NUMÉRO 127 REVUE BIMESTRIELLE octobre-novembre 2009

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela S'égarer
 
Bernard, Hervé S'égarer
 
Bouket, Gaël Genèse. Un suicide inconscient
 
Delagneau, Philippe S'égarer
 
Giosa, Alejandro Perderse
 
Labhraidh, Seonaidh Perderse
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Perder el Miedo
 
Recher, Aurélien S'égarer
 
Thomas, Claudine S'égarer


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Où est le temps de l'homme ? Que veut dire s'égarer ? Cela veut dire retrouver le temps perdu, ce temps où nous n'avons pas eu la joie d'exister sans contrainte. Le temps passant, peut-être la boucle de la vie sur terre se referme-t-elle. Je me vois, aujourd'hui, revenir à mon adolescence que je n'ai pas vécue.

Où est le temps de l'homme ? Dans l'écoute du non temps, de cette destinée qui nous amène à vivre des étapes qui n'ont pas été vécues.

Adolescente pleine de questionnement, de souffrance incomprise, je me souviens, aujourd'hui, de ce temps de souffrance où le manque et le vide étaient si présents, mais de ce temps plein de révélations : les arbres fleuris du printemps, le questionnement, « Qu'est-ce que la Vie ? », « Qu'est-ce que l'Amour ? ».

Aujourd'hui, j'y reviens, mais je ne m'égare pas, je n'égare pas mon regard étrique. Ceux qui sont partis sont partis et je reste, quelque part, comme le témoin qui leur a manqué pour comprendre l'éternel retour aux sources.

Je m'arrête un instant. Je contemple pourquoi ma vie me semble si courte et si longue… Si courte, parce que je cherche des réponses. Si longue, parce que, sur Terre, le calendrier nous marque le passage d'un temps pendant lequel nous ne sommes pas que les témoins du transit de la vie sur Terre ; si nous sommes conscients, cette vie est éternelle, car nous l'avons marquée par l'acceptation de réalités que ne peut accrocher celui qui n'est pas un Chercheur.

Je ne m'égare pas, je suis dans l'ici et maintenant, avec une vision du transit qui n'est pas si tragique, mais merveilleuse ! Je ne m'égare pas, je contemple, je laisse venir.

Pourquoi est-ce, aujourd'hui, le retour à ma préadolescence ? Oui, j'en suis là… Pas encore dans l'adolescence, mais dans cette période de latence où je voudrais tout savoir, tout apprendre, tout comprendre. Peut-être y avait-il encore des larmes du fait d'abandonner l'enfance. Je suis à cette époque où il n'y avait pas de doute. J'étais aimée, nourrie, blanchie par le soin des autres, mais une certaine conscience « essentielle » m'amenait à m'égarer, sans remède, loin de l'insouciance.

J'ai appris, dans mon enfance, à ne pas faire confiance. J'écoutais sans vouloir entendre ou j'ai entendu sans vouloir écouter la criminelle jalousie. L'étayage était dur et difficile : d'un coté, l'injonction « prends du plaisir », et de l'autre « il faut que tu fasses », impitoyable.

Cherchant la responsabilité d'exister et sans soutien, je me suis lancée dans l'aventure de vivre en étant foncièrement révoltée. Je ne me suis pas égarée, au contraire, je me suis révoltée contre tout égarement de mon « vouloir être ». Aujourd'hui, je n'ai pas changé. Dès la naissance, j'ai été marquée par le sceau de la responsabilité.

Derrière moi, s'il y a eu des échecs dans ma vie, ils n'ont pu être que des explorations pour expliquer ma méfiance d'aujourd'hui. Un fil d'Éternité me conduit à travers le temps. Il y a peut-être quelque chose à découvrir.

Serait-il possible pour moi de m'égarer ? Mais de quoi ? De qui ? Je ne sais pas encore. Dans tous les cas, je vais faire ce chemin sur Terre. Une démarche de compréhension pour ne pas m'endormir à la beauté de ce qui est en moi depuis l'éternité de la Création.

Ce n'est qu'une première partie d'une réflexion qui mérite d'être développée, en mettant le temps de la compréhension bien droit. Ainsi soit-il.

Fait à Paris, le 20 octobre 2009,
Il fait froid, il y a du vent.
Je suis seule dans un instant où la solitude n'est qu'une utopie.
Je comprends, aujourd'hui, Sartre, dans « Huis clos ».
Je suis avec les hommes, entre les hommes et pour les hommes.

***

Comme disait Che Guevara : « La guerre est finie, commence la révolution. »

Vingt ans se sont passés depuis le premier jour de la naissance de SOS Psychologue, dans une nuit froide, dans un Paris dormant d'un sommeil naturel et égalitaire.

