NUMÉRO 102 REVUE MENSUELLE septembre-octobre 2005

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela L'expansion
 
Bernard, Hervé L'expansion
 
Courbarien, Elisabeth L'expansion : élémentaire !
 
Ercole, Jeanine En quête d'expansion
 
Giosa, Alejandro La expansión
 
Laburthe-Tolra, Michèle L'expansion, fenêtre ouverte sur l'accomplissement
 
Marnique, Carla Poema
 
Ruty, Paul L'expansion
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de février 2002


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L'expansion 1

Je ne sais comment ce thème de l'expansion a été choisi, pourquoi, dans quel sens. Il y aura tellement à dire sur l'expansion.

La première est l'étouffement, dans le ventre maternel, quand je faisais des efforts inouïs pour m'échapper et conquérir enfin un territoire libérateur.

Je peux parler de cette période prénatale, car j'ai des mémoires très claires : mémoires de parois roses qui gonflaient et bougeaient, des instants d'engourdissement, des réactions à coups de bras, de pieds et de tête pour mieux exister dans ce monde qui ne m'était pas hostile, mais où, simplement, je n'avais pas assez de place pour m'étendre.

Cette expérience m'a tellement marquée dans la mémoire absolue du corps, qu'aujourd'hui, mon plaisir le plus grand provient de ces étirements musculaires et articulaires.

Le ventre maternel a été pour moi extraordinaire. À travers mon analyse, durant ma vie entière, j'ai pu régresser profondément et sans panique à ces expériences primordiales. Quand je monte dans un avion, plus le voyage est long, plus je suis en paix. Je me laisse porter, le ronronnement du moteur m'endort ; je suis complètement détendue et abandonnée dans cette situation du ventre maternel, qui pour beaucoup de gens est angoissante.

Pour moi, aujourd'hui 16 septembre 2005, la question de l'expansion me touche particulièrement ; je sens en moi la pulsion d'une expansion nécessaire de mon territoire, pour exister librement, en dehors de toute pression.

Ce n'est pas la profession qui me dérange dans ce questionnement. C'est l'autre vie, à coté, le quotidien où j'ai accepté jusqu'à il y a deux ou trois mois, d'être le bouc émissaire des frustrations des autres, de mes proches.

C'est peut être le silence qui a permis de faire sur mon écran, les projections les plus diverses, car je n'ai jamais répondu aux accusations. J'ai laissé couler les mots les plus divers sans en ressentir l'impact sur mon être.

Mais j'ai l'image de m'être déshabillée soudain de ce que j'étais devenue comme personnage pour les autres : un cintre ou l'on pouvait suspendre tout type de misère. Pendant des années j'avais fait la confusion, naturellement pour avoir la paix, entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Maintenant, c'est fini !

J'ai l'image d'une telle expansion de l'intérieur vers l'extérieur de mon être, que tous les personnages accusateurs, agressifs, envahissants, restent à la frontière d'un territoire qui n'est plus accessible.

Le temps passant, je contemple la fuite permanente qui m'empêchait de résoudre le questionnement de mon être essentiel. J'ai tenu la bonne distance, mais au niveau analytique. Personnellement je me suis laissée grignoter. Mais basta !

Je vois à distance l'image de la mer en face de l'appartement à Miramar. C'est le matin et le soleil brille sur mon appartement. À partir de mon seizième étage, je ressens une possible expansion libératrice.

Je suis seule face à la mer. Dans mon dos, encore, des taches de grisaille, de tristesse, le manque occasionné par les communications qui jamais n'ont pu avoir lieu. Il y a quelque chose d'étouffant, de réduisant dans mon dos, dans cette petite vie innocente que je pensais être des vacances. Ce n'en étaient pas !

C'est là, peu à peu, que mon territoire est devenu étroit. Je prie Dieu de ne pas revenir en arrière.

Le soleil brille sur cette mer calme. Je contemple les maîtres nageurs qui partent sur de petits bateaux pour sentir l'humeur de la mer. Je peux leur dire, depuis ma tour d'ivoire, que la mer est calme, comme je le suis en ce moment où je ferme l'histoire, pour m'ouvrir vers l'éternité du présent, qui fait projet.

Aujourd'hui, en face de la vaste étendue, il y a tout à construire.

C'est le premier jour de la création.

