| NUMÉRO 198 | REVUE SEMESTRIELLE | juin 2026 |
| Auteur | Titre de l'article | Título del artículo |
| Equipe de SOS Psychologue | Editorial | Editorial |
| Pioton-Cimetti, E. Graciela | La violence sociale selon Jung | La violencia social según Jung |
| Essence et structure de la psyché | Esencia y estructura de la psiquis | |
| Bernard, Hervé | La violence | |
| Delagneau, Philippe | La violence | |
| de Pierrefeu, Jacqueline | La violence au Honduras | |
| Kouadio, Ama | Hommage à Graciela | |
| Noir, Marie-Christine | Propos sur la violence | |
| Thomas, Claudine | La violence | |
| Equipe de SOS Psychologue | Séance d'analyse de rêves de janvier 2026 |
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Ce numéro comprend 4 rubriques principales :
La « violence » est le second thème, non choisi par E. Graciela Pioton-Cimetti de Maleville, présidente de SOS Psychologue. Elle nous a malheureusement quitté le 31 janvier 2023, mais souhaitait que son œuvre, notamment au travers de l’association, continue : faire connaître au plus grand nombre la psychologie, ce qu’elle peut apporter pour une meilleure compréhension de soi-même ou comme soutien psychologique, et la psychologie analytique de Jung. Pour Freud, l’inconscient est une notion fondamentale de la psychanalyse, Jung en a étendu son domaine pour aboutir à un inconscient partagé par tout le vivant et peut-être la nature en général : « L’inconscient collectif » Pour illustrer le thème de Jung, l’équipe de SOS Psychologue a choisi un écrit de Graciela extrait de son ouvrage « Aspects psychosociaux de C. G. Jung », où elle expose la structure de la psyché.
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Extrait d’« Aspects psychosociaux de C. G. Jung », chapitre « Dynamique de la psyché ».
V. - Formation de symboles Dans le glossaire de l'Introduction à la Psychologie de Jung, Frieda Fordham dit que le symbole est l'expression de quelque chose de relativement mal connu qui ne peut pas se transmettre d'autre façon. Jung, dans son livre Énergie psychique et essence du rêve, explique que : « Le symbole est une machine psychologique. Ce que l'homme primitif arrache en premier à l'énergie instinctive par la formation d'analogies est la magie. Une cérémonie magique possède ce caractère, quand elle n'est pas conduite à son terme, jusqu'au rendement effectif d'un travail, mais quand elle s'arrête dans la phase d'attente. Dans un tel cas, l'énergie est dérivée vers un nouvel objet en créant un nouveau dynamisme. Elle conserve seulement son caractère magique, pendant qu'elle ne produit pas un travail effectif. L'avantage obtenu avec la cérémonie magique réside en ce que l'objet qui achève de s'investir acquiert une efficacité potentielle en relation avec le psychisme. Sa nouvelle valeur lui confère un caractère déterminant et créateur de représentations, afin d'attirer et d'occuper, de manière plus ou moins permanente, l'esprit. » L'énergie naturelle est, dans sa majeure partie, perdue et seulement une petite partie est pratiquement utilisable. L'énergie libidinale non captée maintient le rythme des processus vitaux. Le gradient de température symbolise la différence thermique entre deux stades distincts et dans le psychisme il arrive que – le symbole possédant une expression plus forte que la nature – la libido soit convertible sous des formes distinctes. Ensuite, l'excès naturel d'énergie est susceptible d'être dérivé vers des produits utiles, à travers le symbole transformateur. « Ce que nous appelons symbole est un terme, un nom ou une description qui ne peuvent être connus dans la vie quotidienne, bien qu'ils possèdent des connotations spécifiques en plus de leur signification courante et évidente. Ils représentent quelque chose de vague, de mal connu et d'occulte pour nous. Beaucoup de monuments crétois, par exemple, sont marqués par le dessin de la double herminette. C'est un objet que nous connaissons, mais nous méconnaissons ses projections symboliques… Ainsi un mot ou une image sont symboliques quand ils représentent quelque chose de plus que leur signification immédiate ou évidente. Ils possèdent un aspect inconscient plus ample qui n'est jamais défini avec précision ou complètement expliqué. On ne peut même pas espérer le définir ou l'expliquer. Quand l'esprit explore le symbole, il tend à l'imaginer comme au-delà de la portée de la raison. La roue peut conduire nos pensées vers le concept d'un soleil divin, mais, à ce point-là, la raison doit admettre son incompétence : l'homme est incapable de définir un être divin. De même qu'il y a des choses innombrables se situant au-delà de l'entendement humain, nous utilisons constamment des termes symboliques pour représenter des concepts que nous ne pouvons pas définir ou même comprendre. C'est une des raisons pour lesquelles toutes les religions emploient un langage symbolique ou des images. Mais cette utilisation consciente des symboles est seulement un aspect d'un fait psychologique de grande importance : l'homme produit des symboles inconsciemment et spontanément sous forme de rêves. » « Néanmoins, il y a beaucoup de symboles, et parmi eux les plus importants ne sont pas individuels, mais collectifs dans leur nature et dans leur origine. Ce sont principalement des images religieuses. Le croyant admet qu'elles sont d'origine divine, mais qu'elles ont été révélées à l'homme. Le sceptique dit abruptement qu'elles ont été inventées. Tous deux ont tort. Il est certain, comme le dit le sceptique, que les symboles et les concepts religieux furent durant des siècles l'objet d'une élaboration soignée et pleinement consciente. Il est aussi certain, comme cela l'est pour le croyant, que leur origine est tellement enfouie dans le mystère du passé révolu qu'ils ne semblent pas avoir une source humaine. » Pour l'esprit scientifique, des phénomènes tels que les idées symboliques sont une cause d'embarras, parce qu'ils ne peuvent pas se formuler à satisfaire l'intellect ou la logique. Mais, d'une certaine manière, ils sont l'unique cas de ce type en psychologie. L'incommodité commence avec le phénomène de l' « affection » ou émotion qui échappe à toutes les tentatives du psychologue pour l'enfermer dans une définition. La raison de cette difficulté est la même dans les deux cas : l'intervention de l'inconscient. « Je connais assez le point de vue scientifique pour comprendre qu'il est des plus malaisés de devoir manier des phénomènes qui ne peuvent pas être embrassés sous forme complète ou adéquate. L'ennuyeux, avec ces phénomènes, est que les faits sont impossibles à nier et cependant, ils ne peuvent pas se formuler en termes intellectuels. » Quand le psychologue s'intéresse aux symboles, il s'occupe d'abord des symboles « naturels » en les distinguant des « culturels ». Les symboles culturels sont ceux qui ont été employés, et qui s'emploient encore dans beaucoup de religions, pour exprimer les « vérités éternelles ». Ils sont passés par beaucoup de transformations et même par un processus de développement conscient plus ou moins important. De cette manière, ces symboles se sont convertis en images collectives acceptées par les sociétés civilisées. Là où ils sont réprimés ou dédaignés, leur énergie spécifique est submergée dans l'inconscient avec des conséquences imprévisibles. L'énergie psychique qui paraît