NUMÉRO 163 REVUE BIMESTRIELLE novembre-décembre 2015

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Éditorial Editorial
  Quand les enfants grandissent Cuando los hijos crecen
 
Bernard, Hervé Quand les enfants grandissent
 
Cohen, Rut Estoy y están
  Cuando los hijos se van
 
Delagneau, Philippe Quand les enfants grandissent
 
Giosa, Alejandro Cuando los hijos crecen
 
Manrique, Carla El tiempo pasa y los hijos crecen
 
Recherche/Investigation Groupe de travail
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de février 2015
 
Stella, Silvia Cuando los hijos se van
 
Thomas, Claudine Quand les enfants grandissent


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Bernanos évoque ainsi les prochaines civilisations, gavées par les progrès de la science et de la technique : « Troupeaux humains rassasiés, comblés, remplis jusqu'au boyau, bénissant leur servitude. »

Et il invite les chrétiens à se rappeler leur devoir sacré : « Nous attendons de l'Église ce que Dieu lui-même en attend : qu'elle forme des hommes vraiment libres, une espèce d'hommes libres particulièrement efficaces, parce que la liberté n'est pas seulement pour eux un droit, mais une charge, un devoir, dont ils rendront compte à Dieu. »

En fait, il faudra bien en venir à cette conclusion que la culture humaniste s'avère de plus en plus nécessaire pour unir les hommes que la spécialisation tend à séparer aussi bien que les supposées idéologies de la libération.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Le thème m'émeut et une image émerge parmi mes souvenirs perdus dans les ténèbres du temps.

Miramar, à la campagne, après une journée de plage, nous arrivons, mes enfants et moi, à la propriété. La tante nous attendait avec le goûter. Le soleil descendait entre les plantations de maïs. Les eucalyptus, en rang par quatre, se perdaient très hauts vers le ciel… Je me perds encore dans ma mémoire. Avec le vent les arbres bruissent de murmures comme des cathédrales naturelles. Et je revois les feuilles tomber, le bruit de mes pas en écrasant les feuilles par terre. Des bruits me reviennent, des arômes, des couleurs d'été avec des ciels bleus profonds, les chevaux, les chiens et mes quatre enfants qui grandissaient dans cette nature privilégiée et fastueuse.

***

Dans l'année de naissance de ma deuxième fille a été planté un cyprès près des garages. J'ai trouvé une photo de la tante assise dans les herbes, au soleil couchant, avec ma fille dans ses bras.

***

La tante n'a jamais eu d'enfant et comme j'étais fille unique j'étais partagée entre mes grands parents, mes parents et le couple de mon oncle et de ma tante. J'ai grandi avec une certaine indéfinition de mes sentiments. Lesquels étaient mes vrais parents ?

Un amour fou et inconditionnel m'avait lié à mon grand-père qui me considérait comme le plus beau cadeau du ciel, grâce à sa fille, ma mère, qui l'avait fait devenir grand-père. Ma grand-mère était une éducatrice et son amour était moins permissif. Elle était présidente de l'Académie d'Histoire et son rôle dans ma vie est encore présent. Elle a semé, dans cette terre fertile que j'étais, ce qu'elle était : une femme très moderne pour son époque.

***

Mes parents ? Ma maman était adorable, enfantine, joueuse, éternelle adolescente. Mon père était un professionnel très brillant. Il était mon modèle. J'ai fait tout ce qu'il considérait comme le meilleur pour moi. Merci, papa !

***

Mon oncle et ma tante ? Pour mon oncle, j'étais un peu comme pour mon grand-père : sa joie de vivre. Ma tante a été la continuité de ma grand-mère dans mon éducation et bien plus encore, car elle m'a accompagné dans l'éducation de mes enfants.

Elle était extraordinaire, et à la fin de ses jours, alors qu'elle était très âgée, nous avons reçu d'elle, mes enfants et moi, beaucoup de présence et d'amour.

Conclusion : le couple comme parents étaient mon père et ma tante.

***

Et j'arrive à la fin de mon histoire personnelle : j'ai grandi dans une certaine confusion, et pour me différencier je me suis mariée, très jeune et j'ai eu quatre enfants.

Dans mon dernier article « Renoncer » j'ai déjà parlé de mes enfants et de mon départ, pour toujours je crois, en France.

Ainsi vous me connaissez mieux.

