NUMÉRO 80 REVUE MENSUELLE SEPTEMBRE-OCTOBRE 2002

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Travail et famille Trabajo y familia
 
Bernard, Hervé Travail et famille
 
Cambra, Stéphane Demain est peut-être un autre jour
 
Cohen, Rut Diana Trabajo y familia
 
Delaunay, Brigitte L'anniversaire
 
Gallet, Michel Tradition et famille : le droit d'inventaire
 
Giosa, Alejandro Trabajo y familia
 
Health I. G. News Política de medicamentos…
 
Laborde, Juan Carlos Trabajo y familia
 
Mercurio, Norberto Trabajo y familia
 
Namnet Comment pardonner aux parents ?


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Selon les sociologues, le travail est le seul fait de l'homme normal puisqu'il est refusé par le criminel et inaccessible à l'aliéné. Selon Janet : « bien des faits psychologiques dépendent de cette notion fondamentale du travail : l'attention volontaire bien différente de l'attention spontanée ; la patience pour supporter l'attente, l'ennui, la fatigue : l'initiative, la persévérance, l'unité de la vie, la cohérence des actes et des caractères, toutes choses qui ne sont pas seulement des vertus, mais des fonctions psychologiques supérieures. »

L'individu a besoin d'agir pour se rendre utile à sa famille, à sa patrie, à l'humanité. Quand il prend conscience de ces faits, il comprend que son travail, si pénible, si ennuyeux soit-il, est nécessaire à la société dont il fait partie. Il peut souhaiter améliorer les conditions de son labeur, sa rémunération, sa considération. Il garde le respect de lui-même en appréciant la valeur de son effort.

Pour des raisons diverses depuis un siècle, l'homme ne trouve plus dans le travail, l'épanouissement qu'il devrait en attendre et, de tous côtés, on observe une instabilité, des exigences et des craintes qui ne permettent guère d'imaginer son épanouissement dans le travail.

L'acte essentiel de la vie économique est le travail. Il exige de nous attention, effort pour adapter de façon précise nos actes à la réalité, soumission à une discipline quotidienne.

Marx, lui-même, écrit que « le domaine de la liberté commence seulement là où cesse le travail déterminé par la nécessité et la finalité extérieure… »

Le développement de la production moderne pose un problème touchant la valeur morale. Il s'agit notamment de la critique qui consiste à accuser la grande production d'avoir corrompu l'homme, soit en lui suscitant des besoins artificiels, soit en lui procurant trop de bien-être et en le déshabituant de l'effort.

Pour répondre, tout de suite, à ce dernier grief, il n'y a aucun intérêt moral à ce que l'homme dépense son énergie à lutter contre des contraintes matérielles dont il est parvenu à se libérer. Les inventions contemporaines apportent assez d'inquiétudes pour l'avenir pour que nous ne leur reprochions pas le confort qu'elles nous procurent.

Quant aux besoins artificiels, il est bien vrai que la grande production, appuyée d'ailleurs par cette autre technique, la publicité, produit certaines inquiétudes. L'alcoolisme en est le plus fâcheux exemple. Le tabac ? Faut-il condamner son usage ? Que penser de ces familles chez lesquelles le cinématographe est devenu un besoin si impérieux qu'elles y vont régulièrement quel que soit le film présenté, ou de celles chez lesquelles la télévision ou la radio fonctionne régulièrement ? Faut-il proscrire les industries de luxe ?

Si ces besoins sont trop souvent dépassés, c'est que l'homme moderne n'a pas toujours la volonté nécessaire pour se distraire honnêtement sans pour cela devenir esclave de ses plaisirs. C'est aussi, il faut bien le dire, parce qu'il y est invité par des gens qui tirent profit de cette faiblesse morale. Ce qu'il faut incriminer ici, ce n'est pas la production elle-même, c'est un régime social fondé exclusivement sur l'appât du gain et la recherche du profit. Tout est question d'équilibre et de mesure.

***

La famille telle qu'elle est constituée dans nos civilisations comprend deux groupes sociaux qui s'y confondent : la société domestique ou groupe des parents et la société conjugale ou groupe des époux et de leurs enfants.

Son rôle comme groupe conjugal est devenu de plus en plus important.

En même temps que groupe d'intimité, la famille est un groupe complet, c'est-à-dire qu'elle prend l'existant humain par tous les aspects de son être, par son être physique comme par son être social et son être idéal. Notamment par son être social : car tout ce que nous faisons au dehors, dans notre vie professionnelle, politique, etc., s'y répercute nécessairement.