Mais avaient-ils, les habitants de cette ville silencieuse, les mêmes possibilités d'avoir des réponses, à des moments de confusions où, le conflit, la souffrance et la nécessité se mêlent, sans même avoir le droit à se poser la question de trouver un interlocuteur capable de donner une réponse aux questions : « Où suis-je ? Où vais-je ? » ?

Oui, j'ai eu aussi des nuits sans sommeil, des confusions profondes, des deuils, des solitudes où je criais aux étoiles, mais en ayant les moyens d'accéder, par mes propres moyens et mon travail correctement rémunéré, de demander une orientation à des professionnels compétents.

Quand je suis née, autour de mon berceau, il y a sans doute eu des fées protectrices qui ont su me donner la main dans les moments de souffrance.

Ce que j'ai reçu, je voulais le donner gratuitement et je l'ai fait et je continuerai à le faire. Et mon équipe me suit.

Nous sommes une équipe de volontaires dont la qualité dépasse la rigueur scientifique pour devenir, comme disait Jung : « plus un art qu'une science ».

Les vingt ans de « SOS » ont été fêtés le 20 novembre à Paris dans le quatrième étage du 152 avenue Victor Hugo. Il y avait beaucoup de monde. La qualité de l'énergie qu'a dégagée cette soirée m'a permis de comprendre que, dans ces vingt ans, je n'ai jamais été égarée. Je suis restée sur ce chemin droit et juste, lié au plaisir de donner ce qu'on peut donner et en sachant que si l'on veut, on peut donner.

Nous ne nous sommes pas égarés, la ligne directrice a toujours été là. Je ne fais que suivre, tous centres unifiés, toutes fonctions psychologiques dynamisées, ce qui, en moi, était l'appel et l'accueil des autres dans leur demande, sans limite de classe sociale, de profession, de niveau éducationnel.

Comme toujours, je laisse venir.

C'était une nuit d'hiver, mais il ne faisait pas froid, ni à l'intérieur ni à l'extérieur. Mais je vous dis, aujourd'hui, que sans m'égarer, je ressens en moi la révolution d'une aurore nouvelle.

En laissant venir, nous nous sommes trouvés, mon équipe et moi, hier soir, au théâtre, à voir « Parole et guérison » ; concrétisation, sans doute, de la synchronicité de Jung.

Aujourd'hui, dans un moment de lucidité incroyable, les meubles, chez moi aussi bien que de mon cabinet, ont été changés de place et, enfin, un nouvel univers se dessine.

Je prends quelques paragraphes d'un conte que j'ai écrit pour le département de « Langues classiques » de la Sorbonne, qui s'appelle « Tentation de poète », car après la pièce de théâtre d'hier soir, une révolution émotionnelle très profonde m'arrive. Mais je ne veux pas m'égarer, j'accompagne cette mouvance émotionnelle :

« La seule chose qu'il soit possible de connaître et d'accepter est que nous sommes ensemble aujourd'hui, que les vents défont les nuages et qu'un jour, je te le promets, pour que tu ne sois pas triste maintenant avec moi dans mes bras, je porterai des fleurs d'amandiers à la tombe de tes rêves, pour que tu penses que la neige est arrivée, qu'il te faut dormir et attendre le printemps pour renaître.

Il y a un cristal. La nuit devient profonde et fébrile. Nous rompons le temps et je t'aime. »

Le conte se finit sur cette phrase dans son chapitre neuvième et répond à question : « Et quoi faire mon amour pour que nous ne soyons jamais dans la destruction de nous égarer ? » :


« Une possible alternative :
Accepter ta proposition d'éternité…
La pluie vient de cesser.
Écrit à Paris, 21 mars 1994. »
Je reprends cette proposition aujourd'hui, le 22 novembre 2009, à Paris :

« Une possible alternative :

J'accepte ta proposition d'éternité…

La pluie vient de cesser et la révolution vient de commencer.

Mais nous ne sommes jamais dans l'égarement et je t'aime. »

Note : extrait tiré de « L'avant scène théâtre » de « Parole et Guérison » de Chritopher Hampton, à la page 63 :

« Jung : (...) Nous devons aller plus loin, dans des territoires qui restent à explorer. Nous devons revenir à la source de toutes nos certitudes, de toutes nos croyances pour nous permettre d'aller de l'avant. Sans tabou. Je ne veux pas me contenter d'ouvrir une porte et de dire à mon patient : « Regarde, voilà ta maladie, là, assis sur ses talons comme un immonde crapaud », et de refermer la porte. Je veux trouver le moyen de l'aider à se réinventer, je veux qu'il parte pour un voyage au terme duquel quelqu'un l'attend. Alors je lui dirai : Tu vois, cette personne qui te fait face, c'est toi, c'est celui que tu as toujours voulu être. »

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



S'égarer ou se garer voudrait-il dire la même chose ou le contraire ?