ainsi perdue sert, en fait, à revivre et à intensifier des tendances qui culminent dans l'inconscient et qui n'ont souvent jamais eu l'occasion de s'exprimer jusque-là et auxquelles on n'a pas permis une existence indépendante des inhibitions de notre conscience. Le phénomène de la violence sociale collective systématique auquel nous assistons actuellement pourrait s'expliquer selon la psychologie de Jung de la manière suivante : des symboles collectifs de grande valeur – Dieu, la Patrie, le Foyer, la Famille – ont disparu depuis trente ou quarante ans de la conscience de beaucoup de personnes. Selon Jung, cela signifie qu'ils sont submergés dans l'inconscient où ils se chargent de l'énergie libidinale qui est le résidu de processus psychiques conscients. Entrent alors en jeu des éléments de l'inconscient collectif qui n'avaient pas encore l'énergie suffisante pour se manifester au grand jour. Ils ne sont pas structurés, à cause de leur archaïsme, d'où leur grand potentiel de violence. Cela détermine des émergences sociales qui remplacent les éléments submergés de l'inconscient par d'autres substituts remplis de signification primitive. Comme Nietzsche l'a dit : Dieu est mort. Le symbole de Dieu a disparu de la conscience à notre époque ; c'est-à-dire qu'il a été submergé dans l'inconscient collectif. Là, il active des archétypes archaïques qui, en vertu de cette énergie psychique, acquièrent un pouvoir, mais se manifestent au revers de la vie sociale sous la forme la plus primitive de l'être humain : la violence. Ainsi l'archétype de Wotan engendra la figure Hitler, avec tout ce qu'elle implique de guerre, de violence, de persécution raciale, de sentiment de pouvoir, de promesses absurdes. Toute cette réalité se ramenait à des normes et des rites d'une liturgie primitive archaïque et d'une guerre dionysiaque dont le seul Dieu était le chef, parce qu'il réunissait le pouvoir temporel et le pouvoir émotionnel. La guérilla est l'expression la plus archaïque de l'archétype de la violence. De telles tendances forment une « ombre » permanente et potentiellement destructrice dans notre esprit conscient. Même les tendances qui, dans certaines circonstances, seraient capables d'exercer une influence bénéfique se transforment en démons quand elles sont réprimées. C'est la raison pour laquelle beaucoup de gens bien intentionnés ont peur de l'inconscient et, par la même occasion, de la psychologie. Notre époque a démontré ce que signifie ouvrir les portes de l'inframonde. Des choses dont personne n'aurait imaginé l'énormité dans l'innocence idyllique de la première décennie du XXe siècle se sont produites et ont provoqué les plus grands bouleversements. Dès lors, le monde est resté dans un état de schizophrénie. Non seulement un pays civilisé comme l'Allemagne a vomi son terrible primitivisme, mais la Russie s'est aussi laissée régir par lui, tandis que l'Afrique s'enflammait. Il n'y a pas de quoi s'étonner si l'Occident se sent si mal à l'aise. « L'homme moderne ne comprend pas jusqu'à quel point son rationalisme qui a détruit sa capacité à répondre aux idées et aux symboles numériques l'a mis à la merci de l'inframonde psychique. Il s'est libéré de la superstition – ou ainsi le croit-il –, mais, dans le même temps, il a perdu ses valeurs spirituelles jusqu'à un degré positivement dangereux. Sa tradition spirituelle et morale s'est désintégrée et il paie maintenant le prix de cette rupture en voyant désorientation et dissociation s'étendre au monde entier. » L'homme occidental, en constatant le désir agressif du pouvoir de l'Est, s'est vu forcé de développer des moyens de défense extraordinaires, tout en se défendant de sa vertu et de ses bonnes intentions. Jung disait, à propos de cette situation où l'homme occidental s'avère incapable d'une prise de conscience critique, en un moment où rien ne pouvait porter à penser à une chute possible du rideau de fer : « Ce qu'il ne parvient pas à voir, ce sont ses propres vices, qu'il a dissimulés sous couvert de bonnes manières internationales, que le monde communiste lui renvoie effrontément et méthodiquement comme dans un jeu de miroir. Ce que l'Occident a toléré, bien que secrètement et avec un léger sentiment de honte – le mensonge diplomatique, la tricherie systématique, les menaces voilées –, sort aujourd'hui en pleine lumière du monde de l'Est, comme autant de nœuds névrotiques. C'est le visage de l'ombre qui sourit avec une grimace à l'homme occidental et lui parle de son propre mal depuis l'autre côté du rideau de fer. C'est cet état de choses qui explique le sentiment particulier de désarroi de tant de gens dans les sociétés occidentales… Le monde communiste, comme nous pouvons l'observer, possède un grand mythe que nous appellerons illusion avec la vaine espérance que notre jugement supérieur le fasse disparaître. C'est le rêve archétypique, consacré par le temps d'un âge d'or – ou paradis – où tout est pourvu en abondance et où un chef grand, juste et sage gouverne le jardin d'enfance de l'humanité. Ce puissant archétype, dans sa forme infantile, s'est emparé des gens à l'Est, mais il ne disparaîtra jamais de la face du monde avec un simple regard de notre point de vue supérieur. Nous contribuons même à le maintenir avec notre propre infantilisme occidental qui est aussi saisi par cette mythologie. Inconsciemment, nous chérissons les mêmes préjugés, les mêmes espérances et les mêmes désirs. Nous croyons aussi dans l'état heureux, dans la paix universelle, dans l'égalité des hommes devant la justice, dans la vérité et – ne le disons pas à voix trop haute – dans le règne de Dieu sur la terre. » Cette formation de symboles par l'inconscient a démontré quelque chose d'inattendu : l'étroite relation qu'il entretient avec les anciens mythes. Dès lors, ceux-ci apparaissent généralement couverts par les structures culturelles, mais il n'est pas difficile de les identifier avec les aspirations éternelles de l'humanité. « Parce que les analogies entre les mythes antiques et les histoires qui apparaissent dans les rêves des patients modernes ne sont pas triviaux ou accidentels. Ils existent, parce que l'esprit inconscient de l'homme moderne conserve la capacité de créer des symboles qui, en d'autres temps, ont trouvé expression dans les croyances et les rites de l'homme primitif. Et cette capacité joue encore un rôle d'une importance psychiquement vitale. » Le lien crucial entre des mythes primitifs ou archaïques et les symboles produits par l'inconscient collectif est d'une immense importance pratique pour l'analyste. Il lui permet d'identifier et d'interpréter ces symboles dans un contexte qui leur donne une perspective historique et aussi une signification psychologique. Le mythe du héros est le mythe le plus commun et le mieux connu du monde… |
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Doctora E. Graciela Pioton-Cimetti
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La violence est un thème général et universel, que j’ai choisi par réflexion et avec l’avis du groupe d’analyse de rêves. Il m’est apparu très naturel, de toutes les époques et particulièrement d’actualité : il suffit d’observer sa recrudescence à tous les niveaux, autour de soi, dans notre quotidien, dans mon pays, la France, en Europe, dans la plupart des pays étrangers et au niveau mondial.
