judéo-chrétienne du mariage, qu'il soit civil ou religieux ;
  • la souffrance, avant de prendre la décision, pendant la procédure juridique et, bien souvent, après pendant toute la période de deuil, que le divorce ait été voulu ou subi ;
  • le remords, d'abandonner des enfants privés brutalement d'un foyer, qui était un repère, bon ou mauvais, mais un repère essentiel pour continuer à grandir vers l'âge adulte.

    Le mot divorce, s'il signifie une séparation comme le deuil, diffère par l'initiation du processus de séparation.

    Dans un divorce, un partenaire, ou parfois les deux, demandent l'arrêt d'un contrat de mariage, ce qui a pour conséquence une séparation physique et relationnelle entre les deux partenaires.

    Dans le deuil, une personne perd brutalement un objet d'amour, que cela soit une autre personne, un groupe de personnes, un pays, un travail ou un idéal, malgré lui, contrairement au divorce, selon un processus qui lui échappe. Si, dans le deuil, la séparation apparaît comme tel pour le commun des mortels, dans le cas d'une personne qui décède ou d'un être cher qui nous quitte pour un pays lointain et inaccessible, posons-nous toujours la question de la part de responsabilité ayant mené à cette situation : notre examen de conscience nous permettra de diminuer notre éventuel sentiment de culpabilité, pour le salut de notre paix intérieure.

    Quand nous divorçons, c'est, bien sûr, pour échapper à une situation qui était devenue intolérable, invivable pour l'un ou pour les deux, afin d'emprunter une voie où nous nous sentons plus en harmonie avec nous-mêmes et notre environnement. Le côté positif du divorce, s'il en coûte bien des doutes, des interrogations, est l'accès à un mieux-être. Le divorce est comme un changement de cap, volontaire, brutal pour soi et pour les autres, une rupture avec le mouvement de la vie qui nous emmenait, comme malgré nous, en avant selon un cap invariable.

    Mais plus d'un chemin mène vers l'objectif qu'on s'est fixé ou vers un idéal plus ou moins élaboré ou plus ou moins conscient, c'est pourquoi il n'est pas nécessaire d'invoquer l'échec, sauf peut-être pour concentrer une énergie positive qui nous permettra de tenir ferme la barre pour mieux changer de cap. En s'appuyant sur des qualités positives internes, un amour propre solide, le désir de réussir, l'acceptation de l'erreur et de l'échec, comme éléments naturels de la vie, un orgueil bien dosé…

    Il faudra assurer avec persévérance le passage transitoire, qui sera assurément houleux, sous la pression des éléments intérieurs (le doute, la souffrance, la peur de la nouveauté, de la solitude, la crainte du pire…) et extérieurs (le jugement des proches et des amis, la morale sociale en général, les « gouttes » qui font déborder le vase…).

    Mais n'est-on pas autonome et seul responsable de sa destinée, ne doit-on pas, en dernier ressort, n'écouter que sa conscience personnelle, et, à la limite, en cas de confusion, s'en remettre au Ciel, à une force inconsciente qui nous dépasse, mais que nous ressentons comme bienfaisante.

    La nature et l'environnement sont remplis d'exemples de divorces, qui sont autant de crises nécessaires ou cycliques qui permettent aux éléments de se régénérer pour continuer plus avant leur vie autonome. Un promontoire se détache brutalement de la face montagneuse à laquelle elle était attachée depuis des temps immémoriaux, entraînant dans sa chute des habitations et autres constructions humaines, heureusement vides au moment de la catastrophe. Comme si la nature exprimait la nécessité pour l'homme de développer sa modernité plus loin dans des lieux plus en harmonie avec elle. Une forte tempête balaie tout sur son passage créant des destructions, comme dans une sorte de nettoyage géant pour se dégager de l'emprise humaine avec ses multiples ramifications chaque jour plus envahissante, comme si la Nature voulait réaffirmer son rôle d'acteur essentiel qu'il faut respecter dans le déroulement de la vie sur terre. Ce sont autant d'exemples de divorce de la nature avec la présence humaine. Et si la nature avait une âme, c'est-à-dire une intelligence qui la fait réagir face à des situations dangereuses pour elle, dans le sens de la préservation de son existence.

    Certains le pensent sans hésitation. D'autres esprits plus cartésiens en tiraient comme conséquence qu'il faut respecter les lois de la nature dans toute construction humaine, car sinon, comme à trop tirer sur un élastique, il se rompt pour nous frapper brutalement par retour de force.

    Mais d'où viendraient le concept et le processus du divorce ?

    D'une situation non harmonieuse, trop investie, et devenue incompatible avec l'environnement, les personnes qui en sont les acteurs ou les témoins, les éléments matériels qui en forment les repères et les preuves d'existence ?

    D'un modus vivendi trop ancré dans notre train-train quotidien, qui semble aussi solide et inamovible que les éléments matériels qui nous entourent, et qui nécessite un effort presque surhumain en termes d'énergie physique et psychique pour être changé, quand il devient inadéquat au respect de nos valeurs essentielles ?

    L'être humain accepte toujours avec précaution le changement, en tout cas toujours dans des limites déterminés à l'avance, conscientes ou inconscientes. Toute incursion au-delà fait se déployer des mécanismes de défense puissantes ou de l'angoisse qui incitent le protagoniste à revenir à sa situation initiale, tellement plus douillette.

    Les maîtres mots dans l'idée de divorce me semblent être :

  • la force et la profondeur d'un investissement matériel, psychologique et affectif, qui engage l'être tout entier ;
  • un manque ou une perte de communication avec soi-même, entre conscience et inconscient, qui ne nous fait plus voir en face, malgré des signes répétitifs plus ou moins explicites et selon la force de notre censure.

