NUMÉRO 133 REVUE BIMESTRIELLE octobre-novembre 2010

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Pioton-Cimetti, E. Graciela
Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela La Présidente…
  La compromission
 
Bernard, Hervé La compromission
 
Delagneau, Philippe La compromission
 
Giosa, Alejandro El compromiso
 
Maleville, Georges de Extrait de son livre « L'harmonie intérieure »
 
Manrique, Carla Respetar la misión que se tiene en esta vida
 
Recher, Aurélien La compromission
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de ??? 200?
 
Thomas, Claudine La compromission


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Ce que je veux vous dire, dans un Paris glacial et je ne parle pas du temps, mais du climat profond, c'est une espèce de déprime généralisée, des cris dans un grand silence, d'une société dans la détresse, qui flotte…

La boussole s'est décompensée, le rythme du cœur s'est altéré, trop de rumeurs, trop de trop, rien n'est suffisant pour combler ce gouffre de l'angoisse existentielle où il n'y a pas même un repère pour signaler où nous sommes.

Grisaille, solitude, individualisme, narcissisme forcené, peut-être pour survivre, le panorama est inquiétant, mais pas réel. Tout se passe comme dans un rêve, mais cette fois ce n'est pas l'inconscient qui produit des images et raconte des histoires pour être entendu par la conscience. C'est la conscience, surdimensionnée par la peur de manquer de pouvoir, d'argent, inflationnée, qui attaque l'être essentiel en l'empêchant de vivre l'ici et maintenant, entièrement dans sa vie.

Je respire la paix, je vous donne ma paix, puissiez-vous au moins récolter un petit soupir de cet état qui se gagne par le travail sur soi et par l'honnêteté dans la bataille permanente de la vie.

Il y a encore quelque part des feux de bois, des familles, des gens heureux, qui ne sont pas visibles, car ils sont loin ou ne peuvent plus voir la beauté de la vie. Il vaut mieux se taire. À quoi bon se plaindre. Essayons de commencer à vivre chaque jour comme si c'était le premier de la vie !

J'ai une certaine résistance à vous dire « Joyeux Noël, bonne année ». J'ai l'impression de phrases toutes faites. J'ai envie de vous dire « Soyez et laissez accueillir aussi bien la neige que l'illumination du printemps ». Paix à nos ancêtres, paix à notre filiation.

Je me souviens qu'un jour, c'était l'été dans une autre hémisphère, j'avais les pieds dans l'eau, la mer était bleue et j'aimais. Aujourd'hui j'aime encore.

Fait le 14 décembre à Paris
et il fait froid
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



J'avais des rêves, maintenant j'ai certaines preuves. Je passe à l'offensive après m'être interrogée pendant des mois sur la compromission.

Je me suis donnée comme tâche d'observer à travers le discours de mes patients, de mes élèves, de mes amis et de moi-même la différence entre compromission et compromis. Quand surgissait dans le discours l'engagement sincère lié aux valeurs et quand y avait-il transgression aux « engagements » pour obtenir un résultat, posséder quelque chose ou rechercher une domination, un pouvoir ; bref, gagner quelque chose en faisant taire ses valeurs ? Et je passe…

***

J'ai découvert chez les autres et en moi-même que, parfois, il existe une forme de manipulation, que je qualifierais de positive, liée à une volonté d'imposer ses propres valeurs.

« Je suis un modèle sincère, pour te faire adhérer à ce que je suis, à ce que je ressens, comme la voie juste pour ne pas rater ta vie ». Et je passe…

L'observation m'a conduite aujourd'hui à parler aussi bien de l'amour consacré par le mariage, qu'à l'amour consacré par l'accompagnement consuétudinaire1.

Je commence donc par ma confession habituelle, c'est-à-dire en première personne, car, oh surprise je me suis vue confrontée au fait que mes expériences n'étaient pas trop différentes de celles des autres.

J'abandonne tout clivage par rapport aux situations de type engagement de couple.