***

Je voulais avoir des enfants et je suis secrètement désolée qu'ils aient grandi, car je les aime trop, mais j'étais un bon modèle : « j'ai témoigné en étant modèle » ! Ils sont devenus deux médecins, un avocat et un docteur en sciences politiques. Et ils ont sept enfants, l'aîné étant parti sans faire d'enfant.

Eh bien, nous sommes devenus tous, mes enfants et moi, adultes et séparés. Et quand je dis séparés, je ne mens pas. Nos territoires de vie ne s'entrechoquent jamais. Cela me fait penser à l'histoire des hérissons que racontait Freud : « Comme il faisait froid, les hérissons se sont approchés pour se réchauffer, car ils étaient trop éloignés les uns des autres, mais étant trop proches les épines les blessaient, donc ils se sont mis à la bonne distance, proches, mais pas trop… ».

Avec mes enfants, la bonne distance de l'analyse peut fonctionner.

***

Beaucoup de choses nous arrivent quand les enfants grandissent.

Apprendre à aimer à distance est nécessaire, et je crois qu'il faut en tenir compte :
- ne pas se sentir abandonné,
- garder la bonne distance en toute circonstance,
- construire une amitié avec eux si possible,
- ne pas oublier les moments de bonheur quand ils étaient petits, adolescents et jeunes adultes, mais être clair que maintenant cela n'existe plus,
- éviter de se sentir attristé par la distance. Ils choisissent leurs amis et parfois nous ne sommes leurs amis idéaux,
- je dirais aux parents, trop exigeants en démonstration d'affection de la part de leurs enfants, de les laisser en paix.

Nous pouvons, nous parents, faire aussi des enfants de l'esprit.

***

Ma construction, en tant que mère, consiste aujourd'hui à laisser venir, contempler, comprendre, et plus tard interpréter.

***

Soyez en paix. Si vous avez envie de vous confronter à des attitudes incompréhensibles de vos enfants, proposez la confrontation !

Ils sont responsables, comme nous le sommes, nous, peut-être.

***

Dans mon cas, ils ont choisi leurs conjoints, leurs amis, leurs styles de vie. Je n'ai rien à dire, car sincèrement je leur fais confiance. Ils ont été de bons élèves. L'étayage a été excellent. Ma conscience est bien tranquille.

Quand les enfants grandissent, ils manifestent ce que nous avons semé.

***

Maintenant je voudrais parler de mes sentiments pendant que j'ai attendu mes enfants et quand j'ai accouché.

***

Je n'ai pas fait des enfants aveuglément, non. J'ai beaucoup réfléchi avant de me décider à faire des enfants, car je devais dépasser mes sentiments contradictoires, en sachant que, quand on donne la vie, on donne la mort.

La question m'a beaucoup fait réfléchir et, entre le premier et le deuxième enfant, quatre années se sont écoulés.

***

Les grossesses ont été sublimes, les accouchements sans aucune anesthésie. Tout a été vécu avec les yeux et les sens bien ouverts, merci Dieu ! Car la soi-disant souffrance n'existe pas… et nous sortons de clinique avec un cadeau.

Mais quand je restais seule avec le nouveau né, j'ai versé beaucoup de larmes d'amour et de souffrance pour me faire pardonner de leur avoir donné la vie et de les exposer à l'inconnu et aux obstacles de l'existence…

C'est tout, et je vous aime, adultes bien aimés, et je suis en paix…

Écrit à Paris le 8 décembre,
jour de la Vierge, dans l'année de la Miséricorde,
et il fait très beau, sur la terre comme au ciel,
où est parti mon bien-aimé.
Le Psaume 125 dit à la fin :
« Qui sème dans les larmes, moissonne dans la joie ».
À réfléchir !
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Les adultes ont l'habitude de penser, consciemment, mais sans doute également en grande partie inconsciemment, que l'enfance est une contrée lointaine et ancienne par rapport à leur vie d'adulte, en général bien intégrée dans la société, avec une situation familiale, professionnelle, sociale, bien installée, et surtout devenue autonome. Ne serait-ce pas une vision bien simpliste de notre réalité individuelle, au plan psychologique (en référence à notre intériorité) et social (en référence à nos relations avec les autres) ?

