NUMÉRO 87 REVUE MENSUELLE AOÛT-SEPTEMBRE 2003

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela Crise, partage et résolution
 
Bernard, Hervé La crise
 
Bègue, Jean-Pierre La crise : le divorce
 
Bègue, Jean-Pierre Moi, la vérité je parle
 
Cohen, Rut Diana La crisis
 
Giosa, Alejandro La crisis
 
Health I. G. News Diabetes: novedades terapéuticas
 
Laborde, Juan Carlos Crisis
 
Ruty, Paul Crise et passage à l'acte
 
Ruty, Paul Groupe clinique de septembre 2003


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Chère Véronique,

Le 23 septembre tu m'as envoyé un courrier qui s'appelait « Contre vents et marées ».

Cette communication, fruit de ton travail analytique et de ta volonté d'aller vers l'avant m'a beaucoup émue.

Quand tu te parles à toi-même, tu me parles, quand je te réponds en parlant de moi-même, j'essaie de mettre en parallèle nos crises, mais au-delà de tout le vouloir profond qui nous a poussées toutes les deux vers la recherche de la liberté.

La liberté, je l'ai acquise par l'exercice de la vocation et j'ai pu comprendre par ma propre expérience que aujourd'hui tu goûtes la liberté avec l'exercice de la profession d'écrivain. Donc je te réponds. Tu te disais.

« Tu l'as fait. Tu es partie. Malgré et contre tout. Malgré et contre tous. Tout le monde te l'a dit. Tu es folle, ne pars pas ainsi. N'y vas pas. Reste avec nous. Tu leur as dit. Trop tard. C'est mon chemin. Je dois aller jusqu'au bout désormais. Je suis déjà trop avancée. Je ne peux plus reculer. Et puis, tu le sais, c'est écrit en toi. Depuis toujours. Depuis le début. À ta naissance. Tu es partie. Tu étais déjà allée trop loin. Tu étais déjà trop loin d'eux. Tu avais déjà trop d'avance. Il le fallait. Tu avais respiré l'extase de la liberté. On est vite accro a ces choses-la. Trop bon pour les laisser derrière. Même pour faire plaisir à ses amis. Même pour revenir dans un moule plus conforme qui te permettrait de vivre tranquillement. Tu l'as choisi. Tu es partie. Loin d'eux et loin de tous les autres. Tu as choisi ce voyage en enfer pour gagner ta liberté éternelle. Ne l'oublie pas en route. Ne l'oublie jamais. Quand tu auras froid et que tu n'auras plus de manteau pour te couvrir, te protéger, te réchauffer, parce que tu les auras tous jetés pour recommencer une vie neuve. Quand tu auras faim et que tu n'auras même plus de pain pour te nourrir. Quand tu auras soif et que plus aucune source d'eau ne coulera pour toi. Ne pleure pas, ne gémis pas sur ton sort. Ne mendie pas à l'autre. Ne te retourne pas. Avance. En grelottant s'il le faut. La faim dans le ventre, la soif dans la gorge. Avance. Marche, ça réchauffe. Mais surtout ne te retourne pas. Ne regrette pas. Ne regrette jamais ton choix. Le jour où tu l'as fait, tu n'avais ni froid, ni faim, ni soif. Tu avais toute ta raison. Tu savais pourquoi tu le faisais et tu savais quel chemin tu prenais. Le froid fait perdre l'espoir; ne le laisse pas t'empêcher d'avancer. La faim rend fou; ne la laisse pas ralentir ta marche. La soif crée des hallucinations ; ne les laisse pas te troubler. Tu te perdrais. Il n'y aurait plus de retour possible, sur aucun chemin. Avance. Tu es déjà allée trop loin. Tu le sais bien. Tu ne peux plus revenir en arrière même si, un soir de désespoir, tu t'y laissais aller. Tu ne peux plus redevenir celle que tu étais autrefois. Tu n'es plus la même. Tu es une autre. Tu es devenue une femme forte, indépendante, décidée. Tu ne peux plus jouer à la femme fragile, enchaînée, hésitante. Personne n'y croirait et sûrement pas toi. Tu ne peux plus te raconter d'histoires. Tu n'y croirais pas. Ta vérité, tu la connais jusqu'au fond de tes entrailles. Tu te connais jusqu'au fond de tes entrailles. C'est ce que tu voulais. Te connaître. Te comprendre. Savoir qui tu étais au fond de toi, derrière toutes ces peurs qui ne t'appartenaient pas, que tu jouais sans comprendre pourquoi. Tu n'as plus de peur en toi, alors comment veux-tu aujourd'hui te rejouer les scénarios d'autrefois ! Essaie donc si tu ne me crois pas. Joue-toi la comédie. Fais-toi un petit caprice. Tente une crise de désespoir. Racle le fond. N'aie pas peur, ce n'est plus toi ça. Racle. Racle donc. Tu as vu ? Tu ne peux plus l'atteindre ce fond. Tu remontes toujours bien avant. Comme poussée par un ressort. Ton ressort. Ta force intérieure. Essaie donc de retourner dans le passé. Allez, vas-y, puisque tu ne me crois pas. Loue une voiture et vas-y. Tu as vu ? Tu n'as plus rien à faire là-bas. Ce n'est plus chez toi. Ce n'est plus ta maison. Ta maison, aujourd'hui, elle fait partie de toi. C'est ton corps. C'est pour cela que tu peux jouer à vagabonder d'un lieu à l'autre, d'un quartier à l'autre, d'une ville à l'autre, d'un pays à l'autre. Tu n'es plus entravée. Tu n'as plus de chaînes. Tu sais parler toutes les langues sans même les connaître. Tu as tout appris. Tu sais arriver, seule, aménager, seule, prendre tes repères, seule, rencontrer les autres, seule, lier amitié, seule. Mais non, tu n'es plus seule. Ils sont tous là autour de toi. Comme autrefois. Sauf qu'autrefois, tu avais besoin d'eux, tu étais dépendante de leur présence, de leur avis, de leur jugement, de leurs dépendances. Aujourd'hui, tu peux les aimer vraiment du fond du cœur. Tu peux les chérir sans peur. Tu peux leur donner toute ton âme. Tu les aimais déjà autrefois mais tu aimais de la même manière ceux qui te faisaient du mal. Alors l'amour était tout brouillé. Tu les chérissais mais tu devais partager entre eux et les autres qui se gavaient. Tu leur donnais ton âme mais tu la donnais à n'importe qui et certains n'hésitaient pas a en jouer. Aujourd'hui, aimer, chérir, donner, ne peut plus t'entraver, te vider, t'effrayer. Ceux que tu aimes désormais ne sont pas de vilains gloutons, des coquilles vides qui pourraient t'aspirer pour exister. Plus de vampires autour de toi. Tu as une bombe pour les chasser bien loin. Tu as compris comment t'en servir. Facile. Si tu avais su cela plus tôt, que de temps, d'énergie, de plaisir tu aurais gagné ! Mais non, tu le sais bien, si tu avais su comment neutraliser une coquille vide autrefois, tu aurais neutralisé n'importe qui, tu aurais neutralisé tout le monde ! C'est ce que tu as fait d'ailleurs quand tu as appris à utiliser ta bombe anti-vampires. Tu les as tous neutralisés. Tous autour de toi. Ca fait tout drôle après, n'est-ce pas ? Quand tout est vide. Quand tu parles dans le vide. Quand tu marches dans le vide. Quand tu ris dans le vide. C'est cela le vide. Le vrai vide. L'expérimentation totale du vide. Après tu peux même écrire un traité philosophique sur le vide. Sans complexes, ma chérie. Là, tu es devenue plus philosophe que tous les philosophes de la terre. Parce que toi, te l'as expérimenté ce vide. N'aie aucune crainte, aucun d'entre eux ne pourra t'en démontrer. C'est comme pour la folie. Celle avec laquelle tu es allée flirter lorsque tu avais si froid, si faim, si soif. C'était la folie extrême, n'est-ce pas ? Celle qui fait peur aux plus grands psys du monde. Tu crois qu'ils t'auraient suivie quand tu as testé ton immortalité ? ».