Dans le premier cas, chacun s'accorde à reconnaître que nous avons emprunté une mauvaise direction, en général plus ou moins inconsciemment, voire dans un mouvement de déni bien ancré, même si, quand on nous pose la question, le doute cède rapidement à l'impression très forte que quelque chose ne va pas, mais alors…

Dans le second cas, il s'agit de s'arrêter dans le mouvement perpétuel de la vie, celui de notre environnement, qui, quoiqu'on en dise, quoiqu'on espère ou recherche, change chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde et dans notre chemin d'évolution pavé des différents projets de notre vie, de nos espoirs, de nos addictions, mais l'histoire, à ce niveau d'analyse préliminaire, ne dit pas s'il s'agit d'une pause pour reprendre ses esprits, rassembler ses forces, faire un point de situation, bien sûr, pour mieux continuer sa route, pour nous conforter dans le choix de la bonne direction ou d'un jet de l'éponge, dans un mouvement soudain, mais le plus souvent ancien de confusion, d'un moment de découragement avec le risque d'une chute au détriment de nos objectifs initiaux soutenus par ces mouvements de tension du corps et de l'esprit qui sont l'expression et la source de la vie.

Dans tous les cas, il s'agit d'un changement de position dans notre situation dynamique. Auparavant, tout se déroulait bien, entre parfaitement et difficilement, le plus souvent tant bien que mal, les choses avançaient à leur rythme et la ligne d'horizon se rapprochait lentement, mais inexorablement, qu'elle soit porteuse de projets précis et bien identifiés ou de plus vagues espoirs de changements et de réalisations, pensant qu'en se rapprochant les contours de cette région tant convoitée se préciseraient dans l'étape finale de choix.

Mais le plus souvent s'égarer, loin de l'accomplissement d'une pause salutaire et même, bien ordonnancée, quand elle est programmée au bon moment, est synonyme de mauvais choix, de solitude, de perte de temps, de gaspillage d'énergie, de différents sentiments négatifs orientés plus vers la déprime (voire son contraire, une euphorie névrotique ou psychotique où les contraires s'attirent et se repoussent) que vers le maintien d'une tension psychique bien équilibrée, celle qui, comme nous le suggère C. Gustav Jung, repose sur l'action équilibrée, conjointe ou successive, des 4 fonctions psychologiques, la réflexion, l'intuition, le sentiment et la sensation, et qui est synonyme de bien-être. À moins qu'il ne s'agisse de désœuvrement, de nonchalance, d'apathie, d'inertie, mais comme dit la sagesse populaire : « la paresse est mère de tous les vices ».

Parfois il peut être utile de s'égarer afin de mieux rebondir, comme pour capitaliser de l'énergie afin d'aller plus loin. L'égarement arrive véritablement, quand nous ne profitons pas de ce mauvais passage pour faire retour sur nous-mêmes, nous remettre en question et après le temps de la réflexion passer à l'action. Mais, curieusement, souvent nous sommes inextricablement enserrés entre un rythme quotidien qui nous laisse guère de marge de manœuvre et un état de confusion flottant, ce qui nous rend bien mal armés pour nous poser les questions de fond, celles qui commandent notre destinée, ce pour quoi nous nous battons chaque jour.

Eh oui, la vie est une bataille, même si nos civilisations avec leurs débauches de nouvelles connaissances, d'inventions et d'avancées technologiques et l'accès presque pour tous à une société de consommation sans limite où presque tout peut être acheté dans la réalité ou bien dans la virtualité, nous maintiennent dans une illusion de protection et d'assistanat perpétuel comme un privilège acquis, nous restons bien seuls face au cheminement de la vie. Où trouver la bonne route où garder le bon cap réclament des qualités personnelles parfois innées, mais en majorité acquises, grâce à un travail sur soi, bien loin des biens matériels et des paillettes de notre société des étoiles brillantes, je devrais dire étoiles filantes.

Il arrive, après un choc psychologique ou somatique violent, ressenti comme tel par nous dans une unité particulière de temps et d'espace, mais peut-être pas par les autres s'ils avaient vécu la même trame d'événements ou ils cherchent ce qui nous est arrivé, que nous nous rendons compte, comme dans un flash de supra conscience ou sous la pression trop forte de la douleur, que nous nous rendons compte combien nous nous sommes égarés, parfois depuis trop longtemps. Et là l'aide des tiers, des proches, des amis est précieuse, même si nous pouvons nous sentir forts intérieurement, capables de nous en sortir nous-mêmes, seuls, sans l'aide des autres. Cette prise de conscience, au contraire, fragilise d'autant plus qu'elle s'accompagne de l'impression de devoir remonter une montagne inaccessible.