L'expansion 2

Je reviens, aujourd'hui 23 septembre. Oui, c'est sans doute le 1er jour de la création, dont je parlais le 16, car c'est l'anniversaire de la naissance de mes deux garçons, qui ont sept ans de différence. Je suis là, et je suis ici, et je suis dans l'expérience de la maternité.

Quelle expansion représente le fait de voir à nos cotés, celui qui, quelques instants avant, était en nous ? Aujourd'hui, c'est tellement étrange et après tant de temps, je contemple la maternité autrement.

Que nous soyons cosmopolites ou nationalistes, enracinés ou déracinés, l'humain est profondément déterminé par les rapports à cette patrie universelle qu'est la maternité. Dans mon pays, l'Argentine, où mes deux enfants sont nés, l'expérience semblait moins complexe, moins grave qu'ailleurs, plus simple et spontané ; il y avait très peu de préjugés sur la douleur, mais beaucoup plus dans la conception de l'expansion spirituelle et physique, qui se concrétisait dans la naissance de l'autre.

Aujourd'hui, je ne voudrais pas sortir, à cause d'une obligation de travail, du monde magique du souvenir actualisé.

C'est tellement extraordinaire de pouvoir vivre au présent et sans aucune déformation, l'aventure, tant d'années après.

L'accouchement du premier était très long et comme j'étais une mère adolescente, je suis allée en clinique sans même connaître mon groupe sanguin et à moto (derrière naturellement, c'est mon mari qui conduisait, pas moi).

Il ne s'agit pas d'une expansion pathologique de l'imaginaire, mais d'un vécu conscient auquel mes sens ne peuvent échapper.

La campagne à Cordoba était verte. L'endroit s'appelait Dique de los Molinos. Naturellement je vois encore les braises des barbecues. Nous étions avec des amis à partager un dîner champêtre à côté du lac, et je ressens dans l'aujourd'hui de mon corps, les contractions qui annonçaient le démarrage du travail d'accouchement. J'essayais de ne pas dire, de ne pas me sentir dans l'urgence, car c'était le dernier jour où je pourrais être irresponsable. Oui, car l'unique réflexion surnaturelle qui est venue en moi quand j'ai vu le bébé, est la phrase : « tu ne pourras plus jamais être irresponsable ».

Ce n'est pas l'expansion pathologique de l'imaginaire, mais le vécu dans l'aujourd'hui de cette expérience essentielle.

La naissance sept ans après de mon deuxième garçon, troisième dans la liste des enfants, fut bien différente.

Avant d'aller à la clinique, je suis allée visiter un appartement à acheter, étant donné l'expansion de la famille, et car j'ai toujours la manie de l'expansion territoriale. Ce n'était pas très loin de la clinique.

Mon fils aurait pu ne pas être ici aujourd'hui, car il avait une double circulaire de cordon. Cette nuit là, avec cet enfant, sauvé par l'adresse de l'accoucheur, en alliance d'amour avec moi, j'ai eu peur : il y avait plein de fleurs dans l'anti-chambre de ma suite en clinique, j'était terrifiée, j'ai demandé à faire sortir toutes les fleurs, car j'écoutais la mort, j'écoutais la panique en moi, j'hallucinais la séparation, l'enterrement, les fleurs se desséchant sous un soleil de printemps, car c'est le printemps dans mon pays. Et j'ai ainsi connu l'expansion hallucinatoire de l'imaginaire.

L'expansion 3

Je crois qu'il est important aujourd'hui, de parler de l'expansion des violences conjugales. Cette violence prend de plus en plus les caractéristiques du harcèlement psychologique.

Comment se protéger d'un conjoint qui culpabilise, qui fait des remarques insidieuses, jusqu'à réduire l'autre, à la situation de perdre l'estime de soi ? Sur dix demandes de thérapie de couple, huit sont en analyse en conséquence de problèmes de violence psychologique.

Madame X, personnalité dépendante, peureuse, bonne professionnelle, rentre systématiquement terrifiée chez elle. Elle ignore les questions dont va traiter la discussion, imposée par son mari, aujourd'hui ; il demande chaque jour de nouvelles choses, il n'est jamais satisfait ; il parle très bas, à tel point que son épouse est obligée tout le temps de le faire répéter ; il s'enferme pour manger tout seul ; il est toujours malade, manquant de force, d'argent, d'énergie. La violence est, chez lui, subtile et permanente.

