NUMÉRO 101 REVUE MENSUELLE août 2005

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Auteur Titre de l'article Título del artículo
 
Pioton-Cimetti, E. Graciela La transmission
  Réponse à Agnès de Viaris
 
Bernard, Hervé Nécessité de transmettre
 
Courbarien, Elisabeth Transmission
 
Ercole, Jeanine La transmission
 
Giosa, Alejandro Transmisión y recepción
 
Laborde, Juan Carlos La transmisión, un fenómeno natural
 
Laburthe-Tolra, Michèle De la difficulté de transmettre
 
Maleville, Georges de Transmettre
 
Marnique, Carla Qué les transmite la tv a nuestros hijos
 
Ruty, Paul La transmission du savoir
 
SOS Psychologue Séance d'analyse de rêves de mai 2005
 
Viaris, Agnès de La réalité des familles recomposées
  Pour aller plus loin vers demain…


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Je n'aimerais pas que les plantes ne refleurissent pas. Je les regarde pousser, s'étendre comme des bras, pour conquérir un monde autour de moi. Elles rentrent dans le cercle intime de l'analyse touchée par une caresse verte et inattendue. Rien de stérile, rien de triste ne devrait exister autour du contexte analytique.

Dans mon cabinet, chaque centimètre est imprégné de présence fertile et accueillante, permettant ainsi de faire de la transmission une vérité chaleureuse sans rigidité ni prétention. Il y a des livres partout, des photos d'enfants, des tableaux vivants reflétant des cultures diverses, tout est imprégné de la tendre puissance d'exister.

Quand le thème de la transmission a été proposé, j'étais quelque part à contempler mes ancêtres, ma vie et ma filiation. Le soir même, en réfléchissant au sujet de mes ancêtres, j'ai constaté en moi, qu'il n'existait pas que la transmission génétique ou socioculturelle. Il y avait beaucoup plus pour m'amener à réfléchir.

Mon grand-père maternel m'a transmis l'essence de la foi, pour une vie enracinée dans des valeurs éternelles. Ma grand-mère paternelle a voulu transmettre des images, du nord de l'Italie, qu'elle avait connues et vécues. Mais ce qu'ils réunissent dans la transmission, c'est le son de cloche. Ma grand-mère appartenait à la famille qui faisait les cloches des églises dans le nord de l'Italie : la famille Pruneri. Mon grand-père était ami personnel du Pape Pie XI.

À l'année de ma naissance a eu lieu le Congrès Eucharistique Universel en Argentine. Quelque part, j'entends le son de cloche à l'intérieur de moi-même.

La transmission dans le couple

Jean-G. Lemaire dit page 12 : « il est demandé au couple de fournir l'ensemble de ce qui est objet de désir sur le plan affectif, l'amour passion, l'amour tendresse, l'amitié, la connivence intellectuelle, le partage du travail, l'éducation en commun des enfants ; à quoi s'ajoute encore non plus l'ancienne obligation sexuelle, mais l'obligation de jouissance. »

C'est à ce niveau-là que la transmission a une modalité particulièrement importante. Car c'est dans ces lieux que sont communiqués les objets idéaux vers lesquels s'orientent bien des affects et des tensions.

Au-delà de toute différence de culture ou frontière, le couple est le lien qui génère la transmission.

Le couple est toujours un couple, dans un certain sens, avec une valeur absolue, et même dans ses faiblesses, il est la base de l'organisation et de la transmission sociale.

Mme X a 4 enfants. Elle consulte au sujet de son mari, qui ne partage pas avec elle la transmission dans l'éducation. Il se tient à l'écart et considère qu'une paternité réussie est évidente à partir de la capacité du père à créer des ambitions chez les enfants.

Il exige terriblement des résultats scolaires, mais n'est jamais prêt à appuyer sa femme dans la transmission éducative.

Le fils aîné présente des troubles scolaires étranges. Soudain il change son écriture et devient asthmatique.

Je sens moi-même que la patiente vit dans un état d'extrême solitude sa maternité, car le mari est absent même après les manifestations gravissimes de l'asthme de l'aîné.

J'ai eu des contacts ponctuels avec cette patiente pendant 7 ans.

Lorsque son fils aîné est venu au monde, elle a fait sa première dépression.

Je l'ai connue quand cet enfant avait 7 ans.

À la naissance de ses deux frères, cette mère angoissée avait perdu, avec sa dépression, toute capacité à se battre et à proposer des solutions à son mari, apparemment sourd à tout questionnement.

À 14 ans, c'est-à-dire 7 ans après, l'adolescent asthmatique, aujourd'hui fils d'une mère dépressive, est devenu un excellent étudiant et un colérique insupportable. Il étouffe tout le temps et comme par hasard, à l'heure où le père rentre à la maison, ou le dimanche.

L'asthme ne cède pas. L'asthme, expression et symptôme d'une violence et d'une colère refoulée. Il essaye d'être l'enfant correcteur et de guider ses frères vers une scolarité réussie.

Il ne peut pas compter avec sa mère, car elle a choisi le silence comme défense. Derrière ce silence, je sens la violence de l'impuissance, mais je ne peux même pas l'amener à une régularité dans ses séances, à transmettre la volonté de crier « No, basta ! ».

Elle vient de temps en temps, tant la pression interne la menace, jusqu'à l'impression, selon elle, de devenir folle.

Je suis devenue la soupape libératrice des tensions.

Il s'agit sans doute d'un couple dont on pourrait dire, selon la typologie, qu'il est psychotique ; stable et figé chacun dans son rôle, et transmettant par des mécanismes de défense pour ne pas se compliquer.

Un soir, comme d'habitude, le père manifeste sa violence avec le fils aîné, mais cette fois, la violence, la colère, dépassent les limites de l'étouffement asthmatique. La mère contemple devant elle, son fils qui tape son père, sept fois, avec violence.

Après trois mois, le jeune homme est allé vivre avec ses grands-parents maternels.

Voici un cas de transmission pathologique et négatif. L'histoire n'est pas finie. Bientôt elle reviendra décharger le trop plein de tension.

La transmission selon mon vécu

Personnellement je voudrais transmettre mes impressions au sujet de ce que j'ai pu appréhender de la vie. Elle est si brève, si fugace, que quand nous avons compris son sens, acquis les connaissances qui la font l'apprécier, nous sommes menacés sans différence par la contemplation de sa fin.