    Autant d'éléments qui, face à une brutale nécessité de changer la situation, vont faire vivre tout le processus de changement, avec plus de souffrance, plus de difficulté, plus de « casse » matérielle, psychologique et affective, que le temps et la volonté pourront faire oublier ou guérir.

    Essayons d'avoir une vision positive du divorce et ne craignons pas d'en pratiquer un certain nombre autour de soi, même parmi les plus petits, dans l'espoir d'un mieux-être dans un avenir que seule la foi peut permettre d'en estimer l'échéance.

  • Hervé Bernard



    Soirée de mars : le divorce
    Synthèse du dialogue tenu au cours du groupe clinique

    On le retrouve dans la névrose, où un pôle de la personnalité ne sait pas ce qui se passe dans l'autre partie.

    Il s'agit de la notion de divorce en tant qu'annulation du contrat de coexistence entre conscient et inconscient.

    Sens que l'ont peut donner aussi à tout problème névrotique. En effet, il faut se poser les questions suivantes :

  • quelle partie de la personnalité n'écoute pas l'autre ?
  • dans quel sens me-suis je conduit que par des complexes autonomes de l'inconscient collectif qui m'amènent dans la vie à produire des acting-out qui dérangent la vie ?
  • pourquoi y a-t-il des conduites d'addiction ?

    Il s'agit d'un divorce entre ce que l'on peut accepter et ce que l'on ne peut pas accepter.

    Divorce :

  • conscient-inconscient ;
  • marginalité par rapport aux normes sociales ;
  • deux personnes qui ne communiquent plus ;
  • intergénérationnel.

    Dans le cas d'un divorce intergénérationnel, il se fait dans la latence depuis plusieurs générations, donc il y a des décalages, des déplacements, de nouvelles dynamiques du problème.

    Le divorce n'est que la conséquence de ces déplacements qui résultent du fait qu'on n'a jamais dit les choses avant.

    Certains rêves très antérieurs manifestent déjà la rupture de l'équilibre à l'intérieur d'une famille, d'un individu.

    Si conscient et inconscient ne travaillent pas en association, nous observons alors fréquemment alors un dédoublement de la personnalité. C'est-à-dire que l'être fonctionne avec des pulsions sans se voir comme témoin de lui-même dans cet agir.

    Il en résulte la séparation des pôles de la personnalité. Les processus d'approche de la personnalité sont difficiles à comprendre et à interpréter. Il s'agit de cerner où en est l'individu dans son processus d'individuation.

    Divorce et deuil

    Lorsqu'il y a divorce dans un couple, une des parties au moins décide de divorcer, tandis que dans le deuil la situation est subie, on est au pied du mur, on perd quelqu'un.

    Divorce positif

    Le divorce permet d'aller vers une situation meilleure, plus vivable, plus tolérable, une fois le deuil dépassé. Nous sommes un ensemble de multiples couples, que ce soit avec le travail, les additions, une personne, un objet… Le divorce peut avoir une valeur de libération. Cette libération permet de soigner la plaie, la blessure narcissique.

    Divorce entre deux instances psychiques, le ça et le Surmoi

    Il s'agit du divorce entre le réservoir pulsionnel (le ça) et les interdits parentaux et sociaux (le Surmoi).

    Le Ça représente ce que j'ai envie de faire alors que le Surmoi représente ce que je peux faire.

    Il s'agit donc de faire un compromis entre deux instances psychiques, ce qui permettra à une troisième instance, le Moi, d'être équilibré.

    Divorce dans la famille

    Il est à supporter par les enfants (certains frères et sœurs qui ne se voient plus)

    Ce qui fait l'unité, ce sont les personnes vivantes.

    On peut mettre cela en rapport avec le fonctionnement tribal dans les sociétés primitives archaïques (les aînés prennent en charge les plus jeunes).

    Le divorce est le constat d'un échec, l'évidence d'un mauvais choix. Mais cela permet de repartir avec une remise en question.

    Dans nos sociétés, avec la pression sociale, on dédramatise tout conflit, y compris les divorces.

    Les possibilités d'évolution après le divorce sont finalement peu souvent réalisées, car n'en tirant pas de leçon, on va refaire les mêmes erreurs : d'où les divorces à répétition.

    Le divorce est avant tout la souffrance, ça fait mal, c'est cruel, c'est une séparation. Il peut y avoir un divorce d'avec ses racines avec une évolution vers un mieux, mais cela peut être difficile à vivre.

    Parfois le divorce permet d'arrêter la guerre, la souffrance.

    Divorce souhaité ou subi

    Lorsqu'il est souhaité, il est plus pris comme une déception, une blessure au niveau de l'amour-propre par rapport à un projet qui n'a pas abouti comme on le souhaitait.

    Quand il est subi, on vit cela comme une incompréhension soit totale ou alors cela donne une force pour avancer.

    Le divorce est souvent asymétrique.

    Le divorce est rarement une rupture totale, il reste toujours des liens intra-familiaux.

    La personne qui subit, avec un travail sur soi, peut cheminer face à cette situation de souffrance et émerger. Mais ce n'est pas le cas pour tout le monde.

    Pour pouvoir faire le travail de deuil il est nécessaire d'avoir un bon fonctionnement psychique et une élaboration mentale suffisante.

    Parfois celui qui souhaite le divorce le subit et celui qui le subit le souhaite. Et c'est aussi valable pour un divorce intérieur. Le sentiment de subir est souhaité inconsciemment.