C'est son épouse qui a proposé une thérapie de couple. Elle a perdu huit kilos sans raison évidente, mais la présence insidieuse de la plante maritale prend chaque jour plus de territoire.

C'est la subtilité de l'expansion de la violence psychologique chez le conjoint qui devient un fléau aujourd'hui.

Je crois que nous sommes en présence d'une lutte pour le pouvoir absolu : rendre esclave l'autre, en conséquence de l'absence de réussite, dans la vie en générale. Je crois que nous sommes face à un tableau de vampirisme.

Y a-t-il des protections légales, contre cette situation de fait, qui devient un problème social masqué ?

Je ne vais pas écrire plus, mais je crois que la violence est là dans la vie : le problème de la concurrence.

Je cherche une phrase qui puisse marquer cette expansion de l'agression psychologique. Je ne la trouve pas.

De toute manière, le même constat revient toujours : il y a beaucoup moins de violence physique que de violence psychologique…

L'expansion 4

La douleur s'étendait, gagnant organe à organe, pour atteindre le cœur. Elle était arrivée, une nuit, sans raison apparente, une nuit comme toutes les siennes, pareilles au vide, presque abyssal.

Mais qu'y avait-il derrière ces douleurs : la présomption de la mort certaine, d'un été non vécu ? Pas le vent de la mer, pas d'oiseau comme souvenir. Tout avait été au service du processus d'universalisation de l'être. Mais la personnalité était brisée, désagrégée. Et le silence pesant de la douleur, cherchait le cœur, pour l'inviter à s'écrouler.

Mais de toute manière, tout continuait à être parfait. Aux jours, se succédaient les jours, et aux nuits, se succédaient les nuits. En revanche, la douleur avançait, seule avec elle-même, en expansion indéfinie, se rendant esclave d'un changement capable d'épouser la pulsion créatrice, pour atteindre ainsi ce cœur de pierre, pour qu'il devienne chair, vie, sentiment.

***

Enfin, tristesse inexplicable, en face de l'inexorable éternité. Oui, douleur du transit, d'une désintégration à une autre. Condition humaine, qui n'exclut pas que la lumière d'une nouvelle conscience, naisse et s'affirme vers la pleine expansion du sens de la vie.

Fait à Paris, le 7 octobre 2005,
jour de l'anniversaire de ma fille aînée.
Ma respiration devient difficile.
J'aimerais, pour elle, que la connaissance et les réflexions,
aussi bien que les conclusions,
soient moins lourdes de souffrance à cœur ouvert,
qu'elles ne le sont pour moi.
Personne n'a vu mes larmes,
mes cris se sont endormis dans mes entrailles,
mais ils fertilisent sans doute les chemins de mes aimés.
Les jours sont plus courts,
mais, paradoxalement, la lumière est en expansion
et je vois plus clair.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



D'aucuns diront que l'expansion n'a rien à voir avec la psychologie. Et pourtant un postulat sur l'épistémologie des sciences indique que la psychologie englobe la philosophie et l'ensemble des sciences en général, puisque toute activité de construction de la pensée est par définition un élément, un événement de la psychologie. La psychanalyse, qui est considérée comme une partie plus structurée et plus théorisée parle de matériau de la conscience ou de l'inconscient.

Alors pourquoi ne pas traiter le thème de l'expansion sous l'angle de la psychologie, c'est-à-dire en mettant en relief les enjeux et les mécanismes de la psyché humaine liés au mouvement d'expansion, sans préciser la nature de ce mouvement, afin de ne pas orienter la recherche, la libre association des pensées.

En me concentrant sur l'idée d'expansion et en laissant venir des images de l'inconscient, la représentation d'une plante m'est apparue clairement, comme exemple significatif de ce que pouvait recouvrir le thème de mon investigation. Comme si le thème de l'expansion était, selon la psychologie jungienne, un archétype spécifique qui active des images en relation avec la réalité externe, notre monde physique que nous partageons.

J'ai comme l'intime conviction que la plante est un bon exemple métaphorique pour illustrer comment doit être compris l'expansion dans les multiples aspects de la vie de l'être humain.

La plante passe sa vie à grandir, c'est-à-dire à suivre un mouvement d'expansion, scandé par le rythme des saisons et des intempéries, comme si cette croissance nécessitait des phases de repos et de régénération pour mieux continuer son élan vital.