Véritablement nous pouvons dire que si nous avons bien dépassé les marées hautes de la vie, nous nous sommes pour cela délivrés des tempêtes.

La solution de ma vie a été l'amour, aimer, aimer le plus possible, apprendre à partager sans égoïsme absurde, ne pas rentrer dans des rivalités et surtout déraciner de nos êtres la peur et l'orgueil, car ils nous empêchent d'exister dans l'ici et maintenant de chaque jour.

Je contemple certains parents devenir fragilisés par l'âge à la place de se vivre comme des porteurs de sagesse. Le corps peut fléchir plus ou moins rapidement, mais nous ne sommes pas que des corps.

Le matérialisme à outrance fait passer des images d'une éternelle jeunesse à travers la publicité. Mais les porteurs de ces images sont mortels aussi.

L'image est un gagne-pain momentané. Mais qu'y-a-t-il derrière la négation d'une vieillesse réussie ? Seulement la peur.

La jeunesse serait-elle si fière si elle avait reçu par la voix de la transmission ancestrale le sens de la fugacité ?

Je crois avoir toujours été en dehors du temps, mais justement parce que chaque jour a compté pour moi dans le réel d'une existence vivant dans l'action et la communication.

Je crois vous avoir raconté qu'un jour il y a déjà 15 ans, dans le métro, je me suis posé la question « pourquoi je n'avais pas peur de la mort ? » Et une voix en moi a clairement répondu : « car je marche dans la vie ».

Les amérindiens des hauts plateaux boliviens marchent tout le temps, parce qu'ils disent que dans l'action ils vont contre le vent de la destruction. Et par ailleurs la transmission se réalise chez les peuples dits « primitifs » à travers les conseils des anciens, car ils ont survécu aux épreuves de la vie. Ainsi en remontant aux sources ils n'ont pas oublié les expériences acquises. C'est
en fonction de notre vécu que nous pouvons enseigner aux générations qui suivent. Mais en même temps, si nous sommes quelque peu doués, nous acceptons de recevoir les messages de nos ancêtres. Mais cela veut dire aussi que sans doute nous avons eu un bon étayage.

Il ne faut pas mettre dans le concept de répétition que du négatif. La transmission orale m'a apporté des gardes fous incroyables que j'ai essayé de communiquer à mes enfants.

Parfois la transmission se fait dans le registre de la superstition. En Italie, la danse qui s'appelle la Tarentelle se veut une façon d'éviter l'arrivée des tarentules. Les rituels que racontent les anthropologues comme Malinowski ou Margareth Mead c'est pour ne pas être piqués et empoisonnés par les poissons du lagon : avec les danses, par la magie, ils projettent le mal à l'extérieur.

Le shamanisme chez les amérindiens, que je crois connaître et apprécier, est une forme libératrice d'un symbolisme dirigé vers le contrôle et la prudence vis-à-vis du noyau psychotique.

Mais le temps passe et je dois finir d'écrire. J'aimerais avoir plus de temps pour parler, mais comme le temps est si réduit j'essaierai de transmettre par des caresses tendres l'amour infini qui est en moi, de caresser du regard et de la voix.

Et je te regarde, mon aimé, toujours étonné de ta présence bienveillante. Tu rayonnes, moi également, de ce surplus qui rend la vie éternelle dans l'instant.

31 août, dernière séance de SOS de la période de vacances, mais nous ne sommes pas en vacances.

Viendront les temps de l'absence, car la vie finit un jour, mais comme le dit Lacan : « L'absence marquera la présence ».

Les hommes passent, les institutions restent. Les hommes transmettent et les institutions préservent ce qui est transmis.

Il fait très beau, le ciel est bleu. Les nuages reviendront ainsi que les pluies pour faire germer juqu'à ce que vienne la récolte que nous avons semée aujourd'hui.

Fait à Paris à des moments différents
d'un même mois d'août
où j'honore particulièrement
mes deux parents partis en août physiquement,
mais qui sont plus que jamais présents dans la transmission.
Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Aujourd'hui je viens de recevoir un article d'Agnès, sur la réalité des familles recomposées, je suis d'accord. Cette transmission à base d'images me touche beaucoup. C'est une leçon de vie sur les relations « qu'on ne choisit pas, mais que la vie nous impose » comme elle dit.

Il me fait réfléchir, car j'ai l'impression que les nouveaux couples vivent un combat inéluctable. J'aimerais trouver un message pour résoudre cette dichotomie. Mais combien de maturité serait nécessaire, pour que les enfants acceptent la séparation des parents, comme quelque chose d'un ordre naturel ?

Lorsque les parents étaient ensemble et ont fait des enfants, sans doute s'aimaient-ils ; en général on n'a pas des enfants pour en faire des abandonnés traumatisés.

Prenons une situation beaucoup plus tragique et définitive qu'un divorce. Les enfants de veufs ont, en général, une prédisposition à ne pas aimer le nouveau conjoint de la mère ou du père et vont idéaliser le parent disparu. La question est : « comment préparer les enfants à accepter la liberté des parents, et leur individualité ? ». Un bon analyste de l'enfant et de la famille peut faire des merveilles, mais que dire du traumatisme individuel du parent divorcé ou veuf ?

Chez les parents divorcés, il y a des choses qui n'ont rien à voir avec le conjoint qui est parti. Sentiment de haine, colère frustration, perte de situation sociale, interminable lutte pour la garde des enfants, le patrimoine, la pension alimentaire.

Derrière un divorce il y a une telle quantité de problèmes matériels, qu'ils amènent les enfants à se mêler de façon prématurée de questions de marché. Aux analystes de résoudre la question des enfants qui portent sur leurs épaules les rancunes des parents divorcés !

Ce sont les parents qui devraient se soumettre à une analyse approfondie, pour ne pas faire porter la croix de cette histoire, à des enfants ou des adolescents, qui deviendront sans doute méfiants.

Pour les parents veufs, la question est différente : comment se libérer de la croix d'être « le survivant ? ». Je fais référence à ceux qui ont su aimer. Ceux qui refusent le deuil et ne le font pas, compensent le manque dans les bras du premier venu. Ils donnent une image légère, frivole et favorisent l'idéalisation de celui qui est parti.

C'est tout pour aujourd'hui, il s'agit d'un paragraphe pour accompagner la réflexion d'Agnès.

Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti



Transmettre, c'est redonner à la vie ce qu'elle nous a offert. Transmettre est un acte de reconnaissance de lois universelles qui nous dépassent, mais aussi nous transcendent, car elles règlent notre rapport au monde, notre rapport à la réalité, extérieure et intérieure. Transmettre est un élément de notre respiration vitale, comme si transmettre venait en résonance avec la respiration du monde, selon une synergie presque nécessaire à l'un et à l'autre.

L'enfant, l'adolescent, le jeune adulte reçoit de ses parents, de sa famille, des institutions, des proches, les différents éléments qui doivent lui permettre de façonner sa personnalité, de définir ses propres valeurs afin de devenir autonome dans la vie : l'éducation, l'apprentissage de la vie, la culture, des lignes de conduites, de premiers projets, voire une mission à réaliser.

Après avoir considéré cette transmission vers soi comme naturelle, allant de soi, inconsciemment ou non, même obligatoire, comme dans le cadre d'un contrat transculturel et transgénérationnel non écrit, il vient un moment où le petit d'homme ressent ou est « poussé » à transmettre ce qu'il a appris. N'est-il pas normal de transmettre à autrui, même si cet acte est en première apparence entièrement gratuit et bénévole ?

J'entends par pousser une large gamme de situations : cela peut être à la demande d'une personne, dans un cadre professionnel, au sein d'une famille, en tant que responsabilité parentale, sous la pression des événements, sans que cela ne soit énoncé, comme si les éléments environnants (peut-être l'inconscient qui nous baigne et que nous partageons, selon Jung) parlaient à la place des humains.

La décision de transmettre à autrui des éléments appris ou ayant toujours été présents, comme dans un don, peut survenir spontanément, venir progressivement après une longue réflexion ou une période de maturation, ou bien malheureusement être retenue au détriment de soi et des autres, sans que cela ne bénéficie à quiconque jusqu'à notre départ de ce monde.

Ne doit-on pas payer un jour ou l'autre ce que le monde nous a donné soi-disant gratuitement ? L'apprentissage de la vie ne nous montre-t-il pas plutôt à travers notre propre expérience ou de celle des autres, que rien ne s'acquiert gratuitement : les biens matériels, l'accession à un statut social, un savoir, un savoir être, un savoir faire. L'acte de transmission nous remet en phase avec la pulsation de l'univers et de la vie. Le psychanalyste, Carl Gustav Jung, invoque même le concept de synchronicité pour expliquer que parfois tout converge pour qu'une action survienne, en l'occurrence un besoin irrépressible ou naturel de transmission : quelque de chose de soi à l'autre (comme si cela coulait de source). Et c'est alors une question de conscience et de compréhension des valeurs de la vie, que de voir, de comprendre, de sentir qu'il est temps maintenant de transmettre une partie de nous-même à quelqu'un d'autre.

Le contenu et les modalités de cette transmission, qui sont peut-être la condition sine qua non de survie de l'espèce, sont les histoires humaines, toutes différentes par les parcours, les douleurs lourdes ou légères, les émotions, les ressentis, les sentiments d'injustice ou de plénitude.

Préparons-nous, par une capacité d'accueil, à transmettre, peut-être pour notre repos d'âme, pour notre salut, et surtout pour le bien des autres, pour le bien de la condition humaine.

Hervé Bernard



Il y a des enfants qui ne peuvent s'empêcher de toucher, de goûter, d'expérimenter pour savoir.

Parfois, nous, dans notre mission d'éducateurs, parvenons à éviter des catastrophes.

Et parfois non.

Je me souviendrai toujours de Joséphine posant sa menotte sur un pot d'échappement de motocyclette.

Il n'est pas possible de mettre en garde contre toutes formes de danger. Et de s'en prémunir ou de les en protéger.

La transmission passe aussi par ces apprentissages négatifs : « le plus jamais ça » qui émane de ma prise de conscience est tellement plus fort que la leçon : « attention, tu vas tomber ! ». Tant qu'il n'y a pas eu de chute, de fracture ou de pleurs, la capitalisation n'a pas le même impact.

La transmission en matière éducative se heurte donc aux limites de ce qui peut s'enseigner. Grâce au développement de l'intelligence, par analogie, il deviendra possible ultérieurement de comprendre plus, sans avoir perpétuellement la nécessité de tester. Selon le principe des raisonnements par récurrence la validité au rang 0, au rang n et au rang n+1, s'érigera en généralité.

Donc, si je comprends bien, mon rôle de transmetteur n'est pas de tout enseigner, mais plutôt d'essayer d'amener l'autre à développer son intelligence et sa propre conscience des réalités.

Dans l'expérience analytique, je suis surprise de toujours repousser plus avant les limites de mes connaissances et je découvre encore après avoir découvert et ma feinte modestie du départ, qui était l'orgueil de l'apprentissage de choses nouvelles à n'en pas douter, se transforme progressivement en une grande acceptation et une forme d'humilité.

J'ai le devoir de m'enrichir, soit, mais largement autant celui de donner à ceux qui méritent. Et je ne suscite pas assez à mon goût de vocations d'apprentis, même si ce que je donne est gratuit ! C'est que je dois encore progresser pour convaincre, mais quelle aventure est plus excitante que la quête de cette compréhension ?

Je peste parfois contre tout ce que j'aimerais savoir, cerner, maîtriser, dominer de ma vie ou de mon environnement en y constatant mon impuissance, en particulier lorsque je me heurte aux limites de ceux qui ne voudront pas changer, ou, en réalité, pas suivre le chemin d'évolution qui me paraîtrait plus digne d'eux.

Je sors d'un déjeuner. Ai-je enfin pu transmettre que le travail sur soi pour délimiter un territoire était un pré-requis à la prise de confiance, au retour à la santé psychique autant que physique ? Ai-je pu transmettre tout le positif conditionné par ce travail en profondeur ? L'avenir me le dira.

Est-ce que le lâcher-prise peut s'enseigner ? Comment la générosité peut-elle s'éveiller autrement que par l'exemple ?

À plusieurs reprises dans ma vie, j'ai recueilli les confidences d'amis et de proches dont les couples battaient de l'aile. Qu'ai-je pu concrètement transmettre à ce moment-là, pour que moi, qui n'avais pas pu éviter la ruine de mon premier mariage, je leur permette à tous de triompher de l'adversité et de leur crise ? Je ne saurais le dire avec précision. Ce dont je me souviens, parce que j'ai maintenant 3 à 5 années de recul pour en juger, c'est que j'ai écouté celui qui me faisait confiance et lui ai la plupart du temps intimé un appel au calme.