Certes la violence a toujours existé depuis la naissance de l’humanité, quand il s’agit de vivre et de survivre jusqu’à son histoire plus récente avec l’homme « civilisé » depuis plusieurs millénaires, c’est-à-dire quand des sociétés se sont constituées, où les conflits se réglaient selon des modalités variables et souvent éphémères, entre dialogue et diplomatie d’un côté, ou en utilisant la force jusqu’à la guerre, avec son cortège de dommages de tout ordre et de douleurs. Mais, comme dans le mouvement d’un balancier, notre époque voit la violence se développer sous bien des formes différentes, parfois nouvelles, selon de nombreuses modalités, autant au plan de l’objet, qu’il est aisé d’observer comme du factuel, qu’au plan du sujet, à l’intérieur des êtres. Il ne s’agit pas d’écrire un document complet sur la violence, qui nécessiterait une longue étude et plusieurs tomes mais de donner quelques repères sur ses formes, de se demander quel serait leur dénominateur commun et comment nous pouvons la combattre, tout au moins ne pas contribuer à son développement, si possible la réguler. En clair il s’agit de prendre de la hauteur et augmenter son niveau de conscience sur cette thématique. Voici mes propres réflexions et questionnements sur ce thème de la violence. Il est toujours utile par commencer par en donner une définition, même si celle-ci sera imparfaite et que chacun peut en donner une autre, parfaitement valable. Ce n’est certes pas facile, car il en existe plusieurs, c’est pourquoi j’en choisis une la plus générale possible : « Caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec une force intense, brutale et souvent destructrice ». Il n’est pas inutile de rappeler que notre monde est naturellement violent :
Intéressonsnous plus à la violence de l’homme, qui nous concerne plus directement, même si l’observation de la violence dans la nature et chez les animaux peut nous apprendre beaucoup sur nous-mêmes. Freud a développé les notions de pulsions de vie et pulsions de mort dans sa dernière théorie des pulsions pour mieux comprendre les processus dynamiques inconscients, notamment les conflits in-trapsychiques, qui peuvent bien sûr déborder à l’extérieur. Cette théorie permet d’expliquer une certaine de la violence chez l’homme qui peut l’amener à se détruire à l’intérieur ou à détruire l’autre. J’entends destruction dans un sens large, comme toute action, inconsciente ou non, visant atteinte à une certaine intégrité, psychologique, physique, à perturber un équilibre dans son être intérieur et dans son rapport avec les autres. Comment aborder le thème de la violence ? Je pense que chacun peut le traiter de nombreuses manières très différentes :
Quel serait le dénominateur commun de tous ces récits et analyses de la violence ? La violence estelle inéluctable ? Peut-on hiérarchiser les types de violence jusqu’à en définir une bonne violence et une mauvaise violence ? Que de questions suggère le thème de la violence ! Pour ma part, le thème de la violence est fondamental, car il est au cœur des conflits qui nous agitent. Dans notre société civilisée, la violence devient un moyen de communication comme un autre, car il est malheureusement banalisé et surtout donné en exemples par ceux qui gouvernent notre vie :
Toutes ces violences interperson-nelles attaquent nos résistances intra personnelles à la violence et alimentent le recours à la violence, quelle qu’elle soit, d’abord chez les plus faibles psychiquement, ceux dont la morale est à géométrie variable, et également ceux pris par l’enchaînement des difficultés de la vie. La violence devient comme un virus dont la circulation est amplifiée par la mondialisation des moyens de communication, le développement des réseaux sociaux, la dégradation des valeurs humaines, l’expansion des mouvements migratoires qui finissent par déborder les capacités d’intégration ou simplement de « vivre ensemble ». Il y a bien des contrepouvoirs individuels, groupaux, institutionnels…, au départ des individualités qui tentent de lutter contre la violence, en dénonçant ceux qui détiennent le pouvoir sans respect de l’autre, en cherchant à fédérer les énergies et en proposant des organisations et des modes de vie différents. Mais souvent le combat est inégal et nécessite persévérance et conviction. Chacun à son niveau peut lutter contre la violence pour une société plus juste et plus humaine. La violence est latente en chacun de nous, elle remonte souvent à la conscience de manière inconsciente, stéréotypée, comme un trop plein d’énergie négative. Il faut beaucoup d’attention, d’instrospection, de conscience, de discipline, d’un minimum de valeurs morals et de volonté, pour la reconnaître et la combattre, quand nous cédons à la violence, souvent malgré nous. La bataille contre la violence qu’elle soit interne ou externe, doit avoir comme boussole le respect de l’autre, de son espace vital, de son intégrité physique et psychique. Cela demande un travail quotidien, car souvent elle est invisible et nous sommes souvent sourds et aveugles. Le bouddhisme, par exemple, en a fait une philosophie, qui peut servir d’exemple, car rien de grand et de bon ne peut se faire avec la violence, dans la violence ! A mon niveau, j’ai toujours mis en avant l’élévation du niveau de conscience, le respect des valeurs morales et humaines fondamentales, la communication entre individus et le développement du lien social, sous toutes ses formes. |
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Hervé Bernard
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Confronté à cette réalité rendue évidente par mes observations et mes propres manifestations, il m’a fallu beaucoup de temps et d’années, de questionnements et de réponses satisfaisantes ou non pour arriver aujourd’hui à une certaine compréhension. A celle-ci, attachée à des « valeurs supérieures » ou dites « supérieures », s’imposait bientôt à mon être une autre réalité tout aussi évidente que je nommerai l’harmonie, l’équilibre.
Cela me rappelle une sentence Arménienne extraite d’un ouvrage : « Un bâton a toujours deux bouts ». Certaines forces sont engagées, des forces qui s’opposent et qui créent pourtant en leur point de rencontre un équilibre, une harmonie. Je me souviens de ce point si particulier que je m’exerçais à trouver durant ma jeune enfance. Je prenais un bâton et j’essayais de trouver le point d’équilibre en le posant sur mon index. Je me rappelle ma concentration, mes efforts et ma joie intérieure d’obtenir ce résultat pas toujours évident. Il m’est tout naturellement apparu bien plus tard, d’autres interrogations relatives cette fois-ci à la violence cosmique et à l’existence présumée d’un Amour divin évoqué dans les principales religions monothéistes. * * * Que venait faire cette violence objective, ces destructions au sein de la Création que l’on dit divine ? Et cet Amour divin, qu’en est-il exactement ? Toutes ces réflexions m’amenèrent à construire peu à peu une vérité que je définie comme telle parce qu’elle me convient mieux. Il m’a fallu sacrifier bien des croyances, bien d’autres vérités, étrangement, sans qu’il me vienne à remette en cause l’existence d’une réalité qui nous transcende, qui nous élève, enfin d’une Conscience que nous n’imaginons même pas dans le déni de nous-même, une conscience pourtant concevable intellectuellement, perceptible dans ma sensibilité et matérialité.
