NUMÉRO 121 REVUE BIMESTRIELLE octobre-novembre 2008

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Les maladies de la civilisation
 
Bernard, Hervé Les maladies de la civilisation
 
Bouket, Gaël Les maladies de la civilisation
 
Giosa, Alejandro Las enfermedades sociales
 
Labhraidh, Seonaidh Las enfermedades de la civilización
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Recher, Aurélien Les maladies de la civilisation
 
Thomas, Claudine Les maladies de la civilisation


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«  L'homme n'a de contact avec son âme que par la vie intérieure,
et dans la civilisation des machines
la vie intérieure prend peu à peu un caractère anormal.  »
Georges Bernanos (La France contre les robots)

Au sens abstrait, la civilisation est l'état des individus ou des pays civilisés par opposition à barbarie. Le problème de la civilisation est précisément de substituer aux énergies animales des forces disciplinées, harmonisées, spiritualisées, de transformer les fanatismes et les idolâtries en certitudes fondées sur les exigences de la conscience personnelle. Les craintes de Chateaubriand se sont répandues depuis un siècle. De tous côtés retentissent des cris d'alarme en faveur de la « personne humaine ». Mais peut-être sommes-nous dans une période de transition au cours de laquelle il va falloir trouver un équilibre entre les États par l'organisation d'une paix durable, un équilibre entre les individus par la solution des problèmes sociaux.

Il est facile de comparer le chiffre de la population du globe aujourd'hui au chiffre d'il y a un siècle ou un demi-siècle, le nombre de Parisiens respectivement en 1908 et en 2008. Rappelons les causes de l'agrandissement de l'espèce humaine : progrès de l'hygiène avec diminution de la mortalité infantile ; progrès de la médecine avec diminution de la mortalité des femmes en couche ; allongement de la durée de la vie dû aux travaux de gérontologie. Il y a également eu des progrès dans l'exploitation des richesses du globe, du sol et du sous-sol, ainsi que le peuplement de terres nouvelles comme le Far-West, la Sibérie, l'Afrique… Tout cela étant la conséquence du progrès scientifique et du progrès technique.

L'économie et la politique ont leurs exigences. Il faut accepter la pesée sociale dans la mesure où elle est indispensable. Mais sachons retrouver notre liberté. C'est ainsi que Paul Valéry dans la Politique de l'esprit nous explique que le monde moderne dans toute sa puissance, en possession d'un capital technique prodigieux, entièrement pénétré de méthodes positives, n'a su toutefois se faire ni une politique, ni une morale, ni un idéal, ni des lois civiles ou pénales, qui soient en harmonie avec les modes de vie qu'il a créés, et même avec les modes de pensée que la diffusion universelle et le développement d'un certain esprit scientifique imposent peu à peu à tous les hommes.

Pour sa part, le Père Teilhard de Chardin est assez optimiste, car il imagine la collectivisation comme l'avant-dernier stade de l'évolution progressive qui doit conduire la spiritualisation suprême de l'espèce humaine.

***

Sous le titre Un monde nouveau, André Siegfried écrivait entre autres que l'homme doit s'adapter à un milieu technique, économique, social et politique nouveau. Or cette adaptation comporte une révision de notre morale dans laquelle la position de l'individu vis-à-vis du groupe devra être précisée dans des conditions nouvelles.

***

Le mal des civilisations, disait Alain, est qu'elles sont mécaniques.

Cette marche en avant de l'humanité, cet agrandissement et cette élévation de la dignité humaine du point de vue social et politique, toute cette évolution opérée tant en Amérique qu'en Europe de 1780 à 1800 est, en grande partie, due à Montesquieu. Depuis lors, il n'est pas une constitution française ou étrangère sur laquelle cette influence ne se soit pas exercée pour la séparation des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Pour l'établissement d'un régime de liberté individuelle, d'indépendance politique et d'affranchissement social. Montesquieu demeure.

Que demandons-nous en fin de compte à une civilisation ? De donner à tout homme venant en ce monde le plus de chances possible de réaliser sa vocation spirituelle dans un juste étagement de ses besoins et de ses fonctions.

***

La maladie n'est qu'un dérèglement de l'ordre établi naturel, inné ou acquis, aux niveaux individuel, psychosocial ou sociologique. Aujourd'hui, mon approche fusionne les trois niveaux et c'est avec la vision du sociologue que je contemple les trente dernières années. Mon travail en médecine sociale m'a permis de rassembler des observations de la norme et m'amènent à les conceptualiser.

Voyons un niveau individuel. La fréquence des dyslexies a remarquablement augmenté et dans les sociétés développées ; les moyens de communication qui activent le cerveau gauche pragmatique produit une réaction chez les enfants surdoués qui les amènent à résoudre les situations réelles comme s'il s'agissait de situations virtuelles, entraînant une fréquence plus importante des dyslexies chez les enfants surdoués que chez les enfants qui ont un développement cérébral moyen ; il y a une altération de la perception par le défaut de concentration dû à la pulsion de revenir sur les consoles de jeu. J'ai pu constater que les troubles dyslexiques persistent dans le temps et ne sont pas clairement identifiés.