La violence appelle la violence et le souvenir des paroles cinglantes prononcées dans ces moments-là peut être terrible.

Quels furent leurs modes opératoires ? Je sais que pour l'un d'entre eux la restauration de la blessure narcissique est passée par des représailles orchestrées avec discrétion, pour un autre, l'appel au calme et à la patience suffirent à apaiser la situation après plusieurs mois de tension, pour un troisième, la rencontre avec un psychiatre fut indispensable…

Il n'y a donc pas de vérité ou d'universalité en matière de relations humaines, il y a cependant de grands principes communs à toutes les situations. Souvent le défaut majeur est un défaut de communication qui, de silence en malentendu, a basculé du non-dit dans la violence ou l'indifférence. Dans tous les cas, il y a souffrance de la relation.

Parfois d'étranges couples durent malgré les incompréhensions. La lâcheté est un paramètre non négligeable dans les apparentes réconciliations !

Au final, qu'ai-je bien pu leur transmettre ? Avec modestie je dirais une façon de relativiser leur situation et de dédramatiser. Je crois que le premier travail en cas de crise passe effectivement par une dédramatisation. Ensuite, un regard bienveillant qui vous couve d'un amour sincère fait souvent le reste pour apaiser la douleur.

À chaque fois, je me suis retrouvée du côté de celui (ou de celle) qui était violenté ou trahi. C'est étrange, car je suis certaine que celui qui trahit ou qui frappe n'est pas mieux dans sa peau que celui qui l'est. Sauf que celui qui est dans l'action se sent probablement moins perdu que celui qui, non seulement, endure la morsure de l'infidélité ou la honte de la violence conjugale, mais en outre se trouve démuni et en proie au doute.

Récemment je me suis trouvée dans la situation inverse. Aux côtés de l'infidèle. Je ne l'ai surtout pas dissuadé de vivre cette expérience, ç'eut été peine perdue. En revanche, qu'il n'ait aucun doute sur les limites de ma compassion : je suis pour le maintien des liens conjugaux et non pour l'assouvissement de tous nos caprices sexuels et pulsions sexuelles sur l'autel de nos égocentrismes. En réalité, dès lors qu'il y a des enfants, ma position est de faire que la relation survive à la crise, même si la nécessité de laisser l'expérience se vivre est indispensable : le couple ne résisterait probablement pas à toute l'énergie investie dans le fantasme. Or le passage à l'acte, même s'il va durant un temps entretenir l'illusion à cause de l'état amoureux, va probablement se dégonfler tout naturellement lorsque les projections auront été retirées et reviendront sur le protagoniste. C'est ce qui s'est passé avec la complice de mon « infidèle ». Elle a souhaité plus tôt que lui réintégrer une vie moins passionnelle, mais moins épuisante. Il souffre, mais je lui avais dit qu'il souffrirait d'une manière ou d'une autre.

Pouvais-je lui éviter de se brûler comme l'avait fait Joséphine ? Pas plus.

Ma transmission s'est un peu suspendue ces dernières semaines, car mon infidèle doit se réveiller peu à peu et qu'il n'ose plus trop me prendre à témoin de ses hésitations. J'ai pris du recul lorsque j'ai senti qu'il m'utilisait pour reconquérir celle qui s'éloignait. Mon but était qu'elle s'éloigne, je ne souhaite pas me faire complice et lui donner des armes pour sa reconquête. J'espère qu'il regarde sa fidèle épouse avec un regard nouveau. Je ne la connais pas, mais je devine que c'est une femme bien. Au même titre que mon ami est un homme bien, un homme. Dans toute son humanité.

C'est tellement plus simple quand la situation arrive aux autres et que nos affects y sont étrangers !

Pour ma part, grâce au travail analytique, je sais que ma communication n'est plus au même niveau. Je ne prétends pas que tout soit facile ou léger, que tous les obstacles se soient effacés par ces progrès-là, mais, sans eux, dans quel état serais-je aujourd'hui ?

Je me sens vivante, vibrante, pétrie de désir et du désir de transmettre ou du désir que toi aussi, tu t'élèves encore au chemin de la lumière et de la conscience afin qu'un jour peut-être nous puissions rayonner d'une complicité que nul ne viendra troubler.

Ni le regard malsain des curieux, ni celui des jaloux qui ne survivent que par procuration.

Elisabeth Courbarien



« On ne peut pas faire boire un âne qui n'a pas soif… »
Proverbe

Avant d'aborder un point de vue personnel, arrêtons-nous quelques instants sur des considérations d'un ordre plus général et objectif.

Si la naissance d'un humain est un fait biologique, peut-on considérer les premiers acquis comme une transmission ? Sans doute, car ce sont les conditions extérieures qui vont jouer un rôle déterminant suivant ce que nous en recevons. Très tôt notre spécificité apparaît. C'est ainsi que les bases sur lesquelles nous nous construisons pour ne parler que du patrimoine génétique, du conditionnement familial et social, et du vécu dans l'enfance, peuvent s'assimiler à une transmission qui renaît dans chaque structure individualisée. L'apport de la conscience ne peut, à ce niveau, les changer.

Mais si le rôle de l'éducation est primordial, les jeux ne sont pas toujours faits. N'oublions pas que notre programmation génétique personnel fait de nous des êtres uniques ; l'humain en ce sens naît libre et peut dans l'espace intérieur de son conditionnement, manifester sa liberté selon la force de son Moi et de son désir.

En règle générale, nous n'empruntons à notre environnement immédiat que les éléments qui sollicitent notre attention et qui sont conformes aux possibilités dont nous sommes porteurs. C'est ainsi que nous avons le pouvoir de faire une sélection et n'assimilons rien d'autre qui ne soit en correspondance avec notre propre nature, ces éléments seuls se développent en nous et participent aux fondements de notre personnalité.

Cependant cette loi pour être naturelle n'est pas absolue. La transmission abat différemment ses cartes pour certains lorsque le Moi est plus faible et devient ainsi le reflet des géniteurs ; ou bien dans un désir de conformité les plus vulnérables adhèrent à une image qu'on leur propose, à un mode de vie, en acceptant les suggestions qui les assaillent et les pseudo valeurs fondées sur les cultes dissolvant et annihilant des idoles, des coutumes, tout ce qui apparemment tient lieu de raison (je songe aussi à ceux qui avaient besoin de suivre un chef et auxquels on a transmis de faux idéaux, qui au xxe siècle ont fait tant de ravages !). Il s'agit ici d'un processus réducteur de la transmission jouant un rôle appauvrissant par la limite apportée à d'éventuelles facultés. Le niveau de conscience ne peut aller au-delà d'un seuil de remise en question : ceux-là n'ont pas soif de vérités, leur breuvage risque d'être empoisonné.