* * * Je vais exposer ici une certaine compréhension en commençant par la pensée que Monsieur De Maleville, pressentant son départ, écrivit à sa femme Graciela : « Aie confiance. Tu n’es jamais seule. La vie est une aventure merveilleuse. C’est un exil, c’est vrai. Mais il nous est demandé de témoigner de la présence permanente du divin en nous dans cette « vallée de larmes » même, c’est le sens de la vie terrestre ». * * * « Quelle est le sens de la vie terrestre dans cette vallée de larmes » où la création se confronte à la destruction, la vie à la mort, l’amour à la haine, la conscience à la non conscience) ? Une approche psychologique et ésotérique, dans le domaine de la subjectivité, propriété propre au vivant, envisage que la non-conscience pour l’homme revient à évoquer un sommeil psychologique ou d’automatisme, un sommeil hypnotique ou l’homme disparait littéralement, soumis et identifié à ses fonctions intellectuelles et émotionnelles. L'homme agirait donc la plupart du temps mécaniquement, la colère, la haine, la jalousie, la domination, le ressentiment seraient automatiques, engendrant différentes formes de violence qui ne seraient que le produit, le résultat, de l'identification et de l'absence de conscience de soi. Dans ses relations, l’homme serait fortement identifié à ses opinions, à l’image de lui-même, à ses désirs, à ses émotions, à ses propres projections, à ses besoins, à ses blessures, protégé par un égo surdimensionné devenu accidentellement le maître d’une machinerie, un usurpateur ne supportant pas la contradiction et qui ne connait qu’une seule chose « le combat âprement justifié ». * * * Toutes ces réactions constitueraient déjà une forme de violence, même lorsqu'elles ne prennent pas la forme d'une agression physique. Car cette mécanique produirait à son tour inévitablement et à l'échelle planétaire, des conflits et des guerres sans fin qui ne pourraient être stoppées que par une transformation intérieure de l'être humain. La racine de la violence guerrière se trouverait donc d'abord dans la structure psychologique de l'homme, elle reflèterait la guerre intérieure que l’homme se livre à lui-même pour éviter de « souffrir », éviter d’éprouver des remords de conscience, et continuer à dormir. * * * Alors, qu’en estil de la violence cosmogonique, de cette violence inscrite dans la structure même du cosmos, qu’en est-il de la place de l’Amour divin dans Sa Création ? Un enseignement ésotérique nous dit que l'univers ne serait pas fondé sur l'harmonie au sens sentimental du terme. Le cosmos est traversé par des forces opposées et des ten-sions permanentes. Si je reprends mon initiation dans ma toute première jeunesse, les extrémités du bâton représentent symboliquement deux forces en présence, la troisième étant représentée par mon index situé au point d’équilibre. Ces trois forces fondamentales sont aussi représentées dans les religions monothéistes, dans l’architecture des églises chrétiennes, le signe de croix dans le christianisme, le Père, le Fils et le Saint Esprit (ou le Verbe), cette dernière force représentant la Conscience. La Création, sa grande Nature, impliquerait donc une forme de conflit, de résistance ou de friction, ou sans opposition, rien ne pourrait apparaître ni se transformer. Le développement qu'il soit cosmique ou humain, ne peut donc être linéaire ni paisible. Dans cette perspective, la « violence cosmogonique » ne renvoie pas à une violence morale (cruauté, malveillance), mais à une tension inhérente à la Création qui exigerait sacrifice, transformation et lutte entre des forces contraires. Pour l’homme par exemple, un chemin de conscientisation consisterait à détruire les illusions sur lui-même, à renoncer à l'orgueil et aux identifications, à choisir les influences et les habitudes favorables à un développement intérieur. Cette violence ne serait donc pas une violence destructrice exercée contre soi-même ou autrui, mais une action transformatrice d’un égo mécanique. * * * De même, l'Amour divin ne devrait pas être considéré du point de vue du sentiment, il ne serait pas une affection protectrice qui éviterait à l’homme toute épreuve. A l’image du cosmos structuré par des lois exigeantes, la croissance intérieure de l’homme passerait par l'effort et la confrontation à soi-même. Ainsi, ce qui est vécu dans son quotidien comme une violence pourrait devenir une occasion d'éveil si l’homme l'utilisait pour se connaître lui-même, plutôt que d’être dans une réaction mécanique qui, soit dit en passant, génère une autre souffrance, inutile pour sa croissance intérieure et consommatrice en énergie. * * * Il serait proposé à l’homme de participer consciemment à l'ordre cosmique par « l'effort volontaire » et le « rappel de soi ». L’Amour divin se manifesterait alors comme une force de compréhension, de présence et de soutien, il ne pourrait apparaître en l’homme que dans la mesure où il deviendrait plus conscient de lui-même en se libérant des réactions mécaniques de l'ego qui s'accompagnent toujours d'une compréhension réelle de soi et de l'autre. En synthèse, la véritable violence serait le sommeil psychologique de l'être qu’il exerce inconsciemment sur lui-même en vivant mécaniquement, qu’il exerce inconsciemment sur les autres par ses émotions et ses pensées négatives, son égoïsme et ses identifications, qu’il exerce inconsciemment sur le monde en restant séparé de l'ordre cosmique. Quant à l’Amour divin, il agirait dans « cette vallée de larmes » comme une Force qui cherche à réveiller l’homme endormi afin de lui redonner la place qu’il devrait occuper dans l’échelle de la Création. * * * Je pense à la position de Bouddha qui adossé à son arbre atteint le Nirvana, c’est-à-dire la plénitude absolue pour un être terrestre, la paix, l’harmonie indescriptible d’un être enfin unifié, l’harmonie d’un équilibre parfait où se perçoit enfin physiquement dans toutes ses densités l’Amour divin. Où est la sentimentalité dans cette réalité physique, objective, d’une densité extrêmement subtile ? Je pense aussi tout particulièrement au Christ qui s’est volontairement et consciemment sacrifié afin de délivrer un témoignage éveillé aux hommes. Reconnaissons et remercions ceux par qui l’éveil est possible, merci Jacques, merci Georges, merci Graciela, sans qui, rien de ce que j’ai écrit n’aurait été abordé ni peutêtre compris.