***

J'ai trouvé dans une majorité de cas les éléments suivants :

  • La compromission peut être présente dans des engagements d'intérêt « je serai avec toi, car tu m'apporteras de l'argent, la position sociale, le prestige, la sécurité que moi, toute seule, je ne suis pas capable d'atteindre. Il s'agit d'une compromission objective de type matériel.
  • « Tu es assez solide pour compenser ma fragilité, assez silencieuse pour être une présence qui meuble ma solitude inquiétante. »

    « Tu es assez tendre pour émouvoir ma froideur triste, pour me donner sans me dévorer un schéma corporel qui me manque. »

    « Tu es assez soumise pour dire oui à tous mes supposés désirs et même pour dire oui à mes désirs dont je ne soupçonne pas l'existence. Tu m'es assez utile, tu me suis, tu es un chien qui se garde tout seul, tu t'occupes de toi pendant que je flotte. Tu t'occupes de mes troubles anxieux généralisés (TAG) sans te poser de questions au sujet de mon évidente hypocondrie. »

    « Tu me laisses partir dans tous les sens quand je joue le séducteur, car je ne peux que revenir au chaud quand j'en ai marre des situations confuses. »

    « Tu me vois mentir sans me reprendre. »

    « Je vis par procuration à travers toi, car tu fais des choses pendant que je rêve du prochain coup, pendant que j'organise mon prochain mensonge pour bien faire le malin. »

    Et je passe… Il s'agit d'une compromission subjective, avec compensation et accompagnement clinique non dit.

***

Nous abordons maintenant le compromis et supposée compromission dans le couple au niveau du comportemental et de la conduite2.

Observations :

Personne ne s'engage à vivre en couple pour se séparer. Nous parlons de l'état amoureux. Personne ne s'engage pour être après infidèle. Tout se fait dans le sens : « pour le meilleur et pour le pire jusqu'à ce que la mort nous sépare ». Je n'exagère pas… J'ai constaté aussi la bataille entre la tentation d'aller ailleurs et le passage à l'acte. La tentation est partout et toujours, mais le passage à l'acte demande un état d'immaturité, de manque de conscience… La tentation est la présentation d'un fantasme de partenaire complémentaire, nouveau, inconnu, satisfaisant, un espace où jouer la séduction autrement, de retourner au paradis perdu de l'état amoureux.

La tentation apporte alors une brutale présentation de la libido d'objet et fait rêver. Sans réfléchir, nous sommes happés par l'objet du désir.

Quoi faire ?

Je considère que selon le degré de travail sur soi, c'est-à-dire en fonction d'un bon transit évolutif analytique, les projections sur l'objet du désir, peuvent être retirées sans perdre la puissance de la libido réveillée par le nouvel objet fantasmé et la déplacer vers le couple stable.

Il s'agit alors d'un retour volontaire d'Ulysse vers Pénélope, les oreilles bien « bouchées » face au chant des sirènes.

Mais pour cela il faudra se poser la question. Qu'est-ce qui nous a manqué dans notre couple ?

Et surtout qu'est-ce que j'aurais pu faire que je n'ai pas fait ? Ou qu'est-ce que j'ai fait que je ne devais pas faire, ou encore : qui suis-je ? Où suis-je ? Dans la vie ? Dans ce couple ? Pourquoi l'engagement ?

***

Je sais. Nous apprécions d'être aimé, admiré, désiré, mais réfléchissons à la compatibilité entre la position narcissique et la vie réelle.

Par ailleurs, la recherche du couple idéal est un sujet majeur dans cette histoire… Un sujet d'analyse, un thème de couple intérieur, une réalité à obtenir par le travail analytique qui amène naturellement à être fidèle à soi-même, responsable de trouver sa vérité profonde, d'arrêter de jouer à la perversité polymorphe autant à 20 ans qu'à 70 ans ou même plus. Car la prolongation de l'espérance de vie nous rend encore plus fragile étant donné que la vie connote le désir et une vieillesse réussie comporte aussi la vivacité du sapin sous la neige.

***

Au moment de l'union, de l'engagement, il y a le compromis.

***

Je me souviens personnellement du moment où nous sommes allés ensemble quelque part, je ne me rappelle plus du lieu, chercher les alliances.