    Certaines personnes ayant vécu la situation de divorce de couple ont du mal à envisager le concept de divorce d'un autre point de vœu. On reste figé sur l'expérience personnelle.

    C'est le retour de la libido vers le Moi.

    Se rendre compte qu'il y a un dysfonctionnement au sein du couple prend du temps. On essaie d'abord d'éviter que ça n'aille pas. Mas quand on arrive à se dire que le meilleur aboutissement est d'arrêter, cela est très difficile.

    C'est pourquoi il arrive que la stagnation se prolonge pendant des années :

  • difficulté dans la réalité d'écouter les autres ;
  • accepter le divorce est très difficile pour son narcissisme ;
  • difficultés d'admettre que le projet est éteint. On espère toujours qu'il va y avoir une nouvelle circonstance qui va faire se réaliser le projet comme on le veut. On reprend espoir, on perd du temps.

    La difficulté est de se mettre en face de soi-même.

    Parfois la parole pourrait permettre d'éviter la cassure, car chacun pourrait savoir qui il est. Quand le non dit s'installe, il ouvre la porte au divorce.

    On refuse souvent de voir la réalité en face.

    La plupart des personnes appréhendent de se retrouver seule (tout dépend de la structure de personnalité de chacun). La solitude sociale peut poser problème ainsi que la position de la femme divorcée.

    La dépendance à un être, à une situation, engendre une réelle solitude sociale lors d'une séparation, un divorce, pareille à la situation d'un enfant perdu.

    Quand il y a divorce, à tout niveau, cela permet à la personne rejetée de se dire que finalement il y avait une situation d'irrespect, de non considération.

    Si on en prend conscience, on en fait quelque chose, on peut s'en sortir. C'est le coté positif du divorce.

    Il y a aussi des problèmes de divorce pour les opposants de régimes totalitaires. Quand on a des réticences par rapport à l'idée générale, on se trouve en état de divorce et cela devient très grave (chez Hitler, par exemple).

    Il existe une autre forme de divorce dans l'émergence d'une personnalité qui va dominer dans un groupe social. C'est le cas pour Staline.

    Il s'agit d'une personne en divorce avec la société, qui a canalisé toutes les aspirations de la société (en ce sens il y a mariage).

    Divorce d'enfant

    C'est ce qui arrive dans la difficulté des situations abandonniques, dans l'état mélancolique de l'enfant, dans la situation de choc d'être abandonné. L'enfant est ce qu'il était au moment du traumatisme. C'est-à-dire lors de la séparation avec la mère.

    Une menace de divorce perpétuelle chez des parents peut engendrer des perturbations chez l'enfant.

  • il existe un climat de dysharmonie, de déséquilibre ;
  • l'enfant fantasme une situation abandonnique.

    Le premier effondrement est la naissance. De quelle manière la mère a porté l'enfant ? Quelle quantité de paix, d'angoisse ? Qui était la mère, comment était-elle ?

    Le temps attendu avant de divorcer, si long soit-il parfois, serait nécessaire et résulterait de la maturation du processus de séparation et donc de l'élaboration du processus d'individuation.

    En ce qui concerne les rêves de chacun, nous sommes tous acteurs, au moins en partie, au sein de nos rêves, ce qui permet de découvrir certaines faces de notre personnalité.


    À la suite de la séance de groupe clinique ont été évoqués les rêves des participants qui présentaient des variantes du thème du divorce.
    Le groupe était d'un excellent niveau, même si le thème était difficile.
    Il y a eu, à certains moments, de fortes émotionnalités.
    Heureusement, tout était canalisé au-delà des appréciations personnelles qui différent toujours selon les types de personnalité.
    Pour la partie théorique, j'essaie toujours de tenir un bon niveau.
    Cela permet des échanges à travers les questionnements.
    Le temps s'avère toujours insuffisant, car un groupe clinique est un morceau de vie et la vie exige toujours plus.

    La présidente,
    E. Graciela Pioton-Cimetti
  • Aurélie Costil



    Quelle devait être la différence fondamentale entre divorce et séparation pour que l'écho de la seconde en moi-même soit presque anodin, tandis que celui du premier y résonne si profondément ?

    Elle est élémentaire, cette différence, elle a pour nom traumatisme.

    Ce matin, j'avais l'impression que j'allais centrer ma réflexion autour d'un déménagement. Ce soir je vous offrirai le chambardement d'un remue méninges.

    Oui, à l'origine c'est probablement cela, « tu ne divorceras point » devait figurer aux tablettes des dix commandements pour que la culpabilité éprouvée soit quasiment normale, devant ce si monstrueux péché de désobéissance ! Quel déchirement.

    Réflexion faite, divorcer est-il un péché ?

    Pratiquons habilement la politique de l'évitement et revenons-en plutôt à mon sujet premier : le déménagement. Si celui-ci revêtit une forme traumatique, comme le fut probablement l'instant de ma venue au monde, avais-je vraiment fauté en suivant, contrainte et soumise, ceux qui décidaient et dont je subissais la loi ?

    Où mon libre-arbitre s'exprime-t-il dans un divorce non délibérément choisi ?

    Pour la première fois, lors de mon départ pour entamer mes études supérieures, c'est moi qui ai choisi.

    Dans ces circonstances, le choix actif rend un peu moins douloureuse la rupture.

    Malgré tout, la fracture est là, avec le jamais plus : jamais plus de quotidienneté dans ce cocon-là, ni dans ce carcan-ci.