Fait à Chessy, le 29 juin 2026
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Philippe Delagneau
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Avec l’aide de CHAPGPT…
La violence a un impact profond sur le conscient collectif (ou plus précisément l’imaginaire collectif et les représentations sociales partagées) d'un pays. Dans le contexte du Honduras, où la population a été exposée pendant des décennies à des niveaux élevés de criminalité, d'insécurité et de violence organisée, les effets dépassent largement les victimes directes. 1. La violence devient une référence mentale permanente Lorsqu'une société est exposée de façon répétée à la violence, celle-ci cesse d'être perçue comme un événement exceptionnel et devient une partie du paysage psychologique collectif. Les conséquences incluent :
Au niveau collectif, cela produit une culture de la prudence, mais aussi de la peur. 2. Érosion de la confiance sociale La confiance est l'un des piliers fondamentaux d'une société saine. Lorsque la violence est omniprésente :
Les psychologues sociaux parlent parfois d'un « capital social affaibli », c'est-à-dire une diminution de la capacité des individus à agir collectivement pour le bien commun. 3. Transmission intergénérationnelle du traumatisme Même les personnes qui n'ont pas été directement victimes peuvent hériter de la peur de leurs parents ou de leur communauté. Par exemple :
Ce phénomène est connu sous le nom de transmission transgénérationnelle du traumatisme. 4. Modification de l'identité nationale Lorsque la violence devient un thème dominant dans les médias et les conversations quotidiennes, elle peut influencer la manière dont une nation se perçoit elle-même. Au Honduras, certaines personnes peuvent développer :
Face à une exposition prolongée à la violence, les populations développent des mécanismes d'adaptation :
Ces mécanismes permettent de survivre psychologiquement, mais peuvent aussi masquer une souffrance profonde. 6. Effets sur les aspirations et l'avenir Dans les contextes de violence chronique, les individus ont souvent plus de difficulté à se projeter dans le long terme. On observe parfois :
Au niveau collectif, cela peut réduire l'engagement civique et la participation sociale. 7. La résilience collective existe aussi Il serait cependant réducteur de ne voir que les effets négatifs. Les sociétés confrontées à l'adversité développent souvent :
Au Honduras, malgré les défis liés à la violence, de nombreuses communautés, associations, églises, écoles et organisations locales contribuent à renforcer la cohésion sociale et la résilience collective. Synthèse psychologique D'un point de vue psychologique, la violence chronique au Honduras n'affecte pas seulement les individus ; elle façonne la mémoire collective, les croyances, les relations sociales et la vision de l'avenir. Le conscient collectif tend alors à s'organiser autour de trois axes principaux : 1. La peur (perception permanente du risque). 2. La méfiance (affaiblissement de la confiance sociale). 3. La résilience (capacité à s'adapter et à reconstruire du sens malgré l'adversité). C'est l'interaction entre ces trois dimensions qui influence aujourd'hui une partie importante de la culture psychologique et sociale hondurienne. | |
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Jacqueline de Pierrefeu
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La psyché est composée de deux sphères complémentaires : le conscient et l'inconscient. Dans les deux sphères, le moi participe.
Dans ce schéma de Jacobi, le moi est représenté par un secteur situé entre les sphères du conscient et de l'inconscient. Ces portions de la psyché ne se complémentent pas seulement. Elles agissent, de surcroît, sous forme compensatrice. Pour en revenir à notre schéma, le moi peut être plus ou moins inclus dans le conscient ou dans l'inconscient. Le moi, situé comme une abstraction sur la ligne qui divise le conscient et l'inconscient, suit la marche de cette fluctuation ; c'est-à-dire qu'il peut représenter une plus grande portion de conscient ou d'inconscient, selon le déplacement du niveau. En ce qui concerne la relation existante entre la partie consciente et la partie inconsciente, bien qu'elles apparaissent comme égales sur le schéma, il n'en est pas ainsi. L'inconscient est immensément plus grand.
Jung l'illustre en affirmant que le conscient est comme une petite île flottant sur la mer immense de l'inconscient. En accord avec Jung, nous dirons que l'apparition de la conscience est un événement historico-biographique ; c'est-à-dire qu'elle est le résultat d'une différenciation de l'espèce humaine et de l'homme concret.
Jacobi nous éclaire davantage sur les relations entre le moi et les autres parties de l'appareil psychique sur le schéma n° 2.
Ici, le moi apparaît situé au centre, entouré et porté par la conscience. Selon Jung, il représente :
« La portion de la psyché qui constitue pour moi le centre de ma zone consciente et qui semble de la plus grande continuité et de la plus grande identité par rapport à soi-même. Pour cela, on peut aussi parler de complexe du moi. »
À l'extérieur, apparaît la conscience que Jung définit comme :
« La fonction ou l'activité qui maintient la relation des contenus psychiques avec le Moi. »
Toute l'expérience qui provient des mondes externe et interne doit être perçue au niveau du moi pour pouvoir être captée.
En dehors du cercle de la conscience, est représentée la sphère de l'inconscient. Le contenu de l'inconscient est formé par deux couches que Jung appelle l'inconscient personnel et l'inconscient collectif, comme il figure sur le schéma n° 2.
Le concept d'inconscient n'est pas une découverte de Jung. Avant lui, il avait déjà été mis en exergue par Carus, par les penseurs du romantisme allemand en général ainsi que par Eduard von Hartmann, Bergson et Janet. Freud apprit comment manier un tel concept.
Jung ne se contenta pas de nommer l'inconscient et de le situer, il le structura et l'organisa comme si c'était une forme en relief, avec des plans, des figures et des valeurs.
Freud avait déjà précédemment entrepris un travail similaire. Dans son analyse, il décrit un « préconscient » constitué par les éléments absents de la conscience, mais qui pouvaient être requis par celle-ci, et un « inconscient » qui n'est pas normalement accessible à la conscience et qui est seulement susceptible de l'être dans certains cas spéciaux comme l'hypnose, le rêve ou l'action thérapeutique de l'analyse psychologique. Cet inconscient se maintient comme tel par l'effet de la « répression », pièce maîtresse de l'édifice freudien.
L'inconscient de Freud est constitué (du moins dans ses premiers écrits), par ces éléments que la conscience a « chassé », presque toujours pour des motifs éthiques et fondamentalement sexuels, en liaison étroite avec le complexe d'Œdipe. Abraham – avec l'approbation expresse de Freud – relia ensuite la constitution de cet inconscient aux différentes étapes de la formation de la personnalité adulte : orale, anale et génitale. Plus tard, Jung admit l'existence d'éléments inconscients qui ne sont pas générés par ce mécanisme de « rejet » ; c'est-à-dire qu'ils sont inconscients par essence. Mais, malgré tout, le centre de ses préoccupations et de ses investigations fut toujours constitué par la part de l'inconscient qui provient du rejet par la conscience.
Tous ces éléments forment ce que Jung appelle l' « inconscient personnel ». Mais son attention se focalisa sur ces éléments essentiellement inconscients et avec lesquels se structure l' « inconscient collectif ».
L'inconscient personnel est formé par les matériaux réprimés, parce que son contenu lutte avec ceux de la conscience, pour différentes raisons, généralement d'ordre éthique. De plus, nous devons prendre en compte les éléments qui résultent de perceptions subliminales, c'est-à-dire non captés ou mal captés par la conscience. Se situent également dans l'inconscient personnel les contenus ajournés – puisque la conscience est incapable d'embrasser plus de quatre ou cinq contenus différents. L'ensemble de tous ces matériaux peuvent surgir à tout moment dans le champ de la conscience.