***

Un jour de septembre…

Le travail et la famille ne sont pas incompatibles, mais nécessairement compatibles.

Freud disait que l'homme normal est celui qui sait aimer et sait travailler.

Pour avoir la paix, le travail en est la clé. Pour avoir une famille paisible, les besoins primaires devraient être satisfaits, car les vrais échanges naissent quand les questions matérielles cessent d'être les sujets permanents d'échange.

Rueil, le 6 octobre

Comme toujours, la lourdeur et le silence dans la recherche d'une petite lueur qui pourrait marquer le commencement d'un questionnement sur la famille et le travail.

Jour après jour, je laisse se former en moi certaines images qui arrivent chargées de nostalgie.

Est-ce qu'aujourd'hui travail et famille sont compatibles dans ma vie ? Oui, mais pas toujours. C'est moi qui ai changé. Avant, je les considérais compatibles.

Je crois que c'est bien difficile de réfléchir. Quand mes enfants étaient petits, je détestais le travail. J'aurais aimé leur éviter de se rendre à l'école. J'aurais bien aimé vivre dans une estancia, être une femme simple au foyer, sans plus de formation que le nécessaire pour pouvoir lire les étiquettes des médicaments. J'aurais aimé avoir dix enfants et un mari pour me raconter, pendant les soirées, que le monde existait.

Voici les origines de ma nostalgie : mes enfants ont grandi et ils sont en train de se reproduire. Ils ont de grosses têtes et des cœurs comme le monde. Je suis sûre qu'au fond de leur âme, ils pourront me comprendre, car la séparation pour aller au travail est inévitable.

J'avais transformé notre estancia en une maison urbaine et, le matin, nous sortions ensemble vers le travail. Nous étions devenus complices de la fatalité : étudier et travailler.

Paris, le 28 octobre

Je reviens d'une semaine de vacances. J'ai beaucoup réfléchi sur le thème et je me sens vide et frustrée.

Non, ma vie de travail et ma vie de famille n'ont jamais été compatibles, car j'étais toujours père et mère et je ne pouvais que travailler.

Quand j'étais au travail, mes enfants me manquaient. J'adorais les soirées où je préparais mes obligations du lendemain au milieu de mon cercle familial. Je parle toujours comme si le père n'avait jamais existé. Oui, je ne sentais pas qu'il accomplissait son rôle. J'étais toujours plus responsable et la conséquence est que, même aujourd'hui, ma dernière fille me considère comme une mère qui était absente par son travail. Mais elle le manifeste avec agressivité et cherche à me culpabiliser à propos d'histoires de nounous qui, selon elle, l'auraient traumatisée. Je me demande où était le père ?

S'il avait rempli sa tâche plus profondément, j'aurais pu ne pas être contrainte à faire une carrière et des études si poussées.

En écoutant ma dernière fille, j'ai l'impression qu'elle me cherche comme bouc émissaire de ses propres angoisses de mère qui travaille.

De toute manière, quoi que fassent les parents, les enfants ne se posent pas de question quant à la légitimité de notre action dans la vie. Ce sont toujours des juges jusqu'au moment où ils seront jugés par leurs enfants, car les enfants ne sont pas toujours petits. Ils grandissent, deviennent des adolescents dévorateurs, puis des adultes pouvant pardonner nos absences pour des raisons de travail.

Aujourd'hui, je suis plus révoltée qu'un adolescent avec ses parents. Je suis agacée par mes enfants qui ne connaîtront peut-être jamais mon état de furie et de frustration. En effet, je n'avais pas choisi le travail comme priorité. J'étais dans l'obligation d'être un couple parental.

Le problème est que de telles histoires se finissent avec la mort, car ce sont des thèmes qui sont passés sous silence. Ma révolte est inutile. Quelle effrayante réalité de ne pas avoir été comprise !

Dommage ! Heureusement, ils ont tous de belles carrières et ils pourront trouver la liberté dans l'exercice de leur vocation quand leurs enfants, devenus grands, feront, par la loi naturelle, chacun leur vie.

En fait, je ne sais pas où je suis, mais je referais aujourd'hui ce que j'ai fait si la situation de ma vie était la même que lorsque j'avais vingt ans.