S'égarer est un passage, réussi s'il est temporaire, source potentielle de souffrance psychique ou physique s'il s'éternise, par le côté sombre de la vie, celui qui nous permet de mieux connaître les parties méconnues souvent peu attractives de nous-mêmes. Mais la lumière ne peut jaillir que de la pénombre, parfois des ténèbres. Et s'égarer est le prix à payer pour emprunter la route du bonheur et du sentiment d'avoir œuvré pour le bien de soi-même, les autres prompts à nous renvoyer, souvent à leur insu, cette lumière, en sont les témoins privilégiés et essentiels !

Hervé Bernard



Et pourquoi pas une dépression, dont le seul fil retenant du suicide serait le sentiment de responsabilité, de dépendance des autres à soi-même ? Cet événement peut très bien ressembler à une tentative de suicide avortée par le remord, de l'abandon.

Il ne s'agit pas alors de renforcer ce sentiment de nécessité, mais peut-être de trouver un désir, une joie, un partage, qui suffise, sans raison rationnellement justifiable, à vouloir être ici. Une sorte d'amour irrationnel donnant une pulsion de vie. Il n'y a pas à persuader ou déduire.

Lorsque j'ai moi-même, très jeune, ressenti ce goût du départ, le déclic est venu du sentiment de liberté, d'une vision d'avenir possible à construire suivant mon désir et toutes les obligations du quotidien ont perdu leur importance. Je les ai survolées en construisant ma révolution.

Réinventer, recréer. Provoquer un peu de flottement et de chaos, mais plein d'espoir et de vie, avec la certitude que celui que je veux être a sa place quelque part.

Il s'agit d'accrocher le destin. Bien sûr, il y a le poids du regard de l'autre, des besoins des autres. Mais qu'auraient-ils fait si j'étais mort ce soir là ? Je suis mort à eux, à cette vie lourde, ses murs et ses barreaux.

Je suis vraiment mort ce jour-là. Un être nouveau a intégré un corps tout près, disponible, éduqué, socialisé. Il n'y avait plus qu'à chercher la voie, quoi faire de tant (temps) de possibilités de vie.

Ce choc a permis aux autres de comprendre la nécessité de la révolution et a créé de la place, de l'espace pour tout transformer. Les egos ont été dégonflés par la peur de perdre quelqu'un à jamais. Tout le reste leur est devenu acceptable, en quelques heures.

Les murs ont explosé, les barreaux ont fondu. Ce suicide est la réincarnation ultime vers le chemin de la vie. Nous sommes là par choix.

Pour nous, le temps offert est un surplus. Les obligations sont derrière.

Nous devrions être morts. Peut-être le sommes-nous.

Le monde nous frôle sans nous toucher. Nous sommes libres, c'est un contrat, un serment avec soi-même. Plus rien ne pourra nous empêcher d'être ce que l'on rêve de soi. Le monde et les gens sont morts.

Il ne reste qu'à sourire. Plus rien n'est comme avant.

Gaël Bouket



En évoquant ce thème, en y cherchant les résonances internes, le sentiment qui surgit en moi et qui m'imprègne dans mon intégralité évoque la solitude, une solitude contrainte par le silence d'un monde absent à mon appel.

Je me vois les yeux grands ouverts à la vie, cherchant sans le savoir à interroger ce monde qui m'avait donné la vie, en qui je donnais innocemment toute la confiance d'un être en devenir.

Parce qu'aujourd'hui, je peux me voir ou revoir avec la distance et la qualité d'un monde émergeant, je peux interroger mon vécu et le comprendre. Je vois cette quête d'amour dans ma joie enfantine de vivre et la demande d'être aimé.

Le questionnement était présent, les réponses absentes.

Je cherchais alors les rencontres, je rassemblais, je constituais des groupes d'amis dans un monde simple, sans question, sans mensonge, ni dissimulation inutile. Rien ne m'avait été expliqué, rien ne m'avait été proposé.

Pourquoi la vie, et si c'était juste une question alimentaire, alors je pourrais exercer n'importe quel métier, de préférence manuel. Je voulais « être » mécanicien.

Ce monde ne voulait pas de moi et moi de lui et c'est bien malgré moi, coûte que coûte, que j'ai grandi, sans ma participation active, sans mon accord.

Chère solitude, que ne m'as-tu pas fait souffrir. Non, pas toi, car, grâce à toi, je peux comprendre aujourd'hui ce mécanisme de compensation qui m'a soutenu avec cette lueur lointaine, mais pourtant bien présente d'un autre monde.