Et je te réponds, aujourd'hui, 1er octobre 2003, à 16 h 15. Je peux maintenant te le dire, chère Véronique, parce que nous sommes ensemble dans le non temps, que nous avons partagé tant d'heures. Tu agonisais d'amour. J'étais ton analyste tel qu'aujourd'hui je suis en dehors du temps, ton alliée pour la vie. Elle sera peut-être plus courte que la tienne, car tu es plus jeune, mais nous serons toujours ensemble en dehors du temps.

Ta voix depuis Budapest, ta voix dans les chemins de l'Italie, ta voix dans la souffrance et la joie, ta voix dont les paroles m'échappaient, car elle se cassait d'amour, d'angoisse, de solitude. Ta voix que tes blessures avaient affaiblies.

Tu écris et chaque page nous sommes ensemble, peut-être faudra-t-il que je raconte notre histoire, car le lecteur a le droit de mieux la connaître…

Il y a eu une femme à Budapest qui t'a donné mon nom et notre aventure analytique ensemble a commencé.

Tu revenais de souffrances terribles, d'un amour vrai, mais malheureux.

Tu m'as fait ramasser mes propres souvenirs. Moi aussi j'avais été abandonnée, moi aussi j'avais pris l'exil pour oublier. Mais tu étais avec toi et moi, ma Véronique, j'ai vécu ma crise dans une suprême et humble solitude, personne ne m'avait tendu la main, et mes analystes étaient devenus pour moi des anesthésistes. En revanche, moi avec toi, j'ai du être dure et sereine, aimante et complice. Je n'avais d'autre désir que de te montrer que la survie était possible.

Aujourd'hui, tu es devenue écrivain. Pour être écrivain il faut être vivant, et pour être vivant il se peut que l'amour soit l'unique chemin pour nous sortir de la crise.

Je te propose de partager notre éternité, car elle nous appartiendra et, dans ce cas-là, les chemins que nous avons partagés dans cette vie seront pour nous plus faciles à vivre.

Véronique, les crises ont aussi traversé ma vie : fortes, comme des ouragans déchaînés dans les tropiques.

Comme toi, j'ai tenu en étant ferme mais flexible et je suis retourné aux petits matins d'accalmie qui suivent les orages pour accepter les pertes, qui au fond ne sont que des apparences et qui nous poussent vers la liberté.

Nous laissons dans ces tornades tout ce qui nous a rendus lourdes, fragiles, perdantes.

Aujourd'hui, légère comme la brise des îles, forte comme la proue des bateaux des vikings, armée du courage du gagnant, je me confronte à mes lointaines nuits sombres et je me rends compte de ta solitude sans bornes dans cette maison de Budapest où tu as commencé à faire le ménage de tout ce qui t'encombrait.

À la fin, ta maison est devenue une cellule de moine, à la fin ne reste dans la mienne que la joie d'un printemps éternel où nous ne serons ni la cause, ni les victimes des crises.

Avec amour, un jour d'automne où
je pense à toi et je pense à moi
et les roses fleurissent prêtes à
se confronter à des soleils froids,
mais revigorants.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



La crise : catastrophe ou renouveau ?

Il me semble que ce mot résonne à mes oreilles en éveillant en moi immédiatement des images négatives, comme la misère, la désolation, la solitude, la destruction ou la guerre.

Pourtant l'enfant, pour passer à l'âge adulte, doit traverser la crise de l'adolescence, avec toutes les peurs, les incertitudes, les interrogations qui accompagnent, comme toute autre crise, ce changement d'état physique et de statut social. Et nous savons combien la capacité à réaliser nos projets de vie à l'âge adulte est largement conditionnée par le succès de ce passage à travers l'adolescence, et combien une adolescence mal liquidée laisse des séquelles qui fonctionnent comme des béquilles handicapantes pour la construction de notre identité et de notre liberté d'homme.

S'il est certes difficile de mesurer l'influence de l'adolescence sur l'être adulte, quand il s'agit de notre propre cas, nous pouvons observer dans notre famille, chez nos amis ou nos enfants combien ce changement d'identité qu'impose la nécessité de quitter sa famille pour « faire » seul sa vie, n'est jamais facile. Car l'être humain, comme tout être vivant en général, n'aime pas le changement, surtout quand il s'agit de quitter une position agréable, protectrice et rassurante, pour se lancer dans l'inconnu, souvent source de difficultés, de déboires, de déception avant d'être suffisamment parcouru, puis parfois maîtrisé.

Mais la crise de l'adolescence est nécessaire, longue et malheureusement subie. C'est comme l'entrée dans un long tunnel obscur programmée par la vie et la société, où l'on entre sans trop se poser de questions (heureusement !) et dont on ne voit la sortie que bien après y avoir pénétré.

Mais quand nous parvenons à l'âge adulte en tant qu'homme fait et responsable, l'adolescence nous apparaît comme un souvenir lointain, comme un voyage sur une autre planète, qui fait partie de notre vécu et qui nous a permis d'être, aujourd'hui, ce que nous sommes !

Mais, une fois la crise de l'adolescence passée, le reste de la vie est-il réellement un chemin tout droit, sans aucun accident ? Ce serait peut-être possible si nous maîtrisions notre destinée ; ce qui me semble être loin de la réalité. La vie ressemble au parcours d'une géographie plus ou moins régulière, l'adolescence nous ayant permis d'accéder un nouveau continent de cette topologie. Mais peut-on imaginer que le continent de l'âge adulte ne soit qu'une plaine sans aucune aspérité ?