Il est intéressant de voir que, dans le type de famille de la société moderne et développée, l'étayage matériel est satisfaisant, mais ne correspond pas aux demandes émotionnelles des enfants, ceux-ci n'ayant pas d'espace pour poser des questions directes aux parents : « Pourquoi dois-je obéir à telle ou telle injonction ? Où se trouve la Patagonie ? Qui était mon grand-père, mon arrière grand-père ? ». La société moderne ressemble beaucoup à un café instantané ; les conversations à table ne prennent pas l'envergure d'avant, elles sont sur le parcours de la journée. L'attention dérive alors naturellement vers les consoles de jeu. Mais les questions essentielles « D'où je viens ? Qui suis-je, moi, dans un groupe de famille ? » ne sont pas des thèmes abordés facilement.

Les foyers deviennent, dans ce type de société, des cellules isolées père-mère-enfant, père-mère-travail. Dans certains cas, elles préservent un contact avec les grands-parents, mais le mal social le plus évident est l'enfermement du foyer, l'isolement autour de lui-même. « Qui suis-je dans la généalogie ? Qui sont mes grands-parents ? De quel pays nous venons ? ». C'est au niveau de l'enfant que les problèmes se cristallisent et les troubles comportementaux sont liés à cet étayage insuffisant, manquant d'informations essentielles.

Cela produit des troubles comportementaux et caractérologiques qu'on peut percevoir chez l'adulte : frustration, isolement, mélancolie, violence, enfermement. Les troubles fondamentaux que l'on observe sont des troubles de la communication. L'adolescent se révolte aussi beaucoup moins, car il part directement. Il y aura une grande catégorie à définir. En tant que sociologue, on pourrait l'appeler : « déracinement ancestral et universel ».

La crise de valeur se situe au niveau individuel. Je n'ai jamais vu autant de solitude chez l'adulte que depuis quinze ans. Au commencement de mon activité professionnelle en France, les dépressions réactives, les névroses d'angoisse étaient plus fréquentes. Aujourd'hui, autour de moi et même au-delà de mes patients, les gens écrivent sur « Meetic ». Il m'est très difficile de décrire ma difficulté pour définir cette catégorie particulière de gens incapables de communiquer en direct. Je suppose que chacun sait de quoi il s'agit. Moi, je n'ose pas le nommer, car c'est la plus simple pathologie du manque de confiance en soi-même. Il y a un seul cas que je connaisse de ces rencontres par internet qui ait réussi parce qu'elle était psychologue, travaillait aux ressources humaines, et, divorcée, elle a su trouver le « profil clé » pour refaire sa vie selon des critères objectifs de recrutement des personnels.

***

Considérons maintenant un autre niveau des maladies de la civilisation. En sociologie, nous avons deux schémas fondamentaux permettant de comprendre la phénoménologie sociale : le modèle d'équilibre de Talcott Parson confronté à la théorie d'évolution-révolution de Marx. Nous avons pu contempler, entre les années 1945 et 1970, l'émergence de la sociologie allemande de Karl Darendorf dans laquelle il n'y avait ni l'absorption des problèmes sociaux par le sub système (dont le modèle le plus évident était la société capitaliste américaine), ni l'exorbitance du modèle marxiste léniniste qui affirmait que la lutte des classes est un fil rouge qui parcourt l'Histoire.

Entre les années 1945 et 1970, on a vu de plus en plus de sociétés se stratifier selon une nouvelle distribution de classes sociales. En outre, on a assisté à un élargissement de la classe moyenne, à une meilleure accessibilité au travail, à un élargissement des opportunités d'ascension sociale plus visible encore dans les sociétés en voie de développement. À cette époque, on parlait de Tiers Monde, et il assurait un équilibre moins belligérant (moins de déflagrations). Après Weber et Darendorf, on a contemplé une société dynamisée par des classes dominantes fluctuantes.

Aujourd'hui, derrière des crises de valeur, institutionnelle, financière, un seul modèle nouveau domine dans la plupart des pays (presque la totalité) : la classe moyenne disparaît et descend vers une classe de secteur tertiaire, de service. Le sous-emploi des professionnels, leur paupérisation est une maladie sociale qui entraîne, non pas seulement à dévaloriser les travailleurs, mais à les démotiver d'aller plus loin.

La maladie du siècle, c'est la confusion. Il y a quinze ou vingt ans, comprendre la demande d'un patient était plus possible. Aujourd'hui, mon interlocuteur, c'est la confusion. Il y a un fort ressentiment social qui condamne à une solitude non voulue, mais fatale.

Avant : dépression individuelle. Aujourd'hui : dépression sociale qui engendre l'amertume et la solitude. J'ai un cas, deux, trois… qui me font penser au désert des Tartares. Ils ont tout préparé pour recevoir le conjoint, la compagnie, mais ils se sont peut-être habitués à attendre le miracle d'une communication avec des valeurs. Les armes sont préparées, mais la guerre par un changement semble être bien loin d'une possible réalisation. Confusion ? Égoïsme ? Chacun pour soi ? Où est la conscience dans ces manques de contact avec le réel de l'histoire et avec sa propre biographie ?