Et cette course effrénée à m'identifier à tout ce qui n'est pas moi, à me construire une image, un personnage, une carapace pour ne pas me confronter à la vie. Pourquoi me confronter s'il n'y avait rien, pour quoi faire ?

Oui je crois que je reviens d'une grande erreur, après une grande errance. C'est maintenant qu'il m'a été donné de voir. Quel piège ce chemin solitaire et sans boussole ou l'égarement s'initie sournoisement dans chacune des situations de la vie sans qu'on le soupçonne.

Et s'il existe cette lueur, des êtres de lumière la portent, ici bas, autour de nous. Comment ne pouvons-nous pas le comprendre et les reconnaître. Pour cela, il faut avoir faim et soif, le regard un peu éveillé à regarder dans la même direction.

Peut être pourrons-nous ensemble à partir de cette solitude comprise rendre hommage à Jung dont la pensée s'accorde si bien à ce thème :

« Je ne veux pas me contenter d'ouvrir une porte et de dire à mon patient : « Regarde, voilà ta maladie, là, assise sur ses talons comme un immonde crapaud » et de refermer la porte. Je veux trouver le moyen de l'aider à se réinventer, je veux qu'il parte pour un voyage au terme duquel quelqu'un l'attend. Alors je lui dirai : « Tu vois, cette personne qui te fait face, c'est toi, c'est celui que tu as toujours voulu être.» »

Écrit à Lagny-sur-Marne, le jeudi 26 novembre 2009
Philippe Delagneau



Le processus de la recherche interieure

Celui qui nous aura suivi jusqu'ici et qui aura constaté, en s'examinant lui-même, la véracité des observations que nous avons antérieurement exposées au sujet de l'état intérieur de l'homme, doit cependant se convaincre qu'il est incapable, de lui-même et seul, de modifier quoi que ce soit au fonctionnement de son psychisme régi par des mécanismes automatiques.

À cet égard, toute connaissance livresque, toute érudition doctrinale sont également impuissantes. Il s'agit là d'un fait d'expérience : chacun a eu l'occasion, au moins une fois dans sa vie, d'approcher tel ou tel spécialiste qui connaît tout sur « les enseignements secrets » et en parle parfois brillamment, et de constater simultanément combien peu cette érudition énorme avait servi à l'évolution de l'intéressé qui demeurait psychiquement un adolescent immature.

Et encore n'est-ce là que le moindre mal. Le pire peut survenir si le passionné de lecteurs ésotériques entreprend, seul et sans contrôle, de pratiquer des méthodes « secrètes », surtout s'il est à la recherche d'éventuels « pouvoirs ». La libération prématurée de l'essence (inconnue en général de l'homme), du poids de la personnalité, ne peut que déchirer la dite personnalité : la schizophrénie n'est pas loin et le cas le plus célèbre d'échec de ce genre est celui de Nietzche.

La démarche que nous décrivons n'est possible sans risque qu'après l'émergence en l'homme d'un troisième élément, conciliateur, qui n'est ni l'essence ni la personnalité, et qui ne surgit lui-même qu'après un long travail dirigé.

Le chercheur prudent va donc se mettre à la recherche d'un maître qui l'ait précédé avec succès dans cette démarche et qui accepte de le guider. Et s'il ne parvient pas à le trouver, il vaudrait mieux pour lui qu'il jette tous ses livres et s'adonne à une vie de dissipation et d'inconscience.

À cet égard, la présente vague de l'ésotérisme et l'incroyable quantité d'ouvrages publiés actuellement par des auteurs vivants n'offrent pas que des avantages. Le candidat-disciple est perdu devant cette prolifération où le meilleur côtoie le pire. Il sera donc amené, s'il est prudent, à appliquer dans la recherche de son « maître » éventuel des critères rigoureux de sélection. Ceux que suggère le bon sens sont les suivants :

La première qualité exigée d'un maître spirituel est la modestie, et surtout la normalité. Mieux vaut un « gourou » médiocre qu'un délirant : au moins le premier ne fait pas de mal.

Et celui qui s'attribue à lui-même des « pouvoirs » occultes et qui s'en vante est un imposteur.

Surtout, le critère essentiel de l'authenticité d'un maître spirituel est le respect de la liberté du disciple. Le maître offre et propose ; l'élève prend ou refuse, pour lui-même, et s'il se trompe, il en portera librement les conséquences. Le but de la recherche dont nous parlons est de former des êtres réellement libres et responsables : toute pression et tout excès d'affectivité sont donc exclus dans cette démarche, et c'est ce qui la distingue des entreprises « sectaires » tellement dénoncées à notre époque.