    Le divorce signale une fin et un autre début. Il marque la fermeture, voire même la clôture d'une époque. En fait, le divorce ne reste vécu comme un échec que lorsque rien ne vient s'élaborer sur les vestiges de cette destruction. Car, ne nous voilons pas la face, c'est de destruction qu'il faut oser parler dès que le mot divorce est lâché.

    Seulement, voilà, si par la suite rien de tangible ou de satisfaisant ne vient émerger, seule va subsister la cuisante humiliation de la défaite, le sentiment d'échec.

    La déception et le traumatisme sont incommensurables devant l'image idéale investie et déchue : qu'elle soit schéma de vie avec autrui, projet de longue haleine ou autre forme d'investissement personnel authentique et durable ayant atteint son terme avant d'avoir atteint son but. Quelquefois, il faut divorcer douloureusement de notre moi idéal, qui ne résiste plus devant les réalités d'un vrai divorce.

    Le refus de grandir à la suite d'un divorce est notre handicap majeur. Après l'échec, le risque de sclérose, conséquence directe de la peur, pouvant s'enkyster en névrose d'échec n'est pas à négliger.

    Ré-agir, re-construire, re-partir. Si le « re » est de retour, alors l'heureux-nouveau est proche.

    Il y aura, logiquement, à un moment ou à un autre, les étapes du deuil à franchir. Sans ce cheminement, le risque de rester coller dans l'illusion est toujours à craindre. La volonté de remonter le temps avec des « si » est parfois plus tentante que l'acceptation du « plus jamais » qui résonne triste comme une faiblesse en comparaison du « jamais plus » qui balaie avec réalisme le trop plein de luttes et souffrances traversées.

    Qui est responsable ? Moi ! Mais moi sans culpabilité pontifiante ou stagnante, manifestation d'un orgueil bien inutile. Il n'y a plus là trace du moindre péché.

    Je suis responsable pour la partie consciente du divorce que je désire et concrétise (et par pitié épargnez moi l'impersonnalité et la déresponsabilisation de votre « on »). Je suis responsable de façon plus sournoise et plus inconsciente de ces pulsions que je véhicule afin de l'induire et le provoquer.

    Pourquoi, pour l'illustrer par l'exemple, me suis-je laissée acculée à devoir négocier mon départ d'une société qui semblait être le meilleur endroit où j'eus dû m'épanouir ?

    Le divorce d'avec une attitude de soumission qui fait prêter le flanc à de trop nombreuses formes de perversion ne se consomme pas du jour au lendemain. Jusqu'à quel point puis-je être tenue pour responsable de l'acharnement malveillant qui se déchaîne à mon encontre ?

    Si ma part de volonté n'est pas consciente, quelle obscure faute suis-je donc en train d'expier par cette excessive passive tolérance ? La réponse à la question permet de vivre le divorce comme une étape où le regard, après avoir balayé le passé, se tourne résolument vers l'avenir, fort et riche de ses acquis.

    L'homme grandit, hélas, plus souvent de ses épreuves et de ses divorces, que dans son confort ronronnant, mais qu'il prenne bien garde à sortir grandi de l'épreuve de rupture au prix de l'analyse honnête des origines et des évolutions ou le déni lui en coûtera une probable réédition.

    Donner du bon sens aux mots comme dans la vie, c'est apprendre à orienter le pas à accomplir dans la direction nouvelle. Alors disparaissent les jugements de valeurs et les a priori paralysants.

    Nous nous trouvons désormais en présence de l'être, avec ses impossibilités et frustrations

    universelles dans l'existence. Mais les limites sont à présent mieux acceptées et comprises…

    Ce n'est pas seulement de vivre libre qui importe, mais de choisir notre liberté y compris en le payant de ces divorces intérieurs qui nous valent les plus beaux combats contre nos défenses névrotiques.

    Mais quelles victoires jubilatoires, en vérité !

    Elisabeth Courbarien



    De notre correspondant en Espagne, Dr. Gonzalo de Francisco Meirelles

    Concernant le père de la psychanalyse, le Docteur Sigmund Freud (1856-1939), on connaît de nombreux détails de sa vie publique, de son travail scientifique, mais aussi de nombreux aspects de sa vie familiale, comme son père, sa mère, son épouse, ses enfants, sa fille Anna, mère à mon sens de la plus large description des mécanismes de défense en psychanalyse. Mais toutes ces données sont plutôt en rapport avec la froideur de l'histoire alors que nous avons très peu de renseignements sur l'être humain Freud, sur ses illusions, sur ses projets, sur ses désirs, sur son envie. Et je dis envie, non pour traiter Freud d'envieux, mais parce que c'est un sentiment présent dans tous les êtres humains.

    Dans mes débats avec le groupe, que j'ai déjà cité à maintes reprises, groupe de psychanalystes et travailleurs du secteur sanitaire, réunis cette foi à Madrid, j'ai voulu explorer les facettes peu connues du père de la psychanalyse. Ma proposition a été de nous focaliser sur ce qui était méconnu ou inconnu et de rejeter tout ce qu'une personne intéressée par la biographie de Freud pourrait trouver dans un livre.

    De cette manière, ont surgi des renseignements qui peuvent être très intéressants et qui humanisent le Dr. Freud, le privant de ce degré d'idéalisation dont il jouit auprès de ses disciples.

    L'auteur de ces lignes, psychanalyste avec à son actif des kilomètres de divan, aussi bien en tant que chauffeur qu'en tant que passager, a pu rassembler en exclusivité mondiale pour HEALTHIG News, les différents concepts ci-après, certains vérifiables, d'autres, supposés probables, mais surtout logiques et crédibles… d'autres pas tant que cela, peut-être démystificateurs, certains intentionnellement.