Fait à Paris, le 2 novembre 2008,
avec le sentiment d'une atmosphère inquiétante.
Je rentre du Canada, de Saskatoon.
Trois, quatre générations partagent,
de façon vivante, la joie de coexister sans s'ignorer.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La maladie commence en général par une phase d'avertissement au cours de laquelle notre corps ou notre esprit (en principe les deux selon leurs modalités spécifiques) nous envoient des signaux pour nous indiquer qu'« il y a un problème et qu'il est nécessaire de trouver et mettre en œuvre une réponse adaptée ».

Si nous savons écouter, décoder et intégrer ce message, la maladie doit normalement évoluer en fonction de notre propre rythme vers la guérison qu'un état de bien-être retrouvé doit permettre de reconnaître. Si nous restons aveugles et sourds aux premiers signes de la maladie, la machine progressivement se dérègle et peut finir par casser brutalement sans crier gare ou à l'occasion d'un choc trop violent que le corps ou la tête ne peuvent cette fois-ci plus absorber. Nous sommes alors bien éloignés de la voie du milieu, celle de la sagesse.

La civilisation nous apporte confort, sécurité, protection, démultiplie notre force mentale ou physique dans notre rapport avec le monde environnant pour nous faciliter la tâche, raccourcit les distances pour se transporter ou communiquer. En contrepartie, elle nous impose des règles et des contraintes pour permettre à chacun de vivre en bonne intelligence et en harmonie avec ses semblables. La civilisation est ce processus qui peut prendre d'innombrables formes culturelles permettant à l'être individuel de vivre en bonne santé au sein d'une société humaine organisée et structurée, mais donnant à chacun la possibilité d'atteindre ses idéaux et de réaliser ses projets de vie. Si cet objectif n'est pas vérifié dans les faits, il est au moins proclamé dans le discours.

Permettez-moi de prendre l'exemple du vélo comme support de ma réflexion pour nous représenter le fonctionnement du corps humain. L'intérêt du deux-roues, motorisé ou non, réside dans sa proximité à l'homme dans une perspective, dans l'air du temps, du développement durable, situé entre le piéton et des moyens de transport plus complexes, moins respectueux de l'environnement, comme la voiture, le train ou l'avion.

N'importe quel vélo semble « taillé » pour durer toute la vie de son propriétaire ou même être cédé à sa descendance pour passer de génération en génération, sans qu'il ne soit possible de déterminer une limite temporelle à sa « vie », car l'histoire du vélo est trop récente pour juger de la longévité d'un spécimen. Et, par ailleurs, des phénomènes indépendants de ses qualités intrinsèques le font « vieillir » prématurément, comme par exemple les aléas de la mode qui rend tel modèle complètement obsolète, hors d'âge ou alors de manière plus banale notre négligence ou notre ignorance vis-à-vis de son entretien.

Bien sûr, un vélo, comme tout être humain, réclame :
- du soin, c'est-à-dire éviter l'occurrence de situations propices à l'usure ou à l'accident ;
- un entretien pour régulièrement inspecter les parties les plus fragiles ou les plus prépondérantes pour la sécurité : les freins, les dérailleurs, la chaîne, les rayons, les pneus ;
- des révisions voire des réparations pour changer les pièces les plus sollicitées si possible avant usure complète afin d'éviter l'accident, au destin toujours aléatoire, parfois porteur de séquelles à vie.

Dans notre civilisation occidentale mécanisée, technologique et orientée vers la consommation sans limite, la comparaison entre l'être humain et le vélo est loin d'être déplacée. Si nous pouvons changer de vélo, en revanche changer de corps ou d'esprit ne semble pas encore du domaine du possible si tant est qu'il le soit un jour et qu'une telle évolution soit souhaitable. Par contre, de même qu'il est tout à fait possible, et c'est maintenant chose banale même s'il s'agit d'une opération exceptionnelle indiquée dans des cas précis sans autre alternative, d'effectuer un échange standard d'une pièce ou d'un équipement, voire même de toute partie d'un vélo, la greffe d'organe (le rein, le cœur, la main en sont des exemples remarquables et encore tout récents) est devenue une opération courante pour un être humain.

Mais avant d'en arriver à ces situations extrêmes, ne vaut-il pas mieux prendre soin de son corps, suivre des règles de vie pour toutes les activités physiques nécessaires, au quotidien, faire des checks-up, plus fréquemment quand l'âge avance, ne pas hésiter à pratiquer des comportements préventifs, par exemple grâce à l'exercice physique régulier, une bonne hygiène alimentaire, ce qui ne veut pas dire un rythme de vie monotone et fade, car la diversité avec des excès ponctuels, mais raisonnables sont même recommandés par la plupart des spécialistes ? Le gain en terme de santé, voire de bonheur, ainsi qu'au plan économique est toujours assuré, c'est le meilleur investissement vis-à-vis du capital santé, même si certaines morphologies ou métabolismes semblent plus solides que d'autres en apparence.