En revanche, si mon père ne m'avait pas enseignée l'autonomie, je serais alors une femme au foyer avec des enfants qui grandiraient et le temps nécessaire pour regarder, avec amertume parfois, mes rides apparaître sur mon visage…

***

Je crois que j'avais besoin de crier mon indignation, parce que, maintenant, j'apprécie mon travail et l'amour infini que je transmets à travers l'exercice de ma profession.

***

J'ai construit une nouvelle famille à travers mon travail. Je mériterais, à présent, avoir mon premier enfant. Or la sagesse me prévient qu'il est tard pour une procréation physique.

Mais j'ai des enfants de l'esprit. Ils ont tous un âge différent. Ils sont quelquefois plus âgés que moi.

***

J'ai l'impression de n'avoir pas réussi à répondre à la question. Tant pis ! À vous de réfléchir honnêtement et de continuer, comme d'habitude, à me questionner, car ma méthode confessionnelle exige, je le sais bien, des dialogues de plus en plus approfondis.

Merci pour votre attention si fidèle.

Et je suis ici comme toujours
à Paris, le 29 octobre.
Le ciel est bleu
balayé de cheveux blancs.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Curieuse association entre travail et famille.

La question est importante, car des siècles de culture religieuse nous ont enseigné que l'honnête homme devait travailler pour gagner son pain et fonder une famille pour contribuer à assurer une descendance à sa génération.

La société nous offre, semble-t-il, des exemples parfaits de dissociation entre ces deux mondes.

Un « accroc » du travail n'a développé aucune vie de famille, mais se satisfait d'un réseau d'amis ou de connaissances. Les péripéties de sa vie l'ont amené progressivement à canaliser son énergie sur son activité professionnelle, peut-être « aidé » dans ce cheminement par quelques déceptions amoureuses ou une affectivité réprimée dans l'enfance et l'adolescence. C'est comme si la pulsion n'avait plus l'habitude de se frayer un chemin vers le désir pour un partenaire amoureux.

Comment l'équation personnelle peut-elle fonctionner ? Eh bien, tout dépend du niveau de réussite professionnelle et de la satisfaction qui en est retiré. Une carrière bien menée assise sur la recherche idéalisée d'un statut social, récompensée par une rétribution financière en conséquence, qui permet l'acquisition de toute la collection des objets modernes de notre société de consommation, et la reconnaissance sincère de son entourage, collègues et correspondants professionnels, éventuellement accompagnée par une redistribution de ses ressources propres vers ses amis ou ses proches familiaux, peuvent très facilement faire taire quelques sentiments et pulsions bridés depuis l'enfance, qui tentent de remonter à la surface de la conscience pour être aussi satisfait un jour.

Ce fonctionnement psychosocial sur un mode pulsionnel mono directionnel peut se construire et se consolider pendant plusieurs années au gré des étapes de la réussite professionnelle. Mais que va-t-il advenir si la courbe de cette réussite s'infléchit, stagne, voire régresse, par exemple en raison d'un accident de parcours de son employeur, par le biais d'un licenciement intempestif, mais malheureusement nécessaire qui n'enlève pourtant rien à la valeur personnel de notre « accroc » du travail.

Tout dépend des défenses propres de la personne, de la structuration de son identité, de sa capacité à s'ouvrir à la nouveauté et surtout de s'écouter et se poser les bonnes questions, quand viendront poindre les premiers signes d'un malaise indéfinissable, qui surgiront comme des pauses étranges dans le flux continu de la vie au quotidien.

La déprime est à l'horizon, mais il n'est pas encore question de dépression. L'inconscient va profiter de cette sorte de passage à vide pour rappeler à la conscience qu'il y aurait peut-être quelque chose à faire du côté de la vie sentimentale et du besoin de créer, à deux, un projet de vie. Le choix du scénario dépend de l'expérience déjà acquise, de l'inclinaison sexuelle et des fantasmes de l'enfance ou de l'adolescence. Il faut alors un minimum de rigueur et d'écoute de soi-même pour reconnaître ces « nouveaux » afflux d'énergie pulsionnelle et leur donner un projet de réalisation dans la vie réelle.

Les échanges authentiques avec un véritable ami ou la rencontre d'un psy peut être déterminante pour trouver un bon chemin capable d'assurer des satisfactions au quotidien.

Ces phases critiques de la vie, qui témoigne de la fin d'un cycle et de la nécessité d'une nouvelle orientation ou d'une diversification des centres d'intérêt, semble comme être guidé par un besoin de progresser par rapport à un développement personnel non terminé.