En fonction de la personnalité et des aspirations, le chemin serpente au fond d'une vallée ou au milieu d'une plaine pour certains, alors qu'il se déroule à mi-hauteur ou sur le sommet des collines ou montagnes pour d'autres. Et, parfois, ayant trop exploré une vallée qui n'offre plus le même attrait initial, nous nous sentons obligés de passer un col pour passer à une nouvelle vallée, source potentielle d'un nouveau chapitre de notre vie.

Le col n'est accessible que par un chemin dangereux, oublié du reste du monde, perdu dans le froid et dans une nature sauvage. Que de courage faut-il pour monter sans carte ni boussole, mais avec la seule garantie que toute ascension finit par s'arrêter pour devenir une descente ? Mais quand, à quel prix, avec quelle énergie ?

La crise est une nécessité de la vie, elle fait partie de la vie. Elle est souvent minime et passe inaperçue quand le changement est rapide, peu brutal et vécu sans appréhension. Mais elle peut devenir terrible quand nous attendons le dernier moment avant de tourner un chapitre de notre vie, quand nous nous accrochons à notre vie actuelle sans vouloir reconnaître et accepter les signes d'un nécessaire voyage vers une autre vallée.

Une crise est plus facile à vivre quand elle est anticipée et acceptée comme faisant partie de notre cheminement nécessaire sur terre, quand la logique, les sentiments, la sensation et l'intuition nous guident pour l'affronter dans les meilleures conditions de réussite et avec le moins d'énergie possible. Car si notre chemin de vie ne peut pas être connu à l'avance, l'énergie est une ressource non inépuisable pour chacun, qu'il convient de gérer avec respect.

Hervé Bernard



La période précédant une séparation du couple se révèle pénible à supporter pour tous les membres de la famille. Les enfants ne sont pas dupes des changements dans les relations affectives des parents et ils ne manquent pas d'y réagir en modifiant leur comportement.

Il n'existe pas d'âge idéal pour le divorce des parents. Ce sera toujours une épreuve pénible à surmonter, car un enfant souhaite toujours avoir ses deux parents ensemble. Cependant, il est tout autant préjudiciable pour l'enfant de vivre avec des parents qui ne s'entendent plus ou qui s'ennuient ensemble et donnent de ce fait une image triste de la vie familiale et de la vie tout court. Prolonger cette situation c'est élever son enfant dans l'illusion et le mensonge. En revanche, il est très constructif pour un enfant d'avoir des parents qui assument leur désir.

Lorsque la décision de séparation est prise, le père et la mère doivent pouvoir en parler à leur enfant en termes simples, même s'il est très jeune. Dire que l'on ne s'aime plus est préférable à se disputer trop. Pour l'enfant se disputer est normal, il le fait avec ses camarades, cela ne lui semble pas grave. On peut lui dire qu'il aura sa chambre chez papa et maman et surtout qu'il conservera sa place dans le cœur de ses parents.

Il faudra également lui faire comprendre qu'il n'est pour rien dans le divorce, car souvent l'enfant éprouve de la culpabilité en imaginant qu'il est la cause de cette situation par un défaut personnel ou par quelque chose qu'il aurait pu faire mal, ceci parce qu'il est incapable de connaître les raisons profondes du comportement des adultes.

D'autre part, en cas de réactions intempestives de sa part : pleurs, colère, menaces, chantage, il convient de lui signifier que vous ne changerez en rien votre décision.

Quand les deux parents vont s'installer à des endroits différents, c'est plutôt le garçon qui doit aller avec le père et la fille vers la mère pour apprendre à vivre en homme ou en femme.

En dépit de la peine que cela peut provoquer il est bon que chacun des parents refasse rapidement une vie de couple dans l'intérêt de l'enfant, car c'est dangereux pour lui d'être celui ou celle qui vit seul avec l'un des parents. Il risque, en effet, de penser qu'il a la lourde tâche de le consoler voire de remplacer auprès de lui l'absent surtout s'il est l'enfant de sexe opposé.

Le sacrifice de l'un des parents est un fardeau bien trop lourd à porter sur le plan affectif pour un enfant quel que soit son âge. D'autre part, il y a le risque pour lui de ne pas pouvoir assumer son autonomie à l'âge adulte et de rester toujours avec papa ou maman ou même en étant marié de vivre avec son parent et son conjoint.

Au début de la nouvelle relation affective de son parent, l'enfant a tendance à se montrer jaloux de la nouvelle personne considérée comme une intruse prenant la place de l'autre. Il faut donc dire à l'enfant que c'est un ou une fiancée, lorsqu'un nom est mis, c'est immédiatement plus facile à supporter.

Par rapport au nouveau compagnon, l'enfant peut très bien l'appeler papa, le père géniteur restant toujours le père de naissance et l'autre papa étant un rôle social. De même, la maman de naissance reste toujours la maman, ce qui n'empêche pas d'appeler une autre femme maman.

Quelle que soit la complexité de la situation, il est indispensable que le père continue d'être responsable de ses enfants, qu'il les voit et que son ex-femme se réfère à son autorité quand des décisions sont à prendre notamment par rapport à l'école.

Dans cette situation de divorce, l'important c'est que les parents soient au clair par rapport à ce réaménagement de vie. Plus ils seront à l'aise dans leur tête, plus les enfants accepteront facilement le changement et y verront les aspects positifs : nouvelle école, nouvelle maison, nouveaux copains.

À l'adolescence, les enfants ressentent souvent le désir d'aller vivre quelque temps, parfois définitivement chez le parent qui n'a pas obtenu le droit de garde. C'est le désir naturel de voir comment ça se passe ailleurs et qu'il est assez facile d'exprimer quand les deux parents ont chacun fait de leur côté le deuil de l'autre, c'est à dire quand ils peuvent parler de l'autre sans émotions particulières.

Si l'un des deux ne l'a pas fait, l'adolescent se trouve dans une situation impossible et la plupart du temps, il va vouloir rester auprès du plus fragile, celui qui a le plus besoin de lui.

Les séparations tournent au drame quand les adultes se déchirent dans des conflits sans fin ou quand l'un des membres du couple s'avère incapable d'assumer la séparation. Dans ce cas, les enfants souffrent beaucoup en écho à la souffrance de l'adulte.

Jean-Pierre Bègue



J'ai été longtemps intrigué par cette formulation de J. Lacan avant d'en comprendre le sens.

La signification du mot vérité dans le contexte psychanalytique dans lequel se situe l'auteur n'a rien à voir avec l'exactitude d'un fait, d'un propos ou d'une théorie, il s'agit de la vérité du désir inconscient d'un sujet que ce dernier ne peut appréhender par la conscience.