Le vélo fonctionne de la même manière. Si vous n'assurez pas un entretien régulier, à chaque sortie, par une inspection visuelle et une vérification des pièces essentielles, vous aboutissez immanquablement à une usure prématurée de certaines pièces, à un mauvais fonctionnement du vélo, en termes de roulement, de bruit, de stabilité qui peut conduire à l'incident (chaine qui casse), ou l'accident mécanique (frein qui lâche, rupture du cadre, pneu qui crève, dérape, déjante) et sa conséquence possible (chute sur le macadam ou dans le fossé, choc avec un autre vélo, avec une voiture, blessures bénignes ou graves, sans ou avec séquelles).

De même que vous allez rendre visite à un médecin ou que vous vous documentez sur telle pathologie, vous pouvez faire faire une révision à votre vélo chez un spécialiste, dont l'expérience et le savoir-faire seront toujours supérieurs aux connaissances que pourrez accumuler. Ce qui ne vous empêche pas d'apprendre les règles de bases de l'entretien d'un vélo, pour en améliorer l'efficacité, donc la longévité du vélo et de ses organes et mieux anticiper et appréhender les situations qui réclament l'intervention d'un professionnel (celui qui s'occupe de vélos tous les jours).

La civilisation nous livre d'innombrables exemples et miroirs utiles pour prévenir nos maladies bien humaines, le vélo en est un exemple parmi d'autres, car l'homme a projeté nombre de ses désirs et fantasmes sur l'univers technologique qu'il a créé autour de lui, pour son bien-être, par l'aide direct qu'il apporte, mais aussi par tous les aspects projectifs qu'il véhicule et porte selon les innombrables méandres et richesses de l'esprit. Notre monde environnant ne demande qu'à être observé, compris et assimilé, car il recèle des trésors de connaissances et de sagesse pour être mieux avec nous-mêmes et plus respectueux de nous-mêmes.

Hervé Bernard



Il s'agit de débusquer un trait commun à un groupe de personnes, qui permet de personnifier ce groupe, même si, bien sûr, chacun ne rentre pas dans ce repère ; la névrose du peuple allemand en 1940 ne concernait pas l'ensemble stricte des habitants de ce pays, mais existait de manière significative et représentait un mouvement social, collectif. Ce qui caractérise notre groupe de Français modernes pourrait peut-être se chercher dans nos croyances. C'est-à-dire, un trait, une idée, un concept, quelque chose, même de très rationnel en apparence, accepté comme une évidence par la plupart d'entre nous sans pourtant faire l'objet d'une expérience directe, et pourtant à l'origine d'une réalité sociale.

Nous avons occulté, dans notre société laïque, voire nettement athée, bon nombre de croyances religieuses héritées de nos ancêtres. Mais pour laisser place à quoi ? En particulier sur la question du passage de la mort, notre pensée dominante n'a que peu préservé les anciens concepts et leurs mutations en ont ainsi été radicales : nous semblons croire à la mort, pas à la faucheuse, allégorie enfantine pour nos cerveaux développés, mais à une mort ferme et définitive. Pas de paradis, pas de réincarnation, pas de résurrection, pas de fantôme, pas d'esprit. La fin. L'idée même de ne pas pouvoir nous représenter cette mort dure nous plaît. Les croyances de continuité nous apparaissent comme des fables pour que les plus faibles puissent répondre par un scénario rassurant à une réalité scientifique qui leur est insupportable.

Bien sûr, dans cette réflexion et notre effort pour comprendre, nous sommes confrontés à un problème fondamental : toute connaissance réelle ne peut se fonder que sur l'expérience directe, elle ne peut se construire que dans une confrontation consciente avec l'objet que l'on étudie ; pour comprendre que le feu brûle, pour le comprendre réellement, tous les discours, même très brillants et justes des plus grands intellectuels de l'histoire ne peuvent transmettre une connaissance pleine, celle-ci ne peut s'acquérir que par l'expérience directe.

Or pour ce qui est de la connaissance de la mort, nous sommes face à un problème fondamental. Nous avons beaucoup de réflexions philosophiques de grands maîtres, des analyses scientifiques, mais pas d'expérience directe. Les quelques témoins, ceux qui relatent une expérience de conscience de la mort, alors témoins que la mort n'est pas une fin, passent pour des escrocs, des victimes d'hallucinations ou de rêves, mais, en tout cas, ne font pas réalité scientifique et ne nous donnent pas plus de connaissance réelle que celui qui, plus tôt, nous avait décrit sa brûlure.

La seule expérience directe de la mort que nous pouvons avoir se trouve alors dans la position de témoin de la mort de nos proches. L'observation la plus objective possible nous amène à constater que la mort est un état définitif et les morts ne se redressent pas pour reprendre un jour leur vie d'avant ou nous témoigner dans leur chair qu'ils continuent leurs activités habituelles. Bien sûr. L'encéphalogramme est plat et le restera (sauf quelques cas de réanimations spectaculaires, mais après deux ans de plat, qui est revenu ?). Alors on croit à la mort.