Une fois le maître spirituel choisi, et le disciple agréé, les relations entre eux peuvent être organisées selon 3 modèles :

Le type de rapport le plus recherché par l'élève est bien entendu le dialogue à deux, la « leçon particulière » où il pourra profiter de l'enseignement dispensé pour lui tout seul. En fait, ce genre de relations est extrêmement rare ; il est choisi par un maître dépositaire d'une expérience très particulière et qui souhaite former un disciple en vue, non pas de diffuser son enseignement, mais de le substituer après sa mort dans une chaîne initiatique à laquelle il s'estime relié.

Ce mode de transmission du savoir est caractéristique chez le maître d'une vie cachée, recluse et sans notoriété apparente. On le rencontre dans la vie érémitique (hésychasme, certains enseignements bouddhistes) ou dans l'alchimie spirituelle. Mais il nécessite de la part de l'élève, en contrepartie de l'exclusivité de l'enseignement reçu, une telle disponibilité au Maître, une telle quantité de présence qu'il est tout à fait exceptionnel d'y avoir recours dans les conditions de la vie urbaine moderne. Un maître potentiel qui reçoit des élèves en tête à tête cherchera donc, la plupart du temps, à simplement préparer ceux-ci à une autre expérience, collective.

Le second cadre de transmission d'un enseignement tendant à la recherche intérieure est le « couvent », au sens général du terme. La caractéristique du « couvent », celle que l'élève retiendra bien plus que la vie collective, c'est la clôture, la séparation du monde extérieur. On s'y retire pour faire retraite dans un univers apparemment immuable, où le monde extérieur, son chaos et surtout son mouvement, ne pénètrent pas.

De fait, il ne s'agit là que d'un aspect des choses, le plus visible et bien souvent trompeur. Car le « couvent » est habité et, à l'abri des murs de sa clôture, se presse une population de chercheurs similaires au disciple, animés par la même volonté de parvenir à la connaissance, si possible chacun les premiers et avant tous les autres. Cette compétition inavouée dans un milieu clos entraîne des tensions auxquelles il est nécessaire de remédier par l'établissement d'une discipline rigide et parfois draconienne qui replace tous les élèves au même niveau, de préférence celui du débutant. Et le lien symbolique entre les participants sera concrétisé par l'existence d'un rituel de comportement, parfois discret ou parfois rigide, mais toujours présent.

Cette formule de regroupement autour d'un « Maître » est très en vogue. « Stages », « ashrams » ou « dojos » fleurissent partout, de préférence dans les lieux retirés ou chargés d'histoire spirituelle. Il s'en faut de beaucoup que ce soit la meilleure méthode pour transmettre une influence spirituelle. En effet, la coupure avec la vie extérieure, la vie courante en milieu urbain, est trop prononcée et trop artificielle. L'élève est infailliblement tenté de prendre le moyen pour le but, de confondre la retraite elle-même avec la connaissance qu'il est venu y chercher. Il se produit alors une identification au « couvent » lui-même qui n'aurait de sens que dans la perspective d'un renoncement à toute vie active et d'un internat définitif.

C'est pourquoi, sauf circonstances exceptionnelles, la méthode du « couvent » n'est pas choisie pour la transmission d'un enseignement de recherche intérieure, transmission qui nécessite beaucoup de temps et de persistance réciproque dans les efforts réguliers.

Georges de Maleville



Sortir des chantiers battus, aller défraîchir d'autres endroits pour se rendre compte, au final, que notre route est déjà semée d'embûches et qu'il est inutile d'aller en chercher d'autres.

Cet article s'écrit après la réception inaugurant les 20 ans de SOS Psychologue, association créée par le Docteur G. Pioton-Cimetti de Maleville, docteur en psychologie clinique et sociale, sociologue, psychiatre argentine et sophrologue.

Le Docteur Pioton-Cimetti m'a reçu dans son cabinet du 84 rue Michel-Ange à Paris le mardi 9 mai 2006 à 17h30 après que j'ai cherché, au bout de moi-même, des questions dont je ne trouvais ni le sujet, ni le verbe, ni le prédicat. Je suis venu consulter, parce que mon âme était sortie de son axe. Mon âme était sortie de son axe, parce que mon quotidien n'était organisé que pour favoriser l'oubli, la négation et l'égarement de moi-même. J'oubliais que mon quotidien ne correspondait pas à mes attentes intimes. Mais comment le savoir ? Comment réaliser que je n'étais pas sur la bonne voie ou sur la mauvaise ?

S'égarer est une responsabilité que peu de gens sont capables d'assumer la tête haute, car l'égarement responsable, parfois nécessaire, implique le vouloir du retour à soi avec toute la dépense d'énergie que cela comporte. Un homme quand il en a marre de lui-même, se cherche, appelle à l'aide, parce qu'il n'a plus rien d'autre à perdre. Il est arrivé au bout de sa fatalité.