Le désir inconscient ignore le temps et conserve toujours son intensité; il veut se faire savoir en s'extériorisant pour se faire reconnaître et être pris en compte par la conscience pour être satisfait.

Mais ce désir se trouve confronté à la censure de la morale individuelle dont nous savons qu'une partie agit sans que nous le sachions sur les représentations ou les émotions qu'elle réprouve.

La morale dont la censure est la partie active veille à ce que le désir réprouvé ne sorte pas de l'inconscient, territoire dans lequel il s'affronte à des forces qui s'opposent à lui et auquel il fait tout pour s'échapper en utilisant tous les subterfuges, ce désir vrai, plus vrai que tous les autres, car émanant de la personnalité profonde du sujet parle non pas le langage clair et compréhensible que nous utilisons, mais une langue qui lui est propre et dont il faut percer le mystère. Ce désir doit tout faire pour déjouer la censure, il le fait en mentant et en trompant pour parvenir à ses fins, c'est-à-dire pour se manifester au grand jour et se faire reconnaître comme étant constitutif du sujet et ne pouvant être ignoré. Si la Vérité de ce désir pouvait parler, elle s'exprimerait ainsi :

« Moi la vérité je suis la grande trompeuse, je mens pour pouvoir passer la censure, je me travestis pour ne pas être reconnue de celle-ci, je peux faire dire un mot pour un autre, je peux isoler deux représentations et en faire disparaître le lien de causalité, détacher une émotion de sa représentation habituelle pour l'accrocher à une autre plus anodine. Je peux faire échouer un acte volontaire et le remplacer par celui qui me traduit le mieux, cet acte qui vous semble manqué est en fait pour moi un acte réussi. Je trouve également un champ immense pour me manifester dans les rêves qui vous plongent dans la plus grande perplexité et dont j'utilise toutes les ressources pour m'exprimer et me réaliser de façon allusive et virtuelle en attendant mieux. Enfin, je suis là où ça souffre, dans les symptômes de toute nature dont vous interrogez la cause et dont j'assure la répétition au moment opportun, je n'ai pas d'autres moyens pour me signaler à vous compte tenu des pressions qui s'exercent sur moi, je ne peux vous apparaître à visage découvert, vous ne pourriez le supporter car Moi la Vérité, je suis votre vérité et je vous fais peur. »

Le désir inconscient lorsqu'il parvient à être reconnu par le sujet fait souvent peur, parce qu'il est la révélation de quelque chose que nous ne pouvions imaginer comme constitutif de notre être, nous découvrons en nous des désirs insoupçonnés que bien souvent la morale réprouve, nous pensions être meilleurs que ce que nous sommes en réalité, il faut s'accommoder de cette découverte et se résigner à cette nouvelle image de nous-mêmes.

Enfin la Vérité guérit, une fois le désir reconnu, le symptôme traduit en mots n'a plus aucune raison de se répéter, il disparaît à tout jamais et libère les capacités à aimer et à vivre le présent.

Jean-Pierre Bègue



Antoine était un garçon sympathique, timide et effacé, très introverti. En prison depuis quelques mois, il avait demandé à m'avoir comme visiteur, sur la recommandation d'un autre détenu que je voyais alors régulièrement par ailleurs. C'était, il y a quelques années.

« Qu'est-ce que vous attendez de moi, Antoine ? »

Antoine a du mal à formuler sa requête. Il finit par me dire au bout de trois rencontres :

« Aidez-moi à comprendre pourquoi je suis ici ! 

Oui, je sais bien, a-t-il ajouté, je suis ici, parce que je suis en attente de procès pour viol. Mais ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi j'ai fait ça ? Je sais que c'est ignoble, mes valeurs sont autres, je suis croyant. Je ne comprends pas ! C'est comme si, il y avait eu en moi, quelque chose d'impératif qui me commandait et je ne pouvais pas désobéir, je ne pouvais pas résister. »

Et, maintenant, Antoine pleure.

« J'ai une amie, j'étais bien avec elle. Il a suffi de quelques heures d'absence pour que je fasse ça. Je l'aime pourtant. Elle aussi, elle m'a dit qu'elle m'aimait encore malgré la chose mais je sens bien que ce sera bientôt fini. Comment pourrait-elle s'attacher à moi qui vais passer sans doute une dizaine d'années en prison en punition d'un acte que je ne comprends pas ? Ce n'est pas moi… Je suis innocent. Celui qui vous parle maintenant est innocent. Alors, l'autre, c'est quoi ? »

Antoine pense qu'un visiteur est susceptible de répondre à cette question ou du moins de l'aider à trouver une réponse en lui-même.

J'en ai rencontré beaucoup comme lui, avec cette question, toujours la même :

« Pourquoi ? Ce n'est pas moi ! Ou alors , si c'est moi, qui suis-je ? »

Tous ne posent pas cette question. Je fais référence à une minorité particulière. Il ne faudrait pas d'ailleurs, en tirer des conclusions hâtives et généraliser à toute la population carcérale. Ceux qui disent, sont :

– des garçons qui demandent à voir un visiteur. Tous ne le demandent pas. Loin s'en faut. Cette préoccupation suggère déjà une inquiétude particulière qui n'a pas trait aux seules contingences matérielles mais aussi à la recherche d'un dialogue ;

– généralement des gens coupables de crimes passionnels. Mais il y en a d'autres aussi ;

– des garçons qui ont accompli un acte unique qui les amènent en prison. Ils sont souvent incarcérés pour la première fois de leur vie. Il y a peu de chances qu'il y ait récidive.

Je pourrais citer en vrac, dans ce cas :

– Pierre a tué sa femme. Il n'est pas encore condamné et sombre dans une folie mystique.

– Jean a tué sa femme et ses deux filles. Le suicide qui a suivi a été raté. Il purge 30 ans de détention.

– Nestor le lutteur a tué sa femme dénoncée par une lettre anonyme. Il a pris 15 ans. Il sait maintenant que sa jalousie n'avait aucun fondement.

– Dominique a tué sa mère. Perdu de vue, j'ignore le verdict.

– Jacques a tué sa mère. 15 ans

– Louis a tué une inconnue. 25 ans

– Robert a mis le feu à sa femme. Elle s'en est sortie. J'ignore le verdict.

– À plus de 50 ans, Jérôme, après une vie hétérosexuelle sans histoire, se découvre soudain une passion pédophile pour un jeune garçon de 14 ans. 15 ans de réclusion.

– Antoine, quant à lui, s'attendait, au temps de nos rencontres, à une peine de 10 ans.

Je me suis retrouvé avec eux devant le processus suivant :
Une montée en tension, généralement en dents de scie, d'après leurs récits, puis une montée vertigineuse au moment du passage à l'acte, avec perte du contrôle, puis abattement pouvant aller jusqu'à la dépression et questionnement devant l'énormité de l'acte commis.