La question peut toutefois se poser de la différence de relation que nous pouvons entretenir avec un mort et un absent vivant. Quelle en est la différence de communication ? Évidemment, avec les techniques modernes, la différence est devenue flagrante et c'est sans doute ce qui nous fait penser que l'autre n'existe que lorsque nous pouvons le joindre en mots quelle que soit la distance qui nous séparent. Ce qui change aussi évidemment, même dans le cas devenu marginal où la personne ne serait pas directement joignable, c'est la possibilité de partager de nouveaux instants dans notre chair, d'échanger, de pouvoir un jour nous toucher, nous sentir. Mais ceci tient à une anticipation, à une fonction du cerveau qui nous sort de l'instant présent et nous permet de nous représenter qu'un jour, on se reverra. Et c'est cela qui rend l'absence supportable, digeste, alors que rien ne nous promet non plus que nous réunirons à nouveau les conditions pour nous retrouver. Toutefois, cette fonction est bénéfique, nous sentons que nous partageons quelque chose, même dans la distance. L'autre évolue en nous, nous le comprenons différemment suivant ce que nous sommes chaque jour, à chaque instant.

C'est ce même mécanisme qui agit lorsque nous pensons à un proche que nous avons perdu. Avec lui, plus d'action matérielle possible. Mais son souvenir, son évolution en nous, la façon dont nous le comprenons chaque jour différemment selon ce que nous sommes, lui donne vie à chaque instant, le fait grandir encore. Sa trace dans l'existence continue d'évoluer, de s'enrichir. Et peu importe comment nous rationnalisons la mort, ceci est une expérience que chacun peut faire en soi-même. L'être cher est bien vivant.

Cette relativité de la mort ferme et définitive d'autrui, peut déjà nous permettre de penser notre propre mort autrement que comme un black out total.

Pouvons-nous faire un rapprochement entre cette croyance en une mort radicale spécifique à notre société et le nombre de dépressions, le taux de suicide éminemment élevés sur ce même espace-temps ou est-ce une coïncidence ?

Cette croyance semble entraîner, et en particulier chez les adolescents se trouvant face aux grandes questions existentielles de la vie, un mal être sans issue, et engendre un non sens de l'existence puisqu'elle postule à terme la réduction à néant de toute chose. Pas d'espoir, pas de valeur au fait d'avoir existé, participé à l'aventure de la vie. Notre passé s'effrite sous nos pas et notre futur n'est qu'un compte à rebours, un sursis à l'anéantissement d'une vie pour laquelle nul est alors besoin de bâtir, de se chercher.

Quelle est donc cette conception du monde qui crée un tel décalage en nous qu'elle nous pousse à refuser la vie, notre condition ? Quelle que soit la réponse à la réalité de la mort, elle doit nous permettre, et c'est là que nous nous rapprocherons d'une certaine vérité sur l'Homme, de vivre, de chercher la bienveillance pour soi et pour ce qui nous est extérieur, d'accepter ce qui nous est offert et même d'en être responsable. Notre croyance en la mort nous pousse au désespoir, nous guide vers un refus d'une vie qui devient alors aussi vide que ce que nous croyons de la mort, et paradoxalement, nous semblons lui trouver un sens, une vérité, dans l'acte du suicide. Ceci marque peut-être l'intuition que nous sommes dans l'erreur.

Fait à Villandry, le 19 octobre 2008,
avec perplexité. La rationalité n'est-elle pas devenue
le terreau des croyances ?
L'équilibre et le bien être doivent chercher
leur vitalité à tous les étages de l'existence.
Gaël Bouket



C'est cette considération intérieure qui est avec le rêve dont elle est le résultat et l'identification dont elle est la forme suprême, l'obstacle principal, pour l'homme, à une véritable connaissance de soi, et, par là même, à son évolution et à sa libération, éventuelles.

La démarche en est toujours la même : elle consiste pour l'homme à donner prise en lui à ce qui lui est extérieur. Tout d'abord et à titre principal, à l'opinion des autres. Il ne s'agira pas ici, répétons-le, de souhaiter le mépris du « qu'en dira-t-on » ni de chercher à susciter le scandale par un comportement provocant : ces formes de refus de la considération extérieure traduisent tout simplement le mépris de l'autre, outre qu'elles sont en elles-mêmes dangereuses socialement.

Mais l'homme qui s'étudie, et cherche à voir clair en lui-même, s'apercevra rapidement combien sa personne est, à ses propres yeux, tributaire de l'opinion d'autrui à son sujet. L'orgueilleux s'enfle des louanges qu'il reçoit et y puise sa force. Le timoré accumule les échecs à force d'imaginer les yeux d'autrui fixés sur lui, ce qui le paralyse. L'homme devient peu à peu l'image que les autres en ont, ou plus exactement qu'il s'imagine qu'il produit, image d'ailleurs erronée la plupart du temps.

De là naissent les « complexes » psychologiques, situations figées où l'individu est en quelque sorte prisonnier de sa propre image.

La considération intérieure, piège redoutable, consiste donc toujours pour l'homme à donner prise, dans l'examen de ce qui lui est propre, à ce qui lui est extérieur. Elle traduit une carence de jugement personnel et autonome.

Mais il est malheureusement aisé de constater qu'elle est universelle et que chacun de nous, en est, partiellement ou totalement, contaminé.

Or la considération intérieure a deux conséquences particulièrement funestes.

Tout d'abord elle empêche, chez l'homme, toute observation sérieuse et objective de lui-même. Encombré par des préceptes, des avis, des préjugés qui ne sont même pas les siens et qu'il a reçus de l'extérieur, l'homme se juge, copiant en cela le jugement des autres, et devient incapable de discerner en lui-même ce qui lui appartient en propre et qui constitue les véritables éléments de sa personne. Tout examen intérieur objectif suppose donc préalablement l'élimination de la considération.