Tous les maîtres de la psychologie de l'enfant et de la pédiatrie nous enseignent que l'enfant, depuis sa naissance jusqu'à atteindre la période adulte, « grandit » selon des lignes de développement multiple, qui sont autant de facettes qui façonnent et individualisent dans le temps et dans l'espace la personnalité d'un être humain :

- le développement des capacités motrices,
- le développement de l'intelligence,
- le développement de la libido et de la maturité sexuelle,
- le développement des capacités d'insertion dans la société.

Chacune de ses lignes de développement peut, bien sûr, se décliner en d'autres lignes. Par exemple, l'intelligence peut couvrir de nombreux domaines complètement différents, où un individu peut se révéler excellent dans un domaine et bien en dessous de la moyenne pour un autre. Howard Gardner a théorisé depuis 1983 les intelligences multiples en définissant huit catégories :

- l'intelligence logico-mathématique : capacité de calculer, de mesurer, de faire preuve de logique et de résoudre des problèmes mathématiques et scientifiques,
- l'intelligence spatiale : capacités intellectuelles spécifiques pour avoir mentalement une représentation spatiale du monde,
- l'intelligence interpersonnelle : permet à l'individu d'agir et de réagir avec les autres de façon correcte et adaptée,
- l'intelligence corporelle kinesthésique : capacité d'utiliser son corps pour exprimer une idée ou un sentiment ou réaliser une activité physique donnée,
- l'intelligence verbo-linguistique : l'aptitude à penser avec des mots et à employer le langage pour exprimer ou saisir des idées complexes,
- l'intelligence intrapersonnelle : permet de se former une représentation de soi précise et fidèle et de l'utiliser efficacement dans la vie, en sollicitant plus le champ des représentations et des images que celui du langage,
- l'intelligence musicale-rythmique : aptitude à penser en rythme et en mélodies, de reconnaître des modèles musicaux, de les interpréter et d'en créer,
- l'intelligence naturaliste-écologiste : permet de classer les objets, et de les différencier en catégories,
- l'intelligence existentielle ou intelligence spirituelle : aptitude à se questionner sur le sens et l'origine des choses.

Si certaines formes d'intelligence ne semblent pas indispensables, mais bien utiles pour développer des qualités spécifiques dans une activité professionnelle ou dans une pratique culturelle ou sportive, en revanche un certain nombre sont essentielles pour évoluer de manière autonome et adaptée dans les activités courantes de la vie, celles qui permettent la mobilité, les relations sociales, la communication.

La réalité quotidienne, à travers les proches familiaux, les amis, les collègues de travail ou les voisins, montre que chaque être n'est pas égal par rapport aux différentes lignes de développement, notamment celles liées à l'intelligence. Sans vouloir effectuer une analyse complète de chacun, nous décelons assez rapidement qu'un tel, malgré son intelligence multiforme, a bien du mal à établir des relations équilibrées et satisfaisantes avec l'autre, en raison d'une timidité excessive ou d'une forme d'agressivité non maîtrisée, probablement due à un accident, en tout cas un défaut dans le développement de cette capacité essentielle, dans la mesure où l'être humain est avant tout un être social.

Dans ce cas le stade de maturation est resté à celui de l'enfant non encore suffisamment socialisé, probablement avec des points de résistance liés à des conflits nés dans l'enfance non résolus et qu'un accompagnement adéquat ou un environnement efficient n'a pas permis de dépasser.

Mais peut-être n'est-il pas encore trop tard d'améliorer la situation, dans le cadre d'une psychanalyse ou d'un environnement plus favorable sous l'action de personnes proches bien attentionnées ayant la sensibilité requise pour guider la personne dans la compréhension de ses difficultés actuelles qui nuisent grandement à la qualité de ses relations à l'autre et des transformations à opérer à l'intérieur de lui-même et dans ses actions vis-à-vis de l'autre pour obtenir de meilleures résultats. Mais le moteur le plus efficace d'une transformation et d'une maturité reste la volonté personnelle, la discipline et la persévérance à atteindre le résultat escompté.

Ce panorama très général nous montre que nous restons dans une bonne part de nous-mêmes des enfants en situation de développement ou qui cherchent parfois inconsciemment à grandir. Restons humble dans notre situation imparfaite d'éternel enfant qui grandit, car nous pouvons apprendre d'autres qui ont réussi à mieux grandir !

Hervé Bernard



Ce thème me renvoie par association directe à une rencontre avec un prêtre, certainement vers ma dixième année.