Quittons maintenant ces remarques préliminaires pour faire place à quelques réflexions. Voyons ceux qui ont soif et veulent aller plus loin dans une recherche de vérité et d`amour pour comprendre le sens à leur vie. Qu'en advient-il d'eux ?

Un sérieux effort de discernement leur est demandé afin d'accomplir une différence essentielle entre valeurs authentiques et contrefaçon dont ne se prive pas d'user notre époque. Fâcheuse confusion !

Hormis les domaines scientifiques et religieux, on peut se demander actuellement où la transmission peut se situer pour la masse de jeunes plus ou moins en demande ? Je suis tentée de répondre : « nulle part ». Pourquoi ? Parce que « tout fout le camp » comme le chantait déjà Marcel Mouloudji il y a une trentaine d'années. En effet, peu de familles sont aptes à retransmettre des notions humaines et spirituelles, les parents ne les ayant pas eux-mêmes reçues, la plupart d'entre eux demeurent démunis. L'amour qu'ils essayent de transmettre est souvent empreint d'émotivité, de nervosité, de stress… L'affectivité chez leurs enfants risque ainsi d'être mal engagée dans les voies de la psyché. Quant à la société…

Selon moi, la transmission pour être valable lorsqu'elle s'adresse aux jeunes ou aux moins jeunes, doit avoir pour objet l'ouverture de l'esprit et du cœur et pour cela elle ne peut s'appuyer que sur des valeurs d'ordre universel allant au-delà du domaine de l'individuel. Mais un problème se pose de façon fondamentale : encore faut-il qu'il y ait d'une part des personnes qualifiées possédant l'intelligence, la conscience et la connaissance profonde des êtres, capables d'actualiser chez autrui une réalisation, et d'autre part, des individus en quête d'accomplissement prêt à accueillir les réponses nécessaires à leur intelligence, à leur cœur, à leur âme. Or quand on se place dans la perspective de cette dynamique, on n'y découvre pas mal de zones désertiques.

Mais que peut-on entendre par « vérités universelles » ? Ce sont des valeurs immuables et éternelles, dont sont possesseurs tous les humains et dans lesquelles chacun peut se reconnaître; elles visent à l'unité au-delà de toute apparence extérieure, de toute frontière et ne souffrent pas d'exception. Chaque personne est particulière dans son essence et en même temps semblable à toutes dans leur « Moi » profond c'est-à-dire le « Soi. Comment accéder à ces valeurs ? Par un esprit actif et attentif, en recherche quasi continuelle de l'essentiel dans un désencombrement toujours renouvelé. Ainsi de vérités relatives en vérités relatives, d'éveil en éveil l'on peut atteindre le sommet de la pyramide en se situant tout naturellement dans un axe ascensionnel, car la voie de l'universel toujours simplifie.

Le chercheur de vérités sort de son psychisme et découvre en lui des couches lumineuses dans lesquelles réside l'amour, parce qu'il lui est donné d'être soi et non plus l'image de soi. L'amour est une des premières valeurs universelles. Quand Amour et Vérité se rencontrent jaillit alors une source vivifiante qui engendre le sens de la vie qui conduit à toutes les compréhensions et par-là même à toute transmission authentique aux hommes de la terre en vue de leur évolution.

Jeanine Ercole



Transmettre, c'est se mettre dans les conditions de parler vraiment, ne pas se cacher derrière un savoir ou un paraître, car la transmission excède la connaissance, elle est au-delà de l'image et s'inscrit quelque part dans le non-dit. Elle est partout, là où il y a de l'homme, même là où il ne le sait pas, dans la naissance, la maladie, le succès, la mort.

La transmission, qu'elle soit de l'ordre de la vie, de la génération ou du savoir passe par la Parole. Une parole qui s'inscrit dans la rencontre, dans la reconnaissance d'inconscient à inconscient, qui s'inscrit dans la chair. Là où la parole ne s'engendre pas dans la chair, pas de transmission possible, car ce que nous transmettons parle à notre insu. Il ne s'agit pas que de reproduire la vie ou de se servir d'une science comme d'un bouclier, mais savoir de quoi ou de qui l'homme parle au cœur de sa chair meurtrie ou triomphante. Par ce chemin d'humilité par où il se dévoile, celui qui transmet, ouvre ainsi la voie de l'écoute.

À l'autre bout, celui qui reçoit, n'accède à ce qui se cache au cœur de la transmission qu'à travers le mensonge aux multiples facettes dans lequel il est pris. C'est seulement dans le silence où se creuse l'écoute qu'il recueille un peu de sens.

En cette semaine de deuil où disparaît Mme C, une voisine très chère, c'est un sillon tracé d'enthousiasme, de force qu'elle transmet, c'est au-delà du non-dit, au-delà de l'apparente banalité du quotidien, une parole pétrie dans la chair de l'histoire d'une famille qui subsiste.

Qu'est-ce que transmettre, sinon donner, abandonner dans le prolongement du premier cri, sans attente aucune d'une gratification quelconque. Transmettre, c'est mettre dans la vie la vie, ce dont nous ne sommes qu'un instant dépositaire. Transmettre, n'est-ce pas à notre insu, faire parler au-delà de nous ?

Michèle Laburthe-Tolra



Transmettre ou retransmettre, tout d'abord. On transmet ce qu'on a découvert. On retransmet ce que l'on a soi-même reçu. Mais, du point de vue du receveur, les opérations sont les mêmes. Or le goût de la transmission se perd.

Il se perd, tout d'abord, dans les structures proprement éducatives. Pendant plusieurs générations « l'école de la République » a transmis à d'innombrables petits français un bagage, restreint, mais solide, qui les a accompagnés tout au long de leur vie. Cet énorme effort des « maîtres d'école » est aujourd'hui largement compromis, sinon fondamentalement freiné. Au nom de notions pédagogiques nouvelles, on veut substituer à l'école lieu d'enseignement un simple centre où développer la créativité de l'élève. La créativité compte avant tout, fût-ce au prix de l'anarchie intellectuelle. Le résultat risque d'enregistrer la création d'innombrables têtes « mal faites », alors qu'on s'efforçait précédemment d'obtenir un maximum de têtes « bien pleines ».