Mais, d'autre part, la considération entretient chez l'homme une attitude conflictuelle. Tributaire de l'opinion d'autrui, identifié avec elle, l'homme sera à chaque instant tenté de se révolter contre l'insuffisance de considération dont il fait, à ses yeux, l'objet. La considération intérieure, avide par nature, entretient chez l'homme une susceptibilité et une aigreur permanentes. Les égards secrètement souhaités deviennent vite exigés au besoin par la force. La plupart des conflits individuels ont pour origine la considération intérieure.

Bien plus, celle-ci, quand elle est ancrée au cœur de l'homme, tend à s'étendre aux relations de celui-ci non seulement avec les autres hommes, mais avec les choses, ceci de la façon la plus absurde.

Identifié à l'opinion d'autrui à son égard, persuadé que, sauf injustice flagrante, cette opinion ne peut être que flatteuse, l'homme en vient, nous l'avons dit, à considérer comme un droit les marques d'égards ou d'estime qu'on lui prodigue.

Emporté par cette habitude, il ne tardera pas à considérer que les choses elles-mêmes ont des devoirs envers lui et, par conséquent, que leur indifférence ou leur résistance à son égard est une atteinte à l'ordre du monde. Il n'est pour s'en convaincre qu'à observer comment l'homme, presque tous les hommes, brutalise un animal qui ne le comprend pas ou un objet dont il ne connaît pas le maniement. La résistance de la nature est, d'instinct, interprétée par l'homme comme un manque de considération à son égard.

On aboutit de la sorte à des situations risibles, mais l'observation quotidienne : quel est l'homme qui ne s'est pas, une fois au moins dans sa vie, révolté bruyamment contre le temps qu'il fait comme si température et climat avaient des devoirs à son égard et manquaient à la considération qui lui est due ?

La considération intérieure aboutit de la sorte. On le constate aisément à cet exemple extrême, à une personnalisation poussée à l'absurde de mes rapports avec le monde extérieur à moi. Partant d'une attention, déraisonnable et excessive, apportée à l'opinion d'autrui sur ma personne, elle aboutit, en définitive, à une projection du Moi dans le Monde, dont il se considère le centre, autour duquel et en fonction duquel tout doit graviter.

C'est l'attitude égocentrique de la cosmologie de Ptolémée.

Elle est malheureusement, exactement contraire à la découverte de la vérité intérieure et en persistance, empêche, radicalement, la formation en l'homme d'un centre véritable indépendant, libre, et cependant relié au reste de la création.

La conclusion que nous devons tirer à l'issue de cet exposé est assez pessimiste sur la situation de l'homme abandonné à lui-même : perdu dans ses rêves, réveillé par le sursaut de petites décisions pour se rendormir aussitôt, identifié à tout ce qui fixe son attention, perpétuellement dépendant de la considération qu'il exige d'autrui, l'homme n'est rien moins que libre et il apparaît, tout au contraire, comme une machine qui réagit, de façon passablement chaotique aux impulsions qu'elle reçoit de l'extérieur.

Et surtout, il ne parvient pas, au terme de cet examen, à situer où se place ce qu'il appelle « sa conscience », et encore moins en quoi elle consiste.

La philosophie classique ne lui sera, à cet égard, d'aucun secours. Le « Cogito ergo sum », « je pense donc je suis » de Descartes ne m'apprend rien sur ma conscience, ni sur la façon dont celle-ci peut disparaître, s'obnubiler, la plupart du temps.

Seule une nouvelle psychologie qui analyse l'état intérieur de l'homme tel qu'il est, dans ses divers éléments constitutifs, évidents ou occultes, pourra permettre à l'homme de se connaître réellement et, peut être, de mettre en œuvre les moyens de nature à secouer le « sommeil » qui le terrasse.

Ce sera l'objet du prochain chapitre.

Georges de Maleville



Alzheimer, parkinson, les troubles alimentaires, les handicaps sont des exemples qui nous frappent tous. Les causes en sont diverses. Certaines sont d'ordre purement génétique, présentes dès la naissance comme la trisomie 21 où la doublure du chromosome 21 affecte la constitution organique de l'individu, d'autres ne sont pas acquises et sont le résultat d'une dégénérescence cellulaire (comme dans le cas de la maladie à type Alzheimer où les cellules neuronales se désagrègent, bien qu'il y aurait ici aussi une cause génétique).