En tout cas, elles mettent le sujet en face de sa capacité à s'adapter à son environnement changeant, car la vie est par essence mouvement et changement.

Peut-être faut-il toujours écouter l'enseignement de nos aïeux, qui prônaient les vertus de la famille et du travail, comme projet de vie naturel, gage d'une meilleure capacité à passer les obstacles et accidents de la vie.

Hervé Bernard



Entre travail et famille, quel chemin commun pourrions-nous tracer ?

Ce sont deux valeurs essentielles à l'être humain.

Le travail, en règle générale, donne à l'individu une utilité sociale. Il lui permet d'apporter sa contribution à la bonne marche de la société en échange d'un salaire. Ce salaire l'autorise à avoir une vie décente où il peut faire autre chose que travailler. Plus qu'à être utile, le travail sert donc surtout à gagner de l'argent pour vivre.

La famille, dans la plupart des cas, offre à l'individu une utilité biologique. Elle lui permet d'apporter sa contribution au renouvellement démographique de la société par la conception d'un enfant. Cet enfant lui offrira le bonheur de donner et de recevoir de l'amour. Plus qu'à être utile, la famille sert donc surtout à partager de l'amour pour vivre.

Auparavant, le travail était une chose stable. Une personne était engagée et elle poursuivait une carrière tout au long de sa vie. Pour des années durant, jusqu'à la retraite.

Auparavant, la famille était une entité stable. Deux personnes s'engageaient et elles vivaient ensemble tout au long de leur mariage. Pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort les sépare.

Avec la liberté d'entreprise, il est apparu nécessaire de laisser l'employeur libre d'utiliser l'employé au gré des besoins économiques.

Avec la liberté des mœurs, il est devenu évident de laisser les hommes et les femmes libres de s'unir ou de se désunir au gré des envies de chacun.

Sont alors apparus de nouveaux types de contrats de travail. Du CDI, nous sommes passés au CDD, puis aux missions temporaires où le salarié n'est plus utile que ponctuellement : pour assurer une tâche intérimaire dans la production.

Sont alors apparues de nouvelles formes de relations de couple. Du mariage, nous sommes arrivés au concubinage, puis aux unions temporaires où l'homme n'est plus utile que ponctuellement : pour assurer un rôle « intéri-père » dans la procréation.

Aujourd'hui, la technologie a ouvert bien des possibilités : l'automatisation industrielle remplace fort bien le travail humain.

Aujourd'hui, la science a ouvert bien des possibilités : l'insémination artificielle remplace parfois fort bien la sexualité humaine.

Alors demain, l'intelligence artificielle ne pourrait-elle pas rendre ces machines autonomes ? D'aucuns y travaillent déjà.

Alors demain, le clonage humain ne permettrait-il pas une fabrication « auto-d'hommes » ? D'autres y travaillent peut-être.

Pour ne pas aller si loin, prenons conscience à quel point le travail et la famille sont précieux à l'équilibre de l'être humain.

Offrons à nos enfants un autre demain.

Transmettons-leur des repères stables, des valeurs solides en lesquelles ils puissent avoir confiance et sur lesquelles ils puissent s'appuyer pour se construire sainement.

Apprenons-leur la valeur du travail comme moyen d'accomplissement et la richesse de la famille comme lieu d'épanouissement.

Demain peut être un autre jour !

Stéphane Cambra



Qu'est-ce qu'un anniversaire ?
Une petite note mouillée qui s'enfuit
Une musique brouillée glissée déjà dans le passé
Une minuscule bille de lumière invisible dans l'univers
Un aérodrome désert
Une ligne à haute tension où nul oiseau
Ne viendra plus se percher
Un village masqué dans la brume
Où la tristesse et le rire se rejoignent
Un lieu de passage en costume d'arlequin
Aux couleurs vives et claires
Jeunes et gaies de l'enfant
Au visage maquillé de l'aîné
Il nous lâche et nous laisse aveugles dans l'inconnu
Le temps passe irrémédiablement
L'enfant s'agite sans savoir
Les vieux tentent d'économiser
Mais est-ce bien utile ?
Je ne voudrais pas vous attrister
Vous agacer de mon amertume
Ni même donner une fin heureuse à ce petit papier
Parce qu'il en faut une
C'est pourquoi je m'arrête et vous dis avec joie :
Inchallah !
Le 18 juillet 2002
Brigitte Delaunay



Comme beaucoup de personnes, j'ai un goût prononcé pour ce qui est spontané et libre, comme j'aime ce qui est choisi et non subi.