L'homme grandit d'abord physiquement, de l'enfance à l'adolescence pour atteindre l'âge adulte, puis en connaissance, expérience, pouvoir, capacité à modifier le monde qui l'entoure afin de donner corps et vie à ses projets professionnels, familiaux, personnels.

Mais la plante grandit jusqu'à atteindre une certaine taille, en relation avec son espèce et en fonction de son environnement, notamment ses « congénères ». Une plante extensive se développe jusqu'à rencontrer des plantes similaires et créer des frontières de territoires avec elles.

De la même manière, l'homme peut grandir, mais à condition de limiter son territoire et ainsi respecter l'espace de vie des autres qui l'entourent. La vie est expansion, mais de manière mesurée et raisonnable en fonction de celle des autres. L'expansion doit devenir un moyen de communication avec l'autre et non une invasion de l'espace des autres.

La plante aime à montrer aux yeux de la lumière et de l'espace qui l'entoure le vert de ses feuilles et plus généralement la riche palette des couleurs de feuillage, de ses fleurs et de ses fruits comme l'expression de son identité de plante et l'affirmation de son existence au monde entier. Chaque feuille lui permet d'échanger de l'énergie avec l'extérieur afin d'entretenir sa force intérieure et sa capacité d'expansion.

L'homme ne doit pas hésiter à produire dans sa vie quotidienne et à travers les différents actes de sa vie les fruits de ses apprentissages et, de manière plus général, des nombreux investissements sur les différents plans qui composent sa vie. L'homme est pensée et action, qui sont les deux fruits de base de l'affirmation de sa personnalité, fille et moteur de son désir d'exister. Toute occasion de la vie qui le requiert doit être une opportunité pour mettre en avant ses fruits intérieurs, ses qualités, ses traits de caractère, ses valeurs, longuement mûris au gré des actions antérieures. Comme une culture du comportement, à développer et à intégrer dans sa structure de personnalité.

La plante disperse son pollen pour donner naissance à d'autres plantes pour perpétuer la survie de l'espèce et occuper, au côté d'autres espèces, l'espace vital comme pour préserver la richesse de la diversité.

L'homme cherche également à procréer pour continuer l'œuvre de sa propre vie à faire éclore des valeurs, des projets, des visions du monde. L'expression de l'espèce humaine se fonde sur celle des hommes en tant qu'individus. Cette expansion doit être au service non de l'écrasement de la majorité par une poignée ou même un seul, mais de plus d'humain, dans ce qu'il peut créer de valeurs humaines positives pour l'ensemble du genre humain : la communication, l'entraide, l'écoute, la compassion, la fraternité, le bénévolat dans toutes ses formes, peut-être aussi la spiritualité.

La plante ne grandit, ne trouve son expression que dans un environnement adapté à ses besoins. Si la lumière ne peut arriver à sa surface, si des éléments polluants et dangereux l'attaquent jusqu'au fin fond de ses cellules, si des plantes envahissantes l'empêchent de respirer, d'échanger avec l'extérieur l'énergie et les éléments vitaux dont elle a besoin, si l'homme l'agresse, la plante dépérit, souffre, se recroqueville sur elle-même et peut également mourir.

L'homme a besoin également d'un environnement accueillant pour s'épanouir et grandir, sans quoi il devient malade psychologiquement ou physiquement, se sent frustré de ne pas pouvoir développer son action pour mener à bien ses projets.

La plante est un exemple d'une infinie richesse pour nous apprendre à nous développer dans l'harmonie et nous aider à résoudre nos problèmes conflictuels avec les autres ou avec nous-mêmes. Son expérience phylo-ontogénétique pendant des milliards d'années au cours de l'évolution constitue une source de réflexion puissante pour notre propre conduite ou de celle de notre espèce, au travers des communautés de notre civilisation.

Hervé Bernard



À chaque nouvelle inspiration, c'est encore comme si je m'appropriais un peu de territoire.

Hier, je réalisais que dans les conseils que je prodigue parfois _ le vocable actuel parle de « coaching » _, j'étais devenue particulièrement sensible à cette façon de conduire l'autre à faire respecter son espace.

Le manque de confiance, une image de soi dégradée ont tôt fait de nous confiner dans un repli : pour se faire aimer et apprécier, il est fréquent de devenir adepte de toutes les compromissions, de tous les sacrifices, de tous les abaissements.