Je suis restée dans la voiture, une « sirocco » bleue. Il en est descendu, il y avait le soleil de midi, des sensations indéfinissables, un certain « je ne sais pas quoi ». Il était revenu avec les alliances… cet instant a marqué l'engagement. Nous étions sûrement amoureux, mais le geste exprimait un plus vers une dimension d'éternité sur terre. Bien sûr que nous savions que nous allions nous marier, mais pour moi, et pour lui, je le sais bien, il s'agissait de notre engagement dans la prise de notre décision, sans les autres. Une fête intime et sérieuse, il n'y avait comme témoins que le ciel bleu, le soleil, et le monde qui circulait autour de nous sans faire de bruit. Avez-vous apprécié la valeur de la voiture quand elle marque un territoire à deux au milieu du monde ?

***

Il y a des gens comme moi qui ne sont pas infidèles. J'ai eu un seul amour et j'y suis resté fidèle. Selon lui je ne suis pas une sainte, mais je crois qu'aimer un seul homme est une forme moderne d'être sans péché conçu. Mais au-delà de ce cas particulier et après son départ j'étais confrontée à des tentations et pas seulement charnelles, j'ai goûté la magie des communications parfaites et possibles avec des êtres de valeur, mais je ne crois pas que soit possible d'accepter des compromissions telles que « parce que je suis seule, parce que je veux la lune, parce qu'il me faut partager mes vouloirs… ».

Je ne veux rien obtenir par compromission, dans le libre sens que je donne au mot et je passe…

Maintenant par rapport à ce temps d'exploration dirigée : restons toujours sur le couple.

Quand l'engagement a lieu, entre adultes consentants dans les cas contrôlés, l'infidélité programmée est minimale statistiquement parlant. J'ai utilisé le même questionnaire avec 5 personnes en entretien pendant presque 3 mois (l'échantillon était bon). Je l'ai testé sur moi-même après l'avoir construit à partir de variables objectives et exhaustives.

La conclusion, a priori, est la suivante :

L'infidélité comme vengeance ou revanche envers le partenaire infidèle n'est pas toujours une compensation, mais une souffrance, une violation assumée à ses propres valeurs.

Il s'agit d'un passage à l'acte comportemental, la conduite, interne, ne change pas. Il reste toujours amoureux en lui-même du partenaire infidèle.

Au niveau de la manifestation il y a passage à l'acte, mais pas transgression des valeurs ou rupture de l'engagement sacralisé par le vouloir des conjoints à l'origine quand le compromis s'était établi pour la vie.

Je constatais fréquemment une affirmation individuelle. Si je ne suis pas infidèle, l'autre ne le sera pas non plus : « pensée magique ? » Illusion autorisée ? Compromission ? Accepter tout pour garder l'autre ? Il ne faut pas juger, mais réfléchir.

Fait à Paris le 4 décembre 2010 après un temps d'exploration.
Je sens que j'ai approché une hypothèse…
Je n'ai rien à perdre, je n'ai rien à gagner,
mais il s'agit d'un thème développé dans des groupes de travail.
Honnêtement, l'hypothèse mérite d'être travaillée avec une plus large population.
Par ailleurs il neige et je pense à nous à et à la présence de ton absence.


1  : Qui a coutume de
2  : Le comportement fait référence à l'externe, la conduite à l'interne
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La compromission est le renoncement à ses principes, à sa morale, cela peut être par lâcheté, par intérêt…

Certes, derrière ce mot semble se cacher presque exclusivement la grande figure du lâche ou d'une vile personne toujours prête à mettre sa moralité, sa confiance entre parenthèses, dès que l'opportunité se présente, voire en la provoquant, pour avoir encore plus, toujours plus… bien sûr souvent au détriment des autres.

Mais il existe également toutes les petites compromissions quotidiennes, celles qui font partie des zones grises de la psychologie humaine, en général admises, même si elles sont réprouvées par la morale. Celles que l'on pardonne à côté des autres traits plus positifs de la personnalité, des visages plus présentables de l'âme sous jacente, et qu'on préfère montrer pour mieux garder dans l'ombre cette « terra negra » de la conscience et de ses profondeurs, bien souvent « terra incognita » pour la conscience.

Mais résonne en moi ce dicton qui peut être appliqué à tant de domaines du monde matériel, mais aussi de la sphère humaine : « les petits ruisseaux font les grandes rivières». Si ce proverbe, qui semble prendre racine dans l'inconscient collectif, s'applique en général à l'argent (les petites économies deviennent fortunes), il pourrait s'appliquer, pourquoi pas, aux compromissions.