Dans le cas de maladies dont les causes ne sont pas organiques (innées ou acquises), le psychisme de l'individu tient une place particulière et unique. Comme l'ont fort bien démontré Charcot puis Freud, l'hystérie ne trouve pas sa cause dans le somatique. Au contraire, celui-ci subissant les conflits internes du sujet, en est le support expressif. La névrose se déclenche sous l'inflation de la conscience par l'inconscient. Deux pulsions antagonistes rentrant en opposition entraînent l'individu dans un déséquilibre et l'incite à chercher sa place là où il n'est pas. Jung précise dans son livre Ma Vie (me semble-t-il) que les névroses sont toujours d'ordre spirituel. Derrière l'aspect pathologique se cache un appel spirituel inconnu. Pour Jung, l'unification des opposées chez l'homme engendre le Soi qui est une forme accomplie de l'humain. Le dialogue de l'inconscient et du conscient est essentiel chez Jung et prépondérant. L'immanence se traduit par une perpétuelle dynamique entre l'anima et l'animus. Une carence dans la dialectique et il peut se couver une névrose, et même une psychose suivant les traits psychologiques personnels de chaque individu. L'environnement socioculturel, familial et religieux marque à jamais le devenir humain individuel. En effet, l'Humain (homme ou femme) est façonné par le contexte dans lequel il se construit. L'étayage doit être fait selon des modèles choisis par l'enfant ou qui se sont imposés à lui. Les traits de la personnalité se forment peu à peu. La société agit donc directement sur nos êtres. Les images de mannequins anorexiques, pâles, cernées comme des droguées amènent les gens à se demander si ce n'est pas ça qu'il leur faut. Petit à petit, l'image s'intègre en chacun et les conflits d'ordre pulsionnels naissent.

Un mal-être croît de plus en plus au sein de l'humain. Inconsciemment, il se demande quelle est sa place dans un monde en perpétuel mouvement. Les paysages changent, les relations changent, les modes de communications et les valeurs transmises se métamorphosent sous nos yeux. L'humain semble complètement désarmé. Il cherche un recours. Là aussi, le choix de la solution dépend de l'individu, de sa personnalité, de la forme dont la culture et l'éducation l'ont façonné. Certains se raccrochent à des valeurs religieuses. D'autres choisissent de se perdre dans un brouhaha technologique, d'autres encore préfèrent s'oublier, s'enivrer des plaisirs éphémères. Chacun tente de compenser son mal-être à sa façon. Il n'y a pas de bonnes, ni de mauvaises solutions ; toutes les recettes font partie de la solution.

Ce qu'il y a de vraiment significatif aujourd'hui est le manque de repères spirituels. Et beaucoup plus que de repères, c'est un manque de connaissances du sens de Dieu. Le concept de Dieu fait souvent rire, prête à un petit sourire narquois et nous nous laissons entendre : « tu crois à ça toi ? » Le problème est bien justement souligné par le fait qu'à l'heure actuelle, l'humain n'a pas envie de croire, il n'a plus envie de croire. Le 21ème siècle est celui de la connaissance véritable, celui où l'on cherche, où l'on expérimente et où peut-être, on trouvera. L'humain n'a pas envie de croire. Il a cru pendant 2000 ans, c'est assez. La rationalisation de notre environnement dont nous cherchons à comprendre le sens, la construction, sa cause et son aboutissement amène à la même approche du concept du divin. Le concept doit se mouvoir en science. Dieu doit se scientifiser s'il veut pouvoir un jour réapparaître sous une forme nouvelle. Je ne rejette pas là les concepts qui ont bâti notre culture, non. Je précise seulement que pour pouvoir survivre, un être doit grandir, évoluer, muter et se transformer en s'adaptant à son environnement. Maintenir une idée rigide de la divinité l'enferme dans un moule dont jamais personne ne peut y sortir indemne. Jésus lui-même puise sa foi dans le judaïsme pour donner au (prochain) christianisme ses lettres de noblesse. Aujourd'hui, il semble en aller de même. L'humain demande à pouvoir prouver par A + B que Dieu existe. Si tel est le cas, la croyance ne sera plus de rigueur. En attendant, la mise en place de véritables pôles de recherche sur le caractère divin de l'humain semble prioritaire. Comment vérifier au monde que la métanoïa (transformation d'une énergie lourde en une énergie plus subtile) est un phénomène existant et qui peut s'observer au sein même de l'individu ? Comment mettre en avant qu'il existe des états modifiés de conscience ? Comment expliquer, par des études scientifiques, que certains phénomènes de synchronisation ou de télépathie s'avèrent dans certains cas être normaux ? Comment expliquer les expériences de mort imminentes ? Voilà un des principaux défis du 21ème siècle : Scientifiser l'évolution complète et possible de l'humanité. Reconnaître une dimension que l'on ne voit pas, mais que l'on peut sentir bouger, vivre, s'atténuer ou s'amplifier comme un dialogue entre 2 êtres qui se cherchent. Nous dialoguons seuls aujourd'hui, parce que nous ne savons pas écouter notre propre réponse. L'esprit n'est qu'une partie du prétendu immatériel. L'un est infini et nous en sommes ses composants.

Une idée potentiellement intéressante, dans la guérison des symptômes serait peut-être pour l'humain d'apprendre à contrôler ces pulsions. Les pulsions sont dévastatrices, elles nous dévorent et reflètent notre côté animal. Les biologistes s'accordent à dire que dès la fécondation, le futur bébé passe par tous les stades de développement qu'ait pu connaître la vie jusqu'alors. Toute la philo-ontogénèse animal se répète en 9 mois pour arriver à un être accompli. L'humain est donc dépositaire d'un savoir qui le dépasse presque, héritage sacré méritant une grande responsabilité. Les animaux n'ont pas de regard assez fin sur eux-mêmes pour déclarer que leur acte est bon ou mauvais. Ils le font et répondent à la mère nature qui grâce à l'instinct, aux pulsions, dialogue avec eux et permet ainsi de maintenir un équilibre dont elle est la seule garante. L'humain est sujet aux mêmes instincts, aux mêmes pulsions et ce sont elles qui le tuent. Nombreuses sont les actions que nous faisons en réponse pulsionnelle. L'animal en nous doit être, non pas isolé, mais dompté.