  • la question la plus fréquemment posée est pourquoi Freud utilisait un divan : la version la plus psychanalytique nous indique que la personne en position de repos, sans pouvoir voir le psychanalyste qui se situe un peu derrière celle-ci, permet au patient de parler de lui, sans percevoir les gestes et le visage de l'interlocuteur qui pourrait d'une certaine manière l'influencer en favorisant une distorsion de ses associations. Mais surtout, ceci permet au patient de s'entendre mieux, un peu comme s'il établissait un dialogue avec lui-même.

  • une autre version beaucoup plus humanisée est que Freud avait des difficultés pour supporter le regard des personnes et, de cette manière, il avait résolu le problème en évitant les yeux de ses patients.

  • un troisième avis nous dit qu'effectivement Freud évitait de regarder les personnes en face, à cause de la honte qu'il ressentait pour son strabisme qui lui avait valu de nombreuses moqueries à l'école, ce qui était resté enregistré dans son inconscient comme une situation traumatique non résolue. Que le lecteur choisisse l'option qu'il préfère.

  • Freud, s'il n'avait pas été connu en tant que père de la psychanalyse, aurait été connu pour avoir découvert le synopsis du neurone, ce qui a effectivement été le cas.

  • Freud était extrêmement compétitif et même un peu pédant, détail dont nous pouvons le disculper largement, car le sentiment de supériorité était une caractéristique du peuple autrichien et allemand de l'époque. Mais il nous est désagréable de savoir que Freud se vantait de pouvoir envoyer ses enfants dans les meilleures écoles. Socialement, il a toujours été rejeté. Pour les communistes, c'était un bourgeois ; pour les bourgeois, c'était un juif.

  • presque tout le monde connaît le désaccord qui existait entre Freud et son ex-disciple Carl Jung. Leur relation s'étant terminée par un échange fourni de coups de poing. Mais, ce qui est ignoré est que le plus féroce et occulte affrontement a eu lieu contre le renommé psychanalyste Sandor Ferenczi, dont les positions au sujet de la théorie de la séduction étaient considérées par Freud comme inadmissibles, alors que, paradoxalement, il avait les mêmes points de vue que Ferenczi. Le Maître a avoué, dans une lettre restée secrète, qu'il n'avait pas suffisamment de courage pour exposer ces points de vue au grand public. Il est possible que celui qui a le plus dénoncé les idées de Ferenczi ait été Freud. De l'envie peut-être ?

  • Ferenczi, voulant rendre la pareille à Freud est devenu sans le vouloir un historien douteux, en indiquant que Freud, dans l'intimité, se référait à ses patients sous le terme de gesindel (racaille). Une véritable curiosité, référencée nulle part ailleurs, que les détracteurs de Freud utiliseront à discrétion.

  • la communauté psychanalytique n'est pas très disposée à accepter que Freud aimait l'argent, alors qu'il semblerait que certains chercheurs américains ont une lettre de Freud où il fait référence à l'argent en disant : « Pour moi (l'argent) est comme le gaz hilarant qui fait rire ». Cette déclaration du maître que certains prétendent présenter comme démystifiante, peut être finalement un éloge, car il y a également des références qui montrent que le maître n'avait pas l'hypocrisie d'occulter qu'il travaillait aussi pour l'argent.

  • la plupart des références indiquent que Freud était extrêmement bien élevé et courtois avec les gens.

  • Freud comprenait, parlait et écrivait l'espagnol presque à la perfection.

  • contrairement aux douteuses affirmations de ses détracteurs, il y a des preuves journalistiques dignes de confiance où il se montre très humble voire honteux, selon ses propres mots, de la célébrité qui lui était attribuée.

  • le Maître était un romantique, il aimait les couchers de soleil.

    Mais surtout, Freud a été l'un des rares scientifiques à s'être critiqué lui même, à avoir critiqué son œuvre, à avoir reconnu publiquement ce qu'il considérait comme des erreurs et à ne pas avoir hésité à se déclarer victime de ses propres complexes.

    Les informations que je vous livre, ici, proviennent essentiellement de sources dignes de confiance à premier abord. Elles ont été reportées par des confrères qui les jurent issues de recherches, reportages, et même d'enregistrements de Freud en personne, dans lesquels on l'entend parler en allemand avec beaucoup de difficulté à cause du cancer du palais dont il souffrait et qui l'empêchait d'articuler correctement les mots. J'ai été intrigué par le fait que l'on m'a indiqué que l'enregistrement que j'évoque avait été effectué avec un « magnétophone en fil de fer » et je n'ai pas osé demander de quoi il s'agissait. Je laisse cet obscur détail technique pour le que lecteur fasse les recherches et, s'il le peut, nous en fournisse l'explication.

  • Health I. G. News



    Le discernement des mots avant toute tentative d'interprétation et la conception vivante, entière et autonome de l'âme humaine sont particulièrement remarquables dans la psychologie analytique jungienne. En effet, Jung tente de rompre avec la fixité du mot, avec les définitions stéréotypées de dictionnaires encyclopédiques qui dérobent le mot à l'intelligence humaine, à la continuité de la vie, à son intimité certaine et à son universalité sous-entendue. Pourtant, si nous étions un instant incités à vouloir positionner Jung au cœur de la philosophie, il s'en serait, assurément défendu vigoureusement. Si il s'attache aux considérations théoriques abstraites, il ne s'y arrête pas puisqu'il les met aussi en pratique.