C'est ce que je fis comme beaucoup de mes camarades : j'ai cherché un centre à mon existence, j'ai tourné autour, je me suis perdu. Connaissez-vous la dissociation schizophrénique ? Oui, je suppose. Tout homme s'intéressant à la psychologie en a entendu parler. C'est une rupture intra-psychique (en grec : schizo = feindre, phrénie = esprit) coupant l'homme de la réalité environnante et de sa réalité intérieure. C'est une scissure de l'esprit qui ne permet plus au sujet de s'adapter à son environnement. La schizophrénie se caractérise entre autres, par des « voix entendues » et des schémas d'action répétitifs que le patient ne peut contrôler. C'est donc à cet instant que l'homme est déclaré en état pathologique.

Oui, nous le savons, la dissociation schizophrénique c'est ça. Mais l'avons-nous déjà expérimentée et comprenons-nous véritablement l'angoisse qu'elle suscite ? Avons-nous déjà entendu une voix qui posait une question au réveil du matin, puis une autre la seconde suivante après avoir trouvé la réponse à la première et qui vient contredire la réponse déjà trouvée et que ce processus se passe de minutes en minutes, d'heures en heures, de jours en jours, année après année. Avez-vous entendu la souffrance d'un patient qui vient vous dire qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive, qu'il entend, que pour lui tout est normal enfin parfois, mais c'est comme si les autres, les autres ils…qu'ils… qu'il ne peut plus vivre ça, si ça c'est la vie, une existence, alors non, ça sera ça en moins ? Et…encore…toujours…Toujours ses phrases qui reviennent à lui. Sommes des inconscients pour ne pas voir que derrière la souffrance se cache le vouloir être en vie ?

L'égarement d'un patient, d'un homme, d'un pays, d'une ville, de soi-même démontre le manque de repères de l'existence humaine. Le manque de repères sociaux démontrent le manque de repères psychiques et inversement. L'homme consultant est un patient perdu en lui-même. Égaré par des forces qui le dépassent, il pose sa main sur une rambarde de glaise pas encore sèche. Jung [1] signale magistralement que le manque de symbolisme environnant permet à des forces collectives de se déchaîner. Parallèlement, nous voyons une décroissance significative de la fréquentation des églises qui permettaient, par une symbolique puissante, de structurer cet inconscient collectif dont chacun est dépositaire, et en même temps une recrudescence des consultations psychothérapeutiques, analytiques et psychiatriques (en rappelant que la France a une moyenne supérieure à sept fois aux autres pays européens en matière de prise de médicaments psychotropes).

Le manque de repères collectifs incite l'homme à aller chercher ce manque de structuration psychique dans des sectes ou autres églises dites évangéliques telles que celles des Raéliens ou de Notre Dame de la très grande Miséricorde absolue au Madagascar, ou encore plus intégrée aux sociétés occidentales, l'Église de Scientologie. De nombreux exemples montrent que ces sectes ont pour mission de dépouiller l'homme de ses richesses personnelles traduisant en lui la perte de son énergie psychique et de son dynamisme ; et renforçant par la même, son antipathie, et celle de la société entière, pour des religions qui au niveau symbolique tout du moins font véritablement œuvre de charité commune.

Il doit arriver en analyse, et c'est à confirmer par les spécialistes, nombre de patients dont les troubles ont pour support leur propre histoire personnelle et pour fondement un complexe collectif.

L'anomie sociale dont parle fréquemment la présidente est présente et bien présente. L. Klages, cité par J. Nuttin (1965), abonde dans ce sens : « Dans la culture contemporaine, on recherche massivement la puissance de rendement, mais substitue à la noblesse de cœur l'honorabilité problématique de la capacité professionnelle… Ces traits de personnalité ont perdu leur valeur pour la psychologie moderne et il n'est resté que le zèle au travail, l'ambition et la capacité de succès, c'est-à-dire un ensemble de traits que l'Antiquité aurait attribuée, sans hésitation, à la catégorie d'homme la plus basse, à l'esclave et au paria ».