En effet, si un individu ne met pas en place des garde-fous, ne construit pas des défenses pour se protéger d'une morale trop élastique au point de passer de l'autre côté de la barrière de la moralité et des bonnes manières, voire de dépasser la ligne rouge de la légalité, la pente naturelle de sa nature profonde pourra l'entrainer, non malgré lui, mais selon les forces de ses pulsions vers des compromissions de plus en plus graves. Il mettra ses qualités personnelles, son intelligence, son instinct au service de la réalisation réussie de plus en plus de compromissions, car il peut s'agir d'un cercle sans fin, avec en prime le plaisir pervers d'avoir « berné » l'autre, d'être plus malin que ses proches, ses collègues ou même tout autre représentant de la communauté humaine.

La compromission est un peu comme le mensonge. Dès que l'on ment, simplement une première fois, pourquoi ne mentirions-nous pas une autre fois ? Pour comprendre ce processus, il ne s'agit pas de se mettre, de manière imaginaire, en situation courante, mais plutôt de se projeter dans en situation de crise, quand les défenses de la morale sont fortement sollicitées, et que tout dans notre bel édifice du moi peut s'écrouler, se fissurer, alors là le risque est grand que le projet d'une compromission ne s'élabore, ne se construise minutieusement en utilisant toutes les ressources internes jusqu'à sa réalisation complète.

C'est à partir de ce moment-là que vont jouer ou non, ou plutôt parfois mal, les forces internes de la moralité. Je ne parle pas trop des forces externes, comme le jugement des autres, les proches ou les simples témoins, car souvent compromission rime avec discrétion, pour que tout cela passe inaperçu : la compromission n'aime pas trop la lumière.

Réaliser une petite compromission paraît très souvent facile après coup, car peu de systèmes d'alerte se mettent en place, qu'ils soient externes, car on agit discrètement et en général, sans aucune attention particulière. Les proches vous considèrent comme absolument honnête, sans aucune intention de se compromettre, ou bien internes, car nous avons beau jeu de nous rassurer en minimisant l'action planifiée, en cherchant à trouver des fausses justifications mais qui nous rassurent.

Et s'il ne s'est rien passé la première fois, il peut en être de même la seconde, puis la troisième, et ainsi de suite quand un jour la compromission sera bien plus grave, car plus élevée dans l'échelle de la moralité, plus dommageable vis-à-vis d'autrui, plus gênante vis-à-vis de nos propres repères moraux même si nous les avons bien transgressés. Mais dans ce cas-là on se raccroche à toute l'histoire précédente des petites compromissions qui se sont bien passées, au point que ce type de comportement finit par devenir un trait habituel de notre personnalité, nous rassure, fait partie intégrante et nécessaire de la construction de notre moi, celui qui constitue à part entière notre identité.

Pourtant si la personne n'est pas complètement amorale il y aura des poussées de culpabilité, des relents de regrets « je n'aurais pas du agir ainsi », « j'aimerais revenir en arrière », « mais qu'ai-je fait ? », des prises de conscience quand une compromission aurait pu mal tourner, que nous sommes passés près d'être démasqué, d'être jugé et condamné.

Mais n'est-il pas toujours temps d'arrêter, là tout de suite, par une sorte d'affirmation de notre force morale, si possible en tentant de réparer ce qui a été fait auparavant, en tout cas d'en atténuer les dommages, les torts portés à autrui, à la communauté humaine ?

Si le renversement de la force morale, comme si on était touché par une sorte de grâce, selon une espèce de métanoïa, comme guidé par un ange réel ou imaginaire, n'est peut-être pas si courant. La magie est rare en ce bas monde et le signe déclencheur peut être un événement particulier auquel il convient de manière adéquate « plus jamais cela ! », « je ne peux plus continuer ainsi ». Souvent cette évolution passe par la compréhension, au moins l'appréhension, l'analyse de ce qui sous-entendait cette propension aux compromissions. Et là il s'agit d'une histoire personnelle avec sa conscience, son parcours accidenté, ses allers et retours dans les replis et zones d'ombre de la morale, comme dans une bataille jamais complètement gagnée, mais aussi jamais complètement perdue !