Un autre obstacle au goût de la transmission résulte des conditions de notre vie actuelle, et résulte de la liberté de pensée elle-même. Toute opinion, sur n'importe quel question, étant a priori également défendable, autant que l'opinion adverse, chacun se bride et contrôle l'expression de la transmission de ses idées, de peur d'encourir le reproche suprême de prosélytisme. Le temps où, dans les jardins publics, des prédicateurs haranguaient les foules juchées sur des caisses à savon, est complètement révolu et oublié. Aujourd'hui, chacun s'efforce d'être neutre, sur n'importe quel sujet. C'est l'indice d'une société très vieillie.

On mesure parfaitement l'impact de ce comportement chez les patients en analyse. Un psychanalyste reçoit des centaines de patients et les satisfait presque tous. Mais combien, la cure terminée et le résultat psychologique acquis, éprouvent le besoin d'en parler autour d'eux, et de retransmettre ce qu'ils ont cru comprendre de la méthode employée à leur égard ? Et combien s'enfuient, disparaissent complètement comme si cette fuite et ce silence étaient nécessaires à la consolidation de leur santé mentale ? La proportion des « témoins » par rapport aux « fuyards » est de un à dix.

Et pourtant il fait bon transmettre ; transmettre un savoir-faire, un enseignement philosophique, une idéologie politique, une méthode de soins, voire une recette de cuisine.

Car, dans la transmission, le néophyte se réapproprie tout d'abord ce qu'il a reçu lui-même. Ceci s'accompagne d'une certaine griserie, naturelle, et d'un sentiment d'urgence de faire profiter chacun des résultats de sa propre découverte. La vie apparaît optimiste et heureuse ; seule compte la diffusion de ce que l'on a découvert. Qui n'a pas connu, ne fût-ce quelques heures, ce sentiment de plénitude d'avoir enfin trouvé ?

Plus tard viendra l'échec, car toute tentative de partage intellectuel est vouée à un ou plusieurs échecs, avant que l'idée ne s'incarne et que la méthode de transmission ne s'affine. Si le transmetteur persiste (et c'est ce que nous avons fait à SOS Psychologue), il découvre un jour au bout d'un long temps d'effort, qu'il est devenu au fil de ce temps un spécialiste, un maître apte à donner la réplique, mais non à égaler, celui dont il a reçu ce qu'il a transmis.

Pour lui commence alors l'âge des réalisations. C'est ce que nous souhaitons à chacun dans son domaine, sans trop d'illusions.

Georges de Maleville



Il y a dans l'acte de transmettre, comme un relent de désir d'immortalité. En passant mes connaissances, je me bâtis souvent, de mon vivant, une statue dont je compte bien que les bénéficiaires de mon don viendront l'encenser et l'orner de fleurs à chaque anniversaire me concernant, mon centenaire, peut-être… voire mon bicentenaire, si j'ai bien réussi mon coup… Et, qui sait ! Pourquoi pas davantage ! Je te donne cette bague, afin que tu penses à moi, après ma mort, chaque fois que tu la mettras à ton doigt. Etant bien sous-entendu, que je compte revenir ainsi, chaque fois, à la vie par la force de ta pensée. J'ai transmis la vie à mes enfants, ils me doivent bien de me la rendre d'une façon ou d'une autre !

« Vanité des vanités ! Tout est vanité et poursuite du vent ! » dit pourtant l'Ecclésiaste…

Il y a dans l'acte de transmettre, un peu la même ambiguïté que l'on trouvait dans le bénévolat, à la fois des points de vue égoïstes, tels ceux que je viens d'esquisser mais aussi des actes désintéressés. Outre le besoin d'immortalité, je peux vouloir transmettre mes connaissances, mes découvertes et mon expérience, pour en aider d'autres à ne pas tomber dans les pièges qui m'ont fait chuter si souvent, pour ne pas garder pour moi dans ma tombe, toute la science que j'ai acquise, accumulée ou améliorée.

Car il y a aussi cette attitude particulièrement égoïste, celle de l'avare qui veut être enterré avec son trésor, de crainte que d'autre puissent en profiter : « Après moi le déluge ! » narguait Louis XV. Mais sans doute savait-il que, quoiqu'il dise, quoiqu'il fasse, sa notoriété passerait les siècles sans encombres.

Comme pour le bénévolat, la transmission est généralement, ce mélange confus de don à soi et de don aux autres, d'égoïsme et de désintéressement.

Il m'a paru important, il y a deux ou trois ans, d'écrire, à l'intention de mes enfants, une sorte de testament dans lequel je racontais quelques-unes de mes aventures, de mes démêlés avec l'inconscient et de la découverte des secrets de famille qui s'y étaient engrammés à mon insu et avaient compliqué mon existence. Ces secrets que ma mère avait jalousement gardés par-devers elle, pensant qu'ils risquaient de me porter tort, c'est leur méconnaissance qui m'avait au contraire, fait du mal et il me paraissait important que j'en fasse disparaître, autant que faire se peut, les traces qui pourraient encore imprégner mes descendants. Il me paraissait aussi essentiel que je les aide à se rattacher à leurs racines en leur faisant sentir l'importance de la lignée qui m'avait engendré et contribué pour une moitié à la leur. Mais pouvais-je vraiment leur transmettre mon expérience ?

Contrairement au savoir, je ne sais pas si l'expérience peut se transmettre. Vraisemblablement pas ! L'expérience doit s'acquérir, elle ne s'apprend pas. Toujours, l'expérience des autres peut-elle du moins, servir de garde-fou, face à l'obstacle. Mais le « Je te l'avais bien dit ! » et le « Ah ! Si je t'avais écouté… » arrivent toujours après la bataille, alors que celle-ci est déjà perdue. Cependant, l'acquisition de la connaissance peut aider l'expérience à se former. Ainsi, mes enfants connaîtront ces secrets de famille que je pense encore dangereux pour eux, mais c'est par eux-mêmes qu'ils devront apprendre à s'en défendre ! Sans mon aide, car mon expérience, dans ce domaine ne leur est, à l'évidence que de piètre utilité.