Comme l'explique Jung [1], l'homme d'aujourd'hui réplique le même schéma que l'ère préchrétienne, il est fondu dans la matière. La vie intérieure n'a que très peu d'importance, l'homme ne s'y passionne pas. Le Christ a eu, en ce sens, la fonction d'introjecter la libido en évoquant que son royaume n'est pas d'ici. Cette initiative d'introjection trouve son point culminant avec saint Augustin au début du Vème siècle qui répète que la vie intérieure est fondamentale. Saint Augustin, en faisant l'apologie du monde intérieur, voulait sans doute, compenser le trop de vie matérielle. Nous comprenons que l'homme en tant qu'être bio-psycho-social doit parvenir à trouver un équilibre entre vie interne et vie externe. Au jour d'aujourd'hui, l'introjection passant au fil des siècles en une libido « extra-jetée », l'homme moderne s'enivre de matérialité ne faisant qu'accroître, au niveau collectif, les représentations archétypiques qui viendront remplir, et ainsi contribuer, à l'émergence numineuse d'un archétype nouveau compensant ce trop de libido externalisée.


[1] C. G. Jung (1912) : Métamorphoses de l'âme et ses symboles. Georg Editor, 1993.
Fait à Boulogne le 24 novembre 2009.
Mon projet professionnel s'affine :
Je veux devenir médecin de l'âme, c'est-à-dire docteur en psychologie et travailler en institution et/ou en libéral.
Ma formation psychologique se poursuivra au cours d'un master recherche en neuropsychologie et psychologie cognitive.
J'effectuerai un stage de 500h pour obtenir le titre de psychologue.
Après le master, je continuerai sur une thèse afin d'éclaircir le lien entre le psychologique et le somatique.
Mis à part d'autres études complémentaires, je continuerai mon analyse et à comprendre Jung.
Je dois terminer sur cet adage qui porte ma vie :
« Non nobis, domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam »
(Non pour nous, Seigneur, non pour nous, mais pour la gloire de ton nom). Amen.
Aurélien Recher



Il y a tellement de façon de s'égarer que ce soit intérieurement ou extérieurement : « s'oublier », ce que l'être humain fait la plupart du temps, perdre le fil de son discours, de son raisonnement, perdre son chemin, oublier les règles les plus élémentaires, se fourvoyer dans ses propres conflits intérieurs, etc. La liste est longue.

Durant la préadolescence et l'adolescence, les parents doivent normalement donner à leurs enfants les repères nécessaires à leur bonne orientation dans la vie faute de quoi ils risquent fort de s'égarer dans leur propre vie.

En abordant ce sujet je n'ai qu'une pensée : celle de m'être toujours égarée, que ce soit en pensées, dans mes sentiments, dans mon corps, dans la vie même. Je tournais en rond, ne sachant où aller vers qui me tourner, et je recommençais inlassablement comme si il n'y avait pas d'autre solution, je pensais qu'il n'y avait pas d'issue. Cela créait en moi la confusion, une sorte de découragement, une fatalité, j'en étais arrivée au point où je me disais : je n'ai pas droit au bonheur c'est comme ça.

Parfois j'étais dans une telle confusion, un tel mal être que j'étais accroupie ou assise immobile dans le noir, ou à faire les cent pas ne sachant quoi faire, n'ayant envie de rien, seulement de dormir ou de fuir pour ne plus vivre ça.

Quelle vie pouvais-je espérer ? Il n'y avait aucune construction en moi, rien de solide sur lequel je pouvais m'appuyer.

Il n'y avait personne en moi et autour de moi capable de me diriger, de me mettre sur le bon chemin, de me dire c'est ça et rien d'autre, la vie m'imposait tout à son gré. Il n'y avait pas, à ce moment là, le choc capable de m'éveiller, de marquer le stop, d'arrêter ne serait ce qu'un instant le processus enclenché en moi, de me permettre de me questionner, et d'observer ce qui se passait exactement. Où j'étais à ces moments-là ? Tout simplement endormie.

Comme il est aisé de s'égarer, il y a tant d'embuches sur le chemin, de pièges, capables de nous faire trébucher qu'il faut savoir où diriger ses efforts, car sans effort nous n'irons nulle part. Nous devons avoir une compréhension claire de l'objectif, du but à atteindre. Quand on a l'impression de s'égarer, on revient à ce qui est basique. Chez nous c'est le corps, il peut donc être un point d'ancrage, toutefois faut-il avoir un corps sur lequel nous pouvons compter, je dis cela, car cela n'a pas été le cas en ce qui me concerne, je parle au passé, car il y a un tel changement par rapport à ce que j'ai connu. J'avais cette sensation comme si nous étions séparés, chacun faisait ce qu'il voulait ou pouvait plus exactement. Il n'y avait aucune relation entre nous, un corps disloqué, un corps en folie.

Le chemin de la conscience est le seul qui puisse nous permettre de ne plus nous égarer. Devenir éveillé intérieurement, être conscient de soi-même est, par essence, le chemin vers la libération de ce que l'on est et de toutes les afflictions qu'entraînent immanquablement une manière d'être habituelle et machinale.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 19 Novembre 2009
Claudine Thomas