Je ne me rappelle plus la question, mais la réponse ou plutôt le vécu instinctif de la non réponse fut un choc qui a probablement orienté mes convictions futures.

C'était le choc du vide, de la non considération du sacré que porte la question.

La réponse était : « Les voies du Seigneur sont impénétrables ».

Avec le recul, j'ai le sentiment d'avoir été marqué émotionnellement par cette sentence.

Ce que je recevais d'inaudible à ma compréhension était la non attention véritable portée à la question et une réponse qui résonnait davantage comme une éviction et un échec à la conscience.

Aujourd'hui, je peux le manifester et le comprendre en abordant ce thème. Il me travaille.

J'ai été mortellement blessé à l'intérêt religieux, une mort dont je suis renié en intégrant autrement cette réalité, par un autre chemin.

Récemment, à partir d'un travail ou d'un projet de travail, j'ai cru comprendre que je pouvais distinguer deux niveaux de savoir.

Un premier niveau qui suffit au quotidien ou pour le quotidien. Un savoir énoncé comme une vérité intangible, absolue, répétée au sein d'une communauté, un savoir d'imitation.

J'ai cru distinguer un autre niveau du savoir, celui qui émerge à partir d'une interrogation et d'un questionnement, un savoir qui répond ou tente de répondre aux questions « Pourquoi, pourquoi faire ? »

Ce qui est étrange, c'est que les enfants particulièrement éveillés dans leur jeune âge, d'un éveil particulier, ne cessent d'interroger ce monde d'adulte que nous représentons.

Combien de temps consacrons-nous réellement à la recherche d'une réponse sérieuse à la question posée ?

Je suis convaincu à partir de ce que je suis aujourd'hui, que le processus questions/réponses participe à l'éveil des consciences.

Considérons chaque question posée comme un essentiel, une quête étrique.

Aimons-nous les uns les autres. Pourquoi ne pas tenter cette exploration en considérant comme sacré la question qui surgit.

Oui, aimons-nous les uns les autres pour que nos enfants grandissent dans l'éveil d'une conscience et d'un corps qui leur appartient.

Fait à Chessy, le 14 décembre 2015
Philippe Delagneau



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Eh oui, lorsque nous faisons le choix de nous engager dans un travail sur nous-mêmes nous sommes conscients que nous sommes des enfants, que nous devons grandir pour devenir de vrais adultes.

En effet, les parents ne sont jamais merveilleux et ce n'est pas en tuant ses parents que l'on devient adulte, mais en tuant l'enfant de ses parents et cela n'est pas facile.

C'est un véritable éveil à soi-même pour celui qui veut tenter de se connaître, d'être lui-même et finalement découvrir par la voie de la conscience le sens même de sa vie.

C'est tout d'abord se prendre en charge, devenir le père et la mère pour soi-même, s'observer, accepter l'évidence puis lutter et surtout avoir un bon Maître qui, avant nous, a pris ce même chemin et qui est capable de nous guider vers la lumière, à devenir un être responsable.

La connaissance de soi dont nous avons besoin est avant tout une expérience intérieure, consciemment vécue. Aussi d'incessants obstacles émergent devant cette tentative peut être claire en apparence, mais qui débouche sur des horizons dont ont avait même pas soupçonné en s'y engageant. C'est la raison pour laquelle nous avons besoin d'un guide. Il faut accepter d'être conduit par ceux qui ont déjà fait le chemin.

Au fil du temps nous voyons les changements s'opérer, certains mécanismes disparaître, des attitudes et des pensées différentes, car ce qui est important c'est ce qui vient de nous, du plus profond de notre être.

Venant de lire l'Évangile de ce jour, je me permets d'évoquer ici ce qui est dit sur le plan spirituel et je le vis comme une synchronicité :

Celui qui appartient au Christ doit vivre toute la vie du Christ. Il doit murir jusqu'à atteindre l'âge adulte du Christ et un jour entamer son propre chemin de croix. Ainsi uni au Christ le chrétien tiendra bon, même dans la nuit obscure.

Cet acte d'abandon doit être la règle de la vie chrétienne. C'est en faisant la volonté de notre Père que l'on entrera dans le royaume des cieux.

Celui qui entend les paroles et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui construit sa maison sur le roc.

Nous pouvons réfléchir et nous questionner sur ces paroles sacrées.

Fait à Chessy, le 3 décembre 2015
Claudine Thomas