Hervé Bernard



Selon la définition du Larousse, la compromission est l'action de se compromettre ou de compromettre en renonçant à ses principes par lâcheté ou par intérêt.

D'accord, la définition est nécessaire, mais n'explique rien de la nature humaine.

De quel homme parle-t-on ? Qui est-t-il ? Quels sont ses principes et comment les a-t-il acquis ?

Pourquoi ne pas se poser cette question ? Nous admettons sans difficulté qu'un homme suive de longues études, fournisse beaucoup d'effort et de travail pour arriver à obtenir une bonne situation, occupe une place importante, tout simplement pour assurer son quotidien.

Mais si nous abordons la question de sa propre évolution, il considérera la question et vous-même comme superficiel, étrange ou indiscret. Alors quoi, ce qui serait une réalité en rapport au monde extérieur serait à ce point si irréel pour nous même.

D'où ma question : de quel homme parle-t-on ? Parle-t-on de l'homme pour qui la compromission est un moyen de réaliser ses petites affaires ou de l'homme qui comprend par un travail acharné et permanent que la vie lui a été donnée pour répondre à un but plus élevé ?

Pensons-nous malgré les apparences avoir à faire aux mêmes hommes ? Pensons-nous réellement que la compromission puisse les atteindre ? C'est alors pour son propre malheur ne pas avoir eu la possibilité de les rencontrer. La compromission est pour eux matériellement, physiquement, psychologiquement impossible comme il est impossible de transgresser une loi sans détruire la loi.

Mon Dieu, faites que je rencontre pour mon salut de tels êtres qui acceptent à me guider, à déployer mes ailes s'il en est encore temps.

Écrit à Lagny-sur-Marne, le 27/11/2010
Philippe Delagneau



Une autre caractéristique très importante des « centres » de l'homme, qui se comprend fort bien si l'on constate leur existence indépendante, est leur vitesse différente de fonctionnement les uns par rapport aux autres.

Le centre intellectuel est le plus lent. C'est une constatation que chacun peut faire en faisant l'apprentissage d'un mouvement ou d'une technique où le corps est le principal agent : il suffit de voir l'extrême lenteur avec laquelle un débutant apprend un pas de danse ou la conduite automobile : le corps trépigne, impatient, fait des mouvements désordonnés faute d'instructions précises tandis que l'intellect qui entend contrôler l'attitude, analyse, freine le corps, et ne lui donne des consignes qu'à une vitesse bien inférieure à celle à laquelle celui-ci voudrait agir. Puis brusquement, après un certain temps d'apprentissage intellectuel, le mouvement s'accélère d'un seul coup et devient sûr. On dit alors qu'il devient « inconscient » : c'est totalement faux. Le mouvement est simplement pris en charge par l'intelligence du corps (centre moteur), non discursive, et qui fonctionne à une vitesse bien supérieure à l'intellect.

Qui pourrait prétendre conduire rapidement une voiture sur une autoroute encombrée s'il devait sans cesse « réfléchir », calculer avec son cerveau qu'il doit donner un coup de frein ou garder telle distance par rapport à la voiture précédente ? Le centre moteur s'en charge, lui, fort bien, et il réagit en 1/10ème de seconde.

Mais le centre émotif, lui, fonctionne à une vitesse encore bien supérieure et ceci s'explique d'ailleurs, parce que, gouverné par la peur, il prétend être le gardien permanent de la personne. Un simple coup d'œil, une variation instantanée d'intonation de la voix, un geste à peine ébauché sont, quand le centre émotif est aux aguets, immédiatement détectés avec une vitesse tellement grande que le centre intellectuel ne s'en aperçoit pas et que la personne est ensuite toute surprise d'avoir eu, « malgré elle et inconsciemment », prétend-elle, telle répartie ou telle attitude quelle se reprochera ensuite rationnellement. Il ne s'agit pas là « d'inconscience », mais bien du fonctionnement libre et autonome du centre émotif sans contrôle préalable de l'intellect, parce que l'émotion laissée à elle-même fonctionne à une vitesse telle que « le mental » est incapable de la suivre et de la maîtriser.