J'ai essayé de représenter par un schéma l'évolution suivant le temps (en abscisses) de cette « tension de l'énergie libérée » (en ordonnées).

On pourrait trouver une analogie physiologique dans les éternuements d'un gros rhume. Sentant venir l'éternuement, j'ouvre la bouche, je ferme les yeux, je lève la tête… j'attends… impatient de me libérer… et rien ne vient plusieurs fois de suite et puis soudain, c'est l'explosion qui fait sursauter tout le voisinage et l'impression d'être soudain vidé de toute énergie. Dans cette image, le questionnement n'a rien d'existentiel et se contente d'un étonnement devant un tel déploiement d'énergie.

La crise pourrait faire encore penser à la chaudière à vapeur dont la soupape déficiente se bloquerait de temps en temps quelques secondes. La pression monte sous l'effet du chauffage, puis se décharge brusquement. Si la soupape reste bloquée, il arrive que le couvercle ne puisse plus résister et c'est l'explosion, brutale, terrible, puis le calme total une fois la pression retombée.

Si la psychanalyse se résumait à une histoire de rhume, ou de soupape bloquée, les psychanalystes ne serviraient probablement à rien et seraient avantageusement remplacés par des médecins oto-rhino ou des plombiers…

Mais nos soupapes internes obéissent à bien d'autres lois que l'hydrodynamique.

Le crime peut être la résultante de la crise. Tuer son conjoint, ses enfants ou ses parents, violer ne sont que rarement des actes vraiment prémédités, mais plutôt la résultante d'une pression intérieure insoutenable qui cherche à tout prix un exutoire et ne trouve que celui-là pour s'exprimer. Ce genre de crime est généralement le fruit d'un comportement d'une violence extrême que le passé n'a pas toujours laissé pressentir, même si des manifestations sporadiques de violence ont précédé l'acte majeur (les dentelures sur le schéma).

On peut cependant pousser plus loin la comparaison avec les interventions possibles du plombier. Il y a dans la soupape, supposons-nous, un grain de sable, qui provoque des dysfonctionnements : le grain de sable bloque la soupape, la pression de vapeur monte jusqu'à ce que la soupape se débloque et le processus reprend mais il y a un risque que le déblocage ne se produise pas et c'est l'accident. Conscient de ce risque, le plombier essaie de réparer la soupape. Allons plus loin dans les hypothèses et supposons la soupape hors de portée. Le plombier n'a d'autre solution que d'installer une autre soupape de sécurité dans un emplacement accessible et telle qu'elle n'empêche pas le fonctionnement normal du système, mais se déclenche quand la pression atteint un certain seuil de tolérance bien inférieur au seuil d'explosion.

Le psycho-plombier va essayer de réagir de façon comparable : chercher le seuil de tolérance et installer une soupape de sécurité. Il fera en sorte que le passage à l'acte réel soit remplacé par un passage à l'acte fictif demandant une moindre tension et ce pourra être aussi un meurtre, un viol, un braquage mais en tant que symbole. Et l'acte symbolique permettra la décompression de la tension intérieure sans, pour autant, être dangereux. La psychanalyse aura donc pour but essentiel de permettre l'accomplissement de l'acte symbolique.

De même que la psychanalyse a débuté à partir des symptômes décelés dans les psychonévroses, par une extrapolation à une population dite « normale », de même, l'étude des passages à l'acte constatés dans une population carcérale, est d'une grande richesse pour aider à la compréhension de tous ceux qui ont besoin de simuler un acte pour pouvoir se débarrasser de son accomplissement. Et ils sont nombreux !

Jean m'a dit un jour : « Si je vous avais connu avant, je n'aurais jamais commis ce crime ! »

Hélas, si Jean m'avait connu avant, il ne m'aurait sans doute pas prêté attention. Il ne m'aurait donc pas écouté. Les psychanalystes détiennent souvent la clé du dénouement mais bien peu font appel à eux.

Il reste tout de même beaucoup à faire pour le visiteur de prison après la crise. Celle-ci a bouleversé la vie du criminel : effondrement, remords, sentiment de gâchis, de vie ratée, perspective de nombreuses années à ruminer en prison… tout ce que l'on pourrait appeler un deuil. En plus du deuil du compagnon ou de la compagne que l'on a supprimé ou lourdement handicapé, c'est le deuil de la joie de vivre, le deuil de la liberté, le deuil de l'apparence, le deuil des illusions.

Le deuil est en prison l'élément essentiel de la vie du détenu. Malheureusement, rien n'est fait derrière les barreaux pour aider à ce travail et la plupart des deuils de détenus sont ratés, avec toute la suite logique : alcool, drogue, haine, automutilation, suicide, violence, crime, récidive.

J'ai eu la chance et la joie de voir cependant, quelques deuils s'y dénouer correctement et je suis heureux d'avoir pu être, par l'accompagnement, pour une petite part dans quelques résurrections.

Paul Ruty



R. : Je vois passer une voiture Break avec plein de remorques. L'ensemble est complètement chargé au point de ne pas pouvoir charger un objet de plus : polochons, vêtements, des ballots. Tout juste la place pour le chauffeur. Je me demande comment l'ensemble va avancer vu la masse à déplacer. On dirait des voitures de maghrébins retournant au pays.

R. : Ce chargement me rappelle un déménagement que j'ai fait il y a quinze ans, pour venir à Paris à la suite d'un changement d'affectation.. J'avais chargé ma voiture jusqu'à la gueule et au premier virage, l'armoire qui était dessus était partie dans le fossé. Je sortais d'une phase de déprime.

Qu'est-ce que vous traînez derrière vous ?

R. : Je ne peux pas savoir, c'est derrière moi.

Tourne-toi et va voir! Il y a un bureau.

R. (R. se tourne) : Oui, bureau, ordinateur, une lampe.

Est-ce que ça t'évoque quelque chose ?

R. : Mon bureau, et l'ordinateur où je passe pas mal de temps.

La lumière est-elle allumée ?

R. : Eteinte, donc, il faut faire la lumière. Ce chargement me rappelle un déménagement que j'ai fait il y a quinze ans, pour venir à Paris à la suite d'un changement d'affectation.. J'avais chargé ma voiture jusqu'à la gueule et au premier virage, l'armoire qui était dessus était partie dans le fossé. Je sortais d'une phase de déprime. Il se peut que je repasse maintenant par l'endroit où je suis entré dans la déprime. Je ne vois pas la signification de ce break.