    Jung sait que rien ne remplace le dialogue entre patient et médecin, mais aussi entre l'homme et lui-même, ce tête-à-tête d'âme à âme, où chacun connaît l'autre et se reconnaît dans l'autre. Car ce qu'il y a au fond de chaque âme se retrouve au cœur de toutes les âmes. L'approche si particulière de Jung distingue sa psychologie des autres mouvements psychanalytiques. Il explique que "en tant que médecin, je suis toujours obligé de me demander quel message m'apporte mon malade. Que signifie-t- il pour moi ? S'il ne signifie rien, je n'ai pas de point d'attaque. Le médecin n'agit que là où il est touché. "Le blessé seul guérit". Mais quand le médecin a une persona1 , un masque, qui lui sert de cuirasse, il est sans efficacité. Je prends mes malades au sérieux. Peut-être suis-je, moi aussi, exactement comme eux en face d'un problème."2 Ceci signifie qu' il ne sert à rien de définir l'âme avec des concepts, de la cerner intellectuellement et in abstracto, et de se retrancher des idées surfaites et sans fondement. L' âme ne peut présenter une définition claire et précise de ce qu'elle est. Elle est, que cela satisfasse ou non les sceptiques, les matérialistes et autres athées qui voudraient qu'en toutes choses, on leur apporte la preuve que personne ne peut avancer, mais que chaque homme sensé ne peut que pressentir et tenir pour existant.

    Mais comment expliquer les choses que l'on ressent si intensément dans sa chair, qu'elles deviennent intraduisibles et dénuées de sens pour un esprit borné ? Toute la difficulté est de mettre son âme dans des mots ou en images et de sortir ainsi de la mise en pages intellectuelle classique qui ôte inévitablement toute vie et toute vérité au récit intuitif. Les thérapies traditionnelles, qui se veulent être des techniques rationnelles scientifiques, ont négligé le rôle primordial de l'âme et, ont oublié du même coup que le meilleur remède pour la guérir est de la laisser s'exprimer. La conception freudienne, en particulier, a pour effet de réprimer la plus humaine de nos facultés : l'aptitude à raconter les histoires de nos âmes en voulant lui faire jouer un rôle qu'elle n'a pas, en lui faisant endosser une image qu'elle ne possède pas.

    Pour ramener le langage à sa fonction primordiale, il faut faire un effort parfois violent sur soi-même pour accepter un message difficilement traduisible. Ainsi Jung explique comment il procède lors de son expérience de confrontation avec l'inconscient: " je notais mes imaginations aussi bien que je le pouvais et je me donnais de la peine pour exprimer aussi les conditions et le contexte dans lesquels elles étaient apparues. Toutefois, je ne parvenais à le faire que dans une langue très malhabile. Je fixai tout d'abord les phantasmes tels que je les avais perçus, le plus souvent en une "langue emphatique", car celle-ci correspond au style des archétypes.. Les archétypes parlent de façon pathétique et redondante. Le style de leur langue m'est pénible et heurte mon sentiment ; il me hérisse comme le ferait un crissement d'ongles sur un mur ou celui d'un couteau sur une assiette. Mais je ne savais pas alors de quoi il s'agissait. Par conséquent, dépourvu de choix, j'avais seulement la possibilité de noter tout en vrac dans le style même qu'avait élu l'inconscient. Tantôt c'était comme si j'entendais quelque chose avec mes oreilles ; tantôt je le sentais avec ma bouche comme si ç'avait été ma langue qui formait des mots ; et puis il advenait aussi que je m'entendisse murmurer des paroles. Sous le seuil de la conscience, tout était vivant."3 C' est pourquoi il convient de ne jamais négliger l'essentiel , c'est à dire la communication de l'âme, que celle-ci s'exprime dans le dessin, la parole ou l'écriture.

    L'âme ne s'arrête pas là où cesse la portée d'un présupposé physiologique ou autre, ce qui veut dire que dans chaque cas particulier que nous examinons scientifiquement, nous devons prendre en considération l'ensemble du phénomène psychique."4 La psychanalyse freudienne est d'ailleurs un de ces exemples typiques qui mêle pseudo science et mauvaise foi. En posant a priori que toute pathologie de l'inconscient s'explique par la sexualité et prend sa source dans l'enfance, la méthode freudienne veut imposer sa conception des choses et offre une vision interprétative particulièrement limitative. L'enfermement dans une préciosité littéraire n'est plus aujourd'hui de mise, et cette pédanterie gratuite de précieuses ridicules peut avoir des conséquences dramatiques s'il n'est permis d'exprimer en toute liberté le contenu d'un rêve ou la manifestation d'une phobie. Si avant tout examen on pose un diagnostic erroné dramatisant et inadapté, du style "ce n'est rien que..", non seulement le malade ne peut avoir de chance de guérison, mais en plus on renforce son sentiment d'isolement puisqu'il n'osera plus exprimer le fond de sa pensée.