Toutes les voies d'initiation ésotérique, notamment celles que l'on rencontre dans le Bouddhisme et l'Hindouisme, insistent sur la nécessité de la transmission directe de maître unique à disciple, à l'exclusion de toute autre forme d'acquisition de la « Connaissance. » Toute tentative hors de cette voie royale, n'étant que de l'orgueil, à l'instar de Prométhée voulant dérober le feu aux Dieux.

Si elle est répandue et populaire dans le monde asiatique, cette forme de transmission est loin d'être inconnue dans l'occident chrétien monastique ou dans l'Islam soufi, avec la même clause d'obéissance absolue du disciple envers le maître. On en retrouve encore des traces dans l'acquisition par l'apprenti du tour de main de l'artisan. Et peut-être même aussi, dans la formation du psychanalyste ! Elle est souvent copiée avec les dangers que cela implique, par les « gourous » de toutes les formes de sectes marginales qui se cherchent ainsi quelques titres de noblesse alors qu'ils ne visent généralement qu'à la manipulation psychologique de leurs adeptes.

Pour illustrer la différence entre transmission du savoir et acquisition de l'expérience, quoi de plus parlant que ce vieil adage du yogi : « Je te donne le seau, je te donne la corde, je te montre le puits, mais c'est à toi de puiser l'eau ! »

Paul Ruty



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SOS Psychologue



Non, ce n'est pas ce que l'on croit. Non, il ne suffit pas d'y mettre de l'amour et de l'écoute pour que ça marche. Grande leçon de vie sur les relations que l'on ne choisit pas, mais que la vie nous impose.

L'image de la belle-mère marâtre n'est pas si loin. Avant de l'être moi-même, je l'imaginais comme dans Jeanne Eyre, en noir, malfaisante, le visage sec et ridé. La cruelle ou méchante femme des contes faite de vice et de perversion.

Et puis, j'ai compris…

Quand le quotidien devient combat de chaque instant, quand la guerre des nerfs se joue sur un même territoire, quand l'enfant n'a de cesse que de prendre le pouvoir, d'éliminer le conjoint, de le nier, le rendre transparent ou le vivre comme quantité négligeable, le pas n'est pas loin de la maltraitance, de la violence, de l'humiliation et de tout ce qui est méprisable. Comment exister à coté, construire un couple, vivre et partager dans la confiance, la tendresse, le respect, les projets. Qui résiste à cette déferlante, ce tsunami des temps modernes.

Qu'y a t il derrière tout cela ? Des ex-conjoints en regrets ou remords ? Des conjoints culpabilisant face à leurs enfants ? L'incapacité d'un enfant à s'autoriser d'accepter le nouvel amour de son parent, qui réinvente sa vie sans l'autre parent, voire l'abandonne dans l'esprit de l'enfant ? Pire que tout, se permet de renvoyer une image de bonheur ? Le reconnaître serait trahir, nier le couple parental précédent ? L'enfant n'ayant pas fait le deuil de ses parents reste campé dans ce passé révolu mais non résolu. Vous pensez qu'en entrant dans leur vie, ils vous regarderont avec des yeux neufs et vous prendront telle que vous êtes. Erreur…La belle-mère incarnant l'image même de l'échec du couple de leur parent, n'a aucune issue pour être regardée autrement qu'avec cette projection du passé. Pourtant celui-ci ne lui appartient pas même si on lui colle à la peau quelque chose qu'elle ne peut pas comprendre… Le malentendu s'amorce ... Et là, la guerre commence… Elle peut prendre toutes les formes, comme toute guerre :

– frappe chirurgicale avec des attaques bien ciblées (si vous manquez de confiance en vous, que vous êtes jolie et blonde, on va dire que les blondes sont bêtes…ou vous allez apprendre indirectement que vous êtes considérés comme « bête » par tous les enfants et peut-être plus (l'ex ne manquant probablement pas l'alimenter cela)…

– frappe lourde à coup de massue avec discours violent, cruel et agressif ;

– envahissement et prise de pouvoir en occupant tout le terrain et ne laissant personne parler (ces repas où l'on ne vous laisse pas parler) ;

– frappe sournoise et malsaine avec des moqueries et des rires humiliant ;

– frappe au chantage affectif pour amadouer le père et tenter de semer le trouble dans sa tête.

Depuis que vous êtes adulte, on ne vous avait jamais traité ainsi. Cela vous rappelle de manière nébuleuse cette conquête du père avec vos frères et sœurs. Ce fameux complexe d'Œdipe. C'est pourquoi depuis que vous partagez la vie de votre conjoint et de ses enfants, vous étiez bien resté à votre place d'adulte les laissant dans leur place d'enfant pour éviter toute confusion. Et justement, vous aviez fait des efforts pour comprendre, aider, écouter l'enfant même si cela ne vous était pas toujours facile. Vous aviez eu des discussions précieuses avec chacun d'entre eux. Mais là c'est fini, la coupe est pleine. Après avoir pris conseil auprès de différentes personnes digne de confiance, riche d'expériences, de sagesse et de discernement, après avoir été rassurée sur vous-mêmes (qualités, compétences, intelligence) ainsi que sur vos agissements, vous comprenez qu'ils se montrent justement « bêtes et méchants » parce qu'ils n'ont rien à reprocher, vous plantez un nouveau décor fait de rideaux baissés et… vous ne donnez plus. C'est fini… Qu'adviendra-t-il après, vous ne le savez pas. Toutes tentatives du conjoint de vous rapprocher de ces enfants vous inspirent du dégoût, de la nausée même. Et vous prenez conscience que cela fait longtemps que l'on vous a piétiné. Les limites nécessaires n'ont pas été respectées. La page est tournée. Ce sera aux enfants de revenir vers vous et de vous montrer patte blanche. Pour le moment, vous n'êtes pas prête. C'est allé trop loin pour que les séquelles ne marquent pas une cassure dont vous ne savez pas si elle est irrémédiable ou pas. Seul le temps le dira.

Certes, cela ne se passe pas toujours comme cela. On peut comme avec ses propres enfants affronter ensemble les crises et évoluer ensemble. Alors, c'est un fantastique accélérateur de vie : outre les parents que l'on écoute, une tierce personne dans un rôle parental vous apporte une autre vision, un autre point de vue. De quoi se forger une personnalité encore plus riche et faire preuve de discernement pour grandir et faire ses choix de vie. J'ai aussi connu ce cas de figure et je dois dire qu'il est rassurant et reposant pour tout le monde. Il montre en effet que quand il y a respect et dialogue, le bonheur peut encore être dans le pré même s'il y a eu souffrance et qu'en aucun cas, vous n'avez à vous remettre en question. Votre conjoint comprend aussi que votre attitude de rejet ne tient pas au fait que ce sont ses enfants mais à leurs comportements respectifs. En belle-mère, on comprend aussi la souffrance d'un père déçu par ses enfants, on n'est pas seule à souffrir et le couple étonnement sort renforcé de cette épreuve affrontée ensemble et qui finalement a été dans le sens inverse des désirs des enfants : avoir aidé à renforcer cet amour en bonne intelligence, malgré cette mise à mort et grâce à une solidarité et une complicité partagée.