En somme, je souhaite vivre dans un état d'être indépendant sans contrainte.

Si bien que chacun des deux mots famille et tradition provoque en moi une méfiance instinctive et les deux mots associés alors là franchement, j'éprouve un net recul.

Et en même temps je pense aux difficultés des gens déracinés, aux souffrances de ceux qui par réaction ou par obligation sont coupés de leurs racines et qui souhaiteraient en avoir.

Ces racines qui puisent leur croissance et leur force dans la sève mêlée de la culture, du terroir, de la grande histoire, mais aussi des traditions et la famille.

Cette famille bien sûr souvent relayée par les institutions comme l'École ou l'Église, nous transmet de génération en génération par un enseignement haché ou constant, fidèle ou déformé, des coutumes, des manières de faire et de penser.

Personne n'y échappe.

Pourtant, un jour, par maturité ou nécessité, arrive un temps dans sa vie ou l'on se sent libre de s'accorder « un droit d'inventaire ».

C'est un besoin vital de se poser la question : « Est-ce que je porte un masque ? Est-ce que je joue un rôle ? Est-ce que dans ma relation au monde, je suis moi-même ou bien suis-je simplement ce qu'on a fait de moi ? »

Je m'interroge donc sur ce qui s'est inscrit durablement en moi après cette longue plongée dans le bouillon de culture des traditions familiales.

La réponse m'apparaît évidente : des croyances, bien sûr…

Que je le veuille ou non je suis pétri de croyances qui me viennent instantanément, spontanément à l'esprit et qui jouissant d'une grande indépendance modèlent durablement mon paysage intérieur moral, émotif et intellectuel.

Ces croyances sont la cristallisation de ce dont j'ai été bombardé depuis ma plus tendre enfance et que j'ai avalé et accepté sans examen critique, sans bien le mâcher ou le digérer et sans savoir si cela me convenait ou pas.

Ce sont toutes ces règles de famille qui m'ont été imposées ou qui ont été prescrites au nom de l'éducation mais aussi des traditions, les préjugés, les notions toutes faites, les modèles de comportement, les manières apprises, l'exécution de rites, les proverbes et autres dictons populaires.

Certaines sont positives mais beaucoup d'entre elles pèsent inutilement sur moi au lieu de faciliter ma vie dans la liberté.

Alors il s'agit de faire le ménage et d'opérer le tri.

Qu'est ce que je garde et qu'est ce que j'envoie aux oubliettes ?

Prendre ce qui me convient, ce qui me ressemble, ce qui est juste et utile pour moi, ce qui me rend plus présent, plus solide, plus confiant et plus éclairé.

Et puis ce travail me conduit à prendre conscience de ma responsabilité de maillon d'une chaîne : « Qu'est ce que moi-même je vais transmettre et surtout comment ? » Sachant que ce comment compte autant que le contenu.

Si je prends mon exemple, j'ai eu la chance ou la malchance de n'avoir été que peu labouré au cours de la première partie de ma vie par le soc des traditions familiales.

Ma famille se réduisait pratiquement à mes parents. Eux-mêmes n'avaient été que très peu exposés à l'influence de traditions familiales. Ils n'avaient quasiment aucun message à transmettre sur ce terrain-là.

Par ailleurs, j'ai souvent vécu éloigné d'eux.

Et pourtant, j'ai été élevé, fut-elle seule, sous l'influence d'une profonde empreinte véhiculée au moyen de l'exemple ou du récit, par au moins trois générations de ma famille : la tradition du travail bien fait.

Je veux parler de l'amour du travail soigné avec l'idée que l'ordre intérieur dans sa tête passe d'abord par mettre de l'ordre dans les choses extérieures, un ordre proche de la perfection.

Et bien ça, je le garde. C'est pour moi une grande richesse, que je me suis approprié. C'est la part de l'héritage familial que j'ai sélectionnée, que je veux faire mienne et que j'ai à cœur dans la mesure du possible de transmettre à mes enfants.

Je sens que c'est un bon terreau sur lequel je peux faire croître mes actions.

Je me suis désengagé du reste et j'ai pris ce qui m'apparaissait le meilleur.

Dans cet héritage des traditions familiales, je ne peux garder que les bonnes racines, celles qui me rendent plus solide et plus structuré.