Quant au centre sexuel, sa rapidité est encore incomparablement plus grande. Chez un être adulte en bonne santé, qui n'a pas pris et incorporé en lui la décision de s'astreindre à une chasteté rigoureuse, toute pénétration subite d'un être de l'autre sexe dans le champ de vision fait immédiatement l'objet d'une appréciation sexuelle : l'attention se détourne ensuite.

Tout individu sincère envers lui-même et qui a pris la peine de s'observer doit en convenir. Mais ce « jugement sexuel » se déroule à une vitesse si exceptionnellement rapide que l'intellect, lui, ne le perçoit pas la plupart du temps. Il ne s'en souvient donc pas. Par la suite, un individu vous dira, en croyant être de bonne fois, que telle personne entrevue un instant est « sympathique » ou « antipathique » et il sera tout surpris de ne pas pouvoir dire pourquoi. C'est le sexe qui s'exprime alors à travers l'intellect, mais l'homme ne s'en rend pas compte.

Quant aux centres supérieurs, émotionnel et intellectuel, leur vitesse est fulgurante et ils fonctionnent de façon quasi instantanée. Dans les rares circonstances où ils se manifestent chez l'homme qui n'a pas poursuivi une évolution intérieure, leur expression prend la forme d'une décision abrupte, d'une certitude brutale qui saisit à la façon d'un coup de foudre, sans aucune préparation et d'une façon totalement inexplicable. Il s'agit là d'une pénétration de l'homme dans une échelle de temps qui lui est complètement inconnue.

La différence de rythme entre les différents centres souligne, nous l'avons dit, leur indépendance les uns par rapport aux autres. Mais cette autonomie est renforcée du fait que chacun des centres a des intérêts et désirs propres, totalement différents de ceux des autres centres. De là provient le désordre intérieur de l'homme, et son comportement incohérent.

L'émotion, dominée par la peur, est en opposition presque permanente avec le corps qu'elle sollicite pour des tâches qui ne l'intéressent pas. Celui qui veut rester au lit le matin tout en ayant peur d'être en retard pour ce qu'il doit faire, peut en faire quotidiennement l'expérience.

Le sexe est en contradiction manifeste avec l'émotion (peur, orgueil, ou fidélité à un être aimé) et avec l'intellect qui prétend lui dicter sa conduite à partir de catégories discursives.

L'intellect, nous l'avons dit, freine constamment le corps et ne lui permet pas d'exprimer à sa façon son intelligence propre.

L'émotion, elle encore, corrompt le travail du centre formateur en l'encombrant de « jugements » qui ne sont que des préjugés hâtifs et sans consistance.

Quant aux centres supérieurs 6 et 7, dont l'influence serait très bénéfique à l'homme, ils fonctionnent de façon complètement indépendante et sont, apparemment, presque toujours muets. Le centre 6 est le siège des émotions supérieures et réellement désintéressées. Il est lié à la perception de la vie, en nous et hors de nous. C'est lui qui alimente la vie mystique véritable. Comme il est inaccessible à la peur, c'est lui qui dans certaines circonstances exceptionnelles de danger très grave et imminent prend en charge soudainement la conduite de la personne et permet à un homme d'accomplir des prouesses ou d'agir avec un esprit subit d'à propos qu'il ne s'explique aucunement ensuite.

Le centre 7 est celui de l'intelligence pure, non discursive. Il se manifeste, d'ailleurs très rarement, sous la forme d'une certitude abrupte, absolue, au sujet de tel ou tel aspect de la destinée cosmique de l'homme, qui envahit la conscience et s'impose à elle quand une vérité est enfin comprise par l'homme de l'intérieur, par l'homme entier dans la totalité de sa personne. Il s'agit alors d'une illumination sans extase.

Georges de Maleville



« La compromission viole l'éthique » ai-je entendu un jour. C'est dramatique. Oui c'est dramatique, parce que l'homme se viole lui-même, il oublie tout ce qui l'a constitué jusqu'alors et il s'offre l'opportunisme comme appui de son action. L'individu décideur de la compromission, est instable, frivole et a peur de lui-même. Son « moi » est inconsistant et il cherche le pouvoir sous forme possessive.