    L'oubli du sens des mots est, comme la perte des repères religieux, l'oubli de l'histoire, ou bien l'absence de communication entre les hommes, à l'origine du mal être des individus et d'une crise identitaire qui peut aller de la simple déprime à une névrose, voire une psychose, si aucune possibilité de traduction "intelligente" n'est possible. C'est pourquoi, au langage contrôlé et mis en mots, Jung va opposer une autre forme d'expression, involontaire et non dirigée. Au lieu de se présenter de manière élaborée, cette pensée va se caractériser par sa spontanéité. Elle est difficile à concevoir puisque, en toute conscience nous n'en possédons pas le souvenir. De plus, nous ne pouvons nous représenter en train de fabriquer ces images sans mettre en branle le langage ordinaire et habituel qui est le nôtre (le seul aussi dont nous soyons capables de parler). "Nous avons donc à notre disposition deux formes de pensée : la pensée dirigée et le rêve ou fantasme. La première travaille en vue de la communication au moyen des éléments du langage ; elle est pénible et épuisante. L'autre au contraire, travaille sans effort, spontanément pourrait-on dire, au moyen d'une matière qu'elle trouve toute prête guidée par des motifs inconscients5". Jung développe la notion d'inconscient collectif qui ne connaît pas le langage du conscient et qui, par suite, a besoin du symbole pour opérer et se révéler. La découverte de cet inconscient collectif montre la présence d'images archétypiques, c'est à dire communes à tous les hommes. Elles ont la particularité de perdurer à travers le temps et on les retrouve partout et toujours, tant en occident qu'en orient, chez les peuples primitifs ou dans les sociétés plus développées.

    La connaissance des diverses théories doit nous inciter à la plus grande prudence si l'on veut communiquer avec son inconscient. En effet, ce dernier opère en se dissimulant derrière un certain nombre de paravents, dont celui essentiel de la symbolisation comme moyen d'expression particulier, manifestant et traduisant un non-dit. La symbolisation et son cortège d'imageries est le contrepoids au monde objectif dans lequel nous vivons, monde où la suprématie de la conscience nous a dépouillés de notre pouvoir d'imaginer. Ces images ne sont pas de simples intermédiaires, elles contiennent en elles les réponses aux problèmes des individus. Mais ceux-ci l'ignorent ou quand ils le savent, ils traduisent mal ou trop vite. Et à vouloir éviter quelquefois une problématique dérangeante, ils voient refoulée ou envenimée une ambiguïté non résolue. L'inconscient collectif est particulièrement puissant et il requiert donc d'être manié avec beaucoup de prudence et de respect car : « (il) est plus dangereux que la dynamite, mais il existe des moyens de le manier sans trop de risques. Lorsqu'une crise psychique se déclenche, vous êtes mieux situé que tout autre pour la résoudre. Vous avez des rêves et des rêves éveillés : donnez-vous la peine de les observer. Chaque rêve porte, à sa manière, un message : il ne vous dit pas seulement que quelque chose ne va pas dans votre être profond, mais il vous apporte aussi la solution pour sortir de la crise. Car l'inconscient collectif qui vous envoie ces rêves possède déjà la solution : en effet, rien n'a été perdu de toute l'expérience immémoriale de l'humanité; toutes les situations imaginables et toutes les solutions possibles ont été conservées par l'inconscient collectif. Vous n'avez qu'à observer soigneusement le « message » transmis par l'inconscient et à le « déchiffrer » : l'analyse vous aide à lire correctement de tels messages. »6


    1 " A l'origine le mot désigne , dans le théâtre antique, le masque porté par les acteurs. C. G. Jung écrit : La persona est le système d'adaptation ou la manière à travers lesquels on communique avec le monde. Chaque état, ou chaque profession, par exemple, possède sa propre persona qui les caractérise…Mais le danger est que l'on s'identifie à sa persona : le professeur à son manuel, le ténor à sa voix. On peut dire, sans trop d'exagération, que la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est." in Gestaltungen des Unbewussten, p 55, cité p 460 in Ma vie.
    2 C. G. Jung , Ma vie, p 160.
    3 C. G. Jung, Ma vie, p 207.
    4 C.G. Jung, Les racines de la conscience, p 84.
    5 C.G. Jung, Métamorphoses de l'âme et ses symboles, p 67.
    6 C.G.Jung parle, Rencontres et interviews, p 183. Interview réalisée par Mircea Eliade pour « Combat » lors de la conférence d'Eranos en août 1952. L'article parut sous le titre « Rencontre avec Jung » dans le journal Combat le 9 octobre 1952

    Sophie Moreaux Carré



    Vous dites : « Voyant, ne vois pas !
    Prophète, ne prophétise pas !
    Dis-nous plutôt des choses agréables ! »
    Elie

    Les lois collectives sont-elles compatibles avec les lois du développement personnel ? Si elles le sont, alors, heureuses noces ! vive la mariée ! suivre la foule est à l'évidence, la solution à tous les maux. Si elles ne le sont pas, le divorce s'impose-t-il pour préserver les possibilités de progression individuelle ?

    Tant que l'homme est enfant ou primitif, le bain collectif est propice à son développement et salvateur, mais peu à peu apparaît une incompatibilité majeure, car l'existence de l'homme a une double raison d'être :

  • comme élément de l'organisme universel, il sert les buts de ce dernier ;
  • comme individu, il poursuit ses buts propres.

    Jung constate1 : « Le primitif est toujours plus ou moins identique à la psyché collective et c'est pourquoi il est animé par les vertus et les vices collectifs. La contradiction ne commence à se faire sentir qu'au moment où s'instaure un développement personnel de la psyché, moment crucial où la ratio va se mettre à discerner l'incompatibilité des éléments qui s'opposent. De cette connaissance nouvelle naît le combat du refoulement. On veut être bon et c'est pourquoi on se sent obligé de refouler le mal ; c'est alors que prend fin le paradis de la psyché collective. »

    Jung note plus loin2 que : « L'individuation est une nécessité psychologique inéluctable. Le poids écrasant et tout puissant du collectif, clairement discerné, nous fait mesurer l'attention toute particulière qu'il faut vouer à cette plante délicate nommée « individualité » afin qu'elle ne soit pas totalement écrasée par lui. »

    Le moi collectif a horreur de ce qui est original et les livres sacrés de toutes les religions fourmillent de ce genre de mise en garde rappelant comme Matthieu (X,36) que : « l'homme a pour ennemis les gens de sa maison ! »

    Sans remonter si loin, nous écoutions, naguère Georges Brassens chanter :

    "Non, les braves gens n'aiment pas que
    L'on suive une autre route qu'eux
    Je ne fais pourtant de tort à personne
    En suivant des chemins qui ne mènent pas à Rome.
    Tout le monde me montre du doigt
    Sauf les manchots, ça va de soi !"