L'inconscient personnel est entouré par l'inconscient collectif. Celui-ci n'est pas un concept métaphysique ni arbitraire, produit de l'imagination de Jung. Le maître de Zurich insiste à satiété qu'il s'agit de quelque chose d'empirique dérivé de l'observation et non d'un quelconque produit de ses spéculations. L'inconscient collectif s'oppose à l'inconscient personnel, parce que les matériaux qui le constitue ne proviennent pas d'acquisitions personnelles ni ne présentent de spécificité pour chaque individu. Pour cela précisément, on l'appelle « collectif », afin de montrer clairement l'opposition avec l'inconscient personnel.
Jung définit l'inconscient collectif comme le produit de la « structure cérébrale héritière ». C'est la « possibilité héritière du fonctionnement psychique ». Cet héritage est universellement valable pour tous les hommes. L'inconscient collectif est sensiblement le même chez un bushman et chez un new-yorkais. Il va au-delà des catégories de temps et d'espace.
Tous les hommes possèdent une même structure cérébrale, de même qu'en dépit de toutes les conquêtes de la civilisation, notre foie ou notre appareil rénal restent identiques à ceux de l'homme de Cro Magnon. Propre à cette structure cérébrale il y a un fonctionnement psychique commun, une série de réac¬tions universellement humaines – peut-être universellement animales – qui forment la base de tout le psychisme individuel.
De la même manière que le système nerveux adopte dans la vie animale des formes déterminées, c'est-à-dire qu'il remplit sa fonction en utilisant des solutions déterminées – par exemple, les conduits nerveux, le cortex cérébral, l'entrecroisement des conduits, etc. –, la psyché se présente aussi à nous de manière ancestrale sous des formes telles qu'elles ne nous échappent pas, parce que nous les rencontrons chez les peuples primitifs comme dans les vestiges des cultures disparues ou les régions les plus éloignées. Il convient d'imaginer que le système nerveux des mammifères supérieurs – comme il en va pour d'autres organes – aurait pu être construit différemment et que les dispositifs qu'étudient l'anatomie et la physiologie constituent une des formes possibles pour résoudre le problème de la vie de relation de l'être vivant.
De la même manière, nous trouvons, quand nous examinons l'histoire de l'humanité, un répertoire de réactions vitales, de mythes, de croyances, de tendances, qui sont communes à tous les hommes à toutes les époques, et qui, sous les apparences les plus variées, démontrent une propension commune de l'esprit à se cristalliser toujours sous les mêmes formes.
C'est sur ce fait irréfutable que Jung base son concept de l'inconscient collectif.
Ainsi, des deux côtés de l'Atlantique, nous rencontrons des vestiges de mythes, des constructions architectoniques, des légen¬des très semblables, de même que tous les peuples de l'anti¬quité ont développé le même étonnant savoir mathématique. Ce phénomène ne peut être conçu que si nous présupposons une même « ligne de force » ou « axe de cristallisation ».
Hormis cette analyse qu'il tire de l'étude de la culture des peuples, Jung découvre des similitudes surprenantes dans l'analyse des rêves de ses patients. Dans l'un d'eux, apparaissent des éléments, qui sont impossibles à imaginer avec une origine simplement individuelle. Ainsi cet ingénieur new-yorkais qui a rêvé d'un mandala tibétain et qui en a dressé une représentation sans ne rien savoir du sujet et en ignorant que cette image apparue en songe était l'exacte reproduction d'un mandala figurant dans un temple du Tibet. Les axes de cristallisation qui commandent les réactions de la psyché s'orientent toujours de la même manière déterminée et utilisent les mêmes modèles que Jung a appelé les « archétypes ».
« Les archétypes représentent ou personnifient certaines instances de la psyché obscure primitive, des racines mêmes de la conscience. »
Jung emprunta l'expression « archétype » à saint Augustin, ce qui suggère une certaine relation entre les archétypes jungiens et les « idées » platoniciennes. Mais il n'y a pas non plus de doute que le concept jungien d'archétype se rapproche de la « configuration » de la « gestalt ».
Les impressions produites par l'expérience humaine vont s'ordonner dans un système axial de cristallisation des archétypes. Prenons l'exemple où, des profondeurs de l'inconscient du mage, du poète ou, simplement, du sujet qui dort, surgit l'image symbolique d'un visage humain dont un serpent sort de la bouche. Représentation de l'émigration de l'âme – ou de la mort –, cette figure n'a pas été produite pour cette occasion spécifique, mais elle gisait dans l'obscurité de l'inconscient collectif comme schéma. Les « archétypes » s'expriment, selon Jung, dans l'inconscient humain, sous forme de « parabole » ou d' « allégorie ». Les mythes d'Hercule, de Prométhée, la lutte contre le dragon, la renaissance du Phénix, etc., ne sont pas des inventions de l'homme, mais le résultat d'obscurs dynamismes psychiques. Pour cela, ils se rencontrent dans toutes les cultures sous des habillements distincts. Jung en déduit que les « archétypes » sont des forces vitales animiques qui orientent, depuis la couche profonde de l'inconscient collectif, le développement de la psyché individuelle.
« Conformément à l'étendue de notre expérience actuelle, nous pouvons affirmer que les processus inconscients se trouvent dans une relation compensatrice par rapport à la conscience. »
Intentionnellement, Jung utilise le mot « compensatrice » et non pas « antagoniste », parce que la conscience et l'inconscient n'ont pas à être des activités antagonistes, mais ils se complémentent dans une totalité supérieure que le psychanalyste suisse appelle le Soi. Dans les rêves, quand surgissent des images dérivées de l'inconscient personnel :
« Sont significatives des situations quotidiennes que nous avons négligées, des déductions que nous n'avons pas faites, des affects que nous avons réprimés ou des critiques que nous avons omises. Mais, quand nous acquérons, davantage, la connaissance de soi-même à travers l'introspection et la technique qui l'accompagne, cette couche de l'inconscient personnel qui gravite au-dessus de l'inconscient collectif doit, à plus forte raison, disparaître. De cette façon, il se crée une conscience qui n'est plus captive dans le monde d'un moi mesquin, mais qui devient partie d'un monde objectivement plus large. Cette conscience amplifiée ne sera plus ce conglomérat égoïste de désirs, de peurs, d'espérances et d'ambitions à caractère personnel que nous devons compenser ou éventuellement corriger par des contre-tendances personnelles inconscientes. »
Mais elle s'assimilera à une fonction de relation, orientée vers l'objectif et plaçant l'individu dans une communauté inconditionnelle obligatoire et indissoluble avec le monde.