Souvent je lutte. Je me débats. Je me révolte. Je tombe dans des justifications à n'en plus finir pour faire comprendre à mon bourreau que je ne suis pas coupable : peine perdue ! Il se moque bien des raisons fondées ou non de son courroux, l'essentiel étant de sacrifier le bouc émissaire sur l'autel de son malaise intérieur. De sa colère. De sa haine inavouée de lui-même.

Le coupable est innocent ? Qu'à cela ne tienne, il a la tête parfaite pour endosser ce rôle de victime dans lequel je veux le soumettre. C'est mon expansion qui se joue-là de façon détournée. Je ne fais pas naturellement autorité, j'use de tous les moyens pour parvenir à mes fins. Ah, ivresse de ce sentiment d'exister dans l'écrasement de cet avorton.

Jusqu'à ce que je réalise qu'il n'y a pas de prodige à écraser un faible. Et que j'aille choisir une autre victime, une qui résistera un peu plus, un peu mieux, mais que je finirai également par broyer pour la seule satisfaction court terme d'une victoire somme toute fadasse et dénuée de gloire.

Mais alors, si l'expansion dans la conquête du territoire au détriment des autres n'est que factice, où donc est l'expansion véritable ?

Difficile. Complexe. À croire que j'ai du mal à affirmer que « personnellement, moi, je » possède un territoire et le ferai respecter. Un peu comme si je me sentais coupable d'exister, comme si l'humilité exigeait que je n'en fasse jamais état. Pourtant, je n'ai pas à rougir d'avoir gagné le droit d'exister. Ni de me faire respecter sans crainte.

Le B.A BA de l'expansion territorialo-intime passe par la connaissance de soi. Mieux je me connais, mieux je peux éliminer ce qui est du domaine de la projection sans plus jamais me laisser atteindre ou affecter par ce qui ne me concerne pas. Savoir faire la part des choses est un pré-requis. Dans le même temps, je peux progressivement travailler à m'accepter avec mes qualités et mes imperfections. Bénéficier à ce moment-là de l'accompagnement d'une personne qui vous conforte dans cette possibilité de vous faire aimer autrement, tel que vous êtes, est primordial.

Vous ne serez plus à la recherche des autres pour combler vos manques et vos insuffisances, pour vous donner l'illusion que vous êtes aimé, mais en quête de personnes suffisamment évoluées pour voir en vous un être individué.

L'expansion se nourrit alors de cette reconnaissance vraie, dans le regard d'autrui, de l'être que nous sommes. Sans orgueil, mais sans mésestime. Nous ne cherchons pas à écraser, réduire, briller pour exister, nous rayonnons de plus en plus paisiblement.

En réalité, j'aimerais dire que si l'expansion a débuté dans mon cheminement par la réappropriation d'un territoire intérieur, celle-ci s'est prolongée en l'établissement progressif d'un territoire extérieur, non dans une conquête violente ou par des rapports de forces, mais dans une acceptation de l'évidence : vient un jour où ce n'est plus tout à fait nous qui parlons ou qui agissons, mais nous qui « sommes parlés » ou « sommes agis ».

Elisabeth Courbarien



« Jeunes hommes avides, croyez-moi.
Il n'existe que deux manières de gagner la partie :
jouer cœur ou tricher.
Tricher, est difficile ; un tricheur pris est battu.
Jouer cœur est simple.
Il faut en avoir, voilà tout.
Vous vous croyez sans cœur !
Vous regardez mal vos cartes. »
Jean Cocteau

Pour celui qui la recherche, l'expansion pose le problème du bonheur, des raisons de vivre, celles du sens de la vie ; elle est un but, une voie qui demande une continuité. C'est donc une tension. Il faut s'engager, mais notre société est allergique aux engagements. Notre époque n'aime pas la durée, elle court de plus en plus vite vers le changement et veut tout, tout de suite : il faut devenir plus compétitif, plus performant, atteindre coûte que coûte l'objectif au pas de course. Plus âpre est la lutte, plus vite la réussite sera là. L'ambitieux du pouvoir et de l'argent est propulsé dans une activité qui bouscule tous les rythmes, il brûle les étapes. Tant pis pour les faux pas et si quelques uns sont écrasés au passage, l'important est de ne pas lâcher prise et de « monter » dans la place tant qu'on y est. Pas question d'échec, même s'il faut vivre dans un tourbillon et une fièvre, moins amusants que ceux du samedi soir…

Et une partie de l'existence risque de passer ainsi sous pression, dans le stress, l'énervement en suivant un rythme qui n'est plus de la nature, mais facteur de déséquilibre, soutenu par des antidépresseurs, des somnifères, ponctués d'excitant pour se donner du ressort. Nous sommes loin d'une activité d'éveil. Cette attitude, la plus courante de nos jours pour le battant qui veut atteindre une forme d'expansion, ne fait-elle pas passer ainsi à côté de questions vitales ? Ne se trompe-t-il pas de porte ce carriériste ? Ou plutôt ne rate-t-il pas la cible dans la perspective de l'objectif espéré : le Bonheur ? Je serais portée à le croire.