Agnès de Viaris



Pourquoi éprouver des difficultés à rédiger un texte sur le bénévolat ? Il peut y avoir une certaine pudeur, une complexité à se mettre en avant en parlant de soi et de son lien avec le bénévolat.

Pourtant personne n'a à être jugé sur sa manière de donner, écouter, partager, voire conseiller. Chez chaque membre de l'association, je ressens intimement ce souci de l'autre.

Et c'est peut-être là que commence une autre forme de bénévolat, de don de soi.

Le sacrifice peut être dévorant et créer un déséquilibre dans la demande avec une balance dans la dépendance. Attention au prix à payer de gestes pas si gratuits que cela.

Le rayonnement d'un sourire, d'un partage, d'une écoute, d'un conseil au bon moment, au bon endroit peut être le meilleur miroir pour aider l'autre dans sa propre construction. Dans sa réalité, chacun est son propre juge de ce qui est pour lui le bon endroit et le bon moment.

Pour ma part, depuis toute petite, j'ai compris que mes parents m'aimaient mais qu'ils étaient pleins de contradictions et de maladresses qui auraient pu me faire douter. Forte de cette certitude, quand je ne comprenais pas, je me disais qu'ils avaient leur raison et j'essayais de remonter le fil, le cheminement de leur pensée, celui qui expliquait des agissements à mes yeux inattendus ou douloureux. C'était souvent simple à traduire et c'est ainsi que je me suis aperçue que le cœur était quasiment toujours au centre du débat. C'était donc bien cela l'essentiel.

Bien plus tard, après avoir senti le souffle de la mort trop près de moi et grâce à mes études de psychologie ainsi que mon analyse personnelle, cette tendance s'est confirmée en moi, plaçant l'essentiel sur les priorités de la vie, la capacité à s'adapter, à rebondir, à suivre le mouvement de l'évolution de la vie.

J'ai compris que l'on ne peut rester figée, que les oreilles doivent être toujours à l'écoute car la misère ou la détresse sont parfois si proche de soi, juste à coté et nécessitent une immédiateté, un investissement, une disponibilité en répondant par des sentiments d'amour et de tendresse.

On n'est pas tous bénévole de la même façon, au même moment, mais la vie nous offre chaque jour une palette d'occasions, de gestes, même les plus anodins, allant dans ce sens.

Je pense que l'acte d'aimer est une chance à qui sait donner mais aussi recevoir. Cette chance peut s'approcher du bénévolat et n'est pas donné à tout le monde. Car pour cela, il faut donner librement avec une ouverture absolue, un don de soi, sans attendre en retour, ou plutôt sans savoir si l'on recevra en retour. Car paradoxalement on reçoit plus quand on n'attend rien en retour. Savoir aimer n'est donc pas si simple, heureux ceux qui savent et qui peuvent donc aider les autres à apprendre à s'aimer et aimer tout simplement.

Je connais un couple, l'un est psychiatre, l'autre médecin en service de réanimation et tous les deux se disent incapables d'exercer le métier de l'autre ; ils ressentent l'un pour l'autre un profond respect. Chacun apporte aux autres, chacun dans son style. Mais les deux sont nécessaires et complémentaires : l'important, c'est bien d'être là, dans ce qui nous correspond et nous définit le mieux.

Pour ma part, je suis devenue psychologue avec cette vocation d'aider les personnes notamment à mieux se comprendre pour alléger voire libérer leurs souffrances. Je sais qu'enfant, j'ai souvent eu besoin de cette bienveillance rassurante pour parer à mes tourments intimes. Aujourd'hui, chaque fois que je peux être cette personne qui a le geste qui soulage j'ai ce bénéfice secondaire de me sentir dans la propre logique de mon histoire, comme si c'était ma mission sur terre. C'est grâce à l'amour que j'ai reçu de mes parents, finalement, grâce à ce q'ils m'ont transmis, que j'ai construit ma vie autour de ce choix d'aider, partager, échanger, écouter et aimer. Oui, j'ai tenté auprès de personnes en difficultés d'« apporter du mieux-être » autant dans ma vie professionnelle que personnelle mais le plus étonnant c'est ce que j'ai reçu. D'une certaine façon, cela m'apportait de la joie et du bien-être. Mais dans le cadre d'un don de soi, le plaisir n'en est que plus intense puisqu'on n'attend rien en retour. La vie ne peut que s'enrichir et l'on continue à rendre à l'autre une partie de ce rayonnement. La boucle est bouclée et surtout elle tourne autour de l'essentiel : l'acte d'amour.

L'expérience et la maturité nous renforcent un peu plus chaque jour pour transmettre avec force, le fruit de ce long chemin d'apprentissage de chacun.

Nos enfants n'existent qu'au travers de cet apport éducatif et ce n'est qu'avec leur propre route qu'ils l'enrichiront grâce à ce ferment, pour aller plus loin dans un monde qui s'inscrit dans un avenir hors de notre portée. C'est notre plus belle aventure humaine que de donner, transmettre notre message de vie pour l'enfant afin qu'il choisisse de poursuivre, plus loin pour aller vers demain et créer à partir de notre expérience, notre histoire, notre cheminement, son histoire aussi proche ou différente de ce que nous avons transmis, c'est leur choix et leur liberté.

C'est peut être cela l'origine du bénévolat.

Bénévolat, transmission, peu importe, chacun sa définition, chacun son chemin. De mon point de vue, c'est dans la confiance que l'on se construit autour de ce même thème décliné en trois axes indissociables : l'amour des autres, l'amour de soi, l'amour de la vie. Une trinité qui ne fait qu'un, nous déplaçant de l'un a l'autre tout au long de notre vie, mettant tantôt l'accent sur l'un puis sur l'autre, dans un mouvement perpétuel dans le temps et l'espace vers une construction qui a son sens.

Agnès de Viaris