« Les conflits qui se produisent à ce stade ne sont plus des conflits de désirs égoïstes, dépourvus de difficultés, qui concernent tant le moi que les autres. À ce stade, il se traite, au début comme à la fin, de problèmes collectifs et non pas des compensations personnelles qui mobilisent l'inconscient collectif. Il pourra, alors, arriver que l'inconscient produise des contenus qui soient valides non seulement pour l'individu intéressé, mais aussi pour les autres, y compris pour beaucoup de gens et, à la rigueur, pour tout le monde. »
Plus loin, Jung dit :
« Cependant, les processus de l'inconscient collectif ne concernent pas seulement les relations plus ou moins personnelles de l'individu avec sa famille ou avec le groupe social avec lequel il maintient un contact, mais ils concernent aussi ses relations globales avec la société, avec la société humaine en général. Plus ample et plus impersonnelle sera la condition productrice de la réaction inconsciente, plus significative, hétérogène et dominante sera la manifestation compensatrice. Cette manifestation ne pousse pas seulement à la communication privée, mais aussi à la révélation, à la confession, et oblige également à un rôle représentatif. »
Un des disciples de Jung, Gerard Adler, va plus loin quand il exprime que :
L'inconscient collectif est, selon la formule de Jung, le dépôt constitué par toute l'expérience ancestrale depuis des millions d'années. À l'écho d'événements de la préhistoire et de chaque siècle, il ajoute une quantité infinitésimale de variations et de différenciations.
Mais cet élargissement d'Adler est teinté d'un lamarckisme qui, en fonction des découvertes les plus récentes sur l'hérédité biologique, se trouve aujourd'hui passablement périmé :
Cet « inconscient » en voie de devenir s'objectivise sous notre regard comme une continuation de la vie et une évolution. Bien que Jung ne soit pas responsable de cette dérive de sa pensée, il se complaît très souvent à signaler que les grands poètes et les grands penseurs représentent comme une anticipation de l'avenir. Nous pouvons déceler chez eux une prise de conscience prophétique d'idées et de mouvements qui sont dans l'air du temps, mais qui n'ont pas été captés par la plupart des gens. Il faudrait déduire de ces affirmations jungiennes l'existence d'un inconscient collectif propre à chaque époque. Quand Nietzsche nous parle de la « mort de Dieu » ou quand Spitteler, dans son « Prométhée », nous projette dans le drame contemporain, nous comprendrons que c'est ce qu'il veut dire quand il parle de la signification prophétique des grandes œuvres d'art.
Dans le même ordre d'idées, nous trouvons l'analyse de Jung de la création artistique :
L'artiste, comme personne, peut avoir ses humeurs, ses caprices et ses desseins égoïstes. Au contraire, comme artiste, il est un « homme » dans un sens plus élevé, il est un homme collectif qui porte en lui et exprime l'âme inconsciente et active de l'humanité.
Il est impossible de nier que, sous la dénomination d'inconscient collectif, restent englobés beaucoup de phénomènes qui semblent très disparates.
Pour nous guider dans un tel labyrinthe, Jung se sert d'un concept de Lévy-Bruhl, la « participation mystique » (cité toujours, en français, en hommage tacite à celui qui l'a découvert) :
« Nous entendons par participation mystique un mode particulier de relation psychique à l'objet. Il consiste en ce que le sujet ne parvient pas à se différencier de l'objet, en se reliant à lui en vertu d'une relation directe que nous pourrions appeler identité partielle. Cette entité se base sur l'unité a priori de l'objet et du sujet. Pour autant, la participation mystique est le surplus de cet état premier. Il ne concerne pas la totalité des relations entre sujet et objet, si ce n'est dans des cas déterminés où le phénomène de cette curieuse relation apparaît évident. Naturellement, c'est chez les primitifs que nous pouvons le mieux l'apprécier. Mais il est aussi très fréquent chez les personnes civilisées, même s'il n'y prend pas des formes aussi intenses. Il y a le cas des amoureux : quand leur amour est intense, il est très difficile de savoir où commence et où finit une personne dans sa relation avec l'autre. C'est la raison pour laquelle les tromperies conjugales sont si douloureuses, parce qu'il est sous-entendu qu'elles sont commises par soi-même. Dans le premier cas, est constituée une relation pour ainsi dire de transfert où l'objet – d'une manière générale – s'attribue une vertu jusqu'à un certain point magique, c'est-à-dire inconditionnelle, sur le sujet. Dans le second cas, il s'agit soit de vertus semblables sur un point soit d'une espèce d'identification avec la chose ou avec l'idée de celle-ci. »
La définition de Jung est si bonne que nous l'avons transcrite textuellement. Elle paraît à l'occasion ne pas écarter l'idée qu'il existe peut-être quelque chose de certain dans la « participation mystique ».
Il est propre au psychologue – c'est sa qualité professionnelle et, pouvons-nous dire, sa déformation professionnelle – d'entrer dans la mentalité du malade, dans toutes les mentalités, sans croire absolument en aucune d'entre elles (y compris la sienne propre), mais sans nier à aucune d'elles non plus (y compris celle des primitifs) un certain coefficient de « réalité ». Sur cet aspect, nous pouvons mieux comprendre le préjugé favorable de Jung sur la « participation mystique ». En résumé, il sait très bien que la réalité n'est pas une.
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J’ai toujours aimé les faits divers, une façon de percevoir la vie, les actes, les pensées des gens dits « ordinaires ». Je prends ainsi la température d’une région ou d’une période ou d’un groupe.