L'univers, disent les astrophysiciens, est en continuelle expansion. Les hommes sur terre suivraient-ils la même dynamique en tant que phénomène naturel de l`accomplissement de leur destin. Pourquoi ne suivrait-on pas les mêmes lois ?

Cependant beaucoup poursuivent une forme d'expansion mal engagée dans un mode d'existence conditionné par la modernité et ses déviances de trajectoire qui ne correspondent plus aux valeurs de ce qui est essentiel aux êtres c'est-à-dire le développement de leur potentiel, de leurs dons, de leur créativité. Peut-être un jour, leur sera-t-il demandé : « qu'as-tu fait de tes talents ? »

Actuellement notre époque est fascinée par le bas, voire même le très bas. Le Surmoi a disparu, le Moi n'a plus rien à arbitrer, nous sommes dans l'empire et sous l'emprise du « ça » avec, en expansion, ses laideurs, ses agressivités, ses méchancetés : projection en même temps que jouissance dans un infra-conscient qui débouche sur l'horrible le plus obscur, le plus ténébreux quand ce n'est pas le plus terrible. Enfermement psychique dans la noirceur qui porte en elle-même ses propres limites. Des psychiatres vont jusqu'à déclarer que nous vivons une période de bas-fonds de l'humanité avec pour certains individus le désir pervers de destruction et de harcèlement vis-à-vis de personnes sous les prétextes les plus futiles. Heureusement que quelques êtres de lumière viennent réconcilier le monde avec l'espoir, la beauté, l'amour : forces lumineuses mettant cap sur l'infini.

Une juste expansion quelle que soit la voie que l'on ait empruntée est la réalisation de sa propre unité intérieure : unifier ses tendances, les mettre en harmonie avec l'esprit et le cœur est création continuelle ainsi qu'évolution. C'est long, cela peut demander une vie entière, mais c'est à coup sûr gagner son destin. Une attitude d'esprit est nécessaire par rapport à soi-même ainsi qu'une disposition du cœur par rapport à toute action et aux autres. Il n'est pas facile sans doute de mettre sa perception au service du vrai et du beau pour atteindre l'essentiel. Mais comment les graines de semences qui sont en nous pourraient-elles, sinon, se développer, grandir, prendre vie et se réaliser, même si le chemin est aride ? Ne faut-t-il pas mettre les chances de son côté pour accomplir ce pourquoi nous avons été faits ? Enrichir ainsi plus ou moins consciemment son capital génétique est une question d'intériorité répondant à un goût de l'absolu. Le sens de la vie n'apparaît qu'à cette condition. Certains auront à se débattre avec un ego plus ou moins important ou de puissants instincts, mais s'objectiver est un travail passionnant qu'il ne faut pas rater à l'entrée dans la vie adulte. Il est nécessaire de découvrir sa véritable énergie à travers les aléas de l`existence. C'est une aventure avec laquelle nous ne serons jamais en porte-à-faux.

Je serais tentée de conclure avec un prophète des temps lointains qui reste étrangement d'actualité (Jr 2, 3). Que nous dit-il ?

« C'est un double méfait que mon peuple a commis : ils m'ont abandonné, moi, la source d'eau vive, pour se creuser des citernes lézardées qui ne tiennent pas l'eau. »

Jeanine Ercole



L'expansion, cet élan par lequel les pensées, les influences s'accroissent, se propagent, se situe à l'inverse du phénomène de dépression, à l'opposé de l'auto dévoration d'un homme devenu sans contour précis.

L'expansion suppose d'abord de la distance. Dans la France très chrétienne du Moyen âge, c'est l'habitude de la pratique de la confession, c'est-à-dire de la capacité de recul par rapport à soi-même, de l'aptitude au discernement, qui a, quelque part, permis l'expansion du développement économique.