C'est le drame des temps modernes, l'homme vend son âme pour espérer sa place. Malheureusement pour l'humanité, dans un temps où l'individualisme et la recherche de profit font figures de valeurs absolues et de réussite sociale, elle perd sa motivation à lutter contre l'ombre de sa personnalité. Et son élan d'action s'essouffle. D'une part, les valeurs qui forgeaient son courage comme la dignité, l'honneur, la dévotion et l'humilité sont qualifiées de réactionnaires, et d'autre part parce qu'elle a perdue les armes pour se battre.

Oui avec quelles armes peut-elle aujourd'hui se battre pour affermir son unité et se constituer un socle de valeurs qui ne soient pas négociables ?

C'est toute la profondeur de la question humaine qui est en débat ici. C'est bien le défi que l'homme devra soulever et affronter s'il veut se sauver lui-même, car personne ne peut le faire à sa place.

Une fatalité morose apparaît lorsque l'on regarde objectivement la situation humaine. L'homme est accaparé par la mécanicité de sa vie : métro, boulot, dodo. Travail qui lui demande de plus en plus de disponibilité et de malléabilité et qui devient de surcroît un facteur croissant de stress et d'anxiété. Le travail ne parvient pas à réaffirmer la place de l'homme dans le tissu social. L'homme travaille pour de l'argent et seulement pour de l'argent. L'exclusivité du gain matériel dans le travail professionnel tue la possibilité d'expérimenter psychiquement le travail en tant que révélateur de soi-même et comme source directe de dignité pour lui-même. L'homme se sent comme une unité marchande de forces économiques toujours plus grandissantes et puissantes et il pense que s'il parvient en haut et devient administrateur des flux monétaires, il se sauvera du flot chaotique de la fatalité quotidienne. Illusion. L'homme n'a plus d'espoir. Il cherche a tout prix, à nourrir sa famille, à garder son poste, à évoluer dans son entreprise. Ce sont des attitudes honorables mais qui ont perdues le sens de la réalité : l'homme existe autrement que comme numéro et le travail lui permet de se construire. La valeur travail est aujourd'hui épuisée. C'est devenu une utilité financière.

L'humanité se livre un combat sans mercis pour obtenir de l'énergie qu'elles soient combustibles, nucléaires, hydrauliques ou éoliennes. L'obsession énergétique mondiale maintient l'humanité dans une soumission passive et dans la peur de manquer de l'objet de l'obsession. C'est la métaphore de la carotte et de l'âne : que fait un âne face à une carotte ? Il s'oublie ; il n'existe que la carotte. Ici, il n'existe que le pétrole.

Un besoin peut être volontairement crée et introduit dans la pensée collective. L'homme, obnubilé par l'objet de son désir, peut vendre père et mère, et même se vendre lui-même pour l'obtenir. L'homme est alors dépendant de son environnement. Dans les sociétés occidentales, le travail devient une possibilité monétaire d'obtenir un besoin artificiellement créé et si l'obtention de ce besoin par la société n'est pas satisfaite, l'homme, dans l'imaginaire social, n'a pas réussi sa vie.

L'homme dort, il ne voit pas qu'il cherche toujours un besoin qu'il s'est lui-même créé. Il l'obtiendra peut-être un jour mais aussitôt après, apparaîtra un autre besoin et comme l'âne, il s'avancera vers lui et se mettra à vouloir l'obtenir. Comment fonctionne les grandes entreprises : elles créent le besoin. Comment le diable a-t-il mis à l'épreuve le Christ ? En le tentant. C'est la même chose, l'individu est tenté d'obtenir ce qu'il n'a pas, il est avide. Avide et irresponsable, il forge lui-même son propre caveau. « Réveille-toi, toi qui dort » disait le Christ. Où en est-on ? Se pose-t-on encore la question ? Non, ou très peu par quelques gens qui essaient de voir clair dans une condition obscure. Nous pouvons les compter sur les doigts d'une main. L'homme se vent et brade les valeurs mêmes qui pourraient l'aider à s'en sortir. C'est un cercle malin. En bradant le courage, il perd son honneur, en bradant son travail il perd sa dignité, en oubliant sa spiritualité il perd son essence, en fermant les yeux sur lui-même, il perd son âme. L'homme est idiot, pardonnez-moi, et il s'autodétruit. Il compromet sa vie et ne sauve personne.