Il n'y a pas la place pour les réalités d'aujourd'hui à mettre de côté, arnaques, communications. Il faut trouver une place pour conduire confortablement et trouver de la place pour mettre ce qui n'est plus utile aujourd'hui. Mais derrière toi il y a ce fatras encombrant et tu es saturé du passé. C'est un rêve de coupure : « le break ». Je t'ai demandé de regarder derrière toi, imagination active, bureau, ordinateur, lampe éteinte. Où te manque la lumière ? Quels sont les champs de conscience que tu dois illuminer ? Voir jusqu'à quel point tu n'es pas dans l'ombre. Tu as retiré des images mais tu as fait une sélection naturelle. Avec l'imagination active, ta perception a permis de capter bureau, ordinateur et lampe éteinte. Pose-toi donc la question sur ces trois points qu'il faut travailler et qu'il faut couper : break !

***

R. : En Afrique, des combattants. Avec mon fils venu me voir et je me disais que je n'allais pas y arriver me battre contre ces gens.

R. : J'ai longtemps vécu au Cameroun, mon mari aussi, c'est un spécialiste du Cameroun, actuellement en convalescence. J'avais l'impression de me battre contre tout ce qu'il a fait, ses travaux qui m'envahissent et auxquels il me demandait de participer alors que je n'avais pas le temps ni l'envie. Tout cela lié à une irritation contre ces camerounais qui vous dérangent tout le temps pour vous demander un petit service.

Le combat contre l'ombre.

Ça correspond à quelque chose du quotidien. Le changement, la lutte. Il y a des épreuves, des batailles à gagner dans le quotidien.

R. : Présence de l'animus qui est un peu jeune. L'enfant qui est là a 9 ans.

Qu'est-ce que ça veut dire aujourd'hui ? Il y a comme une indication d'acceptation de l'absurde.

***

R. : Je fais partie d'un groupe de résistants en civil en France occupée. Nous allons chez une famille de charcutiers qui collabore avec les Allemands. J'enferme deux adolescentes de 12 et 13 ans pour les soustraire aux éventuelles vengeances de mes compagnons. J'entends le massacre. Le Charcutier et sa femme sont assassinés. Je le sais car il y a du sang sur les meubles et les murs. Je suis remué. Les Allemands arrivent, nous nous sauvons. Les enfants sont libérés. J'ai peur qu'elles me dénoncent parce qu'elles me voient. Surgissent quatre enfants noirs. L'un d'eux tient un outil, une sorte de paire de ciseaux.

Je devine que c'est un outil qui sert à émasculer les animaux. Les soldats allemands arrivent et voient l'enfant qui joue avec l'outil. Ils lui montrent à quoi ça sert. Je ne vois plus rien mais j'entends les cris de l'enfant qui hurle. Je me réveille mal à l'aise.

R. : trois mois sans rêve et celui-ci hier. Je n'ai aucun goût pour la ou les guerres. Je n'ai aucun souvenir de famille ou ami concernant cette période. Je n'ai jamais vu un tel outil. Je suis né parce que ma mère s'y est mal prise pour m'assassiner dans son ventre. Elle s'y est reprise par trois fois. Je ne le sais que depuis deux ans. C'est venu en thérapie. J'ai été surpris. Je suis allé voir ma mère et elle m'a raconté sans aucune émotion. Une froideur incroyable. Sans doute de la douleur qu'elle ne pouvait exprimer.

Je vois la mère castratrice. C'est très sanglant C'est l'animalité qui est castrée. Vous avez dit que l'outil était ouvert et j'ai pensé à la naissance et au ventre maternel1.

R. : Tout à fait juste. Je n'ai aucun goût pour la ou les guerres. Je n'ai aucun souvenir de famille ou ami concernant cette période. Je n'ai jamais vu un tel outil.

R. : Je suis né parce que ma mère s'y est mal prise pour m'assassiner dans son ventre. Elle s'y est reprise par trois fois. Je ne le sais que depuis deux ans. C'est venu en thérapie. J'ai été surpris. Je suis allé voir ma mère et elle m'a raconté sans aucune émotion. Une froideur incroyable. Sans doute de la douleur qu'elle ne pouvait exprimer.

Les deux petites filles sont enfermées. Dans le ventre, n'est-ce pas ?

R. : Et c'est moi qui les cache

Protéger les parties sensibles : anima. Après, c'est des garçons noirs. Bien ombriques ! Que viennent-ils faire au milieu des Allemands et des Français ! Dans ce côté noir, il y a la puissance de la révolte. Le noyau psychotique est là. Maintenant c'est la vengeance ! Le gosse qui tient l'outil, c'est comme une complicité avec la mère castratrice. Quand vous entendez votre mère raconter, votre anima, les petites filles que vous protégez, sont effrayées par la froideur de la mère. C'est pour ça que vous étiez mal à l'aise au réveil.

C'est un rêve de communica-tion. Ça vous convient de partager. Cela peut vous apporter que la paix était présente dans les paroles de la mère. Conforter, accueillir la confidence et apaiser la souffrance. C'est un poids lourd qui a besoin d'être communiqué pour être allégé.

***

R. : Je suis en bas d'une immense falaise à pic. Je suis avec un ami qui s'apprête à prendre un ascenseur dans la falaise. Je vais pour le rejoindre quand je vois un homme sauter du sommet et tomber le long de la falaise. Il porte des skis. Il descend, vertical, sur le côté. Il porte des skis, horizontaux, allongés parallèlement à la falaise. Il va sûrement se tuer. Il arrive au pied de la falaise sur une bande de neige de quelques centimètres de large et tombe lourdement. Il ne bouge plus. Je pense qu'il est mort. J'appelle mon ami. Mais le cascadeur remue, se relève. Il est sonné mais, il s'étire, apparemment, il n'a rien. Mon ami prend son ascenseur. Je veux remonter. Il existe un remonte pente. Mais les sièges arrivent à grande allure et très loin. Puis ils se rapprochent et ralentissent mais je n'ai pas de skis. Je vois alors une douzaine de personnes prendre un siège. Je veux prendre la suite mais il n'y a plus de sièges. En fait ce ne sont pas des sièges. Mais des sortes de ceintures que les hommes décrochent pour aller s'équiper dans une salle. Je me dis que maintenant, je saurai comment procéder et à la prochaine navette je pourrai monter.

R. : La neige me rappelle un autre rêve dans lequel les dunes du désert égyptien sont couvertes de neige. La falaise me rappelle Constantine. Il y avait un ascenseur dans la falaise et une route, donc deux possibilités. Illusion de la sécurité. La présence de la neige donne une fausse sécurité.

Qu'est-ce que vous avez perdu ?

Pourquoi au départ l'équipement n'est-il pas adapté ?

R. : Illusion de la sécurité. La présence de la neige donne une fausse sécurité.

Une confiance mal placée.

L'homme qui se relève et s'étire, c'est comme le phénix.

L'ascenseur serait la solution de facilité. Ne pas retourner dans l'enfance et plutôt faire le tour.