En continuant dans cette idée, je me demande, et cela n'a de sens que dans une réflexion naturaliste, je me demande si les maladies mortelles comme le sida, le palu, les cancers et bien d'autres, ne sont pas le fait d'une volonté de la nature à rétablir un équilibre pour éviter tout parasitage humain ou tout surpeuplement. Le même phénomène d'auto régulation se retrouve chez les oiseaux où quand une espèce est trop nombreuse, le taux de mortalité des jeunes nés s'élève de façon significative.

Fait à Boulogne Billancourt, en plusieurs fois.
Il aura fallu attendre la dernière minute pour que cet article soit rendu.
La paresse serait-elle une pulsion ?
Je ressens parfois le calme. En même temps qu'une souffrance de devoir creuser.
Car chaque coup de pioche est une caresse vers une autre blessure.
Serait-ce la souffrance volontaire ?
Parce que j'ai payé mes dettes, je vous dois encore beaucoup.
En reconnaissance…
Aurélien Recher



Diabète, obésité, allergies, asthme, eczéma, maladies cardio-vasculaires, cancer, toxicomanie, boulimie, anorexie, dépression, etc. pour ne citer que celles-ci. Eh oui, la liste est longue, voire impressionnante, même des maladies que nous pensions disparues resurgissent à nouveau. Pourquoi ? Que pouvons-nous constater ?

Il est évident que ces pathologies sont liées aux changements de mode de vie observées ces dernières décennies.

Nous vivons dans une société où tout concourt à une prise excessive de poids : alimentation disponible en permanence, déstructuration des rythmes alimentaires, sédentarité, stress, pollution. L'excès de poids et l'obésité deviennent une préoccupation inquiétante en termes de santé publique.

L'alimentation est vécue avant tout comme un plaisir. Mais comment peut-on parler de plaisir dans de telles conditions : manger vite, avec excès, comme une machine, n'importe quoi, à toute vitesse, dans le bruit. Où se trouve le plaisir de goûter ce qui est dans notre assiette ?

L'allergie est devenue la maladie du siècle, elle est de plus en plus fréquente et pose un vrai problème. Elle est également due à la modification du mode de vie et de l'environnement.

La dépression : perte d'estime de soi, manque d'énergie, impossibilité de se concentrer, profond désespoir, réaction au stress, tout l'organisme est chamboulé. Tout le monde peut être concerné.

Se libérer de ces maux représente deux forces en combat : la maladie et la résistance, à l'image d'une lutte biologique entre l'organisme et les bactéries. Tout état négatif a sa contrepartie positive telle que la guérison.

L'espace psychique, cette chambre obscure de notre identité où l'on retrouve à la fois le mal de vivre, la joie et la liberté de l'homme, est-il en train de disparaître ?

Tout se passe de façon telle que la recherche d'un confort matériel se fait aujourd'hui au détriment de la paix intérieure, c'est-à-dire du bonheur.

De nos jours il faut consommer, consommer toujours plus, ainsi nous pouvons constater jusqu'où l'avidité de l'homme peut le conduire, à sa propre destruction.

Qu'est devenu l'être humain d'aujourd'hui ? Sa vie n'a plus de sens, il est seul et dans la précarité, il n'a plus de repère, certains peut être n'ont-t-ils plus d'espoir, peut être inconsciemment se disent-ils pourquoi vivre ? Et comme nous le savons le corps à ses raisons que la raison ne connaît pas bien souvent. Tout au long de notre vie notre corps a enregistré, il n'a rien oublié, toute notre histoire y est inscrite et c'est à nous de délier tout ces nœuds qui se sont constitués au fur et à mesure

Lorsque je m'observe je vois combien ma maison intérieure était vide, j'étais totalement absente de moi-même, dans la survie et j'ai vécu par procuration, mon corps était donc à la merci de tout événement que ce soit intérieur ou extérieur et de ce fait il était mal traité, il souffrait et toutes ces souffrances n'ont pas encore totalement disparues ; j'ai peur de mon corps, je n'ai pas confiance en lui et pourtant je sais que je dois lâcher prise .Je sens qu'il a besoin d'espace, de s'ouvrir, de sérénité. Je me rends compte de l'horreur de la situation et je ne pourrais jamais oublier le passage d'une maison vide à une maison qui commence à être habitée.

Nous ne pouvons nier le corps au nom de l'esprit et vice versa. Coupé du corps il y a entrave à la spiritualité tout comme le corps coupé de spiritualité devient un objet. Il est de notre devoir de nous battre pour avoir conscience de notre corps et de ce fait vivre en harmonie avec un corps et un esprit sain.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 17 novembre 2008
Claudine Thomas