Force est de constater que l’on est actuellement abreuvé de violences en tous genres, au plan mondial, sociétal et individuel. On est gavé mais je continue de-ci, de-là à satisfaire mon insatiable curiosité. Dernièrement, je découvre l’histoire d’un meurtre au motif sidérant. Je vous livre le début de l’article sur ce fait divers. Journal Le Monde – Article du 12/06/26 – Rubrique Enquête - « Dans les Ardennes, l’inconscience d’une adolescence qui tue ses grands-parents et promet de ne pas recommencer ». Le 31 mars, François et Danielle, septuagénaires appréciés de tous, sont retrouvés morts chez eux, à Villers-Semeuse. Leur petite-fille de 16 ans et son petit ami de 15 ans ont avoué le double assassinat. Le motif ? « Ils voulaient nous empêcher de vivre notre amour », a déclaré l’adolescente en l’absence de toute émotion et sans conscience de la gravité des faits commis. Sur l’une des rares photos d’eux que leurs proches ont accepté de donner à la presse, François et Danielle, 71 et 74 ans, prennent la pose, attablés dans leur cuisine. Sa main droite à elle enveloppe délicatement son épaule à lui, ils sourient tous deux, fixent l’objectif. Sur la table, deux verres d’eau, le reste d’une part de gâteau. Reproduite par le journal local L’Ardennais, l’image est ainsi légendée : « François et Danielle ont connu quarante-sept ans de mariage et de bonheur. » Contacté par Le Monde, Bruno, leur gendre (qui a requis l’anonymat), assure : « Je ne les ai jamais vus se disputer. » A l’arrière-plan, on aperçoit, près de l’escalier qui conduit au premier étage, des photos d’enfants, un peu anciennes, accrochées aux murs, comme chez tous les grands-parents ou presque. Jusqu’au 30 mars, jour de leur assassinat à leur domicile par leur petite-fille de 16 ans et son petit ami de 15 ans, la vie suivait paisiblement son cours, rue du Onze-Novembre, à Villers-Semeuse (Ardennes), 3 600 habitants, à 5 kilomètres au sud-est de Charleville-ézières, en allant vers Sedan. Une petite rue qui finit en impasse, une cité ouvrière où toutes les maisons de brique sont contiguës. Un rez-de-chaussée, un étage, un petit jardin derrière…. Je ne suis même pas étonnée, juste dépassée, impuissante. A chaque minute la violence est là, tapie, proche. Que l’on parle individu, société, d’une partie du monde, d’une culture ou d’une autre la violence surgit. Les médias nous abreuvent, nous informent. Chacun se gère le mieux qu’il peut, picore, puise dans son mental, sa force de vie, et continue son chemin. La violence est partout, autour de nous, nous avons depuis toujours appris à vivre avec et même parfois nous vivons des longues périodes en paix, en profitant du Beau, des éléments naturels proches ou lointains qui nous semblent éternels, rassurants. Tout est mouvement, donc imprévisible. Chaque humain a de la violence en lui. Serait-ce lié à notre instinct de survie ? Notre aspect animal très domestiqué mais tapi, et, naturel, précieux prêt à surgir ? Chacun réalise son parcours avec ses valeurs l’éducation, la culture, l’amour, les liens qu’il a ou pas avec l’invisible, l’au-delà, la création, la boulimie de savoir, la curiosité etc… chacun fait de son mieux pour résister continuer, aimer, garder son âme d’enfant qui s’émerveille et accepte sans comprendre. La violence est, elle aussi, imprévisible. Il faut oser, tout, et accepter qu’après la pluie ou même pendant l’orage on puisse se sentir léger, heureux. J’ai connu cette violence énorme qui vous submerge le désir violent de faire du mal le plus que possible. Comment ai-je réussi à éviter l’acte ? Un peu grâce à ces pensées cruelles et sordides ? En analysant ma situation ? Un désir primaire de vengeance ne devait pas me nuire. Peur de la prison ? Je crois surtout que j’ai eu peur de n’être même pas soulagée. Ma douleur était morale : la trahison de mon compagnon, qui a profité de ma faiblesse. Gérer, comprendre qu’il était méprisable. Faire avec ce fait. mais tuer : non, Passagère. En effet, en sortant de l’hôpital ou j’ai passé une huitaine pour subir une intervention concernant le cancer du sein que j’avais, j’ai découvert que mon compagnon avait amené chez nous sa maitresse. J’ai eu la haine, c’était une trahison et n’ai eu qu’un seul objectif lui faire mal, très mal. Comment ? Chaque matin après son départ, je regardais mes couteaux et envisageais toutes les façons de le tuer en le torturant. Je devenais obsessionnelle, très angoissée, j’ai pris un rendez-vous en urgence avec un psychiatre qui me connaissait quelque peu, pour lui demander conseil. Ce désir de vengeance était le signe de ma force de vie, désir d’exister. Rien d’inquiétant puisque pas de passage à l’acte mais un appel à l’aide pour trouver le chemin. La vengeance serait peut-être plus tard. La limite entre la pensée et l’acte est ténue, tout peut basculer. Oser demander, questionner signifie être conscient du danger. La violence est dangereuse, et nécessite une grande force pour ne pas céder à ses pulsions. J’avoue avoir peur de la violence physique et sait qu’elle peut surgir très vite. Ce fait divers m’a interpellée dans mes entrailles : chacun même éduqué peut basculer dans une violence odieuse, qui n’a aucun sens. Que faire : VIVRE être le plus que possible heureux, si on le peut rayonner, partager. | |
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Marie-Christine Noir
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Il existe des rencontres qui dépla-cent un destin.
La mienne avec Graciela en fait partie. * * * Je lui dois plus qu’un accompagnement. Je lui dois un retour à moi-même. * * * Avant elle, je cherchais sans vraiment nommer ce que je cherchais. Après elle, la route s’est ouverte avec une évidence presque tranquille. Graciela m’a mis Jung entre les mains comme on offre une clé ancienne à quelqu’un qui avait oublié qu’elle la possédait déjà. Et à travers Jung, c’est mon identité originelle qui s’est réveillée : l’Africaine que je suis, dans mon corps, dans mon souffle, dans mes rêves. * * * Avec elle, j’ai compris que nous sommes nous-mêmes un territoire infini, un chantier sacré qui ne se termine jamais. Elle m’a appris à écouter mes rêves comme on écoute les ancêtres. À me regarder en face sans me fuir. À honorer mes ombres au lieu de les combattre. Et surtout, à tenir debout avec dignité. * * * Graciela était une femme droite. Alignée. Une de celles qui ne parlent pas plus fort que nécessaire, mais dont la simple présence réordonne l’air. Son regard vous faisait exister. Son silence vous invitait à descendre en vous-même. Son humanité vous rappelait que l’on n’avance jamais vraiment seul. * * * Merci… Ce mot est trop petit pour une œuvre comme la sienne. Pour l’empreinte qu’elle a laissée dans ma vie. Pour la porte qu’elle m’a ouverte. * * * J’aurais voulu la revoir, lui dire où j’en suis. Lui dire que mes recherches continuent. Que mes pas m’ont menée jusqu’au Fa, cette mémoire africaine plus ancienne que les livres, plus vivante que les frontières, plus patiente que l’oubli. Lui dire que j’y ai trouvé une cohérence, une profondeur, une vérité qui résonne avec tout ce qu’elle m’a appris. * * * Graciela me manque. Pas comme on manque une personne, mais comme on manque une lumière juste. Avec elle, rien ne devenait absolu. Tout redevenait possible. Elle avait cette façon de remettre chacun devant son origine, devant ses sources, devant ce qu’il pouvait encore devenir. * * * C’est une gratitude éternelle. Une gratitude qui ne s’éteint pas parce qu’elle est vivante. Elle a planté quelque chose en moi. Et je continue de le faire grandir. | |
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Ama Kouadio
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De nos jours, la violence semble sans limite, ne faisant me semble-t-il que progresser.
L’homme ne semble pas prendre conscience suffisamment de son implication dans tous les domaines de la vie, relationnel, environnemental. C’est un phénomène complexe aux causes multiples et aux conséquences graves. En encourageant le respect, le dialogue et la sécurité, il est possible de construire un environnement plus sûr et plus harmonieux. La prévention de la violence est l’affaire de tous. L’homme en a-t-il conscience et en est-il encore capable ?
Fait à Chessy, le 29 juin 2026
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Claudine Thomas
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SOS Psychologue
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