Rêve didactique. On apprend à se servir du remonte pente. Il semble que c'est l'orgueil qui est en cause. Ce rêve est positif : décapiter l'orgueil ! La position de rêveur permet qu'une partie de vous dise : il est fou ! Le message est bon pour le quotidien. Et vous avez appris à remonter.

***

R. : Rêve avec un ascenseur. Je m'approche d'un bâtiment, je rentre, je monte dans l'ascenseur. Il y a des touches pour les étages, beaucoup car ça va monter très très haut. J'appuie sur l'étage le plus élevé. L'ascenseur monte très rapidement. Arrivé, il continue très lentement (comme dans une montgolfière). Tout se désagrège, très lentement, Mon corps aussi dans la lumière.

R. : C'est aussi un rêve de mort, de dissolution, de passage. Il m'est arrivé, deux ou trois fois d'avoir des moments d'extase, plus de limites corporelles. Sensation extraordinaire. J'ai eu l'impression que je n'étais plus en moi mais dans tous les éléments extérieurs. Moments de bonheur très intenses. Suite à des chocs psychologiques. Le bonheur parfait ça durait plusieurs heures. J'étais dans tout. Rêve agréable. C'est la fin de quelque chose.

Dimension métaphysique, dissolution des limites. C'est 100% numineux. Il reste des sensations physiques.

Pour les Hindous, cela s `appelle « Tat tvam asi » « Tu es cela ! ». Ce qui me frappe c'est le symbole du phénix. Cette montée dans l'ascenseur, c'est le phallus qui grimpe et redonne la vie.

Il y a un achèvement.

R. : Oui, c'est un peu comme faire le deuil de sa vie. Je suis arrivé au détachement.

R. : Je suis dans des transports en commun. Je suis nu. Les gens ne font pas attention. Je suis à peine gêné

R. : Je n'ai plus besoin d'habits, je suis clair, « clean ».

La nudité, c'est l'archétype de la Vérité.

R. : Je n'ai plus besoin d'habits, je suis clair, « clean ».

Les gens ne font pas attention car vous êtes transparent.

Vous passez dans un autre état.

R. : J'ai l'impression que je suis déjà passé. Je continue ce que j'ai à faire mais je ne suis déjà plus là.

Vous êtes là mais autrement. C'est un état de grâce.

R. : J'ai eu un choc affectif. A la suite de ça, j'ai eu envie de changer ma signature. Un graphologue m'en a dissuadé, on risque de se demander ce que je cherche à cacher. Je suis un non-croyant2.

***

R. : Je venais voir Graciela et je demandais des nouvelles de G.. G. répond qu'il allait bien et qu'il était devenu comme son enfant. G me donne à poster 4 ou 5 lettres qui avaient la forme d'un sachet. Ne connaissant pas ce genre d'enveloppe, je pensais qu'il fallait détacher le haut pour conserver la trace de l'envoi. En fait je suis gênée car j'ai ouvert les enveloppes. Je ne regarde pas dedans et je pense qu'il me faut trouver un magasin où je trouverai les mêmes enveloppes, pour recopier les adresses que je garde. Je prends le métro, je suis dans le 18ème. Mais une fille me dit qu'il vaut mieux prendre le bus, c'est plus sympa et plus court.

R. : Au milieu d'une foule, une grande braderie. Je prends une rue à gauche et je me retrouve dans l'appartement que j'habitais avec mon ex mari, il y a trente ans. Il est à l'abandon, pas sale. Je suis juste là pour poser mes affaires. Je suis avec mon petit-fils, toutes les fenêtres sont fermées. J'ouvre les volets mais je me retrouve devant un store. Le petit-fils me dit que ce n'est pas la peine d'ouvrir, ce n'est pas beau par là. Arrive un très vieux monsieur, très gros, très rond très chaleureux qui me dit « allez, viens, toi » je vais contre lui. Il m'embrasse, me câline, comme un grand-père. Je me retrouve dans une voiture. Je roule très vite. Arrive devant moi, une petite fille qui veut que je l'écrase. je sais que c'est moi. Je freine pour l'éviter. Elle part avec sa mère. Je finis dans un train qui va partir. Dans le couloir, une belle jeune femme noire qui accompagne une amie. Elle descend. Elle est sur le quai, va prendre le train en face. La locomotive du train en face me paraît énorme.

Il y a la partie deuil à propos de ton ex mari comme si ce n'était pas le moment de faire la lumière sur toute cette histoire. Tu n'ouvres pas le store. Le grand père, apparemment, c'est Graciela, même rondeur, même tendresse qui vient te réconforter.

R. : C'est vrai, je pèse le double d'elle mais quand elle m'embrasse, j'ai l'impression que c'est elle qui m'enlace et m'enveloppe.

Vous n'avez jamais voulu mourir étant petite fille ?

R. : Tant de fois ! J'ai essayé de me suicider à 6 ans, en buvant de la terre avec de l'eau !

La petite fille en toi demande à être tuée. Mais tu la sauves, c'est un bon pronostic. La femme noire, l'appartement dans l'ombre, c'est une image : accepter l'ombre ! Rêve de communication. Tu veux trouver le secret des enveloppes, tu es maladroite. Le petit fils est très important, c'est lui qui te dit de ne pas ouvrir. Sa présence étouffe, efface tout le travail que tu peux faire sur le mari qui est parti (ou que tu as quitté).

***

R. : Dans une pièce, ma mère en face de moi. Je sens qu'elle est très mal dans la chaise, elle l'enveloppe. Elle porte un tablier bleu (on dirait gonflable). Je m'inquiète de sa santé et elle me dit : « où as-tu mis mes chaussettes grises ? ». J'essaie de lui changer les idées. Elle insiste, se lève, va derrière le comptoir, et trouve ses chaussettes. Elle va dans une pièce, derrière avec mon frère. La porte est fermée mais je vois un rai de lumière. J'essaie de m'approcher. Elle me dit : « non, je ne veux pas que tu m'écoutes ». Elle a un livre et semble donner des conseils à mon sujet à mon frère. Je pars, me rends un chemin et passe par un couloir tout noir. Je suis transportée dans ce couloir. Je n'ai pas peur. Je monte et il n'y a plus rien au dessus, je touche le plafond. Il faut que je sorte, je gratte. Une poudre de terre me tombe dessus. Un trou se forme et je me sens aspirée à l'extérieur. Je suis sur une route avec de la terre rose et de l'eau bleue. Le long de cette terre, un fil de fer barbelé. J'avance en me déplaçant facilement. Au fur et à mesure que j'avance, la terre s'en va et il n'y a plus que l'eau. Je continue. J'arrive à une intersection. Le fil de fer clôt un endroit. Je suis sur l'eau. De l'autre côté, il y a des hommes. Je me dis que là est la vie et j'y vais.