L'expansion, mouvement qui passe par la reconnaissance ou du moins l'acceptation de cette part d'ombre en soi propulse le désir loin en avant, mais si ce désir se réduit au seul accroissement matériel, il peut me couper de mes propres racines, de la même façon qu'une culture au faîte de son apogée contient en elle l'échéance de sa disparition.

Dans une perspective expansionniste, je peux en effet m'« étendre », me « développer » en écrasant l'autre au passage, mais là je perds le bénéfice de cette expansion qui, à mon sens, se veut aussi lumière, pas seulement désir de s'approprier l'espace, un territoire, mais promesse de rencontre. S'accroître non pas aux dépens de l'autre, non pas au risque d'un rétrécissement de soi, mais pour entraîner d'autres sur son sillage.

L'expansion, je la concevrai non pas comme simple capture de l'espace, mais aussi comme un large mouvement en profondeur, vers les rives les plus oubliées, mais non pas les moins riches de l'être, comme une fenêtre ouverte sur l'accomplissement.

L'expansion, c'est sans doute aussi ce moment particulier où la pensée faisant fi de l'espace et le temps jaillit des tréfonds de l'être et se déploie à la manière d'un rêve aux franges de la conscience pour devenir idée, réalisation.

Michèle Laburthe-Tolra



Imaginons qu'une bouteille emplie de gaz à haute pression se brise dans le vide. Aussitôt, le gaz s'échappe et son volume croît très rapidement. Le gaz est en pleine expansion. Jusqu'où va-t-il aller ? Rien ne l'arrête dans le vide. Il peut théoriquement continuer à s'étendre à l'infini. Mais au fur et à mesure qu'il s'étend, sa pression diminue pour devenir quasi-nulle au bout d'un certain temps. Si l'on remplace le gaz par les grands chefs de guerre comme Napoléon dans les plaines russes d'hiver, on retrouve le même phénomène. Une expansion susceptible d'aller jusqu'à l'infini, car il n'y a pas de résistance en face d'elle puis un épuisement sur un front trop dilaté et une déroute cuisante. La conquête du territoire peut s'achever ainsi ou parce qu'elle rencontre une résistance. La notion d'expansion est inséparable de la notion de limite.

Il m'a semblé toutefois qu'il pouvait y avoir plusieurs sortes d'expansion. Trois traditionnellement, celle du héros, celle du sage et celle du saint. J'y ajouterai volontiers celle du savant.

Le héros se caractérise par la conquête du territoire, c'est le grand conquérant, c'est Alexandre, c'est Tamerlan, c'est Napoléon, c'est aussi de façon plus classique le héros de la mythologie, Hercule, Thésée, Achille et bien d'autres. Tous ont ébloui par leurs conquêtes. Tous ont trouvé leurs limites de façon parfois cruelles. Tous avaient leur point faible tel Achille au talon fragile.

Le savant dans l'expansion de ses connaissances, n'a pas les mêmes limites. Il a malheureusement été victime d'un malentendu. Le savant du XIXème siècle pensait qu'il avait tout découvert, qu'il avait atteint les limites de la connaissance. Certes, il restait quelques points à préciser, mais sur tous les problèmes il connaissait le début de solution, le nombre caractéristique, il suffirait aux successeurs de rajouter la virgule après le nombre plus quelques chiffres pour rendre plus précises ses découvertes. Le XXème siècle a fait déchanter le savant qui découvre avec émerveillement que tout reste à découvrir ou presque. Un Japonais ne vient-il pas de donner le deux cent millième chiffre après la virgule du nombre , laissant entendre qu'avec quelques centaines de milliards de chiffres de plus on serait encore loin d'arriver au bout du compte. Heureux le savant qui peut encore envisager une expansion à l'infini. Mais peut-être subira-t-il le sort du gaz de la première expérience, l'extinction faute de pression résiduelle.

Le sage, c'est la connaissance de soi qui l'intéresse. C'est la descente dans l'infiniment profond. La limite éventuelle, ce sont ses sens, ses aspirations, ses désirs. La sagesse ne s'acquiert pas si facilement.


Quelle plus belle image de l'expansion du saint que cette statue géante du Christ, les bras ouverts,
qui domine la baie de Rio de Janeiro.
À la fois la profondeur du sage, et l'amour universel qui peut aller à l'infini sans jamais risquer
de s'y perdre.
Paul Ruty



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