Le respect d'une tradition à laquelle on consent librement conduit à un certain dépassement de soi, donne une discipline personnelle positive gage d'un renoncement à certaines facilités durables.

Et comme me disait un vieil adepte de la tradition : « Tout ce qui monte construit »

Il a ajouté « les bonnes traditions sont donc celles qui nous donnent certes des racines, mais aussi des ailes ».

Ce sont celles qui nous permettent de canaliser nos énergies naturelles souvent sauvages et dispersées voire rebelles et insensées vers l'harmonie et l'unité de notre nature en elle-même et par rapport au monde.

Cette transformation est germe de bonheur et de paix. C'est bien cela qui nous fait pousser des ailes.

J'en conclus bien sûr que les racines tirées des traditions familiales qui nous immobilisent au sol sans nous nourrir et nous conduisent à nous tordre pour ne trouver qu'une pâle lumière, nous nous devons d'y renoncer.

En écrivant ces quelques réflexions, mon regard se pose sur ces pensées que le Bouddha aurait transmises et que j'ai placées bien en évidence sur mon bureau en vue d'un rappel permanent :

« Nous ne devons pas croire une chose simplement, parce ce qu'elle nous est dite ni souscrire aux traditions uniquement, parce qu'elles descendent de l'Antiquité ni les écrits des sages, parce qu'ils furent écrits par des sages. Nous ne devons accepter que ce qui reçoit l'approbation de notre conscience. C'est pourquoi je vous ai appris à croire seulement lorsque vous aurez senti ce qu'on vous propose dans votre propre conscience intérieure »

Michel Gallet



Oui, sachons pardonner à nos parents.

Je ne sais pas si c'est le lieu où la place pour en parler.

Quand on n'a pas connu ses parents.

Quand le destin a fait que l'on soit séparé trop jeune pour s'en souvenir,

On idéalise ce qu'ils auraient pu être si on avait pu grandir auprès d'eux.

Seulement le destin en a voulu autrement.

La récompense c'est d'avoir dans notre coeur ceux qui nous ont donné vie et ceux qui ont fait notre éducation.

Parce que la joie d'aimer et d'être aimé, c'est le plus beaucoup cadeau de la vie.

Je n'ai pas d'amertume sur ce qui s'est passé sur les événements. Simplement que le destin a voulu que l'on soit séparé plus tôt que les autres.

Papa, maman vous manquez dans mon coeur.

La plus grande cicatrice durant mon enfance et encore à ce jour, c'est de ne pouvoir mettre en image ses parents. Un vide qui ne se comblera jamais.

Au jour d'aujourd'hui en âge d'être parent à mon tour, c'est de pouvoir transmettre à mes futurs enfants la joie de donner cet amour et ce regard protecteur de parent.

Alors à nos parents, voici un petit poème «l'étoile inconnue» :

« Née sous une étoile inconnue, elle a mis des années à briller de mille feux.
Sous la coupe de la chevelure de la comète tu as traversé le firmament.
Comme l'étoile polaire j'ai cherché un guide.
Le regard maternel me manque, l'éducation du paternel ne s'est jamais faite.
La chaleur de ton amour ne s'est jamais consumée.
Nos vies se sont effleuré dans cette immensité, c'est un vide qui ne s'est jamais comblé.
J'ai grandi en oubliant les choses du passé, maintenant elles me sont revenues.
Tant d'années je t'ai attendue, tant d'année j'ai souffert en silence.
Mes mots se sont fracassé comme les vagues qui déferlent sur la falaise.
La solitude n'est pas ton ennemi, elle te fait juste sentir que la présence d'une personne manque à l'appel.
L'inconnue qui passe, l'ami de toujours, l'ami de tous les jours, arrête-toi, prends le temps de regarder et de poser tes yeux.
L'ami du soir, comme le veilleur de nuit, ta présence me souffle dans le creux de l'oreille.
Tu es et resteras cette inconnue que tu regardes dans le ciel.
L'étoile qui brille pour l'éternité dans le cœur de chacun.
L'étoile inconnue qui navigue dans cet immense océan. »

Petite composition écrite un soir d'hiver de cette année
peu de temps que mon père adoptif nous quitte pour l'éternité.
Comme un gant que l'on dépose avec délicatesse, tu reposes en paix.
Petite dédicace toute particulière à ton intention,
car tu me manques toujours autant chaque jour depuis ton départ.
Je suis petite dans ton cœur, tu es grand dans le mien. »
Ta petite Nam (juillet 2002)
Namnet