    Que représente l'individu face au moi collectif de la société ? Face à ce Moloch, à ce pot de fer dont la seule ambition semble être de broyer tous les pots de terre qui se présentent en ordre dispersé. Que peut l'individu contre le "politiquement correct" ? Que peut Don Quichotte contre les moulins à vent ?

    Il est difficile de voir la société sous cet angle destructeur et pourtant, qu'y a-t-il de plus hostile à l'individualité que la pensée unique ?

    Il faut bien réaliser, en effet, à quel point il est dangereux de s'écarter du "politiquement correct" de la société. Souvenons nous : Il ne faisait pas bon être juif sous les nazis. Il était prudent d'encenser Staline en URSS et le Goulag est là pour en attester. Il était prudent de ne pas porter de lunettes sous Pol Pot, car, comme chacun sait, celui qui porte des lunettes est un intellectuel contre révolutionnaire qui ne mérite que le camp d'extermination géré par des enfants; 2 ou 3 millions de Cambodgiens ne sont plus là pour en témoigner. Soyez Hutu chez les Tutsis, soyez Tutsi chez les Hutus et je ne donne pas cher de votre peau. Soyez une femme ou une statue du Bouddha chez les Talibans et vous serez relégué au rang de détritus. La foule est méchante, la foule est cruelle qui tue et qui lynche, qui se déchaîne sans raison sur les terrains de football, la foule qui tond les femmes sans se préoccuper de savoir si elles ont aimé. Une cruauté à l'état pur qui a pourtant beaucoup de points communs avec l'instinct de survie, celui des leucocytes se précipitant pour éliminer le corps étranger ou des fourmis se sacrifiant pour éliminer l'intrus dans la fourmilière.

    À la fois, protectrice et cruelle, telle la déesse mère Hindoue Kali qui, tour à tour, donne la vie et dévore ses enfants, la société est impitoyable. Alors comment s'en séparer tout en conservant ce qu'elle peut apporter de bon et de propice ? Divorce à l'amiable ? Pas question, elle n'acceptera pas.

    Divorce pour épouser une autre cause ? c'est peut-être tomber de Charybde en Scylla : quitter une communauté pour en retrouver une autre, c'est passer à l'opposition, c'est donc retrouver une autre famille aux critères différents peut-être, mais à l'emprise tout autant puissante ; ou bien c'est tomber dans le piège de la secte qui a pour vocation de s'opposer à la société. Mais vers quelles déviations !

    Peut-on ne pas divorcer et pourtant rester ensemble pour profiter à la fois de la protection du milieu et de l'indépendance de l'esprit ? « L'individu n'est pas seulement unité, son existence même présuppose des rapports collectifs » constate Jung3

    Comment sortir de ce dilemme ? La découverte de la richesse intérieure amène fréquemment à la tentation d'isolement de l'ermite. C'est sans doute valable pour certains, mais rares sont ceux qui ont cette vocation et la persévérance pour tenir le coup.

    Jadis, dans les sociétés primitives et encore dans certaines tribus animistes hors d'Europe ou d'Amérique du Nord, le développement de l'individualité était protégé par le secret de rites d'initiation dont il reste des traces très édulcorées dans les cérémonies de baptême des différentes religions. Le port du masque en était la manifestation la plus visible qui permettait de progresser à l'abri des défoulements collectifs, dans le secret, au sein même de la tribu. L'aspect souvent effrayant du masque était chargé d'éloigner les esprits maléfiques (traduisons : "d'éloigner la psyché collective")

    Le port de la barbe dans certains ordres contemplatifs est sans doute un rappel symbolique de ces rites. Derrière le masque que représente la barbe, l'individu se développe à l'abri comme la chrysalide dans le cocon.

    Ulysse, le fourbe ou le rusé ou le sage suivant les commentateurs, essayant de rentrer dans sa patrie (traduisons : "de rentrer en lui-même") a mis vingt ans à comprendre qu'il ne pouvait braver impunément les dieux (traduisons : "braver impunément la psyché collective"). Il n'a réussi à échapper à leur emprise qu'en utilisant le masque : entre autres, caché dans le cheval pour investir Troie, déguisé en mouton pour échapper au cyclope, déguisé en mendiant pour retrouver Pénélope (traduisons : "pour retrouver son anima")

    Pas de divorce donc, mais une union maîtrisée à l'abri de la barbe en attendant d'être assez fort pour pouvoir s'en passer. Mais attention ! Il faut bien veiller à ce que la barbe soit « tendance » de façon à ne pas attirer l'attention d'Argus le gardien aux cent yeux, sinon…malheur aux barbus !


    1 « Dialectique du moi et de l'inconscient » Gallimard 1964 page 80
    2 ouvrage cité page 90
    3 « Types psychologiques » Librairie de l'Université Georg & cie Genève Page 450

  • Paul Ruty