R. : J'étais une enfant conçue pour remplacer un garçon mort. le secret, c'est peut-être ça. J'ai appris la vérité, il y a 4 ans. Ce que je ne savais pas, c'est que maman est devenue folle de chagrin à la mort de mon frère. Le médecin lui a conseillé de faire un autre enfant pour qu'elle s'en sorte.

Je pense à une naissance. Les chaussettes grises, c'est le contact avec le quotidien. N'y a-t-il pas un secret partagé avec le frère ?

R. : J'étais une enfant conçue pour remplacer un garçon mort. Le secret, c'est peut-être ça.

Pourquoi le barbelé ? Qu `est-ce qui est interdit ?

Les hommes c'est la vie. Du côté des barbelés, c'est la mort, le contraire de la vie.

Quand avez-vous appris le secret de votre naissance ?

R. : Il y a 4 ans. Ce que je ne savais pas, c'est que maman est devenue folle de chagrin à la mort de mon frère. Le médecin lui a conseillé de faire un autre enfant pour qu'elle s'en sorte.

Vous avez donc été le garçon de remplacement.

R. : Fille, j'ai pris la place du fils.

Tu peux peut-être par là comprendre tes relations avec ta mère.

R. : C'est ma mère qui me l'a dit. Elle commençait à faiblir. Ça n'a pas été vraiment une surprise, mais je pensais tout de même avoir été désirée. Ce que j'ai ressenti, c'est le report d'affection sur mon frère aîné. Le tablier, je l'ai ressenti comme un tablier de la mort (coutume du sud pour garder le cadavre au frais).

Et bien sûr, tu es exclue de la conversation entre le fils et la mère.

Les chaussettes grises sont un moyen de reprendre pied dans le réel, la nouvelle grossesse, le moyen d'échapper à la folie.

***

R. : Nous occupons une suite au 20ème étage dans l'angle dans une ville nord américaine. La suite à côté est occupée par une de mes sœurs. Je suis avec mon papa. Je peste contre lui car il a laissé des traces sales sur un miroir derrière la porte de la salle de bains. L'ambiance est très chaleureuse, beaucoup de bois sur les murs et autour de la fenêtre.

R. : Je sors me promener dans la ville. Je me heurte à une énorme tête de la statue de la liberté. Je réalise alors que je ne suis pas à Los Angeles mais plutôt à New York. Ma sœur m'avait fait visiter sa suite et m'avait montré la mer.

R. : Je rentre dans un autre hôtel de luxe curieusement situé derrière des palissades et j'assiste à toute l'effervescence du service. Je dévore goulûment plusieurs tartelettes au citron caramélisées et une à l'ananas.

R. : Sur le perron, je vois deux petits français s'éclipser à la fin du service et je sens une agitation anormale de la structure du bâtiment. Je constate qu'il est monté sur 4 roulettes afin de permettre un jeu latéral du bâtiment en cas de sinistre., les mouvements vont en s'amplifiant je m'éloigne et assiste à la cassure en trois ou quatre morceaux de l'édifice. Les dimensions ont réduit au cours du rêve et ce qui s'effondre est relativement petit. Je suis gauche à aller chercher des secours.

R. : Je trouve un bijou qui m'appartenait et que j'avais oublié. C'est un bracelet en or, rigide, à quatre pans, l'extérieur est gravé de signes qui ressemblent à des signes chinois.

R. : Mon père a rêvé qu'il me prenait dans ses bras et qu'il me faisait un gros câlin.

Le chiffre 4 est prononcé 3 fois.

R. : Et j'ai mangé au moins 4 tartelettes. Je suis invitée par ma sœur. Elle a pris la plus belle suite.

Oui, mais vous, vous avez « mon papa ». Elle, non !

R. : Il a rêvé qu'il me prend dans ses bras et il me fait un gros câlin.

La maison est tout en bois et ton père travaille le bois.

R. : L'effondrement de la tour n'est pas dramatique. C'était l'anniversaire il y a quelques jours des twins. C'est dédramatisé complètement. En haut des twins, il y a deux ans quelques jours avant le drame, j'avais le sentiment que ça allait s'effondrer. Je sentais que ce n'était pas solide. Je n'avais rien senti de pareil dans l'Empire State Building.

Prémonition dans le corps. Le corps a la connaissance en dehors du temps même s'il appartient au temps, lui-même. C'est clairement un phénomène de l'inconscient. Comme tu vis dans une pratique permanente de l'inconscient tu peux percevoir beaucoup de choses.

***

R. : Je suis dans le sud sur un bateau. L'eau est très claire, transparente sur un fond de rocher et sable clairs. Mes trois petites-filles (3, 5 et 7 ans) flottent dans l'eau. J'ai peur qu'elles se noient. Ma belle fille est confiante et je pense qu'elle est folle.

Rêve très subjectif. Sur le plan de l'objet vous pouvez vous dire que votre belle fille ne se fait pas de problèmes pour les enfants. Sur le plan symbolique, il y a de la lumière dans l'eau. Le danger, c'est de se noyer dans l'inconscient

L'inquiétude, c'est que ces parties parcellaires de l'anima (les 3 petites filles) se noient dans l'inconscient. J'ai peur de l'inconscient. Faire confiance c'est difficile.

Le risque c'est de laisser les enfants seuls dans l'eau.

Je veux y aller, mais j'ai peur. Là est le « Oui, mais » de Dominique.

R. : J'en ai marre, car je n'arrive pas à lâcher prise. Il y a 20 ans que je m'y essaie.

Avec un obsessionnel, il faut changer de discours. Vous dites toujours «il faut ». Dites plutôt chaque fois que vous avez envie de dire « il faut », dites « il se peut qu'il soit mieux de ». Faire trois choses bien dans la journée au lieu de cinquante mal faites. Laisse venir, contemple ici et maintenant. Après on verra ! C'est un rêve. Dans l'inconscient, il y a une part de conscient. Pourquoi avez vous peur? Avez vous l'expérience de la noyade ? Connaissez-vous quelqu'un qui s'est noyé? Il faut recréer les associations. L'interprétation arrive après. C'est le décodage du message de l'inconscient qui va servir pour le quotidien.

***

R. : Je vais dans un endroit en Egypte dans une échoppe. Le vendeur est beau comme c'est pas possible, très séducteur. Je lui demande de me donner quelques crayons. Il me fait cadeau de toutes les couleurs possibles.

R. : Sans doute une garantie que je ne serai pas déprimée.

Je pense que l`Egyptien en question s'appelle Guy Corneau (« Victime des autres, bourreau de soi-même »), votre rêve semble sorti de ce livre qui raconte la légende d'Isis et d'Osiris.

R. : Je sais à quoi va servir chacune des couleurs.

Paul Ruty