Dure vérité que de se voir fuyant face à sa propre histoire culturelle qui nous maintenait droit dans la lutte, perdant la vie s'il fallait la perdre mais conserver l'éthique vitale. Perdre sa vie et quel honneur qui est gagné en échange ! Les autres membres du groupe, solidaires entre eux pouvaient ressentir enfin l'émotion d'un honneur défendu, d'une identité vivante. La mort d'un guerrier dans un combat est un don pour sa famille, son voisin, sa tribu. Collectivement, l'honneur d'être humain qui en ressortait, canalisait le « moi » qui devenait vivant, stable et manifesté. Le « soi » collectif vivait alors, et s'inscrivait dans l'histoire présente et future à travers l'histoire ancestrale. L'homme se sentait appartenir à une filiation, à un groupe identifié par ses valeurs et sa vie et qui le faisait devenir un individu. Mais l'individualisme, idéologie différente d'une approche de l'homme individualisé mais socialement reconnaissant, oublie les valeurs collectives et leurs influences sur l'homme. On ne se bat donc plus pour un collectif, et ce faisant on ne se bat plus pour soi. Alors on se vend au plus offrant afin d'intégrer la norme qui nous donnera des repères. Nous sommes des esclaves obligés d'un ordre collectif qui prône l'individualisme. Le monde est disloqué, ambivalent, schizophrène. La patience pour les uns et la jouissance pour les autres.

Nous pouvons nous réveiller. Mais nous reste-t-il encore un peu d'orgueil ?

Les irresponsabilités sociales, économiques et politiques d'hier et d'aujourd'hui ont conduit aux déclins des valeurs fondatrices de l'identité humaine et à l'anomie sociale. Déclin qui, accompagné d'un désir illusoire de réussite individuelle, amènent à marchander son âme et ses fondamentaux avec le diable. Nous faisons des compromissions avec notre partie ombrique ainsi qu'avec celle de l'humanité. Nous sommes arrogants de notre situation, soumis à notre propre démon.

Fait à Boulogne Billancourt le 14 novembre 2010.
L'homme va-t-il se réveiller un jour ?
Je le crois, mais quand ?
À force de vendre, il ne va plus rien lui rester…
Aurélien Recher



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SOS Psychologue



La compromission est un acte négatif : on transige avec sa conscience en nuisant à quelqu'un ou à soi-même. C'est par pure lâcheté, induite par la peur ou l'intérêt qui peut conduire la personne à une véritable dépendance de cet acte, à la perversion.

Derrière ce comportement se cache l'hypocrisie, l'égoïsme, la paresse, la manipulation et la bassesse de l'individu. Ce dernier n'a aucune moralité et de plus se croit, en général, plus intelligent que les autres, constat que l'on peut faire souvent lors d'actions ou attitudes négatives. Je pense que ce comportement s'est développé progressivement chez l'individu en éprouvant certainement au début quelques remords de conscience qui n'ont malheureusement pas duré très longtemps et dont l'avantage a pris le dessus.

La compromission est monnaie courante en politique, quel en est le prix à payer ?

Les hommes finissent par payer leurs compromissions politiques et toujours dans la douleur ou le sang, ils ont malheureusement leur part de responsabilité et nous pouvons dire que chaque peuple a le régime qu'il mérite. Ce sont des êtres vils, des bourreaux au pouvoir qui organisent de véritables campagnes de presse pour maquiller et vernir leur minable personnalité. Certains bénéficient de privilèges de ce bourreau pendant quelque temps avant de se voir rejeter, incarcérer ou tuer.

Qu'est-il possible de faire devant cette terrible tragédie ? Rien malheureusement, nous ne pouvons que constater. L'homme n'a aucune conscience de ce qu'il fait et cela le conduit à sa propre perte entraînant ainsi sur son sillage grand nombre d'individus tout aussi inconscients.

Nous pouvons observer, les yeux bien ouverts, ce qu'est l'homme aujourd'hui, ce manque de maturité, cette dégénérescence humaine qui se transmet de génération en génération.

Fait à Lagny-sur-Marne, le 28 Novembre 2010
Claudine Thomas